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Ukraine : informations faussées et commentaires à sens unique, par Acrimed

Depuis la fin du mois d’août 2014, les événements en Ukraine sont chaque jour de plus en plus imprévisibles : alors que les « séparatistes pro-russes » – ainsi qu’ils sont nommés dans les médias français – perdaient du terrain, des renforts, peut-être en provenance de Russie, ont permis de mettre en défaut l’armée ukrainienne. Pour les médias français, cet interventionnisme supposé de Vladimir Poutine est inacceptable. Le président russe serait même en train de déclarer la guerre à l’Europe et de violer le droit international. Retour sur un traitement médiatique unilatéral et biaisé.

À situation complexe, commentaires simplistes : telle semble être la dure loi à laquelle se soumettent quelques diseurs de bonne aventure. Si Acrimed n’entend pas prescrire ce qu’il faut penser de la situation en Ukraine, du moins pouvons-nous débusquer les parti-pris falsificateurs qui ont tendance à inonder une grande partie de la presse française, bien que quelques médias ne sombrent pas dans la caricature (notamment Le Figaro) [1]. Absence de recul sur les événements (en particulier à Libération et au Monde) et pis, oublis, voire réécriture de l’histoire : tels sont les principaux biais de la couverture médiatique du début du mois de septembre 2014. Rien ne semble avoir évolué depuis novembre 2013… Passage en revue de quelques libertés, parmi d’autres, prises avec les faits.

Gouvernement légitime et référendums illégitimes

Bernard Guetta sur France Inter (25 août 2014) en est certain : « l’Ukraine quant à elle, l’écrasante majorité de sa population en tout cas, refuse de revenir à son asservissement passé, défend son indépendance et voudrait pouvoir vite intégrer non pas l’Otan mais l’Union européenne. » C’est pourtant oublier une partie des faits politiques récents de ce pays. Président en place et démocratiquement élu en 2010, Viktor Ianoukovitch – certes corrompu comme ses prédécesseurs – demeurait en tête des sondages d’opinion jusqu’à son départ forcé en février 2014 [2]. Étonnant d’ailleurs que les médias français – pourtant toujours très friands de ce type d’enquête – n’en aient pas révélé l’existence.

En 2012, le parti de M. Ianoukovitch (le Parti des Régions) avait également remporté les élections législatives. Et une élection présidentielle était prévue en 2015… Impatients, les militants de Kiev, tournés vers l’Europe, et soutenus par les États-Unis et l’Union Européenne, n’ont pas souhaité attendre, mettant ainsi en place un gouvernement provisoire essentiellement composé d’indépendants et de membres de partis de centre-droit, de droite et d’extrême-droite [3], pas forcément représentatif de la diversité des manifestants de la place Maïdan.

Ce gouvernement est-il pour autant légitime ? Oui, expliquèrent en substance les commentateurs avisés, car Maïdan était légitime. Il ne s’agit pas ici pour nous de contester le droit de populations à se soulever contre leurs dirigeants, mais bel et bien de relever le « deux poids deux mesures » particulièrement marqué dans la couverture médiatique des différents événements en Ukraine, qui traduit un point de vue partisan rarement assumé par celles et ceux qui l’ont adopté. Libération souligne ainsi que « l’Ukraine est un pays souverain avec des institutions légitimes et démocratiques » (1er septembre) tout en s’enthousiasmant devant le « renversement du régime prorusse et corrompu de Viktor Ianoukovitch par la révolte de Maïdan. » Le fait que l’est du pays ait massivement voté pour lui trois années plus tôt ne semble pas préoccuper les médias français. En effet, M. Ianoukovitch l’avait emporté en 2010, haut la main, à l’est et au sud de l’Ukraine, avec des pics de popularité dans les régions de Donetsk (90,4%), Lougansk (88,8%), ou encore au sein de la République autonome de Crimée (78,3%). Son adversaire, Ioulia Timochenko avait fait le plein à l’ouest, au centre et à Kiev qui avait voté à 69,7% pour l’égérie des Occidentaux [4].

Il n’empêche : sur Arte, le 1er septembre 2014 [5], on présente, sans le moindre recul, les événements de la place Maïdan comme un grand mouvement exclusivement démocratique. Avant de diffuser un véritable clip de propagande (avec musique rythmée et images saccadée) à la gloire des manifestants de la place Maïdan, Élisabeth Quin annonce : « Retour sur Maïdan à l’époque où c’était l’euphorie, destitution d’un autocrate qui a mis le feu aux poudres et précipitation de milliers d’ukrainiens sur le fameux Maïdan en février dernier. » Dans ce même sujet, on affirme que Ioulia Timoshenko aurait reçu « un accueil triomphal » en février 2014 sur cette place… alors qu’elle ne fera que 9% des votes à Kiev lors de l’élection présidentielle, trois mois plus tard.

Pour Bernard-Henri Lévy, dans Le Point (4 septembre 2014), le renversement de M. Ianoukovitch était évidemment le résultat d’une « grande insurrection démocratique et européenne ». Puis, pour la plupart des commentateurs, l’élection présidentielle qui, organisée en mai 2014 par le gouvernement provisoire, a installé aisément Petro Porochenko au pouvoir a été (c’est certain) tout à la fois légale et légitime. Marc Sémo dans Libération (1er septembre 2014) le souligne : « les autorités de Kiev [ont été] légitimement élues ». Il insiste même : « le nouveau président Petro Porochenko a été élu en mai à l’issue d’un scrutin reconnu comme incontestable par la communauté internationale. Le vote a pu se dérouler dans 90% du pays, y compris dans la plus grande partie de l’Est. » François Sergent, dans le même journal parle d’un « gouvernement souverain et régulièrement élu » (3 septembre). Pourtant, une partie du pays n’a pas pu se déplacer pour aller voter à cause des conflits armés dans l’est. Bien qu’élu dès le premier tour, Petro Porochenko ne l’a donc été qu’avec une participation modérée (60%). Légale et légitime ?

Aux yeux des journalistes français, le mouvement de Maïdan était justifié car tourné vers l’Europe. En revanche, les manifestations et les référendums en Crimée et dans l’est du pays (qui rejetaient les mobilisations de Kiev, le gouvernement provisoire, puis le nouveau président) trouvaient peu de soutiens chez nos commentateurs omniscients. Dans Le Monde (31 août 2014), on tord encore la réalité en accusant « le régime du président Poutine » « d’avoir illégalement occupé puis [de] s’être approprié la Crimée au printemps ». Pour François Sergent, dans Libération (3 septembre), « Vladimir Poutine ne s’est pas contenté de la Crimée annexée après un référendum bidon. »

Heureusement, tous les commentateurs ne partagent pas ce parti-pris. Au moment du référendum, des voix médiatiques connues – et très présentes – s’étaient exprimées pour faire part de leur stupéfaction face à la russophobie ambiante, que l’on ne manquera pas de relever ici tant elles ne sont pas, d’habitude, citées en exemple par Acrimed. Ainsi Jacques Attali s’était interrogé : « Pourquoi refuserait-on aux habitants de la Crimée de choisir leur destin ? » (L’Express, 26 mars 2014). Puis, pour l’ancien ministre de l’éducation nationale, Luc Ferry, « dire que l’armée russe envahit la Crimée est tout simplement grotesque. Il faut n’être jamais allé à Sébastopol pour ignorer la présence massive, mais parfaitement légale, puisque ayant fait l’objet d’un accord préalable depuis des années, de l’armée russe. » (Le Figaro, 20 mars 2014)… La Russie de Poutine avait-elle des vues sur la Crimée ? Peut-être. Il est toutefois navrant de constater que la majorité des journalistes français, aveuglés par leur hostilité à Poutine, aient adopté un point de vue aussi unilatéral et partisan, quitte à tricher avec la réalité, parfois par ignorance, souvent par mauvaise foi.

« Sanctionner Poutine » (encore et toujours)

Cela sonne comme un leitmotiv : « Il faut sanctionner la Russie ». À Libération, on en est certain, « la Russie est entrée en guerre contre l’Ukraine. » La preuve : « des milliers de soldats russes se battent à Donetsk et Lougansk, venus au secours des milices prorusses en difficulté. » D’ailleurs, François Sergent a ses propres sources puisqu’il sait déjà que ce sont « les hommes de Moscou [qui ont] abattu l’avion de Malaysian Airlines. » Rude accusation que même Le Monde ne s’est pas permis de porter…

Loin de nous, à Acrimed, de prendre parti dans un tel conflit, mais étonnons-nous quand même d’un fait : la supposée intervention de la Russie serait illégale, mais tous les événements qui ont mené à celle-ci – avec le soutien réel de l’Union Européenne et des États-Unis – ne le seraient pas ? Le « deux poids, deux mesures » est vraiment une doctrine très présente dans les médias atlantistes. Le Monde, par exemple, a fait sien le propos de Laurent Fabius : « le ministre des affaires étrangères, a eu le mérite de la clarté, vendredi soir : “Lorsqu’un pays envoie des forces militaires dans un autre pays sans l’accord et contre l’accord de cet autre pays, ça s’appelle une intervention, et évidemment c’est inacceptable”, a-t-il déclaré. » Un peu comme la France en Libye ou les États-Unis en Irak ? Le moins que l’on puisse dire est que Le Monden’a pas eu le mérite d’une telle clarté lorsqu’il s’est agi de traiter de l’intervention militaire israélienne contre Gaza.

Pour Bernard Guetta, sur France Inter (25 août 2014), l’intervention de la Russie serait « en train d’enterrer, en Europe qui plus est, deux des plus grands principes sur lesquels les relations internationales étaient fondée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale – l’absolue prohibition des annexions territoriales et l’intangibilité des frontières. » Comme si aucune frontière n’avait été modifiée (la Yougoslavie, la Serbie…) ou comme si aucune annexion territoriale (le Timor Oriental, les territoires palestiniens…) n’avait eu lieu depuis 1945. Bernard-Henri Lévy dans Le Point (4 septembre 2014) ne dit pas autre chose : c’est « la première vraie guerre, depuis des décennies, en Europe ; la première agression d’un État souverain contre un autre État souverain qu’il entend démembrer et vassaliser. » On est gêné par tant de morgue et d’ignorance. Comme s’il suffisait de mentionner l’Europe (sans préciser ses frontières) pour honorer les « grands principes »…

En quelques jours, dans Le Monde, les tribunes de soutien aux gouvernement ukrainien pullulent : « De Dantzig à Donetsk, 1939-2014 » (1er septembre) ; « L’occident inepte face à la crise ukrainienne » (2 septembre) ; « Accueillons l’Ukraine dans l’OTAN » (3 septembre) ; « ”Dossier Mistral” : de la cohérence, de grâce ! » (3 septembre)… Sans oublier l’article cocasse de Sylvie Kauffmann intitulé « Mistral perdant » (1er septembre), en référence aux navires que la France doit livrer à la Russie.

Plusieurs émissions radiophoniques ou télévisées ont fait une véritable propagande au service d’une opposition simpliste : légitimité du mouvement de Maïdan, illégitimité de l’insurrection à l’est. C’est le cas, par exemple, de l’émission « 28 minutes » présentée par Elisabeth Quin sur Arte, déjà citée. Parmi les intervenants, Raphaël Glucksmann, fondateur de l’ONG Centre Européen pour la Démocratie à Kiev, se présente d’emblée comme un « activiste anti-Poutine ». Alexandre Goujon, politologue, explique que « les Ukrainiens savent que sans soutien des Russes, il n’y a pas de séparatistes. […] Il n’y a pas de guerre civile. » Le commentateur semble ici oublier que la guerre civile avait bien lieu déjà à Kiev avant que les Russes ne s’invitent dans le conflit, et surtout il n’évoque pas le fait que la plupart des morts civils sont le fait de bombardements… de l’armée ukrainienne. À l’instar de nombreux médias, Glucksmann se plaint que l’Europe ne veuille pas donner des armes à l’Ukraine [6], ce qui permet à l’animatrice d’enchérir : « C’est mettre l’Ukraine dans les mains de la Russie ! »

Libération avance même des propos tronqués et non vérifiés qu’aurait lâché Vladimir Poutine à José Manuel Barroso. Le 1er septembre d’abord : « Poutine le sait et il en joue, répondant par la menace aux timides admonestations téléphoniques du président sortant de la commission José Manuel Barroso : “Si je le veux, nous sommes à Kiev en quinze jours.”  » Puis le 3 septembre : « Poutine a menacé Manuel Barroso de “pouvoir prendre Kiev en deux semaines”.  » Premièrement, ces propos sont rapportés par un tiers. Deuxièmement, ils proviennent d’une traduction. Enfin, ils sont sortis de leur contexte. De plus, ils ont été tempérés par le Kremlin (comme le rappelle lefigaro.fr). Il n’y a bien qu’un journal au bout du rouleau, dénué de toute déontologie, qui peut vouloir faire ses choux gras d’une telle phrase…

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Bien que la situation en Ukraine soit complexe, certains médias n’hésitent pas à simplifier à outrance les faits, opposant systématiquement « gentils » ukrainiens pro-européens et « méchants » ukrainiens pro-russes. D’autres médias tombent moins dans la caricature préférant offrir à leurs lecteurs et auditeurs un point de vue plus distancié (c’est le cas du Figaro, de Paris Matchou de certains reportages dans l’est ukrainien glanés sur des chaînes d’information continue). Mais les plus obtus restent obnubilés par les hoquets de Vladimir Poutine, leur nouveau Père Fouettard, s’indignent encore et toujours et glosent sur son autoritarisme et son désir expansionniste. Autoritarisme ? Sans nul doute. Volonté de préserver sa sphère d’influence ? Certainement. Mais, contrairement aux prédictions de la majorité des commentateurs, la Russie n’a toujours pas envahi l’est de l’Ukraine. Le moins que l’on puisse dire est que les expéditions militaires israéliennes ou américaines, bien réelles celles-ci, ne bénéficient pas du même traitement de (dé-)faveur…

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Source : Mathias Reymond pour Acrimed, 15/09/2014

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Notes

[1] À ce sujet, lire « Médias français en campagne ukrainienne », Le Monde Diplomatique, août 2014.[2] Voir par exemple ce sondage en ukrainien dont les résultats sont traduits dans un tableau de la page Wikipedia des élections ukrainiennes de 2014.[3] Voir sur le portail du gouvernement ukrainien, la liste des ministres qui ont gouverné le pays du 27 février au 25 mai 2014. Aucun membre du Parti des régions n’en faisait partie.[4] « Viktor Ianoukovitch, vainqueur de l’élection présidentielle en Ukraine », Fondation Robert Schuman, 7 février 2010.[5] Emission « 28 minutes » animée par Elisabeth Quin.[6] Libération par exemple titre ainsi l’un de ses articles : « Il faut donner des armes à l’Ukraine », 1er septembre 2014.

 
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Publié par le novembre 24, 2014 dans medias

 

Les occupants de Mong Kok perdent le soutien des habitants

Écrit par Larry Ong, Epoch Times

22.11.2014 <!–
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  • 19 novembre 2014: Des agents de police de Hong Kong surveillent une barricade construite par les manifestants pro-démocratie dans le quartier de Mong Kok. Ce 19 novembre, des affrontements ont eu lieu entre police et manifestants après qu’un petit groupe ait essayé de pénétrer dans le bâtiment du Conseil législatif. (Alex Ogle/AFP/Getty Images)
19 novembre 2014: Des agents de police de Hong Kong surveillent une barricade construite par les manifestants pro-démocratie dans le quartier de Mong Kok. Ce 19 novembre, des affrontements ont eu lieu entre police et manifestants après qu’un petit groupe ait essayé de pénétrer dans le bâtiment du Conseil législatif. (Alex Ogle/AFP/Getty Images)

Alors que la police a annoncé le dégagement d’une partie du quartier de Mong Kok occupé par les manifestants, un sondage de l’opinion publique montre que les Hongkongais souhaitent que le mouvement d’occupation finisse.

 

Steve Hui, surintendant principal du bureau des relations publiques, a dit lors d’une conférence de presse mercredi dernier que les plaignants – deux associations de taxi et une entreprise de mini-bus – les huissiers et la police s’étaient rencontrés pour discuter après que la cour de première instance a autorisé la police à exécuter ses ordonnances.

Steve Hui, qui est apprécié autant par les manifestants que par le grand public pour son style de présentation poli au cours des mises à jour télévisées, a exhorté les manifestants à obéir aux ordres de la justice et à quitter le quartier avec leurs biens personnels, sous peine d’être arrêtés.

Steve Hui n’a pas donné de date d’opération lors de la conférence de presse, disant que les huissiers et la police n’interviendront qu’après que «les parties concernées ont finalisé les préparatifs», mais selon la RTHK (service de radio-télédiffusion de Hong Kong), les ordonnances de la cour prendront acte le 25 novembre.

Selon divers journaux de Hong Kong, les huissiers et la police pourraient agir pendant deux jours pour repousser les manifestants et enlever les barricades des sections occupées de Argyle Street et Nathan Road. L’importance du soutien policier reste pour l’instant indéterminée. Selon Ming Pao, au moins 1.500 policiers seront mobilisés. Selon le South China Morning Post, pas moins de 3.000 agents sur 28.000 représentants des forces de l’ordre de Hong Kong seront appelés.

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Steve Hui, surintendant principal du bureau des relation publiques. (Capture d’écran Youtube)

Mong Kok est le plus instable des trois sites d’occupation, avec déjà plusieurs confrontations violentes entre policiers et manifestants. Les informations selon lesquelles des milliers de policiers pourraient être impliqués ne semblent donc pas surfaites.

Mardi dernier, la police a déjà fait appliquer les ordres de la cour dans le quartier de l’Amirauté. Alors que les médias s’étaient déplacés en masse, les huissiers et les employés de la Tour CITIC ont enlevé les barricades tandis que les manifestants quittaient le périmètre prescrit par la justice, non sans emmener des barrières de métal pour renforcer le blocage d’autres quartiers.

Cette journée ne s’était cependant pas terminée paisiblement. Dans la nuit de mardi à mercredi, des manifestants masqués ont brisé une porte en verre du bâtiment du Conseil législatif, la première action violente des manifestants depuis le début du mouvement de contestation le 28 septembre. De nouveaux affrontements entre police et manifestants ont suivi et six protestataires ont été arrêtés au total.

Le gouvernement de Hong Kong aussi bien que le camp pro-démocratie ont condamné l’incident et les manifestants non-identifiés qui, pour beaucoup, ne sont pas des manifestants du mouvement Occupy. Cependant, on ne sait pas encore comment cette action et ses conséquences vont affecter les manifestants de Mong Kok, les policiers et le public d’ici mardi.

Les manifestants pourraient perdre le soutien public en cas de violences policières, comme l’indiquent de récentes enquêtes menées par les universités de Hong Kong.

Près de 67,4% des personnes interrogées par l’Université chinoise de Hong Kong pensent que les manifestants devraient arrêter le mouvement d’occupation immédiatement.

Le 18 novembre, l’Université de Hong Kong a également publié les résultats de sa propre enquête, montrant que 83% des 513 personnes interrogées pensent que les manifestants devraient arrêter le mouvement d’occupation.

Le magnat des médias de Hong Kong et sympathisant du mouvement pro-démocratie Jimmy Lai assiste à un rassemblement à proximité des quartiers généraux du gouvernement de Hong Kong, le 28 septembre 2014. (Alex Ogle/AFP/Getty Images)

Un point intéressant est que 58% des personnes favorables à l’arrêt de l’occupation ont entre 18 et 29 ans, le groupe d’âge normalement le plus enclin à soutenir le Mouvement des parapluies.

Environ 55% des personnes interrogées lundi et mardi se sont dits opposés au mouvement Occupy, tandis que seuls 28% le soutiennent encore.

Par ailleurs, même le magnat des médias Jimmy Lai, grand sympathisant du mouvement pro-démocratie, pense qu’il est temps que les manifestants rentrent chez eux.

Dans un entretien avec la publication australienne The Age, Jimmy Lai, qui est présent sur le site de l’Amirauté presque chaque jour pour exprimer son soutien envers le mouvement Occupy, a dit: «Les gens commencent à en avoir marre.»

«Nous ne pouvons pas épuiser la bonne volonté des gens, mais cela ne veut pas dire que nous devons céder.»

«Nous devrions nous retirer lorsque le moment est venu, tant que notre détermination et notre volonté sont fortes», a-t-il ajouté.

«Ensuite, nous pourrons revenir.»

Version originale: Ahead of Mong Kok Clearing, Polls Show Hongkongers Have Protest Fatigue

 

 
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Publié par le novembre 24, 2014 dans Asie

 

Ukraine : des jeunes fascistes attaquent une manifestation de retraités communistes

 18 novembre 2014

une petite manifestation de retraités communistes est attaquée (video) par les jeunes voyous de secteur droit qui leur expédient des pierres en les insultant. On entend même des tirs et  la police n’intervient pas, certains rient même… ils sont obligés de partir dans des cars… où les conduit-on? vers des chambres à Gaz puisqu’ils sont improductifs.

 

 
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Publié par le novembre 23, 2014 dans Uncategorized

 

Lettre d’Odessa aux amis de ce blog et au-delà

1 мая_ОДЕССА 09
la veille du massacre du 2 mai il y avait eu un meeting du parti communiste devant la maison des syndicats: prend la parole le camarade Evgeni Tsarkov, l’auteur de la lettre… et qui soit venir prochainement en France…
« Chers camarades!) Veuillez m’excuser pour le temps mis à vous répondre. Comme je vous l’ai dit, j’étais en Moldavie pour suivre les élections (en tant que secrétaire de l’Union des Partis Communistes – PCUS).
J’ai lu vos textes. Ils sont très intéressants! Je vais les diffuser à tous mes contacts de courrier électronique. J’en ai plus de 1.000. Et également par ma page Facebook https://www.facebook.com/profile.php?id=1179674693&ref=tn_tnmn (plus de 5.000 abonnés). En même temps, nous les mettrons sur le site www.vremia.ua et dans la version papier de ce journal (tirage 25.000 exemplaires).
Je vous remercie bien sûr pour l’invitation, que j’accepte avec plaisir.
D’autant plus que je collecte différents documents photo sur les événements du 2 mai que je serai heureux de partager avec vous. J’ai aussi une série de photos des meetings et manifestations sur la place de la révolution d’Octobre (champ de Koulikovo) – le lieu de la tragédie.
Chaque année nous y tenons des meetings à l’occasion du 1er mai et du 7 novembre.
Un jour avant la tragédie, le 1er mai, nous y avions aussi organisé un grand rassemblement. Sur la photo img7606 on voit Vadim Papura. Le bureau de section lui avait confié le rôle de porte-drapeau pour le Comité régional du Parti communiste d’Odessa. Voyez avec quel HONNEUR il remplit sa tâche!
A mon tour, je serai toujours heureux de vous voir en Ukraine, et en particulier à Odessa.
Surtout en été…)
Salutations fraternelles,
Evgenij Tsarkov »
1 мая_ОДЕССА 081 мая_ОДЕССА 17
 1 мая_ОДЕССА 02
derrière les camarades de la direction il y a Vadim Papura qui porte le drapeau et qui le lendemain mourait brulé par des néo-nazis soutenus par la France. 1 мая_ОДЕССА 21 la maison des syndicats
IMG_7606
Vadim Papura assassiné à 17 ans avec la complicité du gouvernement français et de nos médias aux ordres…
Добрый вечер уважаемые товарищи! )
 Прошу прощения за задержку с ответом.
Как я сообщал Вам, был в командировке в связи с выборами в Молдове (за мной закрепили такое кураторство, как за секретарем СКП-КПСС).
 Прочитал Ваши материалы. Очень интересные! Постараюсь разослать всем своим адресатам по электронной почте. У меня их более 1000.
Так же распространю их через свою страничку в Фейсбуке https://www.facebook.com/profile.php?id=1179674693&ref=tn_tnmn  (более 5000 подписок).
Одновременно разместим на сайте www.vremia.ua и в печатной версии газеты (тираж 25 000 экз).
 За приглашение, конечно же, спасибо.
Я отвечаю положительно.
К тому же я собираю разные фотоматериалы по событиям 2 мая и с удовольствием ими поделюсь.
У меня есть также ряд фотографий с митингов и демонстраций на площади Октябрьской революции (Куликовом поле) – место трагедии.
Мы ежегодно там проводим митинги, посвященные 1 мая и 7 ноября.
За один день до трагедии, 1 мая мы также провели там крупный митинг.
На фотографии img7606 Вадим Попура. Мы на Бюро Обкома доверили ему нести знамя Одесского Обкома Компартии. Посмотрите, с какой ЧЕСТЬЮ он его несет!
В свою очередь, я всегда буду рад видеть Вас на Украине и в Одессе, в частности.
Особенно летом…)
 
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Publié par le novembre 23, 2014 dans Uncategorized

 

Washington Post: Le Voyage dans le train le plus long du monde commence maintenant en Chine

Le 21 novembre

(The Washington Post)

(Washington Post)

Le 18 novembre, un  train de marchandises conteneur-82  a quitté la ville industrielle chinoise orientale de Yiwu. Il s’est embarqué dans une aventure historique qui est censée aboutir vingt et un jours plus tard, en décembre, à Madrid. La distance que le train couvre — plus de 6 200 milles — est celle de la plus longue route empruntée par un train de marchandises, plus encore que le légendaire Transsibérien, comme le montre la carte ci-dessus.

Yiwu est le plus grand centre de vente en gros de petits biens de consommation en Chine, ce qui en fait le lieu de rendez-vous d’un curieux mélange d’hommes d’affaires étrangers et de petits commerçants, y compris une importante communauté arabe. Maintenant le voilà impliqué dans un projet beaucoup plus vaste : dans le cadre du zèle de la Chine à approfondir les liens entre son économie en plein essor et les marchés Européens.

La ligne de Yiwu-Madrid est partie prenante d’une série d’itinéraires terrestres dévoilés par Pékin pour revitaliser le commerce de terre intercontinental. Double du projet de la « nouvelle route de la soie », le gouvernement du Président chinois Xi Jinping a alloué une somme de 40 milliards de dollars à investir dans l’amélioration d’infrastructures et de logistique de transport ferroviaire de marchandises.

Alors que le commerce en conteneurs se déplace pratiquement toujours par la mer, l’appétit croissant du marché chinois pour les produits de luxe européens signifie que le fret ferroviaire eurasiatique est en train de le dépasser, dit l’Economiste . La Chine veut aussi se renforcer dans un secteur des transports qui reste dominé par les entreprises européennes, selon Reuters.

La Chine est déjà au cœur du commerce mondial, mais un sentiment de primauté historique est le moteur du projet. L’itinéraire du train Yiwu-Madrid traverse la région extrême-ouest de la Chine du Xinjiang, puis le vaste Etat de l’Asie Centrale du Kazakhstan ou durant des siècles, des caravanes portant des marchandises chinoises ont marché à travers les steppes et la taïga.

Screengrab from Xinhuanet.com

Screengrab de Xinhuanet.com

Une autre voie de transport proposée pénétrerait en Europe via la Turquie. Une carte publiée cette année par l’organe de presse d’Etat chinoise Xinhua dépeint la nouvelle route de la soie sur terre aussi bien qu’en mer.L’ ambition du commerce maritime de la Chine s’est traduite par des milliards versés par ses sociétés d’Étatdans des projets de renforcement des ports sur les côtes de l’océan Indien, du Bangladesh au projet Hambantota au Sri Lanka jusqu’aux installations au Kenya.

La Présence mondiale considérable de la Chine, en particulier en Afrique, l’a conduite à une expansion maritime et à une présence plus permanente  dans les eaux au large de l’Afrique de l’est.

Pendant ce temps, du nouveau projet de route de la soie de Xi, certains experts considèrent qu’il a une dimension avantageuse sur le plan géopolitique avec son intention de mieux tricoter ensemble logistique et marchés en Europe et en Asie. C’est « une contrepoussée du rééquilibrage des Etats-Unis vers l’Asie »,  écrit Min Ye, un assistant professeur de relations internationales à l’Université de Boston.

IshaanTharoor écrit sur les affaires étrangères pour le Washington Post. Il a été rédacteur, d’abord à Hong Kong, puis à New York.
http://www.washingtonpost.com/blogs/worldviews/wp/2014/11/21/map-the-worlds-longest-train-journey-now-begins-in-china/?tid=sm_fb
 
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Publié par le novembre 23, 2014 dans Asie

 

Ça se passe à Vilnius, ça se passe en Europe par Sophie Wahnich

http://www.vacarme.org/article1919.html

Vilnius a été une ville majoritairement habitée par une population juive. Elle est devenue une ville judenrein, ou quasiment en 1945. Mais à Vilnius, cette histoire est recouverte par celle de l’oppression communiste. Le mot génocide ne dit pas l’extermination des juifs par les nazis et leurs collaborateurs lituaniens. Il dit l’oppression et la répression communiste. Les rescapés du ghetto de Vilnius qui avaient fui et rejoint l’Armée rouge pour se battre contre le nazisme, sont désormais incriminables au titre de cette falsification de la langue qui est aussi une falsification de l’histoire.

c’est de l’histoire

1. Vilnius, Lituanie. L’université dispose d’un institut yiddish, on y enseigne l’histoire de cette langue quasi morte.

Dialogues
de bouche de fumée à bouche de fumée
Paul Celan

Pas loin dans la forêt, plus de 200 charniers de juifs victimes de l’extermination nazie. La Shoah par balles, la Shoah tout court. Ici dans la ville, les pierres tombales du vieux cimetière juif ont servi à fabriquer un amphithéâtre de pierre. On marche sur des noms, mais il ne s’agit nullement d’une installation artistique à la manière de Jochen Gerz. Il s’agit seulement de recyclage. Puisqu’il n’y avait plus de juifs on pouvait utiliser ces pierres pour construire une Vilnius sans juifs.

2. En 1875, les juifs sont 37 909 à Vilnius. Précision des recensements. Une ville habitée de 46 % de juifs, 40 % de Polonais, une forte minorité de Biélorusses, quelques Lituaniens. La Jérusalem du Nord dit-on. Un haut lieu de la Haskala, les Lumières juives. La plus grande bibliothèque en yiddish et en hébreu. En 1939, les juifs sont 80 000, la moitié de la population de la ville. Ils parlent ainsi yiddish, et Wilno est une ville où cette langue est un levain politique pour le socialisme. Ici, dans cette ville polonaise, biélorusse, bientôt soviétique, 50 % des personnes parlent yiddish, lisent en yiddish, font de la politique socialiste en yiddish et apprennent la réalité du pacte germano-soviétique en yiddish. Lorsque les nazis envahissent la Pologne, les soviétiques envahissent Wilno qui redevient Vilnius.

3. Une sorte de reconquête opportuniste puisque les bolchéviques avaient dû céder la ville révolutionnaire à l’armée polonaise, le 8 octobre 1920. Une ville divisée entre bolchéviques pro-russes et contre-révolutionnaires favorables à la Pologne de Pilsudski. Des émeutes, des divisions, une révolution avortée. L’opportunisme stalinien achève ce qui aurait pu s’en relever.

4. L’été 1941, le 23 juin, les forces nazies entrent dans Vilnius. Le 4 juillet 1941 les Einsatzgruppen A avec l’assis­tance de la police lituanienne commencent à liquider les juifs de Vilnius. Ils sont emmenés dans la forêt de Paneriai à 10 km côté ouest de la vieille ville et fusillés. Le 6 octobre 1941, deux ghettos sont créés. En octobre 1941, le plus petit de 11 000 personnes est vide. En 1943, le second de 29 000, également. Exécutions massives, déportation des survivants, évasions de quelques résistants.

5. Né en 1913, le poète Avrom Sutzkever est dans les années 1930 un activiste du mouvement moderniste yiddish de Wilno. Dans le ghetto en 1941, il s’engage dans les mouvements de résistance qui se forment et deviennent en janvier 1942 « l’organisation des partisans unifiés ». Après le soulèvement du ghetto qui échoue, il s’évade par les égouts, rejoint les partisans russes de l’Armée rouge pour se battre contre les nazis dans les forêts si proches de la ville. Il est finalement transféré à Moscou, témoigne au procès de Nuremberg.

Et j’allais
Une neige depuis longtemps déjà tombée-tombait
Des feux follets quelque part dessinaient
Ma maison
Dévorée d’éclairs
Vague réminiscence d’un rêve d’enfance.
Avrom Sutzkever

musées

6. Cette forêt avec ses bouleaux, sa neige, ses cieux et ses charniers est devenue un décor de musées.

7. Au Mémorial de la Shoah à Paris, c’est la forêt de l’expo­sition « la Shoah par balles ».

8. À Yad Vashem, c’est celle des résistants à l’extermi­nation nazie, ceux qui ont fui dans les forêts et ont fabriqué des groupes de partisans. De leurs liens nécessaires avec les soviétiques, très peu de choses sont dites. Mais un nouvel héroïsme permet de croire à une mémoire de la Shoah qui ne serait pas tout entière du côté de la sensibilité victimaire.

9. À Vilnius au Musée du génocide cette forêt est aussi celle des partisans, mais de ceux qui résistent aux soviétiques avant 1941 et après 1944. De leurs alliances avec les nazis, rien n’est dit.

10. Le décor acquiert dans la soudaineté du cri et du coup de révolver qui surgit dans une scénographie high-tech, une opacité trouble. Le langage lui-même se perd pour des visiteurs qui ne savaient pas encore qu’ici le mot « génocide » ne permet pas de dire l’extermination des juifs de la ville Vilnius, Vilna, Wilno, mais de dire l’extermination des Lituaniens dans un petit pays occupé de 1939 à 1990 tour à tour par des nazis et par des soviétiques.

11. Le « musée du génocide » de Vilnius met en scène la répression communiste des Lituaniens, « patriotes » qui ont résisté au communisme. Rien ne signale que ces patriotes avaient collaboré, ou continuaient de collaborer avec les nazis lorsqu’ils étaient combattus par les soviétiques. Ce combat n’est pas distingué de la répression politique communiste de l’après-guerre. L’un comme l’autre sont assimilés à des actes génocidaires sans plus se soucier de la définition internationale du terme. Le décompte des morts liés aux répressions subies par la population lituanienne sous l’occupation nazie puis soviétique mêle toutes les victimes, juives, non juives, communistes, anticom­munistes, une nation unie en quelque sorte, il fallait l’inventer… Sous d’autres cieux ou dans d’autres forêts, cela s’appelle négationnisme.

12. Printemps 2006, dans une conférence internationale sur les mémoires politiques européennes sont réunis des chercheurs et des politiques de l’Europe élargie : Français, Autrichiens, Slovaques, Hongrois, Lituaniens. Le représentant du gouvernement lituanien affiche clairement ses objectifs. Faire évoluer la sémantique du terme « génocide » en le désenclavant de la question juive [1] et affirmer qu’ainsi seulement l’antisémitisme en Lituanie pourra baisser. En effet 97 % des Lituaniens actuels affirment dans des sondages récents (2006) qu’ils sont antisémites, ne supportent plus qu’on cache les souffrances des Lituaniens au profit des souffrances juives. L’ambassadeur autrichien proteste, deux chercheurs paniquent et se lèvent de table, les autres sont médusés et ne disent rien.

13. Ce thème d’un génocide des juifs qui empêche de prendre la mesure des souffrances nationales liées à une longue et double occupation traverse l’Europe élargie et pas seulement cet étrange musée de Vilnius subventionné par les fonds européens pour la culture.

14. À Budapest, dans La Maison des terreurs du boulevard Andrassy, avant même de parler du nazisme, une première salle dite de la double occupation, évoque ce petit pays occupé, à la souveraineté bafouée depuis la Première Guerre mondiale et qui de 1944 a 1990 a été occupé successi­vement par des nazis et des communistes. L’amalgame prend alors la forme de signes interchangeables : croix fléchées nazies et étoile communiste soviétique (photo ci-dessous). Les Hongrois n’auraient été que des spectateurs victimes de l’histoire. L’extermination des juifs, moins prégnante que la répression communiste. Deux salles sont consacrées au nazisme et trente-huit au communisme.

15. À Riga, en Lettonie, le Musée de l’occupation (au singulier) consacré à la période 1940-1991, s’ouvre sur le pacte germano-soviétique puis, en 2006, sur une exposition temporaire sur les 25 000 prisonniers de guerre lettons internés en Suède par la Grande Alliance. Photos, objets familiers, lettres, drapeaux, sont mis en scène pour l’ambiance visuelle dans des abris de rondins de bois. Nous sommes de nouveau dans les bois qui constituent décidément le décor privilégié de cette muséographie. La forêt comme espace intime et sentimental. Dans le déroulé de l’exposition, le musée déplore l’attitude de la Suède qui avait livré à l’URSS 3 650 de ses prisonniers. Mais la Suède a fait amende honorable, et l’on s’en félicite : elle a présenté des excuses en 1994. Les « rapatriements » des membres de la légion lettonne n’avaient-ils pas été effectués pour « faire plaisir aux Soviétiques » ? Beaucoup plus loin dans l’exposition permanente, on apprend que des Lettons avaient été enrôlés de force dans 30 bataillons, mais que dès 1943, la légion lettone SS n’était constituée que de « volontaires ». Ceux mêmes que le visiteur consentant pouvait plaindre avec sincérité quelques minutes auparavant.

16. Toujours à Riga. Que dire de la présentation de l’exter­mination des juifs par les nazis ? Elle n’est pas absente, plutôt silenciée que tue. Traitée sur un mode standard et informatif, elle conduit in fine à ne pas vraiment interroger les conditions de possibilité de la disparition de 25 000 juifs « tués entre le 30 novembre et le 8 décembre 1941 ». Le musée affirme qu’il n’y avait pas d’antisémitisme letton, mais seulement « une passivité liée à l’in­différence et à la rapidité de l’extermination ». Or une autre section de l’exposition explique qu’après une première année d’occupation soviétique, l’armée allemande nazie avait été accueillie en « libératrice ». Cette notion de « Libération » permet de saisir que si l’histoire européenne est commune, l’expérience de cette histoire se démultiplie dans des hybridations pour le moins ambiguës à l’égard du nazisme et de la culture antinazie classique.

17. S’il est interdit de taire le génocide des juifs quand on appartient à l’Europe élargie, ces versions de l’histoire hybride conduisent à ne plus considérer le génocide des juifs comme un événement singulier, encore moins une priorité mémorielle. Le journal Letton Latvijas Avize s’en explique encore ce 25 mars 2010 à propos du musée de l’occupation : « Il faut d’abord rappeler aux visiteurs venus de près ou de loin de quoi il est question dans ce musée : la Lettonie sous les occupations soviétique et nazie de 1940 à 1991. Il s’agit donc ici de la Lettonie et du sort de son groupe ethnique principal, ainsi que de ses minorités, sur un demi-siècle… Cela englobe ainsi deux générations entières et l’occupation nazie ne peut naturellement pas constituer l’absolue priorité [2] ». La mémoire devient une sorte de gâteau à partager en parts propor­tionnelles à la population aujourd’hui concernée. Les musées sont faits pour les majorités nationales.

cérémonies, héroïsation, incriminations

18. Aujourd’hui Vilnius compte 543 000 habitants. Les Lituaniens représentent 57,8 % de cette population, les Polonais 18,7 %, les Russes 14 %, les Biélorusses 4 %, les Juifs 0,5 %, les autres nationalités se partageant les 5 % restants. Des quelques 80 000 juifs d’avant 1939 n’ont survécu que quelques milliers de personnes. Peu sont restés dans la ville : ils ont émigré au Brésil, aux États-Unis, en Israël, au Canada. Les ont remplacés des Lituaniens en provenance des régions rurales, ainsi que des Russes, dont on avait besoin pour construire la capitale de la République socialiste soviétique de Lituanie.

19. Dans les pays baltes, les russophones subissent souvent la vindicte populaire, alors que d’anciens héros nazis sont très explicitement honorés par la nation. Le 16 mars 2005, « jour de la légion », a eu lieu à Riga un défilé qui rendait hommage aux soldats lettons engagés dans la Waffen SS contre l’Armée rouge. Alors que d’anciens nazis retrouvaient un statut de héros, les contre-manifestants [3] furent matraqués. Dans le journal Libération du 24 mars 2005 on pouvait lire : « aujourd’hui encore ces pays tardent à reconnaître leur complicité dans l’exécution des juifs et des nostalgiques inaugurent des monuments aux leurs qui se battaient pour le Reich. »

20. Les cérémonies des 60e et 65e anniversaires des 8 et 9 mai 1945, qui marquent la fin du régime totalitaire nazi sont symptomatiques. En 2005 les présidents des deux anciennes républiques soviétiques d’Estonie et de Lituanie n’ont pas participé aux célébrations russes du soixantième anniversaire. Ils ont évoqué comme cause de leur refus la souffrance incommensurable infligée par l’Armée rouge aux populations d’Europe centrale et orientale à la suite de la « Libération ». La présidente lettone a pris part aux cérémonies pour dire que la fin du nazisme n’avait pas signifié que le moment de la libération était venu pour les pays baltes, mais qu’une autre occupation avait succédé à l’occupation nazie, l’occupation soviétique. Alors que le soviet suprême à Mocou avait condamné le pacte ­germano-soviétique en 1989, les pays baltes réclamaient une repentance sincère en affirmant que l’URSS partageait à part égale la responsabilité du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

2010 apparaît encore plus confuse : 20e anniversaire de la sortie de la Lituanie de l’URSS, de la dissolution du parti communiste polonais, 70e anniversaire de Katyn. La Russie a décidé pour les cérémonies du 9 mai à Moscou de ne pas lancer d’invitation de manière à ne plus essuyer de refus. Elle propose de recevoir « ceux qui poseront leur candidature à la participation aux cérémonies ».

21. Dans une journée d’étude organisée par l’Institut national de recherche pédagogique sur les mémoires de la Shoah, l’évocation des problèmes baltes dérange. On conclut à la nécessité, en 2007, de laisser le temps faire son travail pour des gens qui ont tellement souffert. Mais s’il faut reconnaître ces souffrances, peut-on laisser circuler des discours négationnistes ou falsificateurs comme baumes réparateurs ?

22. Le 3 février 2005, Franco Fratinni, commissaire européen italien, propose que soit prohibé en Europe le port de la faucille et du marteau communistes au même titre que celui de la croix gammée nazie. Il s’agit, dit-il, d’harmoniser pénalement les limites de la liberté d’expression. Viautas Landsbergis, ancien président de Lituanie et député européen et Josef Szajer, député européen hongrois en avaient fait la demande. La proposition n’est pas retenue. En janvier 2008, le groupe « Europe commune, histoire commune » se propose d’écrire une histoire commune de l’Europe et s’achemine vers une mise en équivalence non seulement du communisme et du nazisme mais dans un second temps du communisme et du judaïsme. Comme me l’a fait remarquer un historien hongrois avec lequel j’ai visité La Maison des terreurs de Budapest, dans ce musée, le mur des bourreaux communistes livre une liste de noms qui sont presque tous à consonance juive. En juin 2008, une déclaration est signée à Prague par de nombreuses personnalités européennes dont Vaclav Havel, sur le thème de « la conscience européenne et du communisme ». L’un des objectifs de cette déclaration est d’obtenir des lois équivalentes pour célébrer la mémoire des crimes communistes et celle des crimes nazis, d’obtenir qu’on réécrive l’histoire de l’Europe en mettant ces crimes communistes au centre de sa fondation actuelle. Il faudrait selon les pays baltes promoteurs de ces initiatives défendues à l’échelle de l’Europe que l’on mette en équivalence les « différents » génocides. Le point de départ de cette entreprise en Lituanie a consisté à créer une « commission internationale pour l’évaluation des crimes de l’occupation nazie et soviétique en Lituanie » sous l’égide du président de la République de Lituanie Valdas Adamkus et directement rattachée au Premier ministre. Également rattachée au Musée du génocide qui présente désormais des expositions temporaires qui témoignent du négationnisme et de l’antisémitisme latent. Ainsi on a pu voir sur une exposition portant sur l’après-guerre une caricature d’une jeep soviétique conduite par « Lenine et Staline et le juif Yank’l » sans commentaire. Une exposition récente sur la famine en Ukraine présentait une femme s’adressant aux visiteurs dans ces termes « à Auschwitz, on donnait des épinards et un peu de pain. La guerre est terrible mais la famine c’est pire encore. »

23. En mai 2008, plusieurs anciens juifs partisans, échappés du ghetto en 1943 et ayant rejoint des soldats de l’Armée rouge dans la forêt, ont été accusés de crimes de guerre contre la Lituanie. « D’une manière regrettable », ironise Dovid Katz, directeur de l’Institut yiddish de Vilnius, « il n’y avait pas de forces britanniques ou américaines pour recueillir les rares fugitifs qui réussirent à échapper à la machine de morts ». Le 5 mai 2008, l’histoire de la Lituanie dans l’Europe élargie a atteint son point d’étiage moral. Des policiers en tenue sont venus chercher deux femmes. L’une d’elle, Fania Yocheles Brantsovsky, 86 ans alors, est bibliothécaire de l’institut yiddish de Vilnius. Elle a été immédiatement protégée par l’ambassade d’Irlande puis l’ambassade américaine, britannique et autrichienne. L’autre, Rachel Margolis, 87 ans alors, a été inquiétée parce qu’elle avait découvert et publié le livre de raison d’un Polonais courageux qui avait été témoin du meurtre de masse réalisé par d’enthousiastes volontaires locaux, appelés ici « partisans », de dizaines de milliers de civils innocents à Paneriai. Rachel Margolis était en Israël et elle n’a pas pu revenir chez elle à Vilnius pour faire visiter comme chaque année les restes du ghetto. Sara Ginaite, une autre rescapée qui vit à Toronto a dû annuler son voyage annuel d’été à Vilnius sur les conseils de son avocat. On l’accuse d’avoir pris part à des massacres de civils lituaniens auprès de l’Armée rouge. Elle a accepté de répondre à un journaliste de ces accusations et affirmé qu’elle n’était pas dans la forêt de Rudnicky au moment de ces représailles, mais que les villageois en question n’étaient pas des civils désarmés mais des « patriotes » lituaniens collaborateurs des nazis. Enfin l’un des membres de la commission internationale pour l’évaluation des crimes, l’historien Yitzhak Arad, qui travaille à Yad Vashem, lui aussi survivant résistant du ghetto, a été également inquiété dans ces affaires et a donné immédiatement sa démission, soutenu en cela par l’historien Sir Martin Gilbert qui avait jusque-là accepté de jouer le jeu de cette commission à son corps défendant et qui a également démissionné en demandant que la diffamation des résistants cesse et qu’ils soient réhabilités publiquement pour leur combat héroïque contre le nazisme.

Notes

[1Exposé de Ronaldas Racinskas (International Commission for the Evaluation of the Crimes of the Nazi and Soviet Occupation Regimes in Lithuania) : « Perceptions of the Holocaust and of Soviet Crimes : Public Challenges and Experiences in Lithuania », 29 avril 2006, session de valorisation du programme de recherche européen « Cultural Patterns of the enlarged Europe », Vilnius.

[2Revue de presse Eurotopics, 25 mars 2010.

[3Très majoritairement russophones ; 47 % des habitants de Lettonie sont actuellement russophones.

 
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Publié par le novembre 22, 2014 dans Uncategorized

 

Washington Times: Joe Biden bat en retraite en Ukraine devant une foule en colère

 http://www.washingtontimes.com/news/2014/nov/21/joe-biden-retreats-from-angry-crowd-in-ukraine/
U.S. Vice President Joe Biden  smiles for the cameras during a visit in Kiev, Ukraine, Friday, Nov. 21, 2014. Biden is also visiting Turkey and is the latest in a stream of U.S. officials who have traveled to Turkey to urge Ankara to step up its role in fighting Islamic State militants in neighboring Syria. (AP Photo/Efrem Lukatsky)

Vice-président américain Joe Biden  souriant pour les caméras lors d’une visite à Kiev, en Ukraine, vendredi 21 novembre 2014. Biden a également visité la Turquie .
- Le Washington Times – mise à jour : 10:42 le vendredi 21 novembre 2014

Le Vice Président Joseph.R.Biden a battu en retraite devant une foule en colère  à Kiev ce vendredi quand ses agents des services secrets ont décidé que la situation n’était pas sûre.

M.Biden devait rencontrer le président ukrainien Petro Poroshenko  dans un endroit au centre de Kiev où les manifestants avaient été tués  au début de cette année au cours de la révolution du pays. Mais son cortège a rencontré une foule importante et « indisciplinée », dont beaucoup criaient « honte » à  Poroshenko   pour avoir omis de traduire en justice les responsables des massacres.

Selon un journaliste du pool voyageant avec M. Biden, le Service secret « a décidé [que] ce n’était pas une bonne idée pour Biden de prendre un bain de foule 

« Une foule d’environ une centaine de personnes, des hommes surtout âgés et des femmes, s’était réunie autour d’un ensemble  de photographies, placées sur le sol devant une grande croix en bois, »  a dit le journaliste dans son compte-rendu. « Ces photos, disaient-ils étaient celles de,  leurs enfants tués. »

Le cortège des automobiles du vice-président a fait demi-tour et a rencontré M. Poroshenko peu de temps  après que le président ukrainien  ait réussi à émerger de la foule.

M. Biden aurait du mettre des fleurs au site du mémorial. Il a rencontré plus tard le Premier ministre ukrainien Arseniy Yatsenyuk

« Une foule d’une centaine de ^personnes, surtout des vieillards et des femmes, s’étaient rassemblés autour d’une collection de photographies, placé sur le sol devant une grande croix de bois, » dit le rapport . « C’étaient , disaient-ils, des photos de leurs enfants avaient été tués. »

Le Cortège du vice président en retournant sur ses pas  a rencontré peu de temps après  Petro Poroshenko quand  le Président ukrainien a émergé de la foule.

M. Biden devait  déposer des fleurs sur le site du Mémorial. Il a plus tard rencontré le premier ministre ukrainien Arseniy Yatsenyuk.

Plus tard dans la journée, M.Biden a rendu hommage aux morts de la révolution à un autre  mémorial situé lui  près de la bibliothèque du Parlement ukrainien à Kiev. Il a demandé à être accompagnée sur le site  par le correspondant de Voice of America, Miroslava Gongadzé, une journaliste ukrainien qui fait partie de la presse itinérante à bord d’Air Force Two auprès de M.Biden.

L’époux de Mme Gongadze, un journaliste d’investigation, avait  été tué par la police du gouvernement à Kiev il y a plus de dix ans.

M.Biden a posé un bouquet de fleurs, et ils sont restés  ensemble au mémorial pendant environ cinq minutes, après quoi M.Biden  l’a invitée à se joindre à lui dans sa limousine pour un  bref trajet jusqu’à son prochain rendez-vous.

Read more: http://131.253.14.125/proxy.ashx?h=CHzOo0bl1cpmFXcztLz6-o4suGJEcIN3&a=http%3A%2F%2Fwww.washingtontimes.com%2Fnews%2F2014%2Fnov%2F21%2Fjoe-biden-retreats-from-angry-crowd-in-ukraine%2F#ixzz3JnlA2QPC

 
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Publié par le novembre 22, 2014 dans Uncategorized

 
 
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