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Archives Mensuelles: novembre 2011

Le cousin djiboutien de Walter Benjamin par Abdourahman Waberi*

Walter Benjamin, da morto, by bluinfaccia via Flickr CC

* L’écrivain djiboutien Abdourahman Waberi aime flâner à Berlin, sur les pas de Walter Benjamin, un philosophe juif allemand avec lequel il se sent une grande affinité. Parenté culturelle bien plus forte que la différence des origines. voilà ce dont je rêve, ce globetotter africain qui va sur les traces du peintre marocain Jelali Garbaoui, mort ivre mort sur un banc à Paris et cela lui fait souvenir de Stefan Zweig, le juif pourchassé se suicidant au Brésil et surtout de walter Benjamin mourent d’exil. Ce Walter benjamin, juif que lui fit connaïtre ce palestinien E. Said… Voilà le monde auquel je crois et auquel j’aspire comme l’espérance de l’humanité…

Article de Abdourahman Waberi
 
A vrai dire, je ne connaissais de l’Allemagne que bien peu de choses, avant de venir à Berlin, ce chantier perpétuel aux allures de vaste jardin public, à la queue de l’été dernier, pour toute une année. Comme souvent, un bouquet de clichés me tenait lieu de porte d’entrée ou de grille de lecture. Certes, j’y avais effectué de courts séjours, depuis une dizaine d’années, pour assister à des lectures et autres rencontres littéraires savamment orchestrées par les gens du milieu. J’en découvrais la valeur et la saveur pour la première fois en 1998, à l’occasion de la traduction de mon premier livre, un choix de nouvelles intitulé Die Legende von der Nomadensonne, publié par un jeune éditeur munichois devenu depuis un auteur à succès [1]. Plus récemment, je m’étais lié avec la très inventive équipe de la revue Lettre International  qui m’a ouvert ses colonnes et invité par deux fois comme membre du jury international à l’occasion du Lettre Ulysses Award for the Art of Reportage  en 2003 et 2004.

 

Faune jeune, errante et bobopunk

En prenant mes aises dans un grand appartement ensoleillé sur le versant cossu du quartier de Friedenau, j’ai eu la nette sensation de m’aventurer sur un terrain inconnu, impressionné par ce mélange d’ordre et de décontraction propres à la classe aisée, sûre de ses droits et assurée sur ses arrières. Un ami qui avait sondé mes interrogations me fit cette réflexion: «Tu verras, c’est un quartier calme. Il n’y a que des retraités et des veufs!». Je me suis demandé s’il me verrait mieux cherchant et trouvant mon rang et mon royaume au milieu de la faune jeune, errante et bobopunk de Prenzlauer Berg. Il n’en fit rien. Je suis bien là où je me dois d’être, dans le calme et l’anonymat de mon périmètre aux élégants immeubles.

Nul besoin de solliciter la bénédiction d’anges tutélaires comme ceux de Marlène Dietrich et de Rosa Luxembourg, l’un et l’autre attachés à la mémoire des lieux. Très vite, j’eus le plaisir de me mêler à la  foule très compacte, familière et concentrée, qui fréquente assidûment le Internationales Literaturfestival Berlin pendant la première quinzaine de septembre, transformant les grandes salles, les coulisses et le chapiteau dressé dans le jardin en une véritable fête de l’ouïe avec ses auteurs, ses lecteurs, ses traducteurs et ses débats. Une bibliothèque vivante, pleinement incarnée et cependant éphémère. Une procession de livres échappée d’une salle de lecture comme en rêvait, à Paris et ailleurs, sur tous les chemins de contrebande. Walter Benjamin, dont l’ombre plane encore sur les boulevards et dans les parcs de Charlottenburg, de Tiergarten ou de Grunewald.

Il y a bel et bien quelque chose de religieux qui flotte dans l’air à chaque lecture publique, du moins c’est ainsi que je le sens ici, en Allemagne. Il a fallu beaucoup de temps à l’homme avant d’apposer ses empreintes sur les parois rocheuses de sa grotte préhistorique; il lui a fallu encore plus de temps pour transformer ces signes en lettres, puis sacraliser l’écrit et l’image. De les fondre pour les utiliser comme traces de la mémoire de l’humanité. Depuis des millénaires, ces signes et ces lettres sont l’expression de ses émotions, de son immense besoin de partager, de se prolonger, et parfois de dominer. Ces signes et ces lettres sont porteurs des forces et des peurs de leurs créateurs, ils vibrent de toute notre sensibilité. Toute notre humanité. D’où cette passion, toute d’attention et de dévotion, palpable dans les coins et recoins de la Haus der Berliner Festpiele ou de la Literaturhaus à Fasanenstrasse, à deux pas du temple du négoce, autrement dit le règne de l’artifice et du vide, sis à Ku’damm.

Des signes d’Afrique parcimonieusement disséminés

Je ne parle toujours pas la langue de Schiller et de Celan, ce qui chagrine souvent mes amis allemands. Pour me dédouaner, j’insiste sur le caractère proprement cosmopolite de Berlin, sur le don des Allemands pour les langues étrangères, notamment pour l’anglais pas si éloigné de la leur.

Le flâneur de Berlin, que je me plais à être, traque les signes d’Afrique si parcimonieusement disséminés dans la capitale fédérale qui reste pourtant, pour les Africains, synonyme de la conférence éponyme réunie à l’initiative de Bismarck, du 15 novembre 1884 au 26 février 1995, afin de fixer les règles du jeu pour le partage du continent. Quatorze puissances y participèrent —l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Belgique, le Danemark, l’Empire ottoman, l’Espagne, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Russie et la Suède. Elles s’engagèrent à ne plus procéder à des acquisitions sauvages sans le notifier aux autres, pour leur permettre de faire des réclamations.

Une manière de gentlemen’s agreement inaugurant des siècles de violence abyssale. Bien sûr, les peuples et les rois africains ne furent ni consultés ni informés de toutes ces discussions. Aujourd’hui, il est très aisé de constater que l’Afrique est absente de Berlin, au contraire de Paris, Londres, Lisbonne ou Bruxelles. Il arrive, à Schöneberg par exemple, que l’on passe devant un petit restaurant, un salon de coiffure ou une boîte de nuit tenue par des natifs d’Accra [capitale du Ghana], d’Asmara [capitale de l’Erythrée] ou de Conakry [capitale de la Guinée].

Il arrive plus souvent qu’une dépêche relate les obstacles juridiques qui sont le lot quotidien des apatrides noirs —ces Wanderers d’infortune, tous cousins de Benjamin dont ils ignorent l’existence— se consumant de mélancolie dans quelque foyer du Brandebourg, à l’instar du Asylantenheim de Belzig, quand ils ne fuient pas les incendies allumés par les nazillons.

La figure de l’écrivain est si vulnérable

La figure de l’écrivain est si rare et si vulnérable dans nos pays où l’oralité est encore triomphante, l’illettrisme la norme et la faim de livre partout endémique. Ecrire, c’est d’abord le contre du babil. Un geste antisocial, si peu compatible avec la sociabilité. Ecrire, l’acte le moins partagé. Absence d’édition et de lectorat. La pratique scripturaire, dans ce cas précis, se décline sur le mode de la passion ou de la mission, loin des flux d’argent et des coteries à l’oeuvre dans la république mondiale des lettres. Ecrire s’apparente, peu ou prou, à une confidence faite à des sourds, nous confiait un jour Mia Couto. Les choses ont quelque peu changé depuis le surgissement d’une diaspora culturelle.

Le créateur cosmopolite (manière plus glorieuse et plus élégante pour ne rien dire du déplacé, du réfugié, du rat de pénitencier et de l’exilé qui lui arrive d’être plus souvent qu’on ne le pense ordinairement) —je songe à l’instant au peintre marocain Jelali Garbaoui retrouvé mort épuisé par l’alcool, à l’âge de 41 ans, sur un banc public à Paris— n’est pas sans rappeler la figure du juif écrivant chassé de la Mitteleuropa. Figure qui s’origine dans celle de l’ange chassé du paradis par Dieu, le père de tous les pères. A l’instar de Walter Benjamin étouffant dans les Pyrénées, ou encore de Stefan Zweig en zombie funambulant au Brésil. Ces dernières trajectoires conduisent au suicide, comme l’on sait, à l’heure ou l’Europe entière va sombrer aux mains des Nazis. Et que dire de la figure, plus proche de nous, de l’écrivain d’Haïti assumant sa demi folie dans la presqu’île de sa solitude, conscient d’habiter, de méditer sur 200 ans d’impéritie et de ruines?

Dans les années 1980, la littérature de l’exil a été bien reçue par l’Occident parce qu’elle recoupait la vision du monde à l’œuvre dans ces années-là. Mieux, elle en facilitait l’intelligibilité. Le Polonais Czeslaw Milosz et le Russe Joseph Brodsky, tous deux poètes, ont été couronnés par le prix Nobel, en 1980 et 1987 respectivement, parce que leur travail avait maille à partir avec la Guerre froide et le monde bipolaire. Aujourd’hui, les nouveaux écrivains de la diaspora, principalement issus des ex-colonies, n’ont pas le même heur et pour cause; leur exil n’est plus appréhendé en termes positifs. En somme, ils sont de moins en moins vus comme des victimes du désordre politique, tels les intellectuels échappés du rideau de fer et de l’ancien mur de Berlin, voire ceux fuyant la dictature d’Augusto Pinochet, mais plus prosaïquement comme des immigrés en mal de meilleurs pâturages économiques.

Ma quête de Walter Benjamin, mon intérêt pour sa vie et ses écrits a commencé au plus profond de moi sans que je m’en rende compte pleinement. Elle s’est immiscée par effraction, par ces trous de serrure dont l’ironie a le secret, pour s’installer durablement. Ironie donc: je dois la découverte de l’auteur d’Enfance berlinoise au combatif chantre de la cause palestinienne, au lecteur attentif de Joseph Conrad, de Theodor Adorno ou d’Erich Auerbach que fut le regretté Edward Saïd. Admirant Saïd, je ne pouvais qu’admirer davantage Benjamin. Marcher dans Berlin avec Benjamin ou Joseph Roth à l’esprit est une façon d’interroger sans cesse le réel, de se laisser surprendre par le hasard, d’inventer à trois ou à dix le plaisir de cheminer en somnambule, de rêvasser constamment, de revenir sur les liens entre la marche et le récit en train de mijoter.

Ecrire, c’est aussi différer, remettre à plus tard cette chose importante qu’on veut absolument souligner et, ce faisant, en attendant, continuer de dire avec clarté ou de coucher sur le papier autre chose —une pensée, une idée ou une sensation tout à fait secondaire. Je suis venu à Berlin pour grapiller ces choses-là.

Abdourahman Waberi

[1] Né en 1965 en Bulgarie, Ilija Trojanow arrive à Munich en 1971 avec ses parents pourvus du statut de réfugiés politiques. La famille s’installe au Kenya. En 1989, il fonde une maison d’édition dédiée à l’Afrique, Marino Verlag, dans la capitale. Editeur, traducteur, écrivain globe-trotter, reconnu et largement primé, Ilija Trojanow vit entre Munich et Le Cap.

 

Anthropologie de la matraque par Fabien Jobard

Anthropologie de la matraque par Fabien Jobard

[29-11-2011]

L’enquête qu’a menée Didier Fassin dans une brigade anti-criminelle fait froid dans le dos : violence, abus, racisme y règnent sans frein. Mais peut-on sans autre forme de procès élargir le constat à l’ensemble de la situation française ? Le sociologue Fabien Jobard s’interroge sur la méthode appliquée par son collègue anthropologue.

  

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Recensé : Didier Fassin, La Force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers, coll. La Couleur des idées, Le Seuil, octobre 2011, 408 p., 21 €.
Sur la Vie des idées, on pourra consulter la réponse de l’auteur.

La force de l’ordre, l’ouvrage que publie l’anthropologue Didier Fassin, professeur de sciences sociales à l’Institute for Advanced Study de Princeton et directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, s’annonce comme une « ethnographie de la force publique » (p. 33). On peut le lire comme un manifeste ethnographique. Didier Fassin a en effet voulu répondre à l’urgence politique par une enquête par observation directe non participante, de longue durée, auprès de la brigade anti-criminalité (BAC) d’une agglomération de 200 000 habitants de la région parisienne. Son enquête répond à un double impératif : une « démarche critique » qui questionne la démocratie, enjeu du chapitre conclusif, à partir de l’ethnographie d’une BAC ; et une mise en évidence des pratiques policières à travers une « forme narrative, reconstitution aussi fidèle que possible des scènes observées, l’approfondissement d’études de cas [dotées] d’une portée générale », afin que « chacun [se saisisse] de ces questions » (p. 55-57). L’ethnographie interpelle, par sa méthode propre, le politique. Il s’agit aussi d’un manifeste en ethnographie : Didier Fassin revendique une « anthropologie publique », à l’image de mouvements similaires, notamment en Grande-Bretagne et aux États-Unis [1]. Cette anthropologie publique, servie par une connaissance remarquable de la sociologie de la police, fait à la fois la force, l’impact de l’ouvrage, mais comporte aussi des limites inhérentes au choix de focale retenu par l’auteur.

L’unité

L’enquête, substantielle, s’est déroulée de mai 2005 à février 2006, puis de février 2007 à juin 2007, période durant laquelle l’auteur a en toute liberté accompagné le travail des agents de cette brigade. Avec satisfaction, l’un des chefs du commissariat lui fait vite observer que les agents se comportent comme si leur observateur « n’était pas là » (p. 49). Cette remarque bienveillante s’avère glaçante à la lecture de l’ouvrage. Elle est du reste inexacte. À maintes reprises, les policiers observés par Fassin lui font remarquer que, s’il n’avait pas été là, « cela ne se serait pas passé comme ça » ; comprendre : ç’aurait été pire [2]. Mais on peine à se représenter quel degré supplémentaire de veulerie les policiers observés auraient atteint sans présence extérieure, tant est sordide la réalité décrite par Fassin [3] : gardes à vue iniques, motivées par la simple présomption de culpabilité collective des « bâtards » [4] ; omerta ; racisme ; sexisme ; humiliation ; subornation ; discrimination ; sélection des agents selon des préférences raciales, sexuelles et politiques ; interrogatoires menés sous la menace, le mensonge et l’intimidation (quand ce n’est pas sous les coups), etc. Le tout sous l’œil distant d’une hiérarchie qui balance entre impuissante résignation et satisfaction muette.

La brigade observée par Fassin est un « État dans l’État », un îlot de brutalité et de haine enkysté dans un commissariat de police dont on apprendra peu (le regard de l’observateur est exclusivement centré sur les équipages de la brigade en question), si ce n’est que la hiérarchie a laissé se perpétuer cette BAC confiée à un gradé de facto plénipotentiaire. La description ethnographique ne laisse aucun doute à ce sujet. Grand poster de Jean-Marie Le Pen affiché sur les murs du bureau ; conversations autour des propos tenus par « Jean-Marie » la veille, et plus fréquemment sur les immigrés ; grimage par l’acronyme K.K.K. (pour Klu Klux Klan) de la photo d’un policier parangon de corruption et de violence de la série américaine The Shield  ; drapeaux français au mur, l’un flanqué du slogan « contre le racisme… halte à l’immigration », l’autre des chiffres 7,3,2 évoquant les exploits de Charles Martel à Poitiers… Didier Fassin montre l’importance dans la constitution de cette brigade de son chef « xénophobe et raciste » (p. 264, voir aussi p. 256) qui, sans exiger une stricte conformité idéologique des éventuels postulants, garde la haute main sur la cooptation de nouveaux membres. Ni Arabes, ni Noirs, ni femmes dans cette brigade, dont la considération des minorités, des éducateurs, des SDF etc. sur le terrain est à l’image d’une composition si uniforme.

Les conditions du possible et les conditions de survie

L’ouvrage de Didier Fassin est une contribution de premier plan sur la police française d’aujourd’hui. Dans cette institution centralisée se constituent des baronnies imprenables, forteresses insulaires dont la perpétuation est encouragée par le fait que ce qu’elles font est tangible, mesurable, chiffrable [5]. À la différence de la police en tenue, jugée sur des critères contingents et qualitatifs, l’évaluation d’une brigade anti-criminalité est réduite à sa plus simple expression : les chiffres d’interpellation, et tout particulièrement les fameuses « infractions révélées par l’action des services » (étrangers en situation irrégulière, fumeurs de joints, quand ce ne sont pas de simples infractions au stationnement). L’enquête de Didier Fassin montre dans le détail un envers sous-estimé de cette production de chiffres, partout dénoncée. Le commissaire, malgré les risques substantiels de bavure et de scandale qu’une pareille brigade lui fait courir en permanence, se trouve pris au piège d’une relation ancillaire à son égard. Non seulement la BAC contribue à l’évaluation chiffrée globale de son commissariat (interpellations, gardes à vue, éventuellement mandats de dépôt ensuite prononcés), mais elle se constitue en point d’accès unique au terrain de la délinquance locale, amenant ses supérieurs à se rendre dépendants d’elle s’ils veulent disposer d’informations valorisantes [6].

Fassin consacre une réflexion particulièrement intéressante sur les forces susceptibles, au sein du commissariat, de résister à cet « État dans l’État » (p. 272). On trouve dans cette BAC en effet des policiers « professionnels », ceux qui poursuivent les finalités policières (interpellations, contrôles, etc.) tout en respectant la déontologie. Mais ils n’y sont que deux. D’autres policiers ont craqué et, après quelques mois, ont demandé leur affectation dans d’autres unités, abandonnant les avantages de la BAC (faible contrôle hiérarchique, sélection des tâches, horaires fixes, prestige..). Le poids de l’idéologie entretenue par la BAC leur était devenu insupportable, et les possibilités de la réformer trop improbable pour imaginer d’autres voies que la défection. Didier Fassin mêle très astucieusement la typologie de William Ker Muir [7] sur les types de policiers à ses propres constructions théoriques autour de « l’économie morale » de la police, ce qui lui permet de rejeter le triptyque de Hirschman (exit, voice, loyalty), qu’il juge trop rigide. Il montre que le pragmatisme policier autorise la survie du « bon policier » (au sens de Ker Muir) dans cet environnement producteur de cynisme ou de clivage moral, dès lors que, même s’il respecte « l’ennemi », il produit de bons résultats. Ainsi, même au sein d’une telle brigade, le « principe de justice » peut l’emporter sur « la logique du ressentiment » (p. 297) et permettre le maintien de policiers déviants aux côtés de policiers plus « professionnels ».

L’unité et son contexte

Il aurait été à bien des égards éclairant de connaître plus précisément les trajectoires de ces deux professionnels qui ont choisi de rester dans une telle BAC, par exemple par des entretiens biographiques qui auraient dépassé les premiers signes de réticence des intéressés à la conversation. Mais Didier Fassin n’a pas voulu déroger à sa méthode privilégiant la seule observation des équipages de sa BAC : ni entretiens approfondis avec les acteurs, leurs supérieurs ou leur environnement, ni historicisation ou contextualisation de la circonscription étudiée, ni exploration des relations entre l’institution policière locale et son environnement institutionnel (justice pénale et élus, notamment). L’insularité caractérise la BAC observée, mais aussi le dispositif d’observation choisi par l’auteur. C’est un parti pris fécond, mais qui, à nos yeux, nuit à son propre projet.

Car, si l’objet de Didier Fassin est d’observer une brigade anti-criminalité, son projet est bien plus large. Cette « anthropologie politique » vise à interroger la « nature concrète » de la démocratie française, et notamment le régime politique particulier des cités de banlieue. Les cités sont, sous l’effet de l’intervention policière, des zones d’exception où se « manifeste le geste souverain de suspension de la règle démocratique » (p. 33) : « la politique des cités devient une politique de la guerre » (p. 71), dans laquelle les habitants ne sont « pas seulement des étrangers, [mais aussi] des ennemis » (p. 75), objets d’une mécanique de « racialisation » qu’on ne peut plus enrayer (p. 235). L’approche monographique resserrée qu’a choisie Didier Faasin satisfait-elle son projet d’anthropologie de l’État ? C’est ce que je voudrais discuter ici.

La focale d’observation retenue par Fassin est resserrée autour de son objet : une BAC. Dans le premier chapitre, « situation » [8], l’auteur dresse le contexte de ses observations. Il utilise à cette fin à des données de cadrage, notamment les enquêtes nationales de victimation et de la statistique policière, qui lui permettent de dire que la délinquance est en baisse, et que, de ce fait, l’intervention de la police ne répond pas à un besoin, à une demande sociale, mais qu’elle est l’instrument de la guerre ou de la rhétorique de la guerre menée par le pouvoir dans les cités. Malheureusement, ces données sont sans lien direct avec le terrain observé. Plutôt que les données nationales ou celles propres aux zones urbaines sensibles (ZUS), l’enquête régionale Ile-de-France de victimation aurait permis de réduire la focale à l’échelle du département concerné (sans bien sûr ainsi dévoiler le terrain examiné) [9]. Les données produites par le commissariat où Didier Fassin a enquêté ou celles éventuellement délivrées par le conseil de prévention et de sécurité de l’agglomération concernée auraient, de même, offert un cadrage plus adapté. Le cadrage resserré de l’observation est contredit par le cadrage beaucoup trop large des données contextuelles. Par ailleurs, et surtout, ces données sont lues de manière très libre. Didier Fassin avance que si le sentiment d’insécurité dans les ZUS françaises est élevé, il s’agit principalement d’un effet de construction des représentations collectives par le politique ; car la délinquance, dit-il, baisse (p. 85-88 ou 121). Or si le lien entre délinquance et sentiment d’insécurité est en effet loin d’être univoque, il est audacieux d’affirmer comme « un fait » (p. 121) que la délinquance est en baisse sur une période significative (sauf sans doute les homicides), tant à l’échelle nationale qu’à celle des ZUS d’Ile-de-France. Cette appréciation des statistiques joue pourtant un rôle pivot dans la construction de l’anthropologie politique de Didier Fassin, puisque la « situation » qu’il dépeint dans le chapitre 1 et qui constitue le terreau rendant possible une telle BAC, est définie comme un écrasement du réel par le politique : puisque la délinquance ne monte pas, dit Fassin, « pour justifier le déploiement des forces de l’ordre dans ces quartiers défavorisés, il est nécessaire de créer un langage. La rhétorique de la guerre censée contrer la guérilla des cités se traduit par des opérations spectaculaires (…) La représentation de la banlieue comme une jungle et de ses habitants comme des sauvages appelle le recours à des unités spéciales mieux formées à la chasse qu’à la procédure… » (p. 96) ; « la politique des cités devient une politique de la guerre » (p. 71). La « situation » dont le premier chapitre de l’ouvrage pose les fondements est malheureusement trop redevable de ces statistiques trop lointaines et trop fragiles pour convaincre tout à fait quant à son statut déterminant du comportement policier observé.

Tout l’enjeu est de donner sens à la chose observée, de la faire vivre dans un ensemble plus vaste, apte à offrir matière à une anthropologie de l’État. Lorsque Dewerpe, qui poursuit une finalité comparable (une « anthropologie historique de la violence d’État ») [10], observe la manifestation parisienne du 8 février 1962, il en fait bien sûr l’analyse la plus complète, mais il ne l’élève en anthropologie historique qu’au moyen de l’inscription de cet événement dans son histoire – histoire longue, complexe, multidimensionnelle. Didier Fassin, lui, s’est comme interdit cette contextualisation. La rigueur de l’observation se mue en rigorisme monographique dès lors que l’on aborde le rapport au politique. L’auteur explique trop souvent ce qu’il observe par le contexte politique national le plus large, par l’histoire immédiate, trop immédiate. Un examen plus approfondi de la place de la BAC dans les transactions entre préfet, élus municipaux, société civile lorsque la mairie se voit contrainte de mettre en place une réunion de conciliation après une intervention particulièrement désastreuse des policiers de l’agglomération, aurait offert une possibilité de donner à voir les médiations entre pouvoir national et situation micro-locale. Car autant sinon plus que la « situation » nationale, des configurations politiques locales plus larges peuvent expliquer la perpétuation d’une telle brigade.

Politisation et racialisation

L’interrogation centrale porte sur la singularité de la brigade observée. Des échanges avec le « représentant national d’un syndicat de policiers » et un « haut fonctionnaire de la direction centrale de la sécurité publique » convainquent l’auteur que ce qu’il a observé « est aussi vrai ailleurs ». Certes, il n’est pas possible de déterminer l’exemplarité ou au contraire la singularité d’une telle brigade, compte tenu du faible nombre d’enquêtes sur les BAC en France et de l’absence de tout recensement de ces unités [11]. Mais il semble y avoir là un degré de politisation des agents sinon exceptionnel, du moins singulier : la fréquence des conversations politiques, le raffinement, pour ainsi dire, des symboles courants (le T-shirt Charles Martel, les inscriptions gothiques sur le drapeau français, la référence au Ku Klux Klan…), l’exacerbation de la virilité (jusqu’à refuser de porter le gilet pare-balles léger, pourtant attribut de virilité chez les fonctionnaires de police), etc. Ce degré de politisation (à la fois culture politique et intérêt pour la politique) est peu fréquent chez les policiers [12]. Il n’est pas sans conséquence, bien sûr, sur la perception d’une constante homologie structurale entre l’orientation politique gouvernementale et le comportement des policiers sur leur terrain.

Ce degré inhabituel de politisation n’est pas sans incidence non plus sur l’interprétation des événements relatés. N’évoquons que le chapitre « discrimination », dans lequel l’apport interprétatif de Didier Fassin est des plus riches. À l’encontre des sociologues français qui se sont penchés sur la question [13], il défend une hypothèse de « racialisation » des interventions policières, « entendue comme le processus par lequel on différencie des individus ou des groupes à partir d’une qualification raciale » (p. 235) ; processus qui joue un rôle déterminant dans l’explication des comportements observés à l’égard des minorités. Nous pourrons objecter que la dimension raciale ou raciste est incontestable dans une telle BAC. Nous restons convaincu que la notion de racialisation n’est pas universellement nécessaire pour comprendre la dynamique de sélection de leurs populations par les policiers (pouvoir discrétionnaire sur lequel l’auteur insiste très justement), ni même par les policiers en civil intervenant dans les cités françaises.

On ne peut, dans le cadre de ce compte rendu, confronter nos terrains relatifs aux BAC [14]. Mais pour donner une idée de l’importance des terrains, observons que dans la BAC observée par Didier Fassin les adversaires ou « ennemis » (p. 75) sont qualifiés de « bâtards ». L’auteur précise avec justesse que « cette insulte n’est pas anodine, elle implique une banalisation des idées d’impureté, d’indétermination et de dévalorisation », « forme particulière de stigmatisation socio-raciale » (p. 154-155). Dans les BAC dans lesquelles j’ai enquêté, l’idiome commun n’était pas « bâtard » mais « crapaud ». Or le « crapaud » doit son nom au pur pragmatisme policier : c’est le comportement supposé dans l’interaction (il dit « Quoi ? Quoi ? » en toute occasion, comme dans les livres d’enfant), et non l’assignation raciale, qui lui donne son nom. Nulle interprétation ne saurait, à notre sens, l’emporter sur l’autre. Chacune est le produit particulier de son terrain particulier.

L’extrémisme de la BAC étudiée par Didier Fassin oblige également à interroger la place faite par l’auteur à la « situation post-coloniale ». Là encore, étant donné le degré de conviction politique des agents, on ne peut s’étonner qu’ils en viennent à évoquer la guerre d’Algérie. Mais faut-il s’en tenir à ce que disent les agents ? Les travaux d’Emmanuel Blanchard montrent par exemple que la police des Algériens à Paris de 1945 à 1962 (dont il est inutile de rappeler la brutalité) n’est pas seulement singulière, c’est-à-dire explicable par la nature étrangère ou la différence raciale de la population visée. Elle est tout autant inscrite dans une histoire beaucoup plus longue du traitement que les policiers réservent aux « indésirables » – le traitement réservé aux Algériens emprunte à celui réservé aux prostituées, aux vagabonds, aux oisifs, etc. De ce point de vue, les « bâtards » que visent les policiers dans leur langage souffriraient des interventions policières, même si nul processus de racialisation n’était en jeu, tant les pratiques policières s’inscrivent dans une histoire longue entretenue à l’égard de leurs « clientèles ».

L’anthropologie politique menée par l’auteur, qui fait de cette brigade particulière le témoin d’un régime politique tout entier, constitue ainsi un parti pris méthodologique qui n’emporte pas complètement notre adhésion. Mais ces éléments de discussion ne doivent pas faire ombrage aux apports de l’anthropologie publique poursuivie par cet ouvrage. Le livre de Didier Fassin, adossé à une remarquable exigence théorique, présente au public, au politique et aux policiers le constat accablant d’une force publique incapable de maîtriser, ni même de connaître sa propre dérive.

  
 
Pour citer cet article :
Fabien Jobard, « Anthropologie de la matraque », La Vie des idées, 29 novembre 2011. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Anthropologie-de-la-matraque.html

Notes

[1] Voir par exemple la discussion critique de la « public criminology », voir le numéro 9/4 de la revue Criminology & Public Policy.

[2] Les agents n’observent en fait pudeur ou retenue que lorsqu’il est question de violence : ils s’abstiennent de porter des coups ou le font « hors de la vue » de l’observateur (p. 199).

[3] Force est toutefois d’observer que, pour les agents en question, le pire est toujours envisageable. À propos d’un gendarme dont l’intervention était allée jusqu’à provoquer l’organisation d’une manifestation de protestation et la tenue d’une réunion publique par les autorités municipales, ‘’un des membres de la BAC enquêtée déclara à Didier Fassin : « Ca ne m’étonne pas, c’est un fou violent » (p. 151).

[4] « Phénoménologie élémentaire » désignant le jeune homme de cité, « principalement de minorités » (p. 155).

[5] Sur les logiques qui gouvernent la multiplication des brigades de toutes sortes dans les commissariats de police, voir Elodie Lemaire, « Spécialisation et distinction dans un commissariat de police », Sociétés contemporaines, 2008 (4), p. 59-79.

[6] Cette observation rejoint celles de Christian Mouhanna sur les mutations de l’encadrement policier et ses conséquences (La police contre les citoyens ? Nimes, Champ social, 2011, p. 64-68 ou 100-108).

[7] William Ker Muir, Police. Streetcorner Politicians. Chicago : Chicago University Press, 1977.

[8] Le terme est directement emprunté à Georges Balandier et la situation sera du reste qualifiée, plus loin, de « post-coloniale ».

[9] Les traitements de cette enquête, bien plus fiables que l’enquête nationale en raison de son échantillonnage, sont disponibles sur les sites du Cesdip (www.cesdip.fr) et de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de l’Ile-de-France (http://www.iaurif.org/).

[10] Alain Dewerpe, Charonne 8 février 1962. Anthropologie historique dun massacre dÉtat, Paris, Gallimard, 2006, p. 86-88.

[11] Si l’on exclut les travaux universitaires non publiés, tels ceux de Jérémie Gauthier à l’Université de Lille en 2002 sous la direction de J. Siméant et à l’EHESS en 2004 sous la direction de G. Mauger, il s’agit avec cet ouvrage de la première monographie consacrée à une brigade anti-criminalité.

[12] Dans un article à paraître dans la Revue française de sociologie, Geneviève Pruvost et Philippe Coulangeon montrent la forte sous-politisation des policiers, contredite, il est vrai, par des « effets de brigade » qui amènent à la formation du type de brigade observée par Didier Fassin.

[13] Dans ce chapitre tout particulièrement, Fassin soutient que les sociologues et les policiers se tiennent d’un côté, les minorités et la plupart des Français de l’autre. Par exemple : « À la question [peut-on dire qu’il y a discrimination raciale ?], les Français, dans leur ensemble, [répondent] par l’affirmative, tout comme les habitants des cités ; les sociologues, le plus souvent, par la négative, rejoignant en cela les policiers » (p. 223).

[14] 200 à 250 heures d’observation menées dans des conditions semblables à celles de Didier Fassin, dans deux BAC distinctes de grande banlieue parisienne. Ces observations ont pu être confrontées à celles menées dans le même temps dans d’autres circonscriptions (Paris et province) par trois sociologues (Valérie Boussard, Marc Loriol, Sandrine Caroly), dans le cadre du même projet. L’une des exploitations de ce terrain, centrée sur la question du racisme policier, est discutée par Didier Fassin dans l’ouvrage qu’il a dirigé avec Eric Fassin, De la question sociale à la question raciale ? Représenter la société française, Paris, La Découverte, 2006, « Police, justice et discriminations raciales », p. 219-237.

 
 

Le cinéma hongrois entre la jungle et le ZOO, en attendant je ne verrai pas le cheval de Turin

Le cheval de Turin de Béla Tarr avec Erika Bok, Janos Derzsi
Le cheval de Turin

Le film censuré de fait…

On se souvient de cette remarque de jean ferrat entre la jungle (le capitalisme) et le zoo (le communisme), à l’occasion de la sortie du dernier film de Bela Tarr, ce dernier et d’autres cinéastes dressent un constat de faillite du cinéma hongrois, il n’y a plus de possibilité pour de jeunes cinéastes ambitieux de faire des films.

Pire encore: aujourd’hui est le changement de programme, je me précipite pour prendre le nouveau des salles d’Art et d’essai qui théoriquement sont nombreuses à Aix entre le mazarin et le Renoir. je me fais une joie d’aller voir le dernier film de Bela Tarr, le cheval de Turin qui a obtenu l’ours d’argent au festival de Berlin. j’adore ce cinéaste et de surcroît le thème est passionnant puisqu’il s’agit de la rencontre mythique le 3 janvier 1889 entre Nietzsche et le cheval battu par le cocher parce qu’il n’a plus la force d’avancer. la légende rapporte que Nietzche se serait jeté au cou du cheval en pleurant et dès le lendemain il s’était plongé dans le silence et l’immobilité, la folie qui le tiendra jusqu’à la mort. Derrida avait vu dans le geste du philosophe une manière de demander pardon pour la raison, pour descartes et son homme machine. Une fois de plus bela Tarr s’appuie sur un trés grand romancier hongrois -une constante du cinéma hongrois que cette relation à la littérature- Lazlo Krasznahorkai qui en partant de l’enlacement du philosophe décide de raconter non l’anecdote du philosophe mais l’histoire du cheval, du cocher et de la fille de ce dernier.

Bela tarr a expliqué qu’après ce film son oeuvre était close et qu’il deviendrait producteur et il se battrait pour la survie du cinéma hongrois. J’ai dit sur ce blog ce que bela tarr avait de novateur et quand j’entends dire que l’oeuvre est close je pense à cette scène où dans un bar un innocent fait jouer à des épaves une sorte de danse cosmique des planètes autour d’un soleil. Comment après que la ville ait rejoué la shoah, l’innocent lui aussi glisse dans la folie catatonique. Donc j’ai le sentiment qu’il faudrait voir cette oeuvre non pas comme finie, bonne à jeter mais au contraire comme devant être rejouée sans cesse et chaque film éclairant l’autre en partant des idées chères à Bela Tarr d’une nature détruite par la folie de la raison.

C’est dire ma déception quand je me suis aperçue que dans Aix ville universitaire le film de Bela tarr n’était pas au programme ni cette semaine, ni la prochaine. Alors cette réflexion sur la jungle et le zoo, sur la véritable censure, celle qui imagine un public pour l’incurie artistique et intellectuelle  est bien réelle.

Danielle Bleitrach

PETIT RETOUR SIR LE CINEMA HONGROIS  

Le cinéma hongrois a été un grand cinéma avant Bela tarr, du temps que l’on qualifiait comme celui du zoo, avec censure.  Sous le "communisme" avec la censure le cinéma Hongrois ce fut : Quelque part en Europe (1947) de Radvanyi et Un lopin de terre (1948) de Frigyes Ban, Zoltán Fábri (L’Orage, 1952 ; Un petit Carrousel de fête, 1955), Karoly Makk (Liliomfi, 1954), Imre Feher (Un amour du dimanche, 1957 ; Départ de zéro, 1975), Istvan Szabó (L’Âge des illusions, 1965 ; Mephisto, 1981), et le plus grand de tous : Miklós Jancsó (Les Sans-Espoir, 1966 ; Rouges et Blancs, 1967 ; Pour Électre, 1975 ; L’Aube, 1986) etc .Le cinéma hongrois, était subventionné par l’État. La manne s’est tarie , plus de "censure" ok , mais plus de film , le pouvoir actuel a fait appel à l’auteur des Rambos pour créer un cinéma qui lui convienne…

Brève histoire du cinéma hongrois

Les premiers longs métrages hongrois datent de 1912. C’est la connivence entre les écrivains et les cinéastes qui marque cette période. Acteurs, journalistes se prennent au jeu de la caméra. Le premier film de fiction hongrois fut réalisé en 1912 par un jeune acteur de Budapest (Mihaly Kertesz, 1888-1962), qui se fera davantage connaître sous le nom de Michaël Curtiz. Sandor Korda ( 1893-1956) sera à l’origine d’ une tradition cinématographique qui influence encore le cinéma contemporain : l’adaptation littéraire. Hanison et Battison, le Ballet de mille livres, d’après Mark Twain, le Cauchemar, d’apres Molnar seront ses oeuvres les plus marquantes.

La chute de I’Empire austro-hongrois en 1918 fait naître en Hongrie un renouveau culturel qui sera stoppé par la dictature de Horthy. La nationalisation du cinéma avait permis la réalisation d’une trentaine de films durant la période révolutionnaire. Malheureusement ne sont parvenues jusqu’à nous qu’ Hier, de Deszo Orban, ou Jonaz ocsem, d’Yvan Siklosi et Mihaly Kertesz . De nombreux cinéastes s’enfuirent durant la terreur blanche qui suivit la république des conseils.

En 1930, Istvan Szekely ( 1899-1979) -Steve Sekely dans sa période américaine…- réalise un peu à la façon d’un Lubitsch la première oeuvre majeure du cinéma hongrois, Hyppolit, a lakaj (Hippolyte, le valet de chambre], 1931). Des gens du peuple de Budapest y incarnent les personnages du Bourgeois gentilhomme. Paul Fejos (1897-1963) réalise Marie, légende hongroise (Tavaszi zapor], puis Tempêtes et Gardez le sourire. Un autre émigré, Lazlo Vajda (1906-1965), revient en 1935 en Hongrie, ou il réalise Magda Kicsapjak. Marton Keleti (1905-1973) tourne en 1937 la Fiancée de Torocko, et Viktor Gertler (1901-1969) le Mercredi vole en 1933. Bela Gaal réalisa entre 1932 et 1938 une vingtaine de films. Certains de ces films n’échappent pas au visées racistes de la période. Ironie du sort, les lois raciales le toucheront à son tour, au pays du cinéma, on apprécie toujours l’histoire de l’arroseur arrosé….

La période de la guerre vit émigrer Szekely et Vajda. De nombreux films furent cependant tournés pendant la seconde guerre mondiale, mais d’intérêt très inconstant.

2-La période communiste

Le cinéma d’après-guerre se veut avant- gardiste. Trois jeunes cinéastes le marqueront de leur empreinte : Frigyes Ban (1902-1969), avec le Rendez-vous au bord de la mer, Imre Jeney (1908-1986), avec Et les aveugles verront ; enfin Geza Radvanyi (1907-1986) , virtuose des mouvements de caméra. Mais très vite la chappe de plomb stalinienne impose un style ouvriériste et conformiste.

Cette chappe de plomb se soulèvera timidement en 1954 avec Zoltàn Fabri et son quatorze vies en danger. Le mouvement s’accélère en 1955 avec Budapesti Tavasz(le printemps à Budapest) , Un petit bock de blonde) de Felix Mariassy, et Un petit carrousel de fête de Zoltan Fabri . Le même cinéaste enchaîne l’année suivante avec Professeur Hannibal et Mariassy, puis,en 1957, Kulvarosy legenda (la Legende du faubourg), qui lui valut la disgrâce. L’écrasement sanglant du mouvement hongrois mettra fin pour quelques années à toute tentative de renouvellement du discours cinématographique , malgré en 1957 A minuit, un long métrage de Gyorgi Reveszr qui proposait une lecture événements de 1956.

2- L’âge d’or du cinéma hongrois

 Mais c’est à partir de 1960 que le cinéma hongrois connaît son véritable âge d’or. L’inoxydable Zoltan Fabri réalise en 1961 Deux mi-temps en enfer, où affleuraient des allusions à la situation contemporaine, et par Miklos Jancso qui réalise en 1962 Cantata . Maîtrise lyrique de longs plans séquences, beauté formelle et parfois glacée, la patte du maître, dont les productions récentes sont hélas très décevantes, marquera jusqu’à Psaume rouge, primé à Cannes, toute une génération de son empreinte. Citons ces oeuvres de référence :: Sans-Espoir (1965), Rouges et Blancs (1967), Silence et Cri (1968), Ah !ça ira (1968), Sirokko (1969), Agnus Dei (1970), le Pacifiste (1971), Psaume rouge (1971), Pour Electre (1975). La génération des maîtres comprendra également Istvan Gaal : Sodrasban (Remous, 1963), Tziganes (1963) – et Zdldar (les Vertes annees, 1965) ; Istvan Szabo : Almodozasok kora (/Age des Illusions), Apa (le Pere, 1965), la confiance (1979), Mephisto (1983) Colonel Redl (1985) ; Ferenc Kosa : Dix mille soleils (1965) et Pal Zolnay : le Sac (1966). I. Gall se joindra au groupe avec le Baptême (1967), le Faucon (1970) et Paysage mort (1971), films dont le thème principal est l’exode rural et l’urbanisation du paysage hongrois.. La génération intermédiaire du cinéma hongrois verra son émancipation quand Zsolt Kezdi-Kovacs, qui fut durant l’assistant de Jancso, réalise Zone tempérée en 1970, Romantika (1972). Le 73 de Petofi évoque la révolution de 1848 en s’inspirant du style du Living Theater. Marta Meszaros apportera une originale et personnelle dénonciation de la situation de la femme durant la période stalinienne, mais aussi des films universels dont maintes réalisatrices s’inspirèrent dans le monde entier. Adoption, ours d’or à Berlin en 1975, est un film rare où des êtres courbés sur leurs souffrances secrètes dévoilent des pans de leur intimité avec une pudeur intimiste, comme se dévoile les bancs de brume au dessus du bac qui transporte deux personnages du film. Avec Neuf mois en 1976, elle allie comme peu d’autres ont su le faire véracité de l’engagement et sensibilité tendre. Journal intime (1982) Journal à mes Amours (1986) jalonnent une carrière dont l’apothéose sera à mon sens le magnifique Elles deux, où Marina Vlady, superbe, confronte la pureté de ses convictions au dur monde des réalités qui s’éloigne du navire de l’enfance.

L’école de Budapest met en avant un cinéma sociologique réalisé à partir d’une "étude de terrain" et souvent joué par des non-professionnels. L’analyse directe de la réalité s’y veut exempte de toute influence idéologique (ils en avaient soupé…). Judit Elek : Un village hongrois (1973), Une Histoire simple (1975) ; Livia Gyarmaty avec Connaissez-vous Sunday-Monday ? (1968), Deux Ingénues (1971), Arretez la musique (1973) ; Lazlo Vitezy : Temps de paix (1979), Terres rouges (1982) sont représentatifs de cette école.

3- le cinéma post-communiste

Le véritable leader du cinéma hongrois est aujourd’hui Bela Tarr, auquel le festival de La Rochelle consacra une rétrospective en 2001 . Né en 1955, tour à tour cinéaste amateur, ouvrier, portier dans une maison de la culture, il suit des études à l’école Supérieure du Théâtre et du Cinéma de Budapest et réalise se premiers films, illustrant avec talent l’un des courants de l’école de Budapest ;. Il donne des cours à la Filmakademie de Berlin depuis 1990. Nid Familial (1979), les rapports préfabriqués (1982), la damnation (1987), Citylife-the last boat ((1990), Satantango (1993), voyage sur la plaine hongoise (1995), les Harmonies de Werckmeister (2000), sont autant d’oeuvres originales et fortes qui lui vaudront le surnom de "Tarkovsky hongrois". Mais pas la consécration internationale puisque ses films ne sont toujours pas distribués en france, s’ils le sont dans d’autres pays européeens ! Année de la commémoration de la révolution de 1956, 2006 a été une anné particulière pour le cinéma hongrois. Il a bénéficié d’un fonds additionnel pour rappeler ces événements très présents dans la mémoire magyare. Plusieurs films de fiction les ont mis en scène, comme Les Gamins de Budakeszi de Pal Erdöss ou Mansfeld d’Andor Szilagyi, histoire d’un martyr de la période , et Children of Glory de Krisztina Goda.   1956 a également inspiré de nombreux documentaires, dont Le Visage de la révolution : à la recherche d’une fille de Budapest, coproduit par Jean-Pierre Jeunet. Attila Kékesi est parti d’une photo célèbre pour faire un film d’investigation sur la jeune inconnue devenue d’une seule représentation sur papier argentique une héroïne de la révolte hongroise.   Plusieurs générations de réalisateurs ont participé à cette commémoration passée presque inaperçue en france. La plus ancienne, composée de Miklos Jancso, Pal Sandor et Judith Elek, reste fidèle à un cinéma d’auteur . Janos Szasz a présenté son nouveau film, Opium, qui explore les relations troubles d’un psychiatre des années 1910 et de sa patiente graphomane. A noter égalment Iszka’s Journey de Csaba Bollok, sur les enfants des rues, un des films sélectionnés à Berlin avec Men in the Nude de Karoly Esztergalyos. La nouvelle génération est composée de cinéastes comme Györgyi Palfi ou Agnes Kocsis (Fresh Air).

4- Aujourd’hui le  cinéma hongrois en danger

Béla Tarr, réalisateur Hongrois est à l’honneur à Beaubourg en ce moment, il fait aussi l’objet d’un ouvrage de Jacques Rancière, et son film, "le Cheval de Turin", sort mercredi 30 novembre, en France. Pour l’occasion, le réalisateur ne manque pas d’évoquer la situation désastreuse du cinéma hongrois. Alors l’année dernière à Berlin, en recevant l’Ours d’argent, Béla Tarr annonçait qu’il arrêtait le cinéma. Qu’il arrêtait de tourner parce qu’exercer ce métier en Hongrie est de plus en plus difficile. Le gouvernement conservateur de Victor Orban coupe les budgets de la culture. Pourtant Béla Tarr reste actif. Avec de jeunes réalisateurs. C’est un reportage de Martin Rosefeldt.

  

www.arte.tv

ARTE Journal – Béla Tarr – cinéma – Hongrie – censure
 
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Publié par le novembre 30, 2011 dans cinema, histoire, société

 

Entretien avec Didier Daeninckx (par Nicolas Dutent et Guillaume Quashie-Vauclin)

 
09 Novembre 2011 Par Nicolas DUTENT

 " La vérité vraie est beaucoup plus dynamique que la vérité construite "

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© Marc Attali

 Nicolas Dutent : Si on opère un retour rétrospectif sur votre œuvre, une question qui s’impose est de savoir de quelle manière permettez-vous la synthèse entre mémoire historique et démarche romanesque ? Quelles sont les conditions d’une telle réussite ?

Didier Daeninckx : Au départ ce n’est pas une volonté théorique de choisir cette manière d’interroger l’histoire par le biais de la fiction. Cela tient vraiment à un parcours personnel. Dans une première période le roman m’a permis d’interroger des moments de ma propre histoire, et d’élucider certaines interrogations en jetant des hypothèses. Mon premier roman, avant Meurtres pour mémoire (1984), évoquait la tragédie de Fessenheim et traitait des enjeux liés au nucléaire dès les années 70. Il interrogeait par exemple la manière dont une société est saisie d’une technique qui peut la conduire à sa destruction.

Je venais d’un milieu extrêmement confiant sur l’idée de progrès, qui était alors considéré comme quelque chose d’obligatoirement positif et libérateur, et d’un seul coup cet espace était confronté à quelque chose qui disait le contraire, pointant l’incapacité  d’aborder cette interrogation environnementale.

Juste derrière j’ai écrit Meurtres pour mémoire, qui questionnait la guerre d’Algérie, les répressions, le fossé qui s’était creusé entre des gens qui portaient un discours et une action indépendantistes et des forces progressistes qui les avaient lâchés, je m’étais alors inscris dès 83 dans l’interrogation du silence d’une société sur les responsabilités de gens arrivés aux plus hautes instances du pouvoir. Tel Maurice Papon ou Bousquet en embuscade. Il y a dans mes livres d’une part une critique de l’état de la société mais aussi un regard parfois effaré sur mon propre camp, une forme de désespoir raisonné sur ses insuffisances et petites lâchetés.

Guillaume Quashie -Vauclin : Ce qui est justement frappant dans Missak, c’est une sorte d’état d’esprit d’historien qui est le vôtre à certains égards, comme la volonté de comprendre et de montrer qui est Dragère ? Sans amener le lecteur à juger de manière trop frontale. Cette démarche, pourtant ancrée dans le code génétique de la discipline, trop d’historiens s’en écartent paradoxalement aujourd’hui. Comment conciliez-vous donc l’exigence de la méthode historienne et son articulation avec les droits imprescriptibles de l’imagination (La Semaine Sainte, Aragon) ?

DD : Sur Missak cet enjeu a été encore plus évident que dans mes autres romans. Par l’intermédiaire d’un personnage clairement identifié, ma recherche a été celle du vraisemblable. Constatant des « trous » énormes dans la biographie de Missak Manouchian, ma volonté a été de rechercher ses actes à partir d’éléments concrets datant par exemple de 1938/40 et en tirer des éléments romanesques vraisemblables. Confronté au pacte germano-soviétique et apatride, les allemands ayant eu à l’époque une responsabilité majeure dans le génocide arménien, comment va-t-il se comporter ? Si nous n’avons pas de textes nous savons comment il va agir, il le fera en s’enrôlant dans l’armée française dès 1939.

Il est ainsi tout sauf dans une position attentiste, il est dans une démarche de lutte contre le nazisme qui le pousse à se retrouver instructeur en Bretagne, tout ce parcours est vérifiable. Si ce travail est à base historique, sans que je sois pour autant historien, j’emprunte effectivement ses techniques d’interrogation de la réalité. Mais l’historien ne s’autorisera lui jamais de constituer des scènes et de « placer » le personnage. Ce travail s’est accompagné par ailleurs de nombreuses découvertes d’archives, avec l’injonction correspondante de ne jamais excéder la réalité vérifiée du personnage. Sans pour autant se priver de l’invention romanesque : cette voie est donc extrêmement étroite. Aragon avait si bien montré dans le Cycle du Monde réel sa capacité à interroger à la fois son époque et sa relation à son père, préfet de police, la filiation est donc là en abîme, elle devient un enjeu essentiel à côté du travail de retranscription historique.

ND : Envisagez-vous donc la fiction comme un moyen, si ce n’est d’accéder à la vérité (entreprise fort risquée et incertaine), mais de la rétablir lorsque celle-ci pour des raisons parfois obscures a été bafoué, comme par exemple le 17 octobre 1961 ?

C’est dire en effet une partie des éléments de la vérité qui ont été dédaignés, mis de côté, rabaissés. Mais au moment de la production du livre cette intention ne préexiste pas. C’est un constat a posteriori, possible rétrospectivement. Le plus essentiel demeure pour moi le point de vue adopté pour faire en sorte d’être au plus près de la réalité. Cette question du point de vue est résolue de manière différente dans Meurtres pour mémoire où j’entreprends un travail sur trois époques par un jeu de miroir. Tandis que dans Missak, c’est choisir le moment où on peut débusquer les non-dits quand les choses ne sont pas encore dîtes vers 1955/56 (Budapest, Rapport de Khrouchtchev). On navigue entre le mensonge absolu et le début des aveux. C’est là qu’Aragon, personnage non central mais important de ce roman, écrit son magnifique poème l’Affiche rouge qui pose le problème de la vérité et montre les contradictions et les tensions du moment, de ce qu’on nous a rabâché, de ce qu’on a pris alors pour vérité [...]

Ce qui me passionne dans l’écriture c’est ce passé récent qui a encore une charge sur le quotidien. Meurtres pour mémoire  n’est ainsi pas écrit n’importe quand, il prend forme en 1983 au moment de La marche des Beurs. Quand un mouvement profond se développe dans notre pays où une partie de la population discriminée se rend compte qu’elle est discriminée aussi parce qu’on l’a privé non pas seulement de territoires, mais de territoires imaginaires notamment. Cette irruption là, comme le 17 octobre 61, est centrale car les acteurs de cette nuit là ne sont pas à considérer en premier lieu comme des victimes, certains l’ont été et ce horriblement, mais j’y vois avant tout une exigence de dignité et de citoyenneté dont le cœur de Paris est le théâtre (les manifestants devaient confluer Place de l’Etoile) et qui s’exprime dans le défi suivant : « on vous regarde en face comme votre égal et ce territoire nous avons le droit de le fouler des pieds ». Cette irruption de dignité est essentielle et traverse le 17 octobre 1961. C’est un défi historique majeur, tellurique, avec un peuple colonisé qui défie un empire en son sein, au cœur de sa capitale. Le travail de mémoire autour du17 octobre 1961 est décisif car il met en lumière le dépassement en acte du statut de victime ou de colonisé et valorise une pleine phase avec la citoyenneté et l’histoire.
Quand je travaille, j’utilise mes intuitions au service de hasards, mais de hasards objectifs comme le dit l’ami contradictoire (André Breton) d’Aragon. Dans ce que j’ai envie d’écrire, il y a des choses qui ont été disposées dans l’histoire contemporaine qui me permettent de les aborder et de les mettre en perspective aujourd’hui.

ND : Votre roman Missak, tout en donnant des clés de lecture et de compréhension nouvelles et précieuses sur le parcours du poète arménien M.Manouchian, opère un retour attendu sur la polémique liée à l’Affiche rouge. Avez-vous eu l’intention, consciente ou inconsciente, de faire découvrir enfin à un lectorat plus vaste le destin pour le moins exceptionnel des 23 membres des FTP-MOI de la région parisienne ?

J’ai toujours été fasciné par le personnage de Missak Manouchian, par tout ce qu’il peut dire, j’avais des éléments de lecture et de rencontres mais j’avais le sentiment que sa statue lui faisait de l’ombre. Comme c’est le cas pour certains Héros. Le personnage était trop insuffisamment exprimé, avec des manquements énormes. Il y avait aussi les promesses non tenues, comme sa dernière lettre qui fait figure d’icône littéraire et donne naissance au poème d’Aragon et à la chanson de Ferré. Dans cette lettre des choses sont demandées mais toujours pas tenues. Il demande à ses camarades d’éditer par exemple ses poèmes. C’était en Février 1944, nous sommes en Octobre 2011, qu’on me montre une seule traduction française ne serait-ce que d’une vingtaine de ses poèmes ! Le point de départ était donc celui-là : restituer une partie  de sa parole et de son itinéraire qui n’étaient pas apparents. On s’interroge ainsi peu ou pas sur son parcours politique. Comme s’il était né avec la carte du PC arménien… J’ai voulu traduire l’histoire d’une prise de conscience qui tient dans la rencontre avec la langue française, ce qui n’est pas banal. Il y a avait aussi un flou à résoudre sur la présence et l’action près de lui du militant trotskiste de la bande, Manoukian. Il m’a fallu voir comment les pièces qui semblaient appartenir à un autre puzzle pouvaient prendre place dans le «puzzle Missak Manouchian».

Par ailleurs, en décidant que le point de vue adopté serait l’inauguration en Mars 1955 de la Rue du Groupe Manouchian à Paris (20e), j’ai pu aussi bien donner un rôle déterminant au journal l’Humanité (à partir de recherches réalisées à Bobigny) que m’inspirer pour une bonne part de Jean-Pierre Chabrol et Willy Ronis pour fabriquer et asseoir mes personnages dans le roman.
Dans ce paysage de nuages, on parvient progressivement à lever ces mystères, au milieu de certaines impossibilités toutefois.
Ma méthodologie a ensuite été facilitée par certains épisodes romanesques comme la découverte d’archives personnelles le concernant. Pour la petite histoire, alors que je commençai le travail de lecture, j’ai appris qu’une exposition sur la résistance arménienne se tenait au musée Jean Moulin au dessus de la tour montparnasse. Il y a de nombreux documents de la Préfecture de  Police, de filatures, de comptes rendus et diagrammes établis à l’époque et certaines choses émouvantes comme la Bible sur laquelle Jean Epstein écrivit le nom de son fils en prenant ce faisant un risque incroyable. Et il y a avait un tableau datant de 1925/27, une huile de très bonne facture représentant M. Manouchian nu et sportif. Je relève le prénom du peintre et me renseigne naturellement sur sa provenance. Après des recherches, je retrouve la personne ayant prêté le tableau et je tombe sur Katia Guirogossian qui se trouve être la nièce de M.Manouchian. Mélinée avait une soeur, Armène, qui est la grand-mère de Katia dont je suis devenu assez proche. Elle m’apprend alors qu’elle possède des sanguines, des études, des photos et plusieurs cartons de documents appartenant à Missak et Mélinée, ainsi qu’à Armène passée sous silence dans l’histoire du groupe Manouchian… Elle me confie qu’elle n’a jamais osé lire dans le détail tout cela, le poids de l’histoire étant trop massif. Croyant être engloutie par ce passé, elle me demande si je veux bien lire ce qui se trouve dans ces témoignages divers ? C’est essentiellement là dedans que j’ai trouvé et puisé une grande partie de ce qui se trouve dans le livre. Comme le fait de tomber sur l’original de la dernière lettre de Manouchian glissée dans la lettre qui porte le nom de Mélinée, et dont on s’aperçoit quand on la retourne qu’il est inscrit : « Missak Manouchian, section allemande de la prison française de Frênes.» Il domine le moindre mot qu’il trace : tout est net, calibré. On sait qu’il s’adresse à l’histoire.

Quand je repose cette lettre, il y a la sœur de cette lettre, avec une enveloppe et un papier identiques. L’avant dernière qu’il écrivait à Armène, la sœur de Mélinée et dans laquelle il y a le début de l’« énigme Manoukian » et sa résolution : dans cette lettre (document inédit et authentique que personne n’a eu entre les mains hormis sa famille, document reproduit pour la première fois dans mon roman) il confie à Armène un devoir sacré, celui de prendre en charge et défendre la mémoire de son ami Dav’tian dit Armenek Manoukian. Le fait que ce soit le seul de ses compagnons cité représente une importance capitale et un enjeu considérable.

GQ-V : Ce Dragère enquêteur, curieux et admiratif de la figure communiste peut-être exemplaire de M. Manouchian, n’est-ce pas finalement une certaine projection de l’objet et du contenu de votre travail ?

Il y a de cela. Il y a en germe également cette interrogation: comment gérer les désillusions ? Considérons néanmoins qu’il s’agit non pas d’un travail de déconstruction mais d’« amplification » de la figure de Manouchian. Un personnage meurtri mais dont l’image n’est jamais abîmée. Il est en échec dans tout son univers mais il se fortifie sur des adhésions et des principes. Il y a ce double mouvement qui fait que la vérité sur Manouchian est bien plus enthousiasmante que ce qui avait été compris ou construit. Cette complexité nous conforte dans l’idée que la vérité vraie est beaucoup plus dynamique que la vérité construite.

Entretien réalisé par Nicolas Dutent et Guillaume Quashie-Vauclin pour mediapart

missak[1]

 

La forme Atlas selon Georges Didi-Huberman

La forme Atlas selon Georges Didi-Huberman
[mardi 22 novembre 2011 - 11:00]

 
 Arts et Culture
 
Atlas ou le gai savoir inquiet. L’oeil de l’histoire, 3
Georges Didi-Huberman
Éditeur : Les Editions de Minuit
 
 
 Cet automne on trouve dans les librairies deux nouveaux ouvrages issus de l´admirable chantier de Georges Didi-Huberman : Écorces, un bref et surprenant récit-photo sur un voyage à Auschwitz-Birkenau, prolongement du séminal Images malgré tout (2003), et Atlas ou le gai savoir inquiet, troisième volet de la série L´œil de l´histoire et objet du présent article.

La série L’œil de l´histoire marque un tournant politique dans la pensée de Didi-Huberman, tournant anticipé par la virulente polémique déclenchée par la publication d’Images malgré tout, qui a opposé, d´un côté, ceux qui défendaient une interdiction de regard et une injonction de silence sur la Shoah (notamment Claude Lanzmann et Gérard Wajchman), et, de l´autre, la critique philosophique de l’inimaginable réclamée par l´historien de l’art. Pour Didi-Huberman, c´est l´image qui rend lisible l’histoire et le temps, raison pour laquelle L´œil de l´histoire s´attèle à la tâche de comprendre ses enjeux et de parvenir à formuler une politique de l´imagination. Si ses premiers travaux, comme par exemple Devant l´image (1990), entamaient une critique de l’iconologie panofskyenne – puisqu’elle réduisait les images à une simple illustration des concepts -, la découverte de la notion de lisibilité chez Walter Benjamin lui a montré comment on peut discerner dans les images, comprises d’un point de vue dialectique et en tant que multiplicités complexes, des effets de connaissance et des prises de position où s´entrelacent le regard et la critique, le voir et le savoir.

Une image n’est jamais unique, voilà comment se formule la première hypothèse de travail de L´œil de l´histoire. C´est dire que dans cette série les images sont toujours au pluriel et que les penser revient à savoir s’inscrire dans la logique de leur agencement, de leur montage. Ce concept est fondamental : "Le montage serait une méthode de connaissance et une procédure formelle nées de la guerre, prenant acte du ‘désordre du monde’. Il signerait notre perception du temps depuis les premiers conflits du XXe siècle : il serait devenu la méthode moderne par excellence"  . Le montage tisse peut-être le principal fil rouge des recherches de L’œil de l´histoire : si Quand les images prennent position (2009) l´étudiait à partir du Journal de Travail et du ABC de la Guerre de Bertolt Brecht, si Remontages du temps subi (2010) se consacrait aux images du camp de Falkenau filmées par Samuel Fuller aussi bien qu´aux films de Harun Farocki, maître du montage cinématographique, ce troisième tome revient à Aby Warburg – déjà objet de la monographie L’image survivante – Histoire de l´art et temps de fantômes selon Aby Warburg (2004) – pour poser la question du montage à l´intérieur d´une des ses plus importantes sources : l’atlas Mnémosyne, élaboré par le grand historien de l´art allemand entre 1924 et 1929.

Dans ces pages, Didi-Huberman s’intéresse moins à une lecture planche par planche de Mnémosyne, tâche sans doute inépuisable, qu’à la façon dont sa forme constitue "une machine de lecture"   où on peut "lire ce qui n´a jamais été écrit"  , forme qui se sert du montage pour faire advenir un savoir là où il n’y avait que la profusion illimitée de l´archive. Remarquons en passant que l´auteur ne se limite pas à étudier le montage à partir d´un angle uniquement théorique, mais qu’il le pratique dans son écriture même, procédant par "gros plans", usant de sa si belle érudition  pour monter et démonter la forme Atlas à partir d´une archéologie qui convoque tour à tour Atlas le titan mythologique, les affinités électives de Goethe, le foisonnement des listes chez Borges commenté par Foucault, la peinture de Goya ou le gai savoir de Nietzsche, entre beaucoup d’autres références qui, n´étant jamais gratuites, produisent des montages de concepts et d´images à fort valeur heuristique.

Divisé en trois parties, l´essai s´attarde initialement sur la forme poétique de l´Atlas, nommée Disparates à la suite de Goya. Il y est question de la façon qu´a l´imagination, comprise d´un point de vue baudelairien, de découvrir les "rapports intimes et secrets de choses"  , en exposant le savoir au risque du sensible. Les planches de l’Atlas Mnémosyne sont ainsi, pour Didi-Huberman, des tables où se recueille le morcellement du monde, des lieux où le désordre des choses s´expose, se monte et se remonte, dans un exercice qui, respectant l´inépuisable, l´hétéroclite, l´ouvre par ce même geste à des nouvelles configurations, dessinant des constellations (astra) en dépit du chaos viscéral des monstra.

La deuxième partie s´occupe de la forme anthropologique de l´Atlas. Le savoir mis en images de Mnémosyne est un savoir tragique : Atlas, le titan mythologique, porte traditionnellement en fardeau les souffrances du monde et sert à Didi-Huberman pour construire le modèle d´un "savoir par le souffrir (pathei mathos)"   dont Aby Warburg lui-même serait l´exemple paradigmatique. En effet, suite à une crise psychiatrique provoquée par les catastrophes de la Grande Guerre, l´historien de l’art a été interné dans un sanatorium entre 1921 et 1924, et Mnémosyne peut donc être lu, selon Didi-Huberman, comme une tentative de réponse aux désastres causés par ce conflit de proportions jusque-là inconnues. S´appuyant sur Nietzsche et son hypothèse d´un gai savoir, ajoutant la dimension de l´inquiétude présente dans les Lieder de Schubert, débusquant chez Goethe les affinités électives qui pour chaque morceau du monde cherchent le principe morphologique à l´origine de leur singularité, Didi-Huberman esquisse une théorie de l´imagination qui trouve dans la célèbre gravure  de Goya (El sueño de la razón produce monstros) son emblème par excellence, l´image où se dialectiseraient, sans synthèse, les caprices de l’imagination et le travail de la raison, les ténèbres du monde et la réponse inquiète du gai savoir.

Dans la dernière partie s´interroge la forme politique de l´Atlas. Mnémosyne est envisagée, de ce point de vue, comme la réponse warburgienne à la crise historique et culturelle du monde moderne. Au démontage du monde Mnémosyne oppose un montage qui n´illustre pas un savoir préalable mais recueille plutôt la dissémination des symptômes, rendant possible une nouvelle modalité du voir : un regard que Didi-Huberman appelle embrassant (Übersicht), inséparable d’un "empirisme supérieur" (Deleuze) où les relations prolifèrent et ne se réduisent jamais à ses termes. L´archéologie des images se transforme ainsi dans un dispositif pour voir le temps, la mémoire inquiète de l´Atlas devient une critique et une clinique de l’histoire.

L’interrogation de longue haleine que Georges Didi-Huberman pose depuis longtemps aux images l´a conduit dans des directions que ses débuts ne laissaient pas soupçonner. Empruntant ses propres mots, on pourrait simplement ajouter que ce livre poursuit infatigablement la recherche de la "loi secrète des images dont aucune théorie ne possède le fin mot – ou le surplomb, ou la synthèse – puisqu´elle s´invente, s´incarne et se transforme à chaque nouvelle affinité, á chaque nouveau conflit"  . Loi qui se fait et défait comme une vague à chaque planche d´un atlas, à chaque montage des concepts et des images, loi qui laisse pourtant sa trace dans le sable toujours mouvant de la page

A lire sur nonfiction.fr : 

- Georges Didi-Huberman, Quand les images prennent position. L’oeil de l’histoire, 1, par Camille Renard. 

- Aby Warburg, Miroirs de faille, par Nuno Carvalho. 

 
 
Titre du livre : Atlas ou le gai savoir inquiet. L’oeil de l’histoire, 3
Auteur : Georges Didi-Huberman
Éditeur : Les Editions de Minuit
Collection : Paradoxe
Date de publication : 06/11/11
N° ISBN : 978-2707322005
 

la politique se fait à la corbeille ce qui apparait incohérent ne l’est pas du point de vue du profit…;

la politique se fait à la corbeille ce qui apparait incohérent ne l’est pas du point de vue du profit…;

légende: Les Trois Brigands de Tomi Ungerer. (UE-BCE-FMI?)Paris, L’école des loisirs, 1968

Si l’on veut comprendre quelque chose aux propositions politiques actuelles, juger des candidats à la présidentielles, des forces politiques, il faut se résigner à s’armer de patience et à suivre avec le même intérêt ce qui se passe au niveau rébarbatif de chiffres que vous le feriez devant les hausses de votre cher carburant. Nous êtes capables peut-être de suivre les évolutions de votre budget alors dites vous que les mécanismes financiers ce n’est pas compliqué quand on veut bien suivre quelques chiffres et faits.

I France : 34.400 chômeurs supplémentaires en octobre

Si l’on veut mesurer les contradictions (apparentes puisqu’en feit elles n’en sont pas selon le prisme du profit et des speculations) il faut comparer deux séries de chiffre, premièrement l’état de l’emploi en France et la manière dont il indique une récession mais également une transformation de la structure des emplois installant chomage et précarité comme une constante et mettre en regard ces faits avec l’envolée des bourses européennes. De celles-ci non contente de s’envoler en Europe on peut également mesurer qu’elles ont dopé Wall Street.

Selon les chiffres de la Dares dévoilés  lundi, le nombre de demandeurs d’emplois inscrits à Pôle emploi en catégorie A s’établit à 2.814.900 en France métropolitaine. Un niveau en hausse par rapport à fin septembre (de 1,2%), et qui n’avait pas été atteint depuis fin 1999. Depuis 1998, la progression du chômage en France est de 38%.
 

 Uk ne s’agit pas d’une conjoncture défavorable mais d’une tendance qui s’inscrit dans la durée. Fin octobre, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A s’établit à 2.814.900 en France métropolitaine. Un nombre en hausse de 1,2% par rapport à fin septembre, soit 34.400 demandeurs d’emploi supplémentaires. Sur un an, il croît de 4,9%. En ajoutant les demandeurs d’emploi en catégories B et C (qui exercent une activité réduite), le nombre de chômeurs s’établissait à 4.193.000 en métropole, 4.459.400 en incluant les DOM.

1)Hausse des licenciements économiques

En France métropolitaine, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A de moins de 25 ans est en hausse de 0,6%, tandis que le nombre de demandeurs d’emploi âgés de 25 à 49 ans est en hausse de 1% au mois d’octobre et celui des demandeurs d’emploi de 50 ans et plus s’accroît de 2,4%. En octobre, si les entrées pour fin de contrat à durée déterminée diminuent (-1,4%), tout comme les fins de missions d’intérim (-6,4 %), les autres licenciements (-6,7%), les entrées pour licenciements économiques augmentent de 7,7%. C’est-à-dire que si les annonces de licenciement dans les grandes entreprises font quelques bruits, celui des licenciements massifs dans les PME s’opère dans des proportions alarmantes et marque l’existence d’une récession.

2)Baisse des offres d’emploi collectées par Pôle emploi

Sans surprise dans le contexte de crise, le nombre des offres d’emploi collectées par Pôle emploi diminue de 1,3% au mois d’octobre 2011 en France métropolitaine. Ainsi, toujours sur un mois, les offres collectées d’emplois durables (plus de six mois) et d’emplois temporaires (entre un et six mois) sont en baisse de respectivement 4,9% et 3,8%. Quant aux offres d’emplois occasionnels (moins d’un mois), elles augmentent de 20,1%. Ce dernier chiffre doit être souligné tant il marque de fait une tendance préoccupante du marché de l’emploi en insistant sur la précarité.

II -LA BOURSE SE PORTE BIEN

Plusieurs rumeurs sur le front de la crise des dettes souveraines permettent aux indices boursiers de fortement rebondir. A la Bourse de Paris, le CAC 40 s’adjuge plus de 5 % et termine au-dessus des 3.000 points. Face à ce qui est pourtant une récession donc une difficulté de fait à honorer une dette souveraine les marchés poursuivent leur fonctionnement délétère, jouant à la hausse ou à la baisse au rythme de la rumeur qui n’est pas un phénomène étranger à leur fonctionnement mais bien l’indispensable additif à la spéculation.

1) L’envol boursier

CAC40 – Evolution du cours de Bourse
ce lundi alors même que tombaient les chiffres du chômage, l’annonce de fait d’une entrée en récession de la France on a assité à la Bourse de paris à l’envolée du CAC 40. En hausse de près de 1,5% dès les premiers échanges, l’indice phare de la place parisienne n’a eu de cesse d’accroître ses gains au fil de la séance pour finalement terminer sur un fort rebond de 5,46 % à 3.012,93 points. Soit sa plus forte progression en une séance depuis le 27 octobre dernier.A Francfort, le Dax 30 a pris 4,60%, tandis qu’à Londres le FTSE 100 s’adjugeait 2,87%. Sur les marchés du sud du vieux continent, l’Ibex 35 madrilène a avancé de 4,59 % et le FTSE Mib milanais de 4,60%. Reste que ces progressions sont à relativiser. Les volumes d’échanges sont restés faibles. Ainsi, à peine plus de 3 milliards d’euros ont été échangés sur le CAC 40.La progression de ce début de semaine tient en effet à des rumeurs relatives à des décisions pour freiner la crise des dettes souveraines qu’à des annonces concrètes pour l’endiguer.  Ainsi, selon le journal "La Stampa", le FMI étudie la possibilité de prêter jusqu’à 600 milliards d’euros à l’Italie à un taux de 4 ou 5% sur 12 à 18 mois afin de lui permettre de respirer face à la pression des marchés. Bien que démentie par un porte-parole du Fonds Monétaire International, cette information a fait renaître l’espoir sur les marchés.Le petit jeu se poursuit la troika UE-BCE FMI va continuer sur sa lancée, donner de l’air aux banques en fournissant de l’argent que l’on fait payer aux peuples. Il faut bien comprendre que quand jacques Attali explique que l’euro peut s’effondrer d’un jour à l’autre, il ne fait que dire ce dont sont convaincus la plupart des économistes. Voici pas mal de temps que les Banques ne trouvent plus à emprunter sur les marchés et que les Etats européens sont chargés de pallier cette carence. Il suffirait que l’Allemagne refuse de continuer et reprenne ses billes pour que tout s’effondre et comme dans le même temps la dite Allemagne impose sa vision de ce fait à tous les pays de la zone euro, à savoir une BCE qui prête aux banques et n’aide pas l’investissement productif la récession se poursuit rendant toujours plus vraisemblable l’explosion de la zone euro. Il faut mesurer que l’allemagne a pour elle non seulement le rapport de forces économique mais également la légalité européenne, ce que sont les institutions de la zone euro, un des plus beau licol néo-libéral qui se puisse imaginer.

Alors pourquoi dans une telle situation qui combine récession et menaces d’explosion de la zone euro, les marchés sont-ils en état d’euphorie et qu’est-ce qui provoque la dite euphorie ?

2) Un nouveau sommet européen vers le profit et contre la démocratie

 La France et l’Allemagne ont accéléré leurs réflexions sur une redéfinition radicale de la zone euro. Même  s’il est officiellement affirmé qu’un "super gouvernement européen" n’est pas à l’ordre du jour de fait  l’évolution de crise en crise vise le contrôle plus strict de la politique budgétaire des pays membres. Une proposition du couple franco-allemand sera déposée lors du sommet du 9 décembre et pourrait être adoptée sans passer par une révision des traités européens qui nécessite l’unanimité des Etats et est donc à la fois longue et risquée. Nous sommes nous le voyons en pleine "démocratie". Et par parenthèse que dire et que faire quand dans un tel contexte nous voyons tous les candidats à la présidentielle y compris le candidat désigné par le PCF s’affirmer à des euros enthousiastes. la palme du crétinisme ou de l’inconscience revenant aux écologistes.

Autres facteurs de soutien, selon plusieurs rumeurs, le gouvernement allemand serait prêt à autoriser la BCE à jouer un rôle plus important en échange de gages sur la rigueur budgétaire. C’est peu vraisemblable et Nicolas Sarkozy a opéré un retrait qui tient de la débâcle en rase campagne et ce ne sont pas les résultats actuels de la France qui vont lui donner des armes.

 Ces rumeurs, pour la plus part démenties, témoignent seulement de la fébrilité des intervenants à l’approche du sommet européen des 8 et 9 décembre qui réunira les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne. Alors même que chaque sommet depuis quelques années est marqué par le choix de solutions qui s’avèrent insuffisantes et même nocives, sans parler du coût exhorbitant de ces réunions au sommet dont rien ne sort si ce n’est une avancée dans le brouillard du néolibéralisme.

3)Où est comment les valeurs sont-elles dopées ?

Néanmoins à cause de ces rumeurs sur le marché des changes, la monnaie unique était en forte hausse face au billet vert. A la clôture des marchés européens un euro s’échangeait contre 1,333 (+0,71%). Dans le même temps, les prix du baril de pétrole progressaient. Ainsi, le Brent de la Mer du Nord gagnait 1,74% à 108,25 dollars tandis que le WTI s’échangeait contre 98,26 dollars (+1,54%).

Si l’on considère le front des valeurs au-delà de la dette souveraine des Etats, celui-ci ne se porte pas mal et il y a encore pour les boursicoteurs pas mal de profit à faire avec les entreprises. Et là nous avons une nouvelle constante du système, la plus forte progression a été Axa (+ 13,11%). BNP Paribas grimpe de 10,33 . Mais en général les banques continuent à progresser.  Société générale et crédit agricole grimpent de 9,60% et 8,88% justement parce que les marchés attendent du prochain sommet des mesures qui iront dans le sens de leur solvabilité.

Mais ce qu’il faut bien voir également c’est que les entreprises qui licencient massivement comme ArcelorMittal(+ 7,83), Peugeot (+7,54%) touchent comme d’habitude le salaire des licenciements et de ce fait la confiance des investisseurs.

Il me semble que c’est clair alors maintenant avant de vous engager dans le soutien à un candidat écoutez bien ce qu’il propose ? De fait de continuer dans l’euro comme le candidat du Front de Gauche ? de donner toujours plus de pouvoir à l’Europe comme les écologistes ? De continuer la rigueur pour les peuples en tentant d’être plus juste mais sans remettre en question l’Europe et la zone euro comme le candidat du PS ? le fait est qu’il faut battre sarkozy et la droite mais entretenir une quelconque illusion sur les autres est une mauvaise action et une manière d’obtenir l’inertie devant cette situation. C’est mon opinion et c’est pourquoi je m’abstiendrai au premier tour.

Danielle bleitrach

 
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Publié par le novembre 29, 2011 dans Economie, politique

 

Le cinéma egyptien… quel charme ce monstre par danielle Bleitrach

Le cinéma egyptien… quel charme ce monstre par danielle Bleitrach

 je viens de réellement m’amuser, j’ai été à l’institut de l’image visionner un film egyptien du milieu des années cinquante. Il m’a séduite oui séduite comme jadis les messieurs empressés savaient séduire les dames dans un 5 à 7 galant… En sus non seulement il y a eu le plaisir de la rencontre avec l’inconnu, l’aventure, mais cela a alimenté ma réflexion sur la  relation entre cinéma et histoire. Là rien d’univoque mais des traces à exploiter pour comprendre l’énigme Egypte, sa modernité, une histoire à pas lents  alors même que "l’événement" rapporté par nos médias voudrait nous faire croire que nous savons de quoi il est question.

« Le monstre », d’Abu Youssouf s’appuie  sur un fait divers authentique et il  témoigne à sa manière de la prise en main par l’Etat nassérien de la sécurité des paysans, la mise au pas des brigands et des notables complices. Un village sur les bords du Nil où pourrait vivre bien une population de petits paysans, mais un gangster (et oui!) allié avec le pacha du coin, spolie les villageois, les force à vendre leur lopin de terre… Dans le film le truand, le monstre s’appelle "la brute", il est trés malin et a réussi à rassembler autour de lui tous les voyous du coin, il terrorise tous les petits paysans et s’allie avec l’immonde propriétaire foncier dont il est l’homme de main. Le propriétaire foncier, autre temps autres moeurs, est peut-être un nabab mais il n’a pas de quoi se payer le dentiste… Le monstre dans le fond aurait pu être un révolutionnaire s’il n’avait pas choisi la facilité de l’appui du féodal dont il est le fléau…Il est opiomane et nous avons droit de surcroît à une dénonciation des méfaits de la drogue et de ses manques…

 La brute est amoureux et la belle est une danseuse du ventre dans le cabaret du coin. Leur passion et leurs rendez-vous galants ont lieu  au su de tous et en… particulier de son époux, un flutiste…
 
Comme la brute devient audacieuse au point d’attaquer un groupe de flics, on fait appel à Eliott Ness, ou son équivalent égyptien et là commence une histoire haletante qui rebondit de séquence en séquence. Ca ne s’arrête pas, le film dure deux heures et quand on croit que le policier a vaincu, la brute trouve une machination et c’est reparti… Nous sommes en train de voir les aventures de Tom Mix à la gloire d’un Etat en train de se construire…
 
A chaque fois ceux qui font les frais de l’affrontement sont les villageois et on commence à se demander au vu des dégâts si la venue d’Eliott Ness est vraiment une affaire, si le remède n’est pas pire que le mal. d’ailleurs c’est exactement ce que pensent les villageois et pendant tout un temps ils demeurent dans l’expectative en se disant que plus ils demeurent petits et se taisent mieux ils se portent, ça ne les empêche pas d’avoir leur opinion. Et là il y a au milieu du film une séquence pleine d’émotion celle où un pauvre homme porte son enfant mort suivi par le village en deuil, une victime des manigances de la brute et du propriétaire foncier qui veut la terre du père, mais aussi d’une fine manoeuvre du policier justicier. Il y a aussi le rôle de la mosquée, un lieu où on prie mais aussi une agora où l’on vient exposer les problèmes, proposer des attitudes et avec l’argument de fond, il faut faire comme le prophète, ne pas tolérer l’injustice. le film a comme ça des respirations au milieu de l’action, les protagonistes interpellent la collectivité et le spectateur, une espèce de distanciation brechtienne… Et puis ça repart…
 
L’exotisme  crée de l’étrangeté mais celle de studio à laquelle nous sommes habitués, Le rythme haletant avec un montage savant, nous prend et nous voici des spectateurs actifs, en train de nous enfoncer dans nos sièges, écarquiller les yeux et serrer les mains, sans cela y a-t-il un plaisir digne de ce nom au cinématographe ?  Nous avons notre double sur l’écran, les enfants du village qui suivent un guignol et les villageois eux-mêmes qui ne se décident à bouger que quand la police a gagné…
 
Et puis quand nous sommes bien pris par le rythme, nous avons droit à quelques  leçons sur le "bien conduire", être opiomane n’est pas une affaire… Mais il y a plus : ainsi l’incorruptible policier dont le fils vient d’être enlevé par la brute de plus en plus fou parce qu’en manque… La femme du policier le supplie de céder au chantage de la brute, elle est prête à tout pour sauver son enfant mais le policier lui déclare: "Une femme digne de son nom doit faire confiance à la police et à son époux"… et vlan!!! Et l’on sent bien que ce qui sépare l’honnête ménagère de la voluptueuse danseuse du ventre est le respect de ces principes parce qu’elles sont faibles, l’une aime les bijoux, l’autre ne pense plus quand il s’agit de son enfant, heureusement il y a l’époux, le héros pas le lâche…pas la brute qui manifeste une coupable indifférence au fait que sa belle se livre en public à des danses érotiques tant il paraît uniquement préoccupé par les potions qu’elle lui concote avec sa drogue favorite. Et honnêtement il n’y a pas de différence entre cette représentation de la femme dans le cinéma egyptien et ce qu’on peut voir au même moment dans le cinéma hollywoodien même si dans ce dernier les scénaristes communistes et des auteurs comme Cukor, Mankiewicz, Minelli et d’autres vont proposer une autre représentation des femmes, la division entre la ménagère et la putain est de même nature…
 
Voilà comment on éduquait les femmes dans ces années là et tout finissait bien, la campagne redevenait tranquille et les méchants étaient punis. Lacan avait bien raison de dire que tout s’était dégradé quand le monde s’était dévirilisé. je plaisante il est vrai qu’il y a du conservatisme dans ce film mais il y  a aussi et surtout le charme du néoréalisme italien, nous sommes en 1954, peu de temps avant la nationalisation du canal de Suez(juillet 1956), Nasser. le cinéma basé sur le rêve, la danse, le mélodrame se fait critique sociale mais sans perdre l’émotion, le sentiment qui attire le peuple et donne encore aujourd’hui à ce cinéma quelque chose entre Douglas Sirk et Etorre Scola…
 
Quant au peuple toute proportion gardée cela fait songer au premier maître de Mikalkov, il ne prend parti pour le pouvoir d’Etat nassérien- qui est révolutionnaire- que quand celui-ci a fait la démonstration que les choses peuvent réellement changer.
 
Et  ce cinéma egyptien comme son alterego italien avait un charme qui ne cédait en rien à celui d’Hollywood, la fin avec les deux bagarres montées en parallèle: le chef de la police avec la brute et le mari cocu avec son épouse tandis que le village se décide enfin à bouger et que les enfants à la fenêtre nous applaudissent nous les guignols, est du grand cinéma, quelque chose entre la poursuite et la bagarre bien menées et le burlesque non dénué de poèsie.
Danielle Bleitrach
 
 
 

L’Histoire, vue de loin par Magali Nachtergael

L’Histoire, vue de loin par Magali Nachtergael
Georges Didi-Huberman, Quand les images prennent position, L’œil de l’histoire I, Paris : éd. de Minuit, coll. "Paradoxe", 2009.
 
 Le dernier essai en date de l’historien de l’art Georges Didi-Huberman ouvre une série intitulée « L’œil de l’histoire » – allusion dont l’auteur ne se cache pas à la nouvelle de Georges Bataille, Histoire de l’œil. Le livre fait une mise au point sur sa réflexion en partie conduite à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales durant son séminaire « Connaissance par les montages et politiques de l’imagination ». Toutefois, cette série consacrée au regard dans l’histoire débute, non pas avec le subversif auteur de L’Erotisme, mais avec le poète et dramaturge allemand Bertolt Brecht. Didi-Huberman développe une réflexion théorique et politique sur une forme singulière de l’engagement de Brecht, à travers l’étude d’un livre illustré de photographies jusqu’alors resté dans l’ombre de son œuvre dramatique, Kriegsfibel, traduit en français sous le titre ABC de la guerre. Publié en 1955 en Allemagne de l’Est, l’ouvrage de Brecht se présente comme une diatribe contre la guerre, une œuvre à la fois didactique et engagée. Mais sa singularité réside essentiellement dans la forme. Le livre de grand format fait défiler des clichés de la guerre depuis les années 30 jusqu’en 1945, chaque image étant accompagnée de quatrains écrits par Brecht. Ce genre symboliquement fort, l’épigramme, remonte à l’Antiquité où ces courts textes étaient gravés sur les tombes et s’inscrit donc dans « un style funéraire par excellence » (p. 45). Brecht décrit lui-même son agencement de textes et d’images comme des « photo-épigrammes », une sorte d’éloge funèbre qui intègre la photographie de guerre et de presse à la fonction rhétorique de ces poèmes. Toutefois, le sens moderne de l’épigramme lui confère une dimension satirique qui eut un grand succès pendant les Lumières, au point de devenir une arme politique jusqu’au 20e siècle1.
Une question de forme

Hormis le fait que Georges Didi-Huberman publie au moins un livre par an, le rythme même de l’écriture de l’auteur impose aussi au lecteur une vitesse de lecture particulière. Non pas seulement pour suivre la prolifique œuvre de l’historien de l’art, mais aussi pour suivre l’enchaînement de son phrasé et la course haletante de sa démonstration. Puisque l’objet de Quand les images prennent position est la forme dialectique que prend la représentation de l’histoire chez Bertolt Brecht, arrêtons-nous d’abord sur la forme même que Didi-Huberman emploie pour sa cavalcade sur les traces historiques de Brecht, elles-mêmes rythmées par la guerre, l’exil et le retour en Allemagne sous le régime communiste. Quelques particularités dans le ton : des italiques, pour marquer les moments forts de la pensée ou une idée en tension à suivre au fil du livre. Ces italiques répétitives (trop ?) ont pour fonction d’entretenir et maintenir le fil dialectique. Elles mettent en lumière les multiples paradoxes de la représentation de l’Histoire, et particulièrement telle que Brecht la conçoit.

Un autre procédé récurrent notable est la décomposition sémantique et étymologique des mots-clefs de l’ouvrage qui sont systématiquement et rigoureusement discutés : position / dys-position / composition, parti, montage, rythme, dialectique ou encore pédagogie. Mais là où Didi-Huberman traque le rythme de la poétique brechtienne entre image, théâtre et poésie, son texte déploie lui-même une rythmique de pensée souvent encombrée de nombreuses citations, lot d’un travail de recherche et de démonstration méthodiques. On admettra qu’il s’agit du moindre mal (mal nécessaire, certainement) des cinq volets qui composent son essai sur le « documentaire poétique » Kriegsfibel de Bertolt Brecht.

La forme chez Brecht est, selon Didi-Huberman, la question entièrement dialectique sur laquelle repose l’argumentaire du livre, comme un fléau toujours en équilibre entre plusieurs positions.

Qu’est-ce que Kriegsfibel ?

La prise de position de Brecht dans son Arbeitsjournal (Journal de travail) puis dans Kriegsfibel passe par un montage documentaire. Pour le premier, Brecht avait collé des photographies sur des pages blanches et ajouté des commentaires en prose tapés à la machine à écrire, utilisant papier, colle et ciseaux pour son entreprise de re-montage historique ou peut-être devrait-on dire, de « papiers collés » historiques. Conservé à l’Académie des Beaux-Arts de Berlin, la version originale se présente comme une suite de feuillets compilant des coupures de presses illustrées et des commentaires à dates irrégulières sur des événements personnels ou collectifs. L’Arbeitsjournal est beaucoup plus hétéroclite sur le plan formel que Kriegsfibel, qui apparaît comme la forme la plus aboutie de ce que Brecht avait entrepris dans son journal écrit de 1938 à 1955, c’est-à-dire jusqu’en 1948 pendant ses années d’exil puis à son retour dans la partie de Berlin contrôlée par les communistes.

Didi-Huberman se concentre sur Kriegsfibel, qui chronologiquement vient après le Journal et dont le projet semble partiellement et tout du moins formellement, en découler. Le dispositif visuel, tel que publié, agence sur des doubles pages photographies noir et blanc et épigrammes de l’auteur. Le fond est noir, le texte blanc apparaissant comme en négatif. Brecht, comme à l’accoutumée, réalise une œuvre collective et s’adjoint les services de Peter Palitzsch (pour la maquette) mais surtout de sa fidèle collaboratrice d’alors Ruth Berlau à qui il confie la mise en forme (p. 32-33). Achevée en 1944-45, la première version du manuscrit, conservée à la bibliothèque Houghton de l’Université Harvard, connut bien des déboires avant d’être finalement acceptée par l’éditeur est-allemand Eulenspiegel à l’automne 1954, à condition que certaines parties considérées « trop pacifistes » par l’Office pour la Littérature de Berlin-Est soient supprimées (p. 32)2.

Des images en position

La position première de Brecht se situe d’un point de vue excentré : celui de l’exilé. En effet, après l’incendie du Reichstag le 28 février 1933, Brecht quitte l’Allemagne pour un long exil de 15 ans qui le conduira jusqu’aux États-Unis. En raison de l’incertitude constante qui pousse l’exilé à toujours changer de lieux, l’écriture de Brecht se fait plus légère et mobile, de sorte qu’il n’écrit que de « petites épigrammes, huit vers et actuellement plus que quatre »3. Didi-Huberman constate que sa position « déterritorialisée » l’amène à produire ce qu’il qualifie comme une « poésie de guerre » (p. 13). L’émergence de cette écriture aurait été rendue possible sous une double contrainte, celle de l’insécurité mais aussi de distance de l’exilé qui aurait placé la guerre sous un nouveau jour, comme en exposition devant Brecht, vue de loin. Didi-Huberman considère alors que ce nouvel espace, en dehors de son pays, mais aussi dans la guerre, appelle à une prise de position qui réponde à ces changements permanents de situation (militaire, politique, historique) (p. 15). La connaissance des événements devient alors primordiale, dans la mesure où elle permet de faire un choix éthique juste, au sens fort.

Les images, dans cette perspective, endossent une responsabilité centrale. Ruth Berlau annonce dans le court avant-propos introduisant Kriegsfibel que « le livre veut enseigner l’art de lire des images ». Elle les compare à des hiéroglyphes et réaffirme immédiatement la vocation didactique de cet abécédaire qui doit enseigner à la fois la lecture d’images et le rejet de l’idéologie guerrière. Brecht reprend ainsi à son compte le constat fait par Lazslo Moholy-Nagy en 1927 dans Peinture, photographie, film. Il redoutait que « l’analphabète du futur » soit celui qui ne sache comment décrypter les images – une citation souvent attribuée à Walter Benjamin qui la cite dans son ouvrage sur le photographe Karl Blossfeldt (1928) et sa Petite histoire de la photographie (1931) mais qui insiste plutôt sur les légendes qui allaient « devenir l’élément essentiel du cliché »4. Cependant, le choix de l’épigramme comme légende des images acquiert une dimension critique qui prend l’image de biais et non dans la littéralité de ce qui est montré. L’épigramme transpose la lecture de l’image dans un processus d’interprétation poétique créant ainsi un écart étrange qui trouble la perception familière des clichés, tels qu’ils apparaissent principalement dans la presse illustrée. En s’affirmant à la fois comme « Denker und Dichter » (« penseur et poète », p. 44), Brecht signale ainsi sa « position dialectique » (p. 42), entre création poétique et enseignement visuel.

La dialectique en représentation

Comment Brecht parvient-il à conjuguer ces deux impératifs à la fois esthétiques et éthiques ? Didi-Huberman constate tout d’abord que la position initiale de Brecht l’amène à établir dans son travail de composition critique une dialectique de la mise à distance, autrement appelée Verfremdung. Ce processus de « distanciation » se réalise de plusieurs manières, notamment à travers un « montage historique par collage et association » (p. 65), un procédé que Brecht exploitait déjà sur la scène de théâtre en faisant défiler des tableaux aux allures de paraboles modernes : Mère courage, pièce en 12 tableaux, répond par exemple de façon archétypale à cette construction qui progresse par une suite de saynètes juxtaposées. Le parallèle entre tableau théâtral (que Roland Barthes proposera dans son article sur « Diderot, Brecht et Eisenstein » en 1973) et photographie se profile clairement dans le développement de Didi-Huberman. En laissant supposer que ces médiums seraient intrinsèquement liés, la représentation brechtienne oscillerait en permanence entre theatrum mundi et speculum mundi, par-delà le souci de réalisme. On peut alors considérer que Brecht fait de cette distance critique un véritable paradigme dans la représentation. Il l’applique à la photographie et à la scène, bien qu’il l’ait déjà conceptualisé auparavant à propos du gestus de l’acteur, cette attitude qui selon Gilles Deleuze met à jour la pensée et se distingue nettement quand elle est jouée dans l’enchaînement de la fable5. Comme l’explique Brecht dans son Petit organon pour le théâtre (1948), l’acteur brechtien, et par extension le dramaturge avec son œuvre, construit son personnage avec cette distance critique qui lui permet de combiner des éléments signifiants de jeu et d’atteindre le gestus juste. C’est en se décollant très légèrement de son personnage que l’on peut garder un regard critique mais aussi mieux contrôler l’effet même de cette critique : « Se distancier serait montrer en montrant que l’on montre et en dissociant par là – pour mieux en démontrer la nature complexe et dialectique – ce que l’on montre » (p. 68). Par une suite de contradictions dramaturgiques qui « s’ajointent » les unes aux autres, la fable qui résulte de cet enchaînement s’élabore visuellement, tout en maintenant en permanence de légers écarts avec une représentation réaliste trop familière et vidée de son sens.

Didi-Huberman poursuit son analyse en l’appliquant au montage photographique : « La distanciation crée des intervalles là où l’on ne voyait que l’unité » ce qui justifie la « [désarticulation] de notre perception habituelle des rapports entre les choses et les situations » (p. 69). C’est précisément cette distance qui provoque le sentiment d’étrangeté, ce que Siegfried Kracauer avait désigné en 1927 dans son texte précurseur sur la photographie comme un procédé d’estrangement6. Le théâtre épique brechtien mettait en effet déjà en scène ce « dépaysement » généralisé dont parlait Blanchot (p. 74) et Didi-Huberman le compare par ailleurs subtilement au unheimlich freudien. Ce démontage de l’ordre attendu des événements – image, légende, chronologie – est caractérisé dans le chapitre consacré à la « dys-position » des choses, qui fait suite à celui sur la « disposition aux choses ». En prenant appui sur les procédés esthétiques et poétiques de montage auprès des avant-gardes du début du 20e siècle, Didi-Huberman opère un parallèle formel à partir d’exemples tirés de l’Arbeitsjournal et de Kriegsfibel où les « sautes », « passage d’une chose à l’autre », sont particulièrement sensibles (p. 77) et augmentent les effets d’estrangement. Sur la septième planche de Kriegsfibel que Didi-Huberman analyse, on voit une photographie de vague, sans légende, simplement accompagnée de l’épigramme suivante (p. 49) :

Achttausend liegen wir im Kattegatt / Nous sommes huit mille qui gisons dans le Kattegatt.

Viehdampfer haben uns hinabgenommen / Des cargos à bestiaux nous ont entraînés par le fond.

Fischer, wenn dein Netz hier viele Fische gefangen hat  

/ Pêcheur, si ton filet attrape ici beaucoup de poissons,

Gedenke unser und laß einen entkommen / Souviens-toi de nous et laisses-en un s’échapper

La photographie et le texte font allusion à la bataille navale qui opposa l’Allemagne au Danemark et à la Norvège en 1940 et durant laquelle huit mille marins perdirent la vie. L’ensemble est donc fait de « contrastes, ruptures, dispersions » pour constituer une « iconologie des intervalles » (p. 78), dont Didi-Huberman rappelle qu’elle était déjà présente chez Aby Warburg et qui, chez Brecht, acquiert une fonction pédagogique. C’est d’ailleurs cette fabrication d’un discours jouant du montage pour rendre les contrastes signifiants qui avait valu à Brecht l’image réductrice d’un pédagogue politique, pour ne pas dire, un propagandiste. Toutefois, Didi-Huberman valorise très justement la « valeur opératoire du montage brechtien » (p. 79) et revient en détail sur son « art de disposer les différences » (p. 86), qu’il définit comme une « méthode moderne par excellence ».

La politique d’exposition

Dans le chapitre « La composition des forces. Rencontrer la politique », Didi-Huberman revient sur la position d’extra-territorialité de l’exilé. La distance facilite la dislocation et le re-montage des événements, un terme que l’auteur n’utilise jamais, « réalités historiques » lui étant préféré (p. 104). Cette terminologie tient aussi à la position de Brecht qui ne souhaite pas « rendre le réel » mais plutôt le rendre « problématique » (p. 109). Didi-Huberman entend-il la représentation brechtienne comme une politique constante d’exposition ? C’est en quelque sorte la conclusion qui découle de la lecture, dans la mesure où elle rejoint clairement la politique d’exposition que Walter Benjamin présentait dans son texte sur L’œuvre d’art à l’ère de la reproductibilité technique (1936) comme la seule action possible sur des images reproductibles à l’infini : une forme d’arrangement permanent. Il en résulte une position politique de l’exposition, celle-là même que Brecht oppose à la « prise de parti » (p. 114) qui se soumettrait à un appareil idéologique. La politique se dévoile par excellence grâce au montage, par le choix de l’anachronie qui permet de remonter le cours de l’histoire par boucles (p. 133). Ainsi, la construction de l’événement se fait par pièces détachées, à travers la représentation simultanée du passé et du présent (p. 138). Cette métaphore de la mise en pièce, ou du détachement, est visible dans un motif que Didi-Huberman repère de l’Arbeitsjournal à Kriegsfibel, la jambe artificielle qui fait clairement écho aux corps mutilés montrés dans la seconde partie du livre. Les blessés, dont on remarque qu’ils portent souvent de bandages aux yeux, répondent aux cadavres parfois symboliquement décapités ou réellement dépecés : ici des casques au sol, là, la tête d’un soldat accrochée à un véhicule blindé. Didi-Huberman présente en parallèle un autre ouvrage de photographies de guerre, Krieg dem Kriege ! daté de 1924 et réalisé par Ernst Friedrich où les crânes étaient utilisés comme porte-étendards. On ne peut échapper, selon l’auteur, à la remise en question de l’allégorie de la vanité, tandis que le crâne comme emblème revêt tout à coup une dimension réaliste à la limite du soutenable. « Le montage a bien pour effet de mettre en crise (…) le message qu’il est censé véhiculer », déclare Didi-Huberman (p. 152). Par conséquent, l’ajointement des images enseigne sous l’effet d’un dérangement des valeurs établies. Leur co-présence vont former les images frappantes nécessaires à l’art de la mémoire, un montage critique dont Benjamin reconnaissait l’efficacité chez Brecht et qu’il invoque justement dans sa charge contre l’acédie historiciste7.

Une pédagogie de l’innocence

Le choix de l’abécédaire renvoie à un art de la mémoire – dont Didi-Huberman tisse très précisément les accointances (p. 198-211) – mais aussi à une position didactique : il s’agit d’enseigner aux enfants l’écriture et la représentation de l’Histoire par sa crise la plus aiguë, la guerre. Kriegsfibel est en cela une « leçon », quasi-jésuitique dans la mesure où elle renvoie à une tradition d’apprentissage par le jeu, bien qu’un jeu particulièrement macabre. La théâtralisation du savoir et de l’Histoire correspond à une posture politique, une fois encore. Se référant au théâtre brechtien, Didi-Huberman rappelle que la notion de « fable » consiste à « composer » globalement la multiplicité et l’hétérogénéité des gestes effectués par les acteurs (p. 137).  La posture de Brecht s’apparente à celle de l’enfant ou du naïf qui présente Hitler comme un pantin (p. 218) et qui en appelle à un regard neuf sur la guerre. Kriegsfibel est en cela une œuvre pédagogique qui a pour but de contrer la redoutable pédagogie hitlérienne et la langue du troisième Reich8 (p. 193). Benjamin constate par ailleurs que Brecht fait en quelque sorte du théâtre pour enfants : le gestus du naïf, de l’enfant (ou du fou shakespearien) acquiert une dimension politique. La position du naïf permet « l’ivresse des formes » (p. 225) en libérant le discours parfois trop idéologique ou formaté de la compassion par un retour à l’innocence et à la jouissance dans le jeu.

En conclusion

Didi-Huberman plante le décor historique des pratiques brechtiennes de l’image. En la mettant en perspective avec son théâtre mais aussi avec des genres et formes classiques de représentation tels que l’abécédaire, l’épigramme, l’allégorie, l’épique, le lyrisme ou le réalisme, il réaffirme la créativité formelle du dramaturge et sa conscience aiguë des effets politiques et dialectiques du montage visuel. Les chapitres se subdivisent en thématiques qui abordent les deux œuvres principales étudiées, Kriegsfibel et l’Arbeitsjournal, sous leurs différentes facettes comme en prisme. La forme de l’essai prend un point de vue panoptique, tellement dense qu’il en résulte des conclusions soit elles-mêmes éclatées, soit trop simples. Kriegsfibel apparaît comme un ouvrage historique, au sens d’un livre d’histoire, témoin d’un autre temps et d’autres modalités de représentations. Même si Didi-Huberman réévalue ce pan peu étudié l’œuvre brechtienne, on en vient à considérer qu’il y a quelque chose de désuet chez Brecht et que cette approche de l’image de guerre, cette pédagogie pacifiste et du théâtre de la représentation comme terrain politique appartient à un autre temps9. Quel sens donner aujourd’hui à la « déterritorialisation » vécue par Brecht ou à la distance de point de vue de l’exilé lorsque l’illusion de proximité est entretenue par des réseaux presque continus d’images ? En incipit, Georges Didi-Huberman effleure la question de l’anachronique, de l’atemporel et de la position même de l’historien vis-à-vis de son objet. Alors que le champ politique actuel souffre d’un sérieux déficit théorique et analytique, on regrette l’engagement timide de ce livre rigoureux, documenté et posant toujours l’argumentaire au plus juste, qui aurait pu actualiser l’entreprise de Brecht au-delà de ses circonstances historiques majeures dont la mémoire s’éloigne irrémédiablement, et toujours plus vite.

Note : Le prochain opus de la série « L’œil de l’histoire » portera sur le réalisateur italien, poète et auteur des Ecrits corsaires, Pier Paolo Pasolini.

Bibliographie complémentaire :

Bertolt Brecht, Petit Organon pour le théâtre, L’Arche, 1948.

Kriegsfibel, Berlin (ex-RDA), Berlin, Eulenspiegel Verlag, 1955

Journal de travail, 1938-1955 [1973], trad. par Philippe Ivernel, Paris, L’Arche, 1976ABC de la guerre, trad. Philippe Ivernel, Grenoble, PUG, 1985

Roland Barthes, « Brecht, Diderot, Eisenstein », Cinéma : théories, lectures, Revue d’esthétique, numéro spécial, Klincksieck, 1973.

Walter Benjamin, Œuvres, tomes 2 et 3, trad. M. de Gandillac, Rainer Rochlitz  et Pierre Rusch, Folio poche, Gallimard, 2000.

Gilles Deleuze, Cinéma 2, L’image-temps, Critique, Minuit, 1985.

Siegfried Kracauer, L’Histoire des avant-dernières choses, trad. de l’angl. par Claude Orsoni, édité par Philippe Despoix et Nia Pervolaropoulou, Un ordre d’idées, Stock, 2006.

Publie sur Acta le 26 octobre 2009

Notes :
1 Le poète russe Ossip Mandelstam fut arrêté et assigné à résidence pour avoir écrit une épigramme contre Staline en novembre 1933. Plus tard, il fut envoyé au camp de Kolyma, en Sibérie orientale, où il mourut.
2 Le manuscrit fut dans un premier temps refusé en 1948 par l’éditeur Kurt Desch puis en 1950 par les éditions Volk und Welt (p. 31).
3 Journal de travail, 1938-1955 [1973], trad. par Philippe Ivernel, Paris, L’Arche, 1976, p. 117.
4 Walter Benjamin, « Petite histoire de la photographie », Œuvres, t. 2, trad. Maurice de Gandillac et alii, Folio Essais Gallimard, 2000, p. 321-322.
5 Gilles Deleuze, L’image-temps, cinéma 2, Critique, Minuit, 1985, p. 250.
6 « L’histoire a ceci de commun avec la photographie qu’elle permet, entre autres choses, un effet d’estrangement », Siegfried Kracauer, L’Histoire des avant-dernières choses, [2005, Suhrkamp Verlag, Francfort] trad. de l’angl. par Claude Orsoni, édité par Philippe Despoix et Nia Pervolaropoulou, Un ordre d’idées, Stock, 2006, p. 57.
7 Walter Benjamin, « Sur le concept d’histoire », Œuvres, t. 3, trad. M. de Gandillac, Folio essais, Gallimard, 2000, Benjamin cite deux vers de l’Opéra de Quat’sous en épigraphe de son chapitre sur l’acédie. Il conclut sur la nécessité de « brosser l’histoire à rebrousse-poil », p. 432.
8 Voir Victor Klemperer, L.T.I., La langue du IIIe Reich. Carnets d’un philologue [1947], trad. Elizabeth Guillot, Agora Pocket, 2003.
9 On se demande en effet en quoi les photo-épigrammes de Brecht peuvent encore dire quelque chose sur l’atrocité de guerres aujourd’hui invisibles ou sans images brutes, toujours médiatisées par un contrôle absolu de la diffusion des images en amont (le photographe « embedded ») et en aval (traitement numérique, canaux de diffusion télévisuels ou sur Internet).

Pour citer cet article :Magali Nachtergael, "L’Histoire, vue de loin", Acta Fabula, Notes de lecture, URL : http://www.fabula.org/revue/document5238.php

Et pour ceux qui comprennent l’espagnol, un texte de Brecht: "l’analphabète politique", parce que Brecht fut aussi l’histoire vu de très près…

Et pour ceux qui comprennent l’espagnol quelques vérités bonnes à entendre sur l’analphabète polititique tel que le définissait Brecht…

www.youtube.com

También , -de otra forma-, lo decía el polémico Sarmiento: "El mayor castigo para quienes no se interesan por la política es ser gobernados por los que sí se…
 

réfléchir à la crise qui a profondément secoué les partis communistes par francis Arzalier et Danielle Bleitrach

réfléchir à la crise qui a profondément secoué les partis communistes par francis Arzalier et Danielle Bleitrach

légende:Godard, allemagne 9.0, ou le communisme bloqué entre Trabant en panne et Don quichotte en attente, devant l’espion, lemmy Caution…

Je partage bien des points de cette intervention de Francis Arzalier mais il me semble qu’il y a du  "manque". . Le tableau que brosse Francis Arzalier, à partir du moment où il ne s’agit pas de donner des leçons, a le mérite d’être d’un grand réalisme et ce qui en ressort est :

- D’un côté des partis qui face à l’effondrement de l’Union soviétique ont accepté l’analyse de la bourgeoisie et du capital. Ils ont fait leur  cette analyse au point de céder à tous les opportunismes. Leurs directions se sont engouffrées dans la lutte des places au rythme de l’autoflagellation, l’avantage de l’une aidant à l’amertume de l’autre, amertume d’autant plus légère que ces directions qui avaient fait carrière dans ce qu’ils définissaient comme "le stalinisme" se sont évité toute autocritique… Plus grave, ils ont accepté le carcan européen. Ce carcan avait un double effet: un,  il  imposait aux peuples le néo-libéralisme et deux, il se transformait en formidable appareil à consensus, aspirant les directions dans les privilèges, les avantages financiers pour leurs organisations. La machine européenne a donc été et reste plus que jamais mortifère pour les peuples, elle étouffe leurs voix et désormais les étrangle dans leur vie quotidienne. Mais toujours motus. Le parti communiste français, non content de glisser pour son propre compte sur cette voie, a désormais franchi une nouvelle étape - à l’occasion de cette présidentielle – en renonçant de fait à son existence au profit d’un candidat et d’un parti de gauche toujours plus en accord avec cette Europe, approuvant les expéditions de l’OTAN. Si je dis que le PCF est mort c’est que je pense que nous avons laissé l’histoire être submergée au point que son efficacité ne dépend même plus d’un quelconque témoignage mais relève de l’archéologie, ce qui n’est certainement pas le cas du parti communiste grec.On aura rarement vu un ensevelissement d’une organisation être menée avec un tel acharnement tandis que la victime se débattait avec non moins d’acharnement; est-ce que cela laisse selon l’hypothèse de francis Azarlier un vide insupportable pour la France alors qu’il y a une offensive du Capital ? personne n’en sait rien mais il est évident qu’aucune des solutions actuelles ne répondent à la dite offensive…

Donc en partant d’une faute initiale, celle d’avoir refusé de faire face à une situation historiquen la contrerévolution née de la crise du capitalisme dans un contexte particulièrement opportun pour lui, l’effondrement de l’URSS, le PCF s’est condamné à la mort. Il ne faut pas attribuer à Mélenchon qui n’est que le syndic de faillite l’issue mais bien en voir les racines. Mélenchon est ce qu’il est : un social démocrate, il n’a jamais prétendu être chose et sa référence politique est françois Mitterrand, c’est dire. On ne peut rien lui attribuer mais il est indispensable de remonter plus avant et s’interroger sur ce qui a fait que le PCF a été incapable de faire face. Pour une part importante il faut avoir le courage de reconnaître que cette incapacité est de même nature que celle qui bloque aujourd’hui les autres partis que décrit Arzalier et qui ont mieux résisté parce qu’ils ont fait face sur des bases de classe.

De l’autre côté, il y a en effet des partis et mêmes des militants du PCF qui ont refusé cette dérive et ils ont pris pied dans leurs peuples, dénoncé ce vers quoi l’Europe et toutes les autoflagellations injustes et révisionnistes les entraînaient.

Je ne reprendrai pas l’analyse de Francis elle est très juste, et elle insiste sur le butoir. Je dirai simplement qu’elle bute selon moi sur le même problème, le refus d’analyser ce sur quoi s’est faite la crise qui a frappé l’Union Soviétique et le mouvement ouvrier.

Plus ou moins, ce qui est juste, cet effondrement est attribué à l’offensive du capital, par exemple à la manière dont l’URSS a été contrainte à la course aux armements qui à la fin pesait pour 40% sur son PIB. Et il y a là quelque chose de structurel à la fois dans la crise de l’impérialisme mais aussi dans la manière dont cette crise est transférée sur les pays du tiers monde et sur les tentatives socialistes. cela mérite une analyse de fond qui est rarement faite. Par parenthèse, l’absence d’analyse laisse la place à une ânerie le complot mené par Gorbatchev et plus encore Elstine, une ânerie non pas parce que des gens n’ont pas pu se vendre mais parce que pour un marxiste donner un tel poids à un individu sans voir ce qui permet le complot est une dégenerescence de la pensée et même étendre cette malveillance à un groupe dirigeant mérite un minimum d’approfondissement. ce qui est vrai pour l’URSS l’est également pour le PCF et les autres partis. En revanche la militarisation que l’impérialisme impose au socialisme et à la planète hier comme aujourd’hui mérite analyse.

Mais cela n’est pas le seul point qui explique que la contrerévolution ait pu s’imposer , il y en a un qui n’a jamais été pris en compte au niveau ou il devait l’être c’est la scission entre la Chine et l’URSS. Il ne s’agit pas d’un événement lié au hasard, au mauvais caractère des dirigeants, ni même à des exapérations nationales mais à des problèmes de fond sur par exemple, les rapports nord-sud en tant que rapports anti-impérialistes. A partir de Kroutchev la compétition mais aussi le rapprochement de fait avec l’occident et le leadersheap devenu plus dictatorial ? Tout cela reste à analyser non seulement pour revoir le passé mais pour comprendre notre temps avec la montée d’un certain nombre de pays de ce tiers monde. Qu’est qu’une hégémonie au sein d’un mouvement révolutionnaire ?

Enfin, le plus important revoir et inventer de fond en comble, la démocratie, ne pas négliger les procédures aux quelles sont attachées les peuples, semblables et différentes mais les révoir toutes à la lumière de la question prioritaire du moment: comment développer l’initiative populaire. Sans cette référence à la finalité démocratique nous tombons dans l’opportunisme du PCF, inertie, dévoiement des problèmes, ou dans l’autoritarisme de certains partis qui bloque le rassemblement qu’ils provoquent par leur position de classe.

Danielle Bleitrach

jeudi 24 novembre 2011
En tant que communistes français, nous ne sommes vraiment pas qualifiés pour nous poser en donneurs de leçons.

Les mêmes dérives ont produit partout en Europe le même déclin : le PCF lui aussi a payé très cher ses tendances à l’opportunisme électoral et au carriérisme ministériel. Mais nous devons, ensemble, réfléchir à la crise qui a profondément secoué les partis communistes : l’avenir des peuples du continent dépend de leur capacité à combattre le capitalisme et l’impérialisme, à en finir avec la contre-révolution qui sévit en Europe depuis plus de 20 ans.

- La France n’est certes pas, en matière de déliquescence de la force communiste organisée, un cas unique. Parmi ceux des PC qui jouaient dans la cour des grands dans un pays capitaliste, la dégringolade italienne est plus spectaculaire encore : une influence énorme en 1960, la mutation en une chose (« a cosa) à peine réformiste en fin de siècle, et l’effondrement des communistes de « Rifondazione », punis d’avoir cédé au crétinisme ministériel en compagnie d’une gauche convertie au « marché », à l’Europe des capitaux, voire au cléricalisme. Pour la première fois depuis l’exécution de Mussolini, il n’y a plus aucun communiste au parlement à Rome, et l’héritage de la résistance antifasciste est tous les jours démantelé.

- Certains PC européens tentent la renaissance en se diluant dans un fourre-tout politique où des communistes côtoient écolos antinucléaires, sociaux-démocrates de gauche et pacifistes prédicants. Cela peut marcher électoralement un temps comme en Allemagne, Die Linke s’y nourrit des souvenirs nostalgiques de la défunte RDA.

Mais cela n’a qu’un temps : déjà l’alignement opportuniste de Die Linke sur les sociaux-démocrates à Berlin s’est traduit par une baisse de son influence, notamment dans les milieux ouvriers de l’Est de la capitale.

- En fait, on fait le même constat de déclin partout où la tactique dite « d’union de la gauche » a abouti à une allégeance au réformisme : en Espagne, « Izquierda Unida », avatar opportuniste du PC espagnol d’autrefois, fait des scores électoraux infimes.

- Les manifestations dites « d’indignés » en Espagne sont révélatrices à plusieurs titres : certes, elles expriment une prise de conscience des méfaits du capitalisme, mais elles ont été surmédiatisées par les télés dévouées au capital parce qu’elles se disaient réfractaires à tout syndicat, à toute organisation politique. Elles révèlent en tout cas l’incapacité des communistes espagnols de mobiliser des volontés anticapitalistes (1)

- Les seuls PC européens qui conservent une influence forte sont ceux ancrés dans leur identité communiste, et qui savent aussi animer les luttes sociales et politiques, au-delà des compétitions électorales : c’est le cas avant tout aujourd’hui du PC grec (KKE), acteur essentiel à Athènes face à un gouvernement d’austérité imposé par l’Europe supranationale. C’est le cas aussi du PC portugais, actif dans les luttes malgré quelques difficultés électorales ; c’est le cas aussi du Parti Belge du Travail, au passé maoïste, mais devenu un parti marxiste très présent dans les luttes sociales et contre le séparatisme d’extrême droite en Flandre, même si le système électoral en vigueur lui donne peu d’élus.

- Dans les pays qui ont restauré le capitalisme après 1989, les ex-PC au pouvoir d’Europe de l’Est se sont convertis pour la plupart au réformisme européen le plus plat, aux vertus conjuguées du marché et de l’OTAN, et certains de leurs cadres ont endossé sans états d’âme les habits de manager du capital. De Sofia à Varsovie, en passant par Budapest ou Tallin, ces « ex » avides de pouvoir disposés à tous les reniements, ont donné des arguments à l’extrême droite, et disqualifié pour des décennies l’idéal communiste. En Pologne, en Bulgarie, en Ukraine, en Yougoslavie, Albanie, Croatie, Slovénie, les organisations réellement communistes sont des petits groupes courageux, sans grande influence. En Hongrie, le PCH renaissant est encore très impuissant face aux « ex-communistes » qui, par leur soutien à l’Europe supranationale et à la régression sociale ont préparé le terrain à le droite xénophobe, aujourd’hui au pouvoir.

- De ce naufrage surnagent pourtant les PC Tchèque et de Russie, qui parviennent parfois à 20% des électeurs. Mais ils sont souvent tiraillés entre un rôle efficace d’animateurs des luttes populaires et pour la paix, et les nostalgies inefficaces d’un « socialisme réel » qui avait, certes, bien des qualités mises à mal depuis (le plein emploi par exemple) mais ne fait guère rêver les jeunes générations : ses erreurs bureaucratiques ont durablement discrédité l’idée même du communisme dans une partie des peuples d’Europe ; de plus, les communistes sont criminalisés par les gouvernements d’Europe centrale et de l’Est et les médias à leurs services. Dans cette partie de l’Europe, citons le cas particulier du PC de Moldavie qui conserve une forte influence et frôle la majorité électorale, parce qu’il incarne la défense de l’indépendance moldave menacée par le nationalisme roumain.

- Dans ce contexte, on ne peut prévoir les échéances d’une renaissance nécessaire des PC d’Europe ; on peut simplement l’affirmer possible si nous nous en donnons la peine ensemble. Quelques signes positifs apparaissent timides : de bons résultats électoraux récents en Lettonie ; les tentatives qui se dessinent en Italie de la reconstruction d’un parti communiste.

- Le chemin du renouveau est encore très long et ardu : raison de plus pour ne pas snober les efforts courageux de tous ceux qui se battent partout en Europe pour la reconstruction d’une force communiste. En ce sens, on ne peut que regretter le choix politique de la direction du PCF de refuser systématiquement de participer aux rencontres internationales des organisations communistes. Ainsi, les 11 et 12 Avril 2011, 37 organisations communistes d’Europe se sont retrouvées à Bruxelles pour condamner l’agression impérialiste contre la Lybie, sans le PCF. Les arguments avancés par les responsables du PCF pour refuser sont inacceptables : « on ne mêle pas sa voie à celle des groupuscules non représentatifs ». Absurde : comment parler de groupuscules quand il s’agit du PC de Biélorussie, du PTB de Belgique, de l’AKEL de Chypre dont le président de la République Chypriote est membre, du PC Tchèque, du KKE Grec, du PC de Russie, du Parti du Travail de Suisse, du PC Ukrainien… « Nous avons des désaccords » m’a-t-on dit. Mais depuis quand les divergences entre communistes empêchent-elles la discussion et l’action commune pour la paix ?

- En fait, ce refus du PCF relève d’un choix politique dramatiquement erroné, confirmé par sa participation au « Parti de la Gauche Européenne », qui approuve dans ses statuts « l’Europe supranationale », alors que depuis sa naissance, elle n’est que l’instrument du capitalisme contre les peuples. De plus, ce PGE se fixe pour objectif de réunir avec des partis communistes, d’autres qui relèvent de la social-démocratie ou des verts, sur des objectifs politiques communs, qui ne peuvent être que réformistes.

Un choix politique que les communistes soucieux de promouvoir leur idéal ne peuvent accepter. La solidarité militante entre les communistes d’Europe et du monde, pour combattre et vaincre le capitalisme et l’impérialisme, est un impératif absolu.

(1) Les élections législatives espagnoles du 20 novembre 2011 l’ont malheureusement confirmé, quoi qu’on en ait dit. Le Parti socialiste, coupable d’avoir parrainé le chômage et la régression sociale a perdu 4 millions et demi d’électeurs. Izquierda Unida, "Front de gauche" réunissant écologistes et communistes, n’en a récupéré qu’une petite partie (environ 500.000 voix) même si cela a quasiment doublé son pourcentage (passé de 3,6% à plus de 6%).

 

mon journal: des instants de bonheur par danielle Bleitrach

mon journal: des instants de bonheur par danielle Bleitrach
Comme la vie peut être parfois belle, à chaque moment de la vie… Che le chaton ou la philosophie à l’oeuvre…

Si j’ai écris cette adresse aux amis facebook c’est parce que hier j’ai eu une après-midi très dense avec mon petit fils. Lui qui était un excellent élève depuis la fin de la quatrième (il est en troisième) perd lentement pied, il est noyé, ses notes devenues moyennes depuis la rentrée sont descendues au point que le directeur a téléphoné à son père pour lui dire que si ça continuait il ne passerait pas en seconde. Donc désormais il vient le samedi et nous travaillons ensemble et miracle les notes sont remontées d’une manière aussi vertigineuses qu’elles étaient tombées, ce qui veut bien dire que ce n’est pas moi qui suis à l’origine du phénomène mais lui. Ca c’est la première chose qu’un enseignant doit apprendre, partir de l’élève et lui laisser lui enseigner ce qu’il est. je disais souvent qu’être enseignant c’est être une sorte de garagiste, on doit écouter le moteur et au son savoir exactement comment il marche, comment il peut dans ce cas acquérir un savoir.

legende mes deux petits fils, celui avec qui je travaille c’est Adlane à gauche. Willem vient d’entrer en 6 e et il a des notes excellentes. C’est le collège qui pose problème, là où l’enfant perd pied parce qu’il est moins suivi, perdu entre des tas de profs, dans des classes surchargées et cela ne va pas s’améliorer. ils n’ont pas tous une mamie ancien prof d’université.

Nous travaillons mais l’essentiel de ce que j’ai à faire avec Adlane  tient à deux choses.

 L’une secondaire, découvrir là où l’esprit bloque, le noeud qu’il faut défaire et à partir duquel il va pouvoir tout recomposer et acquérir ce savoir. Quand on est sur la cause de la panne, il faut traiter mais surtout inciter à l’acquisition de  techniques qui fixent cette réparation. Il faut acquérir les automatismes de la mémoire quel que soit le savoir. S’il s’agit d’histoire, construire un contexte de dates, une périodisation. S’il s’agit de mathématiques abandonner la calculette et retrouver la scie des tables de multiplication, etc.. Là c’est de l’ordre des techniques artisanales, comme un menuisier qui retrouverait la veine du bois ou d’un quelconque matériau et recommencerait sans cesse le même geste pour mieux circonscrire et dépasser l’obstacle sur lequel bloque l’apprentissage.

L’autre chose est essentielle mais n’est pas sans lien avec la précédente, découvrir la joie et le plaisir de la connaissance. Nous avons travaillé un texte de Stendhal et je me suis amusée à lui faire suivre le récit comme une caméra. C’était une scène de vanini Vanina et il s’agissait d’un bal somptueux à Rome, je voyais le Guépard de Visconti et j’ai tenté de l’aider à percevoir ces mouvements de l’écriture, c’était le cinéma et c’était son imaginaire. Plus il aurait lu de livres, vu de films, des tableaux, plus les mots, les phrases se déploiraient. iI fallait que ce soit lui qui se déplace dans le roman avec sa propre camera. Il y avait les mots qui lui manquaient, lui faire comprendre ce que la phrase de Stendhal avait de parfait pour exprimer à la fois le désir de l’auteur et sa manière de voir son époque. Comment l’héroïne prenaît corps.

Et mon petit fils s’ouvrait, il découvrait qu’apprendre est un plaisir. Qu’il ne s’agissait pas de bonnes notes seulement mais de lui, de sa propre richesse… Et c’était merveilleux de voir cet esprit penser… aller guidé par une énigme. Et ça je crois qu’il n’y a que le livre. je crois que je vais finir par lui apprendre le plaisit suprême celui de la dérision de tout y compris de tout ce qui fait souffrir, de jouer avec jusqu’à être libéré de toutes les craintes, celle de la mauvaise note, celle de décevoir ceux qu’on aime et à partir de là tout imaginer, tout inventer, errer dans le pays des merveilles mais pour cela il faut comme Lewis Carrol maîtriser le nombre pi à l’infini, le savoir est un jeu, une liberté, la seule réelle…

 Internet détruit cela, si on ne retourne pas au livre, au dictionnaire on perd cette nécessité là, pourquoi parce qu’on survole, on perd le sens de l’énigme, des traces que l’on suit, de la veine du bois que l’on travaille. mais ce n’est pas obligatoire, internet peut aider à l’échange, à la connaissance simplement il ne faut plus zapper, se mentir à soi-même sur ce que l’on sait.

Alors j’ai dit à mon petit fils: "sais-tu quelle est la phrase la plus intelligente du monde? " Il m’a regardé en souriant en se demandant ce que j’allais inventer et il a secoué la tête. Alors je lui ai affirmé: "Je ne sais pas!" tant que tu n’as pas dit cela avec sincérité tu ne peux pas apprendre. Et de là je suis passée à Socrate et surtout à Freud: "Il y a trois choses impossibles, gouverner, éduquer et psychanalyser" et je lui ai dit si ce n’est pas toi qui le veut personne ne pourra te gouverner, regarde ce qui se passe en Egypte quand un peuple refuse d’être gouverné. Eduquer c’est pareil c’est toi et toi seul, pour toi seul que tu apprends mais il faut que tu ne mentes pas à toi même.

 légende: Adlane a mis mes lunettes et au mur un dessin de Maya, la petite dernière qui a 5 ans.

Et là je lui ai cité René Char: "la lucidité est la blessure la plus proche du soleil". J’ai senti que la phrase le touchait, ses yeux s’ouvraient un mélange d’étonnement et de plaisir.  La poésie faisait son oeuvre, il ne comprenait pas mais sentait qu’il y avait là un chemin, une porte qui s’ouvrait dans un chemin qui était en lui. peut-être cette découverte lui apprendrait-elle la patience, s’installer devant une feuille, le visage entre les mains même les yeux fermés jusqu’à ce que s’ouvre le regard qui est en lui et qui lui permet de comprendre et de faire ce qui résiste. 

Et j’ai passé une après-midi formidable non pas parce que j’ai enseigné mais parce que j’ai laissé un enfant m’aider à découvrir ce que je pensais et je l’ai suivi en train de chercher, de me conduire avec lui. quand je lui faisais réviser son histoire dont le thème était le nazisme, il m’a expliqué qu’on lui avait montré le début du dictateur alors je lui ai passé la fin du film, le discours  de Charlie Chaplin:

voici la version française du discours final de charlie Chaplin, le barbier juif qui remplace le disctateur, je préfère la VO mais je choisis la compréhension.

Pendant ce temps là le chaton, mon petit chat roux et blanc avec des yeux verts venait nous griffer et nous mordiller et il nous apportait la distraction indispensable de ses chorégraphies savantes, de ses danses… Voilà un moment de bonheur.

Je vais aller me promener dans le soleil aixois après avec mon chaton j’irais déjeuner chez des amis et nous jouerons aux cartes, peut-être le cinéma… Alors aurevoir et je n’ai pas le temps d’alimenter ce blog;

mais je vais vous laisser quelques traces de musique que j’aime… c’est le fruit d’un échange avec des amis sur facebook, je leur ai expliqué ce qu’était la musique Yiddish…

Parce que je suis comme mama Rosa, dans la vie devant soi, la vieille Simone Signoret qui éduque et se fait éduquer par Momo, mais qui conservera toujours sur le bras le chiffre des siens qu’elle n’a pas oubliés… Si vous vouliez m’enlever ce chiffre je ne pourrais rien enseigner…et je vous en voudrai mortellement parce que je vous vivrai comme des brutes…  Simplement moi cela m’a appris à reconnaître les miens, les palestiniens… laissez moi choisir ma liberté, ma rencontre avec les autres sur les chemins qui sont les miens et faites en autant pour tous les autres…

je vous avais parlé de cette musique yiddish d’Europe centrale, tout ce qu’elle mixe… tziganes, slaves, turcs, grec musique sacrée et elle va rencontrer le jazz, c’est l’entente parfaite…
voilà le chant que j’ai le plus entendu dans mon enfance: une maman yiddish qui vous console de tous vos chagrins, alors fermez les yeux ne regardez pas ce cantor qui vous fait fuir toute idée de consolation, et entre lui le père et la mama vous fait comprendre Kafka mourant d’étouffement, mais écoutez sa voix superbe.

 
Alors un ami m’a envoyé ce chant… révolutionnaire en Yddish
Pour Danielle : écoute-moi cette perle

www.youtube.com

אין אַלע גאַסן, וווּ מען גייט, הערט מען זאַבאַסטאָווקעס. ייִנגלעך, מיידלעך, קינד־און־קייט, שמועסן פֿון נאַבאָווקעס. גענוג שוין, ברידער, האָרעווען, גענוג שוין…
 
 
Et puisqu’il m’avait envoyé des chants yiddish anarchistes, j’ai voulu offrir l’actualité du yiddish anarchisant. .
Daniel Khan qui est né aux Etats-unis est retourné non seulement dans le Yiddish land mais avec son groupe, il a créé un "cabaret punk yiddish" il a inventé un "klezmer d’aliénation" qu’il ballade un peu partout dans ce qui fut le yiddishland mais aussi à …la Nouvelle orléans. Révolté, politique, anarchiste et jouant entre les frontières des musiques le folk, le punk, reprenant le Klezmer et le contestataire à la Brecht, recréant et refusant la séparation jamais fermée entre l’est et l’Ouest. C’est un groupe qui joue ce soir là Lili Marlène, et "exécute" la "ritournelles" en Yddish à Berlin. Lili Marlène qui chante les amours nostalgiques d’un soldat a été au départ le chant des armées nazis, mais l’efficacité de la propagande nazie a été telle que rapidement cette chanson répétée jusqu’à trente cinq fois dans une journée, a sauté les rives… et a atterri à Tobrouk…

www.youtube.com

‎23.01.2011: Daniel Kahn & the painted birds im Jazzit, Salzburg. Daniel Kahn Solo, Lili Marleen auf jiddisch, reizend minimalistisch begleitet mit einer Spie…
 
Le Yiddish est un patois d’allemand matiné d’hebreu et si vous connaissez lili Marlène en allemand c’est déjà cocasse de l’entendre interprété en Yiddish (Die grosse tour devient Die grosse tir) notez derrière le chanteur l’oiseau qui pleure et qui a un gros bec juif… le chanteur qui est une sorte de caricature juive et qui vient à Berlin et dans tout l’ancien Yiddishland, là où la population a été massacrée leur chanter en Yiddish les ritournelle du passé en leur faisant les gros yeux…
 
Honnêtement je trouve cette attitude de daniel Khan, qui de surcroît chante bien,  mille fois mieux que d’aller se foutre en israël, il a raison il revient au pays pour emmerder qui de droit…

peut-être que là est la solution, chacun retourne chez lui avec son barda et va réclamer aux Polonais, Allemands, Autrichiens, Roumains, Hongrois, Russe qu’on lui rende sa maison, est-ce que vous appuierez ce "droit au retour". Les Bleitrach c’est pas compliqué ils sont de Tarnow pas trés loin d’Auschwitz.. Au lieu d’emmerder les palestiniens voilà la solution, aller réclamer notre dû aux polonais, quel plaisir, je ne peux m’empêcher de sourire à l’idée de la gueule qu’ils feront en voyant revenir juifs et tziganes en masse… Et comme du côté de Tarnow ils ne vivent que de l’exploitation touristique de l’extermination ils n’oseront même pas nous foutre dehors.
 
la vie pourrait être belle si on choisissait le plus simple… Et en trouvant jusqu’au bout la dérision, la musique pour se moquer de tout et au nom de l’enfance dont nous sommes cousus dans nos sentiments et dans nos joies.
 
Comme le dit Charlie Chaplin dans son discours l’immense majorité des être humains ne veut que ça. 99% des gens, il y a 1% de tyrans, de méchants qu’est-ce qu’on attend pour refuser de les croire, de leur obéir… Il ne peuvent rien si nous refusons d’être éduqués, psychanalysés et… gouvernés….
 
 
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Publié par le novembre 27, 2011 dans humour, mon journal

 
 
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