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Archives Mensuelles: mars 2012

Les virulentes réactions des lecteurs d’El Watan sur Mohamed Merah

Vendredi 30 mars 2012530/03/Mars/201219:18

Envoyé par Djamal Benmerad

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El Watan le 29.03.12

Dès l’annonce de l’inhumation en Algérie de Mohamed Merah, le présumé auteur des assassinats de Toulouse, les réactions sur le site      web d’El Watan ont été nombreuses et virulentes.

Pour les lecteurs, l’histoire de Mohamed Merah est une affaire franco-française dans la mesure où le présumé assassin, est né, a grandi, étudié et a été enrôlé en      France. Si son père veut qu’il soit enterré en Algérie, c’est son droit. Mais que ce droit ne prime pas sur ceux des victimes en le recevant  «comme un martyr». Pour les lecteurs, c’est le      père qui est responsable de la destinée de Mohamed. Ils écrivent :
«Aujourd’hui, il veut se racheter en réhabilitant l’image d’un fils devenu tueur d’enfants pour la transformer en celle d’une victime à travers l’organisation de      funérailles d’un héros.» Nous citerons quelques-unes de ces centaines de réactions révélatrices d’une opinion très hostile aux actes du présumé auteur des assassinats de Toulouse.
«Qu’on l’enterre et on n’en parle plus ! Il lui reste le droit à la sépulture. Non, il n’est pas des nôtres. Il est comme la peste qui nous a plombé dix ans      durant.»
«Des manifestations auraient dû être organisées pour montrer qu’il nous reste un minimum de dignité dans ce pays. Ne laissons pas notre pays être souillé par un      individu qui croit aller au paradis en tuant des enfants.»
«Refuser son enterrement en Algérie, c’est exprimer fermement notre détermination à dire non aux comportements à la fois violents et lâches qui tendent à nous      caractériser. Sinon on montrerait à nos enfants et au monde entier que l’Algérie cultive la lâcheté comme valeur.»
«C’est une honte pour nous les Algériens d’accepter de recevoir la dépouille de ce monstre. C’est un produit français, alors qu’il reste là bas ! On n’en      veut pas.»
D’autres lecteurs écrivent : «Il est né, a grandi et étudié en France. Ce sont ces mêmes Français qui présentaient les assassins comme victimes durant les      années 1990 qui l’ont accueilli. Qui a privilégié la religion sur les autres constantes dans leurs colonies ? Pour endormir le peuple, aujourd’hui, on veut nous retourner la balle.»
«Est-ce un diplomate qui a fait beaucoup pour l’Algérie ? Dommage qu’un terroriste soit accueilli avec autant d’égards alors qu’il n’a eu aucune pitié quand il a      assassiné. Mon vœu est que le consulat ne lui accorde pas l’autorisation d’être enterré sur le sol des martyrs.»
«Inhumé sur la terre des martyrs ! Ce voyou s’invite dans le débat sur les nationalités. Si j’étais le père de ce monstre, je me tirerais une balle dans la tête,      mais ce père n’a pas de figure.»
D’autres encore vont plus loin dans leurs réactions et condamnent l’assassinat des enfants :
«A Rouen, l’institutrice qui a fait observer de force une minute de silence à ses élèves en classe, est maintenant face à une commission disciplinaire ! Comment      un tel voyou, entraîné au Pakistan, apprenant à se cacher derrière l’islam pour effectuer des actes terroristes, peut-il être célèbre en Algérie ? Notre pays a eu déjà assez de ces zélés qui      utilisent la religion comme bouclier. Il n’a fait que donner une bouffée d’air et une bonne poussée à Marine Le Pen dans sa campagne électorale !! Ce n’est qu’un petit voyou égaré !!      Pourquoi Air Algérie doit-elle payer pour un petit voyou tueur d’enfants ?»
«Il faut savoir que ce jeune est un terroriste qui a tué des innocents et lorsqu’on dit ‘terroriste’, les Algériens savent ce que c’est. Pire encore, c’est un      Français, pas un Algérien. Comment se fait-il qu’on refuse de déplacer vers l’Algérie les ossements d’un artiste comme Cheikh El Hasnaoui, qui porte les valeurs et la nationalité algériennes,      et qu’on ouvre les bras à des ratés de la banlieue française ? Que dire de son père ? L’Algérie n’aurait pas dû lui ouvrir ses portes lorsqu’il est sorti de prison en France. Il ne faut pas      oublier que ce père était un trafiquant de drogue en France et, parce qu’il n’a pas réussi là-bas, il est revenu en Algérie. Notre pays ne doit pas être un pays d’accueil pour les      terroristes.»
Salima Tlemçani
 
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Publié par le mars 31, 2012 dans actualités, Afrique

 

Fermeture de ce blog jusqu’au 6 mai par danielle Bleitrach

Ce blog restera fermé jusqu’au 6 mai… Il contient un grand nombre d’articles à lire ou à relire.

Avant de partir,je voudrais souligner un fait dont je viens de prendre connaissance par hasard:

En consultant -ce que je fais rarement- les articles recensés sur Google à mon nom ou à ceux de mon blog, je tombe sur une ligne dans lequelle Jean Bricmont parle à mon propos de "diffamation". J’aimerais que cet homme pousse jusqu’au bout la contradiction de son propos. Comment quand je dénonce le plaidoyer enflammé qui est le sien dans la défense du droit des négationnistes de s’exprimer, les pétitions qu’il organise contre la loi gayssot avec toute la fine fleur de l’extrême-droite je serais dans la diffamation contre laquelle il protesterait?  Alors même qu’il considère que monsieur Faurisson ne diffame personne et surtout pas les 18 membres de ma famille envoyés dans les camps d’extermination dont une seule est revenue quand il nie la dite extermination ?  Au point de considérer que ce qui est le plus liberticide en France aujourd’hui est justement cette ,interdiction de diffamer les millions de juifs, tsiganes, communistes et autres en niant leur martyre. Entre Monsieur Bricmont et les millions de cadavres j’ai fait mon choix. ce choix je le répéterai contre quiconque pensera pouvoir instrumentaliser la haine pour reproduire le crime.

et en attendant ces magistrales video de Dominique Vidal sur la situation israelo-palestinienne. Ouf un peu d’air et d’intelligence politique…

http://www.france-palestine.org/L-invite-de-l-AFPS-Dominique-Vidal

Hier  samedi, j’ai passé la journée avec mon petit fils Adlane, nous avons beaucoup discuté, d’abord de notre relation, des bases de la confiance, pas de mensonge quoiqu’il ait fait le dire… Puis insensiblement nous avons glissé de là vers la tuerie en commentant ce qui s’était passé dans le collège de son petit frère où il y a une majorité d’enfants d’origine maghrébine ou africaine. Un petit groupe a c…rié que quand ils seraient grands ils feraient comme Merah.Dans le collège d’Adlane c’est le contraire, ils ne sont que trois dans sa classe.Il est en troisième. Il m’a dit que tous les enfants étaient choqués, seulement deux ou trois français ont dit en se moquant "on s’en fout ce sont des juifs".Et de là on a parlé du racisme, Adlane déteste Marine Le pen et il a approuvé un homme qui lui a dit à la Télévision de se taire parce qu’il était aussi français qu’elle. Et là je l’ai interrogé  sur sa relation à la France en lui expliquant que moi j’étais juive et que quand j’étais enfant on a essayé de me faire croire que je n’étais pas française à cause de cela. Mais j’aimais la Franceet je ne voulais pas qu’on m’en déloge. En riant il m’a dit à Marseille, elle aurait du mal, il y a plus d’arabes, d’africains, de chinois que de français d’origine et encore ce sont des Corses et des italiens. Adlane a choisi il est Français, il a de la sympathie pour l’Algérie dont il me décrit avec ravissement les paysages mais il ajoute c’est une dictature, comme avec Staline,impossible de vivre là-bas. Et là il me confie que sa mère a peur, elle dit que le système éducatif français n’est pas bon, on pourrit les enfants, elle veut les envoyer là-bas. Adlane a peur pour sa petite soeur Maya, tu te rends compte si elle envoie Maya là-bas, elle mettra le voile, Maya a cinq ans, moi quatorze ans, si elle veut c’est moi qui l’éduquerais ici mais je veux qu’elle soit française, les françaises se conduisent bien, elles sont mieux que les garçons, libres et reponsables. Il est difficile de résumer la richesse de cette conversation, à quel point nous sommes revenus lui et moi sur notre expérience partagée du racisme comme d’un fait marginal à combattre mais qui ne doit pas nous dépouiller de notre identité, du fait que nous étions des êtres humains avec des choix de vie. Tout y est passé, l’histoire, celle de la guerre d’Algérie, Israêl mais aussi la shoah, les français résistants, les collaborateurs, l’histoire de l’Algérie, la Kabylie, Abdel Kader, les berbères. Je lui ai dit "tu vois moi mes origines c’est l’Europe centrale, j’aime m’en souvenir cela donne de la poésie à ma vie mais mon pays c’est la france. C’est bien d’avoir d’autres pays à aimer mais en sachant ce qu’on est et ce qu’on choisit pour dire à tous ceux qui comme marine Le Pen veulent te l’enlever que ce pays est autant le tien que le sien. Le tout entrecoupé de discussion sur son avenir, il préfère un bac pro et nous sommes allés voir sur internet les diverses filières. Difficile de résumer tout cela mais je souhaite à toute grand mère juive venue d’une lointaine et antisémite Pologne d’avoir un petit fils musulman venu de l’autre côté de la méditerranée et choisissant ensemble notre terre française pour en faire un lieu d’ouverture et de raison.

A bientôt donc

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le mars 31, 2012 dans mon journal

 

Il y a pire que les élections présidentielles françaises…

Comme je suis vexée dans mon honneur français par la manière dont la presse étrangère se gausse de nos élections dans la mesure où ce n’est guère mieux chez eux et surtout à propos des Etats-Unis des systèmes sur lesquels ils étendent leur bienveillante protection je voudrais vous parler du Mexique. On  peut toujours se remonter le moral en contemplant d’autres méthodes de changement politiques autour de nous. Comme le note justement Jean Salem, si nous avons coutume de nous ébaudir sur le pouvoir nord Coréen, nous assistons de fait à "une prolifération de dynasties électives" et de votes confisqués par la fraude ou le non respect de la décision des électeurs comme cela a eu lieu avec le NON à la Constitution Européenne pour le peuple français.

Il y a le cas du Mexique .

Il y a pire que les élections présidentielles françaises suivies immédiatement des législatives (merci Jospin), il y a les élections mexicaines qui auront lieu le 1 er juillet et dont la campagne débute en ce moment. Non seulement le président mexicain est avec notre président le chef d’Etat qui jouit de pouvoirs quasi monarchiques mais l’élection présidentielle mexicaine se joue au scrutin majoritaire uninominal à un tour. Le 1er juillet doivent également être renouvelés les 128 sièges du Sénat, les 500 sièges de la Chambre des députés, ainsi que le maire de Mexico et les autorités de plus d’une dizaine d’Etats. Le mexique ayant à peu près la taille de l’Europe. Ce qui fait que comme chez nous l’élection présidentielle est la clé de tout un système de transaction et de distribution des places, on peut dire que de telles élections en domino font que le débat électoral se présente par le siège et non par les idées, c’est la lutte des places.

Mais la lutte des places est infiniment plus dangereuse que chez nous…

Autre ressemblance, pourtant le gagnant semble connu d’avance :  il s’agit de celui du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), principale formation d’opposition, donné largement favori pour récupérer un pouvoir perdu en 2000 après 71 ans de règne sans partage.Le candidat du PRI, Enrique Pena Nieto, un avocat de 45 ans qui est crédité de 45% des intentions de vote. Le Mexique est en effet le pays qui se fonde sur une Révolution ayant entamé celles du XXe siècle et dont le parti s’est instituionnalisé mais qui a fini par crouler sous les scandales sans parler des violences politiques, l’exécution d’un candidat n’ayant rien d’exceptionnel.   le cas mexicain où une révolution débouche sur l’institutionnalisation qui réserve le pouvoir aux grands propriétaires et aux nantis par recours aux élections sans pour autant, au contraire, arriver à juguler la violence et en la portant à un niveau plus élevé en ayant simplement transformé l’insurrection populaire en corruption et gangstérisme paraît illustrer les thèses de Badiou sur le fait que l’élection n’est que la violence étatique qui brise la Révolution populaire.

Selon la Constitution mexicaine, le président sortant Felipe Calderon, membre du Parti action national (PAN, conservateur), n’est pas rééligible pour un second mandat. Son règne est sans doute un des plus sanglants qui soit parce que la guerre qu’il a prétendu engager contre les trafiquants de drogue non seulement n’a pas été gagnée mais a provoqué plus de 50.000 morts et  les cartels de la drogue sont en train de tenter de profiter de cette élection pour installer partout leurs hommes.la candidate du PAN, qui a pris le relais est une femme  Josefina Vazquez Mota,créditée de 32% .

Il y a aussi le candidat de la cialition de gauche  Andres Manuel Lopez Obrador, déjà candidat en 2006 qui est crédité à 22%.  En 2006, Il semble avoir gagné l’élection mais l’appareil d’Etat avec l’aide des Etats-Unis fit nommer Calderon. Il s’agissait à l’époque d’empêcher la poussée des gouvernements démocratiques et progressistes d’Amérique latine de s’emparer de ce pays clé. Le résultat de la présidentielle de 2006 avait été contesté par Andrés Manuel Lopez Obrador (dit AMLO), le candidat de la gauche, qui n’a jamais accepté la victoire de Felipe Calderon.

Pratiquement on peut considérer que le Mexique, qui a toujours manifesté une indépendance par rapport à son puissant voisin, est dévenu une zone ouverte, économiquement, socialement aux Etats-Unis alors même que la frontière était le lieu d’affrontement et de violence accrue. Il est vrai que le PRI avait fondé un système où le gangstérisme, le clientélisme et le système politique était étroitement mêlé mais l’offensive qu’a prétendu mener le président Calderon sous la pression des Etats-Unis qui dénonçaient l’infiltration de la drogue chez eux alors même que se nouaient des complicités politiques a déchaîné encore plus la violence sans endiguer l’influence des narcotrafiquants qui n’a cessé de croître.

La pression des trafiquants sur les élections s’exercera à la fois sur les candidats et sur les électeurs, moyennant finances ou intimidations.   Aucune candidat ne paraît en situation ni de reconquérir l’indépendance nationale, ni de trouver une issue à cette stratégie d’affrontement dont le peuple mexicain fait les frais. Washington a soutenu la stratégie de M. Calderon et le vice-président américain Joe Biden qui a rencontré début mars les trois candidats mexicains, a affirmé que ces derniers s’étaient engagés à poursuivre l’engagement du Mexique dans la lutte contre les cartels qui fournissent la drogue surtout à destination des Etats-Unis. Mais l’armée que l’on a impliqué dans cette lutte est elle même sous influence.

Seul le candidat de la Gauche, Lopez Obrador s’est engagé à retirer progressivement l’armée et à rénover la police nationale, mais d’une part sa crédibilité est entamée, d’autre part om a contre lui un système de plus en plus puissant dans lequel se mêlent les choix des Etats-unis, l’influence grandissante des narcotrafiquants et toute une société en crise qui ne survit que du mal qui la ronge.

A trois mois des élections, 27% des quelque 77 millions d’électeurs appelés à voter (sur une population de 112 millions d’habitants) demeurent indécis.

 
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Publié par le mars 31, 2012 dans Amérique, civilisation, politique

 

Une jeunesse désocialisée pathologiquement fanatisée Par Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre addictologue, et Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux

Une jeunesse désocialisée pathologiquement fanatisée Par Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre addictologue, et Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux

Après le temps de la vive émotion ressentie pour cette tragédie nationale, et notre identification douloureuse, nous, mères de famille, avec celles qui ont perdu leurs enfants, nous passons vers le temps de la réflexion partagée. Car la mort d’innocents nous touche tous, d’où que l’on vienne et quelles que soient nos convictions religieuses, philosophiques et politiques. Nous souhaitons ici alerter, une fois de plus, sur le danger rampant des mouvements radicaux en leur opposant l’importance des valeurs humanistes. Pour nous, elles constituent le socle de notre République, la seule issue pour un avenir serein.

Mohamed Merah présentait toutes les caractéristiques identifiées chez les jeunes radicalisés : ils sont sans père ni repères, sans transmission culturelle ni religieuse, sans cadre, en rupture sociale. Si l’on en croit l’attitude de sa mère, elle est loin d’être singulière puisque nombreuses sont celles qui disent ne plus reconnaître leurs fils embrigadés et peinent à les faire revenir vers le droit chemin. Ces jeunes sont les victimes du système pervers d’endoctrinement pratiqué actuellement sur des cibles fragiles, parfois rejetées de la société. Marginalisation souvent à l’origine de troubles psychologiques.

Aussi, nous nous étonnons de la rareté des références aux déséquilibres mentaux dont peuvent souffrir les criminels de ce type. Les criminologues psychiatres ont beau évoquer cet aspect, l’écho qui en restera sera uniquement celui d’un activisme religieux.

Et cet écho échoue sur le mur de l’amalgame, malgré les mises en garde. Comme si parler de troubles mentaux était une façon de cautionner l’acte commis. C’est pourtant le contraire : dans la sociopathie, la maladie de l’individu révèle celle de la société, c’est la raison pour laquelle il faut en tenir compte pour remonter à la racine du mal et en préserver nos enfants. Car, au fond, quel être humain normal commettrait ce type de crime, s’il n’était pas psychologiquement déséquilibré ?

L’immense mutation sociale que nous vivons souligne la perte de limite et d’autorité. Elle favoriserait l’apparition de certains troubles psychiques, qui sont davantage dans le registre du passage à l’acte. Les jeunes "convertis" au salafisme avaient souvent des personnalités antisociales, auparavant investies dans la délinquance. On leur propose de vivre une mutation "morale" en "confessionnalisant" leur haine, tout en demeurant dans le passage à l’acte.

La dépression, aussi maladie du siècle, est rarement évoquée au sujet des kamikazes. Pourtant, quelle meilleure proie qu’un dépressif, menacé dans son humanité pour ces manipulateurs pervers qui se tiennent, eux, prudemment et cyniquement éloignés de la mort, en amenant les autres à tout perdre ?

Les prédicateurs les cannibalisent, les vident du peu de vitalité qui leur reste pour en faire des terroristes, c’est-à-dire des personnes qui ont perdu toute humanité.

Et ce phénomène prospère dans un monde en crise, devenu village grâce aux multimédias omniprésents, surtout dans un contexte d’oisiveté. L’accès aux informations vraies ou dénaturées y est sans limites, parfois jusqu’à l’addiction.

Les prédicateurs qui s’y expriment annihilent toute capacité critique pour subordonner l’individu à une communauté virtuelle autour de la suprématie de l’identité religieuse, puisqu’il ne se reconnaît pas dans d’autres identités. La perversité du mécanisme réside également dans cette prétendue unité totale entre des membres où l’individu n’a plus de droit en dehors des intérêts de cette communauté. On lui fait croire qu’il est dans le vrai contrairement aux "autres", c’est-à-dire tous ceux qui n’adhèrent pas à cette idéologie, les autres musulmans compris, premières victimes de ces mouvances.

On comprend ainsi l’urgence de cesser de définir "les musulmans" comme une entité homogène, car cela revient à se placer sur les mêmes postulats que les discours intégristes qui réduisent des individus à "leur dimension musulmane". Au contraire, les discours médiatiques et politiques doivent s’appliquer à valoriser l’hétérogénéité des parcours et des positionnements des individus à référence musulmane, croyants ou non-croyants, en les considérant comme sujets porteurs d’une histoire spécifique. C’est ainsi qu’en utilisant des registres d’expression différents, on brouillera le système de communication des radicaux.

Construire un mode explicatif du comportement des jeunes par "leur appartenance à l’islam" les réduit à leur "dimension musulmane". Cela entraîne des significations prédéterminées et enlève aux personnes la liberté fondamentale de se définir, en miroir des discours radicaux. Les généralisations sont doublement criminelles. On dit "musulmans", y compris pour ceux qui ne croient pas. Mais c’est sur leur faciès qu’ils sont qualifiés de tels. Pourtant, il n’y a pas plus un faciès musulman qu’il n’y a de faciès chrétien ou autre. L’islam a toujours été une différence. Désormais, il est devenu une catégorie quasi ethnique.

La banalisation de l’anarchie des termes pèse lourdement sur ceux qui sont avant tout les enfants de la République française et qu’il ne faut plus tenir éloignés. Il faut les rencontrer et leur montrer l’espérance et l’avenir commun possibles dans une France où le socle républicain, on le constate depuis cette tragédie, est finalement bien le véritable consensus de cette nation.

Aux responsables de tous bords de veiller à cette unité et de lutter contre l’instrumentalisation de la misère humaine par les manipulateurs. Cet appel est valable pour la France comme pour les pays en transition démocratique aujourd’hui dirigés principalement par des gouvernements islamistes. La proximité du religieux et de l’Etat n’a jamais fait bon ménage. Nous appelons les observateurs internationaux à ne pas la banaliser, car le glissement est facile.

Les partis salafistes demandent aujourd’hui leur reconnaissance. Cette éventualité inquiète autant les musulmans que les autres. Le traitement reste incontestablement la démocratie, l’éducation pour un développement économique et social : c’est notre seule issue.

Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre addictologue, et Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux

Repères11 marsMohamed Merah assassine, à Toulouse, Imad Ben Ziaten, un sous-officier.15 marsIl récidive à Montauban et tue Mohamed Legouad, Abel Chennouf et Loïc Liber, membres du 17e régiment du génie parachutiste.19 marsTuerie au collège juif Ozar-Hatorah de Toulouse. Jonathan Sandler, ses deux enfants, Arieh, 5 ans, et Gabriel, 4 ans, sont tués ainsi que Myriam Monsonego, 7 ans. Un adolescent est grièvement blessé. Le plan Vigipirate écarlate est activé dans la région Midi-Pyrénées (levé le 24 mars).22 mars La police lance l’assaut contre le domicile de Merah à Toulouse et le tue. Cinq policiers sont blessés.

LE MONDE | 29.03.2012 à 14h11 •

 
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Publié par le mars 31, 2012 dans actualités, société

 

L’invention du peuple tsigane ? Une image de soi pour soi et une pour les autres ?

L’invention du peuple tsigane ? Une image de soi pour soi et une pour les autres ?

Voici un des articles parmi ceux que j’ai lu récemment qui m’a le plus donné à réfléchir. le contexte était là, celui des événements de Toulouse et de Montauban avec au coeur la question de la nation française, et l’histoire intervenue au même moment des trois petites gitanes abandonnées en rase campagne, tuée en voulant traverser l’autoroute comme des petits lapins apeurés et ce dans l’oubli général. Enfants juifs, enfants tsiganes assassinés alors même qu’il s’agit des dates anniversaires des convois d’enfants juifs et d’enfants tsiganes qui partirent vers la mort par la volonté du gouvernement de Vichy. Mais aussi bien sûr les éternelles questions mal résolues: les juifs forment-ils un peuple, recemment un "historien" leur déniait ce droit et obtenait un grand succès, est-ce parce que génétiquement leur origine est improbable ou comme les Tsiganes  leur présence historique est attestée, leur identité ethnologique se parcellise, quel rapport ce peuple entretient-il ou peut-il entretenir avec la nation? Quel trait culturel, religieux, pas seulement mais qui relève plus du fantasme de la société d’accueil que de la réalité jusqu’à la production de faux. En lisant cet article j’ai repensé à ce grand architecte appelé pour construire un logement HLM pour les gitans d’Avignon, sédentarisés dans le centre depuis longtemps et repoussé à la périphérie avait cru opportun de reproduire dans un habitat circulaire sa vision d’un campement Gitan autour d’un feu. Un pur fantasme et de fait une situation de marginalité et de délinquance par expulsion et enfermement. Voici donc l’introduction de l’article suivi d’un commentaire qui suggère quelques pistes de réflexions. (D.Bleitrach)

Patrick Williams, "Une ethnologie des tsiganes est-elle possible?

Depuis le milieu des années 1970, l’ethnologie des Tsiganes a produit un certain nombre de monographies qui, toutes, ont en commun de montrer comment les x (noms de la communauté spécifiquement étudiée; Rom Kalderash, Slovensko Roma, Rom Gabori, Gadjkene Manouche, etc.) construisent, matériellement et symboliquement, leurs différences au sein d’une société. La rencontre (la fameuse rencontre ethnographique) se fait en effet avec les x, c’est-à-dire une communauté particulière, et non avec les tsiganes (ou les Gitans, les Roms… tout autre terme générique), c’est-à-dire la totalité. L’ethnologue observe les Tsiganes entre eux, et les Tsiganes entre eux ne s’appellent pas "Tsiganes". Une affirmation parfois explicite, le plus souvent implicite, ressort de de ces travaux: le niveau de la totalité n’est pas celui de la réalité des rapports sociaux. Autrement dit: les Tsiganes n’existent pas. Ils sont une invention des société au milieu desquelles ils vivent, en l’occurrence les sociétés européennes. D’ailleurs, les travaux qui s’intéressent à "l’image des Tsiganes" nous en apprennent plus sur les fantasmes de ces sociétés que sur la réalité de ceux auxquels cette étiquette est attribuée.

Cependant des historiens écrivent l’histoire des Tsiganes. leurs récits se fondent sur l’étude des relations entre le ou les groupes ainsi désignés et les Etats; leur source principale est constituée par des textes administratifs; lois, édits, réglementations, rapports établis par des fonctionnaires, décisions de justice, déclarations officielles… Mais ils rapportent aussi un certain nombre d’événements qui apparaissent souvent comme la conséquence de ces textes – événements qui découlent de discours concernant "les Tsiganes" et non les x, même si ce sont les individus appartenant à ces communautés particulières qui sont touchés par ces événements. Un événement est quelque chose d’éminemment réel: il fait exister ce qui, avant qu’il ne se produise, pouvait n’être que fantasme ou préjugé. Réflichissant à la nature anthropologique, Alban Bensa et Eric Fassin évoquent "l’évidence de sa manifestation" (1). L’histoire des Tsiganes n’est pas une fiction.

Nous avons donc d’un côté des savants qui, se fondant sur la rencontre d’individus et le partage de moments de vie, affirment "les Tsiganes n’existent pas"; de l’autre côté, des savants qui, ayant exploré des documents d’archives et rassemblé des temoignages, affirment: "les tsiganes existent". L’une et l’autre position s’appuient sur des faits avérés – ce que je veux dire ici, c’est qu’aucune des deux n’est idéologique, ou seulement idéologique. Sommes-nous alors, à propos des Tsiganes, face à un conflit entre ethnologie et histoire? En guise de réponse, nous pourrions paraphraser Claude Levi-Strauss: toutes les entités sociales tsiganes sont historiques au même titre(2). Il est possible de faire l’histoire de chaque communauté singulière tout comme il est possible de faire leur ethnologie; en revanche, si l’histoire de la totalité s’avère possible (de multiples travaux l’attestent), son ethnologie ne le paraît pas. Dès qu’il y a rencontre, le niveau "les Tsiganes" devient évanescent. le propos de cet article est de tenter une ethnologie de la totalité.

Mais, avant de s’engager dans cette voie, peut-être est-il utile de mentionner certains questionnements qui font jour dans les deux domaines concernés?

Pour l’histoire: 1) L’histoire des Tsiganes utilise souvent rétrospectivement les critères de définition contemporains quand elle identifie ses héros et elle omet de s’interroger sur le contenu des appellations désignant l’entité qu’elle étudie. les sociétés de la Renaissance regardaient-elles ceux qu’elles appelaient "Boesmiens" ou "Egyptiens" comme nous regardons ceux que nous appelons aujourd’hui "Rsiganes" ou "Roms" ou "Gitans"… (Williams 2004)?  2)Il existe un décalage entre les études qui choisissent une échelle macrohistorique (de Vaux de Foletier 1970; Frazer 1992; Liegeois 2007) et celles qui choisissent une échelle microhistorique, par exemple l’étude d’une situation locale lors d’une brève séquence temporelle (Bordigoni 2000; Delépine 2007 et 2009; Robert 2004).

Pour l’ethnologie: les ethnologues oublient souvent d’intégrer, dans les tableaux de la vie d’une collectivité qu’ils composent, la profondeur historique qui permettrait de comprendre que les situations qui se donnent à voir au présent sont le fruit d’un enchaînement particulier d’événements, et surtout qu’étant ainsi liées à une conjoncture historique, elles ne sont pas pérennes. Rares sont les travaux d’anthropologie qui, comme ceux d’Alain Reyniers (1992) pour des Manouches et pour la france et la Belgique, et ceux de Martin Olivera (2007) pour les Rom Gabori et la transylvanie, prennent en compte une longue séquence historique.

J’essaierai, dans cet article, de surmonter cette opposition entre ethnologie et histoire, entre saisie d’une communauté singulière et saisie de la totalité, entre "Les tsiganes s’existent pas" et les Tsuganes existen", et de le faire en conservant une démarche ethnologique.

Il me semble que cela est possible en prenant en considération un aspect que j’ai longtemps tenu pour secondaire dans la définition des groupes tsiganes. Il s’agit des traits culturels. Je m’explique: partant du constat que partout les "communaités tsiganes" se distinguent de la société au milieu de laquelle on les découvre, mais que la panoplie culturelle qui supporte et nourrit cette différence apparaît extrêmement variée d’un groupe à un autre, également variable au fil du temps à l’intérieur d’un même groupe, je proposais de distinguer entre le fait de la différence (les traits culturels qui donnent une couleur particulière à cet écart). Entre la situation et le contenu, j’accordais la primauté à la situation (Williams 1984: 422-437)… Reprenant une terminologie empruntée aux sémiologues, et désormais fort répandue dans les sciences sociales, je proposais de distinguer entre le signifié de l’identité tsigane (i.e: le fait de la différence) et le signifiant (i.e : les traits culturels qui manifestent cette différence). Et j’allais jusqu’à écrire:

"Partout, toujours, les Tsiganes sont différents de ceux qu’ils rencontrent, mais ils ne le sont pas toujours et partout de la même manière; il y a un lien entre la forme de vie et la personnalité des non-tsiganes et la forme de vie et la personnalité des Tsiganes qui sont en contact les uns avec les autres. Nous dirions que le contenu de la différence, ce que l’on peut appeler la culture des Tsiganes, est un signifiant et qu’il ne cesse de se transformer; le signifié, c’est le fait de la différence et il demeure à travers les variations du signifiant (…). le signifié tsigane n’est que différence, le signifiant, si l’on pousse les choses à l’extrême, peut être n’importe quoi. C’est ce qui permet aux tsiganes d’être une une des cibles préférées des rêves et des fantasmes des non-tsiganes: ils peuvent accueillir tous les signifiants de l’altérité, tout ce qui, pour le gadjo, représente autre chose que ce qu’il est, que ce qu’il vit. dans les arts, la littérature, la représentation du "Tsigane" change avec les époques, avec les pays, avec les modes, c’est-à-dire avec les gadje…" ‘ibid: (421-422)

Suite par danielle bleitrach

L’auteur prend l’exemple d’un objet culturel: un corpus de chansons recueilli parmi les Manouches de la région de Pau. Se pose le problème: 1) faut-il présenter un enregistrement de la musique manouche tel que les gadje qui doivent l’acheter se la représentent avec une majorité de chansons originales en langue manouche ou 2) fallait-il rester fidèle à soi-même et proposer ce qui se chantait lorsque les Manouches de la région faisaient la fête ? Onze chansons mêlant des influences diverses en particulier la variété française. La deuxième option a été choisie: se montrer à l’extérieur tel que l’on était entre soi. Ces tsiganes avaient parfaitement conscience de la double dimension de leur identité – une image pour soi et une image pour les autres(3).

http://youtu.be/jW13Wb3IcIg

Une autre idée m’a traversé l’esprit à la lecture  de cet article paru dans le dernier numéro de 2011 de la revue d’ethnologie l’Homme, en pensant aux fameux textes de Staline sur la nation, sur son insistance à considérer qu’il n’y a de nation que s’il y a paysannerie et rapport au sol. Nous sommes à ce moment de l’histoire de l’humanité où pour la première fois la population urbaine a dépassé celle rurale, de gigantesques connurbations de la misère et de l’autre côté une ville globale des nouvelles technologies. Mais ce que Marx définissait comme des "poches d’autarcie" surlesquelles se surimpressionnent les images de la nation, en France en particulier cèdent la place à une autre réalité où l’étranger n’a plus le même statut ou ne devrait plus l’avoir.

Est-ce qu’il ne faudrait pas non pas plaquer la vision républicaine mais la construire en tenant compte de la manière dont des groupes ont inventé leur appartenance pour eux et pour les autres. Quelles réflexions nous offrent ces peuples plus ou moins nomades même quand ils sont sédentarisés sur un nouvel universel dont la nation doit s’emparer. Un phénomène prend de plus en plus d’ampleur celui de la double nationalité, qu’en faire ? Ce qui s’est passé à Toulouse est un "événement" c’est-à-dire quelque chose "d’éminemment réel: il fait exister ce qui , avant qu’il ne se produise pouvait n’être que fantasme ou préjugé". Les petits jeux politiciens autour de l’identité française ont existé et nous ne savons que faire de cette existence, de ce cadavre dont personne ne veut entre célébration et profanation.(note de Danielle Bleitrach)

(1) Cf. "Les sciences sociales face à l’événement" in bensa (2006: 189). Sur ce même thème on peut consulter aussi la revue Terrain, 2002,38: Qu‘est-ce qu’un événement ?

(2) CF. "Toutes les sociétés sont historiques au même titre", in 5e Conférence Marc Bloch publiée dans les Annales (cf Levi Strauss 1983)

(3)  cet exemple m’a fait songer à la prière de Kippour des juifs, le Kolnidrei qui a longtemps été désigné comme l’exemple de la duplicité des juifs puisqu’il s’agit de "voeux" désignant comme nuls et non advenus les serments prononcés par les juifs durant un temps déterminé. Il a souvent été dénoncé par les autorités religieuses elles-mêmes, sa dimension anthropologique devait peut-être être étudiée en tant qu’elle marque la conscience d’une double dimension de l’identité. Ces voeux furent considérés comme la preuve de la duplicité des juifs et l’on exigea d’eux un serment particulier. Bien que le serment more judaico ait été aboli avec l’émancipation des Juifs, les accusations de fourberie ont continué à être portées  notamment par Henry Ford dans The International Jew, le pasteur Ted Pike dans Judaism’s license to lie (où il va jusqu’à mettre en doute la réalité de la Shoah car les Juifs auraient pu passer outre le serment de dire la vérité au tribunal de Nuremberg lorsqu’ils ont témoigné de l’existence des fours crématoires et chambres à gaz) et d’autres qui justifient jusqu’à la haine des Juifs par cette prière. La musique traditionnelle du Kolnidreu se rapproche de celle du chant grégorien. Il est inspiré par la prière et le rite  ashkénaze .

http://youtu.be/PopzXbvXmJ4

Mais il y a eu aussi le concerto pour violoncelle de Max Bruch, commandité à celui-ci par la communauté juive de Liverpool.

http://youtu.be/SJss7GBagiw

Un arrangement de la prière a été également composé par Arnold Schoenberg (opus 39 pour chœur et orchestre) non sans provoquer de vives protestations à cause de la transformation de la phrase musicale.

http://youtu.be/nwO4XLMGqw4

La question est pourquoi tenir à cette prière qui devient un abcès de fixation pour les antisémites alors qu’elle n’a aucune justification religieuse si ce n’est qu’il est le signifiant du signifié : la différence qui emprunte à la fois sa mélodie à l’environnement essentiellement aschkénaze et dans le même temps marque une représentation interne et externe de l’identité. C’est une simple hypothèse mais qui a le mérite de nous faire nous interroger sur l’"évidence de l’identité nationale" (note Danielle Bleitrach)

 
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Publié par le mars 31, 2012 dans histoire, misique, société

 

Il y a soixante-dix ans, le début d’une période noire pour les Tsiganes de France

Il y a soixante-dix ans, le début d’une période noire pour les Tsiganes de France

Assignés à résidence par un décret d’avril 1940 et internés dans des camps jusqu’en 1946 pour certains, les «nomades», comme on les appelait à l’époque, ont connu sous l’Occupation et Vichy un sort tragique et largement oublié. Eclairage sur ce pan d’histoire méconnu par Emmanuel Filhol, historien.

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Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Tsiganes français ont vécu une période noire de leur histoire, où l’âme d’une communauté s’est fracturée. Si le génocide perpétré par les nazis envers les Tsiganes habitant sur le territoire du Grand Reich et à l’extérieur, dans d’autres pays d’Europe, est un fait historique davantage connu de l’opinion publique française, il n’en va pas de même en ce qui concerne le sort réservé aux Tsiganes de France sous l’Occupation et Vichy.

Assignation à résidence

Dès le mois de septembre 1939, les Tsiganes sont interdits de séjour en Indre-et-Loire et ne peuvent plus circuler librement dans l’Ouest de la France. Le 6 avril 1940, un décret du Président Paul Lebrun interdit la circulation des « nomades » (Tsiganes) sur la totalité du territoire métropolitain. Les « nomades » tels qu’ils ont été définis administrativement par la loi coercitive de 1912 doivent se déclarer à la brigade de gendarmerie la plus proche, et ils seront astreints à résider pour la durée de la guerre en une localité prévue dans chaque département par le préfet compétent :

« Monsieur le Président,

En période de guerre, la circulation des nomades, individus errants, généralement sans domicile, ni patrie, ni profession effective, constitue pour la défense nationale et la sauvegarde du secret, un danger qui doit être écarté.

Les incessants déplacements des nomades – qu’il ne faut pas confondre avec les forains, industriels ou commerçants, pour la plupart honorablement connus – leur permettent de surprendre des mouvements de troupes, des stationnements d’unités, des emplacements de dispositifs de défense, renseignements importants qu’ils sont susceptibles de communiquer à des agents ennemis.

Il convenait d’interdire la circulation des nomades et de les astreindre à une résidence forcée sous la surveillance de la police et de la gendarmerie. Tel est, Monsieur le Président, l’objet du décret que nous avons l’honneur de soumettre à votre haute approbation.

Le président du conseil

Ministre des affaires étrangères

Paul Reynaud

Art. 1er. La circulation des nomades est interdite sur la totalité du territoire métropolitain pour la durée de la guerre.

Art. 2. Les nomades, c’est-à-dire toutes personnes réputées telles dans les conditions prévues à l’article 3 de la loi du 16 juillet 1912, sont astreints à se présenter dans les quinze jours qui suivront la publication du présent décret à la brigade de gendarmerie ou au commissariat de police le plus voisin du lieu où ils se trouvent. Il leur sera enjoint de se rendre dans une localité où ils seront tenus à résider sous la surveillance de la police. Cette localité sera fixée pour chaque département par arrêté du préfet.

Art. 3. Les infractions à ces dispositions seront punies d’emprisonnement de un à cinq ans.

Art. 4. Les dispositions de la loi du 16 juillet 1912 et du décret du 7 juillet 1926 qui ne sont pas contraires aux dispositions du présent texte demeurent en vigueur.

Art. 5. Le président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Défense nationale et de la Guerre, le ministre de l’Intérieur, le garde des Sceaux, ministre de la Justice, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté qui sera soumis à la ratification des Chambres, dans les conditions prévues par la loi du 11 juillet 1938 sur l’organisation de la nation en temps de guerre.

Fait à Paris, le 6 avril 1940

Albert Lebrun

Par le Président de la République.»

Toutes les mesures de contrôle prévues furent ensuite prescrites dans la circulaire du 29 avril 1940. À l’exception toutefois de la mesure concernant le regroupement des « nomades » en une seule localité par département, puisque les familles devaient être assignées là où elles vivaient. Et si l’assignation en des communes distinctes, mais à proximité des brigades de gendarmerie, permirent aux Tsiganes, du moins provisoirement, d’échapper à l’internement, ce n’est en aucun cas au nom de principes humanitaires mais à cause de considérations financières et sécuritaires : « J’estime [...] que la réunion des nomades en une sorte de camp de concentration présenterait, en général, ce double inconvénient très sérieux de favoriser le regroupement des bandes que mes services ont eu parfois le plus grand mal à dissocier, de soulever de délicats problèmes de logement, de ravitaillement, de garde, qui ne pourraient être résolus sans entraîner des dépenses importantes et nécessiter le renforcement des services de surveillance ».

En conséquence de quoi, la circulaire ne prévoyait pas même de crédit pour l’application du décret. Les familles n’avaient qu’à trouver les moyens de gagner leur vie. Le ministre de l’Intérieur, reprenant à l’envi le stéréotype pluriséculaire du « nomade » paresseux et danger social, escomptait bien les avantages qu’on en pourrait attendre : « Ce ne serait certainement pas le moindre bénéfice du décret qui vient de paraître, s’il permettait de stabiliser des bandes d’errants qui constituent au point de vue social un danger certain et de donner à quelques-uns uns d’entre eux, sinon le goût, du moins les habitudes du travail régulier ».

Le décret fut assez vite appliqué par de nombreux préfets. Ainsi un mois suffit aux responsables de la 7e brigade mobile de police et de la gendarmerie de Bordeaux pour dresser la liste des « nomades » vivant en Gironde et astreints à y séjourner, une liste de 259 noms et prénoms, accompagnés des dates et lieux de naissance, ainsi que des rubriques liées à la loi de 1912 : numéros des « carnets collectifs, des carnets anthropométriques individuels, des plaques des voitures ». Les Tsiganes continuaient donc de subir une législation disciplinaire et vexatoire. Plus sévère encore. La loi de 1912, avec ses aspects discriminatoires, visant à contrôler la mobilité des Tsiganes et à les différencier du reste de la population, stigmatisait et réprimait sans conteste la communauté tsigane. Mais la loi ne les excluait pas totalement de la société puisqu’ils pouvaient circuler. Ce qu’interdit désormais le décret de 1940. Les premiers arrêtés nominaux des « nomades » assignés à résidence survinrent vers la fin de mai 1940. Ils obligeaient les Tsiganes à ne pouvoir se déplacer que dans la circonscription de la brigade de gendarmerie dont dépendait leur commune d’assignation, les astreignant par ailleurs à soumettre toutes les semaines ou tous les quinze jours au visa de la gendarmerie leur carnet collectif et anthropométrique.

L’internement des Tsiganes par familles entières

Après la défaite, les Allemands ordonnent le 4 octobre 1940 que les « nomades » de la zone occupée soient internés dans les camps. Les « nomades » vivant en zone libre sont pour leur part assignés à résidence ou internés dans plusieurs camps, dont celui de Saliers (Bouches-du-Rhône), le seul camp d’internement réservé aux « nomades » – avec le camp de Lannemezan (Hautes-Pyrénées) – qui fut créé par le gouvernement de Vichy en 1942. Ce sont les autorités françaises qui administrent les camps où séjournèrent un peu plus de six mille Tsiganes, internés par familles entières. Les enfants représentaient 30% à 40 % de la population internée.

Le constat est partout identique. La vie quotidienne dans les camps révèle des conditions de logement et d’hygiène déplorables. À cause des matériaux utilisés pour la construction des baraques, les familles souffrent du froid et de la chaleur. À Mulsanne (Sarthe), les baraques recouvertes de tôle ondulée offrent une protection aussi glaciale l’hiver qu’étouffante l’été. Les camps, comme à Rivesaltes (Pyrénées-Orientales), sont souvent construits en plaine à la merci des éléments naturels. Tous les rapports rédigés par les chefs de camp mettent l’accent sur l’indigence des « nomades » : à Montsûrs (Mayenne), des adultes manquent de chemises et portent un veston directement sur la peau. Les enfants vont pieds nus dans la boue, les femmes découpent des vêtements dans les couvertures pour se protéger du froid. Le linge de corps n’existe pas, les « nomades » n’ont même pas de vêtements de rechange et ils n’ont pas d’argent pour s’en acheter.

Les locaux deviennent vite inhabitables. L’insalubrité du camp se traduit alors par la présence de poux, de sarcoptes et vermines de toutes sortes, de rats. Les conditions d’hygiène étant mauvaises (pas de douches), on recense de nombreux cas d’affections de la peau dues à la malpropreté : impétigo, plaies sceptiques, furonculose, abcès. Au tableau des misères quotidiennes que subissent les familles s’ajoutent de graves insuffisances de l’alimentation. Les internés ont été très durement touchés par les pénuries, qui se sont aggravées au cours de l’année 1941. À Saint-Maurice-aux-Riches-Hommes (Yonne) et dans d’autres camps, ceux que l’on autorise à sortir tentent d’échanger des objets de valeur contre de la nourriture. Ainsi ce Manouche, interné à Moisdon-la-Rivière (Loire-Inférieure), venu voir un fermier pour troquer son médaillon en or sur lequel figurait la photographie de sa femme : le paysan, après avoir retiré la photo, puis l’avoir jeté par terre et piétinée, s’était contenté de lui donner en échange deux oeufs. Mais les denrées alimentaires manquaient cruellement, en particulier aux enfants. Gaston Foucher, interné pendant un mois en septembre 1943 à Jargeau (Loiret) comme réfractaire au Service du Travail Obligatoire, se souvient que les Tsiganes ont souffert de la faim : « Quand on parlait avec les nomades, ils nous disaient qu’ils étaient malheureux, qu’ils n’avaient pas assez à manger ». Les Tsiganes ne souffrent pas seulement de la faim, ils meurent dans les camps. La malnutrition et les maladies constituent deux des causes principales de la mortalité. Par ailleurs, le manque de soins aggrave les maladies et intervient comme un facteur supplémentaire dans la mortalité enregistrée. Les personnes décédées sont des vieillards, des enfants mais aussi des adultes isolés. Une estimation portant sur les années 1940 à 1944 indique qu’une centaine de « nomades » sont morts dans les camps d’internement.

L’internement apparaît d’autant plus pénible pour les Tsiganes qu’ils ne reçoivent aucune aide extérieure, contrairement aux autres catégories d’internés. Leur famille est elle-même internée ou alors trop pauvre et les œuvres caritatives ne s’intéressent pas à eux ; seuls la Croix-Rouge, le Secours National et quelques œuvres religieuses agissent ponctuellement. L’inspecteur général des camps est très sévère, à l’issue de son inspection aux Alliers (Charente), en décembre 1941 : « Les œuvres de bienfaisance locales se sont totalement désintéressées du camp des Alliers. La Croix-Rouge seule a délégué une de ses infirmières mais cette grande association pourrait, ce semble, activer son intervention généreuse ».

Le sort des Tsiganes, qui pâtissent des critiques malveillantes formulées par les directeurs de camp (« En résumé, gens peu intéressants, nuisibles parce que très ignorants, amoraux et foncièrement vicieux »), n’émeut guère davantage la population locale. Des communes en Côte-d’Or exercent même des pressions pour que les « nomades » soient internés, ce qui ferait de ce département le seul de zone occupée où l’internement relèverait des autorités françaises. Telle serait en effet l’origine du centre de rassemblement de Moloy, si l’on en croit le rapport mensuel du préfet en date du 21 juillet 1941 : « Comme les maires et les habitants des localités où séjournent certaines tribus nomades ont déposé des plaintes pour des vols et des rapines commis par ces derniers, il devient nécessaire de créer un camp d’internement en Côte-d’Or ».

Hypothèse d’autant plus vraisemblable que cette attitude d’hostilité de la population s’exprime ailleurs, conduisant par exemple les habitants de la Morinière (Loire-Inférieure) à signer une pétition en faveur de l’internement des « nomades » de la commune : « Dans un but désintéressé, plaçant notre amour de la France au-dessus de toute autre considération, nous faisons appel, Monsieur le Préfet, à votre esprit de justice et d’ordre social, et vous demandons respectueusement : de prononcer l’internement des membres adultes des familles Z. et H. ; de confier à des Centres de Rééducation les enfants de ces mêmes familles ». La requête fut jugée recevable et aboutit à l’internement des familles au camp de Jargeau. De semblables démarches se produisirent en zone sud, comme l’atteste entre autres une lettre d’habitants et du maire de Bassan adressée au préfet de l’Hérault le 4 mai 1944 (!), qui réclame l’internement d’une famille de vanniers ambulants assignée sur la commune, pétition à la suite de laquelle le préfet donna son accord et ordonna sans hésitation par arrêté préfectoral que la famille B, composée du père, de la mère et de quatre enfants, soit conduite au camp de Gurs (Basses-Pyrénées).

À lire les rapports officiels, l’absence d’aide apportée aux Tsiganes prévaut également quand il est question des évasions. Les Tsiganes ne supportent pas leur internement, ils n’en comprennent pas les raisons. Ne plus voyager leur est insupportable. C’est pourquoi ils s’évadent en masse, en famille. Tous les moyens sont bons : on fait le mur, on ne revient pas de permission ou d’hôpital, on profite d’une sortie. Une majeure partie d’entre eux est toutefois reprise après quelques jours, souvent grâce à la complicité active de la population qui les dénonce auprès des gendarmes : à Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire), où les évasions furent nombreuses en 1944, les « nomades » en fuite voient « se dresser contre eux les fermiers des environs qui les ont reconduits au camp à coups de fourches » (Archives nationales). Même scénario à Arc-et-Senans (Doubs), à ceci près que les « nomades » évadés en avril 1942 qui avaient pu se réfugier en Suisse sont refoulés vers la gendarmerie par la police helvétique : « Ces nomades ont regagné le camp, escortés par les gendarmes de Beaume-les-dames. Interrogés, les fugitifs ont déclaré avoir quitté le camp par escalade le 11 avril à l’aube ; ils se sont ensuite dirigés à pied sur Morteau, ont pénétré en Suisse pour tenter de gagner la région de Locle ; ils ont été refoulés par la police helvétique pour être finalement arrêtés sur notre territoire par la gendarmerie » (archives municipales de Beaume-les-dames).

L’indifférence persista après l’installation du gouvernement provisoire de la République. On pouvait escompter que la libération du territoire national aurait signifié pour tous les Tsiganes internés la sortie des camps. Il n’en a rien été. En décembre 1944, cinq camps sont toujours en activité. Les derniers « nomades » seront libérés du camp de Saint-Maurice le 18 décembre 1945, de Jargeau le 31 décembre et des Alliers le 1er juin 1946. Les familles qu’on libère manquent de tout, vêtements, nourriture, argent, et personne ne s’en préoccupe : « Quand on est sorti des camps, on n’avait pas de secours, on n’avait rien, comme il y a du secours partout maintenant. On aurait dû nous donner quelque chose pour faire la route, nous guider, nous dire " Allez là, il y a une maison qui vous attend, on va s’occuper de vous ". Rien, à la porte ! comme un chien ! comme des chiens ! » (Jean-Louis Bauer, interné à l’âge de dix ans avec sa famille en Gironde à Mérignac, puis aux camps de Poitiers, Montreuil-Bellay et Jargeau). Les « nomades » rentrent à pied chez eux et se débrouillent par leurs propres moyens. Mais d’autres épreuves attendent les Tsiganes à leur arrivée. Car bien souvent, profitant que les maisons ou les roulottes qu’ils habitaient étaient restées inoccupées, des habitants se sont empressés de voler toutes choses utiles qui s’y trouvaient. Au mois de novembre 1942, Toto Hoffmann est libéré du camp de Poitiers. Munis d’un laissez-passer, les Hoffmann regagnent la commune de Gujan-Mestras (Gironde). Non contente d’avoir perdu leur belle roulotte au camp de Mérignac, la famille découvre au retour que des vols ont été commis dans la maison, les spoliant de leurs meubles et des vêtements qui leur étaient nécessaires : « Quand on est venus à la maison, il n’y avait plus rien. On nous avait tout volé… on n’avait plus rien… ils avaient tout pris, tout ce qu’on avait, les vêtements qu’on avait… quand on est venus, je vous dis, on était nus ».

Malgré tant de privations et de souffrances endurées, les Tsiganes libérés sont aussitôt assignés à résidence, avec interdiction de quitter la commune où ils doivent demeurer. Cette obligation touche tous ceux qui ont été internés en France mais aussi les survivants revenus des camps de concentration. C’est ainsi qu’Alphonse Reinhardh, d’abord assigné à résidence sur la commune de Saint-Aignan par la brigade de Villegouge, interné ensuite à Mérignac et Poitiers, avant d’être déporté au camp de Sachsenhausen, sera à son retour d’Allemagne en août 1945 assigné à résidence et placé sous la surveillance de la même brigade de gendarmerie jusqu’à la loi du 10 mai 1946 portant fixation de la date légale de cessation des hostilités. Rien d’étonnant alors si, reprenant à son compte des propos honteux tenus par le maire d’une commune contre une famille gitane durement meurtrie (dont plusieurs des membres, résistants d’un maquis, avaient été arrêtés, l’un des enfants fusillé par les Allemands, le père mort en déportation), un sous-préfet suggéra ni plus ni moins en septembre 1945 aux autorités préfectorales que pour cette famille et tous les « nomades » indésirables du département, « les terrains sablonneux des Landes seraient tout indiqués ». Outre les 70 Tsiganes de Poitiers conduits le 13 janvier 1943 à Sachsenhausen, rappelons que 25 hommes du même camp partirent le 26 juin 1943 en direction de Buchenwald. L’année suivante, sept « nomades », évadés de Saliers, puis repris et internés à Fort Barraux (Isère), aboutirent vers la fin de juin 1944 au camp de concentration de Buchenwald et à Dora. On sait par ailleurs que 351 Tsiganes français et belges seront déportés à Auschwitz le 15 janvier 1944 dans le convoi Z quittant Malines, en Belgique. Seuls quinze ont survécu.

Une commémoration nationale

Soixante-dix ans après, le drame des Tsiganes français demeure largement occulté. Le souvenir des lieux d’internement ne s’est pas fixé parce que les camps ont disparu, ou sont redevenus ce qu’ils étaient avant sans qu’on y puisse lire cet épisode douloureux. À la disparition matérielle des camps est venu s’ajouter le fait que la société a refusé de se préoccuper du vécu des victimes auxquelles personne ne s’identifiait : les Tsiganes, considérés comme « mauvaises victimes », ont été ainsi exclus de la mémoire.

Pendant longtemps, les communes où avaient été internés les « nomades » ont refoulé purement et simplement la réalité des camps. Le refoulement a fonctionné de façon si massive qu’il s’est accompagné parfois d’une dénégation. Des municipalités refusent d’admettre de nos jours qu’un camp pour les « nomades » ait existé sur l’emplacement de leur commune. Si certaines personnes bienveillantes ont cherché à savoir ce qui s’était passé, se sont indignées, ont voulu préserver de l’oubli la souffrance infligée, ce qui domine en général au sein de la population ou des pouvoirs locaux est une attitude d’indifférence et de rejet. D’où l’ignorance entretenue par la société à propos des persécutions commises au cours de cette période tragique contre la communauté tsigane.

Du côté des historiens, le désintérêt s’est imposé avec autant de réussite. Le discours historique en France a ignoré l’internement des Tsiganes. En dehors des études tardives et peu nombreuses, les publications concernant Vichy destinées aux spécialistes ou à un public scolaire taisent son existence. Quasi aucun des manuels d’histoire les plus diffusés dans les classes de première et de terminale ne consacre une ligne à cette question.

Le drame des Tsiganes n’a pas non plus laissé beaucoup de trace sur les monuments ou les plaques. Le défaut de mémoire s’y affirme clairement. La majorité des communes préfère l’oubli, maintenant dans l’ombre un aspect peu glorieux de l’histoire locale. Quatorze stèles sur les trente camps se souviennent des Tsiganes. Encore faut-il préciser que les plaques, dont les textes s’avèrent en partie critiquables, ont été apposées à des dates bien postérieures à la fermeture des camps, entre 1985 et 2009 (neuf stèles n’existent que depuis 2004).

Même occultation enfin du côté de l’État. Les gouvernements de la République qui se sont succédé depuis la Libération n’ont pas cru bon d’expliquer quel traitement avait été appliqué aux Tsiganes de France pendant la Seconde Guerre mondiale. Il n’y a pas de Mémorial national leur rendant hommage. L’État pratique à de rares exceptions près une politique du silence.

La société a donc choisi l’amnésie plutôt que la (re) connaissance de ce qu’avaient vécu les Tsiganes sous l’Occupation et Vichy. Les Tsiganes sont restés marginaux dans la mémoire collective française.

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Pour lutter contre cet oubli, la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les Gens du voyage (Fnasat), en collaboration avec différents partenaires associatifs et le soutien des institutions, organisent un événement commémoratif à partir d’avril sur l’ensemble du territoire. Le thème de l’internement et de la déportation des Tsiganes sera décliné sous plusieurs formes : expositions artistiques ou pédagogiques, projection de films et débats, conférences, publications, concerts, etc.

L’événement est parrainé par le cinéaste tsigane Tony Gatlif, dont le dernier film Liberté paru en 2009 se rapporte au même thème.

En savoir plus: www.memoires-tsiganes1939-1946.fr

Emmanuel Filhol, Université de Bordeaux 1, Laboratoire Epistémè. Membre du Comité scientifique de la revue Études Tsiganes (Paris).

Auteur avec Marie-Christine Hubert de : Les Tsiganes en France : un sort à part (1939-1946), Préface de Henriette Asséo, Perrin, 2009, 398 p.

 
 

Marine Le Pen, l’extrême-droite et l’islamophobie par Nicolas Lebourg, chercheur spécialiste de l’extrême-droite

Marine Le Pen en meeting le 25 mars 2012 à Bouguenais (c) Afp

Pour répondre à l’angoisse suscitée par les assassinats de Montauban et de Toulouse, dimanche 25 mars près de Nantes Marine Le Pen a rompu avec le style "stand up" qui marquait sa campagne. Installée au pupitre, elle n’improvise pas mais lit son discours. Le fait est logique : ce dernier est particulièrement virulent, sur un thème sensible, et exige donc d’éviter les embardées. Marine Le Pen use de qualifications très péjoratives : "immonde", "nauséabond", etc. Elle décrit une France potentiellement assaillie par des tueurs islamistes. Au contraire de ce que l’on en a dit, elle n’est pas là sur les "fondamentaux" frontistes. L’islamophobie est un produit idéologique récent mais qui a son histoire et qui s’appuie sur de puissants schémas culturels.

Le choc de la Révolution iranienne

En 1979, la prise du pouvoir en Iran par l’ayatollah Khomeyni fascine les radicaux politiques du monde entier. Or, l’extrême droite radicale sert d’aiguillon idéologique à l’ensemble de l’extrême droite et elle se renouvelle idéologiquement depuis 1945 essentiellement par des réemplois du courant dit de la Révolution conservatrice durant l’Allemagne de 1919-1933, et par l’imitation des expériences étrangères. Précisément, comme l’a souligné le politologue allemand Stefan Breuer, le nouveau régime de Téhéran n’est pas sans évoquer cette Révolution conservatrice. Les nationalistes-révolutionnaires et néo-droitiers italiens puis français ne vont donc pas hésiter à mettre ce régime à l’honneur et à y voir un modèle dans le réenracinement des peuples face à l’Empire américain. Les radicaux vantent également pour les populations d’origine arabe installées en Europe une identité fermée sur l’islam pour éviter le métissage culturel et inter-ethnique. Quand le débat s’enflamme autour du "voile à l’école" (1989), l’usage médiatique inapproprié du terme iranien "tchador" souligne le clivage. Alors que les tenants du système atlantique s’inquiètent de l’influence iranienne, les nationalistes-révolutionnaires de Nouvelle Résistance et les néo-droitiers du GRECE prennent fait et cause pour les jeunes filles et dénoncent un "racisme anti-musulman". L’idée que l’islam radical et l’extrême droite européenne représentent conjointement des cellules de résistance au "mondialisme" est alors reprise de toutes parts dans l’extrême droite. Identité, la revue théorique du Front National, sous l’influence des cadres mégretistes issus de la nouvelle droite, considère que face au "cosmopolitisme" du "nouvel ordre mondial", l’islamisme serait avant tout le signe d’une "résistance" correspondant "à la volonté d’enracinement et d’identité" des Arabes.

La subversion islamique

Cet enthousiasme n’est pas partagé par tous dans un monde marqué par la bipolarité Est-Ouest. Comme le souligne l’historien Romain Ducoulombier, c’est, de façon symptomatique, un spécialiste de la critique de la  "subversion communiste" mondiale, Jules Monnerot qui commença à transférer dans les années 1980 son discours sur les mondes arabo-musulmans. Menace extérieure, subversion intérieure : les schémas de la dénonciation anticommuniste étaient redéployés sur l’Islam, l’Iran et les immigrés. Membre du Club de l’Horloge de Bruno Mégret et du Conseil scientifique du FN, Monnerot claque la porte de ce dernier après l’opposition de Jean-Marie Le Pen à la première guerre contre l’Irak (1991).

Le transfert entre communisme et islamisme est fait à bien plus grande échelle. Dans des discours de 2005 et 2006, le président George W. Bush a fait de "l’islamo-fascisme" l’ennemi global face auquel se dresserait l’Occident après avoir vaincu les précédents "totalitarismes", le fascisme et le stalinisme. Il y reprenait également la conception de Ronald Reagan (alors empruntée aux argumentaires de la World Anti-Communist League) selon laquelle la totalité du terrorisme mondial était secrètement centralisée et organisée par le Kremlin, en remplaçant ce dernier par le "mouvement unique" du "fascisme islamique" secrètement constitué aussi bien par le Hamas, le Hezbollah, qu’Al-Qaïda.

Le discours sur le danger islamiste (qu’il ne s’agit pas de mésestimer) glisse ainsi souvent sur les formes de l’imaginaire anti-subversif que les sociétés occidentales ont intégré durant la Guerre froide. Les métaphores médicales par exemple (Marine Le Pen parlant de "cancer" et de "gangrène" dans son discours) sont typiques. En France, le discours dénonçant la subversion communiste s’était souvent fait également avec l’appel à la République, une démarche qui n’est pas ici absente.

Le rempart laïc

Malgré les relations complexes de l’extrême droite avec l’idéal républicain, ce camp a son image qui, jusqu’au "nouveau FN", demeure marquée par l’influence en son sein du courant national-catholique. En 1997, la politologue Magali Boumaza (Université de Galatasaray, Istanbul) effectue une enquête dans les milieux de l’extrême droite française. A Toulouse, elle rencontre un étudiant responsable de la structure locale des jeunes du parti. Il lui tient un discours très éloigné de ceux qui paraissent alors relever du FN. Évoquant les beurs désocialisés, il expose : "S’ils n’ont pas de modèle qu’est ce qu’ils sont ? Ils sont Français ? Enfants de la République ? Ils se foutent de la République, ils ne savent pas ce que c’est d’ailleurs. C’est le cas des imams qui viennent, qui les forment, politiquement, religieusement… Moi, je suis de ceux qui pensent que la laïcité, elle est fondamentale, elle est indissociable de la République, mais malheureusement le phénomène communautaire est contre la République." Ce jeune homme qui tient un discours original pour le FN de cette époque est Louis Aliot, aujourd’hui numéro deux du parti, Vice-Président en charge du projet, et compagnon de la candidate frontiste… A la même époque, Fabrice Robert, cadre de Nouvelle Résistance puis Unité Radicale devenu aujourd’hui le président du Bloc Identitaire bien connu pour ses "coups d’agit-prop" très réussis contre "l’islamisation de l’Europe" (apéro saucisson-pinard etc.), réalise un master d’histoire quant au kémalisme, le nationalisme laïc turc. Autre cadre de Nouvelle Résistance puis Unité Radicale, Christian Bouchet a rejoint le FN et soutenu la candidature de Marine Le Pen. Sa conception a également évoluée, vers la défense d’un islam de France républicain et assimilateur. En somme, l’ensemble du champ extrême droitier a massivement abandonné les marqueurs tant "différencialistes" que  "catholique-traditionalistes" pour renouveler ses positionnements sur une question devenue centrale.

Le fascisme vert ?

"Ce qui s’est passé est le début de l’avancée du fascisme vert dans notre pays" tempête Marine Le Pen dans son discours. Le rapport entre fascisme et islamisme est une arme rhétorique complexe. C’est de manière positive que François Duprat, ancien numéro 2 du FN assassiné en 1978, faisait de telles analogies. Mais sa sympathie allait, en bonne logique idéologique, avant tout au Ba’th syrien nationaliste et laïc. C’était aussi pour cela qu’il avait lancé en 1970 un slogan sans cesse repris par Jean-Marie Le Pen à compter de la première guerre contre l’Irak : "nationalistes de tous les pays unissez vous !". Sous cette influence idéologique, les radicaux se sont mis à porter le Keffieh. Le fameux GUD, dont proviennent nombre d’amis de Marine Le Pen d’ailleurs, afficha sa sympathie pour le Hamas.

Mais l’analogie est devenue négative à l’extrême droite pour deux raisons. Ce fut d’abord la dislocation de l’ex-Yougoslavie (1991-1995) qui changea la donne. Les nationalistes grand-serbes firent resurgir la Déclaration islamique, manifeste pour une grande république islamique, rédigée en 1970 par Alija Izetbegovic, leader de la cause bosniaque. Sur cette base, le nationalisme serbe répondait au bosniaque, se présentant comme affrontant un monstre "rouge-brun" voire "nazi", et arguait que sa guerre n’était pas impérialiste mais une défense de l’Europe contre la constitution d’un régime islamiste qui la déstabiliserait. Déjà, dans la Yougoslavie des années 1980, étaient amplement diffusées des rumeurs assurant que les musulmans préparaient "le génocide" des Serbes. Avec la guerre du Kosovo (1999), ce discours est introduit dans l’extrême droite radicale française. D’allié contre l’ordre "américano-sioniste", l’Islam en devient le pantin chargé de détruire l’Europe. Or, la même année se situe la scission mégretiste du FN. Bruno Mégret emporte avec lui les radicaux. Ils sont confrontés à la nécessité de légitimer leur scission. Le Mouvement National Républicain se met ainsi à produire des tracts alliant Islam et insécurité, un thème neuf dont il est fait reproche à Jean-Marie Le Pen de ne pas tenir compte. L’islam devient un enjeu entre les deux partis rivaux. Samuel Maréchal, gendre de Jean-Marie Le Pen, cherche à repousser les mégretistes à la marge en allant jusqu’à reconnaître que la France serait de facto un pays "multiconfessionnel" (ce qui provoque de forts remous chez les catholiques traditionalistes qui n’avaient pas voulu suivre des mégretistes qu’ils amalgament au néopaganisme)…

La divine surprise du 11 septembre

Ces éléments vont être suractivées par la vague islamophobe qui déferle internationalement après le 11 septembre. Elle n’est pas le fait que des extrémistes de droite. Dans la gauche étasunienne, le journaliste Christopher Hitchens popularise le néologisme "islamo-fascisme". Pas un seul historien des fascismes dans le monde ne souscrit à ces schémas, qui relèvent de la pure polémique et ne peuvent convaincre que ceux qui n’ont qu’une image a minima des fascismes.

Pour le plus grand malheur de l’apaisement du débat en France, c’est donc en un temps très court que se télescopent l’importation de ces discours, les ondes de choc de la Seconde Intifada et du11 septembre, l’accroissement d’actions antisémites… et l’élection présidentielle de 2002. Conséquemment, les voix médiatiques vont choisir de défendre un segment discursif : soit la critique de "l’islamophobie" soit celle de la "judéophobie", niant l’autre, sur des critères qui recoupent en fait leur propre positionnement quant au conflit israélo-palestinien. Par ailleurs la dissolution d’Unité Radicale au prétexte qu’un de ses membres avait tenté de tuer le Président de la République le 14 juillet 2002, allait permettre aux radicaux de solder le combat sur la ligne idéologique qui les travaillait. Sur les ruines du groupe vigoureusement antisioniste s’échafaudait le Bloc identitaire, laboratoire d’agit-prop et d’idées sur la dialectique entre islamophobie et affirmation identitaire.

Des nouvelles passerelles étaient apparues entre l’extrême droite communautariste juive (qui n’est pas non plus exempte d’influence de la Révolution conservatrice) et la nationaliste, pour dénoncer conjointement "totalitarisme" et "fascisme" verts à l’assaut de l’Europe avec la complicité de la bien-pensance des gauches. Roger Cukierman, président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, reprend ses thématiques en 2003. William-Gilles Goldanel y a depuis été élu, y représentant cette faction la plus radicale. Ce n’est donc pas par hasard que Marine Le Pen citait ce dernier dans son discours lorsque, suite au massacre de Toulouse, il appelait à ne pas fustiger l’extrême droite. C’est un échange de bons procédés où chacun légitime l’autre. Dans les milieux pro-israéliens les plus mobilisés idéologiquement, le conspirationnisme a même fait son lit et s’est érigé un mythe d’ "Eurabia", au nom duquel avait agi Anders Breivik, aussi puissant que peut être le mythe du complot juif mondial dont il copie les structures.

Un thème mobilisateur ?

Florian Philippot, le jeune énarque nommé directeur stratégique de la campagne de Marine Le Pen, affirmait dimanche après le discours que, dorénavant, sa championne allait connaître une très forte progression.  Or, alors que jusque là Marine Le Pen concentrait ses critiques contre Nicolas Sarkozy pour espérer être au second tour face à la gauche, et ainsi obliger à recomposer les droites autour d’elle, ses attaques se sont concentrées ce dimanche sur la gauche. Elle accusait cette dernière d’avoir gagné la guerre culturelle et imposé une culture de l’excuse – quoique l’on ait pas entendu à gauche de propos comparables à ceux de Jean-Marie Le Pen après les massacres en Norvège… Ce changement de cible signifie en réalité une tactique qui intègre la perte de sa seconde place.

En fait, dans un pays aussi laïc et sécuralisé que la France, l’islamophobie a une valeur culturelle à retombées électorales mais probablement pas à court terme. Deux candidats à l’élection présidentielle avaient déjà joué du thème : Bruno Mégret en 2002 (2,34%) et Philippe de Villiers en 2007 (2,2%, il était alors conseillé par Guillaume Peltier, ancien du FN ayant choisi Bruno Mégret lors de la scission, aujourd’hui aux commandes de la campagne sarkozyste). Voilà qui est maigre, alors que l’islamophobie est pourtant une machine très efficace à légitimer le racisme et à radicaliser des pans de l’opinion. Mais dans son ensemble cette dernière est aujourd’hui sans doute cristallisée sur un autre plan.

Les difficultés de Marine Le Pen

Depuis des mois, les enquêtes d’opinion démontrent que le souci de l’électorat  est intangiblement la question sociale (emploi, pouvoir d’achat). Marine Le Pen avait pris  le FN en proposant une réorientation du discours. Quand elle insérait la question de l’islam à son propos, elle le faisait dans le cadre d’un discours républicain musclé qui valait aussi démocratie populiste (appel aux peuple, référendums) et démocratie sociale (lutte contre le mondialisme, rétablissement de l’ascenseur social). Ce discours lui avait valu à l’été 2011 d’être présente au second tour dans les intentions de vote. Peu avant son discours sur l’islam, elle était passée derrière Jean-Luc Mélenchon dans les mêmes enquêtes. Entre temps elle avait perdu le fil de sa campagne qui avait fait son succès les mois précédents. Celui qui parlait du roman national et de la démocratie sociale était justement le candidat du Front de Gauche. Le discours social de Marine Le Pen avait disparu, noyé sous la récitation de fiches quant aux modalités de la sortie de l’euro. On attendait une candidate national-populiste à la Présidence de la République et on avait une étudiante en licence d’économie s’énervant quand on l’interrogeait. Peut-être victime de l’illusion sondagière, Marine Le Pen oubliait le premier tour. On lisait sur ses panneaux qu’elle était la "voix du peuple" mais elle parlait de déremboursement de  l’IVG, une question qui n’intéresse peut-être pas un point de l’électorat, qui la ramenait à une vieille image du FN, et saugrenue tactiquement quand on pensait que l‘un de ses viviers était l’électorat féminin populaire… Quant à la violence à Marseille, le thème était quasi-inexploité  alors qu’il aurait permis de préempter les sujets du trafic d’armes et de l’insécurité. En fait, cette présidentielle se joue sur une question : la défense de la France face à la mondialisation. Et c’est là le thème qu’avait Marine Le Pen quand elle caracolait dans les sondages, sachant incorporer le thème de l’islam en France à une lecture globale du choc nation-mondialisation.

Et pourtant…

L’islamophobie est  un thème puissant mais à l’intérieur d’un discours cohérent, afin de radicaliser des pans de l’opinion et les déplacer vers l’extrême droite. La technique est efficace à moyen terme. Cette guerre de positions  fonctionne  en raison de notre histoire culturelle. En effet,  l’émergence de l’État moderne au XVIe siècle s’est faite dans le même espace-temps que les guerres de religion. Après 1530, l’Europe s’est soumise à la règle du cuju regio, ejus religio ("tel prince, telle religion"). La foi de personnelle et universelle devenait un objet homogénéisé sous une autorité locale dans une société délimitée. Cette conception a continué à marquer la culturelle européenne. En ombres portées du "siècle des nations" que fut le XIXe se sont construits des ostracismes idéologiques jouant sur les permutations entre "ethnie" (un mot forgé en 1896) et "culte". Ainsi, si le mot "antisémitisme" émergeait dans l’Allemagne de 1879 s’était  pour rompre avec l’antijudaïsme (péjoration religieuse) et signifier une réalité intangible du fait juif reposant sur des données historiques et inscrite dans la biologie. Mais même lors de l’incendie des années 1930-1940 cette question demeure : le IIIe Reich comme le régime de Vichy firent en fait reposer la définition juridique de l’espèce biologique juive sur des critères de démonstration d’appartenance des ascendants au culte israélite. Le schéma de permutation entre l’ethnique et le cultuel est donc de longue date et d’une grande puissance d’imprégnation culturelle, menant un démocrate à voir des "musulmans d’apparence". L’agitation islamophobe a une vraie puissance de mobilisation idéologique, mais, à moins que le champ politique et médiatique ne dérape ou soit incapable de répondre au défi de l’islam politique, elle fonctionne avant tout sur le moyen terme, car elle consiste en cette bataille pour les représentations culturelles à laquelle faisait justement référence Marine Le Pen.

Nicolas Lebourg, chercheur, spécialiste de l'extrême droite

Par Nicolas Lebourg, chercheur, spécialiste de l’extrême droite

 
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Publié par le mars 31, 2012 dans guerre et paix, histoire

 

Une société française composée de victimes et de bourreaux faute de politique par danielle bleitrach

Une société française composée de victimes et de bourreaux faute de politique par danielle bleitrach

Longtemps j’ai cru aux incantations du Che sur la nécessité d’aimer l’humanité pour être un révolutionnaire. Foutaise. Plus le temps passe, plus je partage ce cri de Diderot : "Je hais, je fuis l’espèce humaine, composée de victimes et de bourreaux ; et si elle ne doit pas devenir meilleure, puisse-t-elle s’anéantir !"  L’avantage, c’est qu’elle y travaille désormais sans relâche par haine rance et par imbécilité qui prend en ce moment là forme d’une débilité politique, en l’occurence l’impossibilité de donner aux contradictions sociales une forme politique.

Le politique est l’affirmation d’un dialogue entre des opinions, des forces, des classes hétérogènes, ce dialogue prend la forme d’un affrontement, d’une lutte qui quand les conditions n’en sont pas respectées doit retourner à l’insurrection fondatrice de toute légalité. Comme ces fondations sont ébranlées nous sommes en pleine tentative d’identification, il n’y a plus d’hétérogénité mais la recherche de la fusion avec l’identique, femmes entre elles, musulmans, juifs, entre eux et comme la fusion est impossible, qu’aucun groupe ne coïncide avec lui-même et qu’il n’y a plus alors qu’une identité négative pour lui donner corps nous sommes dans la haine de l’autre, un pur fantasme auquel la nation est à son tour soumise. C’est même ça le fascisme, une classe dominante qui pour maintenir son pouvoir en crise offre un simulacre révomutionnaire à l’imaginaire d’une nation-fusion et une identité négative, perverse et narcissique qui traque le bouc émissaire, l’obstacle à la solidarité, à l’égalité. Violence, tuerie,faute d’insurrection, fusion du même faute d’expression de l’hétérogénéité des intérêts, nous avons-là l’image du terroriste.

Et comme solution, je reviens sans cesse à ce qu’a esquissé Judith butler la construction de l’universel, un processus, pas un a-priori, le retour au politique mais aussi à une éthique.

Une autre conception de la nation est peut-être possible

C’est brecht encore qui disait de l’Allemagne "nous sommes une nation de penseurs et de bourreaux" en se demandant avec toute l’Europe comment une nation qui avait porté aussi haut la pensée, l’art pouvait engendre des imbéciles sadiques. Comment la France qui a porté aussi haut l’art politique au point comme le disait marx qu’en France kant devient Robespierre, c’est-à-dire que la france choisit l’action et la clarté dans des circonstances historiques de crise, comment la France est-elle en train de devenir un chaudron de sorcière où bourreaux et victimes sont indiscernables les uns des autres?

En matière d’expérience de la confusion entre bourreaux et de victimes, nul n’a une expérience plus ancienne, plus complète que  mon peuple, le peuple juif. Hitler m’a un jour désigné dans cette appartenance ce qui pour moi est totalement conciliable avec la nation française, mon pays, ma patrie est la France. Je suis en train de tenter d’écrire un texte sur l’existence d’un peuple à partir d’une réflexion sur les tziganes mais sans entrer dans cette analyse anthropologique, je renvoie ceux qui y voient contradiction aux textes de marc bloch, en particulier sur la défaite organisée, le fait qu’il n’y a pas de contradtiction entre l’appartenance à la nation française et au peuple juif, ceci justement à cause de la révolution française et de l’abbé grégoire, malgré les anti-dreyfusards et les pétainistes alors que jamais un juif ne s’est senti polonais, les juifs allemands et français sont devenus des patriotes, peut-être faudrait-il réfléchir à tout cela, à la manière dont le fait d’être juif est une des dimensions du patriotisme. relisez l’histoire du père de marc Bloch. C’est aussi pour cela que j’ai considéré que la création de l’Etat d’israêl n’était pas la solution, mais désormais israêl existe et  je me suis prononcée pour la seule condition de sa survie: la paix et comme l’affirmait le prophète isaïe il y a 2700 ans, il n’y a pas de paix sans justice. mais ceci est une autre histoire. Quand je dis que la france est en train de ressembler à un chaudron de sorcière où bourreaux et victimes se confondent, il y a un paroxysme de cett idéologisation de l’impossibilité de résoudre les contradictions de l’impérialisme et du capitalisme, la manière dont se pose aujourd’hui en France et pas ailleurs "la question juive". Victime et bourreaux, l’un justifiant l’autre est en train d’empêcher une vision politique.

L’expérience ancestrale visiblement ne constitue aucune garantie, il semble parfois même que ce soit le contraire.

La specificité fantasmée crée la division interne et empêche la résolution des problèmes

Je viens de lire en effet un article qui m’a mis hors de moi tant il m’a confronté à l’imbécilité intégrale de ceux parmi les miens croient défendre Israël et l’identité juive. Il s’agit d’un débat qui avait lieu à Sciences Po sur la tuerie de Toulouse et qui était censé trouver les voies d’une entente aussi bien en France qu’en Israêl, voici ce que dit le journaliste :  "Cela a dérapé d’un coup. Pas à cause d’un désaccord entre juifs et Arabes, mais à propos d’un sujet qui divise, depuis plus de dix ans, des juifs français.   Ce mercredi soir, se tenait à Sciences-Po une conférence en réaction à la tuerie de Toulouse, pour réconcilier les communautés, « Juifs et Arabes en France, dépasser le conflit du Proche-Orient ». A quelques minutes de la fin, l’affaire al-Dura a bruyamment divisé la salle, entre cris et applaudissements.   En France, la communauté juive est divisée : une bonne partie pense que le journaliste Charles Enderlin a truqué un reportage sur la mort d’un enfant palestinien de 12 ans, Mohamed al-Dura, devenue un symbole."

La description de ce qui s’est passé est affligeant surtout que la plupart des tenants du "bidonnage" du reportage qui ressemblent de plus en plus aux cinglés complotistes du 11 septembre sont prêts à reconnaître qu’il y a eu à Gaza d’autres morts d’enfants.

Donc voici le récit du débat qui a suivi la conférence:   Puis, il ne reste plus que quinze minutes pour interroger les invités et il n’est plus question que de l’affaire al-Dura. Par e-mail, le candidat aux législatives et plus grand détracteur de Charles Enderlin, Philippe Karsenty, avait appelé ses partisans à aller « questionner poliment le journaliste sur l’état de sa conscience ». Quelques personnes avaient visiblement répondu à cet appel.   Une dame : « Enderlin assassin ! »   Un architecte se lève le premier. L’homme a déjà alpagué Charles Enderlin, avant le début de la conférence. Le journaliste sait donc à quoi s’attendre, il a l’habitude. Enderlin se cale dans son siège attendant l’assaut, il essaye de sourire, même si c’est à chaque fois une épreuve.   Le vieil homme dénonce un « bourrage de crâne » des médias sur la mort d’un enfant palestinien. Une dame au premier rang crie : « Enderlin assassin ! »   D’autres prennent la défense du journaliste :

« Ça suffit ! Nous ne sommes pas là pour reparler de cette histoire. »   La journaliste Véronique Chemla prend ensuite le micro pour demander à Charles Enderlin pourquoi France Télévisions n’a pas un traitement « neutre » du conflit. Pourquoi lui, dans ses sujets, utilise l’expression « territoires occupés » et non « territoires disputés ». Elle aimerait qu’il appelle la Cisjordanie par son nom : « Judée-Samarie ». Enderlin répond qu’il dit « territoires occupés », parce que ce sont les mots que toute la communauté internationale utilise.   « Ils s’appelaient tous les deux Mohamed »   Emmanuel, 24 ans, « étudiant à Normal Sup Cachan et Dauphine », qui dit n’avoir aucun lien avec les thèses de Karsenty, s’énerve alors :« Ils s’appelaient tous les deux Mohamed. Mohamed Merah avait 12 ans quand la mort de Mohamed al-Dura a été diffusée sur France 2. Il regardait France 2, comme moi. La tuerie de Toulouse en est le résultat direct. »   Alors Enderlin répète, comme il l’a fait mille fois, que son caméraman Talal Abu Ramah est une personne de confiance, que si les services secrets israéliens avaient le moindre doute sur lui, il ne le laisserait pas circuler aussi librement. Ils n’ont aucun doute sur l’innocence de son caméraman, explique-t-il.   Charles Enderlin renvoie aussi au livre qu’il a consacré à toute cette histoire, « Un enfant est mort » (éd. Don Quichotte). Il dit enfin que pour avoir affirmé que le reportage était une imposture, Philippe Karsenty a été attaqué en diffamation par France 2 et qu’un nouveau procès se tiendra bientôt.

Retour au politique: est-ce possible ?

Chacun sait à quel point l’antisémitisme m’est insupportable comme toute forme de racisme et j’ai rompu avec bien des gens à commencer par les Cubains parce qu’ils pratiquaient par opportunisme le négationnisme fut-ce par relativisme ou en diffusant systématiquement les textes de l’extrême-droite et des théoriciens du complot comme Thierry Meyssan. J’ai rompu de la même manière avec des webmasters comme ceux de Grand Soir qui soutiennent le négationnisme et accordent leur confiance à des passeurs de l’extrême-droite comme Bricmont. Pour les mêmes raisons je n’adhérerai jamais à une organisation de soutien aux Palestiniens tant que le dit Bricmont siegera au Tribunal Russel.

J’ai dénoncé dernièrement l’insensibilité et la fièvre politicienne qui s’était emparée des militants de l’extrême-gauche face aux événements de Toulouse et qui a culminé pour moi dans la déclaration imbécile (c’est peut-être un pléonasme) de Pierre Laurent déclarant qu’il fallait comprendre "la détresse du père du tueur" alors même que tous la communauté maghrébine et tous les gens d’origine algérienne repoussaient le dit individu comme une patate brûlante. Il faut ne rien connaître au martyre subi par l’Algérie face aux tueurs fondamentalistes et fascistes et mépriser totalement des gens aussi fiers que le peuple algérien pour oser comprendre l’inhumanité, je pèse mes mots c’est une conception colonialiste. Malheureusement la tolérance est française et c’est elle qui fait qu’aujourd’hui dans les écoles marseillaises il y a des enfants qui se revendiquent proches du tueur et affirment qu’ils iront tuer des juifs. Les Algériens écoeurés par le discours du père faisant publicité et espérance de fric du meurtre ont réagi normalement en nous renvoyant le cadavre et en disant "c’est vous qui l’avez pourri". Tant que l’on ne comprendra pas cela on fera de la terre de France le champ clos de querelles qui sont nées ici et qui deviennent des obstacles au traitement politique des problèmes.

Le contexte électoral , la campagne présidentielle à propos de laquelle certains médias internationaux parlent de "futilité" refuse d’aborder les questions de fond aux quelles nous sommes confrontés et de la même manière nos politicards véreux, les "communautés" exaspérées par des "chefs" irresponsables créent des querelles factices qui servent selon moi simplement à traduire le creusement des inégalités, la paranoïa généralisée qui s’est emparée de la société française. le sarkozysme a  créé les conditions de la recherche du bouc émissaire; "à qui la faute si la france ne travaille pas assez?" alors même que la productivité française est trés élevée, que le harcélement au travail est devenu insupportable, à qui la faute si on a démoli l’industrie française, si le capitalisme y est devenu un des plus usuraire du monde ? A qui la faute si le budget de la France a un gouffre militaire dont il n’est jamais question parce que c’est aussi un des rares secteurs de compensation du déséquilibre commercial. J’en passe et des meilleures, alors la haine du juif pour moi est purement celle du gang des barbares: les juifs sont tous riches et solidaires entre eux. Alors même qu’on laisse se désagréger  ls familles, les mères seules assumer l’éducation de fils en échec scolaire… Ce n’est pas le conflit israélo-palestinien, Charles Ederlin ou qui que ce soit qui a tué et l’autorité palestienienne comme l’Algérie ne nous l’ont pas envoyé dire "c’est une affaire franco-française et arrêtez de nous prendre en otage".

Qui parle de la guerre d’Afghanistan? Du fait que l’armée française y est engagée ?

Partir des contradictions françaises non pour justifier l’injustifiable mais pour agir…

On a tout vu , tout entendu à propos des tueries de Toulouse et Montauban. Il y a eu les juifs devenus nombril du monde et d’un racisme intolérable ne considérer que les morts juives si atroces soient-elles parce qu’elles étaient génocidaires. Il y a eu à l’autre bout du spectre les folies de l’UJFP qui ont prétendu excuser le meurtrier en  attribuant à la politique israëlienne la responsabilité des assassinats. Justifier en quoique ce soit une telle horreur est inimaginable et il faut être arrivé à la folie partisane pour atteindre un tel niveau… Et désormais il y a ce spectacle incroyable et indécent de cette dispute dans une conférence à Sciences-Po où les disciples d’un excité viennent empêcher la tenue d’un débat pour attribuer aux médias français l’origine de la tuerie comme pourraient le faire d’ailleurs les complotistes pseudo-anti-impérialistes et vraies rouge-bruns mais en sens inverse. Il y a ceux qui voient dans les palestiniens des "robots-lotomisés" tous comparables au tueur de Montauban et Toulouse et leur répondant en choeur ceux qui voient dans chaque juif un assassin de palestinien. Où cela mène-t-il : il n’y a que la solution finale, l’extermination d’un peuple pour répondre à ce niveau de fantasme.

Quand j’affirme être française cela veut dire que le seul lieu où je puisse intervenir sur la situation telle que je l’ai décrite est la France. Mais pour cela il faut regarder en face les problèmes qui sont les notres, non pas pour justifier l’acte d’un tueur ou ceux d’un père avide et imbécile : il n’y a rien à comprendre, il y a à condamner, juger, inviter au silence au moins. Non le véritable problème est la manière dont cette société est en train de produire une nation composée de victimes et de bourreaux et dans laquelle chaque différence donne lieu à un double positionnement que l’on confond avec les choix politiques dont nous sommes dépossédés.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le mars 30, 2012 dans actualités, politique

 

Grève générale historique en Espagne

11 millions de grévistes, 3 millions dans les rues contre la réforme du travail poussent    les syndicats prompts au « dialogue social »

Article AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Sixième grève générale en trente ans en Espagne, et d’après les chiffres divulgués par les syndicats, il s’agirait de la grève    la plus suivie de ces trois dernières décennies, bien au-delà des journées de grève de 2002 ou 2010.

D’après les syndicats, 77% des salariés espagnols auraient participé à cette journée de grève générale du 29 mars, soit près de    11 millions de travailleurs qui ont répondu à l’appel lancé par les Commissions ouvrières (CC.OO) et l’UGT.

Cette journée de grève générale était convoquée sous le mot d’ordre « Non à la réforme du    travail ! ».

La réforme du gouvernement de droite prévoit notamment une réduction des indemnités de licenciement, 33 jours par année travaillée (et seulement 20 en cas de licenciement économique) au lieu    de 45, etl’institutionnalisation    de « contrats aidés », payés par l’Etat pour le privé, contratsprécarisés au salaire minimum.

Si le patronat et le gouvernement ont tenté de minimiser le grève, ils ne pouvaient masquer l’ampleur d’une    grève qui a paralysé les transports urbains des grandes villes : seuls 30% des métros de Madrid étaient en état de marche, 30% des trains régionaux et 20% des trains régionaux.Une grève qui a fait chuter la consommation d’électricité de 23%, preuve de la paralysie du pays.

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Cette grève se concluait ce soir par 111 manifestations dans tout le pays qui ont mobilisé sans doute au-delà des 2    millions de manifestants du 19 février dernier.

Les premiers chiffres dans des petites villes de province donnaient déjà le vertige : 100 000 à Vigo, 60 000 à La Corogne 50.000 manifestantes àValladolid ou 60    000 à Palma de Majorquec’est du jamais vu. D’après les derniers chiffres, on serait à 1 million de manifestants à    Madrid, 400 000 dans les diverses cités d’Andalousie, 300 000 à Barcelone et à Valence.

« Le succès indiscutable » d’une grève qui touche tout le    pays et tous les secteurs, et en premier lieu l’industrie

« Cette grève a été un succès indiscutable »a déclaré le    secrétaire de l’UGT Candido Mendez lors de la conférence de presse. Ignacio Fernandez Toxo, des CC.OO, a partagé le constat ajoutant toutefois que « son ampleur    a été plus importante dans l’industrie que dans les services ».

Difficile de contester, même dans les services, le succès d’une grève qui a mobilisé 70% du personnel de    l’Education nationale, 70% des agents des collectivités locales, 85% du personnel universitaire et surtout 95% des travailleurs des transports.

Dans les secteurs où la grève a été moins suivie, comme dans la santé et les administrations centrales, un    travailleur sur deux a arrêté le travail.

1245150.jpgC’est dans l’industrie que la grève a été le plus largement suivie,    avec 97% de grévistes.

49 sites industriels ont été arrêtés et occupés par les travailleurs : dans    les grandes usines autombiles (Nissan, Renault, Mercedes, Seat, General Motors), leurs équipementiers (Mann-Hummel, Fico Mirrors, Valéo), les mines (Hullera Vasco-Leonesa), l’aéronautique (EADS),    la sidérurgie (Acerinox, Siderurgica Balboa, Sidenor).

Face à des manifestants qui    appellent à une « grève générale illimitée », les syndicats lancent un appel à la « négociation » pour corriger la réforme !

Le potentiel de mobilisation est inédit en Espagne, 15 millions de personnes en grève, 3 milions dans les    rues, une combativité qui se mesurait au mot d’ordre scandé par les manifestants à Madrid et ailleurs : « Allez, allez, ne reculons pas d’un pas sur la réforme. Grève    générale ! »

Le mot d’ordre des syndicats lors de la conférence de presse étaient tout autre. Ainsi,    Ignacio Fernandez Toxo, secrétaire des CC.OO, et président de la CES (Confédération européenne des syndicats) : « La grève est une grande occasion pour changer de cap et    ouvrir une phase de dialogue. Nous sommes ouverts à la négociation, nous avons des propositions et des alternatives ».

Mais le dirigeant syndical met en garde le gouvernement, si il veut aller à la    confrontation, « le conflit social ira en s’intensifiant, jusqu’à ce que nous obtenions la modification de la réforme du travail ».

Pas de retrait de la loi, mais sa modification ainsi qu’un appel à la    « concertation », on est loin des attentes des grévistes du 29 mars.

Une « concertation sociale » déjà mise en œuvre par les deux syndicats qui avaient négocié avec le gouvernement des « services minimums »dans les grands    services publics et dont Fernandez Toxo s’est revendiqué : « Nous avons respecté scrupuleusement les services minimums ! »,    a-t-il déclaré à la presse.

Le PSOE, responsable de 6 des 8 dernières lois de    libéralisation du marché du travail, prompt à la récupération !

Un mouvement énorme freiné par les syndicats, et dont le PSOE, fidèle à sa tradition, est prompt à récupérer. A la tête de la manifestation madrilène, se trouvait outre    le coordinateur général d’Izquierda Unida Cayo Lara, le secrétaire à l’organisation du PS, Oscar Lopez.

On retrouvait dans le cortège plusieurs dirigeants socialistes dont Manuel Chavez, ancien    ministre du travail de 1986 à 1989,lui qui fut aussi le maître d’œuvre d’une contre-réforme du marché du travail dans le gouvernement    Gonzalez, et qui a connu une des six grèves générales de l’après-franquisme, en décembre 1988.

C’est un comble que les socialistes qui    furent à l’origine de six des huit contre-réformes du travail depuis la chute du franquisme, qui ont mis en œuvre avec zèle sous Zapatero la    politique d’austérité de 2008 à 2011, puissent se faire passer pour l’opposition aux projets gouvernementaux !

L’avenir du mouvement social espagnol, entre pression de la base pour une grève    générale illimitée et freins de directions syndicales acquises à la ligne du « dialogue social », est incertain. Toutefois, comme au Portugal et en Grèce, le potentiel existe pour    construire un mouvement de convergence des luttes susceptible de mettre en échec les plans du gouvernement Rajoy.

 
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Publié par le mars 30, 2012 dans actualités, Europe

 

une bonne raison d’être rassuré en 2012 selon joann Sfar

une bonne raison d’être rassuré en 2012 selon joann Sfar

Nouvelles du 3 janvier 2012

Cher site internet,

La vraie raison d’être optimiste, en ce début d’année, c’est que je ne crois pas à l’apocalypse Maya. Je tiens tout de même à remercier les gens qui répandent cette rumeur: Pour une fois que l’obscurantisme religieux ne vient pas de la sphère monothéiste ça nous fait des vacances. C’est très rassurant, pour les religieux chrétiens, musulmans et juifs, de constater qu’ils ne sont pas les seuls arriérés de la planète.
 
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Publié par le mars 29, 2012 dans humour

 
 
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