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Cents avions pour bombarder l’Iran par Gerard Fredj

21.02.2012 – 28 Shevat 5772 
Un article du New York Times, rédigé avec plusieurs experts militaires proches du Pentagone, analyse la complexité d’une éventuelle intervention militaire israélienne contre les installations nucléaires iraniennes.

Selon ces experts, l’opération israélienne nécessiterait au moins une centaine d’avions, qui, tous, auraient besoin d’être ravitaillés en vol.
Avant de pouvoir bombarder simultanément plusieurs sites liés à la filière nucléaire iranienne, les appareils devraient affronter l’aviation iranienne et la défense anti-aérienne.

Pour les experts, une telle opération serait très différente de la “frappe chirurgicale” contre le réacteur nucléaire syrien en 2007, ou le réacteur irakien Osirak en 1981.

Selon le général David Deptula, un responsable de l’US Air Force qui a pris sa retraite l’année dernière et a planifié les campagnes américaines en Afghanistan et durant la guerre du Golfe, “ce sera tout sauf facile”, ce que confirme Andrew Hoehn, un ancien du Pentagone – le ministère américain de la Défense.

Pour Michael Hayden, ancien directeur de la CIA de 2006 à 2009, l’opération est “au-delà des capacités militaires israéliennes”, en raison de la distance, mais également de “l’ampleur que nécessiterait une telle opération”.

Selon les experts, la première difficulté que devront affronter les avions israéliens, est bien entendu, la distance.
Trois routes sont possibles: la première, au nord, implique un survol de la Turquie, la seconde au sud, un survol de l’Arabie saoudite, ou au centre, au dessus de la Jordanie puis de l’Irak.

Cette dernière et la plus directe et probablement la moins dangereuse puisque l’Irak ne dispose d’aucune défense anti aérienne, et que les américains, depuis leur retrait en décembre, ne sont liés au pays par aucun accord de défense.

En admettant que la Jordanie ferme les yeux sur un survol de son territoire par l’aviation israélienne, il subsiste la difficulté de la distance.
Les F-15 et F-16 israéliens peuvent transporter de lourds chargements de bombes, mais leur rayon d’action est en deçà des 3200 kilomètres à parcourir à l’aller et au retour (surtout si les appareils sont chargés et obligés de voler à haute altitude).

Et le calcul ne prend pas en compte le temps que les appareils pourraient perdre à trouver leur cible ou faire face à une attaque iranienne qui pourrait comprendre avions de chasse et missiles.

Dans tous les cas, Israël devrait utiliser des avions ravitailleurs, des “tankers”, mais il dispose d’un tout petit nombre de ces appareils.
D’après Scott Johnson, Israël disposerait de huit avions ravitailleurs de fabrication américaine de type KC-707, dont il ne sait pas s’ils sont tous opérationnels.

L’état hébreu se heurterait ensuite à un obstacle majeur : disposer de bombes assez puissantes pour atteindre les installations nucléaires iraniennes de Natanz, réputées pour être profondément enterrées, ou celle du site de Fordo- construit dans une montagne.
Sans compter que personne ne sait si les bombes américaines GBU-28 (“gorge profonde”, la bombe anti bunker) est à même de percer la protection des sites iraniens, ni si Israël dispose d’un nombre suffisant de ces charges.

Il y a quelques semaines, un ancien sénateur démocrate de Virginie, Charles Robb, conjointement avec un général en retraite recommandaient à l’administration Obama de vendre à Israël 3 avions ravitailleurs et 200 bombes anti bunker.

Le seul champ dans lequel les analystes s’accordent à reconnaitre la capacité d’Israël serait celui de la guerre électronique : d’intenses opérations de brouillage devraient permettre aux israéliens de pénétrer l’espace aérien iranien en neutralisant les radars pour créer un couloir aérien qui permettrait l’attaque –sachant que la défense anti aérienne est obsolète.

Tous les experts s’accordent donc à reconnaitre une opération militaire hors de portée pour Israël, mais également pour la plupart des pays occidentaux.
Selon eux, seuls les Etats Unis seraient à même de lancer une telle attaque avec des chances de succès optimales.
Ils disposent en effet des armements (bombes, missiles, avions furtifs, ravitailleurs etc).

Pour les USA, la question du ravitaillement en vol est moins cruciale en raison des bases aériennes dont le pays dispose au Qatar, en Grande Bretagne, ou à Diego Garcia dans l’océan indien.
Selon le général Deptula, ” seule une super puissance a les moyens de mener à bien une telle opération, et il n’y en a qu’une”.

Ces longues analyses peuvent cependant relever des grandes manœuvres entamées par les USA pour dissuader une intervention israélienne, en faisant notamment douter l’état hébreu de ses capacités militaires dans cette opération.

Israël n’a jamais, en effet, prétendu détruire le programme nucléaire iranien ou renverser le régime des mollahs, mais simplement retarder la marche iranienne vers le nucléaire.
De l’efficacité des frappes dépendront le retard que prendra le programme iranien, mais également l’étendue éventuelle des représailles iraniennes.

Et comme après chaque conflit, il faudra ensuite négocier la fin des hostilités.
Dans les conflits dans lesquels Israël a été impliqué, ces négociations se sont souvent tenues sous les auspices des Etats-Unis, qui mis au pied du mur, pourraient refuser cette fois ci ce rôle médiateur.

D’autres analyses estiment qu’une frappe israélienne pourrait, au contraire, durablement retarder l’Iran dans sa course au nucléaire; nous les publierons ultérieurement.

 

 
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Publié par le février 22, 2012 dans Asie, guerre et paix

 

Grèce. Témoignage d’une française qui y vit depuis 20 ans

Grèce. Témoignage d’une française qui y vit depuis 20 ans

Vendredi 10 février 2012

Par Marie-Laure Veilhan
Traductions grec-anglais-français
Aighion
Tel/Fax : 00 30 26910 24157
Mob : 00 30 697 33 600 20

Permalien vers cet article

(…) À lire la une du Monde, vous ne risquez pas la surinformation à propos de la Grèce…
Donc, les chefs des 3 partis soutenant le gouvernement non élu de Papadimos (ex-Goldman Sachs, ex-gouverneur de la Banque Centrale de Grèce…), à savoir : Papandréou (Pasok), Samaras (Néa Dimokratia, droite), Karatzaferis (Laos, extrême-droite) se sont réunis, pour faire semblant de négocier (on savait depuis le départ qu’ils diraient oui à toutes les exigences de la Troïka.
Résultat des courses (j’en oublie forcément) :

  1. suppression des conventions collectives, tout le monde à la même enseigne, élargissement de la dérégulation, emploi à temps partiel, conditions d’embauche spéciales pour les – de 25 ans (voir + bas)
  2. baisse de 22 % du salaire minimum (le portant à 600 euros bruts ; soit env. 480 nets) cela influe sur TOUTES les primes (enfants, mariage, diplômes…) qui s’ajoutent éventuellement au salaire de base et sont calculées à partir du salaire min.
  3. 10 % de baisse en plus pour les – de 25 ans (donc salaire de base à 527 euros bruts pour eux, moins de 400 euros nets, à condition bien sûr de travailler à plein temps).
  4. gel du salaire minimum pour 3 ans (jusqu’en 2015)
  5. gel des primes à l’ancienneté tant que le chômage ne sera pas à moins de 10 % (les calendes grecques, quoi)
  6. baisse de 2 % des cotisations sociales en 2012, et de 13 % en 2013
  7. baisse des grilles des salaires dans la fonction publique (et bien sûr ce n’est pas la première)
  8. baisse de 15 % des retraites complémentaires (pour toutes les retraites complémentaires, quel que soit le montant total perçu par les retraités)
  9. la question des retraites principales reste ouverte
  10. baisse de 15 % des retraites principales à DEI (équivalent d’EDF), OTE (le téléphone) et dans les banques nationalisées ou semi
  11. suppression directe de 15.000 postes dans la fonction publique, et de 150.000 (par non-reconduction de postes après retraites, etc.) d’ici 2015.

Les enfants font cours dans des écoles sans chauffage, on attend toujours les livres (mais cela paraît franchement anodin comparé à tout le reste), pour faire des examens à l’hôpital, il faut avancer les frais (et être remboursé à 70 %, si la caisse de Sécu existe encore à la date du remboursement…) et comme on ne paie pas nos impôts divers (on est imposable à partir de 5.000 euros par an…, + impôt sur la propriété, et bon nombre de Grecs, pauvres par ailleurs, sont propriétaires, etc., etc.)… on nous fait une ponction à la source sur nos salaires.

Mon dernier salaire (janvier, sans la ponction automatique d’environ 30 euros pour impôts, et avant les baisses annoncées aujourd’hui) était de 758 euros. Byzance, quoi.
Mon loyer est de 320 euros, le fuel est à 1,06 euro le litre, l’essence à 1.69 (dans le meilleur des cas), le pain à 1.60 le kg, les patates à 0.8, le lait à 1.2 …

Dans les médias, on subit une offensive de propagande incroyable (“c’est dur, mais il faut ça pour se sauver”, “c’est l’occasion de mettre de l’ordre avec tous ces tricheurs”, etc.), et ceux, pas nombreux et seulement dans les médias alternatifs, boycottés et censurés systématiquement, qui affirment qu’il faut dire non, refuser ce prêt et tout ce qui va avec, et retourner à la drachme qui nous permettrait enfin de nous remettre debout (parce que tant qu’on est ficelés par la monnaie commune, on ne peut rien faire, sinon être plongés encore un peu plus dans la récession), sont accusés de folie, communisme, enfin bref de tous les maux de l’humanité.

Le gouvernement NON ÉLU et placé là au mépris de la constitution signe un arrêt condamnant la Grèce pour les 50 prochaines années (ce n’est pas une exagération). C’est systématique, organisé, délibéré, et ça fonctionne.
Les Allemands, après avoir retiré leur demande de placer un proconsul en Grèce (ça a provoqué un tollé, même chez les Allemands !), insistent pour que soit créé un compte spécial, destiné au service de la dette, et géré… par eux (les créanciers). On ne précise nulle part qu’ils veulent, c’est un fait, que ce compte soit alimenté non seulement par le prêt à venir, mais aussi par les recettes de l’État, si besoin est.
Ça a un nom : colonisation.

On va monter à Athènes avec Christos, on ne sait franchement pas trop pour quoi faire, encore, je vous tiendrai informés. Je sais que vous faites tout ce que vous pouvez pour faire passer les infos, continuez, c’est la première chose à faire, on a vraiment besoin de votre soutien.
(…) Transmettre par email

Par Marie-Laure Veilhan
Traductions grec-anglais-français
Aighion
Tel/Fax : 00 30 26910 24157
Mob : 00 30 697 33 600 20

 

 
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Publié par le février 19, 2012 dans actualités, Economie, Europe, société

 

mon amour de la clarté

Mon amour de la clarté vient de ma façon de penser si obscure. Je suis devenu un peu doctrinaire, parce que j’avais un besoin pressant de doctrine. Mes pensées s’embrouillent facilement, cela ne me trouble pas du tout de le déclarer. C’est le brouillamini qui me trouble. Quand j’ai trouvé quelque chose, je le contredis tout de suite avec violence et remets aussitôt tout en question avec chagrin, alors que juste avant je me réjouissais comme un enfant qu’au moins quelque chose me parût dans une certaine mesure assuré, me disais-je, en vue de modestes assertions. Des phtases telles que celle-ci: “la preuve du pudding c’est qu’on le mange”, ou celle-ci: ” la vie n’est que le mode d’existence du blanc d’oeuf ” me rassurent extraordinairement, jusqu’à ce que je tombe de nouveau dans les embarras. Même les scénes qui se produisent entre des hommes, je les note à proprement parler que parce qu’autrement je ne peux me les représenter que très indistinctement.

La foi de la classe prolétarienne dans sa victoire finale me plaît beaucoup. Sa foi, par-là étroitement liée à tant d’autres choses qu’on leur dit me trouble, il est vrai

J’ajouterai en remerciant bertolt Brecht d’avoir dit si bien ce que je pense que le trouble ne cesse de croître…  Le brouillamini est tel que je ne suis même plus rassurée par “la preuve du pudding c’est qu’on le mange” puisque la preuve de l’anti-impérialisme est le négationnisme, la preuve de la merde c’est qu’on l’avale… Ceci, comme on dit en espagnol, pour tous les “come-mierda” qui m’écrivent pour me dire que le négationnisme est l’avenir du peuple et bricmont son prophète…

 

 
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Publié par le février 19, 2012 dans humour, litterature

 

Tu ne ( te ) tueras pas par Uri Avnery

Tu ne ( te ) tueras pas par Uri Avnery

Février 2012

Quand Israël fut proclamé, Dieu apparut à David Ben Gourion et lui dit :
“Tu as créé un état pour le peuple que j’ai élu, sur ma terre sainte. Cela mérite une bonne récompense. Dis moi ce que tu désires et tu seras exaucé.
Ben Gourion répondit : ” Dieu tout puissant, je veux que chacun en Israël soit avisé, honnête et membre du parti travailliste”.
“Mon très cher”, dit Dieu, “c’est trop, même pour le tout puissant. Mais je déclare que chaque israélien pourra être deux des trois”.
Depuis lors si un israélien est avisé et membre du parti travailliste, il n’est pas honnête. Si il est honnête et travailliste, il n’est pas avisé. Et s’il est avisé et honnête, il n’est pas travailliste.

Cette histoire faisait un tabac dans les années 50. Après 67 on la remplaça par un autre tout aussi drôle.

Elle est comme ça : beaucoup d’israéliens demande à Dieu que leur état soit Juif et démocratique et qu’il s’étende partout entre la méditerranée et le Jourdain. C’est trop même pour le tout puissant. Alors il leur a demandé de choisir : ou un état juif et démocratique mais sur un bout du pays, ou un état sur tout le pays qui sera juif mais pas démocratique ou un état sur tout le pays qui sera démocratique mais alors qui ne sera pas juif. A quoi j’ajouterai une quatrième option, un état juif et démocratique sur tout le pays après l’avoir débarrassé de tous les arabes – quelques 5,5 millions aujourd’hui, en progression rapide.

C’est le choix que nous devons faire aujourd’hui, comme depuis 45 ans au moins. Les alternatives sont simplement devenues plus claires.

Autant qu’on puisse le prévoir, le quatrième choix peut être exclu. Les circonstances qui ont permis en 1948 l’expulsion de plus de la moitié du peuple palestinien hors du territoire de ce qui est devenu Israël étaient uniques et ne sont pas près de se présenter dans les décennies à venir.
Nous devons donc faire avec la réalité démographique présente.
Le gouvernement actuel est déterminé à empêcher toute paix qui l’obligerait à abandonner une partie des territoires occupés ( 22 % de la Palestine d’avant 48 ). Et il n’y a personne, par ailleurs, qui soit prêt à l’obliger à le faire.

Qu’est-ce qu’il reste ?
Un état qui sera ou non-démocratique ou non-juif.

Du train où vont les choses, il est clair que la première possibilité sera accomplie, ou, plutôt s’accomplira d’elle même. Pas besoin de décision consciente, car c’est la mauvaise situation qui existe déjà, de fait.

Cela veut dire, un état d’apartheid, pour reprendre la formule choc bien connue : un état où chaque instrument du pouvoir est entre les mains de la majorité israélienne-juive ( quelque 6,5 millions de personnes )et où les palestiniens citoyens israéliens jouissent de droits limités. Les palestiniens de Cisjordanie occupée, de Jérusalem Est et de Gaza n’ont aucuns droits, qu’ils soient nationaux, humains ou civils.

La situation actuelle d’occupation “temporaire” peut durer indéfiniment, et elle est même idéale dans cet objectif. Toutefois, il se peut qu’un gouvernement futur, qui serait encore plus nationaliste, pourrait changer formellement la situation en annexant ces territoires à Israël. En pratique, cela ne ferait aucune différence.

Du point de vue de beaucoup d’israéliens, la situation peut durer indéfiniment. Le slogan officiel est : “Nous avons pas de partenaire pour la paix”.

Mais est-ce que ça peut vraiment durer ? La population palestinienne du pays grossit rapidement, et très bientôt elle sera majoritaire. Les idéalistes qui attendent cela comme ” la solution d’un seul état” croit que l’état d’apartheid deviendra petit à petit “l’état de tous ses citoyens”.

Si, après des décennies d’oppression, de guerre civiles,d ‘atrocités et autres plaies, cela advenait pour de bon, très vite on aurait un état palestinien, avec une minorité juive, comme les blanches en Afrique du Sud aujourd’hui. Ce serait la négation de toute l’entreprise sioniste, dont le but essentiel était d’avoir un endroit dans le monde où les juifs seraient la majorité. La plupart des Juifs israéliens émigrerait probablement.

Pour une israélien, cela signifierait un suicide national. C’est pourtant ce qui arrivera inévitablement si l’état continue son cours actuel.

Si quelqu’un veut se tuer, comme c’est son droit, il a plusieurs moyens de le faire : le poison, la balle, la corde, le saut dans le vide et c. . Un état, Israël a aussi plusieurs options.

Hormis la bombe à retardement externe ( “la solution à un état “), Israël a aussi une bombe à retardement interne, qui peut s’avérer encore plus dangereuse. Comme la première option, la seconde est aussi très avancée. Si la première option dépend, au moins en partie, de facteurs extérieurs, la seconde est totalement un produit maison.

Quand Israël vit le jour, les juifs orthodoxes étaient une petite minorité. Puis Ben Gourion a eu besoin d’eux pour sa coalition, et leur donna des privilèges qui lui paraissaient pas cher payés. Les orthodoxes eurent droit à leur propre système d’éducation, financé par l’état, et furent exemptés du service militaire.
Soixante ans plus tard, ces privilèges ont pris des proportions gigantesques. Pour compenser les vies perdues pendant l’Holocauste, et pour accroitre la population juive, le gouvernement israélien a encourager la croissance naturelle par une aide généreuse pour les enfants. Comme les religieux de tous types se reproduisent plus que tous autres israéliens ( les arabes musulmans exceptés ), leur part dans la population a augmenté à toute vitesse.

Les familles orthodoxes comptent en général de 8 à 10 enfants. Tous vont dans des écoles religieuses, où ils ne font qu’étudier les textes religieux et ne font aucun acquis utile pour travailler dans une société moderne. Ils n’en ont pas besoin puisqu’ils ne travaillent absolument pas, consacrant leur vie entière à l’étude du Talmud. Ils n’ont pas à interrompre l’étude de textes morts, parce qu’ils ne servent pas dans l’armée.

Ce qui était un phénomène marginal aux premiers jours de l’état devient maintenant une urgence nationale. Depuis le début, presque tous les gouvernements ont eu besoin des partis religieux, parce qu’aucun parti n’a jamais eu une majorité à lui seul à la Knesset. Presque tous les partis de gouvernement ont eu à récompenser leurs partenaires religieux avec des subsides supplémentaires pour les enfants et les adultes, encourageant de la sorte l’accroissement d’une population qui, ni ne sert dans l’armée, ni ne travaille.

L’absence des orthodoxes de la force de travail a des effets sévères sur l’économie, attestés par les institutions financières mondiales. Leur absence de l’armée – ainsi que celle des citoyens arabes, qui ne sont pas conscrits pour d’autres raisons – signifie que, sous peu, c’est près de la moitié de la population mâle qui ne servira pas dans l’armée. Cela oblige les autres à trois années pleines de service, ainsi qu’à des rappels pour la réserve pendant bien d’autres années.

De plus, bientôt, la moitié des enfants de primaire en Israël seront des enfants de religieux, destinés à vivre sans travailler, sans payer d’impôts ni servir dans l’armée – tout cela aux frais d’un nombre décroissant de non-orthodoxes.

Récemment, devant l’acrimonie croissante entre religieux et non-religieux à Beit Shemesh, à 25 km à l’ouest de Jérusalem, les séculiers ont demandé la division de la ville en deux, une moitié orthodoxe, l’autre séculière. Le ministre de l’intérieur, lui-même leader d’un parti orthodoxe, a rejeté cette requête. Comme il l’a expliqué avec candeur, les religieux ne travaillant pas et ne pouvant payer de taxes municipales, ils ne pouvaient financer une ville à eux. Ils comptaient sur les séculiers pour travailler et payer.

Cette situation grotesque traverse l’état. On peut calculer quand l’édifice tout entier va s’effondrer. Les institutions financières internationales, ainsi que les experts israéliens prévoient un désastre. Mais notre système politique ne fait rien pour changer cela. Le poids des partis religieux est plus lourd que jamais.

Une autre méthode de suicide

Une troisième méthode est moins dramatique. Israël, rapidement, devient un état dans lequel les gens normaux n’auront simplement pas envie de vivre.

Dans son ouvrage monumental sur les Croisades, feu Steven Runciman, l’historien britannique, a soutenu que l’état croisé n’avait pas disparu du fait d’une défaite militaire, mais parce que trop de ses habitants l’avaient quitté et étaient rentrés en Europe. Bien que nombre d’entre eux aient été de la 4 ème voire la 8 ème générations de croisés, l’état croisé avait perdu tout pouvoir d’attraction sur eux. L’état de guerre perpétuelle et la stagnation intérieure les avaient poussés ailleurs. L’état disparut quand le nombre de ceux qui partaient outrepassait de beaucoup celui de ceux qui venaient.

Les croisés se sentaient appartenir plus à la Chrétienté qu’au local Royaume de Jérusalem. Aujourd’hui, beaucoup d’israéliens se sentent d’abord Juifs, membres d’un peuple-monde, et seulement ensuite israéliens.

Cela facilite l’émigration.

Un état sans démocratie, sans égalité, se condamnant lui-même à une guerre sans fin, dominé par des fanatiques religieux, où le fossé entre une pauvreté abjecte et l’immense richesse d’une poignée est d’année en année plus profond, un tel état paraît de moins en moins attirant pour une jeunesse brillante qui peut facilement trouver ailleurs une vie meilleure, tout en conservant son identité juive.

Cela aussi est une forme de suicide national.

Par nature JE NE SUIS pas, un prophète de malheur. Bien au contraire.
Nous pouvons facilement prévenir tous ces dangers. Mais d’abord, nous devons les reconnaître et voir où ils nous mènent.

Je pense que le peuple d’Israël – la nation israélienne – a la volonté de survivre. Mais, pour survivre, elle doit se réveiller de sa stupeur apathique et changer sa course – aller vers une paix basée sur la solution de deux états, la séparation de la religion et de l’état et bâtir un ordre social nouveau.

Dans la religion juive, le suicide est un péché. Il serait ironique que les historiens du futur en viennent à conclure que “l’état Juif” s’est suicidé.

tr Jacques Jedwab, Marseille, France pour le Cercle Juif pour une Paix Juste

 
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Publié par le février 19, 2012 dans Asie, guerre et paix, histoire

 

Un temps de mise à distance par danielle Bleitrach

Un temps de mise à distance par danielle Bleitrach

J’ai décidé pour quelques temps d’interrompre un peu l’alimentation de ce blog pour diverses raisons. D’abord parce que cette campagne électorale m’emplit de stupeur et d’ennui tant l’art de l’esquisse et le goût du dévoiement semblent se substituer au débat citoyen.

C’est un bal masqué avec la tristesse des cotillons que l’on jette pour donner l’illusion du mouvement…

Ensuite parce qu’il faut toujours le hasard de l’anecdote pour que l’on prenne une décision, pour que l’on mesure le degré de saturation éprouvé. Ce qui par parenthèse prouve à quel point quand le monde va mal et peut-être même quand il va bien l’être humain est heureux ou malheureux pour des choses trés simples… Si je vous dis cela c’est que mardi après-midi dans le cadre d’un cours de cinéma j’ai découvert un film superbe du Turc Nuri Bilge Ceylan intitulé Climats.

Tout débute dans la touffeur de l’été méditerranéen et va se terminer dans la brume et la neige, comme dans un film d’Angelopoulos, de l’Anatolie. Le premier plan vous saisit. Bahar, une femme, contemple un homme en train de photographier des ruines d’un temple.  est-ce qu’ils s’aiment, peut-être mais tout au long du film  l’amour passe sur eux comme un nuage et s’efface aussitôt dans le malentendu. Il y a là deux incapacités narcissiques à se rejoindre, deux individus, un homme, une femme, un professeur d’université, une décoratrice à la recherche d’une utilité. L’amour passe, se lézarde sans un mot, dans un regard, un champ, un contrechamp, la violence du refus s’impose tout aussi fugace. Ce qui est frappant est non seulement la sucession de tableaux composés magnifiquement mais l’économie des mots, le film est presque muet mais nous sommes traversés par ces choses simples qui créent le malheur ou le bonheur et rendent le couple impossible.

Le contraire de ce vain bavardage politique et je me suis dit en voyant ce film que je n’avais plus de temps à perdre : il me fallait absolument terminer ce livre sur Brecht et lang, sur le fait que le nazisme n’a jamais été éradiqué, question d’actualité. Mais aussi le midi dans l’attente du film, il y a eu ce déjeuner, cette discussion avec Barbara où elle m’a expliqué comment une jeune femme d’une trentaine d’années bourrée de talent ne s’autorise pas à devenir auteur. Nous tentons de comprendre ce qui nous bloque, pourquoi j’ai toujours voulu avoir des co-auteurs alors que dans certains cas j’écrivais 90% du livre, pourquoi j’ai tant de mal à terminer celui-ci. Est-ce parce que nous sommes des femmes ? OU est-ce question d’époque, ce que nous avons cru conquérir nous est repris insidieusement ?

Le pire n’est pas seulement le brouillage, ce climat bouffon, ce bal masqué, il est dans le retour en force de l’imbécilité, de ce que Picasso peint dans Guernica le masque de la brutalité bestiale. La brutalité au front de taureau.

Un ami qui était censé me vouloir du bien m’a ainsi expédié une video de Soral qui traite de mon cas qui serait d’école : la juive antisioniste. On a tenté de me l’expédier de plusieurs voies en particulier à travers facebook, non seulement je n’en ai pas pris connaissance mais j’ai mis un bloquage sur tous ceux qui voulaient m’informer de la voix de leur maître. Là il s’agissait d’un lien envoyé par courriel, j’ai tenté d’écouter ce que ce gars erratique avait à dire, que j’étais la preuve que le juif antisioniste est pire que le sioniste. Puisque l’antisioniste revendique son aspect cosmopolite donc parasitaire, il est le juif éternel errant comme il se doit… Le caravanier, le passeur, le traducteur, celui qui cherche l’universel serait donc un “parasite” et ce crétin qui vit de dieu sait quoi, un être utile. J’ai trouvé ça d’une incroyable bêtise mais quand l’individu en question a déclaré que j’étais sans doute en pleine confusion sénile puisque j’étais une vieille dame, j’ai été envahie par la conscience que tout cela ne méritait pas une seconde de plus d’attention. Et j’ai définitvement interrompu l’écoute en songeant au temps où cela aurait pu me faire de l’effet.

J’en ai assez de cette ronde macabre de faux anti-impérialistes et qui n’ont même plus de convictions fascistes mais s’épuisent dans le narcissisme ordinaire et disent n’importe quoi pour tenter d’arracher leur vaine personne à l’anonymat. Cet homme cherchait à me plumer comme si j’avais été la vieille Bettencourt et lui le photographe homosexuel intimidant la milliardaire. Il lui fallait s’emparer de mon petit patrimoine de notoriété pour exister…

En fait “la vieille dame” qui n’est pas beaucoup plus âgée que ce sous-développé s’est sentie comme l’héroïne à peine pubère de lewis Caroll. Souvenez-vous d’Alice confrontée au tribunal de la reine de coeur  qui hurle qu’”on lui coupe la tête”. Alice grandit, grandit et finit par leur crier “vous n’êtes qu’un stupide jeu de carte”. Comme le disent les Algériens ou les Espagnols, je suis une personne major, une personne grande… Il était temps…

Parce que si le nazisme n’a jamais été éradiqué monsieur Soral sans la werhrmacht et les barons de la Ruhr c’est une toute petite chose molle qui joue les machiste et les violeurs de vieille dame à la Guy george… pour lui voler la vedette  en jouant les provocateurs, les assassins de mamys séniles… C’est du Guéant, du dérapage contrôlé pour participer au caquetage général.

Il n’y a qu’une chose d’exacte, je ne sais pas si je suis vieille mais j’ai conscience de ne pas avoir une minute à perdre et j’ai triomphé d’une part de mes angoisses, je sais reconnaître un matamore sans influence sur ma vie et un véritable danger politique.

Le danger est dans ce vide par rapport à un peuple en crise, vide général y compris de ce côté de l’extrême-droite.

Donc je me suis remise au travail, à ce que je déteste le plus, corriger les fautes de frappe, celle d’orthographe, de syntaxe, préciser une pensée en la dégraissant des redites  et des confusions. Stendhal appelait ça s’aiguiser le bec comme un canari sur un os de seiche…

Voilà alors peut-être dans un jour, une semaine, un mois je reviendrais en attendant au boulot et cultivons nos amis, parents et jardin…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le février 9, 2012 dans mon journal

 

Theo Angelopoulos victime du budget d’austérité grec?

Theo Angelopoulos victime du budget d’austérité grec?

Les services de secours désorganisés ont bien trop tardé avant de parvenir jusqu’au cinéaste accidenté.

… Encore sous le choc de la disparition du grand cinéaste Theo Angelopoulos, fauché par une moto mardi à Athènes, les Grecs ont appris avec effarement les circonstances de son décès. Selon la presse locale, le lauréat de la palme d’or au Festival de Cannes en 1998 a attendu entre trente-cinq et quarante minutes l’arrivée d’une ambulance. Ioannis Houssos, un représentant syndical des ambulanciers, a mis en cause le manque de personnel et d’entretien du parc ambulancier. Selon lui, un premier véhicule dépêché par un hôpital du centre-ville était tombé en panne.

Il a dû être remplacé par une deuxième ambulance. Mais c’est un troisième véhicule, trouvé dans un hôpital plus proche, qui arrivera finalement sur les lieux de l’accident. En vain. Le réalisateur est décédé à l’âge de soixante-seize ans d’une hémorragie interne, dans un hôpital près du Pirée. «Il avait été admis dans l’unité des soins intensifs, il souffrait de graves blessures crâno-encéphaliques, d’hémorragie interne, de plusieurs fractures partout, au thorax, au bassin, au pied droit et au bras gauche. Il a même subi des arrêts cardiaques au cours de son hospitalisation avant d’être admis dans la salle d’opération. Mais il a finalement succombé à ses blessures», a indiqué à l’AFP Georges Georgiades, directeur de l’unité des soins intensifs de la clinique privée Metropolitan. Les services d’urgence de la capitale ont annoncé l’ouverture d’une enquête interne sur la lenteur des secours. La mort accidentelle de Theo Angelopoulos illustre le délabrement d’un secteur de santé sous perfusion depuis la mise en œuvre de la politique d’austérité imposée par les bailleurs de fonds internationaux (FMI, UE, BCE).

La semaine dernière, le gouvernement a indiqué que les dépenses dans le secteur de la santé avaient culminé à 10,6milliards d’euros en 2009 et qu’il prévoyait de les ramener à 7milliards d’euros cette année. «Si nous n’y arrivons pas, les retraites devront être réduites de 12%», a prévenu le ministre du Travail, George Koutroumanis. Le 2janvier, les médecins et les pharmaciens en Grèce ont entamé une grève de deux jours pour protester contre ces mesures d’austérité. Une récente étude britannique de David Stuckler, sociologue à l’université de Cambridge, publiée dans le journal médical The Lancet, a établi un parallèle inquiétant entre les mesures d’économie et la santé des Grecs.

«Nous constatons (…) un doublement des cas de suicide, une hausse des homicides, une augmentation de 50% des infections au virus HIV et des gens nous disent que leur santé a empiré mais qu’ils ne peuvent plus consulter de médecin, même s’ils devraient le faire», indique l’enquête. Son collègue Martin McKee est formel: «Ce qui a lieu en Grèce montre ce qui peut se passer en cas de coupes budgétaires importantes dans le domaine de la santé.»

Damien Roustel

 
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Publié par le février 7, 2012 dans cinema

 

La Chine découvre la face sombre d’Apple dans ses usines

La Chine découvre la face sombre d’Apple dans ses usines
Pierre Haski | Cofondateur Rue89
on ne peut pas dire que Pierre Haski soit tendre envers la Chine et dans cet article où il décrit l’exploitation de Apple et de son sous traitant taiwanais, il se débrouille par internaute interposé de faire retomber le problème sur “le système chinois”. Avec une manière bien de chez nous de reconnaître une pincée de mauvaise conscience devant l’utilisation de produits Apple, “mais qu’est-ce que j’en peux sinon de continuer à critiquer la Chine” me paraît être la conclusion appropriée à un article bien informé par ailleurs.

Mis à jour le samedi 28 janvier 2012 à 21h10

Avec la liste des autres produits fabriqués par Foxconn

Capture d’écran du site du New York Times

Il y a le miracle Apple, universellement célébré.

Et il y a la face sombre du miracle, des conditions de travail indignes chez les sous-traitants qui produisent l’iPhone, l’iPad et autres produits qui font le succès – et les profits – de la firme américaine.

Le New York Times a effectué cette semaine une plongée en deux parties dans l’univers d’Apple :

  • la réussite économique de la société
  • un regard implacable dans l’enfer des sous-traitants d’Apple en Chine, et en particulier la société taiwanaise Foxconn, qui possède de nombreuses usines sur le continent (et fabrique d’autres produits de masse comme le Kindle d’Amazon, la PlayStation de Sony, la Wii de nintendo, ou la Xbox 360 de Microsoft comme nous le font remarquer plusieurs commentateurs).

La longue enquête du quotidien américain, signée par Charles Duhigg et David Barboza, fait état de conditions de travail « dures » (« harsh »), de règles de sécurité inexistantes ou bafouées, d’accidents du travail, et, cela avait été rapporté plusieurs fois par le passé, de suicides d’employés poussés à bout.

« Le sang et de la sueur de nos ouvriers »

L’enquête du New York Times a été traduite en chinois, et publiée sur le site du magazine économique Caixing, réputé pour son audace journalistique. Il a suscité un très vif débat, dans un pays où les produits Apple sont tellement demandés qu’il y a récemment eu une émeute lors de la mise en vente d’un nouveau modèle d’iPhone à Pékin…

Les réactions des Chinois sont révélatrices du climat politique de défiance dans la Chine d’aujoud’hui. Quelques extraits :

« Je lis ce récit et je suis triste. Apple n’est pas seule à encourir un blâme. C’est aussi le système qui permet ce genre de situations. Le “made in China” ne devrait pas être synonyme du sang et de la sueur de nos jeunes ouvriers ».

« Lorsque des gouvernements locaux cherchent attirer de nouveaux investissements, la première chose qu’ils mettent en avant, c’est le faible niveau du prix de la main d’oeuvre. C’est pathétique. »

« Voici deux regards sur Apple. L’un sur sa brillante réussite financière, l’autre sur le sang et les larmes qui ont permis le miracle d’Apple. Je conseille vivement aux fans d’Apple de lire ça. Les entreprises devraient assumer leurs responsabilités sociales, tout comme leurs clients devraient eux aussi être responsables et comprendre les enjeux. »

Un autre nuance cette condamnation sans appel :

« Si les gens réalisaient le type de vie que ces ouvriers avaient avant de trouver un emploi chez Foxconn, ils arriveraient à la conclusion diamétralement opposée : Apple est un philanthrope. »

La main d’œuvre, c’est 2% du prix de revient


Coût et bénéfices d’un iPad (en anglais, cliquez pour agrandir) (The Economist)

L’enquête du New York Times et les accusations régulièrement lancées par les associations de défense des droits des travailleurs – les syndicats indépendants sont interdits en Chine – sont d’autant plus accablantes que d’autres informations indiquent le faible poids de la main d’œuvre chinoise dans le produit fini vendu au prix fort par Apple.

L’hebdomadaire britannique The Economist indique en effet que le coût de la main d’oeuvre chinoise n’entre que pour 2% dans le prix de revient d’un iPad, la tablette d’Apple qui se vend par millions d’exemplaires dans le monde.

Considéré comme un produit « Made in China », l’iPad est en réalité fabriqué à partir de composants provenant surtout de Corée du Sud, du Japon et de Taiwan, et la part du lion des bénéfices va au concepteur américain et à ses actionnaires.

Une belle histoire de mondialisation qui explique comment Foxconn et les sous-traitants profitent au maximum des conditions sociales a minima de la Chine pour comprimer les prix.

Tim Cook, le nouveau PDG, écrit aux salariés

Apple tente de contrer cette vague montante d’informations négatives en soulignant qu’elle a rédigé un « code de conduite » pour les fournisseurs de la société, qui leur demande de proposer des conditions de santé et de sécurité correctes dans leurs usines, et de traiter leurs salariés « avec dignité et respect ».

Quant à Tim Cook, le nouveau patron d’Apple, il a adressé un e-mail aux 45 000 salariés du groupe dans le monde, dont certains en Chine, dès la parution de l’enquête du New York Times :

« Nous nous soucions de nos travailleurs partout dans le monde [...]. Toute tentative de dire que nous ne nous y intéressons pas est ouvertement fausse et insultante. »

Ces dénégations seraient plus crédibles si Apple se donnait les moyens de faire respecter ses règles, et en particulier auprès de son réseau de sous-traitants chinois.

Dans le New York Times, Li Mingqi, un ancien cadre de Foxconn qui poursuit son ancien employeur pour licenciement abusif, déplore :

« Apple ne s’est jamais préoccupé d’autre chose que de l’accroissement de la qualité des produits, et de la baisse des coûts de production. »

Foxconn s’apprête à reproduire ce système au Brésil, pour développer sur place la production d’iPad. Il sera intéressant de voir dans quelques temps si, dans un autre pays émergent dans lequel la société civile a un poids plus fort qu’en Chine, le coût de la main d’œuvre reste à 2% du prix de revient…

En attendant, il est peu probable que ces informations détournent les fans d’Apple de leurs produits préférés. Tout au plus auront-ils – et moi avec –, un peu de mauvaise conscience lors de leur prochain achat.

 
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Publié par le février 7, 2012 dans Asie, Economie, société

 

Tribulations de ma copine Maria en Chine (Haiyang) les conditions de vie et de travail

bonjour ma copine,

 Le festival des lanternes et

bien sur ce n est pas Haiyang Shanghai mais Haiyang province de Shandong (c’est presque la Chine profonde).
c’ était hier soir,
 il est maintenant six heures du matin, ( 11 h du soir en France ) dehors la neige tombe en fine pluie et le froid humide fait perler les vitres de vapeur. faut dire qu ici le double vitrage n’ existe pas, donc dans cet hôtel pour l’ instant encore le meilleur de la ville, des double rideaux isolent des phénomènes météorologiques. mais j’ ai lu que vous n étiez pas épargnés non plus en matière de neige et de froid…..
 
je te joins ci après un texte explicatif sur le Festival des Lanternes, dernière grande fête de la Fête du Printemps. en regardant la tele j’ai pu voir notamment sur la chaine de télé militaire… des reportages opérés dans différents lieux a travers la Chine et certains étaient magnifiques. ici a Haiyang, Shandong, tout le monde était agglutine sur la grande place face a mon hôtel et aux fenêtres de ma chambre, donc bien au chaud, j’ai pu assister aux feux d’artifices, tous privés sans coordination dans un joyeux chaos et sans l’ombre d un pompier à l’horizon.
La grande place est illuminée d’arches de dragons tigres et autres décoration aux formes et couleurs a dominante rouge, jaune et or, typiquement chinois.
Toute la journée cette place est illuminée, ce qui fait qu’a part les feux d artifices et l invraisemblable bruit rien de différent des autres jours. Mais les chinois eux ont continué par un repas de fête ou simplement en mangeant ces friandises poudre de riz enrobant une mixture faite de noix de jujubes de sésame  d’écorces de mandarines confites. Dans le sud de la Chine ces friandises peuvent être salées et donc mixture de viandes et de légumes hachées  et assaisonnée.
 
Par contre toute la ville déambulait dés le matin sur cette place et aux alentours , apparemment attendant les festivités qui commencèrent a !8 heures.
 
 Tiens il est sept heures, et l horloge type années 50 qui trône au centre de la place vient de sonner et curieusement avec des sons et harmonies d une église bien de chez nous. A tel point que je pensais, le lendemain de mon arrivée, qu il y avait dans le voisinage une église qui, comme a Mormoiron dans mon  village , compte toutes les heures de 6 heures a 22 heures a quelques différences près : à Mormoiron nous avons droit aux matines, aux vêpres, aux demies heures, et a tous les événements religieux, en plus. et je dois dire bien que parfaitement athée, cela me plait et tout, Comme les horloges domestiques, le tic tac semble ralentir le temps, mon temps, en me faisant prendre conscience de façon sonore de son existence, c’est rassurant. Longue parenthèse. Il continue a neiger le jour s ‘est maintenant levé, quelques klaxons etouffés, beaucoup plus de motocyclettes électriques  et ça c’est un bonheur pour l environnement …..
 
Je reviens a la place XinYuan d Haiyang, donc hier plus qu’a l’accoutumee dès le matin, la population a commence a affluer et surtout la population des villages alentours, paysans, pêcheurs, visages tannes, burines par la vie au grand air…. Tous affluant sur leur mobylette tractant une petite remorque ou toute la famille prend place, du plus jeune au plus vieux, emmitoufles dans d’incroyables parkas , couvertures bariolées, chaussures doublées de  fourrure synthétique. les femmes enceintes poussant un cri d effroi a ma vue et dans un geste de protection placent leurs mains sur leur ventre en se détournant aussitôt comme pour éviter qu a ma seule vue un sort soit jete sur leur enfant a naître, qui sait avec des yeux bleus peut être….
 
La grande occupation est de déambuler de voir et d être vu, pour cela les filles de l’hôtel par exemple ont passe la journée a se maquiller , se coiffer, les serveurs leur coupant les cheveux avec force rire et cris. donc, photos par ci photos par la avec toujours le sempiternel V de la victoire qu ils apprécient faire tout particulièrement. Bien sur tout le long de l avenue principale qui borde la place, les vendeurs ambulants de jouets, de ballons, les tirs a la carabine sur des ballons de baudruche, les vendeurs de poisson rouge, les photographes avec arche confectionnée avec des tiges de métal utilisées dans les bétons dits armes, et elles meme entourées de fleur en papier rose, vert, bleu, et ou trônent aussi deux splendides paons,
 
 ( Ah, voila que commencent ici et la les premiers pétards et canonnades de la journée, c’est bizarre comme cela peut ressembler au niveau sonore a une ville en guerre )
 
 Donc les vendeurs, ceux de canne a sucre, de fraises qui sentent bon , énormes mais qui n ont pas de goût, d ananas, qu’ils épluchent et sculptent en spirales, très joli, les vendeurs de cacahuètes qu ils torréfient sur place dans de petites machines fonctionnant au charbon, des vendeurs d’azalées en fleur, et des vendeurs de brochettes en tous genres, friandises pommes caramélisées, pop corn d ailleurs ils ont des hauts parleurs qui hurlent toutes la journée les memes mots : nian bang, accent 1 sur le a de nian, accent 2 sur le a de bang, mais avec l accent local……, en fait POP CORN.
 
L’ autre mot que l’on entend toute la journée c’est celui qui est comment dire….. hurle au telephone portable lorsque celui ci sonne a tout bout de champ et auquel ils s empressent  de répondre meme s ils sont entrain de vous parler,ou en pleine séance de massage chez le médecin acupuncteur du coin! Donc ce mot qu au début j’avais identifie comme TAGALAAAAA  est en fait SAMALAAAAA dont je ne connais pas l’écriture pinyin mais qui se prononce ainsi et qui veut dire suivant les interlocuteurs: Qu est ce qui va pas ? ou traduit par eux What s wrong pour les rares qui baragouinent quelques mots d anglais. pour d autres cela serait Que veux tu? mais tous crient très fort, j ai eu une explication car je parle fort, oui bien sur en viellissant je ne m entends plus aussi bien alors …. mais ici tout le monde parle hurle a des degrés inimaginables, sans aucune retenue ni discrétion et souvent même ils déclenchent le haut parleur, ainsi tout le monde en profite, multiplié par la masse on obtient un chaos qui oblige a toujours crier plus fort…..C’est très drôle à l hôtel…de luxe, les serveurs, caissières, et autres personnels s’interpellent a tout bout de champ en hurlant dans les couloirs. une des explications serait aussi que compte tenu des 4 tons plus le ton neutre voire six tons a Taiwan, ils soient obliges de parler fort pour faire entendre la différence…..
 
Une autre de leur spécialité est de dire toujours oui a une demande et de faire ce que bon leur semble. Vous commandez un taxi oui oui ok demain 6 heures, le lendemain personne, faut dire qu il neige, ou alors ils vous emmènent mais déposent ou vont chercher un membre de leur famille, ami ou eux seuls savent qui, ou vont faire le plein a l’autre bout de la ville. par contre jamais ils ne refusent une toute petite distance.
 
Dimanche, aucune incidence sur leur vie de tous les jours, les magasins ouverts, administrations aussi, faut dire qu en parlant avec la caissière du resto de l hôtel qui a etudie un peu d anglais et qui est la seule d ailleurs à baragouiner j ai appris pas mal de choses concernant les us et coutumes du labeur salarial:
 
Heures de présence de dix h du mat a  22 heures, avec pause de trois heures pour cette caissière et s’il n y a pas d événement particulier, le restaurant de l’hôtel étant compose de très nombreuses salles a manger privées pour toute sorte de repas et de célébrations. étant dans l’année du Dragon , meilleure année pour se marier et pour naitre,  toute la journée on peut entendre les canonnades saluant chaque mariage, donc ma caissière qui comme la majorité des urbaines a choisi un prénom occidental soit Alice, a suivant les jours trois heures de pause ou pas. elle travaille sept jours sur sept et a trois jours de congés par mois. salaire 1600 RMB soit 200 euros , a 8 RMB pour 1 euro suivant le cours BOC ( banque de Chine ) son mari chauffeur de taxi tout comme son père, sa mère a un petit restaurant et gagne  m’a t elle dit 800 euros par mois! donc elle pense qu elle a un bon salaire. elle est propriétaire de son logement de 90 m2 qui a coûte 160 000 RMB soit 20 000 euros. En faisant les courses au supermarché du coin j’ai pu constater que les fruits et légumes y étaient de 8 a 10 fois moins onéreux qu en France. de même pour quasi la totalité des marchandises et parfois meme les importations sont a un cout égal voire moindre ! 
 
Un vol Qingdao Shanghai 1ere classe A/R 120 euros ! pour une distance equivalente Paris Marseille.
 
Pour revenir a Alice, oui meme avec la pause qu elle passe a l hôtel et j’imagine a la belle saison à se promener sur les berges des rivières qui traversent la ville, elle, comme tous les travailleurs ici, n ont pas un rendement productif équivalent aux nôtres. Là ou nous avons un travailleur ils en ont une dizaine pour le même
rendement, ce qui donne pléthore de personnel dans les restos, hôtels, magasins, et qui souvent sont derrière les vitrines a fumer, ou boire du thé ou se coiffer ou téléphoner ou papoter ou même dormir tout simplement en ayant meme oté leur chaussure pour plus de confort.
 
Aussi  les journées sont longues et maussades surtout en hiver et apres le premier de l’an ou la ville s est vide de ses consommateurs et tous ne sont pas encore revenus, cette période étant pour eux celle ou ils reçoivent 4 jours féries donc avec cumul de jours de congés dus ils arrivent pour certains a prendre deux ou trois semaines, et certains ne reviennent plus et restent dans leur lointaines campagnes, ce phénomène s’evalue a hauteur d environ 30% de la population ouvrière urbaine. si bien qu a partir de mi février c est l embauche a tout va. faut dire que le paysan déçu par les conditions de vie non compensées par un salaire décent préfère rester dans son bled.
 
Ainsi, me promenant en espérant en vain trouver un bar, un beau salon de thé, je jette un oeil sur les vitrines, aussitôt une vendeuse un vendeur se précipitent m’ouvrent la porte en grand, dans une cascade de sons entre quelque chose de guttural pour les hommes et de miaou miaou pour les femmes qui peuvent devenir des qu’elles s adressent a leurs hommes ou enfants de formidables cris stridents. et si j’ai dépasse le magasin ils n hésitent pas a m’interpeller d un formidable Hollow en fait hello. 
 
il arrive parfois que faisant suite a une demande d’adresse de restaurant ou de banque, ils n hésitent pas a vous prendre par le bras et vous y accompagner et avec force explication et cris a tout un chacun et ceci aussi a Shanghai ! faut dire que compte tenu du nombre d employés cela n a pas trop de conséquences….
 
Tous les jours a Haiyang je vais au musée, tous les jours je trouve porte close , sans aucune explication….. je suis allée a l office du tourisme…… personne ne parle anglais, aucune carte, aucun dépliant sur la ville mais quelques brochures pour des voyages organises avec  3 a 4 heures de route aller et autant retour, stations de ski, sources d eaux chaudes, parcs d attraction entre disneyland et parcs aquatiques sous bulle tropicale avec force bactéries…. bref culturel….. rien a Hayang.
 
Que dire de plus si ce n est que l’urbanisme sévit, immenses pâtés d immeubles à l américaine, larges avenues, trottoirs très larges et vides….. en fait les avenues ont sur les côtés un couloir pour les vélos ou tous les piétons marchent. très étonnant jusque a ce que vous empruntiez ces memes trottoirs en plein hiver….. revêtements disjoints, voitures garées en toute simplicité, aucun parking ni parcmètres en vue, immenses parking de cycles en tous genres avec leurs invraisemblables habits d hiver et autres papiers cartons ou détritus alimentaires recouverts par une fine couche de neige, le tout sur des revêtements souvenus extrêmement glissant type comblanchien, marbre, grès polis qui font rire la population locale a la moindre de vos glissades et qui rapidement vous font opter pour le bas cote de la rue en espérant qu une de ces motos électriques ou voitures d ailleurs ne viendra pas vous percuter parce que le conducteur est au telephone tout en mangeant des brochettes . le plus étonnant sont les conducteurs de motocyclette entrain de conduire et déguster leur brochette.
 
Les seuls casques que j ai vu sont d occasions, poussiéreux a vendre dans des ruelles de commerces bric a brac au milieu de quartier de petits immeubles ouvriers appelés a disparaitre a très court terme et ceintures par les réalisations de la nouvelle Chine.
 
Plus que trois jours et demi a Hayang gros village de 700000 habitants, vendredi a 16 h je prends le bus pour Qingdao, deux heures de route, Qingdao ville modeste de 5 millions d habitants. j espère trouver un musée ouvert. je sais qu il y a des bars. quoique lors d une conversation avec des expatriés américains travaillant a la construction d’une unité de production d énergie civile nucléaire j ai appris qu il y avait une avenue avec plus d une centaine de bars mais seuls 
trois étaient ouverts en cette période.Samedi un peu de tourisme urbanistique, samedi soir hôtel a l’aéroport meme parce que dimanche décollage a 7 h 30 heure locale pour arrivée Marseille a 21h30 heure française….. j espère la première classe comme a l aller avec KLM bravo pour l amabilité et compétence des hôtesses KLM, bien supérieure a Air France meme si maintenant elles ont fusionnées…..
Donc week end d adieux et tristesses en tous genres. 
 
Bonjour la France, Sarko et ses acolytes, les pantonymes pre-electorales, les médias mediatant, les assedics, les jours rouges d edf, la secu, la retraite, les vieux, les augmentations des impôts indirects, la fuite des capitaux, les footballeurs, la meteo, ma voiture toujours pas réparée, mon jardin brule par le gel, mes plantes d intérieur déshydratées…. les factures impayées, la maison glacée, je n ai pas envie de rentrer j ai envie de déserter.
 
Mais pour nager dans ces eaux je suis trop albinos ,mes ecailles trop décaties et les mailles des filets  très serrées.  donc condamnée a l exceptionnel toujours détermine dans le temps et reste le reve, l espoir pour le quotidien. 
heureusement, j ai ma copine et c’est une chance et une grande chance meme d être ta copine,
A bientôt, autour d un bo bun au Saigon a défaut de Pnom Penh…. et en attendant l Espagne au printemps?
 
9h 30 , je n ai pas mis tout ce temps seulement a t écrire, je me suis fait plein de cafe Nescafe, j ai mange des kakis seches, des jujubes mi secs, des litchis secs, des jus d oranges exceptionnellement douces a 50 centimes d euro le kilo….la neige ne tombe plus, le soleil fait une timide apparition, le thermostat de la chambre,  est programmé a 24 degrés, mais la température est de 21,5 et je sens le froid passer sous la porte, les couloirs, ascenseurs, escaliers ne sont pas chauffes, la cafétéria pour le petit déjeuner non plus.les restos non plus, se contentant de vague tour de clim réversibles, et surtout il vaut mieux y aller quand c’est plein, la vapeur des plats pantagruéliques, une portion pour une personne ici vaut deux ou trois des nôtres et si on parle de nouvelle cuisine au moins quatre. La chaleur humaine aussi aide bien et a travers les vitres crasseuses et embuées on a vite fait de connaitre les écarts de  température et s il y a du monde ou pas.
 
Je vais aller vers 11h30 faire mon tour habituel au musée, peut être sera t il ouvert aujourd hui, puis j irai déjeuner dans un resto cuisine du Guizhou ( keyjo orthographie dune manière inapproprié dans mon precedent mail ) province du Sud entourée du Yunan et Sichuan au sud et nord Ouest, du Chongqing au Nord, du Hunan et Guangxi au Nord et Sud Est. cuisine epicee, toutefois un peu moins que celle du Sichuan. les serveurs sont habilles en tenue du Guizhou, certains dont mon admirateur Sun ( prononcer Soun )environ 18 a 20 ans, est un étudiant travaillant a mi temps et je compte bien l’emmener boire un the et avoir une conversation pour en apprendre un peu plus et fumer ces longues cigarettes très fines de Nanjing le paquet de 20 a 2,50 euros. Mais contrairement  a nos messieurs occidentaux je n en ferais pas mon petit chinois….. meme les pub entourant les chantiers des futurs grandes résidences hôtelières ou pas, de luxe, illustrent leurs futures prestations de couples dansant style valse, elle chinoise ,jeune jolie toute souriante, en robe longue rouge satin, pied nus , cheveux longs noirs, lui occidental la quarantaine conquérante….la réalité c est plutôt la cinquantaine soixantaine et plus, pas très athlétique non plus. la chinoise elle correspond plus a la réalité, quoique certaines ne sont pas forcement jolies mais leur qualité étant surtout d être très jeune.
 
Bon, terminons sur une note mignonne, un soir je suis allée diner dans un resto dit Hot Pot, je ne sais pas si cela correspond a une appellation occidentale ( car américaine) pour eux ou si c est le nom chinois, va falloir que je me renseigne. Ces restaurant servent un plat servi dans un plat en pierre sur une sorte de feux a gaz de table et une fois le poisson ou viande dégustée dans le bouillon on y plonge des pates fraiches faites a la main strictement . c est délicieux en ce qui me concerne avec du poisson.ces restaurants ont des tables au centre et des boxes semi ouverts en pourtour. nous étions dans un de ces boxes dont les cloisons montent environ a 1m50 du sol, très vite un gamin d environ huit ans est venu nous saluer en anglais, nous a demande si on avait besoin d’aide dans un anglais sommaire mais correct et avec une prononciation assez juste. avant de partir avec ses parents et alors que je sortais des toilettes ( tout un programme ) il m ‘aborde et me demande quelque chose que j’ai mis quelque temps a identifier….. mon adresse email…….  record battu messieurs les occidentaux !
 
bon j y vais, zaijian,( accent 4 sur tous les a )
 
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Publié par le février 7, 2012 dans Asie, cadeau de Maria

 

Crise humanitaire sans précèdent en Grèce par Sonia Mitralia

Crise humanitaire sans précèdent en Grèce par Sonia Mitralia
Theo Angelopoulos, le pas suspendu de la Cigogne
 
Ce discours de Sonia Mitralia, membre du Comité grec contre la dette et du CADTM international, a été prononcé devant la Commission Sociale de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe qui s’est tenue le 24 janvier 2012 à Strasbourg sur le thème : « Les mesures d’austérité – un danger pour la démocratie et les droits sociaux”. 
 
Presque deux ans après le début du traitement de choc imposé par la Banque centrale européenne, la Commission européenne et le Fonds monétaire international à la Grèce, son bilan est catastrophique, révoltant et inhumain.
 
Tout d’abord, même les inspirateurs de ces politiques admettent maintenant ouvertement non seulement leur échec patent, mais aussi que leurs recettes étaient dès le début totalement erronées, irréalistes, inefficaces et même contre-productives. En voici une illustration qui concerne non pas une question secondaire mais le cœur du problème, la dette publique grecque elle-même. Selon tous les responsables du désastre grec, si leurs politiques (d’austérité plus que draconienne) s’avéraient efficaces à 100%, ce qui est d’ailleurs totalement illusoire, la dette publique grecque serait ramenée en 2020 à 120% de PIB national, c’est-à-dire au taux qui était le sien … en 2009 quand tout ce jeu de massacre a commencé ! En somme, ce qu’ils nous disent maintenant cyniquement, c’est qu’ils ont détruit toute une société européenne… absolument pour rien !
 
Mais, comme si tout cela ne suffisait pas, ils persistent à imposer aux Grecs – mais aussi pratiquement à tout le monde – exactement les mêmes politiques qu’eux-mêmes admettent qu’elles ont échoué. C’est ainsi qu’on est désormais en Grèce au septième « Mémorandum » d’austérité et de destruction de services publics, après que les six premiers ont fait preuve d’une totale inefficacité ! On assiste au Portugal, en Irlande, en Italie, en Espagne et un peu partout en Europe à l’application de ces mêmes plans d’austérité draconienne qui aboutissent partout au même résultat, c’est-à-dire enfoncer les économies et les populations dans une récession et un marasme toujours plus profonds.
 
En réalité, des expressions telles que « austérité draconienne » sont absolument insuffisantes pour décrire ce qui est en train de se passer en Grèce. Les salaires et les retraites sont amputés de 50% ou même, dans certains cas, de 70%. La malnutrition fait des ravages parmi les enfants de l’école primaire, la faim fait son apparition surtout dans les grandes villes du pays dont le centre est désormais occupé par des dizaines des milliers des SDF misérables, affamés et en haillons. Le chômage atteint désormais 20% de la population et 45% des jeunes (49,5% pour les jeunes femmes). Les services publics sont liquidés ou privatisés avec comme conséquence que les lits d’hôpitaux sont réduits (par décision gouvernementale) de 40%, qu’il faut payer très cher même pour accoucher, qu’il n’y a plus dans les hôpitaux publics des pansements ou des médicaments de base comme des aspirines. L’Etat grec n’est toujours pas capable, en janvier 2012 !, de fournir aux élèves les livres de l’année scolaire commencée en septembre passé. Des dizaines de milliers de citoyens grecs handicapés, infirmes ou souffrants des maladies rares se voient condamnés à une mort certaine et à brève échéance après que l’Etat grec leur a coupé les subsides et les médicaments. Le nombre de tentatives de suicide s’accroît à une vitesse hallucinante, comme d’ailleurs celui des séropositifs et des toxicomanes abandonnés désormais à leur sort par les autorités. Des millions de femmes grecques se voient maintenant chargées des tâches normalement assumées par l’Etat à travers ses services publics quand ceux-ci n’étaient pas encore démantelés ou privatisés par les politiques d’austérité. La conséquence en est un véritable calvaire pour ces femmes grecques : non seulement elles sont les premières à être licenciées et sont contraintes d’assumer les tâches des services publics en travaillant de plus en plus gratuitement à la maison, mais elles sont aussi directement visées par la réapparition de l’oppression patriarcale qui sert d’alibi idéologique au retour forcé des femmes au foyer familial.
 
On pourrait continuer presque à l’infini cette description de la déchéance de la population grecque. Mais, même en se limitant à ce qu’on vient de dire, on constate qu’on se trouve devant une situation sociale qui correspond parfaitement à la définition de l’état de nécessité ou de danger reconnu depuis longtemps par le droit international. Et ce même droit international oblige expressément les Etats à donner la priorité à la satisfaction des besoins élémentaires de ses citoyens et non pas au remboursement de ses dettes.
 
Comme le souligne la Commission du droit international de l’ONU à propos de l’état de nécessité : « On ne peut attendre d’un État qu’il ferme ses écoles et ses universités et ses tribunaux, qu’il abandonne les services publics de telle sorte qu’il livre sa communauté au chaos et à l’anarchie simplement pour ainsi disposer de l’argent pour rembourser ses créanciers étrangers ou nationaux. Il y a des limites à ce qu’on peut raisonnablement attendre d’un État, de la même façon que pour un individu. »
 
Notre position, partagée par des millions de Grecs, est claire et nette et se résume au respect du droit international. Les Grecs ne doivent pas payer une dette qui n’est pas la leur pour plusieurs raisons.
 
Primo, parce que l’ONU et les conventions internationales -signées par leur pays mais aussi par les pays de leurs créanciers- intiment à l’Etat grec de satisfaire en toute priorité non pas ses créanciers mais plutôt ses obligations envers ses nationaux et les étrangers qui se trouvent sous sa juridiction.
 
Secundo, parce que cette dette publique grecque, ou au moins une part très importante, semble réunir tout les attributs d’une dette odieuse, et en tout cas illégitime, que le droit international intime de ne pas rembourser. C’est d’ailleurs pourquoi il faudrait tout faire non pas pour empêcher (comme l’Etat grec le fait maintenant) mais plutôt pour faciliter la tache de la Campagne grecque pour l’audit citoyen de cette dette afin d’identifier sa part illégitime.
 
Notre conclusion est catégorique : la tragédie grecque n’est ni fatale ni insoluble. La solution existe et la répudiation, l’annulation et le non paiement de la dette publique grecque en font partie en tant que premier pas dans la bonne direction. C’est-à-dire, vers le salut de tout un peuple européen menacé par une catastrophe humanitaire sans précédent en temps de paix…
 
 
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Publié par le février 6, 2012 dans Economie, Europe, politique, société

 

LIBEREZ Marouane Barghouti et construisons la paix par le soutien aux luttes populaires…

LIBEREZ  Marouane Barghouti  et construisons la paix par le soutien aux luttes populaires…
ltableau de Nicolas de Stael a position de Marouane Barghouti est la seule politiquement réaliste face au bloquage institué par les dirigeants israéliens avec la caution des Etats-Unis et de l’Europe. Elle impliquerait une campagne de notre part en faveur de sa libération et le soutien aux actions de  lutte populaire. Ce n’est pas un hasard si les dirigeants israëliens enferment un de ceux qui sont le plus politiquement apte à construire un véritable processus de paix. En Palestine, comme partout ailleurs battons-nous pour le respect du droit des peuples et contre le fascisme. (danielle Bleitrach)
 
Le prisonnier politique palestinien Marouane Barghouti appelle à privilégier la lutte populaire plutôt que les négociations stériles pour mettre fin à l’occupation israélienne

Article de John Haylett, pour le Morning Star, quotidien du PC Britannique

Traduction JC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Marouane Barghouti, condamné sur la base d’accusations de meurtres montées de toute pièce à cinq peines à perpétuité consécutives plus 40 ans en 2004, reste en cellule d’isolement dans une prison Israélienne.

Marouane Barghouti a comparu en justice à Jérusalem le 26 janvier, refusant de témoigner dans le cadre d’une poursuite privée américaine contre le dirigeant Palestinien portant sur des attentats perpétrés de la seconde Intifada entre 2000 et 2005. Il s’est exprimé vigoureusement en Anglais, Arabe et Hébreu face aux juges et aux journalistes.

L’ancien secrétaire-général du parti Fatah en Cisjordanie a déclaré que le conflit Israélo-Palestinien ne serait résolu que par la fin de l’occupation et le retrait Israélien sur les frontières d’avant 1967.

Barghouti a également appelé les Palestiniens à poursuivre leur lutte populaire contre l’occupant Israélien.

La Société des prisonniers palestiniens a annoncé le jour suivant que, à son retour à la prison d’Hadarim, Barghouti avait été placé en cellule disciplinaire, ce qui est loin d’être nouveau puisqu’il a déjà passé près de trois ans en cellule d’isolement.

Le leader du Fatah, partisan d’une solution à deux États, lui qui avait apporté son soutien aux accords d’Oslo signé par l’ancien président Yasser Arafat et le premier ministre Israélien Yitzhak Rabin, rejette désormais le dit processus de paix comme une diversion.

Rabin fut, bien entendu, assassiné par la suite par l’extrémiste sioniste Yigal Amir, depuis lors les gouvernements Israéliens successifs n’ont démontré aucune volonté de parvenir à une solution négociée.

Barghouti s’est saisi de l’occasion du 47ème anniversaire de la fondation du Fatah, le 3 janvier, pour publier une déclaration via sa femme Fadha, qui lui rend visite tous les quinze jours, recommandant que l’on mette de côté les négociations et que tous les efforts du peuple Palestinien se tournent vers d’autres moyens d’affirmation des droits nationaux Palestiniens.

« Il l’a dit parce que, depuis 18 ans, les seules choses que nous ont apporté les négociations, ce sont plus de colonies et plus d’occupations », a-t-elle expliqué.

« Même le jour de son procès au tribunal, il a toujours évoqué la solution à deux États comme la solution ultime. Qu’il ne croit pas dans les négociations actuelles, et leur chance d’aboutir, ne signifie pas qu’il ne croit pas à une solution à deux États ».

Fadha Barghouti a insisté sur le fait que la priorité de son mari reste de conclure un gouvernement d’unité entre Fatah et Hamas dans les intérêts de la réconciliation Palestinienne et de l’unité nationale.

« L’important, c’est de parvenir à un accord unitaire », a-t-elle tout simplement affirmé.

Le prisonnier connu comme le Mandela Palestinien – avec une comparaison qui n’est sans doute juste pour aucun des deux – partage toutefois au moins deux similitudes avec le dirigeant libérateur Sud-africain.

Il a été condamné à passer le reste de sa vie en prison et il a été diffamé comme terroriste par ceux qui terrorisent quotidiennement un peuple colonisé.

Nombre d’hommes politiques Israéliens, dont l’ancien ministre de la justice Yossi Beilin, architecte d’Oslo, rejettent la caractérisation de Barghouti comme terroriste.

Beilin affirme que Barghouti « est un dirigeant politique et non un terroriste » et il estime qu’Israël a fait une grosse erreur en ne libérant pas dans le cadre de l’accord de libération du soldat Israélien Gilad Shalit.

Fadha Normal insiste bien sur le fait que son mari n’est pas « un prisonnier normal, comme les autres et le peuple ne laissera pas son incarcération se poursuivre éternellement ».

Elle pense d’abord aux Palestiniens, mais, tout comme pour Mandela, les autres peuples ont une responsabilité en exigeant des changements dans l’attitude de leurs gouvernements respectifs vis-à-vis des politiques de répression d’Israël et en faisant pression pour obtenir la libération de Barghouti et de tous les prisonniers politiques.

Le prisonnier politique palestinien Marouane Barghouti appelle à privilégier la lutte populaire plutôt que les négociations stériles pour mettre fin à l’occupation israélienne

 
 
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Publié par le février 6, 2012 dans Asie, guerre et paix, politique

 

Ce sont de gros cons et d’immondes fascistes mais c’est pas une raison…par danielle Bleitrach

 
Voilà les immondices que le gouvernement iranien sa télévision (francophone) non seulement encourage mais finance, parce qu’il est clair que le film, la première comédie “populaire” sur l’holocauste mis en chantier par Dieudonné le 31 aout 2011 est financé par le gouvernement iranien dont il est devenu une des têtes “pensantes”.
Regardez cette vidéo et voyez jusqu’où peut aller la connerie raciste.
De la banalisation de l’antisémitisme où le sionisme existait déjà du temps de jésus…

Il n’y a aucune erreur possible, le mot sioniste répété obstinément est une simple manière de dire juif, au point que selon ce malade les chrétiens ont été dès l’origine détruit par les sionistes puisque ceux-ci auraient cruxifié Jésus et traité sa mère marie de putain. Certes il vient chercher du fric et il en reçoit et pour cela il paye en épétant tous les trois mots sionistes c’est-àdire clairement juif. Voilà de quoi ces dirigeants ont besoin pour mener leur combat, c’est misérable… Ecoutez aussi l’anecdote des juifs qui ne savent pas se battre… qui seraient lâches par race… tandis que moi j’entends ce discours comme une espérance, celle ressentie devant ces soldats israéliens qui refusent d’obéir, qui retrouvent l’intelligence de la vraie survie celle du renoncement devant la brutalité, la haine, plier ses bagages et errer à nouveau…
 
Quand je vois l’ordure antisémite devenue d’Etat et quand des amis de la faculté qui ont toujours été des sympathisants de l’Iran, qui parlent parfaitement le persan me racontent la grande misère morale, économique, intellectuelle vécue par le peuple iranien et l’assortissent de détails abominables comme le fait que dans ce pays où l’homosexualité est punie de mort, dans les prisons on vient violer les gamins des rues. La torture est une pratique courante et les mollahs s’enrichissent sur le dos du peuple.
 
Quel réquisitoire n’est-ce pas ? Et bien sachez que malgré ce je dénonce toujours avec la même vigueur la manière dont l’OTAN et les puissances occidentales sont en train de monter un scénario d’agression contre ce pays. Il y a à cela de multiples raisons que je veux vous exposer.
 
UNE ATTITUDE POLITIQUE
 
La première est une attitude à laquelle je tiens dans ces temps de démagogie et d’exaspération, on ne fait pas de la politique avec de l’indignation ou seulement de l’indignation et dieu sait que cette video et bien d’autres choses m’indignent. Il en est de la politique comme de ma position sur la peine de mort, si quelqu’un tue un de mes enfants personnellement je l’abattrais mais la politique est justement ce qui institue des lois qui m’empêchent de céder à mes pulsions, à construire par la négociation et les luttes un vivre ensemble.
 
La seconde est le corrollaire de ce choix politique, il impose de juger d’une situation non sur les intentions vraies ou supposées mais sur les faits et sur les conséquences réelles d’actions. Et par exemple au-delà de ce genre de provocations intolérables s’interroger toujours sur le rapport de forces réels et sur la nature des dangers, d’où ils proviennent et qu’est ce que l’on peut attendre d’une action ou d’une réaction.
 
Autre chose est la tolérance ou même la complaisance face aux provocations, je n’en ai pas plus pour celles du sieur Dieudonné que pour celles de Charlie hebdo et que les unes soient de fait soutenues par le gouvernement iranien et les autres par notre propre gouvernement n’enlève rien à leur tentative, dans une période de crise, d’attiser les haines contre un groupe racial pour mieux détourner de la lutte contre le Capital et l’impérialisme. Cela dit je ne suis pas plus pour un attentat contre le sieur Dieudonné que contre Charlie hebdo simplement je ne serai pas le spectateur complaisant de leurs provocations.
 
LES FAITS
 
Le système de pouvoir iranien est profondément corrompu, il se conduit mal envers le peuple iranien et c’est pour cela qu’il a besoin d’entretenir pareilles ordures et financer dans les pays occidentaux de tels alliés. Ce n’est pas un signe de force mais de faiblesse. C’est pourquoi je regrette que des révolutions et des leaders révolutionnaires aient la moindre complaisance pour ce système. Les ennemis de nos ennemis ne peuvent pas toujours être nos amis. Mais nous devons justement juger cette faiblesse pour ce qu’elle est et comment aider le peuple iranien, réellement pas en accroissant ses malheurs.
 
Ne pas confondre ce que combat le peuple iranien lui-même en le jugeant intolérable et ce qui relève pour ce peuple de moeurs ou de valeurs dans lesquelles à ce moment de son histoire il se reconnaît. dans ce domaine notre seule apport doit être un combat pour la paix indispensable à la condition féminine vers l’égalité, une aide au développement économique et culturel sans lequel par exemple toute évolution de la condition féminine ne concernera qu’une frange minime de la population. Et même dans ce domaine là se défier de toute propagande et paraître ignorer qu’il y a plus d’étudiantes que d’étudiants dans les Universités iraniennes. Connaître avant de juger et attendre la demande avant de prétendre imposer.
 
Le peuple iranien est un grand peuple avec une culture millénaire, il a su agir pour renverser des oppressions et ce sont les occidentaux qui lui ont toujours imposé les contrerévolutions. Encore aujourd’hui la pression impérialiste exercée sur l’Iran sous prétexte que celui-ci veut passer à l’énergie nucléaire est inadmissible pour diverses raisons. En particulier de la part de pays comme les nôtres qui ont toujours été les plus bellicistes, les plus pilleurs et qui disposent d’un arsenal nucléaire non seulement sur leur pays mais des bases et dans les eaux internationales d’où ils peuvent menacer n’importe quel pays. Quitte à bloquer tout l’approvisionnement en énergie d’une bonne partie du monde à travers le détroit d’Ormuz. Des pays qui comme les Etats-Unis n’ont pas craint d’utiliser l’énergie nucléaire à Hiroshima et à Nagaski, ce qui est un crime de même nature que les camps d’extermination.
 
QUI EST L’AGRESSEUR ?
 
Tous les peuples du monde préféreront toujours leurs tyrans à ceux que leur impose une puissance étrangère et ceci est d’autant plus vrai quand, comme le peuple iranien, il peut voir à sa frontière, en Irak les effets de cette intervention, la destruction d’une société entière, l’affaiblissement d’une nation. L’ran n’est pas la Libye déchirée par des rivalités tribales, c’est une trés grande nation et les dirigeants iraniens savent bien que leur meilleure chance de survie face à un peuple rebelle et politisé est justement cette menace étrangère. Donc aider le peuple iranien est justement arrêter cette pression et non seulement ne pas envisager d’intervention mais ne pas imposer de sanctions sous des prétextes qui en fait ne sont que des limitations de la souveraineté d’un peuple.
 
L’Iran quels que soient les discours immondes des bâteleurs qu’ entretiennent ses actuels dirigeants et à qui ils donnent la parole n’a jamais agressé personne, il a subi l’agression de l’Irak de saddam Hussein sur ordre des puissances occidentales. Dans la région, le peuple qui symbolise de plus en plus l’agression injustifiée contre ses voisins et au sein de sa propre population est Israël qui possède l’arme nucléaire. Et c’est là que l’on mesure le caractère imbécile du système iranien: comment avec des mots immondes d’un histrion renverser la réalité et passer pour l’agresseur. on ne peut accomplir une telle stupidité que si l’on est convaincu que l’on va insuffler le racisme et la haine comme moteur de la bataille, quitte à déconsidérer le combat des Palestiniens, c’est typiquement une position de fascistes. Mais elle ne transforme pas pour autant le gouverment iranien et surtout le peuple iranien en nouvel Hitler contre lequel il faudrait renouveler l’exploit d’Hiroshima en développant contre lui des fantasmes équivalents à ceux d’un Dieudonné. S’il y a des gouvernements à comparer à Hitler au vu des conséquences sur tous les peuples y compris sur les juifs iraniens, ce n’est certainement pas celui d’Iran qui aurait la priorité dans la ressemblance mais il faut là encore se garder parce que comparaison n’est pas raison et bien plus souvent démagogie, appel à l’émotion, refus de juger des faits dans leur singularité historique.
 
Il faut retrouver la politique dans ce qu’elle a au contraire de moins fantasmatique, ne pas juger seulement des intentions prêtés aux uns et aux autres mais des faits et de leurs conséquences potentielles.
 
Le fait est là, depuis de nombreuses années, les puissances occidentales, l’OTAN devenu la machine la plus dangereuse qui se puisse imaginer, entretiennent une insécurité permanente autour de l’Iran, l’assiègent, font vivre son peuple sous des sanctions injustifiées, organisent avec l’aide de l’Arabie saoudite un véritable encerclement, que croyez-vous qu’il puisse sortir de tout cela. Leur seul pretexte est de jouer avec le fantasme d’Israël menacé, de rejouer sans cesse un pseudo holocauste et c’est là que Dieudonné et ses conneries immondes est pain béni pour appuyer l’idée complètement fausse que ce serait israël à qui ses voisins seraient en capacité de faire revivre un nouvel holocauste. Si Dieudonné n’existait pas il faudrait l’inventer pour donner corps à la propagande occidentale d’un Israêl menacé, pour sauver l’extrême droite israélienne comme les facistes d’iran de la colère légitime de leurs peuples.
 
SOYONS CLAIRS DANS NOS ALLIANCES
 
C’est à cause de cela que je m’adresse aux peuples révolutionnaires d’Amérique latine : oui vous devez soutenir le combat anti-impérialiste des Palestiniens, obliger le gouvernement israélien à respecter la légalité internationale, le droit des palestiniens à un état viable. Oui vous devez vous opposer à toute intervention de l’OTAN en Syrie et en Iran, démontrer où sont les véritables criminels, ceux qui non contents de piller la planète, de répandre leur crise dans le monde entier, de le faire vivre dans une insécurité permanente donc les gangsters se prétendent les juges, les policiers  ce qui ne se voit que dans une mafia et prétendent faire régner leur ordre dans ce mélange de droit du plus fort et de conviction qu’ils sont un modèle de civilisation pour tous les autres. Oui vos luttes sont  justes, vous les menez dans la démocratie par et pour le peuple, avec la pression permanente de l’agression, blocus, campagne de diffamation et votre combat est révolutionnaire. Mais n’affaiblissez pas ce combat par d’indignes complaisances envers négationnismes, racismes par lesquels certaines victimes offrent des armes à l’adversaire.
 
Tant que vous montrerez la moindre complaisance au fascisme de vos alliés personnellement je ne pourrais accepter de cotoyer des amis du sieur Dieudonné et ils sont désormais légion dans le camp antiimpérialiste, des sites entiers ne font plus la différence et s’ils ne vont pas toujours aussi loin que ce minable, ils véhiculent des visions intolérables. Les encourager, les accueillir même s’ils ne sont pas dominants interdit à quelqu’un comme moi de me mélanger avec pareille racaille, vous repousserez les gens qui ont encore une aspiration à la dignité, à l’humanisme et vous dévoierez les esprits faibles. Pourtant votre combat est juste et vous avez été le continent où s’est levé une nouvelle espérance et tant que cela me sera possible sans me mentir et mentir aux autres, je continuerai à ne pas tolérer que l’on vous confonde avec des dirigeants comme ceux de l’iran et de la Syrie. Je me battrais à vos côtés pour défendre la Syrie et l’Iran menacés par l’OTAN parce que le véritable fascisme est là, celui qui comme jadis les nazis ne s’est pas contenté d’exploiter son propre peuple, de le réprimer, de chercher en son sein des boucs émissaires mais a prétendu entraîner la planète dans une terrible guerre qui a fait des millions et des millions de morts atroces.
 
NOUS FRANCAIS
 
Alors je dis merde à ce con de Dieudonné et aux dirigeants iraniens aussi cons que lui pour le soutenir et je propose que nous français nous regardions en face le véritable danger qui menace la planète. Que nous dénoncions notre propre gouvernement et son feu nucléaire que personne ne semble mettre en cause dans ces temps de chicaneries à gauche sur le nucléaire civil. Notre gouvernement est devenu un protagoniste actif de la guerre contre tous,  il est devenu un des plus fidèles vassaux de ce terrible empire apte aujourd’hui non seulement à asservir l’humanité mais à la détruire en totalité. Et si nous devons mépriser le sieur Dieudonné notre premier rôle est d’empêcher tour ce qui donne vie aux fascistes de son espèce auprès des peuples, à savoir la politique de notre propre gouvernement et de notre classe politique.
 
Danielle Bleitrach
 
PS. pendant que vous y êtes au titre d’une véritable éducation citoyenne apprenez à résister à l’émotion de l’image, à vous laisser influencer dans votre raisonnement par le fait qu’elle apparait plus vraie qu’un raisonnement, ce qui est une illusion. C’est une éducation et croyez bien qu’il me faut beaucoup de capacité à endiguer l’indignation devant ce que représente Dieudonné. Pour dépasser non seulement l’indignation devant des propos provocateurs mais aussi les sketches ou Dieudonné faire remette au négationniste Faurisson un prix de défenseur de la vérité par un déporté avec l’étoile juive ou encore le dialogue entre eux où Faurisson porte la kippa. Si moi dont la vie entière a été marquée par le nazisme, si les peurs ne m’en ont jamais abandonnée suis apte à un tel travail sur moi-même c’est non seulement possible mais nécessaire pour me libérer. Sachez que c’est seulement en acceptant cette démarche que vous pourrez réapprendre à vivre ensemble, autrement Hitler et Goebbels auront gagné, le nazisme n’aura jamais été éradiqué. Je ne tolère pas mais je remets les faits et les actes à leur juste place.
 
 
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Publié par le novembre 17, 2011 dans guerre et paix, mon journal

 

Dire la vérité sur ce qui passe en Israël – Palestine, une situation devenue invivable pour tous et toutes par danielle Bleitrach

Dire la vérité sur ce qui passe en Israël – Palestine, une situation devenue invivable pour tous et toutes par danielle Bleitrach

 1- Les mouvements de la société israélienne dans la vague ultralibérale


Cet été ici même j’avais écrit un article sur le mouvement, l’été israélien, qui secouait Israël, les protestations de l’Israélien de base contre le coût de la vie, en particulier la montée du prix des logements. J’avais suivi en cela les commentaires du parti communiste israélien.

  Israël (conçu au départ comme un Etat socialiste avec ses kibboutz autogérés et son grand service public) avait subi un vent de néo-libéralisme qui avait paru dans un premier temps développer les profits et aussi une incontestable  croissance de la consommation. Il s’agit là d’un phénomène mondial et que l’on trop souvent présenté comme un appauvrissemet sans voir qu’il y avait profit et croissance de la consommation, le gadget consumériste remplaçant peu à peu les protections sociales. Steve jobs est bien le héros de cette période et ce n’est pas un hasard si en Hongrie on lui érige une statue, finies les queues du communisme à nous les produits Appels, l’accès à internet, etc.. Partout ceux qui avaient soutenu un autre modèle de développement ont été balayés, les communistes mais aussi les tenants de l’Etat providence sous sa forme européenne, israélienne ou nassérienne… Les communistes sont devenus des archaïsmes, les socialistes soit ont pris la tête de l’ultralibéralisme soit sont entrés dans des coalitions dominées par le même ultralibéralisme, soit finissent d’être renversés sous couvert du printemps arabes et de la fin des dictatures… 

En profitant de l’effondrement de l’URSS et donc de ce qui apparaissait comme un échec politique du communisme, le capitalisme sous sa forme ultralibérale du primat du marché a de fait vu s’effondrer devant lui d’autres modèles sociaux démocrates, les réformes, le partage à travers l’Etat providence.

Et donc le modèle israélien a subi la même destruction que les autres au profit des tenants de l’extrême-droite avec la mise en cause des services publics et en revanche le développement de la consommation privée en grande partie financée par l’endettement. En Israël comme partout ailleurs ce tout marché s’est imposé et a produit plus encore qu’ailleurs une poignée de richissimes qui ont mis la main sur l’économie du pays. le phénomène a pris ici des dimensions encore plus forte lié au poids des dépenses militaires. Mais à partir de 2007, ici comme ailleurs la crise de ce modèle ultra libéral s’impose et l’été israélien comme le printemps arabe est provoqué par la ponction que la financiarisation capitaliste, le modèle d’endettement des particuliers et des Etats(en particulier à cause des dépenses militaires provoque). La pression de la société israélienne dans laquelle les inégalités et les difficultés de chacun s’aggrave est trés forte. L’oligarchie au pouvoir va y répondre en tentant de provoquer insécurité et guerre.Et non sans habileté le gouvernement israélien a tenté de devoyer la question du logement vers l’accélération des colonisations et la déportation des palestiniens de jérusalem est.Comme, mais nous y reviendrons, il ya de plus en plus clairement entente entre les bourgeoisies arabes et  l’oligarchie israélienne pour entretenir la haine et les provocations entre les peuples pour conserver leurs pouvoirs menacés. A ce titre il faut regarder en face le rôle des potentats arages, de la ligue arabe, du Qatar, il s’agit bien d’une recomposition avec des alliances à géométrie variable contre les peuples et les contradictions internes entre les régimes autocratiques exploitées par un capitalisme occidental en perte d’hégémonie.

L’alliance du capital et des conservatismes religieux

L’analyse du parti communiste israélien, parti prenante dans ce mouvement était que tous les secteurs de la société s’étaient rassemblés sur ces problèmes d’abord internes comme dans le printemps arabe, chômage, misère, perte de confiance dans les dirigeants et les institutions qu’il n’y avait là aucune garantie que cela puisse déboucher sur une volonté de dialogue et de paix avec les palestiniens et les peuples arabes mais que cela créait un terrain favorable à la prise de conscience de la nécessité de cette paix et de la justice. c’est de là qu’il faut partir, l’idée d’un terrain plus favorable à l’élargissement du rassemblement mais aussi le fait qu’il n’existe pas de forces politiques capables de construire une perspective et en revanche se multiplient les possibilités de dévoiement fasciste.

Pour analyser une situation, il faut partir de la base matérielle, celle de la vie au quotidien des peuples et en ce sens l’économie, les rapports de production sont incontournables et aujourd’hui tous les conflits doivent tenir compte de la nature de cette crise, l’effondrement de l’ultralibéralisme, du tout marché mais aussi dans le même temps de la manière dont cette contre révolution capitaliste a obscurci les perspectives en détruisant non seulement les Etats-providences, mais l’idée même d’une alternative et des organisations, partis, syndicats suceptibles de les porter. Donc comment elle a entretenu partout comme seule perspective politique des recherches d’identité collective à travers les fondamentalismes identitaires et religieux, ces derniers prenant de l’ampleur sous leur forme la plus régressive, la plus chauvine mais aussi les plus proches du terrain en pleine décomposition et misère des populations.

En Israël, les populations en sont là.   comme partout ailleurs dans le monde et aujourd’hui de nouvelles manifestations éclatent dans ce pays parce que ici comme dans le monde arabe les peuples à la recherche de sécurité et faute d’une alternative révolutionnaire ou même réformiste réelle se réfugient dans le conservatisme religieux, identitaire. La grande facilité serait de se lancer dans une hostilité religieuse qui ne ferait qu’exaspérer les antagonismes et par exemple s’attquer comme nous le faisons en France à la représentation de l’identité religieuse, à sa stigmatisation, ce qui ne mène à rien. Etant bien entendu que chacun fait le choix tacite de ses propres conservatismes et se contente de dénoncer ceux de “l’adversaire”.

Partout l’alliance s’opère de fait entre oligarques et religieux en faveur de ce conservatisme politique pour mieux tenir les peuples et provoquer la haine identitaire. En france on veut ignorer à quel point les colonies des extrémistes ultraorthoxes israéliens sont de vrais fascistes, Quelle publicité a été accordée au récent(2 et 3 octobre) indendie d’une mosquée dans le nord d’israël dans le village bédouin  de Touba zangaria. même si en israél cet acte a été condamné par Simon Peres venu manifester, il est en accord avec la logique d’expropriation des palestiniens  de jérusalem est et de la prolifération des dites colonies, autant que du refus des arabes israéliens en tant que citoyens à part entière. Comment les juifs français acceptent-ils d’avoir pour représentants des gens qui soutiennent ces fascistes ?

Une vision tronquée et qui nous empêche d’agir

il faut noter qu’aucun pays, qu’aucun mouvement n’est exempt de cette tendance et que la manière dont on nous induit à nous représenter le monde n’est que recherche de bouc émissaire et antagonismes. de ce fait notre propre représentation à nous français de la situation israélo-palestinienne est complètement manipulée par ces haines identitaires. Ce fait est d’autant plus marquée que la France est le pays qui après les Etats-Unis a la plus importante communauté juive, comme elle a hérité de la colonisation la plus forte communauté musulmane et de la décolonisation en particulier de l’Algérie un bon potentiel de haines accumulées. Rien de plus exacerbé donc que les politisations extrémistes du CRIF et de celles de défenseurs des palestiniens de purs antisémites pratiquant le négationnisme. Il s’agit des deux extrêmes qui ne représentent ni les juifs, ni les musulmans qui dans leur immense majorité veulent la paix mais de fortes minorités hystériquement actives.

Ce qui nous permet de mieux percevoir le rôle de ultra-orthodoxes israéliens et la manière dont une minorité arrive à rendre umpossible le dialogue tout en pourrissant la vie de tout le monde. Il est à noter que le caractère fasciste de ces mouvements se perçoit non seulement dans leur bellicisme ultra-conservateur à l’égard des palestiniens et des arabes israéliens mais à l’égard des autres juifs qu’ils soient athées ou simplement libéraux. mais l’aspect le plus significatif est la manière dont ils s’attquent aux femmes.

Les femmes victimes de cette autodestruction identitaire

le 26 décembre, nous avons trois phénomènes qu’il faut rapprocher selon moi pour comprendre ce qui se joue dans la crise du capitalisme et la montée des fascismes fondamentalistes: il y a l’ Iranienne Sakineh Mohammadi Ashtiani menacée de lapidation, la femme egyptienne qui porte plainte contre la police qui a vérifié sa virginité parce qu’elle manifestait… et comme nous allons le voir ce qui se passe en israêl avec les juifs fondamentalistes et les femmes. Notons que si l’on accorde une large publicité internationale à ce qui se passe à Téhéran, en Egypte ce sont les femmes elles-mêmes qui affrontent la situation qui a été largement décrite au point que l’on a invité la presse à ne plus envoyer de journalistes femmes couvrir les événéments en Egypte. Mais notons que la presse française s’est montré peu enthousiaste à l’idée de dénoncer les juifs orthodoxes alors que le New York times dans un article que j’ai présenté dans mon blog expliquait que la situation devenait invivable en israël à cause d’eux et que tout le monde en avait marre de leur intolérance comme plus généralement du bellicisme des dirigeants israéliens. Notons qu’en france, nous n’avons personne pour tenir ce langage et quand le CRIF qui devrait représenter les juifs français ne cherche qu’à attiser les haines, il ment sur les propos de salah hamouri qui s’est contenté de dire la vérité à savoir qu’un de ces rabbins était ce qu’Israêl produisait de pire en disant là qu’il y a un appel au meurtre alors que c’est la stricte vérité dénoncé par les israéliens eux-mêmeset en particulier les femmes.

Avant donc de vous présenter ce qui provoque des manifestations en Israél, je vais vous dire briévement ce que je crois: il faut ouvrir le dialogue, isoler ceux qui attisent la haine et ne servent sur le fond que un capital aux abois et qui ne survit que par les guerres, diviser pour régner. Et pour cela il faut respecter l’autre, le reconnaître dans son histoire, dans ses coutumes, dans ses aspirations, créer des passerelles. C’est ce que j’ai choisi et je crois qu’il n’y a pas d’autre voie même si elle vous attire la haine de toute l’extrême droite qu’elle soit affichée comme telle ou masquée sous des guenilles religieuses ou celles de l’anti-impérialisme. je le dis à tous ceux qui m’insultent quand je dénonce la présence de ces négationnistes au sein de leur camp comme je dénonce la politique de l’Etat d’israêl, tant que vous fermerez les yeux sur votre propre camp il n’y aura pas de paix dans la justice.

Donc voici les manifestations qui ont lieu en israêl aujourd’hui selon l’agence reuters
La discrimination à l’égard des femmes a dégénéré dans un quartier de la ville de Beit Shemesh, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Jérusalem. L’étincelle a été l’histoire d’une petite fille de huit ans, Na’ama Margolese, d’origine américaine, filmée par une chaîne de télévision se faisant insulter et cracher dessus par des extrémistes Haredi (« craignant Dieu ») alors qu’elle se rendait à son école religieuse. Le motif : sa tenue vestimentaire, jugée pas suffisamment « modeste ». La petite fille dit craindre maintenant de se rendre à l’école. Le sujet diffusé vendredi 23 décembre par Channel 2 News a ému les Israéliens de tous bords, et a suscité une grande manifestation, ce mardi 27 décembre 2011, à Beit Shemesh, où 10 000 personnes étaient attendues pour dénoncer ces dérapages et l’inaction des autorités politiques qui ont laissé au fil des ans ces ségrégations se dérouler en toute impunité.
Quelques semaines avant les attaques contre Na’ama Margolese, mi-décembre 2011, Tanya Rosenblit, jeune étudiante de 28 ans, pourtant habillée « modestement », manches et jupe longues et tête couverte d’un foulard, monte dans un bus d’une ligne appartenant à une compagnie ultra-orthodoxe. Contrairement à l’usage qui veut que les femmes s’installent à l’arrière, elle décide de s’asseoir devant, avec les hommes, plus près du chauffeur pour se faire expliquer à quel arrêt elle devait descendre. Les passagers ne l’acceptent pas, lui intiment l’ordre de s’asseoir derrière, elle refuse. Tanya Rosenblit poste des photos et ses commentaires sur un réseau social, estimant qu’en 2011 il est « inconcevable que de telles situations d’intolérance perdurent ».

Pas de séparation entre l’Eglise et l’Etat

Le statut personnel est contrôlé par les religieux en Israël, rappelle Rachel Liel, directrice du NIF en Israël (New Israel Fund, association qui promeut l’égalité, la démocratie et la justice). Ce sont en effet des « tribunaux religieux » qui jugent les affaires de statut personnel tels que le mariage, le divorce ou encore la garde d’enfant, et ceci selon la « loi religieuse ». Car en Israël, il n’y a pas de séparation entre l’Eglise et l’Etat. « Il y a parfois des difficultés pour certaines femmes à obtenir le divorce, car le mari doit donner son accord au préalable, explique Rachel Liel. Nous avons bien sûr les mêmes problèmes que dans d’autres pays, comme les différences de salaire entre les hommes et les femmes… Mais en Israël, les problèmes se sont aiguisés au cours des dernières années, et certaines ségrégations qu’on observait sur de petites échelles se produisent maintenant de façon bien plus large ».

Par exemple, la séparation entre hommes et femmes dans les bus a commencé de façon très localisée, seulement dans certains quartiers ultra-orthodoxes « mais la Cour suprême a déclaré que ce n’était pas si grave », s’écrie Rachel Liel. Nous savons maintenant que cela a essaimé un peu partout, et nous sentons une atmosphère antidémocratique qui permet que ce type de situation se produise, non seulement dans des quartiers ultra-orthodoxes, et pas simplement dans les bus, mais également sur les affiches publicitaires, dans l’armée, au travail… C’est la raison pour laquelle tout le monde est si effrayé, et c’est pourquoi nous avons organisé une grande manifestation pour focaliser notre attention sur ce grave problème ».

L’usage devient la règle, malgré les nombreuses législations anti-discrimination

Selon Rachel Liel, les responsables politiques ont « laissé la situation s’envenimer, sans intervenir. Pendant ce temps, les extrémistes orthodoxes ont occupé l’espace et imposé leurs règles qui, pour beaucoup, sont devenues l’usage » : des entrées différentes pour les femmes que pour les hommes à certains supermarchés, à des cabinets médicaux, des bureaux de poste, des files d’attente différentes pour les hommes et pour les femmes aux caisses de certains supermarchés, des femmes parfois interdites d’assister à des obsèques… Et dans l’armée, les commandants ont depuis quelques temps refusé aux femmes soldats le droit de chanter avec les hommes.

Dans certains quartiers, des panneaux intiment l’ordre aux femmes de changer de trottoir devant les synagogues, ou encore de se vêtir « modestement », c’est-à-dire avec manches et jupe longues et la tête couverte d’un foulard. A Jérusalem, des groupes extrémistes interdisent et arrachent des panneaux publicitaires représentant des femmes. Pourtant,  Israël a ratifié un grand nombre de textes internationaux sur l’égalité des sexes, et son arsenal législatif est en pointe, notamment sur le harcèlement sexuel ou encore le droit du travail, les congés maternité, souligne Rachel Liel. Mais souvent ces lois ne sont pas appliquées ».

      Lors de la manifestation organisée ce mardi à Beit Shemesh, de nombreuses formations politiques étaient présentes, des députés et des maires de tous bord s’offusquant des violences orchestrées par les ultra-orthodoxes. Le Premier ministre Benyamin Netanyahu s’est même engagé « à faire cesser les actes de ségrégation et la violence des ultra-orthodoxes à l’encontre des femmes ». Rachel Liel regrette que ces réactions arrivent aussi tardivement : « Ils auraient dû se réveiller bien plus tôt sur ces questions, et montrer bien plus de fermeté à l’encontre de ces actes de discrimination. Cette manifestation n’est qu’un début, nous continuerons nos actions, car cela ne va pas se régler en un jour ».

De nouvelles alliances, des rassemblements sont possibles

La description que je viens de faire témoigne me semble-t-il de la manière dont un capitalisme en crise ne voit une fois de plus que dans le bellicisme et le fascisme sa survie, mais il faut aussi mesurer que cela peut élargir les bases durassemblement pour peu que l’on accepte de sortir des cadres normatifs dans lesquels on nous imposer de nous construire en tant que sujets politiques.et je vous renvoie à ce propos à l’analyse que je fais par ailleurs des textes de Judith Butler.

Voilà je vous le dis à tous tant que vous refuserez de voir qui a intérêt à la haine et aux hostilités non seulement la paux sera impossible mais vous serez les victimes de la haine de tous contre tous et moi je ne me tairais pas parce que je n’ai rien à craindre et que c’est le dernier acte que je puisse accomplir pour rendre le monde meilleur.

 
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Publié par le décembre 28, 2011 dans Asie, civilisation, dialogue, femmes, guerre et paix

 

Un événement trés important: l’accord sino-japonais concernant leurs monnaies respectives par danielle Bleitrach

Un événement trés important: l’accord sino-japonais concernant leurs monnaies respectives par danielle Bleitrach

Légende, le trés beau flm chinois : the city of death and life sur le massacre de nakin par l’armée japonaise

La Chine et le Japon ont annoncé lundi avoir signé un accord pour utiliser leurs monnaies respectives au lieu du dollar dans leurs échanges commerciaux. C’est un événement d’une grande importance à la fois pour ce qu’il représente en matière d’évolution monétaire par rapport au primat de la monnaie de réserve qu’est le dollar mais aussi parce qu’il symbolise d’évolution politique entre les deux pays longtemps hostile l’un à l’autre à la fois à cause des atrocités commises par l’Armée japonaise en Chine et la manière dont le Japon, géant économique et nain politique (comme l’Allemagne) s’était placé sous la protection des Etats-Unis.

Incontestablement la maivaise santé de l’économie nord américaine et l’incapacité dans laquelle celle-ci se trouve de maîtriser son système financier, la débâcle de l’Euro mais aussi le bellicisme sans moyen réels de tenir les pays que l’OTAN occupe, le fiasco irakien, la ridicule expédition de Libye et désormais les menaces sur la Syrie et L’Iran acentuent la crise de crédibilité face au dollar.

 Cette décision doit être replacée dans le contexte de la stratégie de la Chine en Asie où en pratiquant une politique régionale d’avantages mutuels et de non intervention dans les politiques locales, un respect des souveraineté et la création d’échanges systématiques mutuellement avantageux. la Chine a réussi dans cette zone non seulement à dénouer des conflits traditionnels avec le Japon mais aussi avec le Viet-Nam (encore plus difficiles à dénouer) mais encore à apparaître comme la force économiqur capable d’empêcher l’extension de la crise venue des Etats-Unis et de l’Europe.

Cette décision se comprend d’ailleurs aussi par rapport à la crise de l’euro et le fait que les échanges commerciaux entre la Chine et ke Japon n’ont cessé de s’étendre, le Japon vendant plutôt les biens d’équipement, faisant donc des transferts de technologie et  la Chine des biens de consommation à des prix défiant toute concurrence. Jusqu’à présent les échanges étaient réglés en dollars et l’accord prévoit que désormais leurs entreprises préféreront le yen et le Yuan.

Cet accord n’est pas le premier du genre, il y a deux ou trois mois un accord semblable a été signé avec la Russie et avec des banques centrales d’Asie et surtout sud-américaines où ils vont dans le sens voulu par Chavez de se dégager de l’impact du dollar, du FMI et de toutes les institutions qui consacrent la suprématie des Etats-Unis à travers sa capacité de monnaie de réserve. Mais le Japon est plus caractéristique dans la mesure où il s’agit là de l’allié traditionnel des Etats-Unis et Chine et Japon sont les deux pays ayant le plus de réserve d’obligations des EtatsUnis. Comme il n’existe pas de marché du yuan comme il existe un marché du dollar ou même de l’euro, le japon va accumuler des réserves sans que pour autant la Chine ait à changer la convertabilité de sa monnaie.
Enfin il faut voir que la Chine peut agir ainsi sans faire monter le cours du Yuan en maitrisant le taux de leur monnaie (100 yuan font 15 dollars) parce que Pekin conserve le contrôle de sa monnaie, il s’agit d’un secteur tout à fait nationalisé et entrant dans un système de planification. La Chine ne veut pas l’hégémonie, elle veut pour elle et d’autres pays du sud échapper au fait que toutes les matières premières, énergétiques en particulier ont des prix fixés en dollars, une monnaie de facturation et de réglement,ce qui fait que quand un pays veut acheter du blé, du pétrole ou n’importe quoi il est obligé d’acheter du dollar pour payer la facture. Les etats-Unis n’ont qu’à faire agir la planche à billet que les autres pays doivent  acheter pour pratiquer les échanges et donc constituer des réserves.

 la CHine tente  donc avec l’accord d’un nombre grandissant de pays de changer le système en instituant un troc à l’échelle mondiale et en commençant à faire du yuan une monnaie de réserve tout en continuant à contrôler le taux du yuan et en empchant la baisse du dollar.  L’euro a raté par soumission aux Etats-Unis la possibilité qu’espérait de lui les pays du sud et les émergeants de sortir de la dictature du dollar, il est évident qu’aujourd’hui il n’est plus en état de présenter une alternative et la Chine avec le Yuan s’est glissé dans cette situation pour bouleverser la donne.

J’avais écrit il y a quelques années les chapitres des Etats-Unis de Mal empire, ces leçons de résistance qui nous viennent du Sud, dans lequel j’annonçais à la fois l’unification de l’Amérique latine et la manière dont la Chine est en train de permettre un changement mondial et de nouveau rapports sud-sud. Nous y sommes et la Chine est en train de fournir les moyens à ce renversement. tandis que l’Amérique latine a mis en place le CELAC qui est une grande étape dans l’indépendance de ce continent traditionnel lieu de ressources de matière première poir les Etats-unis.

Nous franchisson un nouveau seuil dans l’évolution avec l’accord d’échange monétaire avec le Japon.  le phénomène extraordinaire est cette fois le changement japonais qui face à la crise transforme de fait sa relation aux Etats-unis et rentre dans ce qui peut paraître une nouvelle alliance.

je signale également un autre événement important qui n’a pas manqué de provoquer l’intérêt de Pekin, les manoeuvres de la marine iranienne dans le détroit d’ormuz et de fait la menace de bloquer le détroit d’ormuz. pour ceux qui l’ignoreraient par le détroit transite 40 % de l’énergie mondiale et une bonne partie de l’énergie de la Chine et de l’Europe. le blocage du détroit d’ormuz cela peut faire monter le baril à deux cent euros et là il ne reste plus qu’à vivre de crèpes sur un feu de bois.

Quand on élargit un peu son champ de vision on trouve d’un ridicule achevé les fanfaronnades de la france tout juste capable d’aller pilonner un petit pays de 6 millions d’habitants sans se rendre compte de ce qui est en train de se mettre en place à l’échelle mondiale. cela rend encore plus ridicules les réactions de la classe politique française face à la demande de prêt à la Chine comme si la Chine avait besoin de l’euro, Le ridicule en matière de vision de la Chine n’avait d’équivalent que l’unanimité à soutenir le bellicisme du président sarkozy et les folies otanesques. L’histoire jugera sévérement ce moment de décadence ubuesque des anciennes grandes puissances qui sont actuellement en guerre avec toute la planète qui semble marquer une volonté grandissante de les isoler.

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le décembre 28, 2011 dans Asie, Economie, histoire

 

La rumeur et l’extrême droite: La “loi Pompidou, Giscard, Rothschild” votée en 1973 empêcherait l’Etat de battre monnaie par Alain Beitone

La rumeur et l’extrême droite:  La “loi Pompidou, Giscard, Rothschild” votée en 1973 empêcherait l’Etat de battre monnaie par Alain Beitone

légende: chapiteau dit de la calomnie

par Alain Beitone, professeur de Sciences économiques et sociales Lycée Thiers Marseille,

La rumeur et l’extrême droite: La “loi Pompidou, Giscard, Rothschild” votée en 1973 empêcherait l’Etat de battre monnaie par Alain Beitone

  • La rumeur enfle depuis quelques semaines, sur internet, dans les médias, dans les déclarations de leaders politiques : la source de tous nos maux économiques serait la “loi de 1973″.

C’est l’extrême droite qui est à l’origine du mouvement. D’Alain Soral à Marine Le Pen, les choses sont claires la “loi Pompidou, Giscard, Rothschild”, en réformant les statuts de la Banque de France empêche l’Etat de “battre monnaie” pour se financer ce qui permet aux banques privées de s’engraisser en encaissant les intérêts de la dette. Certains n’hésitent pas à parler de “casse du siècle”.

 Dans ce courant politique, la lourde insistance sur les fonctions jadis exercées par G. Pompidou au sein de la banque Rothschild est loin d’être innocente. On se trouve en présence d’une rumeur complotiste traditionnelle qui désigne un bouc émissaire et apporte une explication simple à la crise de la dette. Ce discours a son correspondant aux Etats-Unis avec la campagne autour du livre de Eustace Mullins sur les secrets de la Réserve Fédérale, dont la création est attribuée à un complot de banquiers impulsé par…James de Rothschild. Mullins (décédé en 2010) était une figure marquante de l’extrême droite antisémite américaine. Il suffirait donc de rendre la Banque de France aux français et de financer les dépenses publiques par des crédits à taux nuls ou très faibles pour que la crise de la dette soit résolue.

Curieusement, la dénonciation de la “loi de 1973″ fait aussi florès au sein de la gauche radicale. Un document récent sur la dette diffusé par Attac et la Fondation Copernic, fait de cette loi une des trois causes principales de la crise actuelle. Fort heureusement, la connotation antisémite est absente de ce second type de discours. Mais sur le plan économique, l’argumentation est la même : avant la loi de 1973, l’Etat pouvait se financer à des taux très faibles auprès de la Banque de France, depuis, il est devenu prisonnier des marchés financiers. Il suffirait donc d’en revenir au mode de financement ancien pour que les problèmes soient résolus et seule l’obstination de la BCE et des allemands nous empêcherait d’adopter cette solution de “bon sens”.

Le fait que la loi de 1973 ait été abrogée en 1994 ne conduit apparemment pas ces innombrables blogueurs et autres auteurs de tracts à se poser la moindre question. De plus, bien avant cette loi, les banques commerciales assuraient déjà la création d’une bonne partie de la monnaie.

Par ailleurs, la loi de 1973 ne fait que confirmer la possibilité ancienne pour le Trésor d’obtenir des avances auprès de la Banque de France dans le cadre d’une convention approuvée par le parlement. Bref, une analyse économique et historique même superficielle conduit à rejeter l’explication incantatoire par “ la loi de 1973 ”. Comme souvent, les rumeurs, en même temps qu’elles proposent une explication simpliste, occultent les vrais problèmes. Citons en rapidement quelques uns :

- La crise des dettes souveraines dans la zone euro, n’est pas d’abord liée au niveau d’endettement (le Japon, les Etats-Unis, la Grande Bretagne sont plus endettés), il s’agit d’une crise de la gouvernance au sein de la zone euro. Quand bien même la “loi de 1973″ expliquerait la montée de la dette publique en France (ce qui n’est pas le cas), elle n’explique pas la crise des dettes souveraines dans l’Union Européenne à laquelle il faut répondre ici et maintenant.

- La France est bien passée d’un financement de la dette publique très largement administré dans le cadre du “circuit du Trésor”, à un financement par le marché. On peut préférer une moindre dépendance à l’égard des marchés financiers, mais sans oublier que le financement administré n’est pas sans inconvénients. Et sans oublier non plus que le passage au financement de marché était lié à la volonté d’obtenir des crédits à moindre coûts sur un marché plus profond et plus liquide.

- La crise actuelle des dettes souveraines en Europe est d’abord une crise liée à l’ampleur des mouvements spéculatifs et la régulation insuffisante du système financier. C’est de cela qu’il faudrait discuter, et non de la loi de 1973.

- L’augmentation brutale du taux d’endettement des Etats en Europe est d’abord la conséquence de la crise économique mondiale qui s’est déclenchée en 2007 à partir de l’éclatement de la bulle immobilière aux Etats-Unis. Ce qui est en jeu, c’est d’abord la relance de la croissance et l’abandon des politiques de rigueur qui ne peuvent qu’accroître la gravité de la situation économique. Sur ce dossier aussi, la dénonciation de la loi de 1973 n’est d’aucun secours.

- En invoquant la loi de 1973, on passe sous silence l’essentiel : le traité de Maastricht et la définition qu’il donne des missions de la Banque Centrale Européenne. De nombreux économistes (P. Artus, J. Pisani-Ferry, H. Rey) ont souligné que pour mettre un coup d’arrêt à la crise de la dette, il faudrait que la BCE annonce un taux d’intérêt plafond sur les dettes publiques et son intention de racheter sans limitation les titres de dette si ce taux est dépassé sur le marché. J.C. Trichet, puis M. Draghi se sont refusés jusqu’ici à une telle politique en invoquant la lettre des Traités et le statut de la BCE. C’est cela qu’il faudrait changer et non la “loi de 1973″ abrogée depuis longtemps.

- Enfin, il faut rappeler que si l’on souhaite accroître la part relative des consommations collectives dans le revenu national, il faut nécessairement réduire la part relative des consommations privées.

Pour que cela se produise de façon compatible avec la justice sociale, il faut une réforme fiscale d’ampleur, donnant au système de prélèvement fiscal et social un caractère véritablement progressif. Croire que l’on peut répondre aux besoins sociaux en finançant par la création monétaire la construction d’école et d’hôpitaux ou la recherche scientifique c’est entretenir une illusion dangereuse. Certes, la science économique nous enseigne que la création de monnaie joue un rôle essentiel pour assurer la croissance en finançant par anticipation la création de richesses futures, mais cela n’est pas contradictoire avec la nécessaire prise en compte des contraintes de financement liées, notamment à la répartition plus ou moins équitable des revenus.

Ce serait l’honneur de la gauche, surtout de celle qui veut changer radicalement l’ordre du monde existant, de poser les vrais problèmes plutôt que d’alimenter la rumeur fantaisiste sur la “loi de 1973″.

Dernier ouvrage paru : Dictionnaire de sciences économiques (Armand Colin), 2010.

Point de vue | LEMONDE.FR | 29.12.11 | 10h15

https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=explorer&chrome=true&srcid=1fniGjx3a9VgtASEr9e0peOryHmgwBK9WZ0wCktKR8UH6cHYQpoLNrRd9srIO&hl=en_US&pli=1

 
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Publié par le décembre 29, 2011 dans Economie, Europe

 

Déformation de mes propos sur Twitter, dialogue avec quelqu’un qui a failli se faire pièger par la chasse à la sorcière

Déformation de mes propos sur Twitter, dialogue avec quelqu’un qui a failli se faire pièger par la chasse à la sorcière

 Madame,
j’ai lu votre texte, globalement je suis d’accord. Je n’ai attiré votre attention que sur ce point de “l’honneur” qui serait supérieur d’être juif que goy. C’est d’ailleurs là-dessus que vous avez été allumée par votre ex-camarade Soral.
J’avais reçu un tweet qui amenait sur son blog où j’ai trouvé cet extrait maladroit. J’ai donc trouvé votre site et constaté que le reste du texte ne méritait pas que je relaie l’extrait, je ne l’ai donc pas retweeté.
On n’est pas d’accord sur ce qui définit un peuple. Pour moi, des persécutions ne font pas un peuple. Si c’était le cas, les Falashas qui n’ont pas connu l’Holocauste ne seraient pas juifs ? et surtout, faute de persécutions, il n’y aurait pas eu de Juifs aux USA ? Pas utile de polémiquer là-dessus

Je ne doute pas qu’il n’y ait eu, dans les familles juives occidentales, une ambiance qui pousse chacun à aller vers ce en quoi il est le plus doué : un gamin doué pour le piano, on l’encourage à travailler son instrument ; dans une famille chrétienne, on lui demandera au contraire quel “vrai” métier il fera plus tard… C’est que, comme il y a le paradis pour se réjouir, la terre, c’est pour trimer ! Dans les familles artistes ou scientifiques goys, celles qui ont abandonné le schéma chrétien, les enfants ont les mêmes réussites que dans les familles juives.
Je sais ce que vous me dites sur Israël, Einstein, Freud, ou même Chomqky, Gresh…, aussi qu’il y a 40% de pauvres dans cet État, je sais le système politique qui y amène toujours par stratégie d’alliance les pires coalitions, je lis parfois Haaretz, et je connais personnellement des gens qui sont à l’UJFP.

N’empêche qu’il n’y a pas plus d’honneur à être juif que goy !
Cordialement,
AD

 
Monsieur

 je vous remercie de votre sens du débat, et celui-ci est possible entre gens de bonne foi même et surtout avec des opinions différentes. Mais l’influence de plus en plus envahissante de l’extrême-droite y compris à gauche est un vrai problème que j’ai longtemps nié et que j’ai découvert recemment dans toute son ampleur et contre lequel il faut nous prémunir au-delà de la question d’israêl et la palestine dont cette extrême-droite se moque en se contentant de l’instrumentaliser en faisant jouer une fois la haine des arabes, une autre fois celle des juifs. Et à ce titre l’opération lancée hier contre moi par l’équipe d’égalité et réconciliation se double d’un autre assaut sur lequel je reviens par ailleurs, c’est à propos du texte de Beiton sur la mise en avant de la loi de 1973. Suivre cette piste montre qu’égalité et réconciliation a fait jonction non seulement avec Dieudonné et Le Pen, toutes les formes de racismes identitaires mais également par le club de l’horologe avec un courant “gaullien” anti-européen (on voit ce que ça donne avec Guéant) et surtout il y a une infiltration systématique de tous ceux qui ont voté NOn à la Constitution européenne, y compris Onfray dont on comprend mieux les foucades anti-freud et anti-guy Mocquet… Donc Beïton a parfaitement raison de dire que désormais il voit monter par le biais de la fondation Copernic et Attac, dépourvu par ailleurs d’antisémitisme, des thèmes lancés par les fascistes.Certains se rallient en pleine conscience du type maître Collard mais la plipart se laissent flatter en développant des thèmes suggérés en temps opportuns sans avoir conscience d’autre chose que l’audience que cela confère à des individus en général médiocres…

Vous comprendrez qu’une juive comme moi  attachée à la cause palestinienne comme au refus des invasions de l’OTAN et dénonçant le rôle de l’Europe qui de surcroît a une certaine formation politique soit un danger public, il faut me discréditer faire de moi une folle, doublée d’un agent sioniste, j’en passe et des meilleures parce que je ne cesse de dénoncer la fascisation des esprits.

A propos de la notion de peuple:

j’ai écrit recemment un texte pour dénoncer l’intervention du candidat républicain aux Etats-Unis niant le caractère de peuple aux palestiniens. Il avait des arguments puisque la Palestine n’avait jamais été indépendante, j’ai donc expliqué en reprenant l’exemple de l’Algérie à laquelle on avait opposé ce genre d’argument que la colonisation  crée les peuples en les réduisant au statut de colonisé et de ce fait leur créant une conscience commune. Donc paradoxalement je pense que la colonisation israélienne a créé le peuple palestinien et que celui-ci a désormais acquis une légitimité internationale qu’on ne peut pas leur nier sauf à avoir une conception imbécile et restrictive du peuple qui partirait de la génétique ou de la nation. Alors qu’un peuple est une figure historique par exemple les peuples nomades des Goths au Tziganes, ou encore les juifs qui depuis le haut moyen âge sont désignés, exclus, enfermés dans des quartiers spécifiques, etc..; cela dit il ya un vrai danger dans cette création d’un peuple sur des bases victimaires parce qu’ultérieurement chacun part à la recherche d’une conscience nationale et risque fort de la construire sur des illusions fondamentalistes ou sur des luttes internes, c’est la recherche de l’identique, ce que Freud appelle les micro-identités narcissiques, le bouc émissaire, etc..;Le passage à la nation exige au contraire l’acceptation des hétérogéneités et c’est bien là le problème d’Israêl.

 Un destin commun est’il possible au Moyen orient ? L’utopie…

Donc Sholom Shand est nul, il a simplement repris Maxime Rodinson qui explique que les descendants des anciens hébreux sont probablement les Palestiniens, ce qui est vraisemblable. Oserais-je vous avouer que parce que j’espère dans la paix je souhaiterais créer une conscience et une histoire commune aux Israéliens (juifs et arabes) et palestiniens (chrétiens, musulmans) .

 Un peu à partir du dailogue voulu par E.W.Said et même Darwich. Je cite ce dernier repris par JLLGodard parce qu’il y a là une manière de poser le problème qui ouvre une perspective sur le long terme. Godard part d’une réflexion de  Darwich qui a déclare “Nous avons de la chance que notre ennemi soit Israël parce que les juifs sont le centre du monde”. Comment comprenez vous demande Godard cette idée qu’un peuple paria depuis vingt siècle soit le centre du monde et il ajoute, je pense qu’il y a quelque chose chez les israélites de trés original et dans original, il y a origine. Dans origine il y a premier. Ils ont théorisé tout cela et c’est donc tout à fait normal qu’il leur soit arrivé ce qui leur est arrivé et c’est parce que cela leur est arrivé qu’ils ont pu théoriser”

J’aime bien cette vision provocatrice de J.L.Godard qui né dans une famille antisémite s’est voulu juif pour mieux défendre les droits du peuple palestinien.  il me semble que ce que dit Darwich avec sa formidable sensibilité et intelligence historique c’est que les Palestiniens ont pris dans leur combat pour l’existence face à Israël une part de cette force et de cette théorisation qui en fait à leur tour le peuple de l’exil, l’origine. Israêl veut dire fort contre Dieu, la théorisation de l’oppression est aussi combat. je suis donc convaincu que non seulement les palestiniens sont les descendants des anciens hébreux comme le disait Rodinson mais encore ils sont pour une part devenu les juifs. Et je crois qu’un certain nombre de juifs qui ont choisi leur cause savent cela, ils les reconnaissent comme leur semblable non seulement en tant qu’êtres humains mais par leur lutte qui est une sorte d’étreinte entre deux peuples de l’exil et paria au centre du monde.

Faire d’abord de la politique et rassembler le plus largement
Bien sûr c’est trop compliqué pour en faire une perspective politique mais parfois la sensibilité de l’utopie messianique nous porte alors même que nous sommes rationalistes, marxistes, c’est pour cela que j’aime Ernst Bloch et Walter Benjamin… En attendant il faut rester sur l’essentiel la reconnaissance de l’Etat palestinien et pour cela il faut rassembler large y compris les juifs fraçais contre le CRIF qui comme Soral et les fascistes attise les haines, développe les micro-identités narcissiques d’où ils tirent leur pouvoir. Il faut faire de la politique c’est-à-dire avoir des revendications claires et précises sur lesquelles ont peut négocier.
je sais que les Juifs français dans leur immense majorité veulent la paix et comme une bonne partie des juifs américains en ont ras la tasse des fascistes, des fondamentalistes d’israêl et y compris du CRIF qui est sur leur ligne. C’est même vrai en israêl et je vous conseille de lire l’article que j’ai écrit sur la vérité sur Israêl. Mais si l’on veut aller vers ce rassemblement il faut avoir des positions claires, par exemple je dis qu’un juif qui aujourd’hui accepte d’aller siéger au tribunal Russel au côté d’un bricmont, un négationniste et soutien de Dieudonné perd toute crédibilité aux yeux des juifs et aux miens. L’uJFP qui mène par ailleurs un combat exemplaire dans lequel je me reconnais perd parfois toute prudence et s’isole sans bénéfice aucun pour la cause palestinienne. Je connais assez les musulmans, une partie de ma famille est algérienne musulmane et je sais qu’ils ne comprendraient pas que quelqu’un trahisse sa famille parce que comme les juifs, leur religion est essentiellement familiale. Un juif qui trahirait les siens ne serait pas respecté et tout au plus un idiot utile. Donc il faut que chacun exige dans le dialogue, le respect et laisser pratiquer le négationnisme sur Auschwitz ne mène à rien au contraire.

Je crois que ce dialogue est possible et tout mon travail consiste désormais à parler à la communauté juive de france pour les inciter à oeuvrer pour la paix, c’est possible à condition de ne montrer aucune sympathie pour les négationnistes et à s’affirmer du peuple juif (différent des israéliens). Très important de marquer cette différence entre juifs et Israëliens, faire retrouver leur conscience de Français aux juifs français et construire une conscience israélienne dans l’hétérogéneité et à ce titre qu’il y ait 20% d’israéliens arabes est une chance qu’il faut exploiter. C’est le contraire de ce que cherche un Soral, je le comprends, il est si peu assuré de sa conscience nationale qu’il ne peut la fonder que sur la haine de l’autre.

Enfin et là vous avez tout à fait raison, israêl est en crise, le chômage est là comme dans toute la région, il y a des mouvements semblables et j’insiste toujours là-dessus dans de nombreux articles en particulier dans le dernier sur la vérité de ce qui se passe en israêl, c’est un terrain favorable s’il y a une perspective politique et là, en Israêl, en palestine comme en France, l’extrême-droite n’en a pas d’autre que la haine.

Ma forme d’humour a des avantages et des inconvénients

Il m’arrive d’avoir une forme d’humour trés particulière comme de dire que BHL n’est pas juif parce qu’il est stupide ou encore de déclarer qu’il est plus honorable d’être juif que d’être goy, victime que bourreau… Parce que c’est bien de cela qu’il est question et j’ajoute que j’ai toujours été contre la création de l’Etat d’Israêl parce que comme je ne crois pas qu’il y ait un peuple élu ou meilleur que les autres, je suis convaincue que s’ils ont une armée et des frontières ils seront aussi stupides que les autres. C’était d’ailleurs la position d’Einstein quand il déclarait en 1938, qu’une armée et de frontières étaient complétement étrangère à sa conception du judaisme. la même chose pour ce juif mécréant de Freud qui tout en affirmant son appartenance au peuple juif n’était pas d’accord avec le sionisme, je pourrais énumérer les référence.

Dire qu’il est plus honorable d’être victime que bourreau est excessif si on le prend au premier dégré puisque je me refuse à attribuer au peuple allemand d’aujourd’hui la responsabilité de la Shoah mais c’est une boutade(1) du genre “arrêtez de nous enquiquiner vous dont les ancêtre pendant deux mille ans nous ont empoisonné la vie avec le peuple déicide et on trouvé des formes laïques de poursuivre la vieille haine de l’affaire Dreyfus à l’extermination nazie, de surcroit toutes les nations à commencer par l’URSS de Staline ont été d’accord pour la création d’un Etat dans lequel seulement une minorité de juifs croyaient”. Je trouve que c’est pousser un peu que d’attribuer aux juifs tous les pêchés d’israêl en niant les circonstances historiques. Ma formulation  déforme ce que je pense mais ces petites provocations aident au dialogue en prenant à rebrousse poil les stéréotypes. Que ce fasciste de Soral (Doriot aussi était un ex- camarade) prenne une phrase et en fasse un montage sur twitter pour déconsidérer ma lettre au président du CRIF est bien dans les moeurs de ce type… En fait il s’agissait pour lui de faire la démonstration qu’aucun juif ne peut souhaiter la paix dans la justice avec le peuple palestinien. celui qui s’y laisse prendre a peut-être envie de se laisser prendre…

Il est vrai que depuis quelques temps je fais fort en débusquant l’extrême-droite et son influence idéologique dans l’extrême-gauche, par exemple en posant le texte de Beïtoun, j’ai eu droit à l’annexe de Soral, le club de l’horloge qui est venu en rang serré protester et bien évidemment je n’ai passé qu’un copain communiste pur comme un ange(2)..

il n’ya qu’un seul honneur, de là où votre naissance vous a placé combattre toujours et partout pout la paix, la justice pour toutes les créatures vivantes… tout le reste est mythe… Donc vous n’avez pas tort et je me rallie volontiers à votre point de vue sur le fond…

Danielle bleitrach

(1) si vous refusez la boutade et vous prenez tout au premier degré cela vous interdit de lire Marx qui est réellement redoutable en cette matière par exemple quand il déclare que l’agneau de dieu ne signifie que la nature moutonnière du chrétien ou quand il assassine littéralement Proudhon qui ne le lui pardonnera pas..Peutêtre est-ce un reste d’humour juif celui qui pousse la plaisanterie si loin qu’il se débrouille d’avoir le lieu de son extermination qui se termine en witz… je ne peux pas m’en empêcher…

(2) voici un lien avec les intervenants qui sont venus en rafale défendre le caractère innocent sur le plan politique de l’attaque par le seul biais de la loi de 1973 : theorie-du-tout.fr

 
 
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Publié par le décembre 30, 2011 dans dialogue

 

Une dialogue édifiant sur l’entrisme de l’extrême-droite entre danielle Bleitrach et des membres d’Egalité et réconciliation

Une dialogue édifiant sur l’entrisme de l’extrême-droite entre danielle Bleitrach et des membres d’Egalité et réconciliation

Ce bref débat est parti des réactions sur mon blog à l’article de Beiton sur la réforme de 1973 et l’utilisation de ce thème par l’extrême-droite. Chacun pourra le consulter (l’article et le débat). par ailleurs j’ai eu droit à une attaque en règle sur twitter de Soral déformant mes propos, j’en parle par ailleurs, mais quand j’ai décrit dans le détail à partir de ma propre expérience comment l’extrême-droite s’infiltrait chez les militants de gauche plusieurs membres d’égalité et réconciliation m’ont écrit les textes suivants, je ne le met pas leur adresse en ligne pour ne pas leur laisser d’entrée sur mon blog, mais je mets leurs textes intégralement cela prouve premièrement les liens qu’ils tentent d’établir et ensuite à quel point la réponse est décidée collectivement, il s’agit en fait d’une projet discuté et qui donne lieu à des rencontres en particulier chez Dieudonné ou les participants plus de 300 ont droit à des lectures édifiantes par exemple bagatelle pour un massacre, si on ajoute à cela les financements iraniens, les autres associations, site nous avons une nébuleuse dont voici les méthodes telles que je les ai vécues :

Nicolas responsable Egalité et réconciliation provence côte d’Azur

Et bien je suis bien curieux d’entendre les témoins !

Pour remettre les choses à leur place:

Bonjour, je suis Nicolas, responsable PACA d’Égalité & Réconciliation. J’étais à cette réunion à l’époque ou Christophe et “sa femme juive” telle que Danielle la qualifie (décidément la judéité est une question importante pour Danielle) l’avaient organisé. À ce moment, ils avaient quitté l’association E&R et par bonne volonté, ont voulu réunir toutes leurs connaissances et amis pour essayer d’organiser un débat qui aurait pu aboutir à une sorte de front de résistance à la manière d’un petit CNR local.

Danielle Bleitrach est une menteuse.

1- Ce n’était pas une réunion organisée par E&R, mais par des anciens d’E&R très liés à l’époque à Danielle Bleitrach.
2- Étienne Chouard n’est pas membre (malheureusement) d’E&R.
3- Nous n’avons jamais essayé de pousser quiconque à nous rejoindre lors de cette réunion. Je m’y suis rendu à titre individuel et j’ai annoncé mon appartenance à E&R pour que les choses soient claires avec tous les participants.
4- Nous n’avons aucun lien avec l’association de Michel Onfray, nous en sommes même très éloignés idéologiquement.
5- Nous n’avons pas le projet d’attaquer la Pologne, ni de déporter Danielle Bleitrach.

À bon entendeur !

Deuxième intervenant Fredy présent à la réunion

“Bonjour Danièle,
Ce n’est pas bien joli de mentir comme cela.
Il se trouve que j’étais présent à cette fameuse réunion en tant qu’adhérent d’ER.
Comme tu le sais, ce sont tes amis Christophe et Anne Marie (la juive dont tu parles, ça a l’air d’être un sujet important pour toi…), qui avaient quitté Egalité et Réconciliation qui ont organisé cette réunion dans le Dojo appartenant à Christophe.
Nous devions essayer de trouver les moyens d’organiser une sorte de CNR local réunissant des communistes, anciens communistes, adhérents et anciens adhérents d’ER.
Malheureusement, voyant que vous ne parveniez pas à nous convaincre que la seule façon de résister était d’adhérer au Parti Communiste, et face à nos critiques de la dérive de ce parti, tu nous as accusé d’antisémitisme car nous soutenions Dieudonné et depuis ce jour tu as rompu tout contact avec nous, ainsi que Christophe et Anne Marie, dont le sens de l’amitié s’est avéré tout à fait relatif ! (une grande déception pour moi).
Je précise également que Etienne Chouard, n’est pas membre (malheureusement) d’Egalité et Réconciliation et qu’il ne l’a jamais été. Il n’est d’ailleurs membre de rien, ce qui est en accord avec ses idées. Il est simplement un honnête homme, qui accepte de parler et d’écouter ceux qui ne sont pas du même avis que lui. Un démocrate dans le sens réel du terme.
Nous ne connaissons pas Michel Onfray.
Je vois que tu as gardé les bonnes vielles habitudes “staliniennes” du mensonge, de la diffamation et de la désinformation pour faire passer tes idées.
Nul doute que ce message ne sera pas publié, mais peu importe, celui qui l’aura lu connaitra au moins la vérité.
Frederic

Ma réponse :
première idée, oui la judéité est importante pour moi à la manière de Marce Bloch quand je suis devant un antisémite et nul ne niera qu’égalité et reconciliation, comme Le Pen et autres dieudonné ne soient antisémites… Si j’ai parlé de l’épouse juive c’est pour montrer jusqu’où pouvait être exploité l’innocence des gens. je les avais connus à l’Université populaire de Michel Onfray dont ils étaient responsables sur Aix à l’époque. Ils ne m’ont pas caché qu’ils avaient quitté Egalité et réconciliation, ni les anciennes responsabilités de Christophe… Moi j’ai tendance à ne pas faire de procès aux gens sur ce qu’ils étaient et leur défense patriotique me paraissait juste parce que j’aime la France et je refuse de la laisser à Le pen. j’ai même poussé l’enthousiasme de leur organiser des cours de marxisme, en particulier sur la différence sur l’argent et la valeur, visiblement ils n’en ont pas profité.
Un jour sans me prévenir du projet ils ont organisé une réunion à laquelle j’ai convié un certain nombre de communistes en me parlant d’Etienne Chouard que je ne connaissais pas qui intervenait à l’Université populaire et d’un ami d’orange communiste dont le fils était au front National. Mais ils ne m’ont pas dit que leur projet était de créer un nouveau CNR avec des fascistes d’égalité et réconciliation, je l’ai découvert le jour de la réunion dans laquelle dominaient d’étranges individus disciples de Dieudonné et où il y avait Etienne qui n’avait qu’une obsession nous faire partager son idée du tirage au sort des élus. Bref j’ai été indignée d’un tel piège et je ne leur ai plus jamais adressé la parole… mais à partir de là j’ai commencé à suivre les filières, les sympathies.
Le comité Valmy m’avait mis en garde contre ces gens-là en fait je ne les ai pas écouté, j’ai eu tort mais la leçon m’a servi et désormais je connais la technique, la flatterie pour vous faire prendre des positions, affirmer la rupture avec les fascistes et quand le fruit est mur organiser des débats type CNR, union des fascistes et de l’extrême droite contre la finance et les banques européennes… Suivez mon regard…De rothshild à Madoff quitte à inventer que Rockfeller est juif et de limiter la question des speculations et des institutions européennes à cela. Qu’étienne Chouard ne soit pas à Egalité et réconciliation est une bonne chose pour lui mais comme ce n’est pas un économiste mais un prof du secondaire de droit il dit souvent en matière d’économie des choses un peu superficielles… Qui visiblement ont l’adhésion du public d’égalité et reconciliation, je lui conseille de se méfier de ses admirateurs… J’en parle je le répète en connaissance de cause et je remercie l’intervenant qui tout en me traitant de menteuse a apporté une preuve supplémentaire.
En putre chacun remarquera que magré la manière dont j’ai été traitée, je n’ai eu de cesse de vouloir faire adhérer au PCF ceux qui prétendaient être des Révolutionnaires.
Danielle Bleitrach

 
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Publié par le décembre 30, 2011 dans dialogue, guerre et paix, histoire, politique

 

réponse à Etienne chouard : le positionnement de l’intellectuel “indépendant” n’est pas le même si c’est le PCF ou le Front national qui est à 20%.

réponse  à Etienne chouard : le positionnement de l’intellectuel “indépendant” n’est pas le même  si c’est le PCF ou le Front national qui est à 20%.

Loin de moi l’idée de te confondre avec des gens malentintionnés et je voudrais pouvoir te répondre plus loguement que ce que je vais le faire ici. En effet en ce début d’année je suis littéralement débordée en particulier par ce que je voudrais apporter à des jeunes amis qui me font confiance dans la poursuite de leurs études et d’autres dans un film que nous envisageons ensemble mais. je n’ai fait que survoler les différents textes que tu as envoyés. Le premier sentiment qu’ils m’ont inspiré est celui de notre différence en matière de liberté de l’intellectuel.  Malheureusement je crains que par défaut de formation en économie et par amour de la notoriété, privé comme beaucoup d’entre nous d’un entourage militant collectif et responsable tu te sois fait au meilleur des cas pieger par l’extrême-droite et tu as semble-t-il -je pense à ton corps défendant- joué un rôle de passerelle active. par parenthèse je voudrais savoir qui t’assure tes videos et leur diffusion.

Le véritable débat ne consiste pas à écouter n’importe qui et n’importe quoi mais bien de se donner une perspective, un but et de le faire comme le dit la bonne dialectique à travers une médiation concrète et dans ce cas aussi il n’y a médiation concrète que s’il y a action collective. Il ne s’agit pas de ce narcissisme de l’intellectuel qui se prend pour un maître alors que son audience dépend souvent de sa superficialité et de sa méconnaissance des problèmes qui n’a d’équivalent que celle de son auditoire. le vrai problème n’est pas tien, il est celui de la fin du PCF et de ce qu’il a pu représenter y compris pour des gens qui n’étaient pas adhérents mais qu’il incitait à raison garder par exemple à ne pas se prendre pour la mouche du coche dans le NON à la Constitution. Et enfin si Beitoun suit la piste de la loi de 1973, il en est d’autre en particulier sur l’altermondialisme qui témoignent des mêmes étranges rencontre, cette fois c’est la lutte pour la paix et contre l’OTAN qui va avoir les mêmes passerelles avec les mêmes protagonistes, voir le combat pour la Palestine et même l’Amérique latine. Si tu reprends le texte publié ici par ailleurs sur la fameuse soirée à Aix où j’ai failli être piégée par egalité et reconciliation, tu verras que les dirigeants provençaux de cette organisation m’accusent d’avoir voulu faire adhérer au PCF les sympathisants de cette organisation qui ne se sentaient pas racistes, antisémites, d’extrême-droite mais simplement patriotes. Voici des années que je suis censurée, interdite, humiliée, frappée même par les gens de ce parti mais je continue à penser que la France et les intellectuels ont un besoin urgent autant que les classes populaires de ce parti.

Beïton montre d’ailleurs à quel point le candidat Melenchon issu de cette même opération du Non à la Constitution et des illusions groupusculaires tombe lui aussi dans le même piège ce qui va entraîner des amalgames parfaitement injustifiés entre lui et Marine Le Pen, mais qui reposent sur le caractère surperficiel de son anticapitalisme,  sa volonté de flatter un auditoire en rendant simple des choses complexes tout en ne touchant pas à l’essentiel. Nul ne peut voir en Melenchon quelqu’un d’extrême-droite mais vouloir aboyer sans toucher à rien tout en chrchant l’adhésion facile (devenue électorale et plus militante avec sa formation) peut donner le change. A ce titre l’hypothèse d’Alain Beitoun (ci-dessous) de groupes marginaux utilisant les arguments de l’extrême-droite ne me parait pas suffisante, il faut encore comprendre ce qui par exemple dans la bataille pour le NON à la Constitution a fait proliférer cette vision marginale et a permis cette infiltration comme d’ailleurs la destruction de fait du PCF. cela permet de dépasser l’idée d’un complot “loi de 1973″ aussi bien que de l’obsession de chercher dans les seuls individus, y compris toi, les responsables de la confusion de plus en plus grande entre extrême-gauche et extrême-droite. Un Front national proche de 20% c’est une situation différente pour tous du temps où le PCF était lui aussi à 20%. Ne serait-ce que parce que l’intellectuel aspire toujours à la notoriété et est sensible à qui la lui assure. Et il ne s’agit pas de simple vanité, par exemple tu as une idée à laquelle tu tiens, la désignation par tirage au sort des élus. je suis totalement incapable d’avoir une opinion là-dessus, mais ce que je sais est la manière dont on peut utiliser ce qui est souvent chez les intellectuels ine obsession, on la flatte, on lui donne un public edt en attendant on le “mouille” sur d’autres thèmes plus “politiques”, plus sensibles…  

Mais si tu le permets je vais reprendre le texte de Beitoun, l’intégral dans lequel il faut justement allusion à la manière dont un thème fomenté par l’extrême-droite va être repris par la gauche à laquelle tu prétends appartenir ”sans appartenance”. Voici donc un extrait de Beïton qui te concerne directement à partir d’une analyse de l’extrême-droite et de cette loi.

Un thème qui vient de l’extrême-droite

La dénonciation de la “loi de 1973″ trouve induscutablement son origine à l’extrême-droite. De ce côté-là les choses sont claires: on parle de “loi Pompidou-Rothschild-Giscard” en insistant lourdement sur les fonctions de Pompidou au sein de la banque Rothschild. On a là les éléments classiques d’un discours d’extrême droite contre l’oligarchie financière, la banque (juive bien sûr), d’un anticaputalisme de façade auquel on oppose les intérêts supérieurs de la Nation. Sur certains sites d’extrême-droite on dénonce la “trahison” de la France par Pompidou et Giscard, on affirme que les français ont été vendus. Par exemple sur le site alterinfo on peut lire:”Ce qui signifie que l’article 25 de la loi 73-7 du 3 janvier 1973 interdit à la Banque de france de faire crédit à l’Etat, condamnant la France à se tourner vers des banques privées et à payer des intérêts; alors qu’avant cette loi, quand l’Etat empruntait de l’argent, il le faisait auprès de la banque de France qui, lui appartenant, lui prêtait sans intérêt.

Autrement dit: auparavant, l’Etat français avait le droit de battre monnaie, et avec cette nouvelle loi, il perd ce droit qui est du même coup légué aux banques privées, qui en profitent pour s’enrichir aux dépends de l’Etat en lui prêtant avec intérêt l’argent dont il a besoin.

Cette décision correspond à une privatisation de l’argent et ramène la nation au même rang que n’importe lequel de ses citoyens”(1)

Une autre formulation tirée de ce même site: “Georges Pompidou a été le directeur général de la banque Rothschild; il en était le valet, il n’est par conséquent pas étonnant qu’il aut fait cette loi du 3 janvier 1973 qui interdit à l’Etat français de battre monnaie et qui a endetté la France d’une façon structurelle et incommensurbale après de banques privées comme la banque Tothschild. C’est pourquoi, cette loi, je propose de l’appeler désormais la loi Rothschild“(2)

Activiste d’extrême-droite bien connu, Alain Siral, participe aussi à la campagne contre la loi de 1973. Par exemple sur cette vidéo où il se trouve à la tribune aux côtés de Dieudonné (3). Dans cette intervention, Soral fait explicitement référence au film “L’argent dette” de paul Grignon sorti en France il y a quelques années et dont les relents antisémites avaient été dénoncés en même temps que l’inconsistance de l’analyse économique(4). Il évoque aussi les thèses d’Eustace Mullins, un molotant de l’extrême-droite américaine, qui “révèle” que la Réserve Fédérale a été créée à la suite d’un complot de banquiers impulsés par… James de Rothschild (5).

Marine Le pen n’est pas en reste (6). Elle dénonce la “loi mortifère” de 1973 face à un journaliste qui ne formule pas la moindre objection. Pour Marine Le Pen, il faut restaurer le pouvoir monétaire de la France et donc sortir de l’Euro. De ce point de vue, elle est dans la droite ligne de son père qui dénonce la loi de 1973 qui a “retiré à la Banque de France le monopile de l’émission de la monnaie” (6) J.M.Le pen propose de “monétariser la monnaie française” (comprenne qui pourra!). Le père comme la fille dénoncent les intérêts versés aux banquiers du fait de la loi Pompidou-Tothschild( les banquiers”se gavent” dit marine Le pen) qui seraient la source unique de la montée de l’endettement.

D’autres souverainistes de droite se retrouvent dans cette dénonciation de la loi de 1973, c’est le cas notamment de Nicolas Dupont-Aignan.

Si l’obsession de la droite extrême pour la loi de 1973 a une logique (elle lui permet de faire le lien avec “Rothshild”), la position d’une partie de la gauche est beaucoup plus difficile à comprendre.

La “ loi de 1973″ vue de gauche

L’hypothèse que l’on peut formuler ici est la suivante: dans un premier temps, un certain nombre d’individus et de groupes, assez marginaux, ont réutilisé des arguments développés par l’extrême-droite à propos de la loi de 1973. Ils ont éliminé la dimension antisémite, mais conservé l’argument de la “privatisation” de la monnaie et l’argument du recours coîteux aux marchés financiers au détriment d’un financement gratuit ou quasi gratuit auprès de la Banque de France. Ces arguments “de bon sens” ont manifestement emporté l’adhésion de militants de gauche, ignorant leur origine et qui les ont ensuite répercutés dans des réunions et sur des sites internet, dans des listes de diffusion, dans des commentaires de video ou darticle en ligne etc.. Le succès de cette “argumentation” repose sur sa simplocité. Dépourvus de formation économique face à un univers trés complexe (subprimes, CDS, spread de crédit, opération twist de la Réserve Fédérale américain, etc…) beaucoup ont été sensibles à un discours facile à comprendre: la dette n’existe que parce que les banquiers (avides de gains forcément) int imposé grâce à un gouvernement à leur solde, un financement sur les marchés plutôt qu’un financement auprès de la Banque de france. Chacun peut broder sur ce thèmes à sa guise: certains développeront plutôt l’aspect “complot” et la dénonciation de l’oligarchie, d’autres encore dénonceront la financiarisation de l’économie, etc. Face au succès populaire de cette argumentation, les responsables syndicaux, politiques et associatifs semblent avoir progressivement cédé et un certain nombre d’entre eux se sont ralliés à la dénonciation de la “loi de 1973″ dans la mesure où il s’agit d’un argument qui “passe” bien devant des audotoires divers, indignés de la situation économique et sociale actuelle (7).

Après son départ d’ATTAC (8) dont il était le président, Jacques Nikonoff a créé le M’PEP (Mouvement Politique d’Education Populaire) en 2008. Les militants de ce mouvement ont semble-t-il joué un rôle essentiel dans la dénonciation de la loi de 1973: “Le M’PEP propose de revenir à la monnaie nationale sans attendre l’autorisation de l’Union européenne de rendre à la Banque de france le droit de prêter de l’argent au pays en abolissant la loi de 1973“(9).

Etienne Chouard, devenu un blogueur célèbre à l’occasion de la compagne contre le Traité constitutionnel européen en 2005 a aussi joué un rôle important dans la popularisation de la dénonciation de la “loi de 1973″(10). D’une part il dispose d’une infrastructure efficace pour diffuser sur internet les videos dont il est la vedette, d’autre part il est invité par diverses organisations(par ATTAC à Metz (11), par “les amis du Monde Diplomatiques” à Montpellier(12)). Chouard est donc légitimé sur sa gauche. Cela ne l’empêche pas d’assurer la promotion du livre de Mullins (13) et de renvoyer en des termes élogieux à,un entretien de Thierry Meyssan (14).

Je reprends pas la suite mais vous la retrouverez sur l’article complet de Beiton et vous verrez comment la diffusion passe dans des partis de gauche. Et enfin la manière trés argumentée (c’est là l’essentiel) dont Alain beiton montre comment ce thème de “la loi de 1973″ masquent de vrais questions sur lesquelles devrait s’engager le débat citoyen.

https://docs.google.com/viewer?a=v&pid=explorer&chrome=true&srcid=1fniGjx3a9VgtASEr9e0peOryHmgwBK9WZ0wCktKR8UH6cHYQpoLNrRd9srIO

Notes

(1) http://www.alterinfo.net/La-loi-Rotschild-cause-de-l’endettement-de-la-France a50918.html

(2) http://www.alterinfo.net/La-Loi-Rotschild-cause-de-l’endettement-de-la-France a50918htlm

(3) http://www.dailymotion.com/video/xllb13alain-soral-sur-la-loi-giscard-pompidou-de-1973news

(4) lors de la sortie en video et sur internet de “l’argent dette”, la même ambiguité s’était manifestée. le film se trouvait sur le site de la Fédération du Nord du Front National et il était en même temps utilisé par certains comités locaux d’ATTAC comme instrument de “formation” sur les questions monétaires. Fort heureusement à l’époque, une vigoureuse réction de la direction d’ATTAC (J.M.Harribey et D.Plihon) avait fait les mises au point nécessaires. Tien de semblable jusqu’ici à propos de la “loi de 1973″. bien mieux, un économiste classé trés à gauche, J.Gadrey, n’hésite pas sur son blog d’Alternatives économiques à parler lui aussi de la “décision Pompidou-Giscard-Rothschild” (dans le cadre des réponses aux commentaires suscités par l’un de ses billets http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2011/11/12/la-crise-de-la-dette-piblique-et-ses-solutions-resumees-en-une-page-serree/#more-228 ).

(5) Le livre de Mullins a été recemment traduit en français et publié à l’initiative de militants du courant “identitaire” de l’extrême-droite.

(6) http://www.dailymotion.com/video/xf6i2d_marine-le-pen-denonce-la-loi-pompid-news et aussi ici http://www.dailymotion.com/video/xf7hle_marine-le-pen-denonce-la-loi-pompid_news?raig=meta2.only#from=playrelon où les journalistes ne se montrent pas beaucoup plus dynamiques pour corriger les erreurs de la candidate du Front national.

(7) les économistes font de la résistance. Sur Agoravox, un militant du combat contre la loi de 1973 raconte ul a interpellé Dominique Pilhon et Henri Sterdyniak. La réaction de Pilhon est prudente, celle de Sterdyniak a le mérite d’être claire et offensive. http://www.agoravox.fr/spip.php?page=forum&id_article=103444&id.forum=315106

(8) A la suite d’une tentative de fraude dans le déroulement des élections internes.

(9) http://www.m-pep.org/OMG/pdf/DemondialisationsTracts.pdf

(10 http://www.dailymotion.com/video/xk6d48_etienne-chouard-loi-pompidou-1973_webcam

Chouard a aussi préfacé le livre de A-J-Holbecq et Ph.Derudder, La dette une affaire rentable, Editions yves Michel, Holbecq s’exprime beaucoup sur divers blogs, il est aussi intervenu à l’occasion d’une université d’été du M’PEP. Outre son activité dans ce dimaone, Holbecq est aussi un spécialiste des extraterrestres et le créateur du site consacré aux “Ummites” (http://www.ummo-sciences.org/) Jean gadrey lui a offert une tribune sur son blog d’Alternatives économiques: http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2010/11/28/un-billet-important-de-andre-jacques-holbecq-sur-la-dette-publique/

(11)http://www.daulymotion.com/video/xmfk3h_3-6chouard-metz-oct2011-une dictature-des-marchés-financiers-sabordage-monetaire_news

(12)  http://www.dailymotion.com/video/xbinc_etienne-chouard-conference-a-montpellier-22-septembre-2011-3-4_news

(13) Lequel dénonce aussi les Rothschild pour avoir financé la Révolution d’octobre.

(14) http://www.conspiracywarch.info/Le-blogueur-Etienne-Chouard-adoube-Thierry-Meyssan_a54.html

 
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Publié par le janvier 2, 2012 dans dialogue, Economie

 

Qu’est ce que le fascisme ? par Nicolas Lebourg

Qu’est ce que le fascisme ? par Nicolas Lebourg
Armarcord, film de Fellini (1974)
 
 
 Je ne partage pas toutes les analyses de Nicolas lebourg qui privilégie une certaine conception de l’histoire des mentalités (il y a une histoire des mentalités marxiste) et ainsi ses accusations sur la ligne classe contre classe qui selon lui caractériserait le communisme fait bon marché du rôle qu’ont joué les communistes en particulier français dans la Constitution des Fronts populaires. Certes Staline, en particulier à travers la signature du pacte défensif (en réponse à Munich)germano-soviétique va impulser une telle ligne mais ce qui a mis en cause la politique des Fronts Populaires est au moins autant la politique de la Social démocratie depuis l’Allemagne (avec l’exécution des spartakistes, le pays de fait livré aux conservateurs) et la non intervention en Espagne. On ne peut donc pas considérer que le refus du rassemblement antifasciste est la caractéristique du communisme et a fortiori du marxisme, c’est une caricature qui va a contrario de la méthode que Nicolas lebourg prétend appliquer en tant qu’historien et qui rend ses analyses souvent pertinentes.  parce qu’ il a comme d’autres historiens aujourd’hui le mérite de défendre l’histoire et la vérité historique par rapport au relativisme post-moderne. Cette réflexion sur le fascisme est intéressante dans la mesure où Nicolas lebourg, comme bien d’autres historiens aboutit de fait à une remise en cause du faux concept de “totalitarisme” qui crée des équivalences qui ont un impact politique et philosophique mais empêchent de comprendre la singularité des phénomènes étudiés. On peut même entendre dans son analyse le fait que les ressemblances sont dues  au fait que le fascisme se construit en “effet miroir” par rapport à la Révolution d’Octobre. Il récuse l’éternité du phénomène qui serait en quelque sorte l’antisémitisme éternel.  Ainsi si l’antisémitisme existe dans le fascisme italien il n’a pas le rôle structurant qu’il joue dans le nazisme, il s’agit bien plutôt d’un racisme généralisé et j’ajouterais en suivant sa démonstration que l’on aurait tort de ne pas voir le lien entre ce racisme et le machisme fasciste, ce qu’Ettore Scola avait bien montré dans une journée particulière . 
 
 La proposition à laquelle j’adhère est donc pour l’historien d’étudier les formes différentes dans la singularité de l’histoire des phénomènes, mais peut-être convient-il également de créer des périodisations différentes, ainsi le fascisme pourrait être envisagé comme le proposent certains historiens dans une longue période qui est celle de la modernité et de la mondialisation capitaliste avec les résistances populaires à ces mutations.  A ce titre là comme le dit Nicolas lebourg le fascisme n’est pas derrière-nous, il est un phénomène qui subit des métamorphoses.
 
Enfin  cet article, d’une manière accessoire, nous permet peut-être de mieux percevoir la stratégie de l’extrême-droite aujourd’hui et en quoi le négationnisme joue un rôle essentiel pour à la fois rendre répulsif le socialisme et pour favoriser le retour d’une violence conservatrice, un simulacre révolutionnaire face à la colère des masses face à la crise mais aussi à la mondialisation. Ainsi Nicolas lebourg explique :  ”Maurice Bardèche, l’inventeur du négationnisme, se définissait comme fasciste mais quand il écrivait des livres doctrinaires il ne reprenait pas ses fadaises négationnistes. A propos du judéocide, il écrivait ainsi qu’il fallait en tirer la leçon historique : « il peut exister des fascismes modérés », antisémites, avec une politique antisémite, mais non exterminatrice. La focalisation sur la question de l’antisémitisme est due à notre représentation d’aujourd’hui, découlant de l’effroi face à Auschwitz. Elle introduit une confusion entre le nazisme comme « fascisme radical », pour reprendre une formule de Philippe Burrin, et le fascisme lui-même“. C’est ce projet politique qu’il faut comprendre pour voir les alliances qui se nouent autour des différentes formes de négation et l’instrumentalisation d’un certain nombre de thèmes qui vont du combat pour le droit en Palestine à un pseudo anti-impérialisme et à la dénonciation des guerres de l’OTAN, en passant par des interprétations de la crise comme relevant du complot de Rothschild. Il s’agit dans tous les cas d’une légitimation de l’extrême-droite face à la crise du capitalisme et cette “révolution conservatrice, violente” est en train de se déplacer sur le terrain qui devrait être occupé par le communisme et par le rassemblement des masses autour d’une transformation réelle de l’ordre social esxistant au profit des fantasmes de haine. Il ne s’agit pas d’abandonner ces combats au contraire, il s’agit de leur donner la dimension d’une lutte contre l’exploitation, pour la planète et pour les droits universels (note de danielle Bleitrach)
 
Qu’est-ce que le fascisme par Nicolas Lebourg
 
Comment comprendre le fascisme ? C’est un objet souple, fluide. Sans texte fondateur ni dogme, il a pu, selon les nécessités de l’instant, prôner en matière économique et sociale aussi le bien la non-intervention de l’Etat que le dirigisme. Le définir a donc toujours été un défi. Le fascisme se veut hors de définition, il refuse d’être un « isme » comme les autres : Mussolini invente le terme mais quand on lui demande ce qu’il recouvre il répond que la doctrine du fascisme c’est le fait, son programme de gouverner l’Italie. Or, définir un sujet, c’est poser une problématique, décider de limites, affirmer un point de vue. Selon la définition que l’on choisit se transforment l’objet historique, son analyse, la réalité même qu’on lui prête. Ainsi, le terme « fascisme » ne se limite pas à l’Italie du Duce. Pour les historiens, il est souvent question des  fascismes : le cas transalpin, le nazisme, des mouvements et partis français, roumain, croate, etc., certes constitués par imitation globalement, mais en intégrant des traditions propres. Un florilège d’interprétations et de représentations a donc existé quant à ce phénomène, plus ou moins scientifiques et rationnelles. Les suivre et les décortiquer est à la fois une manière de comprendre le fascisme et d’interroger ces représentations pour comprendre ce qu’elles signifient par-delà leur objet.

Le fascisme sur l’échiquier politique

Le positionnement du fascisme sur l’axe droite-gauche sert à un nombre conséquent de polémiques. L’ambiguïté a à voir avec la naissance du phénomène. Le mot fascisme est dérivé de la fondation du premier faisceau par Mussolini à Milan le 21 mars 1919. S’y trouvent des nationalistes d’extrême droite, des syndicalistes révolutionnaires, des rescapés de l’interventionnisme de gauche qui voyaient dans l’entrée en guerre de l’Italie la première phase nécessaire de la révolution, des futuristes (artistes avant-gardistes ne jurant que par le culte de la modernité technique, de l’élan vital, de l’activisme irrationnel et du nationalisme agressif, et de la guerre comme mode indispensable d’expression de tout cela).

Dès le départ il s’agit d’un mouvement d’extrême droite certes mais d’une extrême droite atypique. Son nom correspond à cette ambiguïté. Le faisceau était chez les étrusques un symbole punitif, il devient un symbole d’autorité à Rome, puis d’unité. Il est repris par la Révolution Française pour laquelle il symbolise ce rapport de l’autorité et de l’unité des masses. C’est donc à gauche que cette image revient en Italie durant le XIXè siècle, les syndicalistes-révolutionnaires y créant des fasci entre les années 1829 et 1895 essentiellement. Mais ils ne sont pas les seuls. Les industriels du nord de l’Italie poussent à une guerre douanière avec la France qui lamine les paysans du Sud italien. Sous l’effet de l’exaspération les ouvriers agricoles de la région de Palerme s’organisent en 1893 en « faisceaux » qui provoquent des manifestations violentes, incendient des bâtiments publics. Ces faisceaux viennent ainsi compléter le phénomène violent qui frappe la Sicile depuis le début du XIXè : les squadre, des bandes armées, composées de paysans et artisans, qui, sous l’égide d’un chef, se louent à des notables siciliens (et sont, pour partie, à l’origine de la Mafia). A partir de 1915, dans la perspective de l’union du pays en guerre, le mot commence à être utilisé par des nationalistes italiens d’extrême gauche (Mussolini). Mais en France dès la fin du XIXè,le mot avait été récupéré par l’extrême droite, et dans l’Italie du début du siècle il commence aussi à être utilisé par la droite nationaliste.

En somme, en partant ici de l’histoire du mot, on arrive très naturellement à cette alchimie politique très particulière qui veut dépasser le nationalisme et le socialisme classiques en usant pour premier moyen de la violence et de la glorification de l’italianité, d’un sentiment ethnique. Sa première expression violente essentielle dans la marche vers le pouvoir, c’est le squadrisme, terme qui renvoie à la pratique des équipes fascistes (squadre, le terme est repris) qui font régner la violence. Le squadrisme est une action-directe antisocialiste. Il s’agit donc d’allier une revendication populaire et révolutionnaire à une action contre-révolutionnaire et une pensée d’extrême droite. C’est un contre-coup direct de la Révolution d’octobre et un effet de miroir. C’est en conséquence de 1917 que l’extrême droite européenne passe d’un discours prônant le rétablissement d’un ordre conservateur ancien à un discours qui se dit « révolutionnaire » et prône la création d’un « homme nouveau ».

Le fascisme comme césarisme ultra

Au départ Mussolini n’est qu’un membre du Comité Central des faisceaux de combat, ce n’est en rien l’homme du slogan « le Duce a toujours raison ». De même, l’obéissance n’est pas au départ  entendu comme un aveuglement. Le programme de 1919 réclame le droit de vote et l’éligibilité des femmes. Cela reste une revendication des femmes fascistes jusqu’à ce que Mussolini supprime le parlementarisme en 1926 (le droit ne sera reconnu en Italie qu’en 1946). C’est justement ce point du culte du chef qui a le plus souvent permis d’user du mot « fascisme » de manière passe-partout et péjorative. Ainsi, en France, les affiches gaullistes et communistes se renvoyaient l’épithète de fasciste (en particulier en l’attaquant sur la thématique du culte du chef militaire ; L’Encyclopédie soviétique définissait ainsi de Gaulle comme « général fasciste »).

Cette vision des masses et de leur rapport au Chef a pu même produire des problèmes historiographiques. Ainsi l’historien italien Renzo de Felice a-t-il fait scandale en Italie en publiant une biographie de Mussolini en deux tomes en 1974 et 1975. Jusque là le consensus historique italien affirmait que le fascisme avait été une dictature imposée par un groupe d’aventuriers : les Italiens étaient censés n’avoir aucunement adhérés au régime et à son idéologie. Le poids des idées marxistes faisaient qu’il était inacceptable de considérer que les prolétaires aient pu adhérer au fascisme : seul était en cause le Grand capital. Or Renzo de Felice a montré l’adhésion des masses au fascisme, le fait qu’elles crurent très longtemps en son idéologie et la portèrent. Il a été accusé d’être lui même un fasciste, de chercher à le réhabiliter. Si les réactions furent si violentes c’est aussi qu’il soulevait, sans l’avoir voulu, un problème : si les masses avaient adhéré au fascisme elles pouvaient adhérer au néo-fascisme, or l’extrême droite néo-fasciste avait alors connue une montée électorale. On considéra donc que les ouvrages de De Felice signifiait aussi la possibilité d’un retour du fascisme et « malheur au porteur de la mauvaise nouvelle » accusé de chercher à la provoquer en légitimant la propagande néo-fasciste. En France, au début des années 1970, les étudiants maoïstes, perturbaient les cours du « fasciste » Marc Ferro : parler du fascisme autrement qu’en jugement moral était se disqualifier. Aujourd’hui encore il est possible d’être soupçonné quand on s’intéresse aux fascismes, quant on travaille sur l’adhésion à ceux-ci. Ne pas travailler sur telle ou telle victime en lieu et place serait le signe d’une fascination.

Par-delà les polémiques, De Felice a imposé une grille analytique aux historiens : la distinction entre fascisme-mouvement, au discours révolutionnaire et recrutant dans les classes moyennes, et fascisme-régimes, jouant le jeu des forces conservatrices et des élites traditionnelles. Ce distinguo est fondamental pour comprendre le fascisme et ses contradictions externes. Il amène aussi à comprendre un autre point que soulève De Felice : le fascisme n’est en rien, même dans son fonctionnement d’Etat, monolithique. Il y a de nombreux fascismes, de nombreux fascistes, et bien moins que d’être un César-Dieu le Duce est celui qui ordonne et équilibre la dialectique entre ces forces en étant leur élément commun et leur arbitre reconnu.

Le fascisme comme idéal-type

La méthode de l’idéal-type fut mise au point par Max Weber. Il s’agit d’une construction intellectuelle obtenue en accentuant des éléments de la réalité historique de façon à obtenir un tableau idéal qui ne correspond à aucune réalité empirique. Sont ensuite comparés l’objet produit et le sujet historique étudié, ce qui permet de saisir les spécificités de ce dernier. Pour le cas du fascisme, l’historien suisse Philippe Burrin a ainsi dressé un idéal-type basé sur son expérience historique en Italie. Il définit donc comme suit l’idéal-type fasciste : irrationalisme ; nationalisme ethnique ; impérialisme ; rassemblement national ; unification et mobilisation de la population sur des valeurs de foi, de force et de combat ; communauté inégalitaire ; militarisation de la société afin d’assurer le projet impérialiste. Cette vision provient de la société de la Grande Guerre, et il s’agit bien de parvenir, avec le fascisme, à ce que la communauté nationale soit soudée en temps de paix comme elle l’est en temps de guerre. La seule allégeance socialement admise est celle au Chef qui personnifie et le Peuple et la Nation. La ferveur et l’enthousiasme dans la soumission à ce Chef sont obligatoires. L’enthousiasme est préservé et amplifié par une théâtralisation de la politique. Celle-ci exalte les valeurs irrationalistes : héroïsme de la jeunesse, instinct guerrier, etc. Ces valeurs dotent le fascisme d’une impulsion anti-bourgeoise mais le bourgeois n’est pas, comme chez les marxistes, le propriétaire des moyens de production, mais l’incarnation d’un mode vie sédentaire, hédoniste, égoïste.

L’usage de cet idéal-type permet de discriminer les idées, régimes et mouvements, et d’ainsi mettre au clair ce qui est souvent flou pour nombre de citoyens : les limites du fascisme. On voit de la sorte immédiatement que Vichy n’est pas fasciste puisque le régime est dénué de tout impérialisme, alors qu’Hitler correspond à une vision extrême de ce schéma, ne fixant aucune limite à son impérialisme  en déclarant « tout être tend vers l’expansion et tout peuple vers la domination mondiale ». Par ailleurs, ce choix de méthode permet de récuser l’analyse du politologue israélien Zeev Sternhell qui considère que le fascisme naît au XIXè dans la société française contestant le système républicain, mais elle permet en revanche d’user du terme de fascisme pour des phénomènes politiques postérieurs à 1945 (ce que récusent vertement nombre d’historiens allemands, par exemple Ernst Nolte). Sont ainsi brisées les illusions chronologiques.

Le fascisme éternel

Umberto Eco, entre autres, a poussé le raisonnement jusqu’à son maximum : il existerait un fascisme dans l’Eternité, l’Ur-fascisme, une puissance de combat contre la liberté et le progrès, qui traversait toute l’histoire sous différents noms mais qui serait toujours le fascisme. Le philosophe Karl Popper a lui ramené l’histoire de l’humanité au combat entre deux modèles sociaux qui seraient toujours présents et dont le combat serait le moteur de l’histoire. Ici l’histoire commence au Vèsiècle avant notre ère en Grèce. Jusque là les hommes s’organisent en société tribales, unifiées en leur sein jusqu’à l’uniformité de ses membres soumis à leur chef. Mais à cette date provint le siècle de Périclés, Athènes et toute la révolution qu’elle représente. L’histoire se déroule alors : contre Athènes, Sparte, contre la République, le fascisme. A chaque fois, aurait lieu le combat entre la « société ouverte », prête aux libertés, aux débats contradictoires, au cosmopolitisme sous toutes ses formes (intellectuelles, culturelles, relationnelles), et la « société fermée » d’autre part. Le danger de l’usage social de cette modélisation peut alors être celui d’un usage politique manichéen ; ainsi dans notre temps on aurait la « société ouverte », la démocratie de marché mondialisé, et la « société fermée », l’islamisme – que l’on pourrait donc assimiler sans ambages au nazisme, autre « société fermée », et on revient à la fermeture de toute perspective analytique.

Si on sort de cette perspective de philosophie appliquée au passé pour en faire le moule du présent, cette modélisation peut devenir un formidable instrument de manipulation de la complexité des phénomènes sur le thème de l’affrontement de l’axe du Bien et de l’axe du Mal. Ainsi en France la reconversion de l’étudiant en géographie Alexandre del Valle de la mouvance völkisch au néo-conservatisme s’est-elle basée sur une assimilation grossière du stalinisme, du nazisme et de l’islamisme. L’indigence intellectuelle et l’inculture historique de ces conceptions sont accablantes, mais le créneau lui a ouvert nombre de colonnes (Le Figaro, Outre-terre, Israël Magazine, etc.). Dans un discours faussement universitaire, toutes les fautes méthodologiques sont permises. L’assimilation (alors qu’en histoire il est question de comparaison) permet d’ergoter sur un fumeux “troisième totalitarisme” (l’auteur omettant le fascisme italien dans son aventure éristique). Puisque les éléments n’ont aucun point commun entre eux, les adeptes de cette théorie en sont réduits à réviser le nazisme en le ramenant à l’antisémitisme, l’islamisme à l’antijudaïsme, et à tracer un signe d’égalité entre ces deux vides. Cela arme idéologiquement de très nombreux sites internet, mais dans une faculté d’histoire ne mérite pas mieux qu’un zéro pointé.

Le fascisme et les racismes

Le fascisme est il un antisémitisme traduit en doctrine politique comme on le laisse parfois entendre aujourd’hui ? Non. Si l’antisémitisme est au cœur même du projet et de la doctrine nazis, Mussolini n’est au départ pas plus antisémite que philosémite, il n’a tout simplement que peu à faire d’une telle question. Par rapport à la question du sionisme, son attitude n’a rien d’idéologique mais est purement pragmatique : entre 1926 et 1932 il ne cesse de soutenir vigoureusement la cause sioniste (pour déstabiliser la Grande Bretagne) mais en 1937 il se découvre proche de l’Islam et antisioniste, voulant se rapprocher du monde arabe dans sa perspective de voir l’Italie redevenir la grande puissance méditerranéenne. Au début des années 1930, la proportion d’Italiens juifs membres du Parti National Fasciste est supérieur à cette même proportion dans la totalité de la population italienne. On peut alors être juif et fasciste, fasciste et philosémite, etc. La situation change ensuite totalement. L’évolution est due aux élites du fascisme qui admirent le nazisme et tendent à récupérer son antisémitisme fanatique.

L’antisémitisme s’intègre à partir de là dans le cadre raciste du fascisme qui a toujours considéré que l’homme blanc jouit d’une suprématie naturelle sur les autres races. La législation antisémite en Italie (1938) est d’ailleurs consécutive de l’adoption de mesures racistes à l’encontre des Noirs (1936) dans l’Ethiopie conquise : c’est dans ce contexte général de ce qu’on nomme « l’hygiène de la race » qu’elle s’inscrit, elle n’est pas l’axe idéologique comme dans le nazisme. Malgré l’adoption d’une législation antisémite, malgré une propagande antisémite qui va devenir de plus en plus féroce avec la guerre, malgré la participation de l’Etat italien à l’organisation de l’extermination de masse, le mouvement fasciste peine à se convertir à l’antisémitisme et à sa mue exterminatrice. Bon nombre de dirigeants fascistes sont outrés des mesures antisémites et estiment qu’elles les déshonorent.

Pourtant tous les mouvements fascistes européens ont été antisémites (dont l’italien donc). Cela s’intègre à une hyper-valorisation de la communauté basée sur des critères juridiques et/ou ethniques qui réclame de définir qui en est exclu. Maurice Bardèche, l’inventeur du négationnisme, se définissait comme fasciste mais quand il écrivait des livres doctrinaires il ne reprenait pas ses fadaises négationnistes. A propos du judéocide, il écrivait ainsi qu’il fallait en tirer la leçon historique : « il peut exister des fascismes modérés », antisémites, avec une politique antisémite, mais non exterminatrice. La focalisation sur la question de l’antisémitisme est due à notre représentation d’aujourd’hui, découlant de l’effroi face à Auschwitz. Elle introduit une confusion entre le nazisme comme « fascisme radical », pour reprendre une formule de Philippe Burrin, et le fascisme lui-même. La politique antisémite devient le seul critère historique retenu, ce qui rend incompréhensibles fascisme et nazisme, ne devenant qu’une explosion de haine homicide barbare.

Le fascisme comme culture

Pourtant, cette pensée d’un « fascisme éternel » s’est nourrie des (excellentes) analyses historiques sur le fascisme comme culture et non comme simple lieu politique. L’Américain George Mosse a ainsi travaillé à la question du fascisme comme religion civile, l’Anglais Roger Griffin a un fascisme comme mobilisation palingénésique, le Français Pascal Ory a un fascisme comme naturisme radical. La perspective d’un « fascisme générique », identifié en tant que vision du monde a permis d’affiner considérablement notre compréhension du phénomène.

Cependant, il est certain que le tout culturel peut nous amener à surestimer des éléments. Qu’est ce qui fait le nazisme, ce qu’il emprunte au romantisme allemand du XIXè ou sa capacité à assassiner des millions d’individus ? Ce qui fait la particularité historique des fascismes-régimes c’est d’avoir donner à une idéologie sectaire destinée initialement à une marge fanatique les moyens de l’Etat, telle qu’a su le montrer le Français Louis Dupeux. Ce qui fait le fascisme c’est cette concordance entre l’idéologie irrationnelle de la force et les moyens de l’Etat de la déployer. La spécificité historique réelle des fascismes amène en ce cadre à les considérer comme on ne considère nul autre événement historique. Comme le fait remarquer l’Italien Gentile, personne n’a jamais cherché un « bolchevisme générique » ou un « jacobinisme générique ». C’est ce qui a poussé l’historien américain Robert Paxton a privilégier « le fascisme en actions », une analyse empirique.

Le fascisme et le capital

Cette quête de permanence  culturelle historique d’un phénomène pourtant si aisément daté, surgit surtout dans les années 1970, quand le logiciel marxiste s’effondre. Le « tout culturel » vient ainsi prendre la place du « tout est politique » tout en conservant le schéma d’un grand dessein historique à l’œuvre. Il était devenu patent que l’analyse marxiste du fascisme avait échoué. Marx et Engels écrivent comme première phrase du Manifeste du parti communiste (1847) que « L’Histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire des luttes de classes ». Les marxistes ont donc tenté d’interpréter le fascisme selon ce dogme premier. Le fascisme ne serait qu’une réaction du Capital, une dictature ouverte et non « douce » comme celle des démocraties bourgeoises. Le Grand capital utiliserait le fascisme afin de pouvoir écraser le mouvement révolutionnaire prolétarien. La naissance de la conscience révolutionnaire du prolétariat ne rendrait plus possible la dictature douce, celle des démocraties reconnaissant des libertés formelles pour asservir la classe ouvrière. Avec le fascisme, le Grand capital s’appuierait sur les classes moyennes, la petite bourgeoisie, paniquées par la crise du capitalisme. Abattre le fascisme ce serait donc abattre le Capital, et, durant un temps, s’allier à des socialistes ce serait donc s’allier aux fascistes. La montée apparente des forces contre-révolutionnaires ne serait que l’ultime soubresaut du capitalisme et donc le signe de l’avènement très proche du communisme.

C’est cette définition du phénomène historique qui explique pourquoi les communistes ont refusé la jonction anti-fasciste avec les socialistes. C’est-à-dire que la réflexion sur la définition historique a abouti à un événement historique majeur : l’absence d’une opposition unifiée aux forces fascistes. Certains communistes ont même considéré que le fascisme était positif en tant qu’il représentait le stade final de la dictature capitaliste, et qu’il accélérait, de par sa répression anti-communiste, la prise de conscience du prolétariat. De manière dialectique le fascisme ouvrirait donc la voie à la dictature du prolétariat (telle est la position de la Pravda en 1933). Ceci va de pair avec l’affirmation de la fonction messianique anti-fasciste du prolétariat qui amène à un véritable aveuglement face au phénomène. En particulier, les marxistes se refusent à comprendre comment le discours socialisant des fascismes et la rhétorique antisémite peuvent séduire dans les masses ouvrières.

Le point de vue des marxistes c’est ne considérer que les fascismes-régimes, refuser de voir les fascismes-mouvements et ne pas voir le fascisme comme la dialectique qu’il est mais tel un bloc monolithique. Rappelons qu’au congrès de Vérone, qui se tient à la mi-novembre 1943 et où se décide l’orientation du régime, Mussolini note que « Les tendances les plus étranges s’y sont manifestées, dont certaines à la limite du communisme. Quelqu’un a demandé l’abolition, pure et simple, du droit de propriété ! Nous pourrions nous demander, en voyant cela, pourquoi nous avons lutté pendant vingt-cinq ans contre les communistes ! ».Le fait de refuser de voir la différence entre fascismes-régimes et fascismes-mouvements sert à éviter de mettre en cause la théorie au détriment de la compréhension du phénomène.

Le fascisme comme totalitarisme

Le terme « totalitaire » fut d’abord utilisé par les ennemis de Mussolini entre 1923 et 1925, avant que ce dernier n’instaura sa dictature, puis revendiqué par lui quand il déclare que « pour le fascisme, l’Etat est l’absolu devant lequel les individus et les groupes ne sont que le relatif. Individus et groupes ne sont concevables que dans l’Etat ». L’Etat fasciste italien est ainsi le seul à avoir revendiquer cette appellation de « totalitaire ».

Etat omniprésent, parti unique, culte du chef, massacres de masse : ce sont là des points communs entre fascisme italien, national-socialisme et stalinisme. Aussi un débat est-il né très tôt quant à leur éventuelle même nature, débat relancé il y a dix ans par Le Livre noir du communisme.  L’un des premiers a avoir fait ce parallèle est un philosophe allemand d’extrême droite Moeller van Den Bruck. Il écrivit dans les années 1920 que chaque nation aurait son « socialisme national », pour les Russes le bolchevisme, pour les Italiens le fascisme. C’était là un jugement laudatif. Dans les années 1930, ce sont partout en Europe les membres de la droite modérée qui estiment que URSS et TroisièmeReich ne sont que les deux faces d’une même pièce. La signature du pacte germano-soviétique leur paraît confirmer cette hypothèse. Ce sera aussi un des grands thèmes de propagande anti-communiste de la guerre froide, tandis que la théorisation du phénomène totalitaire, englobant nazisme et stalinisme, est le fait d’Hannah Arendt, dans Les Origines du totalitarisme (1951). Pour elle le totalitarisme correspond au IIIe Reich et à l’URSS à la fin des années trente – elle exclue donc le fascisme italien, elle le considère comme une dictature ordinaire simplement car elle ne le connaît guère. A côté d’éléments historiquement très critiquables, Arendt procède à une déconstruction de quelques représentations, soulignant comment l’Etat totalitaire n’est pas une pyramide avec son chef à son sommet, n’est pas le monolithisme, mais la profusion de structures rivales (Etat / Parti ; milice / police ; etc.) qui empêchent l’existence d’un véritable Etat stable, et permet au totalitarisme d’entamer une course de transformations, une dynamique, afin de faire toujours plus correspondre le réel à ses intentions, à son idéologie.

Ces dernières années, l’attention des observateurs paraît s’être déplacée de l’observation du Chef à celle des victimes. Or, il s’avère justement que ces dernières soulignent les grandes différences entre les régimes. Le nazisme élimine les êtres qu’il trouve indésirables dans son ordre nouveau (juifs, tziganes, homosexuels, slaves, etc.) mais il ne traque pas ceux qu’il estime aptes par nature à appartenir à ce nouveau monde. Le stalinisme consiste essentiellement à éliminer tout ceux qui, certes de manière infinitésimale, contestent ou pourraient très éventuellement gêner l’ordre établi. Par exemple, avant le début de la guerre 435 000 civils d’origine polonaise sont déportés ou internés ainsi que 1 200 000 soviétiques d’origine allemande, 200 000 de ses derniers meurent durant le trajet vers la Sibérie, etc. Il n’y a là aucun projet idéologique raciste : c’est l’élimination de citoyens qui pourraient gêner l’Etat en ayant des sympathies pro-allemandes. L’Etat se simplifie la tâche en éliminant et déportant en masse de manière utilitariste. En ce qui concerne les camps de travail le taux de mortalité moyen durant cette période y est de 10% pour l’URSS contre entre 60 et 100% pour les nazis. La brutalité stalinienne se fait d’abord à l’encontre de la société soviétique : il s’agit d’éliminer tout ce qui pourrait très éventuellement nuire à la stabilité du pouvoir étatique.  La violence nazie, elle, n’est que peu une violence terroriste contre la société allemande : elle n’est pas une répression préventive de sa population mais une volonté d’extermination des groupes humains jugés indignes de vivre dans l’ordre nouveau planétaire.

Le concept flou de totalitarisme tend ainsi à transformer la complexité des faits historiques en supercherie de l’arithmétique. S’il existe bien des parentés entre les régimes soviétiques et nazis (monopole d’une idéologie d’Etat, embrigadement de la population, violence de masse, mythe du chef, etc.) leur assimilation au nom de la mathématique homicide, comme cela est souvent fait depuis quelques années, est un non-sens historique. Cette assimilation peut se faire dans un cadre moral, philosophique, mais non historique Ou du moins : le concept de totalitarisme doit, comme tout concept en histoire, s’utiliser en tant que moyen parmi d’autres. Les rapprochements entre le fascisme italien, le nazisme, le stalinisme, nous parlent d’un moment de l’Europe et d’un moment de l’Etat et de son usage de la technologie. Leurs concordances nous parlent d’un moment de l’histoire de la modernité. Qu’est ce que le totalitarisme sinon la volonté que l’Etat représente le peuple tout entier, radicalisant ainsi les principes de représentativité de la société par l’Etat ? C’est l’histoire contemporaine elle-même qui est ici mise en question. C’est aussi notre histoire à venir qui peut se dessiner quant à ces principes : savoir représenter une société sans s’adonner aux crimes contre l’humanité. Là où l’usage vulgaire du mot « totalitarisme » est fait pour nous rassurer sur la mort de la bête immonde, l’idée qu’il s’agisse d’un « système » montre la complexité du fonctionnement et son potentiel devenir.

En ce qui concerne le fascisme on peut certes s’approcher d’une définition, mais le mieux peut aussi être de suivre Emilio Gentile quand il déclare s’en tenir à cette formule d’un intellectuel italien écrivant en 1938 « définir le fascisme c’est avant tout en écrire l’histoire. »

 
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Publié par le janvier 8, 2012 dans histoire, société, Théorie

 

quelques idées sinon simplistes à tout le moins simples…sur monnaie et endettement souverain par danielle Bleitrach

quelques idées sinon simplistes à tout le moins simples…sur monnaie et endettement souverain par danielle Bleitrach

Il est trés difficile d’expliquer simplement des choses complexes, en particulier chaque affirmation devrait donner lieu à un stock d’explications complémentaire mais je vais tenter d’emettre quelques faits.

L’Etat ne peut pas pas se financer à taux zéro par simple création monétaire de la Banque centrale qu’il s’agisse de la banque de france ou de la banque centrale européenne. Mais il faut savoir ce que l’on veut financer tant dans la sphère privée que dans la sphère publique. Si j’ai protesté contre “la loi de 1973″ deus es machina de tout c’est que cette référence incantatoire masque les choix qu’il faut inviter le citoyen à accomplir et qui eux renvoient à des options de gauche, voir socialistes ou de droite et capitaliste.

Laisser croire qu’il suffirait de retourner à une banque centrale française finançant à taux zéro c’est masquer d’abord ce qu’est le financement public et donc ne pas comprendre qu’il anticipe sur des richesses créées donc de la croissance, donc ignorer en quoi l’austérité est un trés mauvais choix.je renvoie au texte intégral de Beitoune sur les explications techniques par exemple les taux longs (les Etats) et taux courts (banques), l’essentiel me paraît être que cette référence occulte la question de la production et fait de la monnaie un objet en soi.

La monnaie et Marx ne dit rien d’autre c’est de la valeur en procès, c’est la forme transitoire que prend la valeur créé par la valeur productive… C’est-à-dire que quand vous possédez de la monnaie vous ne possèdez qu’un simple droit sur la production, les biens matériels et certains services.

En fait même si vous receviez d’une banque nationale de l’argent à taux zéro vous seriez confrontés à deux faits, premièrement la hausse des prix puisque il y aurait une masse monétaire sans l’équivalent en productions ou en services et de surcroît il y aurait augmentation des importations sans les devises de réserve pour les acquérir.

Un des problèmes de la crise est lié par exemple au fait que le dollar active la planche à billet et qu’en autres  cela se traduit par une hausse des prix des matières premières (payables en dollar) et un excès d’importation, toutes choses qui non seulement créée la crise aux Etats-unis mais la reporte sur le reste du monde qui doit acheter du dollar comme monnaie de réserve pour payer ses importations, d’où la volonté de la Chine et d’autres pays d’échapper à cette emprise du dollar. En outre si j’ai quelque chose à reprocher à l’analyse de Beitoune et à la plupart des analyses c’est qu’il n’y est jamais question du rôle pourtant abyssal dans l’endettement (qu’il s’agisse des Etats-Unis, de la France ou même de la Grèce) des dépenses militaires.Là encore nous retrouvons  non pas la monnaie comme secteur autonome (c’était l’hypothèse de madame lagarde en 2008, l’économie était saine, il s’agissait de bulles spécultaives en train d’éclater).

C’est ça qui rend aussi si compliquée la sortie de l’euro par exemple par la grèce, même si la banque nationale grecque prêtait alors gratuitement de quoi payer les salaires, il y aurait le problème des importations qu’il faudrait payer (Cuba depuis 50 ans se débat héroïquement dans ce genre de problème) c’est-à-dire à la fois une baisse de la valeur des salaires et une raréfication des devises par lesquelles la grèce devrait payer par exemple l’énergie. C’est de plus en plus difficile pour la France, en fait avec l’asphyxie de l’économie française  le franc va trés trés vite se déprécier et perdre peut-être 30 à 40% de sa valeur. Immédiatement après, l’inflation reviendra et il faudra renégocier la dette française qui est en euros. Nul ne sait où l’on va…

Si on en reste à cette histoire de 1973, on ne comprend rien à la catastrophe de l’Europe et de la zone euro.  Le premier  des dysfonctionnements de l’Europe est que la création de la zone monétaire euro a rassemblé des nations ayant de fortes différences de productivité  c’est-à-dire bénéficiant d’une disparité du stock de capital investi et de maîtrise technologique  aconduit mécaniquement  à l’endettement des pays dont la balance commerciale était déficitaire.Le  second est que la seule arme est une politique anti-inflationniste, monétariste qui ne marche qu’en théorie néo-libérale, en gros l’austérité pour les peuples et l’acceptation sans réserve de la “loi des marchés”. C’est si vrai que la carte du chômage en Europe aujourd’hui suit exactement les disparités en matière de capital investi dans la production et de maîtrise technologique donc de meilleure balance commerciale et on n’a pas un tel niveau par l’austérité. (1).

La crise qui éclate en 2007, s’approfondit en 2008, est une crise de l’endettement privé c’est ce que j’avais exposé à cette époque “la crise exposée à des nuls par une nulle”, il y a eu des pratiques de prêts et de titrisation qui ont engendré la suspiciion entre les organismes de crédit parce que justement elles ne correspondaient pas à de la richesse réelle et on a risqué la thrombose financière, d’où l’intervention des Etats de fait en nationalisant la dette privée. Et ça continue à tel point que non seulement les banques européennes n’arrivent plus à trouver prêteurs mais préférent placer leur argent à la BCE plutôt que de se prêter entre elles.

 La crise de la dette privée, aujourd’hui devenue crise de la dette publique, a rouvert un champ d’action aux spéculateurs qui parient à la baisse sur ces différentiels, matérialisés par les écarts des taux. Le mandat uniquement anti-inflationniste – et implicitement réduit au monétarisme le plus étroit – de la BCE a jusqu’à présent interdit la mise en œuvre des interventions au soutien des économies et de la dette souveraine qu’ont largement pratiquées les établissements centraux américains, japonais et britanniques. Les politiques d’austérité et de refinancement par accroissement du poids de la dette promettent une amplification de la crise.

Là nous avons le double danger de l’euro, l’union monétaire de pays ayant des différentiels de productivité trés grands et sans la moindre péréquation des excédents, d’où le fait que les pays ayant une balance extérieure déficitaire comme la Grèce mais aussi la France par défaut de production sont les occasions de spéculation. Tout ramener à la loi de 1973 c’est ne pas comprendre le rôle joué par la desindustrialisation de la France devenue en particulier avec les nationalisation- privatisation un pays usurier et de production militaire. C’est ne pas comprendre la machine infernale européenne qui non seulement à lié des pays à productivité différente mais s’est donné comme seul objectif y compris avec Maastricht un contrôle antiinflationniste c’est-à-dire le pouvoir de saigner le malade et aujourd’hui cela continue… Effectivement pour ceux qui pensent qu’il faut sauver l’euro à n’importe quel prix il faut que la BCE monétarise et rachète de la dette en espérant bloquer la spéculation, en fait elle a commencé à le faire à petites doses ce qui est totalement inefficace. 

C’est pourquoi un des premiers problèmes que masque la référence incantatoire et manipulatrice à la loi de 1973 c’est donc la production française, le fait qu’on a laissé se desindustrialiser et qu’il faudrait le faire dans la pire situation qui peut s’imaginer avec hausse des prix et déficit commercial extérieur. On s’est assez moqué du PCF quand il disait produisons français, il avait raison.

je crois  qu’au lieu de raconter n’importe quoi nous pourrions étudier comment Cuba se débat dans ce genre de problème et nous aurions beaucoup à apprendre… est-ce que notre peuple est le peuple cubain? certainement pas surtout si nous continuons à lui raconter n’importe quoi. Il y a des peuples qui se battent et obtiennent des résultats, une fois de plus il faut ouvrir le débat et en finir avec notre morgue alors que la situation de l’euro est un danger de récession mondiale.

Autre question qui est masqué par cette référence icantatoire pourquoi y a-t-il endettement, il y a baisse des ressources à cause de la baisse d’activité (c’est pour ça que l’austérité est une folie) mais aussi parce qu’il y a eu d’incroyables cadeaux fiscaux, ceux-ci ont été comptabilisés. De même, cela occulte le débat sur les frais liés aux expéditions militaires. Mais surtout cela occulte le débat du socialisme, le vrai:

Quand à Cuba il y a eu en 91 l’effondrement des pays de l’Est et de tout le système d’échange entre Cuba et eux, le gouvernement est allé partout dans les entreprises dire la vérité et les travailleurs ont fait des choix, ils ont dit on veut conserver la santé gratuite et l’éducation, on est prêt à sacrifier le reste.

Donc il ne faut pas d’austérité mais il faut mettre à plat recettes et dépenses, ne pas laisser croire qu’on peut créer de la monnaie sans redistribuer les richesses, sans faire des choix. Et c’est là-dessus que doit porter le débat. Cela seul permettra un véritable affrontement sur le fond, faut-il faire une nouvelle ponction sur la consommation pour faire baisser les charges patronales ? Qu’est-ce qu’on peut en attendre pour qui ?

Enfin il faut bien voir que la banque centrale a effectivement un rôle à jouer c’est contre la spéculation, en gros fixer un taux d’intérêt plafond et à racheter la dette publique… Tenir le volant de la monnaie permet de mieux lier politique monétaire et politique budgétaire. C’est pour cela, pour lutter contre la speculation qu’il est nécessaire de maîtriser le crédit, les marchés financiers, nationaliser le secteur financier. On voit bien comment la Chine qui certes est dans de tout autres conditions de production et d’équilibre du marché extérieur mais qui a la maîtrise financière qui lui a permis de lutter avec efficacité contre la crise et accélérer la recomposition de son économie… Autant que de chercher de nouveaux échanges complémentaires. Et là nous avons une vraie question comment sans maîtrise du secteur financier lutter contre la spéculation ? Avec comme seule arme une politique anti-inflationniste et de rigueur ?  les vraies responsabilités des banques : comme l’explique Jacques Sapir, les banques ont utilisé l’argent qui leur a été accordé y compris par la BCE pour le placer à très court terme (moins d’un an), et de plus elles ont apporté une partie de leurs créances à la Banque Centrale Européenne. Le mouvement de contraction des crédits n’a donc pas pu être arrêté. Nous avons donc aujourd’hui la conjonction d’une politique déflationniste menée par les États et d’une forte contraction du crédit, impulsée par le secteur bancaire et c’est là que la lutte contre la récéssion passe par une maîtrise de ce secteur.

On comprend bien pourquoi l’extrême-droite veut masquer tout cela sous une fausse radicalité à arrière fond antisémite mais on ne comprend pas pourquoi l’extrême-gauche lui emboîte le pas…

Danielle Bleitrach

(1) voir article du quotidien financier la Tribune du 5 janvier 2011.

 
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Publié par le janvier 4, 2012 dans Economie

 

La stratégie de la pétition et les négationnistes: comment “mouillent-ils” celui qui a la faiblesse de croire à leur bonne foi

La stratégie de  la pétition et les négationnistes: comment “mouillent-ils” celui qui a la faiblesse de croire à leur bonne foi

Quand j’ai déclaré que je considérais comme nuisible à la cause palestinienne la présence au tribunal Russel du négationniste Jean bricmont, j’ai eu quelques réflexions du type mais non voyons c’est un anar… Non c’est quelqu’un qui s’est donné pour mission sous prétexte de lutter contre la censure de mouiller y compris Chomsky et d’autres, c’est ainsi que l’on voit apparaître un journaliste quebecquois Jean Guy Allard qui est le porte-voix officiel des Cubains à côté de Robert ménard sur lequel il a écrit un livre le dénonçant comme espion de la CIA. Il y a un véritable travail politique qui consiste à mouiller les altermondialistes, plus ils sont proches des Cubains, des Palestiniens et des Vénézuéliens plus on tente d’en faire des “idiots utiles” et Bricmont est un élément tout à fait conscient de cette stratégie, on se demande pourquoi le PTB qui n’a rien à voir avec ces gens-là n’est-il pas plus prudent? Voici donc la stratégie de l’amalgame dont sont victimes désormais des gens comme Etienne Chouard et tant d’autres parce que je suis convaincue sauf que l’on prouve le contraire que des gens comme Jean Guy Allard ou Etienne Chouard n’ont pas de sympathies pour l’extrême-droite, ils ont été attirés par des gens qui eux recrutent trés consciemment pour l’xtrême-droite. J’ai été moi même solicitée à plusieurs reprises par ces gens là de Bricmont à Blanrue, Cela dit je vous conseille de suivre le lien Soral et d’écouter un de ses discours et de vous dire que ceux qui acceptent de cohabiter plus que le temps d’une pétition avec des gens pareils ne sont pas seulement des naïfs mais probablement des adeptes. En attendant de classer les gens, voyons les conditions qui renvoient au renforcement de l’extrême-droite en France et dans le monde, jadis c’était le PCF qui s’adressait aux intellectuels aujourd’hui c’est cette mouvance nauséabonde. Il y a comme je l’ai expliqué une extraordinaire naiveté de certains intellectuels. Je dois dire que parfois cela m’amuse quand je vois Yann Moix capable de dénoncer le cinéma Utopia comme antisémite se faire piéger par ces ordures d’extrême-droite, négationnistes. voici donc :

L’écrivain Yann Moix, la pétition et les négationnistes

 Version réactualisée le 2 novembre avec réaction de Yann Moix et avec la deuxième liste de signataires (7 DECEMBRE 2010).

Il en est ainsi des pétitions. L’identité  des signataires est souvent au moins aussi riche en enseignements que l’intitulé.Paul-Eric Blanrue, compagnon de route de Dieudonné, militant issu de l’extrême droite, qui s’évertue à brouiller les pistes et se prétend désormais “chaveziste”, a  une obsession: l’abrogation de la loi Gayssot, qui a instauré  le délit de contestation de crimes contre l’humanité.

Il s’y consacre depuis plusieurs mois sur les  sites internet participatifs- comme Le Post , où il a une page personnelle, ou Agoravox. Là où la donne est en train de changer, c’est qu’il s’est trouvé quelques “idiots utiles” pour parapher un texte, aux côtés de ce qui constitue un véritable Bottin mondain négationniste, Greciste et/ou nationaliste révolutionnaire, le tout complété par quelques “plumes” de Riposte Laïque dont l’ultra-laicisme de façade cache de moins en moins un alignement systématique et sans grande boussole sur la rhétorique de l’extrême droite “dure”.. On y retrouve aussi de nombreux étrangers (surtout Italiens, Belges, Suisses et Américains) issus de la Nouvelle Droite ou, pour certains d’entre eux, du néo-nazisme avéré.

On évacuera donc ici assez vite les têtes de gondoles qui servent à vendre la pétition et surtout à servir de cache sexe à des cohortes éminemment plus politiques.

Cet été, donc, était lancée une pétition pour l’”abrogation de la loi Gayssot”. Le texte utilisait le cas de Vincent Reynouard pour appuyer son propos. Condamné à un an de prison ferme le 8 novembre 2007 pour contestation de crimes contre l’humanité, après la diffusion d’une “brochure” contestant le génocide des jufs par les nazis, Vincent Reynouard est un “client”: Catholique intégriste et national-socialiste avoué, cet ancien membre du PNFE- un groupuscule néonazi- a été révoqué de l’éducation nationale. Il est en outre extrêmement actif sur le net où il s’échine à se tailler un costume de “proscrit pour ses idées”, ce qu’a encore renforcé son incarcération.

Petit tour d’horizon non-exhaustif des familles représentées parmi les quelques 970 signataires du texte.

Les “idiots utiles”. Evidemment, ce sont ceux que M. Blanrue a mis au début de la liste. Certains sont étonnants. Comme l’écrivain Yann Moix qui affiche un soutien appuyé à la cause israélienne, et qui a récemment traité d’antisémite le responsable des cinémas Utopia (au motif qu’il boycottait un film israélien).Il y a aussi Robert Ménard, ex-président de Reporters Sans Frontières, ou encore le journaliste Dominique Jamet.

A gauche, peu de prises : le philosophe libertaire américain Noam Chomsky a soutenu l’initiative. Un de ses proches, le belge Jean Bricmont, a été l’un des plus actifs pour faire diffuser la pétition. Mgr Jacques Gaillot, a quant à lui, retiré sa signature. On trouve aussi un journaliste québécois du quotidien cubain Granma, Jean-Guy Allard. Ce dernier dénonce avec constance Robert Ménard comme un “agent de la CIA”.

Les négationnistes. Tout le « gotha » a signé, à l’exception de ceux passés au Mouvement des damnés de l’impérialisme, comme Ginette Skandrani et Serge Thion.
Il ya donc les frères Faurisson,  Robert et Jean ainsi que leur soeur Yvonne Schleiter; Pierre Guillaume; l’ ancien avocat de Robert Faurisson Eric Delcroix; Jean Plantin; Pierre Panet (autre proche de Dieudonné et auteur d’un texte intitulé “Robert Faurisson un humaniste”); Michèle Renouf; Mondher Sfar.

Il y a encore Michel Delacroix (auteur d’un pastiche négationniste); Georges Theil; Guillaume Nichols, traducteur en anglais de Faurisson; Andrew Slade; Henri Roques; Bernard Notin, Siegfried Verbeke, qui a été condamné aux Pays-Bas et est un proche de Vincent Reynouard. Ainsi que Mariette Paschoud négationniste suisse condamnée ou encore l’italien Franco Damiani.

On note aussi la présence de Roger-Guy Dommergue dit “Polacco de Menasce”. On ajoutera encore la signature de Richard Glize qui, s’il ne s’est pas signalé par des écrits négationnistes, a été poursuivi pour avoir diffusé une revue antisémite à l’université de Lyon-III, Le livre de philosophie culturelle. Tout comme Jean Brière, ancien porte-parole des Verts, exclu du parti après des déclarations antisémites notamment parues dans son livre “Le rôle belligène d’Israel et du lobby sioniste” aujourd’hui au Mouvement écologiste indépendant d’Antoine Waechter. Ou Israel Shamir, qui a parainné avec Mondher Sfar et Ginette Skandrani à l’édition du faux antisémite Le Manifeste (judéo-nazi) d’Ariel Sharon.

=> Lire sur ce sujet, et en liaison avec le paragraphe suivant, l’article très complet de ReflexES sur le procès Dieudonné.

La bande à Dieudonné/ Egalité et Réconciliation. On y retrouve donc le nouvel avocat de Faurisson et de Dieudonné, John Bastardi-Daumont; Dieudonné et sa compagne, Noémie Montagne; Olivier Mukuna auteur d’un livre sur Dieudonné; Cyril Rey-Coquais, Maria Poumier et Francesco Condemi, tous trois  anciens de la liste “antisioniste”; Jacky Sigaux, assistant de Dieudonné; Alain Soral; Laurent James; Marc George (ex secrétaire général d’Egalité et réconciliation, il soutient désormais Bruno Gollnisch); Tahir de la Nive; Pascale Giaj ou encore Johan Livernette. Et aussi Michel Drac (1).

Dans un autre genre, on relève également des conspirationnistes comme l’américain Ed Kendrick qui soutient que le Mossad est derrière les attentats du  11 septembre, ou la française Nicole Guihaumé.

FN et périphérie. Si aucune personnalité de premier plan du Front national n’a apposé sa signature, certains cadres n’ont pas hésité à le faire. Comme Hugues Petit, membre du comité central, du bureau politique et président du Conseil scientifique du FN. On retrouve aussi Erwin Vétois, qui écrit dans le mensuel Droite ligne (2). L’ancien candidat FN Axel Loustau est aussi signataire.
A côté du FN, on retrouve Thomas Joly, n°2 du Parti de la France de Carl Lang. Jérôme Bourbon et Camille Galic, respectivement actuel et ancienne rédactrice en chef de Rivarol. On peut aussi voir la signature de Franck Abed, contre-révolutionnaire, responsable du site GenerationFA8. Il y a encore Jean-Claude Manifacier, ancien conseiller régional du Languedoc-Roussillon, passé au MNR (3).

Des anciens de la mouvance sont là comme l’ancien milicien et collaborateur François Brigneau, ou encore l’éditeur Philippe Randa. On peut y voir aussi François Ferrier, ex-RPR, ex-FN aujourd’hui à la Nouvelle droite populaire. Ou l’intégriste Henri de Fersan, condamné pour apologie de crimes de guerre et le chanteur d’extrême droite Dr Merlin alias Christophe Lespagnon.

A l’étranger, on note aussi Filiberto Pesciaroli, dirigeant du parti d’extrême droite italien la Destra (4).  Ainsi que le Belge Ivan de Duve, admirateur des écrits politiques de Drieu La Rochelle. Ou Koen Dillen, fille du fondateur du parti flamand d’extrême droite Vlaams Belang, Karel Dillen qui a été le traducteur de Paul Rassinier .

Grécistes. Jean-Yves Le Gallou, ancien du Grece et proche du Bloc est aussi présent. Il avait d’ailleurs diffusé le texte sur son site internet, Polémia (5).

Mais aussi le Suisse Pascal Junod, ancien avocat de Roger Garaudy, président de l’association des amis de Robert Brasillach et animateur du cercle Thulé.

Parmi les grécistes, on trouve Philippe Baillet, spécialiste de Julius Evola, qui fut proche de Claudio Mutti, l’autre ”évolien” et lui aussi signataire. M. Baillet développe désormais une islamophobie radicale et des thématiques antisémite et de racialisme biologique. Ou Tomislav Sunic, autre figure de cette sensibilité Grece/Nouvelle droite, qui met l’accent aujourd’hui sur le racialisme blanc.

Néo-nazis revendiqués. Roger Degremont qui anime un cercle très IIIe Reich depuis son pavillon de banlieue parisienne est, entre autres, de la partie tout comme l’américain Kevin Alfred Storm, condamné par ailleurs pour possession de photos pédophiles ou Raoul Raketitch, ex de la FANE, de Militant et du FN.
<!–[if !supportLineBreakNewLine]–>
<!–[endif]–>Les identitaires. Deux cadres identitaires, Richard Roudier (ex-tête de liste de la Ligue du Midi aux régionales de 2010 et président du Comité de soutien à Réné Galinier) et Benoît Loeuillet, (responsable de la Librairie du Paillon à Nice et ancien candidat dans le 6e canton de Nice et secrétaire général de Nissa Rebella) sont signataires du texte. Cela ne va pas arranger les affaires de Fabrice Robert, qui, depuis qu’il a diffusé sa tribune où il affirmait se défaire de son passé de militant d’extrême droite radicale, doit gérer certains militants pas vraiment rentrés dans la ligne.

Riposte Laïque. Un certain Luc Roche et le dénommé Marc Noé (6) sont signataires notamment sous l’étiquette de Riposte laïque (RL). Ce dernier est l’auteur d’un texte sur le site de RL, paru le 18 octobre sous le titre « Pour guérir la France malade, il faut abroger les lois antiracistes, liberticides et anti-françaises ». Le raisonnement est le suivant : pour faire sauter le verrou du délit de diffamation raciale instauré par la loi Pleven de 1972 – et sans doute pour faire bonne mesure- il faut faire sauter la loi Gayssot. Selon M. Noé cet arsenal législatif oblige à avoir une “opinion halal”.

On attend avec impatience de Riposte laïque qu’ils exposent leurs vues sur la loi Gayssot au Bnai Brith qui les ont invité pour leur salon du livre le 14 novembre…
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***

En conclusion. Sur son blog, Yann Moix explique « pourquoi » il est « contre la Loi Gayssot », avec des arguments qui sont tout à fait recevables dans le cadre d’un débat intellectuel. Il cite également une prise de position de Robert Badinter qui s’est prononcé aussi contre la loi Gayssot. Une chose est d’avoir une discussion sur la question, une autre est de signer une pétition aux côtés de néonazis et de négationnistes à la manœuvre et de leur servir de caution morale et de produit d’appel médiatique. L’on supposera que Yann Moix n’a pas vu le piège.

NB: Toujours sur son blog “Suivez-Moix”, hébergé par la Règle du jeu, la revue de BHL, Yann Moix explique comment il s’est fait piéger. “J’ai été contacté il y a quelques jours au sujet d’une pétition contre la loi Gayssot dont Robert Badinter devait être le signataire vedette. On m’a promis un Robert (Badinter) mais, hélas, j’ai découvert un tout autre Robert, in fine, sur la liste :  Faurisson !”
L’écirvain poursuit: “Bien que n’étant pas favorable à cette loi qui (…) me semble impropre à combattre les faussaires et les insulteurs des morts de la Shoah,  je n’admettrai d’aucune manière(…) que mon nom figure sur une pétition signée par M. Faurisson ou par quelques autres sires de moindre notoriété mais de même acabit.Je n’accepterai jamais (…) que mon nom soit associé à quelque démarche visant, de quelque manière que ce soit, à réhabiliter ou banaliser le révisionnisme. C’est pourquoi je déclare ici, fermement et officiellement, ne pas faire partie des signataires de la pétition circulant actuellement contre la loi Gayssot. Le seul rapport que j’ai avec eux est le total mépris que je leur porte. Quiconque propagera ou insinuera le contraire à partir d’aujourd’hui devra, par conséquent, savoir qu’il diffuse une information erronée, injurieuse, calomniatrice – et en supporter les conséquences.”

************
<!–[endif]–>(1) Qui s’est récemment rapproché de Serge Ayoub et de son mouvement Troisième voie.

(2) Lancé par Yvan Benedetti et qui soutient ouvertement Bruno Gollnisch dans la succession de Jean-Marie Le Pen

(3) Il est signataire de la pétition lancée par Synthèse nationale sur la sécession de l’Europe.

(4) Qui entrentient de très bons rapports avec le FN puisque David Rachline, coordinateur national du FNJ était l’invité du mouvement de jeunesse de la Destra.

(5) Plusieurs contributeurs réguliers de ce site sont aussi signataires.

(6) Il est signataire de la pétition lancée par la Synthèse nationale sur la sécession de l’Europe

***

NB: Le 7 décembre, une deuxième liste de signataires a été publiée. Cette fois, pas de “stars”, mais des figures de l’extrême droite ont signé. Comme le terroriste Carlos; Frédéric Chatillon (ancien gudard proche de Marine Le Pen);Thierry Meyssan (fondateur du Réseau Voltaire, il a fait un voyage en Syrie, notamment avec MM. Chatillon, Soral et Dieudonné, tous signataires de la pétition); Ingrid Rinlaud (négationniste historique); Roland Hélie de la nouvelle droite populaire; Pierre Descaves; Jean Larrieu qui tenait la librairie d’extrême droite parisienne Ogmios); Michel Schneider ou encore Eric Adelofz, le webmestre du site d’extrême droite Club Acacia. Il y a aussi Christophe Georgy, proche de Bruno Gollnisch, responsable du DPS dans l’Est et membre de l’Oeuvre française. Il anime notamment le Cercle des amis de Léon Degrelle.

Normand Baillargeon, libertaire canadien, professeur d’université au Québec et proche de l’intellectuel Noam Chomsky.

Des proches des identitaires ont aussi signé comme l’écrivain Jean Robin ou le dirigeant breton du Bloc et de la maison Ti-Breizh, Yan Vallerie.

L’écrivain Yann Moix, la pétition et les négationnistes

 
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Publié par le janvier 5, 2012 dans extrême-droite

 

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Pourquoi j’ai décidé de dénoncer l’extrême-droite en train d’infiltrer l’extrême-gauche ? par danielle bleitrach

Pourquoi j’ai décidé de dénoncer l’extrême-droite en train d’infiltrer l’extrême-gauche ? par danielle bleitrach

Je profite de l’opportunité d’une intervention d’un ami sur mon blog pour préciser ma position.

Non Danielle je ne peux pas te laisser dire que Bricmont est un négationniste! C’est faux et tu serais bien en peine de prouver le contraire!
Oui la complaisance vis à vis des négationniste est non seulement moralement inacceptable mais porte tort en particulier à la cause palestinienne.
Mais dénoncer comme négationniste des gens qui ne le sont ni de près ni de loin, est préjudiciable également à la cause qu’on prétend défendre en armant aussi nos adversaires et en délégitimant des initiative comme le tribunal Russel. Il ne faudrait pas que tu pratique l’amalgane que tu as toi même subit quelquefois:

Ma réponse: Oui je maintiens mon propos. A force d’être une passerelle complaisante entre l’extrême-droite et l’extrême-gauche, Bricmont est bel et bien à mes yeux un négationniste et pas seulement parce qu’il a longtemps expliqué qu’il ne fallait pas parler de l’extermination des juifs parce que cela nuisait à la cause palestinienne ou encore parce que de fait il crée amalgame entre sionisme et juif, mais parce qu’on le retrouve partout où la jonction s’opère entre l’extrême-droite et la gauche. Il se présente comme un anarchiste pour mieux s’autoproclamer le successeur de Chomsky (son seul véritable titre de notoriété) mais non seulement il a toujours dénoncé toute attaque contre Le Pen en expliquant que celui-ci ne présente aucun danger mais comme par hasard son refus de la censure va toujours dans le même sens, enfin sa seule sympathie réélle  communiste est Staline. Quand alors que nous étions amis, j’ai protesté contre le fait qu’il prétendait que nier l’extermination des juifs aiderait les Palestiniens, la seule réponse qu’il m’a faite personnellement par courriel a été: “je ne me sens pas du tout coupable de l’extermination des juifs, je n’étais pas né”. ce qui n’était pas la question mais bien celle du rôle de l’histoire et de sa compréhension dans l’analyse politique. Et à partir de là j’ai eu droit à une opération politicienne dans grand Soir visant à me déconsidérer.

 Mais c’est assez sur le personnage et il faut comme toujours tenter de comprendre sur quoi se fonde sa recherche d’audience plutôt personnelle puisqu’officiellement le seul parti auquel il appartienne, le seul projet politique qu’il défende est lui-même en se parant des plumes de Chomsky. Nombreux sont les gens qui ont des profils comparables désormais.  Ces gens utilisent un phénomène bien réel: le système de propagande que sont les médias officiels et leur manipulation qui, comme celle du monde politique dit démocratique, est incapable de traduire le malaise de chacun, le malaise dans notre civilisation dans son vivre ensemble. un système qui érige le  mensonge en “humanisme”, le pillage en mission démocratique… Un système qui s’attaque à de petits pays, y porte le désastre et le fait en jouant les vertueux.

C’est de là, de cette crise d’hégémonie de capitalisme sous sa forme impérialiste qu’il faut partir pour comprendre pourquoi et comment des gens sans grand relief intellectuel prétendent jouer les maîtres à penser en s’appuyant sur des rumeurs qui en dernière analyse ne servent que l’extrême-droite. Ils ne sont pas à la recherche de solutions politiques mais portent la marginalisation et le catastrophisme.

 Je pense à ce que marc Bloch explique sur l’exprit qui régnait dans les tranchées où tout était crédible sauf ce que la propagande de guerre imprimait et comment cela débouchait sur les pires délires, un sentiment généralisé de trahison d’autant plus fort que personne ne savait que faire pour sortir de l’horreur. Bricmont fait partie de ces gens qui utilisent cette impression dominante dans notre crise de société pour établir ces passerelles avec l’extrême-droite tandis que certains communistes lui sont reconnaissant de venir appuyer leur propos d’un point de vue extérieur, pseudo scientifique… J’en suis arrivée à cette analyse crois-le bien après dix ans d’expériences et à cause surtout de la configuration politique de plus en plus préoccupante.

Caius Gracchus, ru le sais, nul n’a été plus loin que moi dans le refus de l’amalgame, j’ai été une des dernières à défendre Dieudonné que tout le monde attaquait sur sa prestation de rabbin saluant avec un heil Hitler (les textes en font foi). J’ai défendu d’anciens membres d’Egalité et réconciliation y compris quand le comité Valmy les dénonçait, j’ai subi de la part de gens à qui tu continues à accorder du crédit des ignominies à marseille, comme par hasard à propos de Bricmont, je veux parler de M.A.P, traductrice et qui est complétement en train de soutenir ce complotiste paranoïaque de Thierry Meyssan qui s’est fait la spécialité de la jonction entre l’extrême-droite et l’extrême-gauche à travers une vision en terme de complot. Il pourrit le combat pour la paix par exemple dans le cas actuel de la Syrie dans un rapport étroit avec Dieudonné et Chatillon du GUD et bras droit de Marine le Pen. tout cela est aisément prouvable comme l’est le rôle de Bricmont dans cette pétition et dans sa manière de rallier des gens de gauche à des opérations lancées par l’extrême-droite. Ce qu’il faut comprendre c’est le caractère de nebuleuse favorisé par le système trés particulier d’internet et par le goût groupusculaire de l’extrême-droite.
je pense par expérience qu’effectivement il y a une stratégie plus ou moins consciente en tout cas avec des jonctions autour des partis officiels et de leurs relations en Europe de l’extrême-droite d’investir l’anti-impérialisme en utilisant la démission de la gauche et des communistes. Certains d’entre eux font le même travail en Amérique latine non sans résultats auprès des intellectuels comme Petras (dont la traductrice est Marie Poumier et qui a des relations étroites avec israêl Shamir) et parfois de manière anecdotique avec Allard qui serait sans doute étonné de se retrouver avec Robert ménard. mais en Amérique latine, ces fascistes se heurtent à un processus des peuples qui luttent effectivement contre l’impérialisme et donc les dérapages antisémites et d’extrême-droite ne sont  que des épiphénomènes avec lesquels on tente de déconsidérer un processus des peuples, en outre  ici en Europe il est tenté d’utiliser les alliances de Chavez au sein de l’OPEP (par exemple dans le cas de la Lybie) pour le déconsidérer. Ce contre quoi je continue à me battre autant que contre les expéditions de l’OTAN. Mais c’est épuisant parce que tous nos combats pour la paix et contre le refus des expéditions de l’OTAN se heurtent à l’inertie des partis politiques de gauche ancore aggravée par les excès paranoïaques d’une extrême-droite qui semble avoir à coeur de légitimer les interventions de l’OTAN. comme par exemple quand Dieudonné va chercher des fonds en iran pour faire un film antisémite sur l’holocauste. Et qui défend ces abrutis sinon l’ami Bricmont et sa petite troupe, sur qui mène-t-il des campagnes actives ? ..

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Sij’estime de mon devoir politique désormais de dénoncer les gens qui créent passerelle entre l’extrême-droite et l’extrême gauche, sur à peu près tous les thèmes. Qu’il s’agisse de l’Europe où l’on limite le programme à la dénonciation des banquiers (juifs bien sûr à travers la loi de 1973 devenu l’alpha et l’omega des crétins), à la dénonciation de l’OTAN qui devient panagérique des dictateurs, ou la question palestinienne que l’on transforme en apologie du négationnisme voir pour le même usage la dénonciation de la censure et comme par hasard limiter la défense du communisme à celle du Stalinisme dans ses aspects les plus caricaturaux. Si tu prends chacun de ces thèmes tu t’aperçois qu’ils créent convergence avec l’extrême-droite et que l’on retrouve les mêmes individus pour les faire avancer sur internet et ailleurs si on leur offre les moyens d’une notoriété comme la présence au tribunal Russel.

Si je dois les dénoncer c’est non seulement parce qu’ils dévoient les combats auxquels je suis attachée mais parce que concrètement cela nuit à la recherche de solutions. Deux exemples

Ici en Europe, la situation est beaucoup plus préoccupante,. Nous sommes loin du processus à l’oeuvre en Amérique latine, comme je l’ai dit à Etienne Chouard, la situation est différente quand nous avons un parti communiste à 20% et quand c’est le Front national qui atteint ce score. Le danger de fascisme est bien réel. Et c’est vrai dans toute l’Europe. Donc on doit se distinguer impérativement et mener un combat sans faille.

En ce qui concerne la palestine, mon analyse est la suivante, je crois qu’il faut isoler en Israêl comme ailleurs l’extrême-droite capitaliste et fondamentaliste religieuse. ici le Crif est de plus en plus dans ses outrances en désaccord avec la grande masse des juifs qui veut la paix (on constate le même phénomène aux Etats-unis). il faut donc rassembler le plus largement possible autour de la reconnaissance d’un Etat palestinien à l’ONU, forcer à la paix. Et je te le dis comme je le pense avoir un disciple de Dieudonné comme Bricmont au tribunal Russel interdit à mes yeux à n’importe quel juif qui veut rester crédible d’accorder le moindre intérêt à cette institution.

Bref je pense qu’il serait temps de faire le ménage et je ne suis pas la seule à penser cela, parce que ce sera mon dernier point, le combat pour le solcialisme auquel nous sommes toi et moi attaché est interdit par la marginalisation des véritables révolutionnaires dans ce genre de collusion avec l’extrême-droite. pouvoir entretenir l’amalgame est la meilleure manière de laisser du champ à ceux qui ne veulent rien changer.

Voilà, il ne s’agit pas de ma part de dénonciation qui me sont bien étrangères mais d’une certaine conception du combat qui nous est commun parce que jamais l’alternative entre socialisme et barbarie n’a plus été à l’ordre du jour. Nous ne devons en aucun cas souestimer les multiples formes de barbarie et tout ce qui marginalise et déconsidère le combat des révolutionnaires.

danielle Bleitrach

 
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Publié par le janvier 6, 2012 dans dialogue, extrême-droite

 

Sortir de la tribu pour défendre des valeurs universelles Par Dominique Vidal

06 Janvier 2012  

Je voudrais revenir sur le débat entre Meïr Waintrater et moi sur Facebook à propos de l’« Affaire Prasquier », et pousser un peu plus loin la réflexion.

Sur les faits, il n’existe plus le moindre doute. Le 20 décembre, le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) accuse Salah Hamouri, à peine libéré de près de sept ans de prison, d’avoir déclaré que le rabbin « Ovadia Yossef mérite la mort ». Non seulement le texte de la première dépêche de Reuters ne rapporte pas ces paroles, mais elle est aussitôt annulée par l’agence, qui en publie une seconde démentant sans ambiguïté les propos prêtés au jeune Franco-Palestinien. Ce que lui-même avait fait immédiatement…

 

Et pourtant, quinze jours plus tard, Richard Prasquier n’a toujours pas informé les lecteurs du site du CRIF qu’il s’était trompé, encore moins présenté ses excuses à l’intéressé, et même pas pris ses distances avec des sites d’extrême droite qui se réclament du judaïsme et appellent au lynchage de Salah Hamouri. Ce silence est politiquement et moralement insupportable : il faudra bien que le président du CRIF en sorte – ne serait-ce que devant le tribunal, où, a annoncé le Comité de soutien, il sera poursuivi.

 

Comment, cela dit, expliquer que Meïr Waintrater se refuse à critiquer l’attitude de Richard Prasquier ? Encore une fois, le fait qu’il ait lui-même été victime d’une décision arbitraire du Fonds social juif unifié – la suspension de L’Arche, la « revue du judaïsme français » qu’il dirigeait depuis longtemps – explique sans doute conjoncturellement cette loyauté, à mon avis bien mal placée. Mais allons plus loin, car mon désaccord avec lui me semble de caractère plus fondamental.

 

Je citais hier l’appel lancé par une centaine d’intellectuels arabes au début des années 2000 contre la multiplication, à l’époque, d’actes de violence antisémite : « Nos partenaires et nos partisans les plus précieux – écrivaient-ils – sont les Israéliens et les juifs qui œuvrent aux côtés des Palestiniens contre l’occupation, la répression, la colonisation, et pour la coexistence de deux États souverains palestinien et israélien. Un bon nombre d’entre eux ont une histoire familiale tragique, marquée par l’Holocauste. À nous de leur rendre hommage et de les rejoindre sur cette ligne de crête qui consiste à savoir quitter la tribu quand il s’agit de défendre des droits et des libertés universels ([1]). »

 

Près de dix ans après, ce texte me paraît toujours autant visionnaire. C’est, pour ma part, sur cette ligne de crête que j’essaie – car ce n’est pas toujours facile – de réfléchir, d’écrire et d’agir. Et là réside sans doute ma divergence avec Meïr Waintrater et un certain nombre de Juifs de gauche, dont j’apprécie par ailleurs l’engagement : leur réflexion reste plus « tribale » qu’ « universaliste ». Selon moi, le conflit israélo-palestinien doit être analysé et résolu sur la base du droit international, en rejetant toute prétention à l’« exception ». De même, l’antisémitisme doit bien sûr être combattu, mais au même titre et en même temps que les autres formes de racisme, islamophobie comprise, en refusant toute hiérarchisation.

 

Répondant, sur mon « mur » Facebook, à Nebbia Zoutat, Meïr Waintrater affirme : « Si les défenseurs des droits des Palestiniens, dont je respecte le combat et avec qui je partage un certain nombre de valeurs, étaient plus sensibles à la défense des droits des Juifs israéliens, le dialogue serait bien plus aisé. » Mais qui, cher confrère, défend les droits des Juifs israéliens ? Benyamin Netanyahou, Avigdor Lieberman, Ehoud Barak et leurs partisans, qui entraînent Israël vers le suicide ? Ou les militants pacifistes et anticolonialistes israéliens ainsi que ceux qui en sont solidaires, pionniers d’une paix fondée sur la décolonisation, la liberté et l’égalité ?

 

C’est bien pourquoi, en ce qui me concerne, je récuse l’étiquette de « pro-palestinien » : je me considère comme « pro-droit international », car seul ce dernier permettra de répondre aux aspirations de l’ensemble des hommes et des femmes qui vient sur cette terre endeuillée depuis plus d’un siècle. Bref, le problème n’est pas d’« équilibrer » notre approche, mais de la fonder sur des valeurs universelles. Celles-ci doivent nous amener à condamner sans appel l’occupation et la colonisation des Territoires palestiniens avec leur cortège de crimes, mais également la répression brutale du mouvement des peuples arabes en lutte pour la liberté et la dignité. De même, elles rendent insupportables les cris de « mort aux Juifs ! » qui viennent d’accueillir Ismail Haniyeh à l’aéroport de Tunis ([2])…

 

Ce qui m’amène à une autre remarque, qui concerne, elle, le mouvement de solidarité. À mes yeux, ce dernier ne peut plus pratiquer l’inconditionnalité qui fut, autrefois et trop longtemps, la règle. La défense de l’Union soviétique, bastion du socialisme, impliquait, selon certains, l’acceptation du Goulag ou de l’intervention en Hongrie. L’enthousiasme pour la Révolution culturelle chinois taisait les millions de victimes de celle-ci. L’attachement à la Révolution cubaine bâillonnait toute critique de la répression contre les dissidents ou les homosexuels…

 

Cette tradition persiste, hélas, sous la forme de réflexes dommageables. Je pense à la difficulté qu’ont éprouvé certains à critiquer les pratiques autoritaires de l’Autorité palestinienne et du Hamas – comme si notre solidarité allait à ces appareils, et non au peuple palestinien et à ses droits. Plus récemment, les illusions sur le caractère anti-impérialiste ([3]) du régime de Bachar Al-Assad ont gêné le développement de la solidarité avec le peuple syrien massacré et torturé par un pouvoir barbare…

 

Dans un mouvement de solidarité lucide et critique, parce qu’universaliste, les Français d’origine, de religion ou de culture juive ont évidemment toute leur place. En tout cas  ceux qui – comme je l’écrivais dans Le Mal-être juif ([4])  – « refusent de laisser les ultras, ulta-nationalistes comme ultra-orthodoxes, confisquer le judaïsme. Entre Spinoza et ses juges, ils n’hésitent pas. Ils éprouvent plus de nostalgie pour Martin Buber que pour Vladimir Jabotinsky, pour le Bund que pour le Betar, pour la MOI que pour l’UGIF ([5])… » Il es temps, plus que temps, de dire – et de prouver – que le CRIF ne parle pas « en notre nom ».

 


([1]) Cf. Le Monde, 10 avril 2002.

 

([2]) Cf. http://www.youtube.com/watch?v=x321iDqPySM&feature=youtu.be

 

([3]) Et pourtant la Syrie baasiste n’a plus tiré un seul coup de fusil contre Israël depuis 1973. En revanche, son intervention au Liban, en 1976, a commencé par le massacre du camp palestinien de Tal Al-Zaatar… 

 

([4]) Le Mal-être juif. Entre repli, assimilation & manipulations, Agone, Marseille, 2002.

 

([5]) Philosophe et théologien (1878-1965), Martin Buber prônait État binational – judéo-arabe – en Palestine. Fondateur du sionisme révisionniste (1880-1940), Vladimir Zeev Jabotinsky prônait la constitution d’une « muraille d’acier » afin d’imposer aux Arabes la création d’un État juif sur les deux rives du Jourdain. Le Bund était l’Organisation social-démocrate des ouvriers juifs. Fondé par Jabotinsky, le Betar bénéficiait de l’aide de l’Italie fasciste. C’est dans les groupes de la Main d’œuvre immigrée (MOI), constituée par le Parti communiste français en 1923, qu’on été recrutés les premiers groupes de résistance armée, majoritairement composés de Juifs, d’Arméniens et d’Espagnols. Créée en 1941 par Vichy, l’Union générale des israélites de France (UGIF) a été critiquée pour sa collaboration avec l’Occupant.

 

 
 
 
 

 

 
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Publié par le janvier 7, 2012 dans civilisation

 

Georges Didi-Huberman : atlas : comment remonter le monde

Georges Didi-Huberman : atlas : comment remonter le monde
 Hanne Darboven’s Cultural History 1880-1983 (1980-83) is an overwhelming,
n°373 Artpress
Bien avant l’informatique, Aby Warburg avait-il inventé les fenêtres multiples ouvertes simultanément et les liens hypertextes ? N’est-ce pas ce à quoi ressemble son fabuleux atlas appelé Mnémosyne ? Celui-ci est depuis longtemps, pour Georges Didi-Huberman, à la fois un sujet d’études et un modèle, si bien que l’exposition qu’il présente sous le titre Atlas, comment remonter le monde ?, accompagnée d’un essai, Atlas ou le gai savoir inquiet, peut être considérée comme une clef de voûte de son propre travail. 
 
L’historien de l’art y est au plus près de son objet puisqu’il part de la première image de Mnémosyne, celle d’un foie de mouton servant dans l’Antiquité à la divination, et qu’il montre comment le viscéral se lie au sidéral au travers du mythe d’Atlas qui ploie sous le poids du monde, et aussi bien du monde imaginaire des prédictions et des fantasmes. À l’aide d’une écriture limpide, il nous entraîne ensuite, à l’instar de son modèle, dans un voyage, une ” connaissance nomade “, au cours duquel nous rencontrons Nietzsche, Borges, Foucault, Deleuze et Guattari, Goethe, Wittgenstein…, tandis que l’exposition déploie des oeuvres de Goya à Bruce Nauman, d’Alighiero et Boetti à Mike Kelley, de Victor Burgin à Harun Farocki…” Mnémosyne [était] une réponse aux clôtures politiques des nationalismes culturels exaspérés par la Grande Guerre. ” L’atlas ne garde-t-il pas toute sa pertinence à notre époque où le chaos continue de menacer le monde en de multiples endroits, tandis que dans d’autres on célèbre, pour le pire et le meilleur, la globalisation ? On visitera l’exposition au musée de la Reina Sofia à Madrid du 24 novembre 2010 au 28 mars 2011, puis au ZKM de Karlsruhe, de mai à juillet 2011, et au Sammlung Falckenberg, Hamburg, à l’automne 2011. L’essai, 3e tome de la trilogie l’oeil de l’histoire, paraîtra en 2011 aux Éditions de Minuit, le 2e tome, Remontages du temps subi, venant, lui, de sortir.
 
 
Tu insistes bien : il ne faut pas confondre un atlas avec une encyclopédie ou une archive. Donc, qu’est-ce qu’un atlas ? Et, pour que nous en ayons une idée concrète : on voit en quoi l’Atlas de Gerhard Richter ou les œuvres de Hans Peter Feldmann peuvent être rapprochés de Mnémosyne, mais est-ce que des pages de Hanne Darboven ne ressemblent pas plutôt à des index, et les livres d’On Kawara à des archives ou de paradoxaux journaux personnels ?

L’atlas est une forme visuelle de la connaissance, un mode visuel pour recueillir le morcellement du monde. À ce titre, bien sûr, il n’est pas sans rapports avec l’archive ou le souci encyclopédique. Mais il y a une différence, à mes yeux capitale : l’atlas procède par coupes, par choix tranchants, par montages et remontages successifs. J’ai été frappé, en travaillant sur l’atlas Mnémosyne, de constater que toutes les nouvelles problématiques formulées par Aby Warburg s’y dégageaient sur la base d’un millier d’images environ, ce qui est fort peu, si l’on y pense, en comparaison de ce qu’un historien de l’art est capable de manipuler dans sa vie de chercheur. L’atlas de Warburg fut un choix drastique dans l’immense photothèque que Fritz Saxl s’occupait de mettre en place à Hambourg. Qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que l’atlas n’est opératoire ni comme systématicité (encyclopédique) ni comme exhaustivité (archivistique).
L’archive est très à la mode, depuis quelques années, dans le monde de l’art contemporain. Mais je constate que les expositions – avec leurs catalogues – consacrées à ce thème aboutissent le plus souvent à une sorte d’impossibilité de regarder : on se retrouve devant un volume impressionnant de papiers, de fiches, dont les relations internes nous échappent, parce qu’elles disparaissent dans le volume de l’archive. Alors on renonce à y entrer et on passe son chemin, ce qui est une manière de savoir qu’il y a du savoir, mais sans chercher à savoir… C’est donc un simulacre de savoir, typiquement postmoderne dans la plupart des cas. Devant une planche d’atlas, au contraire, les relations sont présentées devant nous, visibles, et il ne tient qu’à nous d’en interroger la pertinence. Si j’ai inclus, dans l’exposition Atlas, des œuvres de Hanne Darboven et d’On Kawara, c’est parce que l’archive y va de pair avec un montage visuel d’images et de textes : on lit une date énigmatique déclinable à l’infini, sans doute, mais on peut aussi regarder la coupure de journal et les photographies qui correspondent à cette date et manifestent clairement le choix critique d’On Kawara.

 Réactiver un art du désastre

Warburg a entrepris Mnémosyne au sortir d’une grave crise délirante dans laquelle il avait sombré après la Première Guerre mondiale. D’autres « atlas », tel celui de Brecht, témoignent de la Seconde Guerre mondiale, d’autres œuvres ou d’autres documents dans l’exposition de l’Holocauste. On comprend, au sous-titre de l’exposition, qu’il fallait, après le désastre, « remonter le monde ». Considères-tu, devant les œuvres des artistes contemporains, que nous sommes toujours dans cet après-guerres ? Ou de quels désastres contemporains témoignent-ils ? Je sais que l’exposition présente des œuvres de Duchamp et de Heartfield, mais au sein de Dada et dans son héritage, ne trouve-t-on pas des artistes qui, au contraire d’entreprendre un « remontage », ont voulu aller jusqu’au bout, si on peut dire, de la catastrophe symbolique ?
J’ai insisté, en effet, sur cette double genèse de l’atlas Mnémosyne : la folie, la guerre. Les deux sont étroitement liés, puisque Warburg a sombré dans la folie en novembre 1918 après avoir passé toutes les années de guerre dans une activité fébrile de documentation visuelle sur les combats, les effets culturels et matériels du conflit mondial. C’est pourquoi l’hypothèse de départ de l’exposition Atlas -sa première salle – est une mise en relation de Warburg avec Goya : tous deux se sont interrogés sur les pouvoirs de l’imagination, ses « monstres » (Caprices, Disparates) comme sur les effets de la violence historique et politique (Désastres). Fiction et documentaire : inséparables dès lors. Ernst Bloch l’aura parfaitement énoncé dans les années 1930 : l’héritage de notre temps, c’est la « dislocation du monde » (c’est aussi, exactement, ce que disaient Brecht et Benjamin, par exemple) à quoi répondent, dans le domaine des arts comme dans celui de la pensée, une véritable esthétique et une véritable épistémologie du montage. Le montage envisagé comme une activité critique, à tous les sens de ce mot. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Je pense que, si le main stream consiste dans le gigantesque marché de l’indifférence – l’indifférence payante – qui caractérise nombre d’œuvres postmodernes, d’autres artistes ont compris, en réfléchissant sur les génocides et les guerres actuelles, qu’il fallait réactiver un art du désastre par-delà le Goya des invasions françaises ou le Picasso des bombardements allemands. C’est le cas d’artistes tels que Jean-Luc Godard, Harun Farocki, Walid Raad, Alfredo Jaar ou Pascal Convert.

Harun Farocki – Peter Lorre – Das doppelte Gesicht (1984)

Tirer la leçon des Désastres, c’est aussi comprendre qu’il n’y a pas lieu d’opposer la liberté d’imaginer à la liberté de dresser un constat critique devant l’histoire. Ainsi, je ne suis pas d’accord avec ton opposition Heartfield/Dada : non seulement parce que Heartfield appartient pleinement au courant dadaïste allemand, mais encore parce que le « désordre » des collages dadaïstes possède lui-même, me semble-t-il, une vertu critique. Il présente certes le monde comme « démonté », mais son chaos formel n’a rien d’arbitraire, il suffit de regarder de près un montage de Hannah Höch ou le Dadaistischer Handatlas de 1919-1920. Quand tu visionnes l’Homme à la caméra de Dziga Vertov – et il se passe la même chose avec les Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard -, tu te dis d’abord que c’est un pur désordre visuel : cela, évidemment, ne ressemble pas à un mot d’ordre politique ; on ne te dit pas quoi penser exactement, où te diriger exactement. Mais, dans cet apparent désordre, « les images prennent position » malgré tout (comme j’ai essayé de le montrer sur le cas de Bertolt Brecht) : la désorientation se transforme, à un moment, en une perception plus fine du montage, une perception des affinités. C’est-à-dire à une pensée nouvelle de l’histoire. Un autre exemple à prendre, ce serait l’apparente gratuité surréaliste dont on découvre bien vite (je pense bien sûr au Bataille de Documents) qu’elle est une authentique activité critique devant les hiérarchies du monde contemporain.

élément photo montage de Hannah Höch (dadaïsme berlinois)

 

L’image comme processus

Est-ce que je me trompe si je dis que depuis Images malgré tout et jusqu’à ce nouveau livre-exposition, ce que tu cherches à comprendre, c’est comment travaille l’imagination ? (D’ailleurs, en lisant ce que tu dis sur la faculté d’interprétation, notamment à partir de détails, j’ai pensé que Mnémosyne devançait de peu les théories de Dalí et de Lacan sur la paranoïa.)


Oui, c’est cela exactement. Je crois que tout mon travail est guidé par une intuition fondamentale sur l’image comme acte et comme processus, et non comme simple objet. C’est pourquoi j’ai tant insisté, dans les années passées, sur la question du regard, d’où mon usage de descriptions phénoménologiques « ouvertes », contre la seule lecture structuraliste et contre le déchiffrement d’une supposée « substance » de l’image, que pratiquent beaucoup d’historiens de l’art. Devant les images, nous devons convoquer des verbes pour dire ce qu’elles font, ce qu’elles nous font, et pas seulement des adjectifs et des noms pour croire dire ce qu’elles sont. C’est l’erreur de Roland Barthes que d’avoir cru, en dépit de son passage par la phénoménologie, nous initier à une « ontologie de l’image ». De même que Paul Klee envisageait quant à lui la forme, la Gestalt, comme Gestaltung ou « formation », il faut envisager l’image comme imagination, c’est-à-dire comme processus de formation des images. Là encore, c’est Goya qui m’a servi de guide (je le compare dans mon livre à Kant et à Goethe) : sa célèbre gravure sur le Songe de la raison n’est autre qu’une prise de position sur les usages – les usages « civiques », dit-il, donc politiques – de l’imagination.

Goya le songe de la raison


Je dirai à ce propos que Goya et Baudelaire ont précédé toute la pensée contemporaine lorsqu’ils ont fait de l’imagination une puissance du sujet qui n’a rien à voir avec la « fantaisie » individuelle. J’en reviens souvent à cette phrase de Baudelaire, dans ses Notes nouvelles sur Edgar Poe (1857), qui énonce clairement en quoi l’imagination est une puissance de la pensée commune au poète et au savant : « L’Imagination n’est pas la fantaisie ; elle n’est pas non plus la sensibilité, bien qu’il soit difficile de concevoir un homme imaginatif qui ne serait pas sensible. L’Imagination est une faculté quasi divine qui perçoit tout d’abord, en dehors des méthodes philosophiques, les rapports intimes et secrets des choses, les correspondances et les analogies. Les honneurs et les fonctions qu’il confère à cette faculté lui donnent une valeur telle […] qu’un savant sans imagination n’apparaît plus que comme un faux savant, ou tout au moins comme un savant incomplet. »
Quant à la version surréaliste que tu évoques, Dalí et Lacan, elle ne m’intéresse que si elle articule, comme je viens de le suggérer, la liberté d’imaginer à celle de dresser un constat critique sur le monde lui-même. C’est ce que font Bataille, Sebald ou Guyotat en littérature, par exemple. C’est, en tout cas, ce qui m’avait amené, dans Images malgré tout, à critiquer la notion d’« inimaginable » et à rendre toute sa puissance critique à notre faculté d’imaginer, comme Hannah Arendt, d’ailleurs, a pu l’énoncer sur le plan même d’une théorie politique.

Œuvres en acte

La façon dont tu décris la méthode qui préside à la constitution d’un atlas -démontage des anciennes catégories, franchissement des frontières du temps et de l’espace pour un libre et parfois joueur remontage, qui reste susceptible de nouvelles transformations – ressemble beaucoup à une démarche créatrice. Warburg a-t-il fait une œuvre d’art ? Tu nous montres aussi des travaux de recherche produits par des artistes pour accompagner leur œuvre. Est-ce que tu entends d’ici les critiques qui peuvent t’être adressées sur le statut des objets présentés dans l’exposition ? Œuvres ou documents… ?


Oui, j’entends bien la possible critique sur le statut des objets… L’une des difficultés, dans l’élaboration de cette exposition pour un grand musée d’art comme Reina Sofía, tenait justement à ce statut des objets. Par exemple, il était hors de question, dans un tel musée, d’exposer des fac-similés. Et quand il s’agissait de photographies, on cherchait d’abord, évidemment, les tirages vintage. Mais j’entends aussi répondre à cette critique à partir du point de vue qui est celui-là même du thème de l’exposition, à savoir l’atlas d’images. Par définition ou presque, un atlas d’images utilise les vertus de la reproductibilité : ce n’est pas la fresque de Raphaël qui est collée sur la planche 79 de Mnémosyne, mais une photographie, bien sûr. D’ailleurs, il n’y a pas d’« original » de Mnémosyne, l’archive de l’Institut Warburg possède des négatifs mais aucun « tirage d’époque ». Il est frappant de constater que tout le monde considère « l’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique » comme une chose entendue, archi-connue, et que, dans le même temps, il soit presque scandaleux de montrer une reproduction dans un musée d’art contemporain.
La Boîte verte de Duchamp y sera donc montrée comme un objet « original » et non pour ce qu’elle est en réalité, à savoir un recueil de reproductions photographiques. Bref, l’objet – l’objet sacralisé, cultuel, doué à ce titre de valeur marchande dans un monde qui fait justement de la valeur marchande un véritable culte – a la vie dure dans la gestion même d’un art qui, pourtant, n’a cessé de le critiquer comme tel.

DUCHAMP Marcel,La mariée mise à nu par ses célibataires même (Boite verte)

La tentative inhérente à l’exposition Atlas va donc, en grande partie, à l’encontre d’une logique muséale fondée sur les collections de chefs-d’œuvre (c’est pour cela, j’imagine, que le Centre Pompidou, où l’on aime tant les beaux tableaux de Soulages, n’a pas voulu de cette exposition). Heureusement, Manuel Borja-Villel, le directeur du Centro de arte Reina Sofía, a bien retenu la leçon théorique de Rosalind Krauss sur l’« originalité » comme mythe moderniste ; mais, comme responsable d’un grand musée où l’on vient admirer Guernica, il ne pouvait pas aller trop loin dans cette critique de l’original ou de l’objet cultuel… On peut dire à ce titre que l’exposition Atlas est une tentative, forcément limitée, voire malheureuse, pour critiquer l’image-objet au nom de l’image-acte ou de l’image-travail. Je n’ai pas conçu cette exposition pour réunir de beaux tableaux, mais pour donner à comprendre comment travaillent certains artistes – en-deçà d’éventuels chefs-d’œuvre – et comment ce travail peut être considéré sous l’angle d’une authentique méthode et, même, d’une connaissance transversale, non standard, de notre monde. On n’y admire pas les belles aquarelles de Paul Klee, mais son modeste herbier et les idées graphiques ou théoriques qui en ont surgi ; on n’y voit pas les modernes carrés de Josef Albers, mais son album photographique réalisé autour de l’architecture précolombienne ; on n’y voit pas d’immenses tableaux de Rauschenberg, mais une série de photographies réunissant des objets aussi modestes qu’hétéroclites ; on n’y voit pas les splendeurs colorées de Gerhard Richter, mais une section des montages réalisés pour son Atlas de longue durée ; on n’y voit pas les cubes minimalistes de Sol LeWitt, mais ses montages photographiques sur les murs de New York.

 Exposer la table de travail

Bref, j’ai tenté, pour une fois, de mettre au second plan les tableaux, comme résultats du travail, pour mieux exposer les tables comme espaces opératoires, surfaces de jeu ou mises en œuvre du travail lui-même. Le projet est, à ce titre, polémique. Il est aux antipodes, par exemple, de la volonté récemment exprimée par Michael Fried pour comprendre la photographie elle-même comme intéressante à condition qu’elle se comporte comme un tableau. Voilà aussi pourquoi cette exposition est fondamentalement interdisciplinaire : je ne crois pas du tout que le montage soit d’abord ou uniquement une procédure esthétique. C’est une heuristique de la pensée elle-même. Et c’est pourquoi elle apparaît aussi bien chez Aby Warburg que chez Marcel Broodthaers, chez Claude Simon que chez Ad Reinhardt, chez Thomas Geve (un enfant rescapé d’Auschwitz qui, pendant le moment de quarantaine où il fut retenu en 1945, réalisa un extraordinaire atlas illustré de la vie dans les camps) que chez Gordon Matta-Clark. Alors, oui, j’ai choisi de ne pas séparer ce que les compagnies d’assurance distinguent si violemment selon leur valeur marchande. J’ai choisi de considérer certains « documents » comme autant d’œuvres en acte et certaines « œuvres » comme autant de documents de travail. Parce que ce qui m’a intéressé était la table de travail elle-même, son côté opératoire toujours inachevé, et non le travail fini cristallisé dans l’objet, si beau soit-il.

dessins de Thomas Geve (15 ans)  sur la vie des camps

Comme je connais l’endroit où tu travailles, je t’imaginais, en te lisant, assis à ton immense table, environné de tes bibliothèques, toutes « spécialisées ». Est-ce que tu peux nous dire quelques mots de ta méthode de travail ?
Eh bien, je travaille, je travaille. Je suis un essayiste : j’essaye tant que je peux. Je recommence. Je lis, j’écris, je regarde, je photographie. Je cadre et je monte. Je fais avec les textes ce que je fais avec les images : des fiches, des fiches, encore des fiches, sans ordre préalable et sans choix prédéterminé. Puis je dispose toutes ces associations libres sur « l’immense table », comme tu dis (qui est en réalité un établi de couturière, c’est-à-dire un outil d’artisanat). Ensuite, je fais des paquets, des regroupements, des constellations, comme une réussite aux cartes ou comme un tarot que vous tire une voyante de fête foraine. Un futur – un désir – se configure et s’incarne lorsque je m’aperçois que les affinités s’organisent toutes seules, pensent toutes seules, se remontent d’elles-mêmes. Alors je n’ai plus qu’à prendre la plume pour interpréter cette partition-là.

 
 
 
 
 
 
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Publié par le janvier 8, 2012 dans expositions

 

Que se passe-t-il réellement en Hongrie ? L’analyse critique des communistes hongrois


Caricature de David Low paru dans le Evening Standard le 27 novembre 1940 : “Photo de famille”

sur le calot à gauche : Franco (Espagne)
sur le pantalon du petit homme : Horty (Hongrie)
Sur le coussin : Les rejetons de Quisling (Norvège)
Sur le panneau au mur : prenez votre photo de noël maintenant, pour impressionner les USA
Sur la tissu au mur : Europe unie autour de l’Axe
 
 

Que se passe-t-il réellement en Hongrie ? le Communiqué du présidium du parti Communiste ouvrier hongrois, suivi d’une analyse de la situation en Hongrie montre que la situation hongroise avec ce qu’il faut bien considérer comme une fascisation est en fait le produit d’un processus plus ancien qui prévoyait une alternance entre deux partis et une marginalisation des communistes avec une aggravations des conditions de vie des populations a atteint un tel seuil que s’est imposé l’appel au fascisme avec ses caractéritiques habituelles en particulier la soumission totale des travailleurs aux intérêts patronaux, l’interdiction des communistes et sur le plan idéologique l’équivalence faite entre communisme et hitlérisme. Il s’agit d’une situation dont on peut toujours craindre qu’avec la crise elle s’étende à d’autres pays européens. C’est pourquoi comme je ne cesse de le répéter, nous ne pouvons négliger les formes de domination qu’est en train de prendre le capitalisme, son bellicisme et la fascisation sous diverses formes. (note de Danielle Bleitrach)

Communiqué du Présidium du Parti communiste ouvrier hongrois

Traduction AC pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

Ce 1er janvier 2012, une nouvelle constitution est entrée en vigueur en Hongrie. En lien avec  cet événement, la presse Occidentale a publié de nombreux articles où il était affirmé que ce qui se passait en ce moment en Hongrie « conduit à la paupérisation du peuple » et « menace la démocratie et resserre l’emprise du gouvernement sur les médias et la justice en dépit des critiques exprimées par l’Europe et les États-Unis ».

Le 2 janvier s’est tenue une grande manifestation à l’Opéra de Budapest. L’organisateur officiel de la manifestation, le tout nouveau mouvement Solidarité, compte quelques dizaines de membres. Son dirigeant est l’ancien président du syndicat des forces de l’armée et de la police, il est lui-même un ancien officier de l’armée formé, entre autres, dans les écoles américaines.

Derrière la manifestation, on peut trouver le Parti socialiste hongrois et les forces libérales ainsi que des « associations civiles » qu’elles ont formées. Dans cette manifestation, n’a participé aucune association qui lutte réellement contre la pauvreté, pour défendre les familles, contre les expulsions, etc. ou par exemple aucune organisation étudiante traditionnelle. Aucun mouvement de paysans, ni syndicat n’étaient présents.

Parmi les mots d’ordre de cette manifestation, rien sur le nouveau code du travail, aucune protestation contre les mesures et l’ingérence du FMI. La réaction des médias occidentaux à ces événements provient des mêmes sources qui ont soutenu auparavant le gouvernement social-libéral et sa politique d’austérité.

Mais que se passe-t-il réellement en Hongrie ?

1.En avril 2010, le parti conservateur Fidesz – Union civique hongroise a remporté les élections législatives et a remplacé le précédent gouvernement social-libéral mené par le Parti socialiste hongrois (MSZP).

Les partis parlementaires ont estimé que les élections de 2010 constituaient un tournant dans l’histoire Hongroise. Le FIDESZ a déclaré qu’il s’agissait « du début d’une nouvelle révolution ». Les socialistes et leurs alliés, « le début de l’autocratie et de la dictature ».

2.Le Parti ouvrier communiste hongrois estime pour sa part que le véritable tournant historique s’est produit non pas en 2010 mais en 1989-1990 lorsque le socialisme a été démantelé en Hongrie. Ce fut une contre-révolution capitaliste. Le pouvoir de la classe ouvrière a été remplacé par le pouvoir des forces capitalistes. L’État perdait la propriété des usines et des banques, les fermes collectives ont été privatisées. La Hongrie a rejoint l’OTAN en 1999 et est entrée dans l’UE en 2004. Le système capitaliste, basé sur l’économie privée et la démocratie bourgeoise, s’est installé.

C’est la transition du socialisme au capitalisme qui a conduit à cette paupérisation généralisée du peuple Hongrois. La Hongrie compte 10 millions d’habitants, 1,5 millions vivent sous le seuil de pauvreté, ce qui signifie qu’ils vivent avec moins de 200 euros par mois. Près de 4 millions vivent avec un revenu de 250 euros par mois. Officiellement, il y a 500 000 chômeurs, en réalité 1 million de personnes n’ont actuellement aucune chance d’obtenir un emploi.

Les restrictions de la démocratie n’ont pas commencé en 2010 mais en 1989-1990. Les forces politiques luttant contre le système capitaliste, en premier lieu le Parti communiste ouvrier hongrois (PCOH), n’ont pas la parole dans les médias. L’étoile rouge, la faucille et le marteau – « en tant que symboles de la tyrannie » – ont été interdits en 1993. En 2007, c’est toute la direction du PCOH qui a été accusée de « diffamation publique ». Des campagnes anti-communistes ont été menées quelque soit le parti bourgeois au pouvoir.

3.La classe capitaliste hongrois compte sur différents partis pour exprimer ses intérêts. D’une part, il y a le FIDESZ, qui exprime les intérêts de la classe capitaliste conservatrice, étroitement nationale, tournée traditionnelle vers l’Allemagne.

D’autre part, il y a le Parti socialiste hongrois et le Parti « Une autre politique est possible » qui représente la fraction libérale et social-démocrate de la classe capitaliste. Ils sont plus proches des États-Unis et d’Israël.

La lutte entre ces deux fractions de la classe capitaliste Hongroise a de profondes racines historiques. Avant 1989, il y a avait deux grands courants dans le mouvement d’opposition anti-socialiste, la ligne conservatrice étroitement nationale et la tendance libérale. En 1990, le premier gouvernement capitaliste a été formé par les conservateurs. Dans le même temps, le libéraux ont convenu d’une coopération sur le long-terme avec le Parti socialiste hongrois, parti social-démocrate de droite. Nombreux parmi les dirigeants de ce parti étaient d’anciens dirigeants de la période socialiste mais ils avaient totalement retourné leurs vestes et nombre d’entre eux étaient devenus de riches capitalistes.

Après avoir démantelé le système socialiste, le forces capitalistes ont créé une nouvelle structure politique qui a existé jusqu’en 2010. Il reposait sur les principes suivants :

Les forces conservatrices-nationalistes et les libéraux alliés aux socialistes alterneront au pouvoir ;

Aucun des deux blocs ne pourrait avoir le pouvoir absolu ;

Ils empêcheront les forces anti-capitalistes d’entrer au parlement ;

Ils respecteront leurs engagements vis-à-vis de l’OTAN et de l’UE et il n’y aura aucun débat sur les questions de politique étrangère ;

Toutes les élections législatives entre 1990 et 2006 ont clairement montré un équilibre entre les deux blocs partisans. La situation a radicalement changé après 2006. Il est devenu clair que le capitaliste Hongrois se trouvait en crise profonde. Trois raisons à cela. Premièrement, l’économie Hongroise dépend entièrement du capital étranger. Deuxièmement, les Hongrois sont pauvres, ils n’ont plus d’argent. Troisièmement, la corruption est devenu un problème grave, paralysant le fonctionnement régulier de l’État.

En 2010, les forces capitalistes ont réalisé que les forces socialistes-libérales ne pouvaient garantir la stabilité interne du système capitaliste, n’étaient pas capables de prévenir les explosions sociales. C’est pourquoi ils ont décidé de remplacer la coalition socialiste-libérale et d’ouvrir la porte au FIDESZ.

La principale tâche du FIDESZ conservateur, et de son gouvernement dirigé par Viktor Orban, était de se prémunir de toute évolution à la Grecque. Le FIDESZ a remporté les élections avec des slogans sociaux (le plein emploi, la sécurité sociale, etc.). La majorité du peuple était profondément mécontente du gouvernement socialiste-libéral. Le FIDESZ a pu facilement les manipuler et obtenir une majorité des deux-tiers dans le nouveau parlement.

4.Le gouvernement conservateur a réalisé des changements dans différentes directions :

Il a renforcé sa propre base de classe. Le FIDESZ a placé se hommes à tous les niveaux de la vie politique, médiatique et culturelle. Il a propagé leur conception qui est de créer une nouvelle classe moyenne.

Il a satisfait les forces nationalistes en Hongrie en introduisant la double-citoyenneté pour les gens de nationalité hongroise vivant à l’étranger, en mettant en place de nouvelles commémorations liées au traité de paix du Trianon de 1920.

Il a pris un tournant clairement conservateur et nationaliste dans la vie politique, la culture et l’éducation.

Il a décidé de prévenir une explosion sociale de différentes manières. Premièrement, il a instauré un nouveau Code du Travail qui accorde des droits très larges aux patrons capitalistes et transforme quasiment les travailleurs en esclaves. Deuxièmement, il a divisé les travailleurs en donnant pas mal d’argent aux cheminots et en augmentant le salaire minimum. Troisièmement, il a conclu un accord avec les grandes confédérations syndicales. Elles pouvaient conserver leurs privilèges et dans le même temps renoncer à une réelle lutte de classe.

Le nouveau gouvernement a lancé une grande campagne anti-communiste. En 2010, le Code pénal a été modifié. Il y est inscrit que communisme et fascisme sont une seule et même chose, et que ceux qui nient les « crimes du communisme et du fascisme » peuvent être condamnés à 3 ans d’emprisonnement. Jusqu’à présent, il n’y a pu encore de jugement sur cette base légale.

Dans les derniers jours de l’année 2011, une nouvelle loi a été adoptée encadrant le processus de transition vers une nouvelle constitution. Entre autres, elle déclare que la période socialiste (1948-1990) était illégitime, émaillée de crimes. Des figures de premier plan de l’époque socialiste peuvent être accusés et condamnés. Leurs retraites peuvent être diminuées. La loi contient une déclaration générale : Le Parti socialiste hongrois, en tant que successeur légal du parti dirigeant de l’époque socialiste, est responsable de tout ce qui s’est produit alors. Les conséquences que cela pourrait avoir ne sont pas encore tout à fait claires.

5.Les forces socialistes-libérales ont lancé récemment une contre-attaque sérieuse contre le gouvernement.

Le Parti socialiste a repris certains mots d’ordre et certaines revendications du Parti communiste ouvrier hongrois. Ils ont commencé à utiliser la couleur rouge, couleur traditionnelle des communistes.

Les socialistes et les libéraux ont commencé à créer de nouvelles organisations et mouvements civils. En octobre 2011, le mouvement Solidarité a été créé avec une orientation clairement pro-socialiste.

Ils ont introduit une nouvelle revendication : à bas le Gouvernement Orban ! Leur programme consiste en la formation d’un nouveau gouvernement socialiste-libéral.

6.Les États-Unis se sont clairement ingérés dans les affaires internes de la Hongrie. L’ambassadeur Américain à Budapest critique ouvertement le gouvernement officiel et soutient la position des forces socialistes-libérales. La secrétaire d’Etat Hillary Clinton a fait de même dans sa lettre du 23 décembre 2011. La lettre a été publiée par la presse libérale.

7.Le Parti communiste ouvrier hongrois analyse la situation ainsi :

Le capitalisme Hongrois est en crise. La crise générale du capitalisme en Europe rend la situation Hongroise encore pire et imprévisible.

La classe capitaliste Hongroise comprend que si le système de l’euro ou de l’UE s’effondre, cela conduira à de nouvelles explosions sociales encore plus dramatiques qu’en Grèce. Elle comprend que les travailleurs sont en colère et que nombre d’entre eux estiment désormais que le socialisme est un meilleur système que le capitalisme actuel.

Tant les fractions conservatrices que socialistes-libérales de la classe capitaliste veulent prévenir toute explosion sociale. Ils ne diffèrent pas sur le fond mais bien sur les méthodes qu’ils sont prêts à utiliser.

Ce qui se passe actuellement en Hongrie, c’est d’une part une lutte commune de la classe capitaliste contre les travailleurs, d’autre part, une lutte entre deux fractions de la classe capitaliste. Il s’agit même d’une lutte entre deux puissances capitalistes dominantes, les États-Unis et l’Allemagne, pour l’hégémonie Européenne.

Le Parti communiste ouvrier hongrois ne soutient aucun des partis bourgeois. Nous déclarons que les principaux problèmes des travailleurs sont le chômage, les bas salaires, la vie chère, l’exploitation, et les incertitudes quant à l’avenir. Ces problèmes sont le produit du système capitaliste. Les gouvernements capitalistes ne peuvent ni ne veulent y apporter une solution.

L’unique solution aux problèmes des travailleurs est la lutte conséquente contre le capitalisme et le combat pour une perspective socialiste.

Le Parti communiste ouvrier hongrois ne soutient pas les manifestations de masse des forces socialistes et libérales. Ils ne veulent pas transformer le capitalisme. Leur objectif est de transformer un gouvernement capitaliste conservateur en un gouvernement capitaliste socialiste-libéral.

Le Parti communiste ouvrier hongrois ne soutient pas non plus le FIDESZ. Son objectif n’est pas de créer une société socialiste mais bien de réformer et de renforcer le système capitaliste.

Le Parti communiste hongrois considère qu’il est de son devoir d’expliquer à la population qu’il n’y a qu’une seule façon de résoudre leurs problèmes. Nous devons lutter contre le capitalisme.

Nous voulons être présents partout où se trouvent des travailleurs. Nous voulons les aider dans les petites choses du quotidien afin qu’ils aient la confiance d’accomplir de grandes choses.

Nous démasquerons tous les efforts des forces révisionnistes et opportunistes qui cherchent à manipuler les travailleurs et à les conquérir à la cause de la social-démocratie.

Il n’y a aucune situation révolutionnaire en Hongrie. Mais les choses peuvent tourner mal en Europe et en Hongrie. Voilà pourquoi nous préparons le parti, nos adhérents et nos sections à une lutte de classe encore plus aiguë qui peut se déclencher à tout moment.

Nous sommes convaincus que cela correspond à la position commune convenue lors de la 13ème Rencontre des partis communistes et ouvriers.

 

Un modèle de socialisme libéral en Chine Entretien avec Cui Zhiyuan par Emilie Frenkiel

Un modèle de socialisme libéral en Chine Entretien avec Cui Zhiyuan par Emilie Frenkiel

Cet entretien avec un politologue chinois diplômé de l’Université de Chicago trés à gauche offre un aperçu de la politique chinoise d’expérimentation locale à travers l’expérience de Chongqing. Cui Zhiyuan explique comment la politique sociale de la ville s’allie à l’économie de marché en s’appuyant sur les bénéfices des entreprises publiques.  Cet entretien a déjà un an mais il garde d’autant plus d’actualité que 2013 va être l’occasion du renouvellement de l’équipe au pouvoir suivant les règles en Chine sauf surprise le sucesseur du président de la république est déjà connu, le vice-président de la Commission militaire centrale Xi Jinping  devrait succéder au président chinois Hu Jintao  mais on parle  du  secrétaire du Parti Bo Xilai artisan de la réforme de Chongqing considéré lui aussi comme trés à gauche comme premier ministre. (note DB)

Au milieu des années 1990, les conséquences sociales de l’intensification de la politique de Réforme et d’Ouverture consécutive à la répression de juin 1989 ont provoqué un vif débat au sein de l’intelligentsia chinoise. Cette période marque la fin du large consensus des années 1980 sur la nécessaire implantation du libéralisme et de la démocratie en Chine. Des divisions ont vu le jour, principalement marquées par l’opposition entre les libéraux Hayekiens opposés à l’intervention de l’État et la Nouvelle Gauche, composée de sociaux-démocrates acceptant l’économie de marché, contrairement à la gauche traditionnelle. Sur cet échiquier politique fragmenté, Cui Zhiyuan se situe très à gauche. On catégorise généralement ce chercheur en économie politique et philosophie politique en poste au département de politique publique et d’administration de la prestigieuse Université Tsinghua à Pékin comme un membre de la Nouvelle Gauche. Il s’identifie plus volontiers comme un socialiste libéral dans la tradition de John Stuart Mill et de James Meade. Mill a développé le concept de socialisme libéral dans le chapitre « De l’avenir probable des classes laborieuses » de ses Principes d’économie politique, où il infléchit considérablement le droit à la propriété privée en ce qui concerne les moyens de production et défend l’idée d’une économie de marché dominée par des entreprises coopératives démocratiques et décentralisées. Quant à James Meade, économiste Keynésien Britannique lauréat, avec Bertil Ohlin, du Prix Nobel d’économie en 1977, Cui Zhiyuan a exprimé son admiration pour ses velléités de réconciliation des principes d’efficacité économique et d’une juste répartition des revenus [1].

Après avoir terminé sa thèse consacrée à la contrainte budgétaire lâche [2] sous la direction de Jon Elster, Adam Przeworski et Lester Telser à l’Université de Chicago en 1995, Cui a enseigné la science politique à MIT pendant six ans. Il y rencontra Charles Sabel, un des plus grands spécialistes de la production post-Fordiste et auteur de Second industrial divide. À l’École de droit d’Harvard, il fit la connaissance de Roberto Unger, qui mit entre parenthèse sa carrière universitaire de 2007 à 2009 afin de devenir ministre des Affaires Stratégiques dans le gouvernement de Lula. Les recherches de Cui Zhiyuan portent sur la question de la démocratie économique. Or, selon lui, « la Chine est un terrain privilégié pour l’exploration mondiale d’innovations institutionnelles et théoriques ». C’est une des raisons principales qui l’a décidé à revenir en Chine, où « l’on trouve davantage de flexibilité et où les choses ne sont pas déterminées de façon irrévocable » (interview du premier février 2009 avec l’auteur). Ses articles ont reçu là-bas des réponses parfois violentes de libéraux tels que Xu Youyu et Qin Hui, qui appartiennent à une autre génération et dont les opinions politiques remontent à leur expérience des pires moments de la Révolution Culturelle. Cui est en effet un des rares intellectuels chinois qui se risque à évoquer des éléments positifs du passé maoïste. Il déclare en effet qu’ils peuvent servir de fondations aux innovations institutionnelles. Dans un article sur la Constitution Angang [3], la charte interne datant des années 1950 d’une aciérie du Nord-Est de la Chine, Cui déclare que ses principes – liangcan (deux participations : les dirigeants de l’entreprise doivent participer au travail de production et les ouvriers à la gestion de l’entreprise) yigai (une réforme : réformer les régulations déraisonnables du lieu de travail) sanjiehe(trois combinaisons : les ouvriers et les ingénieurs devraient s’associer etc.) – prouvent que les idées de co-détermination et de démocratie économique n’ont rien de nouveau en Chine et peuvent être approfondies.

La stratégie chinoise d’innovation et l’expérience de Chongqing

À l’occasion du trentième anniversaire de la politique de Réforme et d’Ouverture et du soixantième anniversaire de la République Populaire de Chine, un grand nombre de publications ont tâché de chercher la recette du succès chinois. Certains chercheurs tels que Sebastian Heilmann et Wang Shaoguang se sont concentrés sur l’approche expérimentale pragmatique, résumée dans la célèbre image de Deng Xiaoping, « traverser la rivière à tâtons », que le gouvernement chinois a adoptée. Heilmann a décrit ce « mode distinct de gouvernance » qu’il nomme « expérimentation hiérarchisée » (experimentation under hierarchy). Wang Shaoguang affirme que c’est précisément la « capacité d’adaptation » (shiying nengli) du système politique chinois qui a permis au pays de dépasser un nombre incalculables d’obstacles institutionnels et politiques. Il montre que les dirigeants chinois ont su répondre aux problèmes tels qu’ils se posaient et qu’ils ont beaucoup appris des expériences contrôlées menées à petite échelle dans le but de découvrir des instruments propres à résoudre certaines difficultés. Cette approche progressive s’explique en partie par la formation d’ingénieur de cette génération de dirigeants, mais aussi à leur expérience, souvent cruelle, des méthodes révolutionnaires. « Tout en préservant l’unité politique, le système autorise des prises de décisions décentralisées dans autant d’endroits que possible et crée ainsi les conditions institutionnelles pour la recherche de diverses méthodes de résolution des problèmes à travers des pratiques et expériences décentralisées » [4]. Les gouvernements locaux sont enclins à innover car leur performance n’est désormais plus seulement évaluée en termes de croissance économique. On leur demande d’asseoir leur légitimité auprès des groupes sociaux de leur juridiction pour maintenir la stabilité sociale devenue prioritaire et sans laquelle ils n’ont aucune chance d’être promus. Dans ce contexte d’expérimentations locales multiples et généralisées, des chercheurs comme Cui Zhiyuan ont trouvé de nouveaux exutoires à leurs propositions théoriques. Dans un article intitulé « Comment comprendre la Chine d’aujourd’hui : une interprétation du concept de petite prospérité », Cui développe l’idée que la Chine est un terrain propice aux innovations institutionnelles, en particulier en ce qui concerne l’économie de marché socialiste : un mélange original de biens publics et d’économie de marché distinct de la social-démocratie en ce sens qu’il se situe au niveau de la distribution des revenus primaires et non de la redistribution. Le chercheur a récemment trouvé un terrain d’application pour ses théories et il se consacre désormais à ce qu’il appelle l’expérience de Chongqing (Chongqing jingyan). Comme il l’explique lors d’un entretien mené en avril dernier à Chongqing :

« Chongqing est une ville très importante en Chine. C’est une des quatre municipalités placées directement sous la juridiction du gouvernement central avec Pékin, Shanghai et Tankin (zhixiashi). C’est la plus récente et la plus peuplée de ces municipalités. Elle comprend 33 millions d’habitants alors que Pékin n’en a que 20 millions. Elle a reçu ce statut en 1997, au moment où Chongqing a été séparée du reste de la province du Sichuan, pour faciliter la gestion de la construction du Barrage des Trois Gorges. En outre, Chongqing a, comme Chengdu, été choisie par le Conseil des affaires de l’État pour devenir une zone expérimentale de développement intégré des zones urbaines et rurales (chengxiang zonghepeitao gaige shiyanqu). La municipalité de Chongqing est plus grande et plus peuplée et 70% de sa population vit à la campagne. Sa taille et sa distribution démographique propices expliquent que le cas de Chongqing revêt une importance nationale d’autant plus grande que la crise financière mondiale a renforcé le besoin de dynamiser la demande intérieure. Cela peut également permettre de réduire les tensions commerciales entre les États-Unis, l’Europe et la Chine. Si la demande intérieure chinoise pouvait être développée, la Chine dépendrait moins des devises étrangères et des exportations et cela réduirait le soi-disant déséquilibre de la balance commerciale mondiale. Or, il faut augmenter le revenu de la population rurale pour stimuler le marché intérieur. D’où la centralité de l’expérience menée à Chongqing. J’ai décrit l’expérience de Chongqing dans plusieurs articles récents. Nous nous trouvons à présent dans les bureaux de la commission des biens publics du gouvernement municipal (guoziwei). Le gouvernement central, mais aussi les gouvernements locaux, détiennent des entreprises et des propriétés publiques. Je suis depuis peu l’assistant du directeur de la commission. J’aurai le statut de vice-directeur pendant un an. J’ai accepté ce poste officiel sans hésitation parce qu’il me semble plus stimulant que de rester à l’université, où la plupart des gens sont trop détachés de la réalité. Ces dix dernières années, dans la plupart des provinces, les gouvernements locaux ont impulsé de larges privatisations. À Chongqing, même si des privatisations de grande envergure ont aussi eu lieu, les biens publics locaux ont crû six à huit fois. Les entreprises privées locales ont en parallèle crû au même rythme. L’expérience de Chongqing montre donc que la propriété publique n’est pas nécessairement incompatible avec l’entreprenariat privé et que l’un ne se substitue pas à l’autre. Il me semble qu’ils ne sont pas en relation de substitution mais de complémentarité. Un des principaux mécanismes en jeu repose sur les bénéfices produits par ces biens publics dans l’économie de marché. Récoltés par le gouvernement municipal, ils lui permettent de réduire le taux d’imposition des entreprises privées et des individus. Il n’est ainsi pas nécessaire de les taxer lourdement puisque les biens publics ont multiplié par huit leurs revenus en huit ans ».

La politique de développement de l’Ouest de la Chine

Dans les années 1990, certains chercheurs chinois ont averti les dirigeants politiques que les inégalités, notamment inter régionales, croissaient à un rythme dangereux. Dans Political economy of uneven development : the case of China, Wang Shaoguang et Hu Angang ont montré que la région Ouest de la Chine était particulièrement sous-développée et ont recommandé au gouvernement de réagir : « les inégalités croissantes ne sont pas une fatalité. L’action politique s’impose ». Les rapports rédigés par ces deux chercheurs constituent des prises de position qui font date pour la Nouvelle Gauche. En Janvier 2000, le Conseil des affaires de l’État a créé un groupe dirigeant (lingdao xiaozu) chargé du développement de l’Ouest de la Chine afin d’aider cette région a rattraper le niveau de développement des régions côtières, grandes bénéficiaires des réformes économiques. Cette politique couvre six provinces (le Gansu, le Guizhou, le Qinghai, le Shaanxi, le Sichuan, et le Yunnan), cinq régions autonomes (le Guangxi, la Mongolie intérieure, le Ningxia, le Tibet, et le Xinjiang) et une municipalité (Chongqing), et vise à stimuler la croissance économique endogène, à réduire les inégalités socio-économiques, et à garantir la stabilité sociale et politique des régions non majoritairement Hans.

« La Chine a lancé sa stratégie de développement de l’Ouest du pays (xibu da kaifa) en 2001 en 2001. Chongqing est une des villes les plus importantes de l’Ouest de la Chine et elle a le rang administratif d’une province. Le gouvernement central a accordé des privilèges politiques aux douze régions concernées par cette politique : elles sont autorisées à ne taxer les entreprises qu’à hauteur de 15% de leurs revenus alors que la moyenne nationale s’élevait à 33% jusqu’en 2008 et s’élève à présent à 25%. Certaines provinces ont pourtant volontairement abandonné ce privilège après deux ou trois ans et sont revenues à un taux d’imposition de 33% afin de financer des dépenses sociales fondamentales telles que le versement du salaire des enseignants ou la construction d’axes routiers. Seule Chongqing a finalement gardé un taux d’imposition des entreprises locales de 15%. C’est ce qui lui a permis d’attirer des investissements étrangers colossaux provenant d’entreprises telles qu’Hewlett-Packard et Foxconn, qui prévoient de produire 20 millions d’ordinateurs portables par an à Chongqing. Hewlett-Packard a même transféré son centre de gestion de Singapour à Chongqing. Cette démarche est suffisamment inhabituelle pour être remarquée : les investisseurs étrangers n’avaient encore jamais déplacé leurs centres de gestion en Chine. Ils sont habituellement localisés à Singapour, où le taux d’imposition est de 17,5%, ou à Hong-Kong. Le taux d’imposition faible est un moteur de l’entreprenariat local privé ; paradoxalement, il ne peut être viable que si les biens et entreprises qui appartiennent au gouvernement municipal font des bénéfices et lui rapportent. C’est pourquoi l’on peut parler d’un nouveau modèle. Ce n’est en aucun cas un retour à la période précédant les réformes ; les biens publics ne généraient alors pas de revenus sur le marché. Le cas de Chongqing donne par conséquent corps au concept d’économie de marché socialiste et à la coexistence de différentes formes de propriété sur le marché. Beaucoup de gens n’y voyaient d’abord qu’un slogan masquant une véritable économie de marché concurrentielle. C’est un aspect fascinant du modèle de Chongqing ».

Le statut particulier et le succès économique de la ville lui ont permis de lancer plusieurs projets pilotes. Bien que ce sont les mesures populistes telles que la campagne de grande envergure contre la corruption locale qui ont reçu une large couverture médiatique locale, nationale et internationale, d’autres mesures consacrées à l’échange des terres ou au logement social n’ont quasiment pas fait attiré l’attention avant que le gouvernement municipal et Cui Zhiyuan ne lancent une grande campagne de publicité.

Un échange de titres de propriété d’un genre nouveau

En Chine, les terres cultivables sont des propriétés collectives divisées en petites parcelles réparties entre les agriculteurs sous forme de baux d’une durée de trente ans. Les gouvernements villageois chapeautés par les secrétaires du Parti locaux sont les véritables détenteurs du pouvoir décisionnel. Des élections sont organisées depuis les années 1980 pour permettre aux villageois de désigner directement leurs dirigeants locaux. Cela leur donne un meilleur contrôle des ressources locales et leur permet d’accroître leur indépendance et leur auto-suffisance ; notamment à travers la création d’entreprises coopératives villageoises et la gestion des terres habitées, des zone cultivables et des forêts [5]. En octobre 2008, le Parti Communiste a dévoilé une nouvelle politique de réforme des terres destinée à relever le niveau insuffisant des revenus des 750 millions d’habitants des campagnes et à les encourager à louer ou à transférer leur droit d’usage de la terre dans un marché des terres en devenir. Cette politique correspond à l’extension des projets pilotes menés dans la province du Guangdong et dans la municipalité de Chongqing. Les terres collectives y étaient échangées directement sans acquisition préalable par les gouvernements locaux. Avant cette loi, les gouvernements acquéraient en effet les terres à des prix absolument dérisoires et faisaient des profits substantiels en les revendant bien plus cher à des promoteurs. Le Parti promeut à présent le transfert des droits d’utilisation de la terre car 226 millions des 500 millions de travailleurs des campagnes trouvent du travail ailleurs et ne sont ainsi plus engagés dans la production agricole. Ce phénomène est à l’origine d’une grande inefficacité et de la sous-utilisation des terres cultivées. La politique mise en place encourage l’accélération du processus d’urbanisation : la population urbaine migrante peut transférer plus facilement ses droits d’utilisation de la terre et financer ses dépenses dans les villes où elle est installée par le revenu stable que lui apporte la location de ses terres [6]. L’expérience pilote de Chongqing nous permet par conséquent d’entrevoir les conséquences de cette nouvelle politique nationale. Cui Zhiyuan explique :

« Un des aspects cruciaux de l’expérience menée à Chongqing correspond à la politique de développement intégré des zones urbaines et rurales, qui consiste à partager plus équitablement les bénéfices de l’urbanisation avec la population rurale. L’urbanisation conduit en effet nécessairement à l’augmentation de la valeur de la terre. L’année prochaine marquera le centenaire de la révolution de 1911. Le volant économique de la théorie des trois principes du peuple de Sun Yat-sen a été explicitement inspiré par la pensée d’Henry George, le penseur américain de l’impôt unique sur la terre. Celui-ci défendait la théorie que la hausse des prix des terrains n’avait rien à voir avec les efforts des propriétaires terriens mais s’expliquait plutôt par les routes et chemins de fer construits par le gouvernement et les boutiques et activités diverses montées par des individus à un endroit précis. Selon lui, c’était l’agrégation de ces différents individus qui poussait les prix des terrains à la hausse par un effet de conglomération. La prise de valeur de la terre ne devait par conséquent pas profiter à un unique individu privé mais à l’ensemble de la société. D’après ses estimations, si le gouvernement parvenait à représenter l’ensemble de la société et à profiter de la majeure partie de la hausse des prix des terrains, il se libérait de la dépendance envers d’autres formes de taxation. Il a appelé ce processus le mouvement pour une taxe unique. C’est lorsque Sun Yat-Sen étudiait la médecine à Hawaii qu’il a fait la connaissance d’un ami d’Henry George. Il désirait rencontrer ce dernier en personne mais Henry George est mort d’une crise cardiaque au cours de sa campagne pour gagner la mairie de New York. Ces idéaux de socialisation des revenus provenant de la terre conçus par Henry George et Sun Yat-Sen ont inspiré l’élaboration à Chongqing d’une méthode originale de captation de la valeur de la terre. En décembre 2008, Chongqing a créé la première bourse d’échange de terres en Chine. Shanghai et Shenzhen ont leurs bourses financières, mais Chongqing est la première ville de Chine à avoir établi une bourse des baux ruraux (dipiao).

Deux politiques nationales majeures entrent en contradiction : la Chine veut une urbanisation rapide mais elle ne veut pas dépendre de l’importation de nourriture. Les dirigeants ont donc fixé une surface minimale de terres arables à ne pas réduire. L’ensemble des terres arables en Chine ne pas être réduit à moins d’1,8 milliards de mus (120000 hectares). Le Conseil d’État a accordé le statut de zone spéciale d’expérimentation à Chongqing pour que la ville contribue à résoudre la contradiction entre ces deux objectifs nationaux grâce des expérimentations pionnières. Dans un premier temps, peu de publicité était faite à ces projets de pointe ; on a attendu d’obtenir des résultats complets. La stratégie adoptée ne consiste pas à réduire les terres arables existantes mais au contraire à les augmenter. Ceci ne peut être rendu possible que par la reconversion de terres constructibles en terres arables. Dans les villages, les terres sont en effet divisées en terres cultivables et en terres constructibles, elles-mêmes divisées en lopins résidentiels et en lopins industriels. Les paysans ont donc commencé à reconvertir certaines usines et vieilles routes désaffectées en terres cultivables. Ils ont aussi ramassé davantage leur espace résidentiel, habituellement très épars, et ils vivent désormais dans des zones plus denses mais aussi rendues plus confortables par de nouveaux aménagements, notamment d’accès à l’eau. Cela leur a permis de reconvertir le terrain de leur ancien lieu de résidence en terre cultivable. La surface totale de terres arables a ainsi pu augmenter et leurs baux pu être vendus à la bourse de Chongqing sans réduire la superficie globale des terres cultivables. N’importe qui – qu’ils soient promoteurs, acheteurs privés ou publics – peut participer aux enchères qui ont lieu à la bourse des échanges au centre financier de Chongqing. Depuis son instauration en décembre 2008, dix enchères ont déjà eu lieu. Lors de la dernière, qui date du 28 avril, le prix d’un bail d’un mu était fixé à RMB 140000 (16000 euros). Cette somme est ensuite revenue au village qui a converti ses nouvelles terres cultivables. C’est par ce biais que les paysans peuvent profiter de la plus-value des terres due à l’urbanisation. Ailleurs, à Pékin par exemple, seuls les résidents de zones limitrophes aux villes profitent, en cas de confiscation de leur terre, de cette hausse des prix grâce à l’urbanisation, même s’ils se plaignent de l’insuffisance des compensations financières qui leur sont offertes. Au contraire, à Chongqing, même ceux qui résident loin des villes peuvent bénéficier du processus d’urbanisation et recevoir une rétribution pour les terres cultivables qu’ils ont reconverties. L’argent est ainsi versé à l’ensemble du village, qui peut ensuite le réutiliser comme il le souhaite. Cela dépend de ce que le comité villageois décide. Les décisions doivent être entérinées par deux tiers des voix du village ».

Les logements sociaux

En ce qui concerne le logement de la population urbaine, après l’abolition en 1998 de l’affectation en nature de logements publics, les appartements ont été vendus aux locataires à des prix subventionnés et un système d’offre immobilière a été établi, comportant des programmes de logements aux loyers à faible coût pour les revenus les plus modestes, et abordables pour les foyers aux revenus plus élevés et ordinaires. D’autres mesures ont été prises pour assouplir les régulations sur les prêts immobiliers et développer un marché de l’immobilier ancien et un marché des locations. Les conditions d’habitation des citadins se sont considérablement améliorées, mais les besoins des populations les moins favorisées restent inassouvis dans beaucoup de villes. L’évolution de la politique gouvernementale, non seulement vouée au développement et à la croissance économique, mais aussi à l’amélioration de la qualité de vie de la population depuis 2007, a fortement dynamisé les programmes de logements sociaux. Cui Zhiyuan explique que Chongqing a lancé son propre programme immobilier puisqu’une des principales préoccupations des Chinois à l’heure actuelle concerne la flambée des prix des appartements commerciaux.

« Avant la réforme, tous les logements appartenaient à l’État et ils étaient loués à très bas prix. Après la réforme, les biens publics ont été privatisés par un processus équitable. Par exemple, mes parents ont loué un appartement à Pékin pendant près de quarante ans jusqu’à ce qu’on leur propose de l’acheter dans les années 1990 à très bas coût étant donné qu’ils avaient travaillé pour la même unité de travail (danwei) et loué cet appartement pendant de longues années. Le pourcentage de propriétaires en Chine est par conséquent plus élevé qu’aux États-Unis. On peut parler d’une véritable tradition dans les villes chinoises. Les attentes de la population sont très élevées. J’ai épousé ma femme aux États-Unis, car nous étions tous les deux étudiants là-bas, et la plupart de mes collègues américains se mariait sans acheter d’appartement ou de maison. Cependant, beaucoup de jeunes Chinois pensent qu’ils doivent d’abord acheter un appartement avant de se marier. La plupart des gens se plaint des prix des appartements commerciaux en Chine. 5% des logements seulement sont des complexes immobiliers à bon marché. Ils sont réservés aux citadins aux revenus les plus faibles. Cela ne suffit pas. C’est la raison pour laquelle Chongqing a lancé un nouveau programme immobilier. Outre le marché des appartements commerciaux, les appartements locatifs publics devraient constituer 35 à 40% du parc immobilier. Cette mesure vise à offrir des appartements à des prix raisonnables aux jeunes diplômés. Ceux-ci ne sont pas pauvres mais ils ne devraient pas s’endetter aussi lourdement qu’ils tendent à le faire pour acheter un appartement. Chongqing a donc commencé à construire ces complexes dans vingt quartiers différents de la ville. 40 millions de m2 sont construits dans ce but par les entreprises publiques gérées par la commission des biens publics dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui. Ces appartements aux loyers contrôlés rapportent moins aux promoteurs, qui sont réticents à participer à ces programmes. C’est pourquoi les autres grandes villes ne peuvent s’embarquer dans ce type de projets ; il leur manque les entreprises publiques locales pour s’en charger ».

Du campus au gouvernement local

Les universitaires chinois sont déchirés entre deux traditions intellectuelles : l’idée occidentale de l’université autonome introduite pendant la dynastie Qing par des fonctionnaires formés à l’étranger ; et les valeurs confucéennes de formation des lettrés destinés à devenir fonctionnaires telles qu’exprimées dans le principe des Entretiens de Confucius « devenir fonctionnaire quand on est un grand lettré » (xue er you ze shi) [7]. Ces deux traditions coexistent dans le milieu académique chinois. Certains chercheurs se consacrent à la recherche pure alors qu’une sorte de marché des idées se développe, au sens où certains universitaires s’efforcent d’apporter une contribution et de trouver des solutions aux nombreux obstacles et difficultés rencontrés par le pays dans sa quête effrénée de modernisation et de développement. Les dirigeants sélectionnent les idées qui leur conviennent le plus. La nature technocratique et pragmatique du gouvernement chinois – et ses dirigeants qui tentent d’identifier, d’analyser et de résoudre les problèmes quand ils se posent pour conserver le pouvoir – encourage ces pratiques. Divers moyens de communication entre les chercheurs et les dirigeants existent. Les canaux confidentiels qui permettent d’attirer l’attention des dirigeants par le biais de publications internes (neibu) et de relations interpersonnelles se révèlent aujourd’hui moins efficaces que les publications destinées au grand public [8]. Étant donné que les dirigeants chinois lisent attentivement les débats et publications qui paraissent dans la presse traditionnelle et sur Internet, ils prennent connaissance des suggestions que les économistes, sociologues et juristes – pour ne citer que les disciplines considérées comme les plus pertinentes aux dirigeants – ont à leur faire et ils les invitent régulièrement à partager leurs idées avec eux, voire à participer à l’élaboration ou à la révision de certaines nouvelles politiques. Ces rencontres ont lieu au niveau central, mais aussi local, où les pratiques expérimentales permettent davantage d’innovation et de flexibilité. Dans le cas de Cui Zhiyuan, le gouvernement de Chongqing a amorcé ses réformes avant de prendre contact avec lui :

« En novembre 2008, j’ai participé à la conférence annuelle de l’association chinoise des économistes organisée à Chongqing. À cette occasion, le secrétaire du Parti Bo Xilai et le premier adjoint au maire, le maire actuel de Chongqing, Huang Qifan, ont rencontré cinq économistes. C’est au cours de cette longue discussion que j’ai entendu parler pour la première fois de l’expérience de Chongqing. Je suis retournée ici huit fois en 2009 pour mener des recherches et participer à des réunions organisées par le gouvernement local. J’ai aussi écrit un certain nombre d’articles sur la question. Je me suis consacré à l’étude de la politique de la municipalité et j’ai commencé des recherches plus poussées pour comprendre la démarche du gouvernement local mais aussi pour l’aider à mieux la présenter. Certains dirigeants locaux obtiennent de très bons résultats mais ils ne maîtrisent pas nécessairement toutes les implications de ce qu’ils entreprennent ni n’en ont une bonne vision d’ensemble. Ils ne sont pas les seuls dans ce cas. En outre, l’idéologie qui domine parmi les économistes chinois, et tout particulièrement à Pékin, est très marquée par la pensée néo-libérale. La politique du gouvernement de Chongqing a ainsi été très critiquée. Les économistes de Pékin somment le gouvernement municipal de privatiser davantage sans comprendre que le secteur privé se développe à Chongqing plus vite encore que le secteur public. Les économistes restent obnubilés par la croissance du secteur public. Il s’agit en réalité d’un modèle de développement simultané des entreprises publiques et privées. Des justifications théoriques sont nécessaires car la pensée dominante, même à l’étranger, considère l’un comme un substitut de l’autre.

J’avais ainsi déjà commencé à m’exprimer sur l’expérience de Chongqing avant de venir travailler ici. Cette année, je vais continuer à publier des articles internes s’adressant aux fonctionnaires mais aussi des articles qui paraîtront dans des revues générales. Il se passe beaucoup de choses à Chongqing actuellement. De nombreuses difficultés perdurent et le niveau de départ était très bas. Toutefois, la ville a ses avantages, tels que l’importance de la culture et de diverses traditions dans ce lieu qui fut la capitale de la Chine pendant l’occupation de la Deuxième Guerre Mondiale ».

La méthode chinoise d’expérimentation locale

Le découpage administratif de la République Populaire de Chine se fait en provinces (sheng), préfectures (diqu), districts (xian), cantons (xiang) ou villes (zhen). Les villages (cun) correspondent à un cinquième échelon informel. Les performances des gouvernements locaux n’ont longtemps été mesurées qu’en termes de croissance économique, mais la société chinoise est devenue de plus en plus fracturée (duanlie), pour reprendre l’expression employée par le sociologiste Sun Liping lorsqu’il a tiré la sonnette d’alarme [9], et les priorités ont légèrement évolué. De formidables inégalités ont contribué à l’augmentation de l’instabilité. Le ministère de la Sécurité Publique décomptait ainsi 87000 soulèvements populaires en 2005, en augmentation de 6,6 pour cent par rapport à 2004, et de 50 pour cent par rapport à 2003. Le ministère ne rend depuis plus publiques ses dernières estimations. Ces protestations sont dans la plupart des cas provoquées par des cas manifestes de corruption ou d’abus de pouvoir de la part des gouvernements locaux, des expropriations injustes, des bavures policières ou judiciaires, ou encore des cas graves de pollution. Il ne faut pourtant pas négliger le fait que les protestataires ne conçoivent pas l’État chinois de façon monolithique et que leur première démarche consiste à présenter leurs doléances aux échelons supérieurs. Le gouvernement central est censé résoudre ou arbitrer leurs disputes avec les autorités locales [10]. Les cadres locaux peuvent, quant à eux, perdre toute chance d’être promus si des soulèvements éclatent dans leur juridiction. C’est la raison pour laquelle ils mettent en place des innovations institutionnelles destinées à la pacifier les conflits sociaux et à asseoir leur légitimité. Les innovations les plus réussies sont copiées et implantées ailleurs avant d’être généralisées à l’échelle de toute une province ou du pays tout entier.

« Dans l’Union Européenne, une sorte d’examen politique par des « méthodes souples de coordination » est évoqué dans le programme communautaire de Lisbonne. On y lit que chaque pays membre de l’Union Européenne doit respecter les principaux objectifs de l’Union et subir un examen annuel par une délégation constituée d’autres pays membres. Bien que les objectifs généraux de l’Union Européenne sont fixés collectivement, chaque pays membre bénéficie d’une grande marge de manoeuvre quant aux méthodes choisies pour les atteindre. Ces innovations font toutefois l’objet d’un examen périodique. Ce mécanisme formel pourrait servir d’exemple à la Chine. Nous devrions nous référer à ce genre de mécanisme et organiser une conférence politique.

On trouve de nombreux exemples d’instabilité sociale dans diverses provinces chinoises. Les événements qui ont suivi la privatisation d’une usine locale de sidérurgie à Jilin, par exemple, ont reçu une couverture médiatique nationale. Des soupçons de corruption pesaient sur cette privatisation et le nouveau gérant de l’entreprise a été tué alors qu’il tentait de renvoyer des employés. C’est un cas légal d’une grande complexité car il est difficile de prouver que les employés de l’usine l’ont tué et des témoignages convergent pour dire qu’un homme, qui aurait été envoyé par des concurrents, s’était mélangé aux travailleurs. Des exemples comme celui-ci ont montré au gouvernements locaux que trop de privatisations rapides peuvent non seulement engendrer de l’instabilité mais aussi la perte des revenus potentiels apportés par les propriétés et entreprises publiques. Ces privatisations les amènent à taxer plus lourdement les entreprises privées au grand dam des entrepreneurs et propriétaires privés dont les gouvernements espéraient recevoir le soutien. Plusieurs provinces telles que le Shandong ont par conséquent envoyé des groupes d’études dans la région de Chongqing pour comprendre comment la commission des biens publics géraient les entreprises et propriétés municipales. À l’échelon central, les dirigeants commencent à s’intéresser aux expériences menées à Chongqing. Le secrétaire du Parti, Bo Xilai, qui a été envoyé à Chongqing à la fin 2007 est en effet membre du Bureau Politique et son père, Bo Yibo, appartenait à la première génération de dirigeants communistes. Son statut politique a ainsi renforcé la proéminence de l’expérience de la ville ».

Cet article a été publié en anglais dans www.booksandideas.net.

 

par Emilie Frenkiel [25-01-2011]

 

Aller plus loin

* Les articles de Cui Zhiyuan sont accessibles en ligne sur son blog

  • Xu Youyu, « The Debates between Liberalism and the New Left in China since the 1990s », Contemporary Chinese Thought, Vol. 34, No. 3, 2003
  • Marie-Claire Bergère, Sun Yat-sen, Fayard, 1994

Pour citer cet article :
Emilie Frenkiel, « Un modèle de socialisme libéral en Chine. Entretien avec Cui Zhiyuan », La Vie des idées, 25 janvier 2011. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Un-modele-de-socialisme-liberal-en.html

Notes

[1] Cui Zhiyuan, « Liberal Socialism and the Future of China : A Petty Bourgeoisie Manifesto », Tianyu Cao (ed.), China’s Model for Modern Development, Routlege, 2005.

[2] János Kornai, économiste hongrois, a été le premier à observer le phénomène de la contrainte molle du budget dans l’économie hongroise des années 1970, une économie socialiste qui s’ouvrait au marché dans le cadre de réformes expérimentales. János Kornai, Eric Maskin and Gérard Roland, « Understanding the Soft Budget Constraint”, Journal of Economic Literature, American Economic Association, Vol. 41, n°4, 2003.

[3] Cui Zhiyuan, “Anshan xianfa he hou Futezhuyi” (La Constitution Angang et le post-Fordisme), Dushu (Lire) 1, 1996. Cui Zhiyuan s’est aussi fait connaître pour avoir souligné l’importance de Dazhai, une commune modèle du temps de Mao.

[4] Wang Shaoguang, “Adapting by learning : the evolution of China’s rural health care financing”, Modern China vol. 35 n°4, July 2009 ; Heilmann, Sebastian. « From Local Experiments to National Policy : The Origins of China’s Distinctive Policy Process », The China Journal, No. 59, Jan 2008 : 1-30.

[5] Gunter Schubert, “Democracy Under One-Party Rule”, China Perpectives, 46, 2003 ; O’Brien, Kevin J. and Li, Lianjiang, Rightful resistance in rural China, by New York and Cambridge : Cambridge University Press, 2006.

[6] Sarah Y. Tong & Gang Chen, « China’s land policy », East Asian Institute Background Brief No. 419, 11 Décembre 2008)

[7] Entretiens de Confucius, chap. 19.13

[8] On peut citer les numéros spéciaux dédiés à Chongqing dans le 21st century business Herald et Outlook weekly.

[9] Sun Liping, Duanlie (Division), Beijing, Shehui kexui wenbian chubanshe, 2003.

[10] Kevin O’Brien ed., Popular Protest in China, Cambridge, Harvard University Press, 2008.

 
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Publié par le janvier 9, 2012 dans Asie, société, Théorie

 

L’obscurantisme au vingtième siècle par Georges Politzer (peut également être utile en ce début du XXI e siècle)

L’obscurantisme au vingtième siècle par Georges Politzer (peut également être utile en ce début du XXI e siècle)

Article de paru en février 1941 dans le numéro 1
de “La Pensée libre”

Le discours que M. Rosenberg est venu prononcer à Paris en novembre dernier (1940), et qui fut publié sous les titres « Sang et Or » et « Règlement de comptes avec les idées de 1 789 », était destiné à produire sur nous une très grande impression.

C’est pour la première fois, en somme, que les mystères de la Rassenseele étaient révélés directement à l’usage des Français dans le cadre solennel et symbolique, du moins on le croyait, de la salle des séances de la Chambre des Députés.

Et les Français devaient éprouver ou, selon la terminologie de M. Rosenberg, « erleben », « vivre » non pas simplement l’étalage de la force, mais la puissance de l’idée.

Ils devaient retirer du discours de M. Rosenberg cette conviction que le « Règlement de comptes avec les idées de 1789 » n’était pas uniquement le nom donné à la destruction de la démocratie par la force, mais l’avènement d’une idéologie « supérieure » ; qu’il y avait au fond du racisme hitlérien que M. Rosenberg appelle « l’idéologie du vingtième siècle », des vérités autrement vraies que celles que nous avons puisées dans les Essais, dans le Discours de la Méthode, dans les Provinciales, dans l’Encyclopédie et, d’une manière plus générale, dans la science et dans la philosophie ; que les pompes et les décors du racisme nous introduisaient dans l’intimité de penseurs autrement grands et vrais que ces Montaigne, Descartes, Pascal, Voltaire, Rousseau, d’Alembert, Diderot, Hegel, Karl Marx et autres « penseurs exaltés » qui ne doivent, en fin de compte, leur réputation surfaite qu’à l’habileté diabolique des francs-maçons et des juifs.

Et la tribune de la Chambre des Députés devait apparaître aux Français comme un nouveau Mont Sinaï d’où M. Rosenberg leur révèle, par magnanimité, au son des fifres et aux accents du « Horst-Wessel-Lied », la nouvelle Table de nos valeurs intellectuelles.

Mais les Français sont très peu « wagnériens », au sens où Nietzsche entendait ce mot.

Ils ont trop peu de « religiöses Gemüth » ( âme religieuse ) pour oublier que les rôles de Wotan et de Siegfried sont tenus par des acteurs du vingtième siècle, et que les éclairs métaphysiques sont fournis par les trusts de l’électricité.

M. Rosenberg, qui était venu à Paris pour proclamer la mort de la Révolution française, a manqué tous ses effets à cause des traces bien vivantes qu’elle a laissées dans l’âme des Français.

On s’est mis alors à nous recommander son discours au nom des qualités raisonnables d’une bonne thèse de Sorbonne.

Il y a là, disait la propagande officielle, “un système d’idées parfaitement cohérent, étayé sur une très convaincante interprétation de l’histoire et sur une analyse serrée des réalités” (sous la signature d’un sieur Luchaire, dans Les nouveaux Temps).

Partant à la conquête de la « France raisonneuse » – das räsonierende Frankreich – comme nous appelle aigrement la presse de M. Hitler, la “Rassenseele” a provisoirement ravalé ses mystères pour se déguiser en logique.

L’impresario du Mythe-immémorial-qui-éclaire-de-sa-flamme-à- nouveau-jaillie-le-sens-caché-des-millénaires, a décommandé l’apparition fulgurante, et le programme annonce un système d’idées parfaitement cohérent, une interprétation convaincante de l’histoire et une analyse serrée des réalités.

Ces éminentes qualités intellectuelles, le racisme en général, et le discours de M. Rosenberg en particulier, les possèdent, mais mystiquement.

Système d’idées parfaitement cohérent : M. Rosenberg a consacré un ouvrage de 712 pages (“le Mythe du vingtième siècle”), à expliquer que le racisme est un mythe, et non une vérité, et trois volumes à affirmer la vérité du racisme (les trois volumes de “Blut und Ehre”, Sang et Honneur).

Le racisme explique que la « race » est une « donnée biologique », donc matérielle, et, en même temps, une âme, l’âme raciale, la “Rassenseele”, donc une donnée « idéale ».

M. Rosenberg affirme que la découverte de la “Rassenseele” est une révolution scientifique comme la révolution de Copernic il y a 400 ans (“Blut und Ehre” tome 2) et M. Rosenberg affirme que la “Rassenseele” est un mystère.

Il affirme que derrière la “Rassenseele” il y a le Sang et en même temps, que nous ne pouvons pas connaître ce qu’il y a derrière la “Rassenseele” ( “le Mythe du vingtième siècle” ).

M. Rosenberg dit à Paris que le but de la guerre de l’Allemagne, c’est la libération des peuples, et M. Hitler dit à Berlin que le but de guerre de l’Allemagne est de conquérir des colonies ( discours du 10 décembre 1 940 ).

M. Rosenberg dit, dans son discours de Paris, que l’Allemagne hitlérienne libèrera les peuples de l’étalon-or international et il dit, dans le même discours, que l’or sera dans l’avenir étalon international.

L’hitlérisme se réclame du socialisme et il préconise le maintien du « bon capitalisme » des monopoles.

Interprétation convaincante de l’histoire : L’histoire est, selon M. Rosenberg, déterminée par la « donnée biologique de la race », et l’histoire n’est que l’oeuvre de la Providence.

L’histoire est la lutte des races ; la luttes des races est une lutte des âmes ; la lutte des âmes est une lutte des “Rassenseelen”, et la lutte des “Rassenseelen” est un mythe, c’est-à-dire une fable.

Il n’y a pas d’histoire de l’humanité.

Les peuples n’ont pas d’histoire.

Ils ont des mythes religieux qui, dès le début, représentent tout ce qui peut leur arriver.

Leur histoire n’est qu’une métempsychose des personnages de leurs mythes.

L’interprétation convaincante de l’histoire de M. Hitler, c’est qu’il est Siegfried ( “le Mythe du vingtième siècle” ).

M. Rosenberg affirme qu’il n’y a pas de vérité historique. Le rôle de l’historien est d’apprécier le passé à travers les besoins du présent.

Les besoins du présent sont ceux du « national-socialisme » ( “Die Freiheit der Wissenschaft”, dans “Blut und Ehre”, tome 2 ).

Ils sont fixés par décrets d’Etat.

L’interprétation convaincante est celle qui refait l’histoire selon les nécessités de la propagande national-socialiste, et la théorie de la méthode historique est un plaidoyer en faveur de la falsification de l’histoire.

Analyse serrée des réalités : La “Rassenseele” est, selon M. Rosenberg, la connaissance ultime derrière laquelle il ne nous est pas donné de remonter (“Le Mythe du vingtième siècle”).

Même si l’analyse de la réalité nous le permet et nous y oblige.

La ploutocratie anglaise est dénoncée, mais la ploutocratie allemande est passée sous silence.

Les capitalistes juifs sont « analysés », mais les capitalistes aryens sont passés sous silence.

L’hitlérisme se proclame « socialiste », mais le capitalisme allemand est passé sous silence, et M. Rosenberg a évoqué à Paris le « diktat » de Versailles en gardant le silence sur le fait que l’Allemagne hitlérienne veut imposer à la France un « diktat » sans précédent.

On retrouve les mêmes qualités intellectuelles dans l’« analyse » que M. Rosenberg a consacrée à la Révolution française, en promettant de considérer cet événement « avec la plus profonde compréhension pour les processus historiques ».

Système d’idées parfaitement cohérent : Pendant plus de quinze ans, M. Rosenberg proclamait que la Révolution française était un complot de juifs et de francs-maçons.

Dans son discours de Paris, il a affirmé qu’elle était une révolte légitime du peuple français.

Il a affirmé également qu’elle était une preuve de forces vitales non encore brisées et en même temps une heure de faiblesse dans notre histoire.

Interprétation très convaincante de l’histoire : M. Rosenberg voulait « condamner » la Révolution française et faire acte d’habile politique en ménageant notre « susceptibilité ».

Il a voulu « nuancer » ses diatribes.

Il a donc proclamé que la Révolution française avait deux côtés, le bon et le mauvais.

Le bon côté, c’était la Révolution, le mauvais côté, le contenu de la Révolution ; la Révolution n’était pas mauvaise en elle-même ; elle n’a été mauvaise qu’en étant ce qu’elle a été.

Il y avait, d’un côté, la Révolution française, « soulèvement » du peuple français « contre les phénomènes de dégénérescence de l’époque dynastique » et de l’autre, la Révolution française, soulèvement du peuple français pour le renversement de «l’époque dynastique».

Le soulèvement contre était légitime, le soulèvement pour était un désastre.

A l’origine, en effet, il y avait un soulèvement sans idées et des idées sans soulèvement.

Le soulèvement sans idées sortait du peuple, les idées sans soulèvement de la tête de « penseurs exaltés ».

La Révolution française n’était pas mauvaise en elle-même.

Le malheur est que ces idées qui n’avaient pas de soulèvement sont devenues les idées de ce soulèvement. La Révolution française n’était pas mauvaise en elle-même.

Car il y avait, d’une part, la révolution sans les droits de l’homme, et d’autre part, les droits de l’homme sans la révolution. Le malheur est que la révolution sans les droits de l’homme soit devenue la Révolution des Droits de l’Homme.

Et comment cette rencontre a-t-elle pu se produire ?

Comment ces idées qui n’avaient pas de soulèvement ont-elles pu devenir les idées de ce soulèvement ?

Comment cette révolution, qui n’avait pas de contenu, a-t-elle pu devenir la révolution avec son contenu ?

Comment la « révolte légitime du peuple français » qui existait d’une part et les Droits de l’Homme qui existaient d’autre part ont-ils pu se rencontrer ?

Et précisément en 1789 ?

Comment se fait-il que la Révolution française soit devenue la Révolution des Droits de l’Homme et que les Droits de l’Homme soient devenus la déclaration de cette Révolution ?

Une heure de faiblesse dans l’histoire de la France, répond solennellement M. Rosenberg.

L’une des plus grandes révolutions de l’Humanité devait son contenu à « une heure de faiblesse » ; le renversement de la féodalité, l’apparition de la république bourgeoise démocratique dans le monde, « heure de faiblesse », voilà une interprétation très convaincante de l’histoire, plus convaincante que celle qui l’explique par le péché.

Il est vrai que le péché est également une faiblesse.

Analyse serrée des réalités : Les idées de 1789 ont été élaborées selon M. Rosenberg par des « penseurs exaltés ».

Ces « penseurs exaltés » ont fait l’Encyclopédie. Mais l’Encyclopédie n’est pas citée dans le discours de M. Rosenberg.

L’Encyclopédie suppose tout le développement scientifique qui s’accélère depuis la Renaissance, mais M. Rosenberg ne fait aucune allusion à ce développement.

Dans le Discours préliminaire, d’Alembert rattache, très justement, l’Encyclopédie au Discours de la Méthode, et désigne Descartes comme un grand précurseur de la lutte pour les lumières.

Mais d’Alembert et Descartes ne sont pas cités par M. Rosenberg. Le directeur de l’Encyclopédie était un certain Denis Diderot.

Ce Diderot professait le matérialisme philosophique.

Le matérialisme philosophique résultait d’un développement dont l’étude nous ramène à Francis Bacon.

Mais dans le discours de M. Rosenberg, il n’est question ni de Diderot, ni du matérialisme français du dix-huitième siècle, ni de Bacon, ni même de Locke.

Analyse serrée des réalités de la part de quelqu’un qui a fait exprès le voyage de Berlin à Paris pour régler des comptes avec les idées de 1789.

« Idées de penseurs exaltés » – voilà l’analyse serrée des réalités. Pourquoi ces idées n’ont-elles pas été élaborées par les penseurs exaltés du dix-huitième siècle ?

Pourquoi l’« heure de faiblesse », par laquelle M. Rosenberg explique le rapport entre la Révolution française et son idéologie ne s’est-elle pas produite deux siècles plus tôt ou deux siècles plus tard ?

« La question ne sera pas posée », répond l’analyste serré des réalités.

Mais, en fait, combien de temps a duré cette « heure de faiblesse » ?

Est-ce en une heure que le matérialisme philosophique est devenu, comme l’a montré Engels ( introduction à “Socialisme utopique et socialisme scientifique” ), l’idéologie de toute la jeunesse cultivée, à la veille de la Révolution ?

Est-ce que cette jeunesse cultivée n’appartenait pas, en majeure partie, à la bourgeoisie ?

Pourquoi la bourgeoisie a-t-elle adopté cette doctrine ?

Pourquoi la bourgeoisie révolutionnaire s’était-elle alliée avec la science ?

De qui, en réalité, « la faiblesse » était-elle la faiblesse ?

De l’aristocratie, parce qu’elle a adopté, en partie, les auteurs du dix-huitième siècle ?

Alors, nous sommes ramenés à la « Théorie d’Action française » selon laquelle « c’est la faiblesse des élites » qui a fait la Révolution.

Ou s’agissait-il de la faiblesse de la bourgeoisie révolutionnaire ?

Mais si elle était faible, comment a-t-elle pu faire la Révolution ?

Ou, enfin, s’agissait-il de la faiblesse intellectuelle, de la « crédulité enfantine » du peuple, comme dit M. Rosenberg ?

Mais si le peuple était intellectuellement si faible, si crédule à l’égard des idées de 1 789, pourquoi n’était-il pas aussi crédule à l’égard des exhortations féodales et des prédications religieuses ?

Pourquoi les cahiers n’ont-ils pas réclamé le statu quo ?

Et pourquoi ne se sont-ils pas bornés à protester contre le statu quo, pourquoi ont-ils réclamé des changements très précis, inspirés des « idées de 1789 » ?

Mais de tout cela, l’analyste serré des réalités ne fait pas la moindre mention.

Les idées de 1 789 étaient des idées de « penseurs exaltés » ?

Mais est-ce que ces penseurs pensaient dans les espaces imaginaires ou bien dans la société française réelle du dix-huitième siècle ?

Est-ce que les idées n’ont pas un contenu et les nouvelles idées sociales et politiques du dix-huitième siècle ne se sont-elles pas répandues parce qu’elles exprimaient les nouveaux besoins de la société ?

Est-ce que ces idées nouvelles n’étaient pas en lutte contre l’héritage idéologique du moyen âge féodal ?

Est-ce que cette lutte des idées nouvelles contre les idées anciennes n’étaient pas l’expression de la lutte d’un monde nouveau contre un monde ancien, la féodalité ?

La féodalité ?

Mais elle n’existe pas pour M. Rosenberg.

Pour M. Rosenberg, la Révolution française n’a pas renversé la féodalité.

Il n’en est pas question dans son discours.

Le mot même de féodalité n’est pas prononcé.

Derrière la Révolution en-tant-que-révolte, il y avait « les phénomènes de dégénérescence de l’époque dynastique », et derrière ces phénomènes de dégénérescence, il n’y avait rien.

La révolution en-tant-que-révolte était un soulèvement du peuple, mais ce peuple était un-peuple-en-général qui n’avait pas de composition sociale.

Au dix-huitième siècle, en France, selon M. Rosenberg il n’y avait ni aristocratie, ni bourgeoisie.

Il n’y avait pas de paysans et il n’y avait pas de terre.

Il n’y avait pas de production et il n’y avait pas de commerce.

La production était uniquement celle de pensées dans la tête de penseurs exaltés et la distribution celle de mots d’ordre pernicieux dans les Loges maçonniques.

Du reste, les francs-maçons étaient des hommes-en-général ; ils n’étaient ni aristocrates, ni bourgeois, ni paysans, ni artisans, ni ouvriers.

Ils étaient « francs-maçons ».

Il en était de même pour les juifs, qui avaient, selon une révélation de M. Rosenberg, acheté la Constituante avec un argent dont M. Rosenberg ne recherche jamais les origines et qui leur avait été envoyé sans doute directement par Jéhovah, car, d’une manière générale, aristocrates, bourgeois, paysans, artisans et ouvriers vivaient, au dix-huitième siècle, d’amour, d’eau fraiche et de littérature exaltée.

Qui pourrait encore appeler le dix-huitième siècle le siècle des lumières ?

Cette appellation implique une contradiction, c’est une absurdité. On dit que le dix-huitième siècle a été le siècle des lumières parce qu’il y a eu la lutte contre l’obscurantisme.

Mais la lutte contre l’obscurantisme prouve qu’il y avait l’obscurantisme.

Conclusion : le dix-huitième siècle ne saurait être le siècle des lumières.

Et M. Rosenberg dit dans son discours : « Il se révèle, en effet, lorsque l’on considère non seulement ces soi-disant constructions de la Raison du dix-huitième siècle, mais toute la vie d’alors, que ce dix-huitième siècle était quand même une époque où régnaient l’alchimie et où la magie mystérieuse était toujours vivante.

Vivaient et régnaient à cette époque, non seulement les Voltaire, mais encore les Cagliostro. »

C’est la seule mention de Voltaire dans le discours de M. Rosenberg.

Mais il est suffisamment clair que le siècle des lumières eut été vraiment le siècle des lumières, s’il n’y avait eu rien à éclairer ; que l’Aufklärung mériterait son nom, s’il n’y avait eu rien ni personne à aufklären, et le dix-huitième siècle serait vraiment le dix-huitième siècle s’il n’avait pas été le dix-huitième siècle.

L’analyse vraiment serrée des réalités est évidemment celle qui les serre jusqu’à l’étouffement.

On dit qu’une idéologie est une anticipation.

Il est certain que M. Rosenberg anticipe.

Son discours s’adresse à l’homme inculte dont il poursuit la création par la force et par la ruse.

Si, pendant un siècle, les Français avaient déjà été soumis aux divers procédés de l’éducation national-socialiste, en vase clos, sans subir la moindre influence extérieure, alors, peut-être, le discours de M. Rosenberg aurait pu passer, non pour une révélation idéologique, car il faudrait pour cela plusieurs siècles d’inculture générale, mais du moins pour une manifestation idéologique.

Nous n’en sommes pas là et, pour des raisons que M. Rosenberg et ses collègues cherchent vainement à conjurer, nous n’y arriverons jamais.

La révélation des mystères du Sang et de l’Or et l’annonce faite à la France d’une Nouvelle Table de la Loi est un très lourd et très laborieux discours qui ne nous révèle pas autre chose que les thèmes actuels de la Kriegspropaganda allemande et le diktat intellectuel qui doit accompagner le nouveau « diktat » qu’on se propose de substituer à celui de Versailles.

La « Kriegspropaganda » de l’impérialisme allemand

Dans “Mein Kampf”, M. Hitler a longuement analysé la propagande des belligérants en 1914-1918.

Il a exprimé son admiration pour la propagande de guerre des Alliés, en accusant, par contre, la Kriegspropaganda de l’Allemagne impériale d’avoir été lourde, inaccessible aux masses et dépourvue de dynamisme.

Exposant, en même temps, sa façon de concevoir la propagande, il a défini celle-ci explicitement comme une « réclame politique » qui doit emprunter ses procédés à la réclame commerciale.

La propagande politique, expliquait-il, n’a pas pour objet de porter la vérité objective devant les masses. En le faisant, elle manquerait son but tout autant – et cette comparaison est de l’auteur de Mein Kampf – qu’une affiche qui voudrait lancer un savon, en vantant aussi les marques concurrentes.

L’incompréhension de ces principes a fait, selon M. Hitler, l’insuffisance de la Kriegspropaganda en 1914 et cette insuffisance est devenue une des causes de la défaite en 1918.

A Paris, M. Rosenberg est revenu sur ce thème. « L’Allemagne n’a trouvé en 1914, a-t-il dit, comme mot d’ordre, que la simple défense du peuple et de la patrie ; elle n’était pas portée par une idée unificatrice, par la volonté d’atteindre un grand but. »

Simple défense du peuple et de la patrie.

Quand il s’agissait de lutter pour le partage du monde !

En vérité, c’était se lancer à la conquête du marché mondial avec un slogan d’épicier.

Ce Bethmann-Hollweg et ses junkers n’avaient rien compris à la réclame politique de l’impérialisme pour le temps de guerre.

Voilà le fond de la pensée de M. Rosenberg.

Les Alliés, eux, avaient compris. Ils avaient trouvé « la volonté d’atteindre un grand but ».

Ils avaient proclamé que l’Allemagne était La Force et qu’ils étaient, eux, Président de la République Française, Roi d’Angleterre, Tzar de Russie, leurs capitalistes, leurs politiciens chauvins et social-chauvins, Le Droit.

La guerre impérialiste pour le nouveau partage du monde devenait la guerre du droit contre la force.

Ils avaient appelé la suprématie de leur force la primauté du droit et la guerre pour l’hégémonie par la force la guerre pour la primauté du droit sur la force.

Les Alliés, étant le Droit, étaient aussi, et nécessairement, la justice et la civilisation. Leur victoire devait donc être la victoire du droit, de la justice et de la civilisation.

Il devait en sortir un monde nouveau, où le règne du droit ayant remplacé celui de la force, les rapports entre les peuples allaient être réglés, non plus à la façon barbare, par la guerre, mais selon un arbitrage conforme aux principes de la morale internationale, produit suprême de la victoire du droit.

Au monde éclairé par ses contradictions devait succéder une « Société des Nations » gardienne de la morale internationale et rempart contre la guerre.

La première guerre impérialiste devenait ainsi, du côté des Alliés, une guerre à la guerre elle-même et, au cas où les Alliés triompheraient, « la dernière bataille », la dernière des guerres.

Voilà l’audacieuse trouvaille qui suscitait l’admiration de M. Hitler, à l’époque déjà où les sphères dirigeantes de la bourgeoisie allemande partaient à la recherche d’une Kriegspropaganda, pour la deuxième guerre impérialiste.

Dans son discours de Paris, M. Rosenberg a fait entendre que l’hitlérisme a apporté la solution de ce problème et que la Kriegspropaganda de 1939-40 est bien supérieure à ce qu’elle fut du côté de l’Allemagne en 1 914-18. La Kriegspropaganda hitlérienne reprend les thèmes tant admirés de la propagande de guerre des Alliés en 1914-1918.

C’est dans la présentation et dans la justification de ces promesses que consiste la principale innovation.

Si, en 1914-1918, les Alliés ont appelé l’Allemagne « la Force », eux-mêmes « le Droit », en 1940-41, l’impérialisme allemand baptise ses adversaires « l’Or », ploutocratie, haute finance, et il s’appelle lui-même « le Sang ».

La guerre pour le nouveau partage du monde, la plus capitaliste de toutes les guerres, devient la lutte du Sang contre l’Or, une lutte anticapitaliste, et M. Hitler a parlé explicitement, dans l’un de ses récents discours, d’une guerre entre deux mondes, où l’Angleterre incarne le Capitalisme.

La démagogie anticapitaliste est transportée du plan de la politique intérieure sur le plan de la Kriegspropaganda.

Les guerres impérialistes sont, comme dit Lénine, des « guerres de conquête, de pillage et de brigandage ».

Ce sont des guerres inavouables devant les peuples, sans lesquels on ne peut les conduire. Le rôle de la propagande de guerre, de la Kriegspropaganda, est de transformer la guerre inavouable en guerre acceptable, la guerre injuste en guerre juste.

La Kriegspropaganda hitlérienne présente la guerre impérialiste, elle aussi, comme la guerre du droit, comme une guerre juste.

Elle affirme que sa victoire signifierait la paix durable.

Elle fait comme tous les belligérants en 1914-18, comme Daladier et Reynaud en 1939-45, comme Churchill en 1 939-40-41, comme ont fait et comme feront toujours tous les gouvernants impérialistes, tant qu’ils existeront, et tant qu’ils feront des guerres de conquête, de pillage et de brigandage.

La démagogie anticapitaliste, à laquelle M. Rosenberg et ses chefs empruntent leur principal slogan, montre l’évolution de la situation depuis 1 914 ; elle montre à quel point, à l’époque où l’Union soviétique existe, la situation du capitalisme est compromise dans les choses et dans les esprits.

Le régime de M. Hitler ne peut se maintenir en Allemagne que par la terreur et en se réclamant du socialisme.

Il ne peut entraîner son peuple à la guerre et le maintenir dans la guerre qu’en plaçant celle-ci sous le signe d’une lutte anticapitaliste.

“La propagande n’a pas pour objet de rechercher la vérité objective, dans la mesure où elle est favorable aussi à d’autres … et de l’exposer ensuite avec sincérité doctrinale devant les masses” (Hitler, Mein Kampf).

Il y a une ploutocratie allemande, comme il y a une ploutocratie britannique. Parler de la lutte des deux ploutocraties pour l’hégémonie, ce serait la vérité objective.

On parle donc de la ploutocratie anglaise.

Quant à l’Allemagne, elle est simplement le pays du sang qui lutte contre l’or, et c’est ce que l’on appelle la Kriegspropaganda.

Mais qu’est-ce donc que cette lutte « contre » l’or ?

L’Allemagne n’avait pas d’or en 1939, alors que la France, l’Angleterre et les Etats-unis détenaient la majeure partie des réserves d’or du monde capitaliste.

Est-ce pour cela que l’Allemagne lutte contre l’or ?

L’Allemagne hitlérienne n’avait pas non plus, en 1 939, de pétrole et de caoutchouc.

Elle lutte donc aussi contre le pétrole et contre le caoutchouc ?

Le grand drame qui se joue s’appelle-t-il, non seulement Sang et Or, mais aussi Sang et Pétrole et Sang et Caoutchouc, et, comme l’Allemagne n’a pas de colonies, également Sang et colonies ou encore Sang et contrôle des voies maritimes ?

Si l’on a choisi précisément Sang et Or, c’est que l’or est le symbole vulgaire du capitalisme.

De cette manière, M. Rosenberg peut déguiser la lutte pour l’or en une lutte contre l’or.

L’impérialisme allemand, au cas où il sera victorieux, nous libèrera de l’esclavage de l’or, proclame M. Rosenberg.

Nous devons donc tirer la conclusion qu’après la victoire de l’Allemagne, l’or perdra sa valeur, qu’un volume d’or sera aussi dépourvu de valeur qu’un volume d’air ?

Mais tel n’est pas le dessein de M. Rosenberg.

L’or, a-t-il dit dans son discours, est un métal précieux ; il conservera sa valeur et sa signification pour des buts différents ; il pourra peut-être même être moyen de règlement pour les relations économiques entre Etats.

Mais cette hypnose de la dépendance intérieure qui a dominé pendant des siècles est aujourd’hui abolie.

La libération de l’or doit donc être purement « spirituelle ».

L’impérialisme allemand, s’il est victorieux, s’emparera de réserves d’or et de mines d’or.

Il y aura toujours la dépendance « extérieure » vis-à-vis de l’or, mais il n’y aura plus la dépendance « intérieure » ; on restera subordonné à l’or dans l’espace, mais on en sera délivré dans la conscience.

L’impérialisme allemand nous libèrera de l’or par une restriction mentale.

Comme on voit, M. Rosenberg veut dire simplement qu’il y a un bon usage et un mauvais usage de l’or.

Le mauvais usage est celui qu’en font les capitalistes franco-anglo-américains.

Le bon usage est celui qu’en feront, en cas de victoire, les capitalistes allemands.

Mais il exprime cette banalité colossale sur le ton de l’emphase vaticinante, et c’est là le grand art de la Kriegspropaganda et, d’une manière générale, de l’idéologie raciste.

Voilà pour « l’Or ». Quant au « Sang », il doit exprimer que l’Allemagne n’est pas, à proprement parler, un pays capitaliste, puisque, précisément, il s’appelle « national-socialiste ».

Le « Sang » définit le national-socialisme en tant que régime social.

Plus exactement, il doit symboliser la grande « idée unificatrice » dont M. Rosenberg déplorait l’absence dans la Kriegspropaganda de l’Allemagne impériale.

Il doit exprimer que l’Allemagne n’est plus une société divisée en classes antagonistes, mais une société sans classes.

Faut-il entendre par là que le capitalisme a été supprimé en Allemagne ?

N’importe quel numéro de la Frankfurter Zeitung nous montre qu’il y a, en Allemagne, des actions et, par conséquent, des actionnaires, des dividendes, et, par conséquent, profit capitaliste et profiteurs ; la propriété privée des moyens de production avec une concentration très avancée de la production et des capitaux et, par conséquent, une oligarchie financière, une ploutocratie.

M. Krupp von Bohlen, qui en fait partie et qui n’a jamais été exproprié, est une célébrité internationale.

Mais il ne s’agit pas non plus, pour M. Rosenberg, d’exproprier, en Allemagne national-socialiste, les capitalistes.

“Ce que nous voulons aujourd’hui, a-t-il dit en 1934 aux ouvriers des usines Opel, c’est que l’ouvrier allemand jouisse de la même considération intérieure que tous les autres Volksgenossen allemands”.

L’émancipation des travailleurs en Allemagne national-socialiste, est l’oeuvre « spirituelle » des capitalistes eux-mêmes.

Ils réalisent cette émancipation en accordant aux travailleurs leur « considération intérieure », leur « innere Achtung ».

C’est pourquoi cette émancipation est une création continue.

Chaque fois qu’à propos d’un acte qui aggrave la situation de l’exploité, l’exploiteur l’appelle non pas “elendes Rindvieh” ( Espèce d’abruti ! ), mais “Hochwohlgeborener Herr Volksgenosse” ( Très estimé Monsieur et Camarade ! ), l’exploité demeure asservi physiquement, mais il est émancipé métaphysiquement.

La situation des travailleurs peut donc s’aggraver continuellement, ils seront néanmoins mystiquement de plus en plus émancipés, car l’exploiteur peut faire n’importe quoi, pourvu qu’il accorde au peuple sa considération intérieure, die innere Achtung.

Le national-socialisme a supprimé le capitalisme par restriction mentale. C’est la libération national-socialiste du prolétariat.

Le mal pour l’Allemagne, c’était, a dit M. Rosenberg dans le même discours, que les chefs du marxisme regardaient toujours « en haut », avec un sentiment d’infériorité, non avec la conscience de l’égalité des droits, mais avec la conscience intérieure que ces gens d’en haut étaient vraiment plus et que pour cette raison il fallait mener des combats contre eux (Rosenberg, “Blut und Ehre”, tome 2).

Toute la question sociale est du domaine de la « vie intérieure ».

Il en est de l’exploitation comme de la vieillesse : on est exploité quand on se sent exploité ; on est inférieur quand on se sent inférieur ; on est égal quand on se sent égal.

Il ne faut donc pas supprimer l’exploitation, mais la conscience de l’exploitation ; il ne faut pas supprimer l’infériorité, mais le sentiment de l’infériorité ; il ne faut pas créer les conditions réelles de l’égalité sociale, mais le sentiment interne de l’égalité ; « das innere Bewusstsein der Gleichberechtigung », comme dit M. Rosenberg.

Il ne faut donc pas dire « ces ploutocrates détiennent le pouvoir économique et politique en vivant sur nous en parasites » et il ne faut pas vouloir « mener des combats contre eux » pour les renverser et vivre, enfin, en paix. Il faut se dire : je vaux « intérieurement » M. Krupp von Bohlen ; je ne le place pas au-dessus de moi, je me « sens » son égal ; je n’ai donc aucune raison de lutter contre lui.

Et c’est pour amener cette conclusion que M. Rosenberg construit tout le reste, en empruntant sans vergogne le « complexe d’infériorité » au juif Alfred Adler, disciple dissident du juif Sigmund Freud et inventeur de l’Individualpsychologie, qui fut avec la psychanalyse, la tarte à la crème de la pédagogie social-démocrate.

Voilà le racisme, « la plus grande révolution spirituelle depuis le christianisme », selon la formule de M. Rosenberg.

Nous sommes donc libérés du capitalisme, comme de l’or : par voie de processus intérieurs et de restrictions mentales.

Les capitalistes gardent en Allemagne leurs usines, leurs mines et leurs banques, mais ils sont expropriés de leur mépris visible – et là aussi sur le papier – pour les travailleurs.

Ceux-ci gardent leurs chaînes et reçoivent, à titre de consolation, la « considération intérieure », die innere Achtung, de leurs geôliers.

Il n’y a pas de réalisation plus économique du socialisme que celle-là !

C’est pourquoi le national-socialisme est le vrai socialisme – pour les capitalistes. C’est suivant la même méthode « mystique » que M. Rosenberg et ses collègues ont réalisé la société sans classes en Allemagne.

M. Rosenberg proclame, en effet, que l’Allemagne est un pays unifié. Faut-il entendre par là qu’en Allemagne il n’y a plus de capitalistes et de prolétaires, plus de Junkers et de paysans exploités ?

Non, d’après les explications de M. Rosenberg, l’unification de la société allemande a été réalisée, non selon les voies ordinaires de la nature, mais par voie mystique.

Cette unification est ce qu’il appelle le mystère du sang.

M. Krupp von Bohlen s’adresse à l’ouvrier et lui dit « nous sommes du même sang toi et moi ».

Et si l’ouvrier le croit, s’il ne se sent plus d’une autre classe, mais de la même race, s’il se sent uni avec M. Krupp von Bohlen, alors l’unification de la société s’est réalisée, le mystère du sang s’est accompli.

Cette unification est un mystère, parce que les classes subsistent extérieurement, tout en ne subsistant plus intérieurement, du moins cette abolition intérieure de l’antagonisme des classes est chaudement et, en même temps, férocement recommandée aux travailleurs.

En Union soviétique, l’unification de la société, réalisée par la suppression effective des classes antagonistes, n’est pas un mystère, parce qu’elle est réelle.

En Allemagne national-socialiste, elle constitue un mystère, précisément parce qu’elle n’est pas réelle.

Cette théologie raciale de la « transsubstantiation sociale » a évidemment son noyau réel.

M. Rosenberg a dit, en 1 934, dans un discours consacré à l’idéologie « national-socialiste » : “Dans le devenir du triomphal mouvement national-socialiste s’est révélé le mystère profond du sang qui, en apparence, était mort durant la guerre mondiale et qui s’est réincarné dans ce nouveau mouvement” (Rosenberg, “Blut und Ehre”, tome 2).

Ce mystère profond du sang qui est mort pendant la guerre impérialiste de 1 914-1 918-, nous le connaissons bien : c’est l’union sacrée.

Elle est morte dans la mesure où les masses ont retourné leurs armes contre les profiteurs de guerre et, d’une manière générale, contre la ploutocratie.

De nouveau, c’est une vieille idée de la réaction que M. Rosenberg reprend sur le mode de l’emphase théologico-métaphysique : le mystère du sang vit tant que les masses se laissent conduire par la ploutocratie ; il meurt quand elles ne se laissent plus faire.

Et effectivement, le mystère du sang est redevenu vivant dans le mouvement national-socialiste, en ce sens qu’il s’agissait bien, pour ce mouvement, de ramener les masses sous l’influence de la ploutocratie.

Le « sang », fondement « scientifique » de l’Union sacrée !

Déjà la bourgeoisie avait appelé la lutte du prolétariat contre elle une lutte « fratricide ».

La suppression « nationale-socialiste » du capitalisme revient au fond à distinguer deux sortes de capitalisme – le bon et le mauvais.

La vieille distinction entre le bon et le mauvais patron est reprise par les « nationaux-socialistes », mais avec une orientation particulière. Le mauvais capitaliste, c’est celui qui, selon la formule de M. Rosenberg, proclame « la liberté absolue de l’individu économique ».

Le mauvais capitalisme, c’est le capitalisme libéral, le capitalisme de libre concurrence.

Mais il y a le bon capitalisme, et c’est celui des monopoles. Les méfaits du capitalisme sont tous attribués au capitalisme de libre concurrence qui a dominé au dix-neuvième siècle, d’où les diatribes de M. Rosenberg contre « le libéralisme du dix-neuvième siècle », et la critique du capitalisme devient l’apologie des trusts.

Dès avant la guerre de 1 914-1 918, des théoriciens sociaux-démocrates avaient proclamé l’avènement du socialisme grâce aux trusts.

Cette théorie fut reprise et développée après cette guerre, en particulier à la veille de la grande crise économique de 1929-1932.

Hilferding, en particulier, proclamait que, grâce aux trusts, le capitalisme se transformait, sous nos yeux, en socialisme. M. Rosenberg proclame, lui, que l’Allemagne hitlérienne, c’est-à-dire le règne absolu des trusts, c’est le socialisme.

La libération de l’esclavage de l’or, c’est la distinction d’un bon usage et d’un mauvais usage de l’or, dans les cadres du système capitaliste ; la suppression du capitalisme, c’est la distinction entre le mauvais capitalisme libéral et le bon capitalisme des monopoles ; le sang, c’est le symbole de toutes les illusions que l’on utilise pour faire croire au peuple allemand que, dans cette guerre, ses intérêts sont solidaires de ceux de sa ploutocratie.

C’est aussi le symbole des illusions que l’on voudrait créer chez les autres peuples concernant les buts de guerre de l’impérialisme allemand et l’avenir de l’Europe, sous l’éventuelle hégémonie du Reich hitlérien.

En fin de compte, on veut nous faire croire qu’il y a deux sortes d’impérialismes : le bon et le mauvais, le bon étant l’impérialisme allemand.

C’est le fond de la Kriegspropaganda.

« Kriegspropaganda » et réalités impérialistes Vouloir dissimuler des réalités sous des métaphores qui idéalisent la guerre impérialiste est un jeu déjà ancien.

Parlant à l’académie des sciences morales et politiques, le 21 janvier 1919, M. Bergson, le philosophe antirationaliste qui vient de mourir, disait à propos de la guerre de 1 914-1 918 : D’un côté, c’était la force étalée en surface, de l’autre la force en profondeur.

D’un côté, le mécanisme, la chose toute faite qui ne se répare pas elle-même ; de l’autre, la vie, puissance de création qui se fait et se refait à chaque instant.

Alors la force en profondeur, la vie, la puissance de création, c’était l’impérialisme français. M. Rosenberg ( qui aime décidément les auteurs non aryens ) accomplit une fois de plus « une révolution scientifique comme la découverte de Copernic il y a 400 ans » et recopie Bergson.

Dans son discours il a appelé l’impérialisme allemand « force vitale créatrice profonde » ; « véritable valeur de la vie » ; « force vitale créatrice de l’Europe centrale » et il a appelé la lutte pour l’hégémonie une lutte « pour la hiérarchie des valeurs ».

C’est ainsi qu’on trompe les peuples ; c’est ainsi qu’on spécule sur la crédulité des hommes qui souffrent.

M. Hitler a mené campagne contre le « diktat » de Versailles.

Et de quoi s’agit-il maintenant ?

D’imposer un « diktat » à la France et, d’une manière générale, à tous les pays vaincus.

L’une des tâches essentielles de la Kriegspropaganda est de convaincre les Français qu’il faut se soumettre au « diktat ».

La presse traduite et la propagande de Vichy agissent dans le même sens, et l’une des raisons déterminantes du voyage et du discours de M. Rosenberg réside dans la volonté de donner un nouvel élan à cette campagne.

Ce qui est grave, pour tout ce qui reste du système mondial de l’impérialisme, c’est que les peuples se demandent si la guerre va recommencer ainsi tous les vingt ans, et si tous les vingt ans nous allons revoir « la prochaine dernière ». Le scepticisme augmente rapidement à l’égard de toute la Kriegspropaganda impérialiste.

C’est pourquoi, dans leurs discours, les chefs racistes insistent continuellement sur ce thème que la victoire de l’Allemagne assurera la paix. On le répète au peuple allemand pour lui faire accepter la guerre longue. On le répète au peuple français pour lui faire accepter le « diktat ».

Pour justifier cette promesse, M. Rosenberg a redit à Paris ce que nous avons déjà entendu mille fois, à savoir que la victoire des Alliés en 1 918 était provisoire, alors que la victoire de l’Allemagne en 1940 est définitive.

La guerre de 1 914-1 918 et la guerre actuelle, dit-il, sont les deux phases de « la lutte pour la hiérarchie des valeurs ».

La guerre n’a recommencé que parce qu’en 1 918, ce n’est pas « la véritable hiérarchie » qui s’est réalisée.

Après la victoire de l’Allemagne, les peuples pourront vivre tranquilles : « la véritable hiérarchie des valeurs » étant rétablie, la providence veillera à son maintien, et il n’y aura plus de guerre.

Le « diktat » de Versailles avait pour contenu un nouveau partage des colonies et du monde.

Le nouveau « diktat » que l’Allemagne hitlérienne prépare a un contenu du même genre.

Ce que M. Rosenberg appelle « la lutte pour la hiérarchie des valeurs » s’appelle communément la guerre impérialiste pour le nouveau partage du monde.

La véritable hiérarchie des valeurs est le nom « métaphysique » du partage selon la force des puissances capitalistes qui y participent.

M. Rosenberg nous dit lui-même qu’entre 1914-1918 et 1939-1940 « le rapport des forces s’est déplacé » entre les belligérants.

La victoire des Alliés en 1 918 était donc provisoire tout en étant conforme à la « véritable hiérarchie des valeurs » et la victoire de l’Allemagne, si elle est acquise, sera, au même titre, conforme à la « véritable hiérarchie des valeurs » et quand même provisoire.

Il en est ainsi parce que tout partage impérialiste du monde est provisoire.

C’est ce qu’a montré Lénine : “… On ne peut concevoir en régime capitaliste d’autres bases pour le partage des sphères d’influences, des colonies etc … que la force des participants au partage, force économique, financière, militaire, etc …

Or, la force change différemment chez les participants du partage, car il ne peut y avoir, en régime capitaliste, de développement égal des entreprises, des trusts, des branches d’industrie, des pays” (Lénine, “L’impérialisme, stade suprême du capitalisme”)

Versailles était conforme à la « véritable hiérarchie des valeurs » et il a cessé de lui être conforme par suite de la modification du rapport des forces, et c’est pourquoi il y eut la guerre de 1 939-40.

Car il n’y a qu’un seul moyen de savoir, en régime capitaliste, quelle est la « véritable hiérarchie des valeurs » et ce moyen, c’est la guerre.

C’est pourquoi aussi, la guerre commencée en 1 939 est impérialiste pour tous les belligérants, comme l’était celle de 1914-1918.

L’Allemagne était, il y a un demi-siècle, une misérable nullité, si l’on compare sa force capitaliste à celle de l’Angleterre d’alors ; il en était de même du Japon, comparativement à la Russie.

Est-il « admissible » de supposer que, dans une vingtaine d’années, le rapport des forces entre les puissances impérialistes reste inchangé ?

Chose absolument impossible (Lénine, “L’impérialisme, stade suprême du capitalisme”, 1 916) Les évènements ont montré combien Lénine avait raison et combien ceux qui affirmaient, comme les chefs de la social-démocratie, que la paix de Versailles était « définitive » trompaient le monde.

Maintenant ce sont M. Rosenberg et ses collègues qui proclament que le nouveau Versailles donnera la paix définitive, simplement parce qu’il réaliserait un partage du monde au profit de la ploutocratie allemande.

Dieu fera-t-il pour le second Versailles ce qu’il n’a pas fait pour le premier ?

Veillera-t-il à la conservation de ce nouveau partage, alors que, même si l’on fait abstraction d’autres changements possibles, la loi de l’inégalité de développement qui domine le capitalisme le rendra nécessairement caduc ?

Du reste, on nous parle de paix définitive, alors que la guerre est loin d’être finie, et que la lutte pour le partage du monde peut comporter de nouveaux développements.

Et l’on veut obtenir, au nom de la paix définitive, notre soumission au « diktat », alors qu’un Déat, qui ne voulait pas mourir pour Dantzig, nous invite à mourir pour Dakar, et que la guerre rebondit dans les colonies, en Indochine et ailleurs ?

L’« argument » basé sur la « hiérarchie des valeurs » est si faible que la Kriegspropaganda met en avant une autre idée.

En 1914-1918, les Alliés répétaient que leur victoire assurerait la paix parce qu’elle dompterait la cause de la guerre, à savoir l’Allemagne vouée à la « force ».

Le slogan était relatif à l’idée selon laquelle la paix est troublée par des peuples belliqueux qui ne vivent que dans le culte de la force. En 1 939-40, M. Rosenberg et ses mandants proclament qu’ils donneront la paix au monde parce qu’ils libèreront les peuples de l’exploitation.

Il s’agit de s’adresser cette fois à des masses qui, grâce à la diffusion du léninisme, connaissent déjà le lien entre l’exploitation capitaliste et les guerres de conquête du vingtième siècle.

De quelle exploitation l’hitlérisme promet-il de libérer les peuples ? De toute exploitation ?

Non, mais de l’exploitation par la ploutocratie britannique.

La paix règnera dans le monde quand l’hégémonie de l’Allemagne aura remplacé l’hégémonie britannique.

Il y a donc deux sortes d’exploitation des peuples, la bonne et la mauvaise.

L’exploitation par la ploutocratie britannique est la mauvaise exploitation, comme l’hégémonie britannique est la mauvaise hégémonie.

Par contre, l’exploitation des peuples par la ploutocratie allemande, c’est la bonne exploitation, et l’hégémonie de l’Allemagne, c’est la bonne hégémonie. Il y a, en un mot, deux sortes d’impérialismes : le bon impérialisme qui est l’impérialisme allemand et le mauvais impérialisme représenté par les impérialismes concurrents.

Appliquer la théorie du bon patron et du mauvais patron aux impérialismes, voilà encore une « révolution scientifique comme la découverte de Copernic il y a 400 ans ».

Et nous devons admettre que la victoire de l’Allemagne hitlérienne nous donnera la paix parce que ce sera la victoire du « bon impérialisme ».

Quant à la différence qui existe entre le bon impérialisme et le mauvais impérialisme, elle ne relève pas de l’économie, mais de la mystique.

Les impérialismes se distinguent par la “Rassenseele”.

Le bon impérialisme est celui qui appartient à l’Axe.

S’il n’en était pas ainsi, comment pourrait-il en faire partie ?

Cela indique, en même temps, qu’un mauvais impérialisme peut se transformer en bon impérialisme et inversement.

« La Fédération européenne fera la « Nouvelle Europe » qui organisera l’Europe selon la justice ».

C’est ce qu’on nous répète sur tous les tons.

Mais en vertu de quel miracle la « Nouvelle Europe » serait-elle basée sur la justice ?

Réalisée sous l’hégémonie de l’impérialisme allemand ou sous l’hégémonie de l’impérialisme britannique, elle ne pourrait être qu’une organisation en vue de l’oppression et de l’exploitation des peuples “car l’impérialisme ne peut rapprocher les nations que par la voie des annexions et des conquêtes coloniales, sans lesquelles on ne saurait, d’une façon générale, le concevoir” (Staline).

Est-ce qu’on voit aujourd’hui d’autres signes avant-coureurs de la « Nouvelle Europe » que des annexions, des projets d’annexions et d’exploitation ?

Ce thème de la « Fédération européenne », de la « Nouvelle Europe », des « Etats-unis d’Europe » n’est pas nouveau.

Dès 1915, Lénine montrait sa vraie signification : “Du point de vue des conditions économiques de l’impérialisme, c’est-à-dire de l’exportation du capital et du partage du monde par les puissances colonisatrices « avancées » et « civilisées », les Etats-unis d’Europe, sous le capitalisme, sont impossibles ou seront réactionnaires” (Lénine, “Sur le mot d’ordre des Etats-unis d’Europe”, 1915).

Les « Etats-unis d’Europe » ne sont possibles sous le capitalisme qu’en tant qu’organisation provisoire et réactionnaire ; “Bien entendu, il existe des possibilités d’accords temporaires entre capitalistes et entre puissances.

C’est dans ce sens que l’on peut parler des Etats-unis d’Europe, comme une convention entre capitalistes européens, mais… une convention portant sur quoi ? Uniquement sur une politique commune pour écraser le socialisme en Europe, pour conserver les colonies dont on s’est emparé contre les entreprises du Japon et de l’Amérique …” (Lénine, “Sur le mot d’ordre des Etats-unis d’Europe”, 1 915).

Etats-unis d’Europe, Fédération européenne, Nouvelle Europe ne peuvent signifier, actuellement non plus, qu’une nouvelle convention en vue du partage des colonies, en vue de la conservation de ce nouveau partage et pour l’écrasement du socialisme.

Convention provisoire et réactionnaire qui ne peut avoir d’autre contenu que l’exploitation renforcée des peuples et pas d’autre issue que la guerre.

Finalement la Kriegspropaganda ne sait pas nous dire autre chose que ceci : faites confiance à l’impérialisme allemand !

Il s’agit de dissimuler le fait que, selon la formule célèbre de Jaurès, le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l’orage.

Quant au reste, quant aux affirmations de M. Rosenberg, il n’y a qu’à réfléchir à ce qui reste aujourd’hui de la propagande de guerre des Alliés en 1914-18.

Que reste-t-il du règne de la justice qui devait – grâce à un nouveau partage injuste – remplacer le règne de la force ?

On en a écrit, pourtant, des volumes et des volumes sur le développement de la morale et de la moralité internationales !

Que sont devenues ces « grues métaphysiques » ?

Et qu’est devenue « la mystique de Genève » ?

M. Rosenberg a beau mettre en scène la pompe pseudo-wagnérienne, des pompes et des oeuvres de toutes sortes, la Kriegspropaganda hitlérienne, ainsi que sa propagande pour le nouveau diktat, sont faites d’affirmations et de promesses tout aussi fausses, d’illusions tout aussi trompeuses.

M. Rosenberg a dit dans son discours que le peuple allemand avait fait preuve d’une « candeur puérile » en prenant au sérieux en 1 918 les promesses de Wilson.

Il sait qu’il nous faudrait aussi une « candeur puérile » pour prendre au sérieux les promesses de la Kriegspropaganda.

Mais il veut nous imposer cette « candeur puérile » par tous les moyens.

Il appelle cela le rétablissement de « l’innocence du sang primitif » (cf “le Mythe du vingtième siècle”), et c’est ce qu’il s’agirait d’organiser en France en vue de l’asservissement des Français.

L’obscurantisme doit transformer les hommes en sujets crédules pour toute la propagande des ploutocraties et en instruments dociles pour leur politique.

Les faits sont obstinés, et nous pouvons, comme tous les peuples soumis à l’oppression, apprécier la Kriegspropaganda et les beautés du nouveau « diktat » qui, par opposition au « mauvais diktat de Versailles » doit être le bon « diktat ».

La France est dépecée.

Déjà, l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine a été annoncée officiellement.

Le pays est coupé en deux.

Dans la zone occupée, la zone dite rouge est pratiquement annexée.

Nous assistons à un pillage économique et financier sans précédent ; les Français sont réduits à la misère et à la famine.

En même temps, avec l’aide d’un gouvernement fantoche, le peuple français subit une oppression nationale sans précédent.

Annexions, exploitation et oppression – les traits caractéristiques de l’impérialisme – voilà ce que nous constatons et non la justice et le droit.

On ne nous cache même pas que la France devra être économiquement démantelée, pour devenir l’appendice agricole de la grande Allemagne industrielle.

Ceux qui dépendent des impérialismes en conflit proclament qu’il n’y a pas d’autre solution pour nous que des gouvernements fantoches qui livrent le pays et des collaborations qui l’asservissent.

Mais seul le maintien du capitalisme qui a causé la guerre et la défaite nous lie à de telles alternatives.

Il est donc naturel que la France cherche son avenir en dehors de cette galère.

Les prophéties de M. Rosenberg

On doit se rendre compte de la faiblesse des arguments produits pour nous convaincre, car on essaie de les renforcer en répétant constamment que la situation créée par la victoire de l’Allemagne est définitive, que, du reste, le national-socialisme représente un tournant dans l’histoire ; qu’il inaugure une époque nouvelle qui durera pendant des millénaires, etc …, etc … M. Rosenberg a développé amplement ces divers thèmes dans son discours.

La démocratie est définitivement morte, a-t-il expliqué, sur les champs de bataille des Flandres.

Les idées de 1 789, c’est-à-dire les idées de liberté et de progrès, sont définitivement mortes ; les lumières sont mortes, et nous en avons pour des milliers d’années avec la dictature du type fasciste et l’obscurantisme.

Naturellement, tout ceci tend à faire naître en nous le sentiment que, dans ces conditions, il ne nous reste rien d’autre que la résignation, puisqu’il n’y a pas d’autre avenir que vingt siècles d’hitlérisme.

Mais ce n’est pas si simple. La démocratie est morte pour toujours, dit M. Rosenberg.

Elle est morte pour toujours, seulement elle vit et elle prospère sur la sixième partie du globe.

Elle est morte pour toujours, seulement elle s’est réalisée vraiment pour la première fois dans l’histoire dans la nouvelle Constitution de l’URSS.

Le racisme a triomphé définitivement dans le monde, l’obscurantisme règnera ; l’humanité est condamnée à un nouveau moyen âge.

Seulement, la sixième partie du globe est la « négation » du racisme, et sur cette partie du globe, près de 200 millions d’hommes vouent à la science et à la raison un culte théorique et pratique sans précédent.

Les idées de liberté et de progrès sont mortes, proclame M. Rosenberg.

Précisément quand ces idées reçoivent au pays du socialisme un contenu qui est d’une vie et d’une puissance sans exemple dans l’histoire.

Spécialisé jadis dans les diatribes antisoviétiques, M. Rosenberg s’est tu sagement sur l’URSS dans son discours de Paris.

Mais l’URSS était évidemment partout présente dans son discours ; elle surgissait partout comme une limite, comme un rappel à l’ordre, comme une réfutation, comme le grand fait qui ramène constamment les prophéties et les diagnostics mondiaux de M. Rosenberg à ce qu’ils sont vraiment, à savoir la réclame de l’impérialisme allemand.

Contre-révolution du vingtième siècle qui, n’osant pas dire son nom, s’appelle révolution du vingtième siècle ; obscurantisme du vingtième siècle qui, n’osant pas dire son nom, s’appelle idéologie du vingtième siècle ; capitalisme qui, n’osant pas dire son nom, s’appelle socialisme, le « national-socialisme » appartient non au monde nouveau, mais au monde ancien, non pas au monde qui commence, mais au monde qui finit.

Une fois déjà, à l’issue de la lutte impérialiste pour le partage du monde, un morceau du globe a échappé au capitalisme affaibli par cette lutte.

Les causes qui ont produit alors ce fait existent aujourd’hui et se développent.

Elles existent et se développent aussi en Allemagne.

Car aucun mythe pseudo-religieux du sang, aucune caricature raciste de la délivrance religieuse ne peuvent faire disparaître la réalité de la contradiction qui existe et qui se développe, en Allemagne aussi, entre la ploutocratie et son régime, d’une part, et le peuple allemand d’autre part.

M. Rosenberg répète souvent que le racisme est le produit de quatre siècles d’évolution allemande.

La vérité est que M. Rosenberg et le racisme n’ont rien à voir avec les traditions intellectuelles de l’Allemagne de Goethe, avec cette Allemagne dont les plus grands esprits furent fécondés par la Révolution française, avec l’Allemagne qui a produit Hegel, Karl Marx et Friedrich Engels.

Elle existe, cette Allemagne, et elle lutte, avec ses ouvriers et ses intellectuels contre l’oppression et pour la paix.

Si elle ne luttait pas, à quoi servirait donc la dictature terroriste ?

C’est à cette lutte qu’appartient l’avenir dans tous les pays, en Allemagne comme en France, c’est elle qui fera renaître, renouvelées et grandies, la liberté, la démocratie.

Quant au racisme, « révolution du vingtième siècle », son souvenir demeurera comme celui du cauchemar du vingtième siècle dont nous libèrera chez nous, définitivement, la nouvelle Révolution française, la Révolution socialiste.

 

Pierre Bourdieu quelques souvenirs personnels de rares rencontres… par danielle Bleitrach

Pierre Bourdieu quelques souvenirs personnels de rares rencontres… par danielle Bleitrach

Dix ans déjà…  Je pourrais longuement parler du sociologue celui qui dans une démarche qu’il voulait parralèle à celle de Marx sur la production, la consommation et l’accumalation des marchandises avait tenté d’élaborer une économie des biens symboliques, culture, art, éducation, propagande, etc… Mais je voudrais dire quelques mots sur la rigueur de cet homme, le dernier des intellectuels capable de traiter de haut la médiacratie. Il refusait de se commettre sur un plateau de télévision, dans une presse à laquelle il avait des reproches à adresser. Parfois ce fut  la presse communiste qui fit les frais de cet ostracisme.  Je le sais d’expérience.  Je l’avais sollicité lors de la sortie de “la misère du monde” pour qu’il m’accorde un interview dans Révolution dont j’étais alors rédactrice en chef adjointe. Il m’avait fait répondre “Non à la presse communiste, même pour Danielle Bleitrach”.  Cette restriction pour flatteuse qu’elle fut était néanmoins une fin de non recevoir. je devais la mention spéciale à un livre que nous avions écrit  avec Alain Chenu “l’Usine et la vie”.  Il avait aussi apprécié la manière dont j’avais tenté d’exercer mon rôle d’élue au Comité national du CNRS.  Il n’en demeurait pas moins qu’il refusait d’être interviewé par la presse communiste, cela mérite éclaircissements: lui qui fut pendant trés longtemps un électeur communiste était aussi un homme exigeant.

Donc voici quelques souvenirs de rares rencontres et un témoignage sur cet intellectuel dans un temps où nombre de ceux qui s’arrogent ce titre ne sont que des bateleurs et bouffons de foire médiatique.

Electeur communiste sans être à proprement parler un compagnon de route depuis la guerre d’Algérie.  Là il avait appris le respect du sociologue à l’égard des populations qu’il étudie. Etre sociologue en kabylie pendant la guerre d’Algérie c’était risquer sa vie au moindre faux pas. Il n’a jamais oublié la leçon et le métier de sociologue était pour lui un sport de combat avec les puissants, les autorités reconnues. Mais l’attitude sociologique était empreinte de  respect à l’égard de ceux qui subissaient la domination, les pauvres, les sans voix mais aussi les fantassins du social ceux qui étaient en première ligne face à la misère. On sait que jeune enseignant de philosophie, il déclencha un scandale en prétendant faire étudier à ses élèves le Manifeste du parti communiste, pourtant s’il se veut un électeur de toujours, issu du peuple, il n’est pas comme d’autres associé à la vie politique et prenant parti, par exemple en mai 1968. peut-être parce qu’il pensait que c’était une fausse révolution qui a fait peur aux classes dominantes et à l’establishement intellectuel comme si c’était une vraie en provoquant une réaction thermidorienne… J’étais d’accord avec lui simplement je pensais qu’il y aurait pu y avoir une convergence entre la montée des luttes de libération, le mouvement ouvrier, les exigences de libération individuelle et cela a manqué peut-être est-ce à cause de cela qu’il y a eu contre-révolution mondiale, faute d’un parti communiste apte à assurer la jonction…

C’est sur le plan théorique, sur sa conception des classes sociales qu’il s’intéresse au Parti communiste. Bourdieu connaît bien Marx, il veut, comme je l’ai dit créer une économie des échanges symboliques mais il est encore peut-être plus marqué par Max Weber . Ainsi il ne pense pas qu’il existe des classes en soi, en tant que donné objectif, celles-ci n’existent  que quand une idéologie, une organisation leur donne forme. Pour Bourdieu, c’est le Parti communiste français qui a permis à la classe ouvrière d’exister en même temps que cette dernière faisait exister celui-ci. On assiste donc à un processus « circulaire » de construction des classes et plus généralement des groupes. Donc on a pu dire que Bourdieu était un structuraliste mais comme ce qui l’intéresse est le processus historique et social qui constitue les classes, ce qui lui a vallu  parfois le qualificatif de “structuralisme génétique”. 

J’avoue avoir toujours trouvé trés heuristique cette conception des classes sociales et encore aujourd’hui j’applique à l’analyse des civilisations dans le contexte d’une aggravation des contradictions impérialistes une approche qui tente de combiner ce “structuralisme génétique” avec un marxisme voir un léninisme plus classique. je retrouvais Bourdieu dans chaque recherche sans être toutefois toujours convaincue par ses positions politiques, peut-être parce que j’avais la “foi” du charbonnier mais pas seulement je crois. S’il refuse l’expertise sociale comme une des formes de la domination, il pense que le sociologue peut aider par ses analyses, en mettant en lumière les faits que masque l’expertise dominante, des sondages aux propagandistes et chiens de garde du capital, et ainsi aider à la naissance d’un protagoniste révolutionnaire contre le conservatisme néolibéral. Les temps nouveaux exigent de nouveaux acteurs et le sociologue contribue au “processus circulaire” de l’auto-organisation.

Lors de la dernière conversation que j’ai eu avec lui dans un restaurant de la Bastille peu de temps avant sa mort il se lança dans une analyse des points forts d’une lutte contre le néo-libéralisme à travers le syndicalisme et l’alter-mondialisme. Il était en contact avec le sydicalisme allemand à la recherche d’un renouveau. Il avait écrit un article dans le Monde Diplomatique qui reflétait ses préoccupations, je demeurais sceptique même si je jugeais de mon devoir de faire travailler les étudiants sur son analyse. C’était la première année et je leur présentais Marx, Max Weber et les propositions de Bourdieu sur cette nouvelle époque ouverte par la chute de l’URSS et la contrerévolution néolibérale. C’était l’époque où le parti m’envoyait aux Chiapas, à la réunion du Commandant marcos. je n’étais pas convaincue ni par les uns, ni par les autres mais nous étions alliés dans cette chappe de plomb qui s’abattait sur la planète.

A tort ou à raison, Bourdieu eut le sentiment à un moment que le parti communiste ne repectait plus ceux qu’il représentait, il était entré dans une forme de bureaucratisation, fonctionnant pour lui-même, en rupture avec la classe sociale à laquelle était liée son existence. Bourdieu n’était pas un prophète et comme beaucoup d’intellectuels à cette époque-là il se mit à reprocher aux communistes tout et son contraire: d’être tenté par la notabilisation et dans le même temps de rompre l’union de la gauche. Il poussa le desespoir devant ce que devenait le monde politique jusqu’à soutenir l’opération Coluche, une manière de dire à la gauche, au PCf en particulier “Vous êtes des pitres!” d’autres se ralliaient directement aux pires abandons du PS. Peut-être sa sympathie pour le parti du prolétariat se retourna-t-elle à cause de différentes affaires du bull dozer d’ivry à Montigny sur fond d’Afghanistan, ce fut parfois injuste mais il faut faire attention aux ruptures morales même si l’on croît qu’elles rapprochent de l’électorat. La gauche et surtout les communistes ne peuvent se passer d’une éthique, peut-être était-ce de cela que Bourdieu voulait aviser sa famille politique en soutenant Coluche. Bref! dans les discussions que nous eumes à cette époque je lui fis remarquer que j’on ne pouvait à la fois reprocher au parti de refuser l’hégémonie du PS et l’accuser de rompre avec la représentation populaire. L’intervention de l’URSS en Afghanistan n’aidait pas à faire la clarté sur ce qu’étaient les communistes pour quelqu’un qui avait fait sa première expérience politique avec le refus du colonialisme. je n’avais pas non plus les idées trés claires et mon principal souci était de défendre bec et ongles le PCF… La théorie était esclave de mes adhésions même si je continuais à tenter d’exercer d’une manière plus autonome le métier de sociologue. par parenthèse, je pense avoir été un des individus qui a poussé le plus loin la volonté de poursuivre la parabole ouverte avec la révolution d’octobre, seule la découverte de laisons dangereuses avec l’extrême-droite m’ont alerté sur le fait que la boucle était sans doute fermée et que la question de Bourdieu sur un nouveau cycle se posait désormais… Toujours cette alerte éthique!! Mais je reste dubitative, il me semble que le questionnement était essentiel mais que le rôle du sociologie outrepassait ses possibilités et revenait de fait à une expertise de l’universitaire en crise et en perte de pouvoir. je n’aurais pas son courage, partir à l’assaut d’une situation politique desespérante animé de la seule foi en la sociologie et dans la capacité de l’humanité à s’émanciper de ses chaînes…

Mais Bourdieu demeurait ce qu’il était, un grand intellectuel et un homme courageux, ne cherchant pas sa propre gloire mais une ambition infiniment plus haute, celle de servir le peuple et je conserve comme beaucoup en mémoire son intervention dans le grand mouvement de 1995. Quand on voulut imposer au peuple français la destruction du service public, le premier ministre de l’époque Alain Juppé se lança dans un laborieux : “Vous n’avez pas compris, je vais vous expliquer!” Bourdieu tonna alors: “Ils ont parfaitement compris, ils n’en veulent pas!”

Ce fut le moment où je me sentis le plus en phase avec lui mais aussi celui où je m’éloignais du PCF. Parce que je jugeais que le PCF préparait de fait sa participation au gouvernement et que cela ne me semblait pas une réponse à la hauteur de ce mouvement. je décidais de quitter le Cominté national du PCF après avoir dit mon désaccord. Souvenez-vous, le monde semblait écrasé sous la vague néolibérale, sous la révolution conservatrice, trois pays se cabraient, se révoltaient, les ouvriers de la Corée du Sud, la révolte des Chiapas contre l’espace néolibéral de l’Alena (Canada, Etats-Unis et mexique) et la France.

Comme j’étais fière de mon pays, la France et de la voix de Bourdieu affirmant : “Ils ont parfaitement compris, ils n’en veulent pas”. Un intellectuel est quelqu’un de ce type, lui Deleuze et quelques autres, des gens qui travaillent, pensent, tentent de vous faire sortir des ornières d’une pensée dominante pour que le monde devienne plus proche, plus compréhensible, pour que le refus de la servitude devienne votre mode de pensée, pas le producteur paresseux du best-seller d’une saison mais celui qui veut réellement apporter à la cité.

Voilà je voudrais ajouter un mot sur l’homme Bourdieu, sur sa courtoisie, son élégance intellectuelle… il vous donnait l’impression que c’était vous qui l’honoriez de votre présence, lui l’intellectuel mondialement connu, le professeur au collège de france. Il était dénué de cynisme et respectait son interlocuteur. Il ne pontifiait pas mais cherchait en parlant, il vous faisait sentir la difficulté de dire quelque chose de vrai, d’utile, pas n’importe quoi… ce que j’aimais en lui c’était cette capacité à douter, à paraître attendre d’un dialogue avec vous quelque chose d’important et en même temps cette manière de demander excuse pour sa méfiance à l’égard des utopies qui ouvre la boîte de pandore de toutes les réactions. C’est peut-être dans cette video que je le retrouve le plus…

Danielle Bleitrach

Pierre Bourdieu gauche-droite (1/2) – YouTube

youtube.com22 mars 2007 – 5 mn – Ajouté par liuetam
Entretien avec Pierre Carles à propos en partie de ce qui tient à ce qu’une personne (et non un électeur) soit
 
 

A propos de l’Iran, les contradictions de l’époque : la paix mondiale tient à un fil (traduction française)

A propos de l’Iran, les contradictions de l’époque : la paix mondiale tient à un fil (traduction française)

Quand je vois Fidel Castro en train de serrer la main du président iranien Ahmadihejad que je considère comme un fasciste, non seulement parce qu’il réprime les opposants mais aussi les homosexuels, les gens de culture et dont je sais qu’il finance en France des gens comme Dieudonné dans la production d’un film sur l’holocauste, et tant d’autres ordures proches de l’extrême-droite, j’éprouve un choc.  Quand je sais la politique menée envers leur propre peuple par ces dirigeants iraniens, j’éprouve le  désespoir qui dû être celui de Walter Benjamin devant la signature du pacte germano-soviétique. Quand je lis ce qui s’écrit tous les jours sur des sites qui feignent de soutenir Cuba et l’Amérique latine comme le réseau Voltaire et mondialisation ca. j’ai la nausée devant un tel niveau de confusion, et j’envie ceux qui ne ressentent pas la moindre contradiction enfin dire que je les envie est sans doute excessif parce que je sais à quel point dans ce domaine le manichéisme peut conduire vers d’étranges glissements.  J’ai même eu du mal à prendre connaissance du texte paru aujourd’hui dans Cubadebate signé par Fidel Castro sur la paix mondiale ne tient qu’à un fil . Mais je dois jour après jour, heure après heure combattre mon émotion devant la manière dont est niée la base de mes engagement et mes inquiétudes sur la fascisation du continent européen. Au nom de quoi ? Pas d’une quelconque complaisance avec les fascistes qu’entretiennent ici les dirigeants iraniens , il faut au contraire avoir le souci de dénoncer les amalgames mais au nom justement de ce que défend Fidel dans son texte et qui est communiste: la justice et la paix qui commence par le respect des souverainetés nationales et l’égalité dans le droit international. je ne défend pas les dirigeants iraniens, je défends  des peuples menacé par des vrais fascistes ceux dont le ventre fécond ne cesse de produire ce remugle dans lequel nous nous débattons. Et c’est ce sont eux qui manipulent l’opinion publique pour peindre un Iran et ses alliés sud-américains en train de menacer la paix mondiale, retourner contre lui la peur et la haine. Mais je ne suis pas contrainte au nom de ce danger à reprendre les aveuglements du temps des deux camps, être communiste c’est se positionner du côté des peuples, de leur désir de paix et de justice pas du côté des dirigeants et de leurs complots.

 Et j’aurais eu tort de ne pas  lire ce texte que j’inscris ici .  Ce texte est remarquable, je n’en corrigerai pas une ligne, il dit mieux que je ne saurais jamais le faire ce qui se joue aujourd’hui en Iran et pourquoi nous devons nous opposer à ce qui se trame contre ce pays quoique je puisse penser de ses dirigeants.  Je sais aussi ce qu’est la diplomatie cubaine, ses niveaux de compagnonnage, le respect de la souveraineté des Etats qui fait que l’on traite de chef d’Etat à chef d’Etat. le rôle joué depuis toujours par Fidel au sein des non-alignés et il insiste dans son texte sur cette appartenance. Enfin il ya des relations plus étroites avec ses compagnons progressistes d’Amérique latine en particulier Chavez. Il y a enfin même s’il a quitté le pouvoir, ce qui a fait l’exemplarité de Cuba et ma fidélité à ce pays,  l’humanisme de Fidel, son inquiétude depuis les années quatre-vingt sur le devenir de l’humanité, le danger nucléaire. L’idée que je partage, ce dont  le capitalisme a été capable à Hiroshima, il le refera et sa crise est telle que le danger est là. Donc en attendant la traduction, voici donc ce texte qui nous alerte sur le danger d’une intervention en Iran, cela seul doit nous importer, l’enjeu se situe au niveau de l’humanité. Et le peuple iranien comme tous les peuples ne veut en rien des missionnaires casqués et bottés venant lui faire subir ce que subissent les peuples voisins d’irak et d’Afghanistan dont dans son texte Fidel raconte une dernière horreur de l’armée américaine, après les doigts coupés comme trophée de guerre on pisse sur des cadavres. Quoiqu’on nous raconte ici ceux qui portent la guerre, l’humiliation, la misère, le pillage ce sont bel et bien les Etats-Unis et leurs vassaux dont nos propres dirigeants. Là encore Fidel à l’inverse des fascistes ne confond pas les responsabilités et il témoigne même de sa pitié à l’égard de ces jeunes soldats jetés dans un conflit.

Nous devons donc tout faire pour que monte en france le refus de toute intervention en Iran.

J’ai eu le plaisir, hier, de converser calmement avec Mahmoud Ahmadineyad que je n’avais plus vu depuis septembre 2006, voilà plus de cinq ans, quand il était venu à La Havane participer à la Quatorzième Conférence au sommet du Mouvement des pays non alignés qui avait élu Cuba pour la seconde fois à la présidence de cette organisation pour la durée prévue de trois ans. J’étais tombé gravement malade le 26 juillet 2006, un mois et demi avant, et je pouvais à peine me maintenir assis sur le lit. Plusieurs des dirigeants les plus distingués qui assistaient au Sommet eurent l’amabilité de me rendre visite. Chavez et Evo le firent plusieurs fois. Quatre dont je me souviens encore vinrent en début d’après-midi : Kofi Annan, le secrétaire général de l’ONU ; un vieil ami, Abdelaziz Bouteflika, le président algérien ; Mahmoud Ahmadineyad, le président iranien ; et Yang Jiechi, alors vice-ministre et aujourd’hui ministre des Relations extérieures de la République populaire de Chine, en représentation de Ju Jintao, chef du Parti communiste et président du pays. Ce fut vraiment un moment important pour moi qui rééduquais aux prix de gros efforts mon bras droit sérieusement blessé lors de ma chute à Santa Clara.
J’avais commenté avec ces quatre dirigeants des aspects des problèmes complexes que le monde connaissait alors et qui sont le devenus assurément de plus en plus.
À notre rencontre d’hier, j’ai constaté que le président iranien était on ne peut plus tranquille, absolument indifférent aux menaces yankees, confiant en la capacité de son peuple de repousser n’importe quelle agression et dans l’efficacité des armes dont il produisent une grande partie eux-mêmes pour faire payer aux agresseurs un prix insupportable.
En fait, c’est à peine s’il a parlé de la guerre. Il est plutôt revenu sur les idées qu’il avait exposées à sa conférence dans le grand amphi de l’Université de La Havane, axées sur l’être humain : « S’acheminer vers la paix, le respect de la dignité humaine en tant que souhait de tous les êtres humains tout au long de l’Histoire. »
Je suis convaincu qu’on ne doit pas s’attendre de la part de l’Iran à des actions irréfléchies qui contribueraient au déclanchement d’une guerre. Si celle-ci éclate, ce sera uniquement la faute de l’aventurisme et de l’irresponsabilité congénitale de l’Empire yankee.
Je pense de mon côté que la situation politique créée autour de l’Iran et les risques d’une guerre atomique qui en émanerait et toucherait tous les pays, qu’ils possèdent des armes de ce genre ou non, sont extrêmement délicats parce qu’ils menacent l’existence même de notre espèce. Le Moyen-Orient, qui produit des ressources économiques vitales pour l’économie de la planète, est devenu aujourd’hui la région la plus conflictuelle au monde.
La capacité de destruction de certaines armes employées durant la Deuxième Guerre mondiale et les souffrances massives qu’elles infligèrent incitèrent fortement à en prohiber quelques-unes, dont les gaz asphyxiants. Néanmoins, les conflits d’intérêts et les énormes profits des fabricants les conduisirent à élaborer des armes encore plus cruelles et plus destructrices, jusqu’au jour où la technologie moderne a fourni les matériaux et les moyens nécessaires à la mise au point d’armements dont l’emploi dans une guerre mondiale conduirait à notre extermination.

Je suis d’avis – qui est sans aucun doute celui de toutes les personnes dotées d’un sens élémentaire de leurs responsabilités – qu’aucun pays, grand ou petit, n’a le droit de posséder des armes atomiques.
On n’aurait jamais dû s’en servir pour attaquer deux villes sans intérêt militaire comme Hiroshima et Nagasaki, pour assassiner et irradier avec d’horribles effets durables des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants d’un pays déjà vaincu sur le plan militaire.
À supposer que le nazi-fascisme eût obligé les puissances liées contre lui à rivaliser avec cet ennemi de l’humanité dans la fabrication de cette arme, le premier devoir de l’Organisation des Nations Unies, créée à la fin de la guerre, aurait dû être de l’interdire sans la moindre exception.
Mais les États-Unis, la nation la plus puissante et la plus riche, imposèrent au reste du monde la ligne à suivre. Ils possèdent aujourd’hui des centaines de satellites qui épient et surveillent de l’espace tous les habitants de la planète ; ils ont équipé leurs forces navales, terrestres et aériennes de milliers d’armes atomiques ; ils manipulent à leur guise, par Fonds monétaire international interposé, les finances et les investissements du monde.
Quand on analyse l’histoire de l’Amérique latine, depuis le Mexique jusqu’à la Patagonie en passant par Saint-Domingue et Haïti, on constate que toutes les nations, sans exception, du début du XIXe siècle  à nos jours, soit deux cents ans, ont été victimes et continuent de l’être toujours plus des pires crimes que le pouvoir et la force puissent commettre contre le droit des peuples. De brillants écrivains ne cessent de les dénoncer. L’un d’eux, Eduardo Galeano, auteur de Les Veines ouvertes de l’Amérique latine, vient d’être invité à inaugurer le prix prestigieux de la Casa de las Américas, en reconnaissance à son œuvre marquante.
Les événements se succèdent à une vitesse incroyable, mais la technologie permet d’en informer le public encore plus vite. Des nouvelles importants tombent, aujourd’hui comme  hier. Une dépêche de presse du 11 nous apprend :
« La présidence danoise de l’Union européenne a informé mercredi qu’un nouveau train de sanctions encore plus sévères serait décidé le 23 contre l’Iran à cause de son programme nucléaire, visant non seulement son secteur pétrolier, mais aussi sa Banque centrale… Nous irons encore plus loin dans nos sanctions contre son pétrole et ses structures financières », a affirmé le chef de la diplomatie danoise, Villy Soevndal, à la presse étrangère.
On peut constater clairement que sous prétexte d’éviter la prolifération nucléaire, Israël a le droit d’accumuler des centaines d’ogives atomiques, tandis que l’Iran, lui, n’a même pas celui de produire de l’uranium enrichi à 20 p. 100.
Une agence de presse britannique bien connue fournit une autre nouvelle sur ce thème :
« La Chine n’a pas donné le moindre signe, mercredi, qu’elle céderait aux pressions des États-Unis pour qu’elle réduise ses achats de pétrole iranien et elle a considéré comme excessives les sanctions de Washington contre Téhéran. »

On reste abasourdi de voir avec quelle tranquillité les États-Unis et l’Europe censément civilisée orchestrent une campagne assortie de méthodes systématiquement terroristes. Pour s’en convaincre, il suffit de la nouvelle fournie par une autre agence de presse européenne :
« L’assassinat, ce mercredi, d’un responsable de la centrale nucléaire de Natanz, au centre de l’Iran, a été précédé de trois autres depuis janvier 2010. »
Le 12 janvier de cette année-là, « un physicien nucléaire de renommée internationale, Massoud Ali-Mohammad, professeur à l’Université de Téhéran, qui travaillait pour les Gardiens de la révolution, est mort dans l’explosion d’une moto piégée devant son domicile de la capitale. »
« 29 novembre 2010 : Majid Shahriari, fondateur de la Société nucléaire iranienne, “chargé d’un des grands projets de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique” […] a été tué à Téhéran par l’explosion d’une bombe magnétique fixée à sa voiture.

« Ce même jour, un autre physicien nucléaire, Feyerdoun Abbasi Davani,  a fait l’objet d’un attentat dans des conditions identiques quand il garait sa voiture devant l’Université Shahid Beheshti de Téhéran, où tous deux étaient professeurs. » Il n’a été que blessé.

« 23 juillet 2011: le scientifique Dariush Rezainejad, qui travaillait à des projets du ministère de la Défense, a été abattu à coups de feu par des inconnus qui roulaient en moto à Téhéran.

« 11 janvier 2012 – soit le jour même où Ahmadineyad voyageait entre le Nicaragua et Cuba pour donner sa conférence à l’Université de La Havane – le scientifique Moustapha Ahmadi Roshan, qui travaillait à la centrale de Natanz où il était le vice-directeur pour les affaires commerciales, est mort dans l’explosion d’une bombe magnétique posée sur sa voiture, près de l’Université Allameh Tabatabai, à l’est de Téhéran… L’Iran en a accusé de nouveau les États-Unis et Israël », comme pour les cas précédents.
Il s’agit là de l’assassinat sélectif, mais systématique, de brillants scientifiques iraniens. J’ai lu des articles de sympathisants notoires d’Israël qui considèrent ces crimes perpétrés par ses services secrets en collaboration avec ceux des États-Unis et de l’OTAN comme quelque chose de tout à fait normal.
Des agences informent depuis Moscou :
« La Russie a alerté aujourd’hui qu’un scénario similaire à celui de la Libye était en train de mûrir en Syrie, mais que l’attaque partirait cette fois-ci de la voisine Turquie.
« Nikolaï Patrouchev, secrétaire du Conseil de sécurité russe, a affirmé que l’Occident voulait “punir Damas non pas tant à cause de la répression contre l’opposition, mais de son refus de rompre son alliance avec Téhéran”.

« …à son avis, un scénario libyen est en train de mûrir, mais les attaques ne viendront pas en l’occurrence de France, de Grande-Bretagne et d’Italie, mais de Turquie.
« Il s’est même risqué à affirmer : “Il se peut que Washington et Ankara soient déjà en train de définir différentes options de zones d’exclusion aérienne, où des armées de rebelles syriens pourraient être entraînées et concentrées”. »
Les nouvelles proviennent non seulement d’Iran et du Moyen-Orient, mais aussi d’autres points d’Asie centrale proche de cette région. Ce qui nous permet d’apprécier la complexité des problèmes découlant de cette zone dangereuse.
Les États-Unis ont été entraînés par leur politique impériale contradictoire et absurde dans de sérieux problèmes dans des pays comme le Pakistan, dont les frontières avec celles d’un autre État important, l’Afghanistan, ont été délimitées par les colonialistes sans tenir compte des cultures ni des ethnies.
Dans ce dernier pays qui a défendu des siècles durant son indépendance face au colonialisme anglais, la production de drogues s’est multipliée depuis l’invasion yankee, tandis que les soldats européens appuyés par des drones et l’armement perfectionné des États-Unis commettent des massacres ignominieux qui augmentent la haine de la population et éloignent les possibilités de paix. C’est bien ça, et d’autres horreurs, que reflètent les dépêches des agences de presse occidentales :
« WASHINGTON, 12 janvier 2012. Le secrétaire d’État à la Défense, Leon Panetta, a taxé ce jeudi d’ “absolument déplorable” le comportement de quatre hommes présentés comme des marines étasuniens en train de pisser sur des cadavres, selon une vidéo circulant sur Internet.
« “J’ai vu les images et je trouve ce comportement absolument déplorable”.
« “Ce comportement est absolument inapproprié de la part de membres de l’armée étasunienne et ne traduit en aucun cas les critères et les valeurs que nos forces armées jurent de respecter”.
En fait, le secrétaire à la Défense ne confirme ni n’infirme ces faits. Chacun donc peut en douter, et lui le premier peut-être.
En tout cas, il est extrêmement inhumain que des hommes, des femmes et des enfants, ou un combattant afghan qui se bat contre l’occupation étrangère, soient assassinés sous les bombes d’avions sans pilote. Pis encore : des dizaines de soldats et officiers pakistanais qui surveillent les frontières du pays ont été déchiquetées par ces bombes.
Le président afghan lui-même, Karzai, a affirmé qu’outrager des cadavres était « “tout simplement inhumain”  et il a demandé à l’administration étasunienne d’ “infliger la peine la plus sévère à quiconque serait condamné pour ce crime”. »
Des porte-parole des Talibans ont déclaré : « Des centaines d’actes semblables ont été commis ces dix dernières années sans qu’on les révèle. »

On en arrive presque à prendre en pitié ces soldats, séparés de leurs familles et de leurs amis, envoyés à des milliers de kilomètres de leur patrie pour lutter dans des pays dont ils n’ont peut-être jamais entendu parler à l’école et où on leur confie la mission de tuer ou de mourir afin d’enrichir des sociétés transnationales, des fabricants d’armes et des politicards sans scrupules qui dilapident chaque année les fonds dont on aurait besoin pour alimenter et éduquer les innombrables millions d’affamés et d’analphabètes dans le monde.
Nombre de ces soldats, victimes de leurs traumatismes, finissent par s’ôter la vie.
Est-ce que j’exagère quand je dis que la paix mondiale tient à un fil ?

 
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Publié par le janvier 13, 2012 dans extrême-droite, politique

 

“La guerre d’iran n’aura pas lieu?” La Chine poursuivra ses importations de pétrole iranien (mais cherche déjà de nouvelles sources d’énergie)…

“La guerre d’iran n’aura pas lieu?” La Chine poursuivra ses importations de pétrole iranien  (mais cherche déjà de nouvelles sources d’énergie)…

Cet article tiré de la presse russe qui a un titre plutôt positif puisque si le Japon a été, semble-t-il, convaincu de limiter ses achats de pétrole irakien par les Etats-Unis, la Chine semble ne pas être du tout décidée à céder à leur diktat . Cependant une lecture plus attentive de ce texte et d’autres de la presse russe tendent à nous alerter sur le fait que la Chine comme la Russie manifestent une certaine résignation à une intervention occidentale. des articles russes récents faisaient même état d’une certaine satisfaction de ces derniers à l’idée de voir les Etats-Unis et les Européens s’engouffrer sur un autre front, L’analyse qu’ils ont fait de l’expédition libyenne les ayant convaincu que les forces de l’OTAN en Europe, les anciennes puissances coloniales européennes n’ont pas les moyens militaires et fiancier de leur politique belliciste. Donc les envoyer dans un nouveau piège, eux les Etats-unis affaiblirait l’OTAN, dessererait la pression qui pèse sur la Russie avec les missiles prétenduement dirigés vers l’iran mais dont la Russie sait qu’ils lui sont réservés. Le blocage du détroit d’ormuz gênerait plus les Européens et la Chine que tout autres. Cette dernière donc proteste énergiquement mais comme le souligne le texte cherche d’autres sources d’énergie. L’intervention pourrait être dirigée directement contre l’iran ou ce qui reviendrait au même contre l’allié syrien. C’est dire si, comme si le dernier texte de Fidel Castro l’affirme : “la paix ne tient qu’à un fil”.

L’athmosphère générale fait songer à la pièce de Giraudoux “La guerre de troie n’aura pas lieu”. En fait de fausse alerte en fausse alerte il est clair que nous nous rapprochons d’une intervention et que tout est mis en place pour qu’elle ait lieu. Tout le monde s’y prépare. je dois dire que je ne suis pas plus rassurée par la description du calme du dirigeant iranien, il y a chez cet homme un aspect fanatique et religieux qui le rend trés calme devant le pire. Le pire pour son peuple et pour nous. Même si le danger nucléaire que craint Fidel est écarté, il reste l’impossibilité dans laquelle se trouve notre pays et l’Europe d’affronter cette guerre là sans qu’elle s’accompagne pour nous d’un retour à la barbarie. Et c’est peut-être ce dont  sont en train de se convaincre les pays émergents et les peuples du Tiers monde: il s’agit de nous laisser aller jusqu’au bout de notre folie impérialiste pour que l’on puisse définitivement écraser l’empire et sa capacité de destruction. Il n’est pas étonnant que ceux qui résistent à cette politique du pire soient les Chinois et les Cubains, chacun à sa manière alors que les russes envisagent un étau à la Alexandre Nevski. 

Note de Danielle Bleitrach

Le secrétaire américain au Trésor Timothy Geithner achève sa tournée en Asie orientale qui l’a conduit en Chine et au Japon. Le principal objectif de ce voyage consistait à convaincre Pékin et Tokyo de renoncer à l’importation du pétrole iranien afin de soutenir l’instauration des sanctions pétrolières contre Téhéran proposées par les Etats-Unis et l’Union européenne, écrit vendredi le quotidien Kommersant.

“Nous voulons prendre des mesures concrètes pour réduire dans les plus brefs délais nos achats de pétrole iranien. Le monde ne peut pas tolérer le développement de l’arme nucléaire”, a déclaré hier le ministre japonais des Finances Jun Azumi lors d’une conférence de presse conjointe avec Timothy Geithner. Cela signifie que les Etats-Unis sont parvenus à s’assurer le soutien de Tokyo pour imposer un embargo sur l’achat de pétrole iranien. Or le Japon, qui achète 14% du pétrole iranien exporté, est le deuxième client (derrière la Chine) de Téhéran

En revanche, Timothy Geithner n’a pas réussi à convaincre la Chine de renoncer à l’importation du pétrole iranien. Mardi, il a abordé ce sujet à Pékin avec le vice-premier ministre chinois Wang Qishan chargé des questions financières, puis a tenté de convaincre le vice-président chinois
Xi Jinping, le premier ministre chinois Wen Jiabao et son successeur le plus probable – le vice-premier ministre Li Keqiang. Cependant, les autorités chinoises ont fermement annoncé qu’elles n’avaient pas l’intention de cesser d’importer le pétrole iranien. “La Chine mène une coopération énergétique transparente avec l’Iran tout en respectant les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies, a expliqué le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères Liu Weimin. Il est étrange qu’un pays cherche à étendre sa législation à d’autres Etats et exige que tout le monde s’y conforme. Notre coopération énergétique avec l’Iran et le développement du programme nucléaire de ce pays sont deux choses différentes” .

La position de la Chine est compréhensible. L’Iran couvre près de 11% des besoins du pays en hydrocarbures – Pékin achète près de 22% du pétrole iranien exporté et est de plus l’un des principaux investisseurs dans l’industrie pétrogazière de l’Iran, où les plus grandes sociétés énergétiques internationales ne peuvent pas investir en raison des sanctions. Le total des investissements chinois dans le secteur pétrogazier de l’Iran était estimé l’année dernière à 40 milliards de dollars par le vice-ministre iranien du Pétrole Hossein Shirazi.

Malgré le refus de Pékin de soutenir les sanctions anti-iraniennes avancées par les Etats-Unis et l’UE, la Chine est très préoccupée par l’éventuelle aggravation de la crise dans le Golfe. Elle se prépare déjà à de possibles perturbations en matière de fournitures de pétrole iranien.
Ce week-end, le premier ministre Wen Jiabao partira en tournée d’une semaine en Arabie saoudite, aux Emirats Arabes Unis et au Qatar. Selon une source du ministère qatari des Affaires étrangères, le principal sujet des entretiens aux EAU concerne l’augmentation des fournitures de gaz naturel liquéfié. Apparemment, Pékin tentera également de s’entendre avec d’autres pays sur l’augmentation du volume des livraisons en cas d’aggravation de la crise autour de l’Iran.

 
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Publié par le janvier 13, 2012 dans Amérique, Asie, Economie, Europe, guerre et paix

 

“A communist asshole” ne soutient pas Ahmadinejad tout en s’opposant à l’intervention en Iran par danielle Bleitrach

“A communist asshole” ne soutient pas Ahmadinejad tout en s’opposant à l’intervention en Iran par danielle Bleitrach

Recemment une starlett provocatrice proche de l’extrême-droite venzuelienne s’est vantée d’avoir interpellé Sean Penn à l’aéroport en l’accusant de soutenir le dictateur Hugo Chavez et (le président iranien) Ahmadinejad. Stupéfait Sean Penn n’a pu s’empêcher de lui répondre qu’il ne soutenait pas Ahmadinejad, tandis que l’actrice élégamment le traitait de communist asshole, ce qui veut dire “trou du cul de communiste”.

Cette anecdote n’aurait pas grand intérêt et je me garderai bien d’accorder à la dite starlett la publicité qu’elle cherchait en répétant son nom, si elle ne témoignait de la répulsion que peut inspirer Ahmadinejad aux soutiens les plus résolus des révolutionnaires d’Amérique latine. Sean Penn, le rebelle par excellence, est comme beaucoup de radicaux nord-américains doublement marqué par à la fois des origines juives (paternelles, son père est un lituanien juif immigré et sa mère est une catholique irlandaise) mais surtout parce qu’il est totalement laïc par la répression mac carthiste dont son père fut victime. Le fait d’être un juif totalement laïc et soupçonné de sympathies pour les bolcheviques a marqué beaucoup de victimes du maccarthisme (sur les 10 d’Hollywood la moitié étaient juifs) et malgré les diverses tentatives des dirigeants israéliens d’influencer la communauté juive nord-américaine celle-ci est restée démocrate, voir à gauche des démocrates.

 Parmi les soutiens actuels de Cuba et du Venezuela, il y a beaucoup de gens qui ont ce profil. En outre, il existe désormais aux Etats-Unis un fort courant juif qui proteste contre la politique d’Israël à l’égard des Palestiniens et qui dénonce la manière dont l’etat d’Israël est soumis à l’extrême-droite et au fondamentalisme religieux. L’existence d’un tel courant est une chance pour la paix et la justice que  nul ne doit négliger. Au-delà des courants, il existe des personnalités qui ont un sens de l’absolu et de l’universel humain tel qu’ils sont prêts à affronter tous les stéréotypes dans lesquels on prétend les enfermer, Sean Penn en fait partie.

Il faut bien mesurer que le refus de Sean Penn d’appuyer Ahmadinejad est tout à fait caractéristique de ce type de personnalité. Si reste essentielle la lutte contre le bellicisme des Etats-Unis, la dénonciation des opérations de l’OTAN sous le fallacieux pretexte d’en finir avec des dictatures, il n’en demeure pas moins que quiconque a été marqué par l’idéal communiste a fortiori s’il a plus ou moins des ascendances juives ne peut pousser sa volonté de dénoncer le bellicisme impérialiste jusqu’à soutenir un pouvoir d’essence fasciste comme celui du dirigeant iranien.

  On sait à quel point Sean Penn s’est engagé aux côtés du Venezuela et de Cuba en particulier dans sa volonté d’aider le peuple haïtien. Sean Penn n’est pas un people, son engagement n’a rien de siperficiel, il a un certain nombre de procès sur le dos en particulier pour voyages illegaux à Cuba. Il a tout sacrifié pour haïti où il réside désormais en permanence, son couple et la moitié de ses revenus. Il fait partie de ses gens qui iront jusqu’au bout et ce qu’il soutient à Cuba comme au venezuela est bien résumé par son action à Haïti, il l’a déclaré récemment :: «Il faut l’admettre, je suis quelqu’un qui se sent assez isolé du reste du monde, ni jamais compris par quiconque». Pourtant, Sean Penn ne pensait pas s’installer en Haïti. A son arrivée sur l’île, l’armée lui avait dit: «Vous pouvez rester si vous êtes efficace. Si vous arrêtez d’être efficace, on vous vire.» Efficace, Sean Penn l’a été jusqu’à diriger un camp. Il a ainsi gagné le respect des ONG et des soldats sur place, qui pensaient avoir affaire à encore une célébrité venue pour la communication. Son association, J/P HRO, est l’une des plus connues sur place.En un an, sa vie a changé du tout au tout. Il vit maintenant à Pétionville parmi 55 000 réfugiés dans un camp qu’il dirige, seul avec ses regrets. Le plus grand? Celui de «ne pas être capable d’élever [mon] fils dans une famille unie durant sa scolarité au lycée», avoue-t-il amèrement. Oui un tel homme est profondément lié à la Révolution cubaine, au travail accompli par le venezuela. je ne sais pas si c’est un “trou du cul de communiste” mais c’est comme ça que personnellement je vois un communiste… C’est le contraire d’un fasciste parce que le monde est son horizon et parce que ce qui compte est de soulager la misère, il faut changer parce qu’un tel niveau de destruction des hommes et de leur planète est insupportable pas parce que je suis particiapant à un complot contre d’autres comploteurs..

Et si on se souvient de sean Penn allant dans l’Irak de saddam Hussein pour manifester son opposition à l’intervention nord-américaine, si on le revoit aller apporter son soutien au Caire au printemps arabe, déjà il refuse de soutenir Khadafi et se rend au début de la révolte de benghazi sur le terrain. Je crois qu’il faut bien mensurer cette évolution qui pour la première fois marque une distance avec les choix de Chavez sans pour autant dénoncer  son soutien au Venezuela. Certes dès le début personnellement j’ai vu la manière dont se préparait en Libye l’intervention de l’OTAN et ce qui en résulterait mais j’ai refusé de faire de khadafi le Che Guevara de la Libye. Nous sommes entrés dans un processus trés complexe avec des alliances à géométrie variable et dans lequel le manichéisme des deux camps n’est plus de mise. Ce qui doit nous guider ce sont les peuples, le droit international à défaut de mieux.

Et le reflexe de Sean Penn me paraît sain même s’il peut être l’occasion de manipulations comme en a témoigné l’affaire libyenne, il faut faire face aux manoeuvres de l’OTAN et de l’impérialisme par une analyse politique pas en inventant des héros qui n’en sont pas…

Sean Penn ne peut qu’éprouver un haut le coeur à l’idée de s’engager aux côtés du sulfureux Ahmadinejad dont les liens partout dans le monde avec des néo-nazis antisémites sont avérés. La France étant un des terrains parmi d’autres de ce type d’intervention en appui des racistes et de l’extrême-droite.  Si le principe du respect de la souveraineté des peuples et le refus des invasions ou des embargos dont souffrent les peuples doit être une constante, il est difficile d’aller jusqu’à cautionner tortures, répression systématique de l’opposition, sexisme, homophobie et antisémitisme devenus idéologie d’Etat. Il arrive même un moment où les liens trop marqués entre de vrais révolutionnaires et ces fascistes finissent par être un handicap dans le soutien que l’on peut apporter aux dits révolutionnaires, l’envie de s’engager à leurs côtés en est certainement inconsciemment freiné. Nous sommes décidemment dans une période historique où il faut revendiquer la complexité et tenter à chaque moment de dégager une ligne politique d’un maquis de contradictions dans un grand sentiment de solitude.

La crise  présente la particularité de toucher pour la première fois le coeur de l’impérialisme qu’il s’agisse des Etats-Unis ou de l’Europe confrontés à une radicalisation de l’extrême-droite dans ce qui se présentait jusqu’ici comme le modèle de la démocratie. Il y a le contexte de destruction des organisations ouvrières et progressistes, une absence dramatique de perspective politique qui tranche avec la situation en Amérique latine et enfin la crise de la représentativité issue de la Révolution nord-américaine et de la Révolution française. Le tout combiné avec ce qui apparaît de plus en plus comme la chute des empires occidentaux.

Alors même qu’apparaît de plus en plus le caractère fictif d’une démocratie qui spolie 99% des citoyens pour le seul bénéfice des 1%, que des guerres sont imposées par le complexe industrialo-militaire, des guerres qui manifestent l’échec et la perte d’hégémonie, alors qu’en Europe les gouvernements paraissent de moins en moins avoir un pouvoir lié aux élections et de plus en plus être le produit d’une bureaucratie impérialiste, celle des grands monopoles financiarisés, le recours au fascisme pour tenir les peuples, dévoyer leur colère ne relève plus du fantasme.

Donc pour revenir à mon sujet, celui de l’évolution de la prise de conscience des révolutionnaires, va peut-être monter la lucidité de devoir agir sur un double front. Pour le moment faute d’une telle conscience, il y a beaucoup de gâchis et de perte de forces. 

 Il nous faudrait plus que jamais dénoncer l’impérialisme, son bellicisme, la manière dont il engendre chômage, inégalités, la paupérisation et la précarisation des populations et à ce titre dénoncer par exemple l’intervention en Iran demeure plus que jamais une nécessité. Une intervention  militaire mais aussi un embargo que rien ne justifie, qui frappe la grande masse de la population et n’atteint pas au contraire le régime. Ce que démontrent tous les embargos est que la patience d’un peuple attaqué de l’étranger peut être infinie et que le patriotisme bénéficie à ceux que l’on prétend faire chasser par la colère des peuples asphyxies économiquement. Nul ne peut ignorer cela et  donc il s’agit de transformer l’embargo en acceptation internationale de l’intervention (1). les sanctions que l’on veut élargir contre l’Iran sans aucune justification de droit ne sont que préparation à une intervention militaire qui peut avoir des conséquences incalculables sur l’avenir de l’humanité. Donc il est absolument essentiel de ce mobiliser contre ce viol du droit qui nous mène vers un terrible inconnu.

Pourtant, il faudrait aussi comprendre que  l’inertie de la population française et d’autres en Europe face à cette menace est liée  à l’absence de perspective politique obscuricie par l’avancée des idées d’extrême-droite. D’abord bien sûr tous les discours sur les dangers de l’islam, la manière dont l’Europe en crise serait une forteresse assiègée par des hordes d’immigrés se pressant aux frontières mais aussi cela va ensemble l’ennemi intérieur, le délinquant des banlieues et le banquier juif, personnages fictifs mais commodes pour entraîner l’acceptation des peuples à leur propre servitude.

C’est pourquoi qu’il s’agisse de la lutte anti-impérialiste ou du développement de mouvements revendicatifs refusant austérité et exploitation on ne peut pas négliger ce qui est en train de surgir ou plutôt de ressurgir en Europe en particulier, la montée de l’extrême-droite, la recherche des boucs émissaires, tziganes, musulmans, immigrés et juifs. On ne peut pas à ce titre cautionner un pouvoir fasciste qui non content de développer chez lui cette fascisation des esprits tente de les soutenir et de les financer chez nous. Donc je crois qu’il faut avoir la lucidité de s’opposer à l’intervention en Iran et partout ailleurs dans le monde sans pour autant favoriser si peu que ce soit l’adhésion à des disctatures fascisantes.

C’est pour marquer ce moment de prise de conscience que je suis partie d’une anecdote du retrait de Sean Penn et de sa réaction spontanée  que pour ma part j’approuve totalement.

Danielle Bleitrach

(1) c’est parce que les Cubains ont perçu cela qu’ils se livrent toutes les années à cet acte apparemment inutile et jamais suivi d’effets concrets de faire condamner le blocus dont ils sont victimes.

 

Impasses syrienne par Alain gresh

Impasses syrienne par Alain gresh

 

Haytham Al-Manna
 
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Impasses syriennes

jeudi 12 janvier 2012, par Alain Gresh

Il y a bientôt dix mois qu’éclatait, dans la foulée des révolutions en Tunisie, en Egypte, à Bahreïn et au Yémen, une insurrection populaire en Syrie (lire Patrick Seale, « Fatal aveuglement de la famille Assad », Le Monde diplomatique, mai 2011). Le discours prononcé par le président Bachar Al-Assad le 10 janvier (texte arabe), le quatrième depuis le début des événements, confirme à la fois l’incapacité du pouvoir à comprendre les aspirations populaires – réduites, pour l’essentiel, à un complot de l’étranger – et l’impasse dans laquelle se trouve la Syrie. S’il est peu probable que la sanglante répression, avec ses centaines de morts et l’usage systématique de la torture, vienne à bout de la détermination des révoltés, l’opposition semble dans l’incapacité de renverser le régime, et même de présenter un front uni. Et le pouvoir est au moins arrivé à garantir la neutralité de certaines minorités (alaouite, chrétienne, etc.), ce qui lui donne une certaine marge de manœuvre.

Le mouvement de révolte se partage en deux grands blocs principaux : le Conseil national syrien (CNS), dirigé par Burhan Ghalioun, qui comprend des forces très diverses, des Frères musulmans aux laïques et dont les cadres sont, pour la plupart, à l’étranger ; le Comité de coordination nationale (CCN) représenté par Haytham Al-Manna, dont les membres sont essentiellement à l’intérieur. Il faut y ajouter d’autres regroupements, dont l’opposition kurde qui se plaint d’être marginalisée par les autres forces (« Syrian Kurds Claim They’re Sidelined in Opposition Again », Rudaw, 10 janvier).

Une tentative de conclure un accord stratégique entre les deux coalitions à la fin du mois de décembre a fait long feu. Al-Manna a raconté les raisons de cet échec dans un long entretien (2 janvier) avec le site en anglais du quotidien libanais Al-Akhbar, « The Politics Behin the Pact with Ghalioun ». D’abord, selon lui, le CNS est divisé et mal organisé. C’est une alliance de groupes disparates, sans unité. La divergence essentielle concerne la phrase affirmant « le rejet de toute intervention militaire qui affecte la souveraineté et l’indépendance du pays » et qui précise qu’« une intervention arabe n’est pas considérée comme une intervention étrangère ».

Al-Manna explique, concernant l’intervention arabe, que celle-ci pourrait même comprendre des casques verts sur le terrain. Ils seront les bienvenus. Il poursuit en assurant qu’il faut faire passer le nombre des observateurs à 500. « L’idée qu’une force internationale aurait été mieux accueillie en Syrie est une fiction relayée par les médias du Golfe. Ce n’est tout simplement pas vrai. »

Critiques de la Ligue arabe et de ses actions, les monarchies du Golfe préfèrent, et de loin, porter la question devant le Conseil de sécurité de l’ONU (dont on peut se demander en quoi il sera plus efficace que la Ligue arabe). Ces pays, précise Al-Manna, tentent de « faire de la Syrie un champ de bataille de leur affrontement avec l’Iran. Mais nous refusons de devenir les victimes d’une guerre par délégation. Nous voulons la démocratie et la liberté en Syrie. Nous ne voulons être utilisés par aucune puissance qui agit pour ses propres intérêts ».

Alors que le CNS compte, pour l’essentiel, sur les pays occidentaux et ceux du Golfe, et que certains de ses membres font directement appel à eux pour intervenir militairement et hésitent sur l’usage de la violence armée (alimentée à partir de la Turquie et du Liban), le CCN a multiplié les contacts avec toutes les puissances, y compris la Chine et l’Iran, refusant toute intervention militaire qui aboutirait à encore plus de victimes et, sans doute, à un éclatement du pays, comme en Irak. Il fait également preuve de fermeté sur le choix d’une ligne pacifique, convaincu que la violence joue en faveur du régime.

On peut s’interroger sur le rôle de l’Arabie saoudite et sur son « attachement » à la démocratie en Syrie, elle qui écrase la révolte à Bahreïn, comme elle écrase ses propres chiites. Deux dimensions définissent la crise en Syrie : la lutte de son peuple pour la démocratie et la liberté ; la volonté de faire tomber un régime allié à l’Iran, à l’heure où les Etats-Unis, l’Union européenne et Israël mènent une offensive majeure contre la république islamique.

Aucun père Noël ne viendra sauver la Syrie, explique Al-Manna. Seules la mobilisation pacifique intérieure et des pressions continues sous forme de sanctions, la présence d’observateurs arabes et la dénonciation des exactions permettront d’assurer au pays une transition vers la démocratie. Et permettront au peuple syrien de choisir lui-même son destin.

 
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Publié par le janvier 14, 2012 dans Asie, guerre et paix

 

NON S&P n’est pas le coupable principal et dit des choses souvent raisonnables par Danielle Bleitrach

   
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La perte du triple A par Paris replonge la zone euro dans l’incertitude : le fonds de sauvetage est ainsi fragilisé alors que la Grèce peine à boucler un accord avec ses créanciers. Tout serait de la faute des agences de notation, pas si sûr. Les raisons qui poussent à la dégradation des notes en Europe méritent d’être regardées de près

La dégradation de la note non seulement de la France mais d’un grand nombre de pays a trait à l’aspect le plus fondamental de la crise de l’Euro à savoir la mise sous une même monnaie de pays ayant une forte disparité de situations productives, mêlant une Allemagne qui a développé sa capacité technologique productive alors que pour les autres pays (y compris la France) il y a eu dans le cadre européen une accélération de la désindustrialisation. Le rapport par lequel S&P abaisse la notation française et annonce d’ailleurs que cela ne s’arrêtera pas là mais qu’en 2012 et en 2013 il y aura probablement une autre dégradation, dit des choses qui tranchent avec la simplicité des mesures adoptées par notre gouvernement et plus généralement celle de la plupart des gouvernements à savoir l’austérité.

Sa note attribuée à la dette de neuf États membres de l’euro a été abaissée, impliquant un renchérissement des coûts de remboursement de la dette des pays sanctionnés : d’un cran pour la France et l’Autriche (passant ainsi de la meilleure note – le fameux AAA – à AA+) ainsi que pour la Slovaquie, la Slovénie et Malte. Les pays du sud du continent (Italie, Espagne, Portugal et Chypre) ont été encore plus sanctionnés,  de deux crans. Le club des pays de l’euro bénéficiant encore du AAA devient plus restreint : seuls l’Allemagne, les Pays-bas, la Finlande et le grand-duché du Luxembourg en font encore partie. S&P n’a pas non plus touché aux notes de la Belgique, de l’Irlande ou de l’Estonie.

La colère monte contre les agences de notation mais il faut bien mesurer que la sanction porte sur des choses tout à fait réelles et qui concernent la faiblesse structurelle de l’euro sans parler de notre propre pays. L’agence de notation insiste donc en premier lieu sur la disparité qui entraîne un déséquilibre du commerce extérieur français qui est une des bases essentielles de la dette française et celle des pays du sud. Mieux ou pire Standard & Poor’s signale maintenant  que le principal risque n’est pas tant en soi la hausse des déficits et de la dette publics mais l’absence de croissance économique dans la zone euro. dans laquelle politiques d’austérité, disparités des échanges et blocages des banques dans les prêts aux entreprises et particuliers ont créé un cocktail explosif.

« Un processus de réformes fondé sur le seul versant de l’austérité budgétaire risque de se vouer lui-même à l’échec, la demande intérieure chutant parallèlement aux inquiétudes croissantes des consommateurs sur la sécurité de leur emploi et de leurs revenus, minant les recettes fiscales des pays », écrit S&P pour se justifier. La peur d’une récession encore plus forte dans la zone euro que celle en cours creusant les déficits, notamment si des banques devaient aussi être recapitalisées par les pouvoirs publics, est la véritable explication du geste de S&P. La rigueur budgétaire est en effet sinon bien enclenchée dans des pays qui enchaînent plans d’austérité sur plans d’austérité, à l’instar de l’Italie et de l’Espagne. Le nouveau Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, a vu la note de son pays abaissée de deux crans (de AA? à A) alors qu’il a lancé il y a à peine deux semaines une nouvelle cure d’austérité.

Et là nous avons le deuxième vice de la zone euro, non content d’unir des pays aussi disparates et dont les disparités productives n’ont cessé de s’aggraver dans le contexte européen, la dite zone euro n’a qu’un mécanisme monétariste, néo-libéral de régulation (symbolisés par les 3% du PIB de maastricht) donc comme unique réponse l’austérité pour les peuples face à la dette.  

 Et la manifestation devant l’agence  de S&P ne supprime pas les faits.

D’abord les conséquences d’une telle baisse de notation même si désormais le gouvernement s’evertue à les minimiser après en avoir fait son seul challenge pour à la fois imposer aux Français des politiques d’austérité et pour avoir tenté de déconsidérer son rival dans des éléctions présidentielles  qui lui même sur le fond n’a pas de solutions trés différentes.

Mais ce qu’il faut comprendre c’est que c’est tout le fragile échafaudage des sommets dans lesquels le président français s’est agité en prétendant se créer un stature d’homme d’Etat international qui s’effondre mais aussi la plupart des discours des prétendants à la magistrature en question. Et au-delà de l’éléction présidentielle c’est toute l’Europe qui s’effondre tant le sauvetage de la zone euro a été bâtie autour du couple  Merkel-Sarkozy. Il ne reste plus comme Atlas pour supporter cette construction que l’Allemagne qui sait bien que sa prospérité a été construite sur cette disparité économique et productive (1).

 Que va-t-il se passer ?La situation d’ailleurs là encore décrite par S&P ne manque pas de réalisme quand elle dénonce l’impossible entente entre pays de la zone euro sur les politiques à suivre comme le danger principal de récession semble n’avoir su qu’accélérer la course vers l’abime, non seulement le défaut de paiement de la Grèce mais le risque d’accélérer les procédure envisagées  autour de l’actuel fond de sauvetage européen par la mise en oeuvre du traité des 26 (toute l’UE sauf la Grande-Bretagne) décidé lors du sommet UE du 9 décembre. L’actuel fonds de sauvetage européen (le FESF), fragilisé par la perte du triple A français, pourrait notamment être substitué, dès juillet prochain, par le MES dominé par l’Allemagne qui est plus que jamais l’homme fort de l’Europe. Même course vers l’abime dans la politique français qui ne voit rien d’autre que de poursuivre. François Fillon a évoqué « des ajustements budgétaires » une fois la croissance connue et « des décisions fortes » après le sommet social de mercredi.Ces quelques réfléxion témoignent du fait que si les agences de notation ont un pouvoir excessif, celui-ci est dû aux marchés, aux investisseurs et les avis qu’elles émettent ne sont pas dénués de raison parfois beaucoup plus que les discours de nos politiciens.Danielle Bleitrach

(1) sans vouloir insister sur un plaidoyer pro domo, je signale à quel point cette évolution était prévisible. Dès le début de la dette grecque, j’annonçais que la chute des PIGS ne pourrait manquer d’avoir des conséquences pour la France qui était devenue une zone usuraire pour l’ensemble de l’Europe et dont l’apparente prospérité reposait sur un système bancaire et une industrialisation de plus en plus liée au militaire… L’effondrement des créanciers européens malgré la défense éperdue par le gouvernement français de ce système en sacrifiant ce qui était pourtant la meilleure atténuation de la crise (le système de protection français) ne pouvait que conduire à  cette dégradation. Les textes en font foi mais les entreprises de dévoiement intellectuel sur la nature de cette crise n’ont cessé de se multiplier.

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Publié par le janvier 16, 2012 dans Economie, Europe

 

Un anniversaire tragique: Rosa et karl , tellement d’actualité par danielle Bleitrach

Un anniversaire tragique: Rosa et karl , tellement d’actualité par danielle Bleitrach

j’ai pensé vous faire en ce jour anniversaire de la mort des deux dirigeants spartakistes ce compte-rendu mais c’est un travail énorme tant aujour’dhui on semble tout ignorer de cette histoire sanglante et qui selon moi se poursuit. Quelques textes essentiels, ceux de Rosa Luxembourg mais aussi l’histoire des spartakistes racontée par Gilbert badia ou encore l’extraordinaire roman d’Alfred Döblin publié chez Agone.

Voici l’heure du discours de Rosa, son chant du cygne.
Mais qu’a-t-elle donc ? Tous regardent ce petit bout de femme. Ils la regardent avec amour et émotion, même ceux qui ne sont pas d’accord avec elle. Ils savent qu’elle est la flamme qui brûle pour eux depuis des décennies. Elle est à présent épuisée, fragile. La prison l’a affaiblie. Elle parle, elle est dans son élément. Elle dit toute la vérité. Karl Liebknecht est assis parmi les délégués. La voix de Rosa Luxemburg résonne, claire et précise.” (1)

Anniversaire tragique : Dans la nuit du 15 au 16 janvier 1919, à l’issue du soulévement spartakiste, elle est enlevée, avec Liebknecht, par des soldats de la cavalerie de la garde du social démocrate Noske, puis frappée et assassinée, son corps et jeté dans la Spree. Résolument pacifiste et liant le militairsme à l’impérialisme et au colonialisme, ellle défend comme karl Liebnicht une socialisme radical et une République des Conseils. De janvier 1904 à novembre 1918 elle a été plusieurs fois arrêtée et mise en forterresse pour insulte “à sa majesté” et “incitation “à la haine de classe”, “appel au refus de servir l’armée” “haute trahison”.

En souvenir écoutez:

www.youtube.com

(musique de hanns Eisler et paroles de Brecht)

L’actualité de cette histoire tragique

D’abord l’actualité de ces deux juifs qui n’eurent dans leur coeur comme le dit Rosa “la moindre place pour le ghetto” et qui crurent à en mourir à l’internationalisme prolétarien, quelle tragédie serait la leur aujourd’hui? (2)

 Le livre que j’écris, “le nazisme n’a pas été éradiqué” part de l’idée que nous sommes encore est toujours dans le contexte de ce qu’avait décrit lénine,  l’impérialisme (stade suprême du capitalisme)  et Rosa luxembourg en plein accord avec son analyse avait insisté sur le bellicisme inhérent à ce stade.  Nous y sommes encore et non seulement le nazisme n’a pas été éradiqué comme nous l’avions cru mais la phase de notre crise actuelle qui est comme le dit Rosa non seulement économique mais politique,  débute par ce moment sanglant qu’est la guerre de 14-18, l’union sacrée du parti du mouvement ouvrier et l’emprisonnement de Rosa et karl pour pacifisme puis la manière dont on livre l’allemagne aux forces conservatrices.

 l’assassinat dans la nuit du 15 au 16 janvier de karl et Rosa par les corps francs de la social démocratie qui vont fournir les troupes du nazisme, l’alliance avec la wermacht les barons de la Rhur, Hitler… Est donc plus que jamais d’actualité et comme le dit Brecht les tambours continuent à battre dans la nuit…

Ce que je vois avec desespoir c’est encore et toujours l’aveuglement social démocrate en particulier son accord avec le bellicisme impérialiste, des communistes encore plus affaiblis et la montée au sein de l’anti-impérialisme du fascisme, de la haine raciale et de l’extrême-droit, un leurre offert aux peuples désespérés.

Oui le nazisme n’a jamais été éradiqué et comme l’indique trés bien Fidel dans son texte récent “la paix ne tient qu’à un fil” le signe en a été Hiroshima, la poursuite de l’horreur… Parce que comme il le souligne alors qu’on aurait dû après la victoire sur l’Allemagne nazie tout le potentiel d’armement nucléaire, l’impérialisme l’a développé, a osé l’utiliser contre des peuples, des femmes, des vieillards et des enfants… Auschwitz avait trouvé un relais et ce qui a été utilisé hier le sera demain… La paix ne tient qu’à un fil…Et désormais la haine fasciste ressurgit…  L’Europe en crise est ce ventre immonde…

Voici un texte de Rosa tellement prémonitoire

: “Cependant, ce rapprochement international des partis ouvriers apparaît urgent, non seulement du point de vue du combat quotidien contre le militarisme, mais aussi au regard du but final poursuivi par le socialisme. Il devient de plus en plus vraisemblable que l’effondrement de l’ordre capitaliste ne sera pas le résultat d’une crise économique, mais d’une crise politique, d’une crise causée par la politique mondiale. La domination de l’ordre capitaliste durera peut-être encore longtemps. Mais tôt ou tard, l’heure sonnera et il est nécessaire que nous soyons prêts à assumer notre rôle au moment décisif, que le prolétariat de tous les pays se prépare à ce moment par une action internationale. Puisse ce congrès donner le mot d’ordre dans cette optique, puisse-t-il lancer au prolétariat international l’appel “Prolétaires de tous les pays, en attendant le combat décisif commun, unissez-vous pour le combat quotidien commun contre les forces militaristes, soutien de la politique mondiale”!”

Danielle Bleitrach

(1)En dehors de Berlin Alexanderplatz, toute l’oeuvre d’Alfred Döblin reste pratiquement à découvrir. Écrit en 1942 depuis un exil dont l’auteur ne peut espérer la fin tant le nazisme semble triompher, Karl et Rosa donne le dernier acte de l’évanouissement d’un espoir : que l’ordre ancien disparaisse avec la fin de la Grande Guerre. Personnages historiques et de fiction se croisent ici pour rendre le drame de l’écrasement de la révolution spartakiste, prélude funeste au siècle qui commençait.

(2) Si je n’ai pas le moindre doute sur la manière dont iRosa et karl réagiraient à la politique d’extrême-droite de l’Etat d’israël, je m’interroge en interrogeant mon propre coeur et mes propres engagements quand je lis ce commentaire d’un camarade - je partage- sur la poignée de main d’un Fidel Castro au dirigeant fasciste d’iran :

Ahmanidejad  représente tout ce que nous combattons: l’obscurantisme religieux, la repression des femmes, l’antisémitisme, le négationnisme, l’homophobie, le conservatisme social. Il est à mille lieues d’un Khadafi ou d’un Assad pourtant pas si faciles à soutenir. Les communistes et tous les progressistes Iraniens massacrés par les amis d’Ahmanidejad doivent apprécier le soutien des Cubains. Les photos de Fidel et d’Ugo aux cotés de ce réactonnaire sont révoltantes. Fidel parle des gardiens de la Révolution (quelle révolution ?) et des talibans comme s ‘il s’agissait de camarades. Cuba qui ne ménage pas ses efforts pour recueillir un maximum de sympathie internationle  (à juste titre) se diabolise à peu de frais.Nous avons de nouveaux amis. Voilà ce que déclaraient hier les nazis de Lyon: A l’arrivée, après qu’Alexandre Gabriac eut qualifié le maréchal Pétain de “plus grand mili­taire fran­çais”, Yvan Benedetti prend la parole, traite Israël de “verrue” qui “doit disparaître”. Et rend hommage au Hamas, au Hezbollah, et à Hugo Chavez, Fidel Castro et Mahmoud Ahmaninedaj.

Au camarade qui écrit cela je ne puis que répéter que personnellement je suis l’exemple de Rosa Luxembourg. Elle manifeste son refus de l’impérialisme et de son bellicisme au nom des peuples, c’est ce que j’ai choisi pour le peuple iranien. Elle n’est pas d’accord avec tous les choix de Lénine et le dit, elle insiste sur la démocratie mais dans le même temps elle est à ses côtés et celui de la Révolution russe. C’est ce que j’ai choisi y compris avec fidel Castro. Et comme, j’ai tendance à sentir les dérives potentielles trés vite je suis intervenue pour dénoncer les “soutiens dangereux” dès que j’ai vu Fidel Castro faire un triomphe à un illuminé fasciste du nom de daniel Estulin et en arriver à raconter n’importe quoi en le suivant sur le philosophe Adorno et les Beattles. Comme je regrette que des sites pourris comme le Réseau Voltaire ou mondialisation ca soient le lieu où les plumes officielles cubaines croient devoir s’étaler quitte à se retrouver piègé comme jean guy Allard aux côtés du gratin de l’extrême-droite et même de Robert ménard, voir en France Egalité et réconciliation de Soral place fidel Castro, Chavez, le che dans son panthéon. Mais le dernier texte de Fidel Castro sur la paix ne tient qu’à un fil est au contraire tout à fait pensé et mérite d’être analysé pour la manière dont il replace les faits d’une manière politique.

A la limite c’est une bonne chose que tout en éprouvant un trés grand respect pour Fidel Castro et n’importe quel dirigeant, les communistes dans un esprit constructif disent ce qu’ils ont à dire: le respect, la volonté constructive sont de mise mais l’infaillibilité à la Staline, non! Ce ne sont que courtisaneries…

 
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Publié par le janvier 16, 2012 dans Europe, femmes, guerre et paix, histoire

 

Les véritables scandales derrière le tamtam autour des agences de notation

Disons tout de suite que le mépris éprouvé devant l’irresponsabilité des politiciens ne peut que croître, haro sur l’agence de notation S&P pour mieux poursuivre dans ce qui est dénoncé dans la dégradation, les politiques d’austérité et un euro qui unit des monnaies témoignent de disparités économiques de production, l’europe et la zone euro ayant favorisé ces disparités et les inégalités du commerce extérieur. L’ensemble étant un véritable appel à spéculation pour les marchés.

Au lieu de traiter de l’ensemble des problèmes tout le monde s’est ingénié à dénoncer le thermomètre. Entre ceux qui manifestent devant l’agence de notation, François Hollande en Guyane qui en fait autant pour mieux expliquer qu’il ne faut pas attendre de lui autre chose que de l’austérité et qui se contente de dénoncer le fait que Sarkozy se serait mis entre les mains des agences de notation. Quant à ce dernier qui ne manque pas de culot après nous l’avoir joué le 23 octobre : si je perds le triple A je suis mort, il déclare que ça n’a aucune importance et il nous fait aussi le coup du mépris du thermomètre.

Mais le thermomètre en question est simplement celui qui indique aux marchés les conditions de leurs prêts et de leur spéculation. Le véritable scandale est là dans ce qui dans l’euro est un appel à la spéculation. Les speculateurs chassent en meute et se jettent sur le bêtes malades, celle qui justement ont trouvé dans l’euro les conditions de la dégradation de leur économie, leur désindustrialisation. le cas de la Grèce qui désormais importe sa feta est le plus évident. Ce n’est pas parce que les Grecs ont trop bien vécu mais parce que la Grèce s’est désindustrialisée, parce qu’elle a continué à acheter de l’armement pour se protéger du voisin turc, pourtant comme elle dans l’OTAN, parce que ses élites financières n’ont pas payé d’impôt que la Grèce a été le premier animal sur lequel la spéculation s’est jetée, sur laquelle on a appliqué une politique d’austérité digne de celles infligées depuis des années aux peuples du Tiers Monde avec les mêmes résultats.

Enfin, chacun paraît se réjouir du fait que malgré la dégradation de la France de l’Autriche, des pays du Sud et du Fonds bricolé alors même que l’Allemagne a réfusé d’augmenter sa part de garantie, le Cac  et la plupart des bourses n’ont pas baissé hier mais c’est que la spéculation s’en donne à coeur joie, aujourd’hui elle achève la Grèce, demain ce sera peut- être la france, sans parler de l’Espagne où la droite ne cesse de serrer la vis sur le peuple ce qui se traduit logiquement par une récession que sanctionne l’agence de notation. C’est le destin qui est envisagé pour notre pays et aucun candidat à la présidentielle ne prend les mesures adéquates en particulier d’expliquer réellement ce à quoi nous allons faire face. Et melenchon ? Allons donc tout est dit quand on sait qu’il veut conserver depuis toujours l’Europe et la zone euro et qu’il nous fait manifester devant les agences de notation comme les autres. mais passons je me suis juré de ne pas faire campagne contre lui la déception viendra bien asez tôt.

Revenons donc à la spéculation, il existe désormais un système de fond qui jusqu’ici a beaucoup agi en Afrique et dans d’autres pays du Tiers Monde qui sont les fonds vautours et dont la grande spécialité est de se jeter sur les proies que le FMI avait saigné. Désormais ils agissent en Europe et ils sont en train de déchiqueter à pleine dents la malheureuse grèce.

Quand les “hedge funds” jouent contre le sauvetage de la Grèce

   
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L’accord sur la Grèce au sommet du 27 octobre ne pouvait aboutir que si les créanciers privés jouaient le jeu. Or, voilà que des petits “hedge funds” opportunistes, et quelques gros investisseurs américains, se sont engouffrés dans le désordre ambiant pour mettre en œuvre une habile stratégie.

« Quand les titres s’échangeaient à 40 % de leur valeur, ils ont acheté des titres à échéances très courtes, remboursables en 2012, explique Olivier Kintgen, associé du fonds de fonds Eraam. Dans le même temps, ils se sont couverts en achetant des assurances contre le risque de défaut, des CDS sur les titres souverains grecs. » S’ils sont ainsi devenus des créanciers privés de la Grèce, cela ne signifie pas pour autant qu’ils entendent apporter leurs titres à l’échange comme le prévoit l’accord. Car ils font le pari suivant : soit la Grèce obtient des liquidités lors de l’échange avec les créanciers privés, sur la base de l’accord qui permettra d’éviter le défaut, et elle sera en mesure de rembourser au pair toutes ses obligations à échéance 2012. Auquel cas, sans apporter leurs titres à l’échange, les hedge doubleraient leur mise, en un temps très court. C’est pour eux la meilleure option. Si l’accord ne se conclut pas avec les banques, ou se fait avec une décote telle – de plus de 50 % – que le défaut sera constaté par l’Isda, alors les fonds spéculatifs exerceront les CDS, et en principe toucheront l’assurance. Dans ce cas aussi, ils seront gagnants, même s’ils perdent sur les titres. Scandaleux ? Il n’y a rien là que de très légal à tout cela. Immoral ? Peut-être, car ils ne sont devenus créanciers de la Grèce que pour profiter d’une situation de détresse. La situation grecque se distingue d’ailleurs de celle de l’Irlande, où, faute d’avoir pu se couvrir, certains hedge funds avaient fait de très grosses pertes. Pour autant, ce n’est pas une opération totalement sans risque. Primo, l’exercice des CDS sur des souverains en Europe constitue une première. Comment cela se passera-t-il ? Secundo, cela ne « marchera » que s’il n’y a pas de décalage de trésorerie. Pour les hedge, il faut soit que les banques apportent très vite leurs titres à l’échange, soit que le défaut soit effectivement constaté. Si l’entre-deux durait trop, l’issue pourrait être moins riante.
 
Voilà, le vrai problème est bien là, et c’est pourquoi tout le monde ne voit de solution désormais que par le rachat massif des obligations émis par la Grèce et d’autres pays par la banque centrale , pour empêcher ce jeu opportuniste de la spéculation mais il faut bien mesurer que ce faisant nous écopons dans le naufrage mais que la voie d’eau demeure et celle-ci tient non pas aux agences de notation mais bien à ce qu’est la zone euro, aux politiques de désindustrailisation (et aussi de destruction de l’éducation et de la recherche) poursuivie depuis des années dans un tel contexte comme la latitude laissée aux banques de ne pas prêter aux entreprises et aux particuliers et de ces fait contribuer à la récession malgré les sommes dont elles ont bénéficié et qui exige une nationalisation immédiate de tout le secteur financier, une contrôle citoyen sans lequel cette nationalisation ne servirait qu’aux mêmes tout en aggravant la spéculation en particulier venue des Etats-unis.

En ce qui concerne les agences de notation, il faut bien comprendre que ce qui est en cause sont les critères sur lesquels elles attribuent leurs notes et tant qu’il n’y aura pas une maîtrise du secteur financier capable  de faire rentrer en compte des critères comme une politique de l’emploi, de la formation et de la santé des êtres humains, du respect de l’environnement, ce qui sera privilégié seront les entreprises qui licencient, celles qui polluent, font travailler des enfants. Tant que ne seront pas privilégies en matière de politique des Etats les mêmes choix sur le long terme, l’intérêt public, la transparence, la lutte contre la corruption, la limitation des dépenses d’armement, etc.. les marchés et leurs investisseurs seront ces prédateurs. Ce qui est intéressant dans la notation de S&P a été justement la prise en compte ou la tentative de prise en compte des effets de politiques. C’est là dessus que nous devons agir d’un point de vue citoyen et cela passe par la conquête de la capacité des institutions politiques à maîtriser et orienter les marchés sur des critères complètement différents.

Dans le fond c’est ce que la Chine  ne cesse de reprocher aux occidentaux, leur incapacité à tenir leur système financier et nous en sommes sur ce chemin à un point tel que c’est l’économie mondiale y compris celle de la Chine qui est désormais menacée à un niveau bien supérieur à la crise des années trente. La zone euro étant le maillon faible du système parce que sa soumission au néolibéralisme a été la plus intégrale.

Allons nous laisser l’extrême-droite qui sur le fond  ne propose rien de plus crédible mais en profite pour développer ses fantasmes et inviter à toutes les haines, être la seule force en train de dénoncer ce carcan et proposer non pas des mesures à court terme comme le rachat par la BCE des obligations mais bien un débat citoyen sans démagogie mais en désignant les véritables responsables et les réformes nécessaires ?

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le janvier 17, 2012 dans Economie, Europe

 

La Chine et la crise de l’Euro par Danielle Bleitrach

La Chine et la crise de l’Euro par Danielle Bleitrach

Les dirigeants chinois sont inquiets, la croissance chinoise jusqu’ici épargnée est en train d’être freinée. la croissance du PIB chinois au dernier trimestre 2011 serait inférieure à 9%, c’est la première fois depuis deux ans et demi soit au même niveau qu’en 2009, année où la Chine avait été frappée du ralentissement économique dûe à la crise financière mondiale. En 2011, le gouvernement chinois avait resserré ses politiques monétaires pour limiter l’inflation mais il avait dû face à la crise venue d’Europe et en particulier la diminution de l’exportation chinoise réajuster sa politique monétaire face à la baisse de la demande extérieure et au refroidissement de la production industrielle.

La situation est en effet trés préoccupante dans ce secteur industriel. le ministère chinois des ressources humaines et de la Sécurité Sociale a déclaré hier lundi 16 janvier que le gouvernement avait dû envoyer des inspecteurs dans 15 provinces (dont le Gunandong, le yunnan et le Hunan) à la suite de mouvements sociaux et ont visité 162500 sociétés. Ils ont découvert que les travailleurs migrants de 14.000 entreprises n’avaient pas été payés et que la valeur des salaires impayés avait atteint 1,91 milliars de yuans( 303,17 millions de dollars).Le ministère a exposé son action auprès de ces société pour que les salaires soient payés. Mais ce qui n’est pas dit est le nombre de sociétés qui ont fermé et donc face auxquelles les travailleurs migrants n’ont pas de recours. la situation est d’autant plus préoccupante que le mois de janvier est celui où tranditionnellement toute la Chine se met en mouvement parce que les travailleurs migrants retournent chez eux pour fêter le Nouvel an en famille.

On comprend dans un tel contexte la Chine soit trés préoccupée par la crise de la zone euro qui est la zone la plus riche de la planète, celle où traditionnellement la Chine et d’autres pays émergeants peuvent trouver des débouchés pour leurs exportations. La Chine a donc décidé d’investir en Europe mais elle souhaite le faire en privilégiant les investissements “viables et solides”, ce qui est la politique suivie pour l’Afrique.

La Chine dénonce le défaut de “gouvernance” européen et investit dans le concret

La réaction de la Chine à la dégradation des notes de la France et de huit autres pays de la zone euro est assez mesurée parce que cette dégradation était prévisible et ne fait que refléter la nervosité des marchés convaincus que les mesures d’austérité et la discipline budgétaire non seulement ne sont pas suffisantes pour combattre la crise mais risquent de s’avérer  nocives, le remède étant pire que le mal. Les Chinois pensent que la nervosité hormis le cas de la Grèce porte moins sur l’économie réelle des pays que sur le gouvernement catastrophique de la zone.

 
Chen xin, Directeur du Bureau d’economie de l’Institut d’Etudes Européenne de l’Académie chinoise des sciences sociales a déclaré: “Plus que de la situation fiscale réelle, la crise de la zone euro est le résultat d’un manque de confiance du marché envers la structure de gouvernement du bloc” et pour bien montrer qu’il s’agit de politique et non d’économie, il souligne le fait que les obligations espagnoles et italiennes ont été bien vendues malgré un taux de rendement plus faible.

Donc la Chine en investissant en Europe à peine un peu plus qu’elle ne le fait déjà  de sa colossale réserve de dollars (3.180 milliards US) pourrait aider au retour de la confiance des marchés et au-delà un retour des exportations chinoises. Mais il y a deux limites à ce choix optimiste: premièrement elle n’investira pas dans les dettes souveraines tant que la situation politique de l’euro sera ce qu’elle est à savoir la gabegie et l’inefficacité, un terrain offert à toutes les spéculations.

S’agit-il du fait que les pays de la zone euro restent “le cul entre deux chaises” et n’opérent pas un choix de “gouvernance” comme le dit jacques sapir : ou on dissout la zone euro et on en revient à une gestion nationale ou on transforme totalement la zone euro vers un gouvernement fédéral (étant bien entendu et c’est moi qui rajoute cette remarque que cela revient à accepter le leadersheap allemand sur toute la zone). La Chine ne répond pas directement à cette question mais différentes interventions prouvent que cela va bien au-delà du choix du gouvernement fédéral et donc du sauvetage de la zone euro qui néanmoins semble officiellement avoir leur préférence.

En effet ce qui apparaît en filigrane dans les analyses chinoises est une réponse à court terme qui donnerait le temps à ce pays de poursuivre dans sa voie de ré-orientatier du marché intérieur et  de la relation privilégiée avec l’Asie (le Japon en particulier) et  des pays émergents. En effet seuls les Etats-Unis et l’Europe constituent un marché susceptible d’absorber la production chinoise. Les empêcher de s’effondrer est un choix immédiat mais la Chine ne cesse de réclamer des réformes de structure de la part de l’occident. Tout le monde est bien conscient qu’en ce qui concerne la zone euro aucun des deux choix (osrtir de l’euro ou aller vers une gouvernance fédérale) ne résoudra le problème tant que l’on change pas en profondeur la relation qui existe entre “la gouvernance”, la maîtrise des marchés et le développement de l’économie réelle parce que c’est là que se situe en fait le problème. Un passage vers un gouvernement fédéral sous hégémonie allemande ne peut que renforcer les déséquilibres et la crise.

Mais pour revenir à la Chine, elle va agir comme elle agit en Afrique, elle va investir dans des actifs concrets en commençant par un pays loin des turbulences de l’Euro. Lou Jiwei, Directeur de la China Investissement corporation (CIC), le plus important fond souverain chinois, avait déclaré dans un article publié par le fiancial Times (novembre 2011) que la Chine voulait s’impliquer dans la stumilation des investissements dans les infrastructures en Occident, à commencer par le Royaume uni. Selon le principe du gagnant-gagnant déjà appliqué avec d’heureux résultats en Afrique et en Asie. La Chine a également investi dans EDP (une entreprise d’énergie) au Portugal ce qui lui a ouvert le marché au Brésil.

On peut craindre les avancées chinoises, ce serait totalement imbéciles vu que pour le moment ce n’est vraiment pas de ce pays que vient le danger et qu’il joue beaucoup plus l’équilibre à partir des inquiétudes de son propre développement et de la manière dont les crises occidentales risquent de déboucher sur des violences sociales et des problèmes à l’échelle de son milliard trois cent mille êtres humains. La Chine au contraire doit nous ider à comprendre que nous sommes entrés dans une nouvelle période historique où nous n’avons plus ni les moyens militaires, ni les moyens financiers d’imposer nos seuls intérêts sauf à décider la politique du pire pour l’humanité.

La Chine ne saurait être un modèle mais elle nous invite à nous interroger sur une nouvelle mixité et sur la manière dont nous pouvons tenter de contrôler en fonction des besoins de l’humanité l’apprenti sorcier que l’impérialisme occidental a été jusqu’ici. La Chine nous invite peut-être à considérer qu’il faut innover d’urgence.

Danielle bleitrach

 
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Publié par le janvier 17, 2012 dans Asie, Economie, Europe

 

Je ne peux pas continuer à accepter la confusion avec l’extrême-droite par Danielle Bleitrach

Ce qui s’est passé à Lyon,  la manifestation de nazillons autour de Lyon III et de ses thèses négationnistes m’écoeurerat déjà mais j’atteins le seuil de tolérance au vu des fréquentations immondes de l’anti-impérialisme et de ces disciples d’Hitler quand je vois la transformation de Fidel Castro et de Hugo Chavez en héros de l’antisémitisme. C’est un amalgame indigne. certes et c’est une profonde souffrance de voir ceux qui ont lié leur vie à l’humanisme, à la défense des opprimés ainsi exploités, déshonorés, salis par de tels hommages, je pense en particulier à Fidel Castro à cette immense stature saluée par tous y compris ses ennemis comme une des grandes figures de l’Histoire de l’humanité.

C’est une honte en particulier pour les communistes que de voir cette grande  figure prise, malgré elle, en otage par l’extrême-droite mais rien n’a été fait pour  dénoncer ce genre de chose, au contraire et c’est ça qui doit changer. Parce que si l’on continue à tolérer une situation qui n’a plus rien d’anecdotique c’est toute la lutte des communistes et des gens de progrès qui va être marquée comme on a déjà tenté de le faire en Europe en créant un signe d’égalité entre communisme et fascisme pour mieux interdire le premier et mettre en réserve le second. Tant qu’il n’y aura pas une prise de conscience des dangers de cette confusion, je ne puis continuer à la cautionner ou plutôt à être seule à la dénoncer.

  Hugo Chavez et Fidel Castro reçoivent triomphalement ce fasciste tortionnaire, homophobe, anti-femme et conservateur bigot qu’est Ahmadinejad et bien je n’en suis pas heureuse mais je peux le comprendre en particulier dans la manière dont l’exprime Fidel Castro dans ses dernières réflexions “la paix ne tient qu’à un fil”. Il s’agit d’ un texte politique parfaitement juste sur le fond et dans lequel on  retrouve l’humanisme de Fidel Castro. Oui la paix ne tient qu’à un fil et nous devons tout faire pour empêcher des interventions en Iran et en Syrie. Interventions dont chacun mesure bien qu’il ne s’agit pas de libérer les peuples mais d’accroître leur malheur pour renforcer la domination impérialiste sur le Moyen orient. L’exemple de l’irak, de l’Afghanistan et de la Libye sont là pour le prouver. j’ajouterai que sur la question nucléaire l’Iran a parfaitement raison et toute intervention serait une régression du droit international et de la souveraineté des peuples. je n’ai rien à dire sur la nécessaire rencontre  des dirigeants cubains avec le dirigeant d’un pays injustement menacé par l’impérialisme. Déjà l’attitude de Chavez est plus contestable comme l’a été le caractère excessivement enthousiaste de son soutien à Khadafi.  Pour autant ce soutien sans mesure, probablement lié à des amitiés nouées dans des combats communs au sein de l’OPEP, ne fait d’aucun des dirigeants d’Amérique latine des individus du même tonneau que le président iranien. le fondamental demeure l’attitude à l’égard des peuples, les choix progressistes en matière économique, politique et sociale autant que de moeurs.

Pourtant c’est cet amalgame là qu’amiis et ennemis de Fidel castro et Chavez s’emploient à créer. L’ennemi passe encore c’est indigne mais dans l’ordre des choses et il faut sans cesse rectifier la désinformation. Mais il y a les faux amis qui en organisant la confusion rendent cette propagande majoritaire crédible. Désormais sur certains sites la défense de l’Amérique latine, de Cuba, est complétement vérolé par des complotistes, négationnistes, amateurs de force brutale et hantés par le goût des uniformes virils, toujours racistes, bref des fascistes, souvent financés par le dirigeant iranien sous couvert d’”antisionisme”. En fait d’antisionisme il s’agit purement et simplement d’antisémitisme obsessionnel comme le prouve l’acharnement à nier l’extermination des juifs (et par la même occasion celle des tziganes et des communistes, thèmes trés populaires en Hongrie et dans d’autres pays européens). L’acharnement à faire des chambres à gaz un détail de l’histoire et à promouvoir les figures hitlériennes. Ahmadinejad finance toute cette racaille à commencer par Dieudonné qui prépare un film “populaire” sur l’holocauste, intutulé “l’antisémite” et il suffit d’écouter la vidéo que j’ai sur mon site où il explique à la télévision iranienne que “les sionistes ont tué le christ” pour comprendre de quoi et de qui il s’agit. Quand il a présenté ses listes aux Européennes, Dieudonné était flanqué de Marie Poumier coiffée d’une casquette aux couleurs du Venezuela et parmi ses soutiens les dit Dieudonné avait Thierry meyssan et Alain Soral. On retrouve les mêmes en voyage en Syrie avec Chatillon un ancien du GUD et toujours proche de Marine le pen.  Thierry Meyssan, le réseau Voltaire, tout un groupe conspirationniste qui se donne comme objectif l’union entre l’extrême-droite et la gauche. sans parler des pétitions ou sous couvert de lutte  contre la censure on piège une plume officielle cubaine et on le fait signer aux côtés d’un Robert Ménard rallié à l’extrême-droite et de toute la racaille négationniste. Comment Jean Guy Allard se méfierait-il il a tellement pris l’habitude que ses écrits soient repris sur tous les sites conspirationnistes de l’extrême-droite. Il est vrai que je ne connais qu’un blog exempt de ce genre de confusion et centré sur Cuba qui échappe à ce magma, il s’agit de Changement de société que j’ai créé et qui est gêré désormais par marc harpon.Il est vrai que je ne les connais pas tous.

Personnellement je les reconnais immédiatement au fait que quelque soit le sujet on retrouve l’obsessionnelle référence à Rothschild et parfois à un terme sioniste mis seulement pour juif. Le complot vire vite à l’irrationnel. Le banquier surgit pour mieux masquer la complexité de la financiarisation des monopoles, le “sionisme” ne se contente pas de dénoncer la politique d’extrême-droite d’Israël mais crée un complot juif qui gouvernerait les Etats-Unis pour mieux masquer le stade concurrentiel et donc porteur de guerre de l’impérialisme à son stade monopoliste, les noms juifs sont soulignés pour mieux préserver la complicité et les alliances contre les peuples, ça a déjà été le propre du simulacre de Révolution national socialiste en son temps et quand le vocabulaire est bien entré dans les moeurs on passe au négationnisme et on assiste en rafale à la dénonciation du fait que l’on ne pourrait pas remettre en cause l’extermination des juifs ce qui est le but ultime de la manoeuvre des néonazis qui instrumentalisent les luttes anti-impérialistes au seul profit du fascisme, jouant à la fois sur l’antisémitisme et l’anti-islamisme au gré des publics et se faisant une spécialité d’aller partout, sur tous les forums et sur tous les sites pour faire avancer leur idéologie mortifère. la grande nouveauté est l’accueil qu’ils reçoivent à gauche et chez les communistes.

Cette racaille a réussi son coup d’une manière inespérée, il n’y a pas désormais un combat anti-impérialiste, pas un site qui ne soit vérolé, je dirais presque indépendamment des webmasters que je connais parfois et qui n’ont pêché que par naiveté, mais qui aujourd’hui sont confrontés à un choix fondamental, ou ils continuent à offrir des tribunes au négationnisme, à l’extrême-droite que ce soit sur le plan économique (avec la fameuse loi de 1973 dite Giscard-Pompidou-Rothschild et plus généralement l’obsession des “banquiers”), sur le plan de la politique étrangère et de la paix (où le refus des interventions de l’OTAN devient l’apologie des dictateurs et la négation du droit des peuples à se rebeller) et plus généralement la transformation de la complexité historique en une cause unique, le complot d’une secte dans lequel on retrouve le moule du protocole des Sages de Sion et la dénonciation pêle-mêle (les illuminati) de la franc maçonnerie, des juifs et des lumières. Cela n’est parfois pas dt aussi clairement  mais derrière les institutions dénoncées par Estulin il est aisé de retrouver l’obscurantisme complotiste cher à l’extrême-droite. Ce qui est nié c’est l’analyse marxiste, celle chère à Lénine, à Rosa Luxembourg et à tant d’autres intellectuels, nous sommes dans l’imbécilité nazie.

J’ai tenté d’alerter les communistes, les progressistes d’Amérique latine, ce fut en vain, ils ont continué à entretenir des liaisons dangereuses, à promouvoir de grands intellectuels français, de nouveaux Sartre à peine connus de leur concierge et qui étaient trop contents en France d’avoir le soutien de ces sites nauséabonds. Un petit milieu débile culturellement et politiquement s’est constitué autour de cette nocive promotion et il a rapidement été étroitement  été lié à toute une racaille publiant leurs textes souvent d’autant plus irréprochables qu’ils étaient la simple plume des Cubains mais qui servaient alors de faire valoir de gauche à tout un environnement d’extrême-droite. C’est une tactique qui fait songer à la “titrisation” qui consiste à publier systématiquement des textes irreprochables sur le plan politique ou des gens connus comme communistes antifascistes pour mieux faire passer la propagande d’extrême-droite (ainsi la TV oumma assez ignoble publie un interview rare de René Vauthier contre le colonialisme), on cherche partout et toujours à décrocher des “idiots utiles” sans parler du juif de service.  Il y a eu une politique systématique d’infiltration et la manière dont on était publié, flatté alors même que l’on subissait l’ostracisme de la presse officielle en a convaincu plus d’un de devenir le relais de ces thèses immondes quitte à deshonorer les causes qu’ils prétendaient défendre.

J’ai longtemps lutté à ma manière, simplement en refusant ces cohabitations dangereuses, en tentant de dénoncer à qui de droit ce qui se mettait en place et qui desservait la paix, les tentatives progressistes en Amérique latine, Cuba et la palestine, toutes causes que j’ai tenté dans une solitude grandissante de défendre.

Ce qui s’est passé à Lyon et qui sera tu une fois de plus jusqu’à ce que l’on aille plus loin encore plus loin dans le campagnonnage avec l’extrême-droite me convainct que mon combat est inutile et qu’il serait non seulement totalement inefficace de le poursuivre mais encore plus déshonorant parce que je ne veux pas que l’on puisse me reprocher un jour d’avoir cautionné en quoique ce soit la montée de l’extrême-droite en France et en Europe.

J’attends une prise de conscience indispensable à tous les niveaux.et dans l’attente je suspendrai toutes les analyses politiques de ce site parce que toutes les causes dans lequelles je pourrais m’engager ont un besoin urgent de dénoncer les liaisons dangereuses qui ne peuvent que servir l’adversaire, mieux c’est déjà l’adversaire qu’elles servent puisqu’on sait bien que face à une crise immaîtrisable et aux mécontentement des peuples, le recours au fascisme est la solution du Capital.

Danielle Bleitrach

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Les nationalistes à Saint-Jean semblent hésiter entre milice…
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et croisés…
 
 

article du journal Libération d’aujourd’hui

Lyon “terreau très riche” pour l’extrême-droite?

EXTREME-DROITE - Quelque 200 militants des Jeunesses nationalistes, groupuscule d’extrême-droite, ont manifesté samedi dans les rues de Lyon. Leurs cibles : les immigrés, l’islam, “une certaine communauté juive”, Israël, les Etats-Unis et accessoirement les franc-maçons et les homosexuels.

C’était la première manifestation “nationale” de ce mouvement, depuis sa création, en octobre à Lyon. Bilan : 200 personnes environ venues essentiellement de Lyon et sa périphérie, ont défilé samedi dans une ville sous très haute surveillance policière. “Lyon est un terreau très riche pour nos idées”, expliquait Yvan Benedetti, conseiller municipal de Vénissieux, exclu du Front national pour s’être notamment déclaré “antisioniste, antisémite, anti-juif”.Tous les ponts sur la Saône avaient été fermés pour éviter des heurts entre les militants d’extrême-droite, et les antifascistes qui organisaient une contre-manifestation.Rive droite donc, les Jeunesses nationalistes emmenées par Yvan Benedetti et Alexandre Gabriac, conseiller régional Rhône-Alpes, objet de la même sanction, après la diffusion d’une photo le montrant en train de faire le salut nazi.Avant le départ de la manifestation, Yvan Benedetti déclare que lui, Alexandre Gabriac, et les autres exclus, ont été “sacrifiés sur l’autel de la dédiabolisation du FN”, à qui il reproche d’avoir “pour compagnons de route, dans sa lutte contre l’islam, la franc-maçonnerie, une certaine communauté juive, et une minorité homosexuelle”.Le mot d’ordre de la manifestation : saluer la mémoire des soldats français morts en Afghanisan “pour défendre les intérêts israélo-américains”. “Il y a une disproportion entre le silence autour de nos soldats, et les campagnes médiatiques dès qu’un jeune voyou se tue en banlieue”, affirme Yvan Benedetti.Derrière une banderole “Afghanistan, honneur à ceux qui ont été tués et honte à ceux qui les ont fait tomber”, les militants vêtus de noir, portant des croix blanches, scandent “Ni droite, ni gauche, nationalistes” ou “Bleu blanc rouge, la France aux Français”.A l’arrivée, après qu’Alexandre Gabriac eut qualifié le maréchal Pétain de “plus grand mili­taire fran­çais”, Yvan Benedetti prend la parole, traite Israël de “verrue” qui “doit disparaître”. Et rend hommage au Hamas, au Hezbollah, et à Hugo Chavez, Fidel Castro et Mahmoud Ahmaninedaj.(1)Dans le même temps, rive gauche de la Saône, entre 650 et 1200 manifestants, selon la police ou les organisateurs, rassemblés au sein du collectif Vigilance 69 (PS, NPA, Front de gauche, anarchistes de la CNT, SOS Racisme ou la CGT) ont manifesté. Scandant notamment “pas de fascistes dans nos quartiers” ou “Liberté, égalité, fraternité, les fachos à Lyon c’est non”  Catherine Coroller (avec AFP)(1) Yvan Benedetti est un conseiller municipal d’opposition dans une ville communiste de Venissieux qui traditionnellement organise des débats autour de la défense de Cuba. Il y a pas mal de communistes iraniens dans cette ville qui dénoncent les tortures de Ahmanindaj. Ce dernier étant par ailleurs le principal financier de ces réseaux d’exttrême droite en Europe et singulièrement en France sous prétexte d’antisionisme.
 
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Publié par le janvier 17, 2012 dans extrême-droite, guerre et paix

 

Le capitalisme et le fascisme au XXI e siècle par William I.Robinson

Le 31 mai 2011 par William I. Robinson L’auteur professeur d’Université aux Etats-Unis appartient à ce groupe d’intellectuels juifs aux Etats-Unis qui soutiennent la légitimité de la cause palestinienne, qui combattent la politique d’apartheid d’Israël,comme Judith Butler et d’autres, il s’affirme post-marxiste et rien que cette référence est umportante quand on connait un peu le mouvement intellectuel aix Etats-Unis, la manière dont il affirme ses liens avec la french theory des années soixante et dix.  Comme la plupart des gens de ce courant qui sont souvent juifs il a protesté activement contre l’opération de guerre Plomb Durci dans la bande de Gaza, en 2009, ce qui  valut à William I.Robinson d’être l’objet d’une investigation sur le campus de la part de deux organisations sionistes, malgré le soutien le plus large des étudiants y compris de la part d’autres juifs comme lui. Il faut bien voir qu’il y a désormais un grand nombre d’intellectuels ayant ce profil, ce qui rend l’opération des fascistes européens soutenu financièrement par l’Iran complétement non seulement criminelle mais absurde. On l’a déjà vu à propos de Sean Penn, ce qui domine chez la plupart de ces intellectuels est la conscience de la fascisation du système capitaliste et ils n’accepteraient certainement pas de soutenir si peu que ce soit cette fascisation qui s’étend en Europe et prétend opérer la jonction avec la gauche. Il faut bien mesurer que soit on considère que le capitalisme est “racial” comme le décrivait  les nazis soit on en voit la dimension de classe au stade impérialiste (avec ses dimensions nord-sud et pillage des nations et immigration), alors il faut bien comprendre que la fascisation trouve ses alliés dans les bourgeoisies des pays pillées et que la haine raciale sert plus que jamais à pervertir les enjeux. La manière dont en Europe, en France en particulier l’extrême-droite prétend s’approprier les combats anti-impérialistes fait donc partie du fascisme du XXI e siècle face auquel il n’existe malheureusement plus de mouvement ouvrier. (note de danielle Bleitrach)

Le capitalisme et le fascisme au XXI e siècle par William I.Robinson

 
La crise économique mondiale et l’attaque contre les droits des immigrés sont étroitement liés dans la toile d’un fascisme du XXIe siècle.
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Camps de rétention des étrangers
en Europe
La crise du capitalisme mondial est sans précédent, compte tenu de son ampleur, de sa portée planétaire, de l’étendue de la dégradation écologique et de la dégradation sociale, et de l’échelle des moyens de la violence. Nous sommes vraiment face à une crise de l’humanité. Les enjeux n’ont jamais été aussi élevés ; notre survie même est menacée. Nous sommes entrés dans une période de grands bouleversements et d’incertitudes, de changements considérables, tendue de dangers — si elle présente aussi des opportunités.

Je veux parler ici de la crise du capitalisme mondial et de la notion de réponse politique distincte de la crise, focalisant sur la réponse d’extrême-droite et le danger de ce que j’appelle le fascisme du 21e siècle, en particulier aux États-Unis.

Être face à la crise appelle une analyse du système capitaliste, qui a subi une restructuration et une transformation dans les dernières décennies. Le moment actuel comporte une phase qualitativement nouvelle, transnationale ou globale, du capitalisme mondial, qui remonte aux années 1970 et se caractérise par l’augmentation du capital réellement transnational, avec une « classe capitaliste transnationale » ou CCT (TCC)] Le capital transnational a été capable au-delà de l’époque précédente de se libérer des contraintes de l’État-nation sur l’accumulation, et avec cela, de changer brusquement en sa faveur la corrélation de classe et des forces sociales du monde entier — et de couper la force de la résistance populaire et des mouvements ouvriers dans le monde entier, après la rébellion mondiale des années 1960 et 1970.

Le capital transnational émergent a subi une expansion majeure dans les années 1980 et les années 1990, impliquant l’hyper-accumulation à travers de nouvelles technologies comme les ordinateurs et l’informatique, grâce à des politiques néo-libérales et de nouvelles modalités de mobilisation et d’exploitation de la main-d’œuvre mondiale — inclus une tournée nouvelle d’accumulation primitive massive, déracinant et déplaçant des centaines de millions de personnes, particulièrement dans les campagnes du tiers-monde, devenues des migrants internes et transnationaux.

Nous sommes confrontés à un système qui maintenant est beaucoup plus intégré, et a des groupes dominants qui ont accumulé une somme extraordinaire de pouvoir transnational ainsi que le contrôle des ressources et des institutions mondiales.

L’accumulation militarisée, la spéculation financière
— et la mise à sac des budgets publics

À la fin des années 1990, le système est entré dans une crise chronique. La polarisation sociale aigüe et l’inégalité croissante ont contribué à générer une profonde crise de sur-accumulation. L’extrême concentration des richesses de la planète dans les mains de quelques-uns, avec l’appauvrissement accéléré et la dépossession de la majorité, ont même contraint les participants à la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, en 2011, à reconnaître que l’écart entre les riches et les pauvres dans le monde entier était « le défi le plus grave du monde » et en train de « soulever le spectre de l’instabilité et des guerres civiles à travers le monde. »

Les inégalités mondiales et l’appauvrissement de larges majorités signifient que les capitaux transnationaux ne peuvent pas trouver de débouchés productifs pour décharger les énormes quantités de surplus accumulés. Au 21e siècle, la CCT a recouru à plusieurs mécanismes pour soutenir l’accumulation globale, ou la fabrication de bénéfices, face à la crise.

Un premier mécanisme est l’accumulation militarisée ; mener des guerres et des interventions qui déclenchent des cycles de destruction et de reconstruction et de génération d’énormes bénéfices pour un complexe carcéro-militaro-industriel-sécuritaro-financier en constante expansion. Nous vivons maintenant dans une économie de guerre mondiale qui va bien au-delà des « guerres chaudes » en Irak ou en Afghanistan.

Par exemple, la guerre aux immigrants aux États-Unis et ailleurs, et plus généralement, la répression de mouvements sociaux et des populations vulnérables, sont une stratégie d’accumulation indépendante de n’importe quels objectifs politiques. Cette guerre aux immigrants est extrêmement rentable pour des sociétés transnationales. Aux États-Unis, le secteur privé carcéro-industriel pour les immigrants est un secteur en plein boom. Les immigrés sans-papiers constituent la plus forte croissance de la population carcérale des États-Unis, ils sont détenus dans des centres de rétention privés et déportés par des sociétés privées attribuées par l’État américain.

Il n’est pas surprenant que William Andrews, le président directeur général de la société Corrections Corporation of America, ou CCA — le plus grand entrepreneur du secteur privé des États-Unis pour les centres de rétention pour immigrants, — ait déclaré en 2008 : « La demande pour nos installations et services pourrait être touchée par la relaxe des efforts d’application (…) ou par la dé-criminalisation [des immigrés]. » Il n’est pas surprenant que la CCA et d’autres sociétés aient financé la vague de la législation anti-immigration néo-fasciste en Arizona et dans d’autres États américains.

Un second mécanisme est le pillage et le saccage des budgets publics. Le capital transnational utilise son pouvoir financier pour prendre le contrôle des finances publiques et en outre imposer l’austérité sur la plupart du travail, ce qui résulte en inégalité sociale et en sujétion jamais aussi grandes auparavant. La CCT a utilisé son pouvoir structurel pour accélérer le démantèlement de ce qui reste du salaire social et des États-providence.

Et un troisième est la spéculation financière mondiale frénétique — la rotation de l’économie mondiale dans un casino géant. La CCT a déchargé des milliards de dollars dans la spéculation du marché du logement, de l’alimentation, de l’énergie et d’autres marchés mondiaux des matières premières, dans les marchés obligataires à travers le monde (c’est-à-dire les budgets publics et les finances de l’État), et dans tous les « dérivés » imaginables, allant de la couverture des fonds de placements à risque, aux marchés à terme, aux obligations de dettes collatérales, à des actifs pyramidaux, et autres chaînes de Ponzi . L’effondrement du système financier mondial en 2008 fut simplement la goutte qui fit déborder le vase.

Il ne s’agit pas d’une crise cyclique — une crise de restructuration, comme nous avons eu dans les années 1970, et avant cela, dans les années 1930 — mais structurelle, qui a le potentiel de devenir une crise systémique, selon la façon dont les acteurs sociaux répondent à la crise et selon l’arrivée d’éventualités inconnues. Une crise de restructuration signifie que la sortie de crise est la seule façon de restructurer le système, alors qu’une crise systémique est celle dans laquelle seul un changement dans le système lui-même peut résoudre la crise. Les temps de crise sont des temps de changement sociaux rapide, où l’agencement et la contingence collectifs jouent davantage que dans les temps d’équilibre du système.

Les réponses à la crise et la république de Weimar d’Obama aux États-Unis

Dans le face-à-face de la crise il semble y avoir des réponses distinctes entre les États et les forces sociales et politiques. Trois se distinguent : le réformisme global ; la résurgence des luttes populaires et de la gauche d’en bas ; l’extrême-droite et le fascisme du 21e siècle. Il semble y avoir, avant tout, une polarisation politique dans le monde entre la gauche et la droite, chacune d’elles étant des forces insurgées.

Une insurrection néo-fasciste peut tout à fait apparaître aux États-Unis. Cette insurrection pourrait être retracée depuis plusieurs décennies, à la mobilisation d’extrême-droite qui a commencé dans le sillage de la crise de l’hégémonie provoquée par les luttes de masse des années 1960 et 1970, en particulier les luttes de libération des noirs et des chicanos et d’autres mouvements militants de la population venue du tiers monde, des courants de la contre-culture, et les mouvements militants des luttes ouvrières.

Les forces néo-fascistes se sont réorganisées au cours des années du gouvernement de George W. Bush. Mais mon histoire ici commence avec l’élection d’Obama.

Le projet d’Obama au début procéda d’un effort des groupes dominants pour rétablir l’hégémonie dans le sillage de sa détérioration durant les années Bush (qui avait également impliqué l’émergence d’un mouvement de masse des droits des immigrés). L’élection d’Obama était un défi au système, au niveau culturel et idéologique, et ébranla les fondations des groupes raciaux/ethniques sur lesquels la République des États-Unis avait toujours reposé. Toutefois, le projet d’Obama ne fut jamais l’intention de contester l’ordre socio-économique, au contraire, il chercha à préserver et à renforcer cet ordre par la reconstitution de l’hégémonie, procédant à une révolution passive contre le mécontentement des masses et la diffusion de la résistance populaire qui avait commencé à s’infiltrer dans les dernières années de la présidence Bush.

Le socialiste italien Antonio Gramsci a développé le concept de révolution passive afin de référer aux efforts des groupes dominants pour provoquer d’en haut les changements doux capables de briser la mobilisation du dessous pour les transformations de plus grande portée. La co-option du leadership du dessous est une partie intégrante de la révolution passive, son intégration dans le projet dominant. Les forces dominantes en Égypte, en Tunisie et ailleurs au Moyen-Orient et en Amérique du Nord tentent de mener une telle révolution passive. En ce qui concerne le mouvement des droits des immigrants aux États-Unis — l’un des mouvements sociaux les plus dynamiques dans ce pays — l’animateur principal parmi les dirigeants de l’établissement latino a été introduit dans la confrérie du parti démocratique d’Obama — un cas classique de la révolution passive — tandis que la masse des immigrants de base souffre de la répression étatique intensifiée.

La campagne d’Obama en a profité pour contribuer à l’élargissement de la mobilisation de masse et des aspirations populaires pour le changement jamais vus depuis de nombreuses années aux États-Unis. Le projet d’Obama a assimilé la tempête du brassage d’en bas, canalisée dans la campagne électorale puis trahie dans ses aspirations, pendant que le Parti démocrate démobilisait efficacement l’insurrection d’en bas avec plus de révolution passive.

En ce sens, le projet d’Obama a affaibli la réponse populaire de la gauche d’en bas à la crise, ce qui a ouvert un espace pour la réponse de droite à la crise — pour un projet du fascisme du 21e siècle — à devenir insurgée. L’administration d’Obama ressemble ainsi à une république de Weimar. Bien que les sociaux-démocrates furent au pouvoir en Allemagne pendant les années 1920 et au début des années 1930, ils ne poursuivirent pas leur réponse de gauche à la crise, et plutôt que s’aligner sur les syndicats des communistes et des socialistes, ils se plièrent progressivement au capital et à la droite avant que le pouvoir ne se retourne pour les nazis en 1933.

Le fascisme du XXIe siècle aux États-Unis

Je n’utilise pas le terme « fascisme » à la légère. Il y a quelques caractéristiques principales d’un fascisme du 21e siècle que je vais identifier ici.

- 1. La fusion du capital transnational avec le pouvoir politique réactionnaire :
 Cette fusion fut développée pendant les années Bush et aurait probablement été approfondie dans le cas d’une Maison Blanche John McCain-Palin. Dans le même temps, des mouvements néo-fascistes tel Tea Party ou aussi bien les législations néo-fascistes, comme la loi anti-immigrant SB1070 en Arizona, furent largement financés par le capital d’entreprise. Trois secteurs du capital transnational se détachent particulièrement comme enclins à rechercher des arrangements politiques fascistes qui facilitent l’accumulation : la spéculation du capital financier, le complexe militaro-industriel-sécuritaire, ainsi que le secteur de l’énergie et l’extraction (en particulier le pétrole).
- 2. La militarisation et la masculinisation extrêmes :
 Comme l’accumulation militarisée a intensifié le budget du Pentagone, une augmentation de 91% en termes réels au cours des 12 dernières années, les hauts gradés militaires sont devenus de plus en plus politisés et impliqués dans l’élaboration des politiques. 
- 3. Un bouc émissaire pour servir à déplacer et à rediriger les tensions et les contradictions sociales :
 Dans ce cas, les immigrés et les musulmans en particulier. Le Southern Poverty Law Center a récemment déclaré que « trois volets de la droite radicale — des groupes haineux, des groupes extrémistes des droits natifs, et des organisations patriotes — sont passés de 1.753 groupes en 2009 à 2.145 en 2010, soit 22% de hausse qui succède une augmentation de 40% en 2008-9 ».

Un rapport du ministère de la Sécurité intérieure en 2010 fait observer que « les extrémistes de droite peuvent gagner de nouvelles recrues en jouant sur la peur à propos de plusieurs questions d’urgence. Le ralentissement économique et l’élection du premier président afro-américain se présentent comme des indicateurs spécialement adaptés à la radicalisation et au recrutement de l’aile droite. » Le rapport conclut : « Au cours des cinq dernières années, divers extrémistes de droite, inclus la suprématie blanche et les milices, ont adopté la question de l’immigration comme un appel à l’action, un point de ralliement, et un outil de recrutement. »
- 4. Une base sociale de masse :
 Dans ce cas, cette base sociale s’organise entre les secteurs de la classe ouvrière blanche, laquelle historiquement a connu le privilège de caste raciale tout en ayant expérimenté le déplacement et éprouvé une forte mobilité à la baisse depuis que le néo-libéralisme est advenu aux États-Unis — cependant la masse des travailleurs perdait la sécurité et la stabilité dont elle avait joui à l’époque précédente, fordo-keynésienne, du capitalisme national.
- 5. Une idéologie fanatique du millénaire comprenant une suprématie de la culture/race qui embrasse un passé idéalisé et mythique, et une mobilisation raciste contre des boucs émissaires :
 L’idéologie du fascisme du 21e siècle repose souvent sur l’irrationalité — la promesse d’assurer la sécurité et de rétablir la stabilité est émotionnelle, pas rationnelle. Le fascisme du 21e siècle est un projet qui n’a pas — et n’a pas besoin — de distinguer entre la vérité et le mensonge.
- 6. Un leadership charismatique :
 Jusqu’ici un tel leadership aux États-Unis a fait largement défaut, bien que des figures comme Sarah Palin et Glenn Beck apparaissent comme des archétypes.

Le circuit mortel accumulation-exploitation-exclusion

Une nouvelle dimension structurelle du capitalisme mondial du 21e siècle est l’expansion spectaculaire de la population mondiale superflue — la partie marginalisée et mise à la porte de la participation productive de l’économie capitaliste, et qui constitue l’un des tiers mondes de l’humanité. La nécessité d’assurer le contrôle social de cette masse de l’humanité vivant dans une planète de taudis donne une puissante impulsion aux projets néo-fascistes et facilite la transition de l’aide sociale à un contrôle social — autrement dit aux « États policiers ». Ce système devient de plus en plus violent.

D’un point de vue théorique — dans les conditions de la mondialisation capitaliste — les fonctions contradictoires de l’État de l’accumulation et de la légitimation ne peuvent pas exister ensemble. La crise économique intensifie le problème de la légitimation pour les groupes dominants de sorte que les crises de l’accumulation, comme celle que nous connaissons présentement, engendrent des conflits sociaux et apparaissent comme une spirale de crises politiques. En substance, la capacité de l’État de fonctionner comme un « facteur de cohésion » au sein de l’ordre social se décompose dans la mesure où la mondialisation capitaliste et la logique de l’accumulation ou la marchandisation pénètrent tous les aspects de la vie, en sorte que la « cohésion » exige de plus en plus de contrôle social.

Le déplacement et l’exclusion se sont accélérés depuis 2008. Le système a abandonné de larges secteurs de l’humanité, qui sont pris dans le circuit mortel de l’accumulation-exploitation-exclusion. Le système ne cherche même pas à intégrer ce surplus de population, mais tente plutôt de l’isoler et de neutraliser sa rébellion réelle ou potentielle, de criminaliser les pauvres et les dépossédés, avec des tendances vers le génocide dans certains cas.

Un fascisme du 21e siècle ne se regarde pas comme le fascisme du 20e siècle. Entre autres choses, il y a la capacité des groupes dominants à contrôler et à manipuler l’espace et à exercer un contrôle sans précédent sur les médias de masse, les moyens de communication et de production d’images symboliques et de messages, il y a des moyens permettant que la répression puisse être plus sélective (comme nous le voyons au Mexique ou en Colombie, par exemple), et soit aussi organisée de telle sorte que la masse d’incarcération juridiquement « légale » prenne la place des camps de concentration. En outre, la capacité de la puissance économique pour déterminer les résultats des élections autorise pour le fascisme du 21e siècle à émerger sans rupture nécessaire dans les cycles électoraux ni dans l’ordre constitutionnel.

Les États-Unis ne peuvent pas être caractérisés comme fascistes en ce moment. Néanmoins, toutes les conditions et le processus ainsi que la percolation  sont présents, les forces sociales et politiques se mobilisant rapidement derrière un tel projet. Plus généralement, des images de ces dernières années sur ce qu’un tel projet politique impliquerait recouvrent autant l’invasion israélienne de Gaza et la purification ethnique des Palestiniens , que les boucs émissaires et la criminalisation des travailleurs immigrés, que le mouvement du Tea Party aux États-Unis, le génocide au Congo, l’occupation de Haïti par les Nations Unies, la diffusion des néonazis et des skinheads en Europe, jusqu’à la répression indienne intensifiée dans le Cachemire occupé.

Le contrepoids du fascisme au 21e siècle doit être une riposte coordonnée par la classe ouvrière mondiale. La seule véritable solution à la crise du capitalisme mondial est une redistribution massive des richesses et du pouvoir — en l’inclinant jusqu’à la majorité de l’humanité la plus pauvre. Et le seul moyen de redistribution ne peut venir que de la lutte transnationale de la masse d’en bas.

William I. Robinson
Latin America and Global Capitalism
(A Critical Globalization Perspective)

William I. Robinson
Source :
The John Hopkins University Press

Traduction personnelle en français par Aliette G. Certhoux pour La revue des ressources (30 mai 2011) avec l’autorisation de l’auteur William I. Robinson, Le captitalisme global et le fascisme du XXIe siècle / Global capitalism and 21st century fascism, source or

 

Le veau d’or est toujours de boue… la LOI humaine, l’herem mais jamais ne se prendre au sérieux… ni soi, ni les autres…

Le veau d’or est toujours de boue…  la LOI humaine, l’herem mais jamais ne se prendre au sérieux… ni soi, ni les autres…

Voici le texte d’un très jeune homme, 17 ans, qui vient de recevoir d’un jury dePennsylvanie le prix Martin Luther King. Ce garçon raconte comment il a été amené à se déclarer hors des ” croyances de son peuple” pour sauver sa conscience morale. Il choisit un exil extérieur, plutôt que de prendre la posture prophétique de ce qui serait un exil intérieur. Il démontre ce qu’est devenu le judaïsme dans les rets du nationalisme, du racisme et l’autisme moral qu’est le sionisme dans l’âge de son effondrement. Les juifs peuvent se reporter à l’histoire juive pour interpréter ce qui se joue : rien moins que le retour au Veau d’Or, au mépris de la loi. Cette histoire du judaïsme est devenue universelle et son dilemne : la loi ou les faux dieu le bien de tous.  Israël est la version actuelle du Veau d’Or que les juifs doivent adorer au prix de la Loi et qui nie toute leur histoire, tout leur long exode. Jesse Lieberfeld, fidèle à la loi humaine dont les prophètes juifs furent les initiateurs, trouve dans la riche tradition américaine de la lutte pour les droits civiques le lieu où cette loi peut se lire et s’appliquer.

 

Let My People GoPaul Robeson – YouTube

youtube.com19 nov. 2008 – 2 mn – Ajouté par JewishBretheren
Let My People GoPaul Robeson. JewishBretheren. Subscribe Go Down Moses, tell ole, Pharoah to let

Mais j’ajouterai que je n’ai pas placé là pour rien Paul Robeson et pas quelque groupe de gospel dans une église. J’aime beaucoup ce jeune homme de 17 ans Jesse Lieberfeld qui redécouvre quelques siècles après Spinoza les vertus de l’herem (se faire chasser de la synagogue), mais n’est pas Spinoza qui veut et pour tenir l’indignation légérement hystérique (j’aime les hystériques et je revendique mon appartenance à cette noble catégorie) n’y suffit pas. C’est une première étape que de choisir l’exil extérieur face à l’iniquité des siens, sans cette rupture assumée il n’y a pas de combat possible, pas d’appartenance à l’humanité, pas de LOI. Cependant parti comme il est parti cet adorable enfant qui me ressemble comme un frère quand j’ai choisi le communisme risque fort de se retrouver en train de soutenir les mêmes que ceux qu’il a cru dénoncer et pire encore. Donc qu’il conserve la distance avec laquelle il a jugé les siens dans tous ses autres engagements. Qi’il s’engage, qu’il aille vers les autres mais il faut encore de la patience et de l’ironie, le doute systématique face à ses propres pulsions, juger de chacun comme de soi-même et l’inverse, ne pas se laisser flatter, bref si l’on a pas de compagnon en qui faire confiance se résigner à la solitude qui fut celle de Spinoza et Einstein, ne jamais se prendre au sérieux et rire avant toute chose au coeur même de toutes les compassions. Bref avant de lire la Thora, les prophètes relire un page de Diderot (note de Danielle Bleitrach)

Traduction Jacques Jedwab

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Comment j’ai cessé de couvrir un mensonge caché

Une fois, j’appartenais à une religion formidable. J’appartenais à une religion qui procurait à ceux qui croyaient en elle d’être le plus grand peuple du monde, et d’avoir en même temps de la peine pour eux mêmes. Une fois, j’ai pensé que j’appartenais vraiment à un monde de sécurité, d’apitoiement sur soi, d’intelligence auto-proclamée et d’esthétique morale parfaite. J’ai pensé que j’étais quelqu’un de privilégié depuis son premier âge. Un jour, il m’a été révélé toutefois, que moi, et mes amis qui partageaient ma foi, n’appartenions à rien d’aussi flatteur. Bien que j’ai eu la chance d’avoir des parents qui ne m’imposaient aucune croyance, il était impossible d’échapper au destin d’être juif. J’y étais poussé à chaque fête, à chaque service, à chaque rencontre avec ma famille. On me rappelait toujours combien ma famille était intelligente, combien il était important de me rappeler d’où je venais, et d’être fier des souffrances dont notre peuple avait émergé pour finir par réaliser son rêve dans la parfaite société d’Israël.

Je n’ai jamais vraiment compris cette dernière croyance obligatoire, mais j’ai toujours gardé quelque part dans ma cervelle des doutes sur la réputation immaculée d’Israël. “Notre peuple” faisait une guerre, que je ne comprenais pas vraiment, mais dont j’assumais qu’elle devait être justifiée. Rien ne m’aurait semblé plus immoral que de faire une guerre injuste. Plus j’en venais à en apprendre sur le soit-disant “conflit” avec les palestiniens, plus je me sentais concerné, j’entendais régulièrement des choses sur des massacres de masse inexplicables, des attaques contre des équipements médicaux, et autres actions violentes alarmantes pour lesquelles je ne pouvais voir aucune explication raisonnable. “Génocide” me semblait souvent le terme le plus approprié pour les qualifier, mais je ne connaissais personne qui aurait pu rêver décrire la guerre avec ce mot ; ils décrivaient toujours la situation dans des termes d’une neutralité choquante. S’il m’arrivait d’aborder le sujet, on me donnait toujours comme réponse que les fautes étaient partagées, que personne ne pouvait vraiment être condamné, ou, simplement, que la “situation était compliquée”. Il a fallu que je sois en troisième pour comprendre parfaitement que j’étais du mauvais coté. C’était un après-midi, dans le bus qui nous ramenait à la maison, on avait annoncé un nouvel épisode de meurtres ; j’ai demandé à deux amis qui soutenaient activement Israël ce qu’ils en pensaient. “Nous avons besoin de défendre notre race”, me répondirent-ils.”C’est notre droit”. Où avais-je entendu ça? Est-ce que ce n’était pas par la même excuse que notre pays justifiait ses persécutions contre les Africains-Américains il y a 60 ans ? J’ai compris alors à quel point les deux combats se ressemblaient. Comme les blancs extrémistes à l’époque, nous contrôlions la vie d’autres gens que nous oppressions quotidiennement, et personne ne pouvait parler contre nous. C’était politiquement incorrect. Nous avions trop souffert, traversés trop d’épreuves et subis trop de pertes pour qu’on puisse nous critiquer. J’ai compris alors que je n’étais pas engagé dans un “conflit” – parler de “conflit israélo-palestinien” n’avait pas plus de sens que de d’appeler la lutte du Mouvement pour les Droits Civiques le ” conflit entre les caucasiens* et les africains-américains”.

Dans les deux cas, il s’agissait d’un euphémisme grossier : il donnait l’impression que c’était une dispute entre égaux, où l’un et l’autre avaient des torts. Mais, ici et là, il y avait clairement un oppresseur et un opprimé, et je me suis senti horrifié quand je compris que j’appartenais naturellement au camp des oppresseurs. J’étais dans les rangs des suprématistes racistes. J’appartenais à un groupe qui tuait en se glorifiant de son intelligence et de sa raison. J’appartenais à une tromperie. J’ai pensé au leader du camp opprimé il y a des années, à Martin Luther King Jr. . Lui aussi s’était engagé dans un combat qui avait été caché et commenté à la convenance de ceux qu’il affrontait. Quelle avait été sa réaction ? Au bout du compte, la même que la mienne. Comme il l’écrivit dans sa lettre de la Prison de Birmingham, il pensait que le pire ennemi de sa cause n’était pas ” le membre du White Citizen Council* ou le membre du Ku Klux Klan, mais le blanc modéré qui… vit dans une conception mythique du temps… un soutien tiède est plus révoltant qu’une opposition franche”. Quand j’ai lu ces mots pour la première fois, j’ai cru me voir dans un miroir. Toute ma vie j’avais été conditionné à voir ce soit-disant conflit avec l’apathie que King condamnait si fortement. Moi aussi, je tenais le rôle du modéré conformiste. Moi aussi “vivait dans une conception mythique du temps”, engoncé dans mon monde irréel et dans les croyances qu’on m’avait prescrites. Jamais je ne m’étais senti aussi piégé.

J’ai décidé d’interpeller une dernière fois ma religion. Si elle ne pouvait répondre à mes doutes, personne ne le pourrait.. Quand j’ai assisté ensuite à un service, il y avait un temps de question et réponse sur notre religion. J’ai voulu rendre mon dilemme aussi clair et simple que possible. J’ai pensé à quelle question précise je pourrais poser pendant les 17 minutes d’une partition pour violoncelle seul qu’on jouait à chaque service. Auparavant, ce solo n’était pour moi qu’une partie du programme, maintenant il me semblait qu’il concentrait toute l’essence de notre religion : intelligent et bien structuré sur le papier, mais complètement absent au monde extérieur ( le soliste n’avait pas la moindre conscience que son interprétation magistrale nous endormait tous ). J’ai pu enfin poser une question, j’ai demandé : ” je veux soutenir Israël. Mais comment puis-je, quand il laisse ses armées commettre tant de tueries ?”. Les anciens m’adressèrent des regards courroucés, mais le rabbin me répondit : “C’est terrible, n’est-ce pas ?” dit-il, “mais nous ne pouvons rien y faire. C’est simplement un chose de la vie.”

Je savais, bien sûr que la guerre n’était pas un sujet simple et que nous ne commettions en aucune façon le meurtre pour lui-même, mais décrire nos tueries comme “une chose de la vie” en était trop pour moi. Je lui dis merci, et partis peu après. Pour ne jamais revenir. J’ai pensé à ce que je pouvais faire. Si je ne pouvais rien faire d’autre, au moins pouvais-je essayer de me libérer du fardeau d’être chargé d’une croyance que je ne pouvais soutenir avec une claire conscience. Je ne pouvais vivre le reste de ma vie comme un de ces modérés pathétiques, décrits si justement par King comme la pire part du problème. Je ne pouvais prétendre continuer à être un membre du Peuple auto-élu, et m’identifier comme un membre d’un groupe auquel je n’appartenais pas.

C’est différent quand on n’est pas le gentil garçon juif idéal. La différence est subtile, mais pas du tout insensible. Quand l’un ou l’autre des amis de notre famille plus religieux se rendaient compte que je ne partageais pas leurs croyances, j’étais l’objet d’un regard désapprobateur et l’on changeait rapidement de sujet, ou c’était les cris alarmés : ” Quoi, Israël ne compte pas pour toi ? “Après les gens de la famille venaient me parler, mais à la longue, j’ai cessé de faire attention à comment les adultes me voyaient. C’était le prix à payer pour ne plus me sentir comme si je n’étais qu’un parmi la part apathique de la machine.

Il ne me sera jamais possible de savoir comment c’était, être un Africain-Américain dans les années 1950. Je ressens, toutefois, que je sais exactement ce que devait-être un blanc à cette époque, vivant dans une aura d’invincibilité morale, ayant des croyances inamovibles, et entretenant des illusions de supériorité pour éviter de faire simplement face aux vérités quotidiennes. Cette illusion était jolie tant qu’elle durait, mais j’ai décidé que je m’en passerai. Je n’ai jamais été plus heureux.

Jesse Lieberfeld

* caucasien : le terme officiel pour désigner les blancs aux USA

* White Citizen Council (WWC) : organisation suprématiste blanche des années 50

 
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Publié par le janvier 20, 2012 dans histoire, textes importants

 

Merveilleux Diderot: Entretien d´un philosophe avec la maréchale de***

Merveilleux Diderot: Entretien d´un philosophe avec la maréchale de***

 J´avais je ne sais quelle affaire à traiter avec le maréchal de*** ; j´allai à son hôtel, un matin; il était absent : je me fis annoncer à madame la maréchale. C´est une femme charmante; elle est belle et dévote comme un ange ; elle a la douceur peinte sur son visage ; et puis, un son de voix et une naïveté de discours tout à fait avenants à sa physionomie. Elle était à sa toilette. On m´approche un fauteuil ; je m´assieds, et nous causons. Sur quelques propos de ma part, qui l´édifièrent et qui la surprirent (car elle était dans l´opinion que celui qui nie la très sainte Trinité est un homme de sac et de corde, qui finira par être pendu), elle me dit :
” N´êtes-vous pas monsieur Diderot ?
DIDEROT. – Oui, madame.
LA MARECHALE. – C´est donc vous qui ne croyez rien ?
DIDEROT. – Moi-même.
LA MARECHALE. – Cependant votre morale est d´un croyant.
DIDEROT. – Pourquoi non, quand il est honnête homme?
LA MARECHALE. – Et cette morale-là, vous la pratiquez ?
DIDEROT. – De mon mieux.
LA MARECHALE. – Quoi ! vous ne volez point, vous ne tuez point, vous ne pillez point ?
DIDEROT. – Très rarement.
LA MARECHALE. – Que gagnez-vous donc à ne pas croire ?
DIDEROT. – Rien du tout, madame la maréchale. Est-ce qu´on croit, parce qu´il y a quelque chose à gagner ?
LA MARECHALE. – Je ne sais ; mais la raison d´intérêt ne gâte rien aux affaires de ce monde ni de l´autre.
DIDEROT. – J´en suis un peu fâché pour notre pauvre espèce humaine. Nous ne valons pas mieux.
LA MARECHALE. – Mais quoi ! vous ne volez point ?
DIDEROT. – Non, d´honneur.
LA MARECHALE. – Si vous n´êtes ni voleur ni assassin, convenez du moins que vous n´êtes pas conséquent.
DIDEROT. – Pourquoi donc ?
LA MARECHALE. – C´est qu´il me semble que si je n´avais rien à espérer ni à craindre, quand je n´y serai plus, il y a bien de petites douceurs dont je ne me priverais pas, à présent que j´y suis. J´avoue que je prête à Dieu à la petite semaine.
DIDEROT. – Vous l´imaginez.
LA MARECHALE. – Ce n´est point une imagination, c´est un fait.
DIDEROT. – Et pourrait-on vous demander quelles sont ces choses que vous vous permettriez, si vous étiez incrédule ?
LA MARECHALE. – Non pas, s´il vous plaît ; c´est un article de ma confession.
DIDEROT. – Pour moi, je mets à fonds perdu.
LA MARECHALE. – C´est la ressource des gueux.
DIDEROT. – M´aimeriez-vous mieux usurier ?
LA MARECHALE. – Mais oui ; on peut faire l´usure avec Dieu tant qu´on veut : on ne le ruine pas. Je sais bien que cela n´est pas délicat, mais qu´importe ? Comme le point est d´attraper le ciel, d´adresse ou de force, il faut tout porter en ligne de compte, ne négliger aucun profit. Hélas ! nous aurons beau faire, notre mise sera toujours bien mesquine en comparaison de la rentrée que nous attendons. Et vous n´attendez rien, vous ?
DIDEROT. – Rien.
LA MARECHALE. – Cela est triste. Convenez donc que vous êtes bien méchant ou bien fou !
DIDEROT. – En vérité, je ne saurais, madame la maréchale.
LA MARECHALE. – Quel motif peut avoir un incrédule d´être bon, s´il n´est pas fou ? Je voudrais bien le savoir.
DIDEROT. – Et je vais vous le dire.
LA MARECHALE. – Vous m´obligerez.
DIDEROT. – Ne pensez-vous pas qu´on peut être si heureusement né, qu´on trouve un grand plaisir à faire le bien ?
LA MARECHALE. – Je le pense.
DIDEROT. – Qu´on peut avoir reçu une excellente éducation, qui fortifie le penchant naturel à la bienfaisance ?
LA MARECHALE. – Assurément.
DIDEROT. – Et que, dans un âge plus avancé, l´expérience nous ait convaincus, qu´à tout prendre, il vaut mieux, pour son bonheur dans ce monde, être un honnête homme qu´un coquin ?
LA MARECHALE. – Oui-da ; mais comment est-on honnête homme, lorsque de mauvais principes se joignent aux passions pour entraîner au mal ?
DIDEROT. – On est inconséquent : et y a-t-il rien de plus commun que d´être inconséquent !
LA MARECHALE. – Hélas ! malheureusement, non : on croit, et tous les jours on se conduit comme si l´on ne croyait pas.
DIDEROT. – Et sans croire, l´on se conduit à peu près comme si l´on croyait.
LA MARECHALE. – A la bonne heure ; mais quel inconvénient y aurait-il à avoir une raison de plus ; la religion, pour faire le bien, et une raison de moins, l´incrédulité, pour mal faire ?
DIDEROT. – Aucun, si la religion était un motif de faire le bien, et l´incrédulité un motif de faire le mal.
LA MARECHALE. – Est-ce qu´il y a quelque doute là-dessus ? Est-ce que l´esprit de religion n´est pas de contrarier sans cesse cette vilaine nature corrompue , et celui de l´incrédulité, de l´abandonner à sa malice, en l´affranchissant de la crainte ?
DIDEROT. – Ceci, madame la maréchale, va nous jeter dans une longue discussion.
LA MARECHALE. – Qu´est-ce que cela fait ? Le maréchal ne rentrera pas sitôt ; et il vaut mieux que nous parlions raison, que de médire de notre prochain.
DIDEROT. – Il faudra que je reprenne les choses d´un peu haut.
LA MARECHALE. – De si haut que vous voudrez, pourvu que je vous entende.
DIDEROT. – Si vous ne m´entendiez pas, ce serait bien ma faute.
LA MARECHALE. – Cela est poli ; mais il faut que vous sachiez que je n´ai jamais lu que mes heures, et que je ne me suis guère occupée qu´à pratiquer l´Evangile et à faire des enfants.
DIDEROT. – Ce sont deux devoirs dont vous vous êtes bien acquittée.
LA MARECHALE. – Oui, pour les enfants vous en avez trouvé six autour de moi, et dans quelques jours vous en pourriez voir un de plus sur mes genoux ; mais commencez.
DIDEROT. _ Madame la maréchale, y a-t-il quelque bien, dans ce monde-ci, qui soit sans inconvénient ?
LA MARECHALE. – Aucun.
DIDEROT. – Et quelque mal qui soit sans avantage ?
LA MARECHALE. – Aucun.
DIDEROT. – Qu´appelez-vous donc mal ou bien ?
LA MARECHALE. – Le mal, ce sera ce qui a plus d´inconvénients que d´avantages ; et le bien, au contraire, ce qui a plus d´avantages que d´inconvénients.
DIDEROT. – Madame la maréchale aura-t-elle la bonté de se souvenir de sa définition du bien et du mal ?
LA MARECHALE. – Je m´en souviendrai. Vous appelez cela une définition ?
DIDEROT. – Oui.
LA MARECHALE. – C´est donc de la philosophie ?
DIDEROT. – Excellente.
LA MARECHALE. – Et j´ai fait de la philosophie !
DIDEROT. – Ainsi, vous êtes persuadée que la religion a plus d´avantages que d´inconvénients ; et c´est pour cela que vous l´appelez un bien ?
LA MARECHALE. – Oui.
DIDEROT. – Pour moi, je ne doute point que votre intendant ne vous vole un peu moins la veille de Pâques que le lendemain des fêtes ; et que de temps en temps la religion n´empêche nombre de petits maux et ne produise nombre de petits biens.
LA MARECHALE. – Petit à petit, cela fait somme.
DIDEROT
. – Mais croyez-vous que les terribles ravages qu´elle a causés dans les temps passés, et qu´elle causera dans les temps à venir, soient suffisamment compensés par ces guenilleux avantages-là ? Songez qu´elle a créé et qu´elle perpétue la plus violente antipathie entre les nations. Il n´y a pas un musulman qui n´imaginât faire une action agréable à Dieu et à son Prophète, en exterminant tous les chrétiens, qui, de leur côté, ne sont guère plus tolérants. Songez qu´elle a créé et qu´elle perpétue dans une même contrée, des divisions qui se sont rarement éteintes sans effusion de sang. Notre histoire ne nous en offre que de trop récents et trop funestes exemples. Songez qu´elle a créé et qu´elle perpétue dans la société entre les citoyens, et dans les familles entre les proches, les haines les plus fortes et les plus constantes. Le Christ a dit qu´il était venu pour séparer l´époux de la femme, la mère de ses enfants, le frère de sa soeur, l´ami de l´ami ; et sa prédiction ne s´est que trop fidèlement accomplie.
LA MARECHALE. – Voilà bien les abus ; mais ce n´est pas la chose.
DIDEROT
. – C´est la chose, si les abus en sont inséparables.
LA MARECHALE. – Et comment me montrerez-vous que les abus de la religion sont inséparables de la religion ?
DIDEROT. – Très aisément : dites-moi, si un misanthrope s´était proposé de faire le malheur du genre humain, qu´aurait-il pu inventer de mieux que la croyance en un être incompréhensible, sur lequel les hommes n´auraient jamais pu s´entendre, et auquel ils auraient attaché plus d´importance qu´à leur vie ? Or est-il possible de séparer de la notion d´une divinité l´incompréhensibilité la plus profonde et l´importance la plus grande ?
LA MARECHALE
. – Non.
DIDEROT
. – Concluez donc.
LA MARECHALE. – Je conclus que c´est une idée qui n´est pas sans conséquence dans la tête des fous.
DIDEROT. – Et ajoutez que les fous ont toujours été et seront toujours le plus grand nombre ; et que les plus dangereux ce sont ceux que la religion fait, et dont les perturbateurs de la société savent tirer bon parti dans l´occasion.
LA MARECHALE
. – Mais il faut quelque chose qui effraye les hommes sur les mauvaises actions qui échappent à la sévérité des lois ; et si vous détruisez la religion, que lui substituerez-vous ?
DIDEROT
. – Quand je n´aurais rien à mettre à la place, ce serait toujours un terrible préjugé de moins ; sans compter que, dans aucun siècle et chez aucune nation, les opinions religieuses n´ont servi de base aux moeurs nationales. Les dieux qu´adoraient ces vieux Grecs et ces vieux Romains, les plus honnêtes gens de la terre, étaient la canaille la plus dissolue : un Jupiter, à brûler tout vif; une Vénus, à enfermer à l´Hôpital ; un Mercure, à mettre à Bicêtre.
LA MARECHALE. – Et vous pensez qu´il est tout à fait indifférent que nous soyons chrétiens ou païens ; que païens, nous n´en vaudrions pas moins ; et que chrétiens, nous n´en valons pas mieux ?
DIDEROT. – Ma foi, j´en suis convaincu, à cela près que nous serions un peu plus gais.
LA MARECHALE. – Cela ne se peut.
DIDEROT
. – Mais, madame la maréchale, est-ce qu´il y a des chrétiens ? Je n´en ai jamais vu.
LA MARECHALE
. – Et c´est à moi que vous dites cela, à moi ?
DIDEROT. – Non, madame, ce n´est pas à vous ; c´est à une de mes voisines qui est honnête et pieuse comme vous l´êtes, et qui se croyait chrétienne de la meilleure foi du monde, comme vous vous le croyez.
LA MARECHALE
. – Et vous lui fîtes voir qu´elle avait tort ?
DIDEROT. – En un instant.
LA MARECHALE
. – Comment vous y prîtes-vous ?
DIDEROT
. – J´ouvris un Nouveau Testament, dont elle s´était beaucoup servie, car il était fort usé. Je lui lus le Sermon sur la montagne, et à chaque article je lui demandai : “Faites-vous cela ? et cela donc ? et cela encore ?” J´allai plus loin. Elle est belle, et quoiqu´elle soit très dévote, elle ne l´ignore pas ; elle a la peau très blanche, et quoiqu´elle n´attache pas un grand prix à ce frêle avantage, elle n´est pas fâchée qu´on en fasse l´éloge ; elle a la gorge aussi bien qu´il soit possible de l´avoir, et, quoiqu´elle soit très modeste, elle trouve bon qu´on s´en aperçoive.
LA MARECHALE
. – Pourvu qu´il n´y ait qu´elle et son mari qui le sachent.
DIDEROT. – Je crois que son mari le sait mieux qu´un autre ; mais pour une femme qui se pique de grand christianisme, cela ne suffit pas. Je lui dis : “N´est-il pas écrit dans l´Evangile que celui qui a convoité la femme de son prochain, a commis l´adultère dans son coeur ?”
LA MARECHALE
. – Elle vous répondit que oui ?
DIDEROT. – Je lui dis : “Et l´adultère commis dans le coeur ne damne-t-il pas aussi sûrement qu´un adultère mieux conditionné ?”
LA MARECHALE
. – Elle vous répondit encore que oui ?
DIDEROT
. – Je lui dis : “Et si l´homme est damné pour l´adultère qu´il a commis dans le coeur, quel sera le sort de la femme qui invite tous ceux qui l´approchent à commettre ce crime ?” Cette dernière question l´embarrassa.
LA MARECHALE
. – Je comprends ; c´est qu´elle ne voilait pas fort exactement cette gorge, qu´elle avait aussi bien qu´il est possible de l´avoir.
DIDEROT
. – Il est vrai. Elle me répondit que c´était une chose d´usage ; comme si rien n´était plus d´usage que de s´appeler chrétien, et de ne l´être pas ; qu´il ne fallait pas se vêtir ridiculement, comme s´il y avait quelque comparaison à faire entre un misérable petit ridicule, sa damnation éternelle et celle de son prochain ; qu´elle se laissait habiller par sa couturière, comme s´il ne valait pas mieux changer de couturière que renoncer à sa religion; que c´était la fantaisie de son mari, comme si un époux était assez insensé d´exiger de sa femme l´oubli de la décence et de ses devoirs, et qu´une véritable chrétienne dût pousser l´obéissance pour un époux extravagant jusqu´au sacrifice de la volonté de son Dieu et au mépris des menaces de son rédempteur!
LA MARECHALE
. – Je savais d´avance toutes ces puérilités-là ; je vous les aurais peut-être dites comme votre voisine mais elle et moi nous aurions été toutes deux de mauvaise foi. Mais quel parti prit-elle d´après votre remontrance ?
DIDEROT
. – Le lendemain de cette conversation (c´était un jour de fête), je remontais chez moi, et ma dévote et belle voisine descendait de chez elle pour aller à la messe.
LA MARECHALE
. – Vêtue comme de coutume ?
DIDEROT. – Vêtue comme de coutume. Je souris, elle sourit ; et nous passâmes l´un à côté de l´autre sans nous parler. Madame la maréchale, une honnête femme ! une chrétienne ! une dévote ! Après cet exemple, et cent mille autres de la même espèce, quelle influence réelle puis-je accorder à la religion sur les moeurs ? Presque aucune, et tant mieux.
LA MARECHALE
. – Comment, tant mieux ?
DIDEROT. – Oui, madame : s´il prenait en fantaisie à vingt mille habitants de Paris de conformer strictement leur conduite au Sermon sur la montagne…
LA MARECHALE
. – Eh bien ! il y aurait quelques belles gorges plus couvertes.
DIDEROT
. – Et tant de fous que le lieutenant de police ne saurait qu´en faire ; car nos Petites-Maisons n´y suffiraient pas. Il y a dans les livres inspirés deux morales : l´une générale et commune à toutes les nations, à tous les cultes, et qu´on suit à peu près ; une autre, propre à chaque nation et à chaque culte, à laquelle on croit, qu´ on prêche dans les temples, qu´on préconise dans les maisons, et qu´on ne suit point du tout.
LA MARECHALE. – Et d´où vient cette bizarrerie ?
DIDEROT. – De ce qu´il est impossible d´assujettir un peuple à une règle qui ne convient qu´à quelques hommes mélancoliques, qui l´ont calquée sur leur caractère. Il en est des religions comme des institutions monastiques, qui toutes se relâchent avec le temps. Ce sont des folies qui ne peuvent tenir contre l´impulsion constante de la nature, qui nous ramène sous sa loi. Et faites que le bien des particuliers soit si étroitement lié avec le bien général, qu´un citoyen ne puisse presque pas nuire à la société sans se nuire à lui-même ; assurez à la vertu sa récompense, comme vous avez assuré à la méchanceté son châtiment; que sans aucune distinction de culte, dans quelque condition que le mérite se trouve, il conduise aux grandes places de l´Etat ; et ne comptez plus sur d´autres méchants que sur un petit nombre d´hommes, qu´une nature perverse que rien ne peut corriger entraîne au vice. Madame la maréchale, la tentation est trop proche, et l´enfer est trop loin : n´attendez rien qui vaille la peine qu´un sage législateur s´en occupe, d´un système d´opinions bizarres qui n´en impose qu´aux enfants ; qui encourage au crime par la commodité des expiations ; qui envoie le coupable demander pardon à Dieu de l´injure faite à l´homme, et qui avilit l´ordre des devoirs naturels et moraux, en le subordonnant à un ordre de devoirs chimériques.
LA MARECHALE
. – Je ne vous comprends pas.
DIDEROT
. – Je m´explique ; mais il me semble que voilà le carrosse de M. le maréchal, qui rentre fort à propos pour m´empêcher de dire une sottise.
LA MARECHALE
. – Dites, dites votre sottise, je ne l´entendrai pas ; je me suis accoutumée à n´entendre que ce qu´il me plaît.
DIDEROT. – Je m´approchai de son oreille, et je lui dis tout bas : Madame la maréchale, demandez au vicaire de votre paroisse, de ces deux crimes, pisser dans un vase sacré, ou noircir la réputation d´une femme honnête, quel est le plus atroce ? Il frémira d´horreur au premier, criera au sacrilège ; et la loi civile, qui prend à peine connaissance de la calomnie, tandis qu´elle punit le sacrilège par le feu, achèvera de brouiller les idées et de corrompre les esprits.
LA MARECHALE. – Je connais plus d´une femme qui se ferait un scrupule de manger gras un vendredi, et qui… j´allais dire aussi ma sottise. Continuez.
DIDEROT
. – Mais, madame, il faut absolument que je parle à M. le maréchal.
LA MARECHALE. – Encore un moment, et puis nous l´irons voir ensemble. Je ne sais trop que vous répondre, et cependant vous ne me persuadez pas.
DIDEROT
. – Je ne me suis pas proposé de vous persuader. Il en est de la religion comme du mariage. Le mariage, qui fait le malheur de tant d´autres, a fait votre bonheur et celui de M. le maréchal ; vous avez très bien fait de vous marier tous deux. La religion, qui a fait, qui fait et qui fera tant de méchants, vous a rendue meilleure encore ; vous faites bien de la garder. Il vous est doux d´imaginer à côté de vous, au-dessus de votre tête, un être grand et puissant, qui vous voit marcher sur la terre, et cette idée affermit vos pas. Continuez, madame, à jouir de ce garant auguste de vos pensées, de ce spectateur, de ce modèle sublime de vos actions
LA MARECHALE. – Vous n´avez pas, à ce que je vois, la manie du prosélytisme. DIDEROT. – Aucunement.
LA MARECHALE
. – Je vous en estime davantage.
DIDEROT. – Je permets à chacun de penser à sa manière, pourvu qu´on me laisse penser à la mienne ; et puis, ceux qui sont faits pour se délivrer de ces préjugés n´ont guère besoin qu´on les catéchise.
LA MARECHALE
. – Croyez-vous que l´homme puisse se passer de la superstition ?
DIDEROT
. – Non, tant qu´il restera ignorant et peureux.
LA MARECHALE
. – Eh bien ! superstition pour superstition, autant la nôtre qu´une autre.
DIDEROT
. – Je ne le pense pas.
LA MARECHALE
. – Parlez-moi vrai, ne vous répugne-t-il point à n´être plus rien après votre mort ?
DIDEROT
. – J´aimerais mieux exister, bien que je ne sache pas pourquoi un être, qui a pu me rendre malheureux sans raison, ne s´en amuserait pas deux fois.
LA MARECHALE
. – Si, malgré cet inconvénient, l´espoir d´une vie à venir vous paraît consolant et doux, pourquoi nous l´arracher ?
DIDEROT. – Je n´ai pas cet espoir, parce que le désir ne m´en a point dérobé la vanité ; mais je ne l´ôte à personne. Si l´on peut croire qu´on verra, quand on n´aura plus d´yeux ; qu´on entendra, quand on n´aura plus d´oreilles ; qu´on pensera, quand on n´aura plus de tête ; qu´on aimera, quand on n´aura plus de coeur; qu´on sentira, quand on n´aura plus de sens ; qu´on existera, quand on ne sera nulle part; qu´on sera quelque chose, sans étendue et sans lieu, j´y consens.
LA MARECHALE
. – Mais ce monde-ci, qui est-ce qui l´a fait ?
DIDEROT
. – Je vous le demande.
LA MARECHALE. – C´est Dieu.
DIDEROT. – Et qu´est-ce que Dieu ?
LA MARECHALE. – Un esprit.
DIDEROT. – Si un esprit fait de la matière, pourquoi de la matière ne ferait-elle pas un esprit ?
LA MARECHALE. – Et pourquoi le ferait-elle ?
DIDEROT. – C´est que je lui en vois faire tous les jours. Croyez-vous que les bêtes aient des âmes ?
LA MARECHALE. – Certainement, je le crois.
DIDEROT
. – Et pourriez-vous me dire ce que devient, par exemple, l´âme du serpent du Pérou, pendant qu´il se dessèche, suspendu dans une cheminée, et exposé à la fumée un ou deux ans de suite ?
LA MARECHALE
. – Qu´elle devienne ce qu´elle voudra, qu´est-ce que cela me fait ?
DIDEROT
. – C´est que madame la maréchale ne sait pas que ce serpent enfumé, desséché, ressuscite et renaît.
LA MARECHALE. – Je n´en crois rien.
DIDEROT
. – C´est pourtant un habile homme, c´est Bouguer qui l´assure.
LA MARECHALE. – Votre habile homme a menti.
DIDEROT
. – S´il avait dit vrai ?
LA MARECHALE
. – J´en serais quitte pour croire que les animaux sont des machines.
DIDEROT. – Et l´homme qui n´est qu´un animal un peu plus parfait qu´un autre… Mais M. le maréchal…
LA MARECHALE. – Encore une question, et c´est la dernière. Etes-vous bien tranquille dans votre incrédulité ?
DIDEROT. – On ne saurait davantage.
LA MARECHALE. – Pourtant, si vous vous trompiez ?
DIDEROT. – Quand je me tromperais ?
LA MARECHALE. – Tout ce que vous croyez faux serait vrai, et vous seriez damné. Monsieur Diderot, c´est une terrible chose que d´être damné ; brûler toute une éternité, c´est bien long.
DIDEROT
. – La Fontaine croyait que nous nous y ferions comme le poisson dans l´eau.
LA MARECHALE. – Oui, oui; mais votre La Fontaine devint bien sérieux au dernier moment ; et c´est où je vous attends.
DIDEROT. – Je ne réponds de rien, quand ma tête n´y sera plus ; mais si je finis par une de ces maladies qui laissent à l´homme agonisant toute sa raison, je ne serai pas plus troublé au moment où vous m´attendez qu´au moment où vous me voyez.
LA MARECHALE
. – Cette intrépidité me confond.
DIDEROT
. – J´en trouve bien davantage au moribond qui croit en un juge sévère qui pèse jusqu´à nos plus secrètes pensées, et dans la balance duquel l´homme le plus juste se perdrait par sa vanité, s´il ne tremblait de se trouver trop léger: si ce moribond avait alors à son choix, ou d´être anéanti, ou de se présenter à ce tribunal, son intrépidité me confondrait bien autrement s´il balançait à prendre le premier parti, à moins qu´il ne fût plus insensé que le compagnon de saint Bruno, ou plus ivre de son mérite que Bobola.
LA MARECHALE. – J´ai lu l´histoire de l´associé de saint Bruno ; mais je n’ai jamais entendu parler de votre Bobola.
DIDEROT. – C´était un jésuite de Pinsk, en Lituanie, qui laissa en mourant une cassette pleine d´argent, avec un billet écrit et signé de sa main.
LA MARECHALE
. – Et ce billet ?
DIDEROT
. – Etait conçu en ces termes : “Je prie mon cher confrère, dépositaire de cette cassette, de l´ouvrir lorsque j´aurai fait des miracles. L´argent qu´elle contient servira aux frais du procès de ma béatification. J´y ai ajouté quelques mémoires authentiques pour la confirmation de mes vertus, et qui pourront servir utilement à ceux qui entreprendront d´écrire ma vie.”
LA MARECHALE
. – Cela est à mourir de rire.
DIDEROT. – Pour moi, madame la maréchale; mais pour vous, votre Dieu n´entend pas raillerie.
LA MARECHALE. – Vous avez raison.
DIDEROT
. – Madame la maréchale, il est bien facile de pécher grièvement contre votre loi.
LA MARECHALE
. – J´en conviens.
DIDEROT. – La justice qui décidera de votre sort est bien rigoureuse.
LA MARECHALE
. – Il est vrai.
DIDEROT
. – Et si vous en croyez les oracles de votre religion sur le nombre des élus, il est bien petit.
LA MARECHALE. – Oh ! c´est que je ne suis pas janséniste ; je ne vois la médaille que par son revers consolant: le sang de Jésus-Christ couvre un grand espace à mes yeux; et il me semblerait très singulier que le diable, qui n´a pas livré son fils à la mort, eût pourtant la meilleure part.
DIDEROT. – Damnez-vous Socrate, Phocion, Aristide, Caton, Trajan, Marc Aurèle ?
LA MARECHALE
. – Fi donc ! il n´y a que des bêtes féroces qui puissent le penser. Saint Paul dit que chacun sera jugé par la loi qu´il a connue ; et saint Paul a raison.
DIDEROT. – Et par quelle loi l´incrédule sera-t-il jugé ?
LA MARECHALE. – Votre cas est un peu différent. Vous êtes un peu de ces habitants maudits de Corozaïn et de Betzaïda, qui fermèrent leurs yeux à la lumière qui les éclairait, et qui étoupèrent leurs oreilles pour ne pas entendre la voix de la vérité qui leur parlait.
DIDEROT. – Madame la maréchale, ces Corozaïnois et ces Betzaïdains furent des hommes comme il n´y en eut jamais que là, s´ils furent maîtres de croire ou de ne pas croire.
LA MARECHALE
. – Ils virent des prodiges qui auraient mis l´enchère aux sacs et à la cendre, s´ils avaient été faits à Tyr et à Sidon.
DIDEROT. – C´est que les habitants de Tyr et de Sidon étaient des gens d´esprit, et que ceux de Corozaïn et de Betzaïda n´étaient que des sots. Mais est-ce que celui qui fit les sots les punira pour avoir été sots ? Je vous ai fait tout à l´heure une histoire, et il me prend envie de vous faire un conte. Un jeune Mexicain… Mais M. le Maréchal ?
LA MARECHALE
. – Je vais envoyer savoir s´il est visible. Eh bien ! votre Mexicain ?
DIDEROT. – Las de son travail, se promenait un jour au bord de la mer. Il voit une planche qui trempait d´un bout dans les eaux, et qui de l´autre posait sur le rivage. Il s´assied sur cette planche, et là, prolongeant ses regard sur la vaste étendue qui se déployait devant lui, il se disait : “Rien n´est plus vrai que ma grand-mère radote avec son histoire de je ne sais quels habitants qui, dans je ne sais quel temps, abordèrent ici de je ne sais où, d´une contrée au-delà de nos mers. Il n´y a pas le sens commun: ne vois-je pas la mer confiner avec le ciel ? Et puis-je croire, contre le témoignage de mes sens, une vieille fable dont on ignore la date, que chacun arrange à sa manière, et qui n´est qu´un tissu de circonstances absurdes, sur lesquelles ils se mangent le coeur et s´arrachent le blanc des yeux ?” Tandis qu´il raisonnait ainsi, les eaux agitées le berçaient sur sa planche, et il s´endormit. Pendant qu´il dort, le vent s´accroît, le flot soulève la planche sur laquelle il est étendu, et voilà notre jeune raisonneur embarqué.
LA MARECHALE
. – Hélas ! c´est bien là notre image : nous sommes chacun sur notre planche ; le vent souffle, et le flot nous emporte.
DIDEROT
. – Il était déjà loin du continent lorsqu´il s´éveilla. Qui fut bien surpris de se trouver en pleine mer ? ce fut notre Mexicain. Qui le fut bien davantage ? ce fut encore lui, lorsque ayant perdu de vue le rivage sur lequel il se promenait il n´y a qu´un instant, la mer lui parut confiner avec le ciel de tous côtés. Alors il soupçonna qu´il pourrait bien s´être trompé ; et que, si le vent restait au même point, peut-être serait-il porté sur la rive, et parmi ces habitants dont sa grand-mère l´avait si souvent entretenu.
LA MARECHALE. – Et de son souci, vous n´en dites mot.
DIDEROT. – Il n´en eut point. Il se dit : Qu´est-ce que cela me fait, pourvu que j´aborde ? J´ai raisonné comme un étourdi, soit; mais j´ai été sincère avec moi-même ; et c´est tout ce qu´on peut exiger de moi. Si ce n´est pas une vertu que d´avoir de l´esprit, ce n´est pas un crime d´en manquer. Cependant le vent continuait, l´homme et la planche voguaient, et la rive inconnue commençait à paraître : il y touche, et l´y voilà.
LA MARECHALE
. – Nous nous y reverrons un jour, monsieur Diderot.
DIDEROT. – Je le souhaite, madame la maréchale ; en quelque endroit que ce soit, je serai toujours très flatté de vous faire ma cour. A peine eut-il quitté sa planche, et mis le pied sur le sable, qu´il aperçut un vieillard vénérable, debout à ses côtés. Il lui demanda où il était, et à qui il avait l´honneur de parler : “Je suis le souverain de la contrée”, lui répondit le vieillard. A l´instant le jeune homme se prosterne. “Relevez-vous, lui dit le vieillard. Vous aviez nié mon existence ? – Il est vrai. – Et celle de mon empire ? – Il est vrai. – Je vous le pardonne, parce que je suis celui qui voit le fond des coeurs, et que j´ai lu au fond du vôtre que vous étiez de bonne foi ; mais le reste de vos pensées et de vos actions n´est pas également innocent.” Alors le vieillard, qui le tenait par l´oreille, lui rappelait toutes les erreurs de sa vie ; et, à chaque article, le jeune Mexicain s´inclinait, se frappait la poitrine, et demandait pardon… Là, madame la maréchale, mettez-vous pour un moment à la place du vieillard, et dites-moi ce que vous auriez fait. Auriez-vous pris ce jeune insensé par les cheveux, et vous seriez-vous complu à le traîner à toute éternité sur le rivage ?
LA MARECHALE
. – En vérité, non.
DIDEROT. – Si un de ces six jolis enfants que vous avez, après s´être échappé de la maison paternelle et avoir fait force sottises, y revenait bien repentant ?
LA MARECHALE.
– Moi, je courrais à sa rencontre ; je le serrerais entre mes bras, et je l´arroserais de mes larmes; mais M. le maréchal son père ne prendrait pas la chose si doucement.
DIDEROT. – M. le maréchal n´est pas un tigre.
LA MARECHALE. – Il s´en faut bien.
DIDEROT
. – Il se ferait peut-être un peu tirailler ; mais il pardonnerait.
LA MARECHALE. – Certainement.
DIDEROT
. – Surtout s´il venait à considérer qu´avant de donner la naissance à cet enfant, il en savait toute la vie, et que le châtiment de ses fautes serait sans aucune utilité ni pour lui-même, ni pour le coupable, ni pour ses frères.
LA MARECHALE. – Le vieillard et M. le maréchal sont deux.
DIDEROT. – Vous voulez dire que M. le maréchal est meilleur que le vieillard ?
LA MARECHALE
. – Dieu m´en garde ! Je veux dire que, si ma justice n´est pas celle de M. le maréchal, la justice de M. le maréchal pourrait bien n´être pas celle du vieillard.
DIDEROT
. – Ah ! madame ! vous ne sentez pas les suites de cette réponse. Ou la définition générale de la justice convient également à vous, à M. le maréchal, à moi, au jeune Mexicain et au vieillard; ou je ne sais plus ce que c´est, et j´ignore comment on plaît ou l´on déplaît à ce dernier. “
Nous en étions là lorsqu´on nous avertit que M. le maréchal nous attendait. Je donnai la main à Mme la maréchale, qui me disait : ” C´est à faire tourner la tête, n´est-ce pas ?
DIDEROT. – Pourquoi donc, quand on l´a bonne ?
LA MARECHALE
. – Après tout, le plus court est de se conduire comme si le vieillard existait.
DIDEROT. – Même quand on n´y croit pas.
LA MARECHALE. – Et quand on y croit, de ne pas trop compter sur sa bonté.
DIDEROT. – Si ce n´est pas le plus poli, c´est du moins le plus sûr.
LA MARECHALE. – A propos, si vous aviez à rendre compte de vos principes à nos magistrats, les avoueriez-vous ?
DIDEROT. – Je ferais de mon mieux pour leur épargner une action atroce.
LA MARECHALE
. – Ah ! le lâche ! Et si vous étiez sur le point de mourir, vous soumettriez-vous aux cérémonies de l´Eglise ?
DIDEROT
. – Je n´y manquerais pas.
LA MARECHALE
. – Fi ! le vilain hypocrite . ”

 
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Publié par le janvier 20, 2012 dans textes importants

 

Il devient urgent de se battre contre l’intervention et contre les sanctions imposées à l’Iran par danielle Bleitrach

Il devient urgent de se battre contre l’intervention et contre les sanctions imposées à l’Iran par danielle Bleitrach
   je viens de lire quelques articles sur la politique française et L’Iran.

 Premièrement il semble que notre président veuille une aggravation des sanctions contre ce pays mais dans le même temps le même s’affirme résolument contre une intervention militaire dont avec un reste de bon sens il est convaincu qu’elle ménera à une guerre mondiale.

Moi aussi..

 Néanmoins cette analyse de Sarkozy et de la diplomatie française est complètement schizophrénique et surtout trés hypocrite. Elle semble ignorer que les sanctions n’ont jamais pu faire plier un pays et donc qu’elles ne sont qu’une étape vers l’intervention. Sarkozy tient un double langage destiné aux pays du Moyen orient mais aussi à la Russie et à la Chine (la plus réticente vu que la plus grande partie de son énergie passe par le détroit d’ormuz et qu’elle a déjà refusé de boycotter le pétrole iranien). Donc sarkozy propose d’augmenter les sanctions pour éviter la guerre mais en fait il la prépare, il nous refait le coup de la Libye.

 Sarkozy annonce le risque d’intervention des Etats-Unis et d’israêl pour l’été 2012. C’est vraisemblable et cela impose une mobilisation des citoyens français dans ou en dehors de la présidentielle… Parce que ne croyez pas que les réserves du Président sur l’intervention nous protégeront de ce conflit-là. Non seulement nous y participerons au titre de l’OTAN mais nous n’échapperons pas aux terribles conséquences de cette folie.

C’est pure hypocrisie que la position de Sarkozy, non seulement parce que le durcissement des sanctions est simple introduction en matière mais surtout parce que sur le fond le procès fait à l’Iran est totalement injustifié alors que tout le discours de Sarkozy de fait cautionne ce déni de droit et cette atteinte à la souveraineté nationale. Décidemment quelle que soit mon antipathie pour le président iranien et le régime des mollahs, il va falloir que je me batte contre cette intervention. Une campagne pour la paix s’impose, c’est urgent.

Je voudrais que chacun soit bien  conscient de cela et je m’adresse en particulier à tous ceux qui comme moi ne prétendent en rien cautionner le régime du président iranien et son entourage. C’est peu dire que je ne bougerais pas le petit doigt s’il s’agissait simplement de défendre cet individu mais je vais tenter de vous expliquer en quoi la question de l’Iran nous concerne tous et pourquoi malgré les nauséabonds individus que ce régime entretient il est absolument essentiel premièrement de ne pas limiter ce qu’est l’Iran à ce fasciste et deuxièmement en quoi loin d’assurer la démocratie une intervention, des sanctions vont a contrario de cette espérance. Peut-être certains n’ont pas encore compris que si les interventions de l’OTAN derrière les Etats-Unis avaient la démocratie et le bonheur des peuples coùùe finalité ça se saurait…  Outre le fait que nous n’avons plus les moyens financiers de faire le malheur des peuples à des coûts prohibitifs alors qu’on nous promet du sang, des larmes, de l’austérité encore de l’austérité…

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le janvier 20, 2012 dans Asie, guerre et paix

 

Nanni Moretti: “J’ai toujours voulu laver le linge sale en public”

Par (L’Express), publié le 08/09/2011 à 07:00

 
Nanni Moretti: "J'ai toujours voulu laver le linge sale en public"Nanni Moretti sur le tournage d’Habemus Papam.

Le pacte

Son premier long-métrage, en 1976, s’intitulait Je suis un autarcique. Depuis, Nanni Moretti a changé. Quoique. Le cinéaste, devenu conscience de gauche dans les années 1990-2000, est retourné sur des chemins plus personnels. La vie qui passe. L’âge qui avance. La barbe qui se grise. L’envie, surtout, de se concentrer sur ce qu’il sait faire de mieux, dit-il : “Réaliser des films.” Avec, sans doute, moins d’humour mais plus de profondeur. Moins de militantisme politique et plus d’introspection humaine. Témoin : Habemus papam, avec Michel Piccoli dans le rôle d’un pape incapable d’assumer la charge qui lui a été confiée. Nanni Moretti, lui, assume tout. Sa critique de Berlusconi, ses piques contre la gauche, son amour du cinéma. Il n’a vraiment pas beaucoup changé, en fait. Un vieil ours qui grommelle et qui soudain s’enflamme. 

En extrapolant sans doute un peu, ce pape qui refuse de s’adresser à la foule qui attend sa parole, n’est-ce pas aussi vous, Nanni Moretti, qui en avez marre de voir le peuple de gauche attendre votre bonne parole?

Je suis vieux maintenant, vous savez. Personne n’attend plus ce que je vais dire. Aujourd’hui, c’est le Web qui parle. Mais il y a tout de même des aspects de ce personnage dont je me sens proche : l’égarement, l’inadéquation avec le monde… Pour ce qui est de la politique, j’ai toujours dit que je n’abandonnerais jamais le cinéma pour une carrière de politicien. De temps en temps, il est vrai que j’ai envie de m’exprimer sur ce qui se passe dans mon pays. Mais pas tous les jours, malgré les demandes quotidiennes des journaux. Il ne s’agit pas, pour moi, d’en avoir marre d’être, comme vous dites, une conscience de gauche, mais de savoir, une bonne fois pour toutes, quelle existence je veux : soit je décide de faire de la politique sérieusement et je m’y consacre à temps plein, soit je me dis que mon métier, c’est de réaliser des films et je ne fais que ça. J’ai choisi. Cela dit, si jamais, ce qui paraît heureusement difficile à envisager, Berlusconi avait la possibilité de devenir président de la République, il est sûr que je remonterais au créneau. Le président est celui qui doit représenter les Italiens. Berlusconi, lui, ne représente que son propre camp. Et encore ! Il représente surtout lui-même et ses intérêts. 

Les défaites de Silvio Berlusconi, au printemps dernier, vous soulagent-elles?

C’est évidemment une claque pour lui. Mais je les vois surtout comme un signal pour la classe politique de gauche. En Italie, les référendums sont d’initiative populaire. C’est donc le peuple qui a voulu cette défaite, si l’on peut dire. Aux partis d’en tirer les conséquences. 

Il y a un étrange parallèle entre la France et l’Italie sur le plan politique. A droite, la culture du chef ; à gauche, une pluralité de candidats qui peut aboutir à une bataille d’ego. Pourquoi ce point commun, d’après vous?

D’abord, il n’y a guère d’analogie entre Sarkozy et Berlusconi. Votre président n’est pas propriétaire de chaînes de télévision et de journaux et cela change évidemment tout. Et, me semble-t-il, il possède un sens plus aigu des institutions que Berlusconi. Quant à la gauche, c’est vrai, tout se résume souvent à une question d’ego. Du coup, elle a tendance à se faire du mal toute seule. En 1990, le gouvernement dirigé par Prodi est tombé à cause d’un de ses alliés. Mais la droite italienne n’a pas de points communs avec les autres droites européennes. En Italie, il y a un homme au pouvoir et d’autres qui profitent de sa présence pour assouvir leur propre désir de pouvoir. Cela n’a rien à voir avec la politique et tout avec l’affairisme.  

Le personnage d’Habemus papam s’appelle Melville. Comme Herman Melville, l’auteur de Moby Dick?

Non, comme le réalisateur Jean-Pierre Melville. Au moment où j’écrivais le scénario d’Habemus papam, j’avais organisé une rétrospective Melville au festival de Turin, que j’ai dirigé pendant deux ans. C’était un nom provisoire mais, petit à petit, je m’y suis attaché. 

Melville est un excellent cinéaste mais l’explication est frustrante. Moby Dick est l’animal inaccessible par excellence. L’illusion, le rêve, Dieu…

En général, les gens pensent à Melville pour Bartleby, qui dit tout le temps : “J’aimerais autant pas.” Mais, en fait, il paraît que Melville, le cinéaste, dont ce n’était pas le vrai nom, a choisi ce patronyme lorsqu’il était dans la Résistance en hommage à l’écrivain. Si c’est vrai, la boucle est bouclée [l'anecdote est véridique]. 

Une séquence du film se déroule dans un théâtre et avance l’idée, shakespearienne, que l’existence est une grande scène. La vie est-elle vraiment un spectacle?

Non, tout n’est pas qu’illusion. Mais qu’il y ait, dans notre vie, une mise en scène des choses, ça, oui. On est souvent en représentation, non ? Vous savez, un réalisateur ne peut pas voir son travail avec détachement et lucidité. Il connaît ses propres intentions et le parcours qu’a suivi le film, point. Sans être démagogique, il m’arrive parfois de mieux comprendre mon travail en entendant les autres en parler. Je n’écris pas d’une manière classique. J’imagine souvent des scènes avant même d’avoir l’idée du scénario. C’est une façon très libre de travailler, loin de celle qu’on peut enseigner. Du coup, à l’arrivée, je n’arrive même plus à théoriser sur mon film. 

Quelle scène a déclenché Habemus papam?

Celle d’un pape tout juste élu qui ne parvient pas à s’exprimer devant la foule qui l’attend. Montrer l’être humain dans toute sa vérité. Et sa fragilité. Ensuite, j’ai pensé au psychanalyste qui devait le soigner, puis à sa fuite dans Rome, puis à la troupe de théâtre qu’il rencontre, etc. 

A travailler par séquences de cinéma, vous êtes très hitchcockien, en fait…

J’ai plus de considération pour les acteurs que lui. 

Il les comparait à du bétail, certes, mais il avait, en revanche, beaucoup de considération pour le public. Vous également?

Je n’ai pas la prétention de savoir ce qu’aimerait le public. Et les rares fois où je pense le savoir, cela me suffit pour prendre la direction totalement opposée. Pas pour l’agacer mais parce que le cinéma doit surprendre. Ceux qui connaissaient le sujet de ce film ne s’attendaient pas à ce que j’écrive ce scénario-là. 

Nanni Moretti et Michel Piccoli sur le tournage d'Habemus Papam.Nanni Moretti et Michel Piccoli sur le tournage d’Habemus Papam.

Le pacte

C’est vrai et il y a d’ailleurs une très belle scène : le pape face au psychanalyste. La foi face à l’inconscient. Thème formidable. Avez-vous pensé à en faire le seul sujet du film?

Vous n’avez apparemment pas trouvé le film formidable, alors ! Mais non, je n’ai jamais pensé à en faire le seul sujet, même si je reconnais que, sur le plan de l’écriture, ça aurait été un beau défi.  

Cela fait trente-cinq ans que vous réalisez des films. La Cinémathèque française va vous rendre hommage. Avez-vous l’impression d’avoir fait des progrès?

C’est toujours un peu pathétique de parler de soi, surtout si on se place du point de vue de ses propres qualités artistiques. Cela dit, je pense avoir réussi durant toutes ces années à mettre en scène des films personnels à l’intérieur d’une industrie qui ne tient pas forcément compte des auteurs. Mon pari a toujours été de garder mon intégrité dans un système qui recherchait des histoires plus commerciales. J’ai réalisé des oeuvres plus universelles, comme La Chambre du fils ou Habemus papam, et d’autres qui le sont moins, comme Le Caïman ou Aprile. Mais je fais, à chaque fois, le film que je veux. Et je peux être surpris du résultat. Je n’ai jamais pensé que Journal intime, qui raconte mon cancer, serait un énorme succès à l’étranger.  

Si vous voulez dire du bien de vous, allez-y, cela restera entre nous.

Non merci. Tout va très bien. 

Quel réalisateur rêviez-vous d’être à vos débuts ? Quelqu’un qui fait son boulot, un cinéaste militant, le cinéaste italien des années 1990-2000?

Je n’en savais rien. Je ne me rêvais pas du tout, en fait. L’image qui me vient à l’esprit est celle d’une équipe de football qui joue à l’extérieur et qui espère faire match nul sur le terrain adverse. Peu de temps avant de réaliser Je suis un autarcique, à l’été 1972, juste après avoir passé mon bac, un ami m’a demandé dans quelle université j’allais m’inscrire. Je lui ai avoué alors que je voulais faire du cinéma. “Acteur ou réalisateur ?” m’a-t-il demandé. En rougissant, je lui ai répondu : “Les deux !” Dans les années qui ont suivi, à chaque fois que j’essayais d’être assistant auprès des frères Taviani, de Marco Bellocchio ou d’autres grands metteurs en scène, je me proposais aussi de jouer dans leur film. Je me rends compte aujourd’hui que je passais à leurs yeux pour un vrai dilettante. 

De quel type de cinéma veniez-vous ? Fellini, Rosi ou Antonioni?

Enfant, je n’allais pas beaucoup au cinéma. J’y suis allé adolescent. Avec mes amis de lycée, on se partageait en deux groupes : les pro-Fellini et les pro-Antonioni. Moi, j’étais fellinien. Quand j’ai commencé à tourner des films en super-huit, je me suis intéressé au cinéma d’auteur des années 1960 : Bellocchio, Bertolucci, Ferreri… Mais aussi à la nouvelle vague française, au cinéma des pays de l’Est. Ces films-là parlaient de la réalité. Et leurs réalisateurs essayaient de proposer un nouveau cinéma et de rêver d’un nouveau monde. Comme spectateur, je me suis senti très proche d’eux. Ensuite, j’ai l’impression que la place grandissante de la télévision dans la société italienne a un peu désintégré ce cinéma. A la fin des années 1970, l’engagement artistique n’était plus aussi important. Dans les années 1980-1990, l’Italie a eu du mal à se raconter. Contrairement à la Grande-Bretagne, par exemple, qui, même sous Thatcher, était visible à l’écran grâce à Ken Loach, Stephen Frears ou Mike Leigh. Le cinéma doit être là pour montrer au public ce qu’il n’est plus capable de voir. Il faut dire que, lorsqu’un pays possède des hommes politiques comme Bossi [Umberto, fondateur de la Ligue du Nord] et Berlusconi, le cinéma ne peut qu’abandonner la partie. Que peut-on inventer de plus que ce qu’ils ont fait ? 

Dénoncer, peut-être…

Ils se dénoncent eux-mêmes tous les jours à la télévision… Mais la capacité de jugement des téléspectateurs-citoyens semble anéantie. Il faudrait pourtant réussir à les sortir de cette torpeur. Lorsque j’ai interprété Berlusconi dans Le Caïman, je n’ai pas voulu être dans la parodie mais j’ai essayé de restituer avec froideur les véritables mots qu’il avait prononcés mais dont les Italiens n’avaient même plus souvenir. Le vrai film politique sur l’Italie d’aujourd’hui consisterait en un montage de cinquante heures de déclarations de nos dirigeants et d’extraits d’émissions de télé. Ce serait édifiant. Le problème, c’est qu’il y a eu une forme d’autocensure chez les scénaristes et les cinéastes, qui savent qu’une partie du financement du cinéma vient de la télévision et donc du groupe de Berlusconi, d’un côté, et de l’Etat, de l’autre. J’ai résolu le problème : mes films sont coproduits par la Rai, et Le Caïman, je l’ai produit tout seul. La Rai va enfin le diffuser au bout de trois ans. J’avais vendu les droits pour qu’elle montre le film, pas pour qu’elle le cache. Mais je ne veux pas m’apitoyer sur mon sort. Le sport favori des Italiens, plus encore que le foot, c’est de jouer les victimes. J’ai pour principe de ne pas demander de l’argent au groupe de Berlusconi. Ce qui m’étonne d’ailleurs, c’est de voir les cinéastes et les écrivains de gauche ne pas être aussi à cheval sur ce principe. En tant que consommateur, je n’ai aucun problème à enrichir Berlusconi. En revanche, faire financer mon travail par lui me poserait problème.  

Voilà pourquoi vous énervez les gens de gauche : vous appuyez là où ça leur fait mal.

J’ai toujours voulu laver le linge sale en public. Dans tous mes films. A une époque où les partis de gauche, un peu de façon stalinienne, avaient tendance à résoudre les problèmes en fermant la porte à double tour. Je n’ai jamais adhéré à l’idée selon laquelle ce que je pouvais dire allait être instrumentalisé par la droite, contre la gauche. Je veux dire les choses. Point. 

Vous êtes donc un homme libre?

Quand quelqu’un dit de lui qu’il est libre, c’est un peu pathétique. Je n’y crois jamais. En Italie, une des phrases les plus populaires de ces dernières années et que je trouve stupide, c’est : “La cohérence est la vertu des imbéciles.” Moi, être cohérent, je m’y astreins. Même si c’est impossible de l’être totalement. C’est une chose que mon père, politiquement libéral, m’a enseignée. Et certainement pas la gauche. 

 
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Publié par le janvier 21, 2012 dans cinema, dialogue

 

A propos de la mort de Gilles Jacquier: Jacquier aurait été victime d’une bavure des insurgés

 les reportages de Gilles Jacquier me semblaient ceux d’un journaliste et d’un reporter faisant son métier avec le plus d’honnêteté possible. le fait que Charles Ederlin nous ait annoncé sa mort avec amitié, tout cela m’a incité à garder le silence sur l’origine de sa mort. J’ai refusé de participer à l’intox belliciste qui voulait que ce soit le gouvernement syrien qui ait tendu un piège, je n’en voyais pas l’intérêt pour ce dernier bien au contraire. De même j’ai été une fois de plus indignée par l’intox immonde d’un site comme mondialisation.ca qui une fois de plus nous a conduit dans les latrines de la rumeur en faisant de Gilles Jacquier une barbouze du gouvernement français.
 
D’un côté les “complotistes” d’internet veulent avoir l’air informé et tendent l’oreille à n’importe quelle rumeur, soit par sympathie pour l’extrême-droite, soit par imbécilité ils sont littéralement fascinés par tout ce qui paraît traiter des arcanes du pouvoir. Ce qui fait qu’il relayent à peu près n’importe quoi, y compris l’ignominie qui faisait de Gilles jacquier une barbouze . Ce qui en fait revient à appuyer la propagande occidentale sous des allures radicales…  En effet, cette rébellion nous est présenté en occident comme pacifique, désarmée, des enfants assassinés par les soldats d’un régime répressif telle est l’image à travers laquelle on prétend nous inciter à l’intervention qui précéderait l’embrasement iranien.
 
Il faut faire de la politique…
 
Par ailleurs,je ne peux pas non plus être d’accord avec l’autre image parallèle, celle d’un simple complot occidental avec des bandes armées. Je pense qu’il faut prendre en compte deux faits, premièrement il y a effectivement soulévement populaire et les cause en sont multiples, économiques autant que politiques. Mais il faut également considérer que l’intervention occidentale  joue sa partition et que ce n’est certainement pas pour améliorer le sort de la population syrienne, ni sur le plan matériel, ni sur celui de la démocratie. Donc il faut avoir comme ligne le refus de l’intervention de l’OTAN et des puissances américaines ou européennes, laisser la chance à une solution d’abord régionale quelques soient les méandres et les double jeux des acteurs locaux de la Ligue arabe à la Turquie.
 
 Et face à n’importe quelle nouvelle il faut être conscient du fait que l’information est prise en otage d’abord par un système de propagande contrôlé à 90% par les bellicistes. On ne peut pas plus faire confiance à  la rumeur qui se répand à partir de sites d’extrême-droite, voir ceux qui sans le vouloir accueillent les thèmes de l’extrême-droite qui jouent la politique du pire et instrumentalisent la conscience que nous avons d’être trompés et entraînés dans des aventures sous des prétexte de défense des peuples. C’est pourquoi il faut reprendre les deux devises de karl marx 1) “Rien de ce qui est humain ne m’est étranger”, ce qui revient à partir des peuples, des classes sociales et pas des jeux de sérail  2) “douter de tout”. L’information en particulier dans ses formes sensationnelles et révélatrices de vérités occultes, de discours de “spécialistes” doit être considérée avec suspicion d’où qu’elle vienne c’est la même logique.
 
 Il faut rester sur la ligne politique que je viens tenter d’esquisser et ici en Syrie, comme ailleurs, nous Français avons le devoir de nous battre pour la paix, contre des sanctions qui nuisent aux peuples concernés autant que contre une intervention de l’OTAN dont on voit partout les résultats. Notre problème principal est la faiblesse de notre mouvement en faveur de la paix…
 
Cette information en provenance du Figaro paraît plus crédible non seulement parce que le Figaro et l’auteur de l’information Georges Malbrunot ne sont pas a priori des amis du pouvoir syrien  et ont donc sans doute décidé à partir de ce que l’enquête révélerait  de présenter “une bavure” de leurs amis mais parce que l’analyse est étayée par une double source et des faits. Bien sîr, mais je n’apprends rien j’espère à personne un article du Figaro est ce qu’il est même quand “il rétablit les faits”, en particulier on notera que les “insurgés ont été poussés à la faute” par le pouvoir syrien et que de surcroît le meurtre du journaliste est devenue un “bavure”. Il suffit de s’interroger sur le vocabulaire qui eut été employé s’il avait été démontré que le crime avait pour origine le pouvoir syrien. Si le Figaro, le journal de monsieur dassaut grand pourvoyeur d’armes agissait en faveur de la paix ça se saurait mais que les journalistes tentent de se glisser dans un contre-feu ça peut se voir. Donc apprenons à lire à partir de chaque source. Tout en se disant que sur cette affaire précise, la mort d’un grand reporter nous sommes à un temps T1 de l’information. (note de Danielle Bleitrach)
 
Par Georges Malbrunot Mis à jour le 20/01/2012 à 20:09 | publié par le Figaro le 20/01/2012 à 18:54
De la fumée s'élève d'un immeuble de Homs suite à une attaque, le 11 janvier dernier, jour où Gilles Jacquier a été tué.
De la fumée s’élève d’un immeuble de Homs suite à une attaque, le 11 janvier dernier, jour où Gilles Jacquier a été tué. Crédits photo : JOSEPH EID/AFP
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«Nous savons qu’il y a eu une bavure commise par l’Armée syrienne libre», a confié au Figaro un responsable de la Ligue arabe, confirmant les propos d’un dirigeant d’une organisation des droits de l’homme.

Quelques heures après l’attaque qui a provoqué la mort de Gilles Jacquier à Homs, mercredi 11 janvier, un dirigeant d’une organisation des droits de l’homme de cette ville a confié à un responsable de l’opposition syrienne en France qu’il s’agissait «d’une grosse ânerie» commise par les adversaires de Bachar el-Assad. «Au téléphone, mon interlocuteur, que je connais depuis de longues années, m’a dit en arabe que c’était une  “djahachaneh”, c’est-à-dire une grosse bourde de la part des opposants», nous a déclaré ce haut dirigeant de l’opposition. Pour ce dernier, son interlocuteur savait qui était derrière l’obus de mortier qui a tué sur le coup le journaliste de France 2, en visite ce jour-là à Homs, l’épicentre de la révolution contre le pouvoir d’Assad. «Peu après l’attaque, on a su assez rapidement, dans certains milieux de Homs, qui avait tiré», ajouta la source. Immédiatement après, opposants et pouvoir syrien s’accusèrent mutuellement d’être responsables de la mort de Gilles Jacquier.Ce responsable de l’opposition se confia le lendemain de l’attaque. Mais il fallait disposer d’autres éléments avant que Le Figaron’en fasse état. Le même jour, jeudi 12 janvier, notre source transmit le contenu de sa conversation avec son correspondant de Homs à Nabil al-Arabi, le secrétaire général de la Ligue arabe. Dans le cadre d’un plan de sortie de crise, l’organisation panarabe disposait d’observateurs sur place à Homs. «Nous les avons sollicités afin que toute la vérité soit faite sur cette affaire», confiait ce mercredi un diplomate du Quai d’Orsay.

 

Les rebelles « poussés à la faute »

Sur le terrain, les recherches des observateurs arabes semblent avoir progressé assez rapidement. Vendredi, un responsable de la Ligue arabe déclarait au Figaro que «nous savons désormais qu’il y a eu une bavure commise par l’Armée syrienne libre (qui a coûté la vie Gilles Jacquier, NDLR). L’ASL a été poussée à la faute par les miliciens pro-Assad, qui défiaient ses hommes depuis plusieurs jours. Les déserteurs ont voulu leur donner une leçon et leur faire peur. Nous savons que les tirs sont venus de Bab Sbah», un bastion de l’opposition, qui fait face à celui de Nouzha, peuplé d’alaouites pro-Bachar, où a été tué Jacquier.

Pour des raisons de sécurité, le responsable de l’organisation des droits de l’Homme à Homs et son correspondant de l’opposition en France ont demandé à garder l’anonymat. Mais ce dernier est prêt à témoigner devant une commission d’enquête. «J’attends qu’un juge indépendant soit nommé, dit-il. Même si elle est en notre défaveur, la vérité doit éclater.» Il confie avoir reçu, ces derniers jours, d’autres appels téléphoniques de Homs, confirmant la thèse de la bavure par l’Armée syrienne libre. Ces révélations contredisent l’hypothèse d’une manipulation par le pouvoir syrien, alimentée par les témoignages de plusieurs journalistes présents aux côtés de Gilles Jacquier au moment de l’attaque. Ceux-ci faisaient état «d’éléments troublants», comme le brusque départ des militaires en charge de leur surveillance, au moment du premier tir d’obus. Pour eux, le régime aurait voulu discréditer ses opposants en montrant au monde que les journalistes étaient visés par des «gangs armés».

Gilles Jacquier, 43 ans, se trouvait à Homs en compagnie de plusieurs journalistes, suisses, belges et libanais. Leur séjour avait été organisé par Sœur Marie-Agnès, une religieuse libanaise installée près de Homs. Plusieurs Syriens ont également trouvé la mort ce jour-là dans les quartiers de Nouzha et d’Akrima, touchés par plusieurs projectiles en l’espace d’une demi-heure, peu après 15 heures. «Pour moi, ces tirs venaient du quartier de Bab Sbah», assurait également jeudi soir sur France 2 le photographe libanais Joseph Eid, de l’AFP, qui se trouvait au sein du groupe de journalistes.

Selon des membres de l’opposition, les déserteurs de l’Armée syrienne libre possèdent des obus de mortier. «Ce type d’armes est trop imprécis pour une mission de liquidation ciblée», nous ont affirmé plusieurs généraux français.

 
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Publié par le janvier 21, 2012 dans actualités, Asie, guerre et paix

 

Quand Israël attaquera-t-il l’Iran ? Il y a deux ans… par Alain Gresh

Quand Israël attaquera-t-il l’Iran ? Il y a deux ans… par Alain Gresh
Si quelqu’un n’a pas vu le docteur Fol Amour de Kubrick qu’il se précipite et il verra comment l’humanité a été conduite à son anéantissement nucléaire parce que la dite humanité à son stade sénile a mis en place une machine incontrôlable… En plus c’est d’une drôlerie irresistible, comme cette invasion de l’Iran guidée par la connerie de quelques cinglés flanqués de gens trop obéissants…
 
 
Interrogé il y a quelques jours pour savoir quand Israël attaquerait l’Iran, Patrick Clawson, chercheur au Washington Institute for Near East Policy (Winep), un think-tank lié au lobby pro-israélien, répondait : « Il y a deux ans » (cité par Scott Shane, « Adversaries of Iran Said to Be Stepping Up Covert Actions », The New York Times, 11 janvier).

Cette déclaration venait après le meurtre à Téhéran d’un jeune physicien nucléaire, qui faisait lui-même suite à plusieurs autres meurtres « mystérieux », dont on s’étonne qu’ils aient été si peu dénoncés par les défenseurs des droits humains — une pétition circule toutefois pour les condamner, « Petition against the Murder of Iranian Scientists »). L’Iran a aussi été victime ces derniers mois de cyber-attaques par le virus Stuxnext (lire Philippe Rivière, « Cyber-attaque contre Téhéran », Le Monde diplomatique, mars 2011).

Cette escalade est incontestablement le fait d’Israël, qui ne cherche même pas à démentir. En revanche, il est plus difficile de saisir quelle est la stratégie du président Obama. Au moment même où l’administration américaine affirme, haut et fort, sa solidarité totale avec Israël et sa détermination à empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique, les manœuvres militaires entre Israël et les Etats-Unis sont reportées et les explications avancées pour ce report sont loin d’être claires ; Hillary Clinton condamne fermement le meurtre du chercheur à Téhéran ; les services de renseignement « occidentaux » (en fait américains) faisaient filtrer des informations sur la responsabilité du Mossad dans les meurtres des scientifiques iraniens (Karl Vick and Aaron J. Klein, « Who Assassinated an Iranian Nuclear Scientist ? Israel Isn’t Telling », Time Magazine, 13 janvier) ; parallèlement, ils divulguaient des informations sur des agents israéliens qui tentent de se faire passer pour des membres de la CIA afin de recruter des combattants sunnites opposés au régime iranien (Mark Perry, « False flags », Foreign Policy, 13 janvier). Enfin, les Etats-Unis ont lancé une sévère mise en garde à Téhéran contre tout blocage du détroit d’Ormuz et mobilisent leurs alliés pour arrêter les achats de pétrole iranien.

Comment expliquer ces contradictions ? Gary Sick, un ancien conseiller du président Jimmy Carter, avance deux explications possibles : l’incompétence d’un côté ; de l’autre, un rideau de fumée pour préparer un nouveau dialogue avec Téhéran (« Stealth Engagement ? », Gary’s choices, 16 janvier 2011). Et il penche pour la seconde.

Il relève ainsi les déclarations de Leon Panetta, le secrétaire américain à la défense et ancien directeur de la CIA. Le 2 décembre 2011, celui-ci dressait un tableau catastrophique des conséquences d’une guerre contre l’Iran ; quelques jours plus tard, le 19 décembre sur CBS, il affirmait que l’Iran aurait peut-être une bombe atomique d’ici un an ; enfin le 8 janvier, à la question de savoir si l’Iran voulait la bombe atomique, il répondait… non.

Gary Sick met en avant trois facteurs explicatifs à cette apparente incohérence. D’abord, on est en pleine année électorale aux Etats-Unis, avec un Congrès favorable à une escalade des sanctions, notamment contre le pétrole iranien — avec le risque qu’elle soit analysée à Téhéran comme « un acte de guerre ». D’autre part, pour le président Obama, et compte tenu des conséquences d’un conflit dans le Golfe, il est important de retourner à la table des négociations. Enfin, il y a l’extrémisme du gouvernement Netanyahou et son influence aux Etats-Unis, notamment dans la perspective de l’élection présidentielle, même si, comme le rappelle Sick, il existe des réserves face à une aventure militaire — Ron Paul, l’un des candidats à l’investiture républicaine, s’est ouvertement prononcé contre.

Dans ces conditions, la stratégie du président Obama serait d’ouvrir une voie de communication avec Téhéran, tout en accompagnant les gestes d’ouverture de déclarations dures à l’encontre du régime iranien. Et il multiplie les pressions sur Israël pour que ce pays ne s’engage pas dans une aventure militaire. Selon Sick, la visite du président du Parlement iranien Ali Larijani à Ankara en janvier et ses déclarations sur une reprise des négociations avec les pays occidentaux, s’inscriraient dans le cadre des tentatives de dialogue lancées par la Maison Blanche.

Ces initiatives n’ont pas l’heur de plaire à Nicolas Sarkozy et aux Européens, qui poussent les Etats-Unis à adopter des positions plus fermes, au lieu de jouer le rôle de facilitateur et de favoriser le dialogue. Et qui ne veulent surtout pas entendre parler d’un Proche-Orient débarrassé des armes nucléaires, ce qui impliquerait qu’Israël renonce à la bombe. C’est pourtant la meilleure solution, comme l’expliquent Shibley Telhami et Steven Kull dans un article du New York Times, le 15 janvier, « Preventing a nuclear Iran, peacefully ».

 
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Publié par le janvier 22, 2012 dans Amérique, Asie, guerre et paix

 

Les présidentielles : pour qui et surtout pour quoi voter ? par danielle Bleitrach

Les présidentielles : pour qui et surtout pour quoi voter ? par danielle Bleitrach

De gaulle qui n’était pas si mauvais prophète même s’il nous a fourgué cette Constitution, disait “après moi ce ne sera pas le vide mais “le trop plein”, comme la cabine des Max Brothers dans une nuit à l’opéra qui fait étrangement songer à l’élection présidentielle française.

A la veille des élections présidentielles je suis de plus en plus dubitative, j’ai quelques idées fixes, en particulier comme l’immense majorité des gens de gauche je ne veux plus de Sarkozy et encore moins de Marine Le pen, ce qui on en conviendra ne fait pas un programme. Et les remarques que je vais faire ici sont empreintes de sérieux même si parfois je me moque, en effet nous sommes dans une situation gravissisme dans laquelle semblent se rassembler les cavaliers de l’apocalypse, le chômage, la précarité, les haines et la guerre. Donc si je dis que je veux chasser Sarkozy ce n’est pas lubie urticante débouchant sur des attaques contre une personne, voir son physique, ce que j’ai toujours réprouvé. Sarkozy c’est une ligne politique, celle des cadeaux du bouclier fiscal, celle de l’injustice d’une classe et le bellicisme dans une alliance étroite, une soumission comme nous n’en avons jamais connu en France, aux Etats-Unis. Quant à  l’extrême-droite ce n’est plus simplement un faire valoir de la droite. Ceux qui disent que le fascisme est déjà au pouvoir sont inconséquents parce qu’ils ne mettent pas assez l’accent sur un processus où le pire est prévisible et c’est à ce pire que l’on nous habitue en n’intervenant pas résolument contre la fascisation sous prétexte que le ventre de la bête immonde est fécond.

Donc il faut combattre l’extrême-droite et ce faisant on combat aussi le processus de fascisation de la société, de la droite et d’autres, parce que l’extrême-droite est à la fois un éclaireur et un repoussoir. Il faut combattre l’extrême-droite en tant que telle, n’avoir nulle complaisance et je crains un certain sectarisme classe contre classe au point où en est l’évolution européenne. Pourtant on ne lutte pas simplement contre l’extrême-droite en la dénonçant mais en proposant une alternative politique crédible aux maux que vivent les peuples, au sentiment d’insécurité générale et celle-ci ne se limite pas à la peur de la délinquance, elle est globale, on voit que dans ce domaine comme dans d’autres nous sommes sur le fil du rasoir et il n’y a qu’une boussole pour reprendre le mot de Robespierre: le peuple, ce qui l’aidera réellement à sortir du marasme .

Donc l’important est la perspective politique dans une élection où tout est centré sur la personne, sur son audience médiatique. En matière de perspective politique pour affronter les problèmes, j’ai quelques préférences fortes, je suis convaincue que l’austérité est la plus mauvaise solution pour nous sortir de la crise.  C’est ce qu’affirme Melenchon et de surcroît il mène une campagne contre l’extrême-droite qui va dans le sens de mes répulsions. Mais voilà il est quelques points sur lesquels je n’adhère pas le mot est faible à ses orientations. Le premier est son souci de conserver l’Europe et la zone  euro, de croire que l’on peut réformer ce machin. Ce choix est totalement contradictoire avec son souci de combattre l’austérité et de lutter contre les marchés que comme par hasard il limite aux agences de notation. Donc il ne  pose pas assez à mon goût le véritable problème qui serait celui d’une mixité avec nationalisation du crédit et imposition aux banques de conditions de prêts au entreprises et aux particuliers, ce qui ne peut se faire sans une nationalisation contrôlée et une planification des orientations. Il ne s’agit pas seulement de jouer contre une distribution injuste mais pour pouvoir le faire de prendre le problème à la source du contrôle de la déflation et des speculations. Et il faut envisager les moyens d’une sortie de la zone euro avant que celle-ci nous ensevelisse sous le poids de ses gravats en s’effondrant. C’est ça ou une Europe fédérale avec domination allemande, je ne fais pas une crise de germanophobie, simplement cette domination ne fera que renforcer une des causes de la speculation, la disparité entre zones en matière de production et probablement le monétarisme à la maastricht, les régulations type FMI. Donc j’ai un problème sur le fait de s’affirmer contre l’austérité et les marchés financiers et tenir à l’Europe au point de vouloir recréer le couple franco-allemand et plus généralement ne pas se donner les moyens du refus de l’austérité, se condamner de fait à céder à la pression comme la gauche dû le faire en d’autres temps pour les mêmes raisons.

La lutte pour la paix absente des programmes de la gauche

 Mais le pire de mes désaccords est l’absence de lutte contre le bellicisme, c’est une litote au vu de l’attitude des candidats de gauche et de melenchon lui-même face à l’expédition de l’OTAN en Libye. Croyez bien que je pose ces désaccords dans un esprit constructif, je rêve réellement de pouvoir voter pour un candidat trés à gauche et qui combat la montée de l’extrême-droite sur le fond et pas seulement dans les mots.

Certes la situation est complexe et je ne suis pas de ceux qui pour dénoncer le bellicisme impérialiste derrière les Etats-Unis ont besoin de transformer en nouveau Che Guevara quelqu’un comme Khadafi. Même s’il fut jadis tout à fait autre et s’il demeurait pour l’occident un allié versatile et trop préoccupé d’indépendance africaine. Simplement on peut n’avoir aucune sympathie pour Khadafi et ce qu’il est devenu et dans le même temps mesurer que la feuille de route de l’ONU consistant à “protéger” la population libyenne à coup de frappe aérienne est pure palinodie, qu’il faut donc purement et simplement refuser l’intervention de l’OTAN. Parce que quand il ne s’agit plus de Khadafi mais de pire encore quelqu’un comme le président syrien qui ne se contente pas de menacer son peuple mais réprime réellement et pire encore quand on a affaire au président iranien dont le régime est plus proche du fascisme que de tout autre chose qu’est-ce qu’on fait? Est-ce qu’on défend un régime de ce type et on se range aux côtés de l’extrême-droite? Et je dois dire que je suis effrayée de la manière dont le camp anti-impérialiste est désormais vérolé par les racistes, négationnistes les plus immondes sans que personne ne s’en effraye. Le manichéisme fait que certains ne puissent s’opposer à un deni de droit, à un viol de souveraineté manifeste sans considérer qu’il doivent être les inconditionnels non pas des peuples victimes mais de leurs dirigeants dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont pas des bouquets de printemps.

Alors faut-il pour autant croire nos propres dirigeants quand la main sur le coeur ils affirment que l’OTAN va protéger le peuple contre un méchant tyran, créer la démocratie, améliorer de surcroît la condition féminine? Celui des candidats de gauche qui croît cela est soit un imbécile, soit un complice, soit les deux. En politique rien ne sert de juger sur les intentions disait déjà machiavel il faut juger sur les faits, ils sont tétus, l’intervention qui se prépare contre l’iran n’a ni pour but de nous protéger d’un “nouvel Hitler” prêt à nous envahir, ni nous ni Israêl. L’Iran cherche tout au plus à prévoir une source d’énergie pour quand le pétrole sera épuisé et même à avoir une force dissuasive qui le protégerait de l’aggressivité dont il est victime. L’invasion de l’iran est une des formes de maintien à tout prix de l’occident d’une hégémonie menacée et qui de fait ne s’arrêtera pas en chemin, portant la guerre partout.  

Donc je suis prête à comprendre que quelqu’un ne veuille pas soutenir de tels dirigeants mais sacré bon dieu l’exemple de l’irak, de l’Afghanistan et maintenant de la Libye est là pour montrer non seulement l’inefficacité des interventions occidentales mais leur nocivité, pillage, insécurité, divisions, guerre civile… Et avec l’iran tout le monde sait que ce qui est en cause est encore plus dangereux, une guerre mondiale aux conséquences incalculables.

 C’est pourquoi la seule solution est de défendre la paix et dénoncer ceux qui prennent prétexte des archaïsmes (les talibans et la burqa dont tout le monde se moque désormais), des dictatures bien réelles pour inventer un nouvel Hitler (alors que le pays ne menace personne). une telle politique de paix ne peut exister que s’il existe une politique non pas au coup par coup mais si l’on est convaincu de la nature réelle de l’impérialisme à son stade sénile avec la concurrence entre monopoles qui a besoin des bellicismes. Si donc on fait de la paix un axe fondamental et prioritaire de la campagne du candidat qui a les suffrages des communistes. Voici des années que je tente mais en vain de réclamer une telle orientation en particulier en ce qui concerne l’Afghanistan. Le coût financier et humain, l’inefficacité d’une telle guerre et faute de l’avoir mené à temps sur ce terrain du constat et des solutions bientôt nous paraîtrons à la remorque de Sarkozy et de marine Le pen. J’avais interrogé le candidat melenchon sur ce point, il ne m’a pas répondu, j’ai eu droit au “dégage” dont il a gratifié le militant communiste qui l’avait interrogé à la fête de l’huma sur la manière dont il avait cru bon de lancer sa campagne flanqué de martine Aubry et de Montebourg dont il nous disait qu’il était à gauche mais qui pour moi était surtout confus et vrai irresponsable aux dents longues.

La campagne présidentielle ou la lutte des places

Il est vrai que la situation n’est pas claire et que faute d’avoir un parti communiste ancré sur quelques fondamentaux tout le monde oscille et cela donne chez la plupart des candidats et leurs électeurs des errances à la Eva Joly pour laquelle je finis par avoir une certaine sympathie. oui j’aime les victimes et cette pauvre fille à qui des compagnons politiciens ont fait jouer le rôle d’appât pour sièges de députés quitte à la détruire sans état d’âme le donne envie de l’aider, le seul ennui est que je ne suis d’accord sur rien de ce qu’elle avance avec bonne volonté mais j’en ferais volontiers un garde des sceaux d’un gouvernement de gauche. Je l’aime bien tant elle me semble représentative du jaja honnête que la campagne finit par développer chez l’électeur moyen y compris moi. D’ailleurs depuis que Jospin a encore accentué avec le quinquennat la présidentialisation du régime, tout le monde a compris le premier tour revient à se placer pour obtenir un strapontin ministériel et des députés. Eva joly est la biche sacrifiée sur l’autel de ce trait constitutionnel mais les autres le font sciemment pour exister, c’est-à-dire avoir droit à la publicité télévisuelle qui leur permet de se vendre comme une marchandise “démocratique”, eux et leur secte de carriéristes.

Sans parler du petit jeu qui consiste à faire monter celui ou celle qui est susceptible de piquer des voix au candidat de gauche ou de droite présent ou qui devrait être présent au second tour. Et la presse, les sondages s’extasient sur les performances comme ils avaient déjà selectionné Ségolène Royal pour assurer les chances de Sarkozy. ce qui là encore ne fait pas un programme mais créé une mauvaise fièvre qui évite de s’interroger sur le fond… marx se moquait déjà des Français incapables de voir malgré ou à cause de leur caractère ardant où les menait une Constitution… le vrai danger est que cela n’ait rien à voir avec l’angoisse du lendemain mais bien plultôt des jeux télévisuels…

Alors pas question de parler du fond, il faut frapper les esprits, et c’est ainsi que ce qui va devenir du racisme pur et simple est d’abord dans cette logique une sorte de publicité négative où toutes les outrances sont permises.

Est-ce qu’on va interdire le calendrier des PTT illustrée par la cathédrale de Reims ?

 Prenons un cas qui devrait m’être cher: la laïcité, un des philosophes dans lequel je me reconnais est Diderot, il est plein de bon sens et déteste les bigots. Il est représentatif de cette clarté gauloise dont marx parlait à propos de Français. J’ai donc une antipathie profonde pour tous ceux qui prétendent imposer leur morale, leurs singeries à tout le monde en particulier aux femmes. Oui mais voilà je ne supporte pas plus ceux qui manifestent pour dénoncer l’islam coupable selon eux d’avoir mis une bombe dans les locaux de Charlie hebdo alors que personne ne sait qui a mis la dite bombe et que Claude Guéant vient soutenir les journalistes éplorés. ma conception de la laïcité et de l’Etat c’est d’attendre les résultats d’une enquête avant de désigner un coupable surtout quand celui-ci relève d’une catégorie large devenue aisément bouc émissaire.

Mais le plus extraordinaire  est la dernière trouvaille d’un sénat passé à gauche qui après avoir décidé de la meutralité des crèches et centres aérés de loisirs et de vacances est allé jusqu’au ridicule ce 17 janvier de s’attaquer aux assistantes maternelles et à pondu l’article suivant: « Art. L. 423-23 A. — À défaut de stipulation contraire inscrite dans le contrat qui le lie au particulier employeur, l’assistant maternel est soumis à une obligation de neutralité en matière religieuse dans le cours de son activité d’accueil d’enfants. »

je dois dire mon plein accord avec l’intervention d’Esther Benbassa, sénatrice Verts, qui a demandé ce qu’était la neutralité au domicile d’un assistant maternel : « Une représentation de La Mecque ? Une reproduction d’une annonciation de Fra Angelico ou d’un “Judith et Holopherne” ? Une manière de préparer le repas ? » On pourrait ajouter : faudra-t-il qu’un policier reste en permanence au domicile de l’assistant maternel pour vérifier qu’il ne prie pas cinq fois par jour ? qu’il ne cuisine pas hallal ? qu’il ne lit pas le Coran ?” Est-ce que le calendrier des postes représentant la cathédrale de Reims mérite sanction ou un portrait de Che Guevara au domicile d’une sympathisante communiste relève du même interdit ajouterais-je ? Mais cela dit je n’appouve pas plus le texte de l’UJFp qui part dans un autre délire et en rajoute en parlant quasiment à propos de cette loi de pratiques proches de celles du Vel d’Hiv… C’est autre chose, c’est la médiocrité, l’art d’exacerber n’importe quoi, d’hystériser tout ce qui est secondaire pour éviter de parler du fond : l’Europe, la zone euro, la maîtrise du système financier, la guerre et la paix.

Non nous n’en sommes pas au stade où l’on prend juifs, tsiganes, homosexuels en y ajoutant le jeune un peu basané des banlieues pour les envoyer dans un camp de concentration, nous en sommes au stade où à coup d’excés et de jacasseries vaines on vide la vie politique de son sens. Je crains que l’atmosphère générale qui par bien des traits fait songer effectivement à la république de Weimar qui a par incurie, lâcheté, a laissé monter des forces obscures dans la crise voit  succéder à tous ces ridicules, ces rodomontades, ces hableries, ces jactances qui tiennent lieu de réthorique de gauche les mutineries sans parti qui annoncent le vrai fascisme…

Que fait-il faire ? Voter malgré tout alors que l’on n’est d’accord avec personne ? Voter pour celui qui est le moins éloigné de vos idées ? Se laisser prendre par cette ambiance où l’on finit par se croire acteur parce qu’on a distribué un tract ? Bon réfléchissons encore un peu… Sarkozy nous a annoncé qu’il y aurait peut-être une guerre contre l’iran cet été mais qu’entre temps il aurait peut-être rapatrié les troupes d’Afghanistan (par parenthèse sur le plan géographique on peut passer aisément d’un lieu à l’autre et y recevoir sans doute le même accueil enthousiaste des populations), cela nous laisse quelques temps pour nous agiter autour de n’importe quoi… Par exemple débattre gravement du nucléaire civil comme prétexte à accouchement de sièges pour les verts et ne jamais esquisser la moindre critique sur le nucléaire militaire…  Occuper les centrales et se foutre du tiers comme du quart des porte-avions desquels partent les rafales de monsieur dassault équipées de minuscules bombes à ogive nucléaire à partir des eaux internationales ou encore ne jamais rien avoir à dire contre les sous marins nucléaires qui tournent à nos frais autour de la planète…

je reconnais que mes exigences sont peut-être excessives par les temps qui courent et il suffirait croyez le bien que je sois un peu rassurée sur disons cinquante pour cent d’entre elles pour que je vote …

Danielle Bleitrach

 
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Publié par le janvier 22, 2012 dans actualités, mon journal, politique

 

LA TRADITION DEMOCRATIQUE IRANIENNE ET LE CHIISME par danielle Bleitrach

LA TRADITION DEMOCRATIQUE IRANIENNE ET LE CHIISME par danielle Bleitrach

 Je vais tenter dans une série d’articles de vous expliquer ce qui fonde ma position sur l’Iran. Aujourd’hui je vous parle de mon respect pour la civilisation iranienne y compris dans ses valeurs religieuses. il me semble que mieux connaître les peuples, leur histoire est indispensable au dialogue et à la paix. Dire que je n’ai aucune sympathie pour les dirigeants iraniens actuels que je déteste le fanatisme religieux qui masque de sordides intérêts et réprime le peuple ne signifie en rien une dépréciation de ce qu’à été y compris la Révolution islamique, sa volonté d’indépendance et même ses acquis. Et à ce titre, je voudrais que l’on comprenne mieux les fondements y compris religieux d’une civilisation millénaire. Peut-être y a-t-il dans mon approche l’influence d’un Max Weber qui cherchait l’esprit  du capitalisme dans l’éthique protestante et moi je cherche l’esprit du socialisme dans les choix éthiques y compris religieux des peuples. Plus simplement, je suis simplement marxiste:  en 1874, Friedrich Engels épinglait ceux qui avaient « la prétention de transformer les gens en athées par ordre du mufti ». Et, l’année suivante, Karl Marx écrivait : « Chacun doit pouvoir satisfaire ses besoins religieux et corporels sans que la police y fourre son nez. » En fait les connaissances peu à peu acquises sur des civilisations et sur l’histoire de pays ne sont en rien celle d’un expert ou celles d’un chercheur ayant beaucoup travaillé un terrain mais le choix d’une “honnête femme” cherchant à respecter ses contemporains.

Chiites et communisme, y a-t-il un lien ?

 J’ai souvent été frappée par le fait que c’était dans les pays chiites   où l’implantation communiste a été la plus forte. Fallait-il voir dans Bassorah la rouge où traditionnellement le parti communiste irakien était plus fort que dans le reste du pays l’influence chiite ou le fait que ce port pétrolier était celui des résistances ouvrières ? Les deux sans doute avec une petite préférence néanmoins pour l’influence ouvrière.

Il n’empêche  qu’un regard sur l’organisation religieuse en Iran et la manière dont la République islamique a bouleversé cette tradition peut nous aider à entrevoir la complexité d’une société et par delà le fait qu’une intervention armée sous le prétexte d’en finir avec une dictature n’est certainement pas la solution.

L’islam chiite ou la démocratie de base

L’islam chiite a un côté contestataire qui fait plus songer au talmud judaïque qu’à la tradition de l’Islam sunnite. L’islam chiite était organisé selon les principes de la démocratie populaire.En gros deux principes assimiler un savoir et le confronter aux croyants et ce dès le premier niveau celui du talaba (celui qui cherche) où on fréquentait une université théologique sans examen d’entrée, ni de sortie, ni à quelque niveau que ce soit. Il fallait acquérir l’arabe classique, celui du coran. L’apprentissage allait de pair avec l’enseignement de ce qu’on avait acquis dès le semestre suivant. celui qui s’estimait prêt annonçait son cours qui pouvait avoir lieu n’importe où, à la mosquée mais aussi tel un précheur de hyde park au coin de la rue. L’assentiment de l’auditoire, d’abord sa présence attestait des qualités de l’ensiegnant-étudiant. Cela durait dans une première étape cinq ou dix ans et il s’agissait de commenter des textes simples. A la seconde étape les textes devenaient plus difficiles et portaient sur le droit et sur les principes. Encore quelques années et on accédait au troisième pallier charej, là on passait le reste de son existence à l’interprétation sans l’appui d’un quelconque texte écrit. Là tout l’enjeu était dans la critique des maîtres ayatollahs les plus renommés. Il ne s’agissait pas de les flatter mais de les contredire avec hardiesse et parfois les participants de ces joutes oratoires en venaient aux mains sans parler des insultes et autres malédictions. ce qu’il faut bien comprendre c’est puisqu’il n’y avait pas de diplômes, pas de note, pas d’examen il fallait que chacun fasse la preuve de ses capacités devant un public (masculin) apte à apprécier et qui faisaient et défaisaient les prestiges.

C’est fou ce que ce système de démocratie théologique ressemblait au judaïsme y compris hélas dans la place réservée aux femmes : un strapontin au paradis pour celles qui avaient obéi à leur père époux, et l’interdiction de participer aux débats sur l’interprétation de la thora et du Coran. Une ségragation au coeur de la démocratie populaire qui a fait que l’un d’un éléments de la Révolution iranienne fut le refus de la consultation des femmes par les urnes qu’avait proposé le chah. Bref! c’était comme toutes les démocraties populaires basées sur les beaux parleurs dans les agoras, elles concernaient déjà seulement la moitié de l’humanité. A ce titre on peut souligner que la Révolution iranienne est allée plus loin que ses propres bases puisqu’aujourd’hui il y a plus d’étudiantes à l’Université de Téhéran que d’étudiants et un grand nombre de femmes fonctionnaires parfois à des postes élévés. Même le port du voile imposé d’une manière tatillonne par la République islamique (il ne s’agit pas seulement du voile mais les gardiens des moeurs refusent les bottes en cuir) n’a pas eu que des inconvénients puisque si jadis les femmes n’avaient pas le droit de se mêler à ce monde d’iniquité où les femmes se balladaient habillées à l’occidentale, on les a laissé sortir à partir du moment où elles acceptaient de ressembler à Belphgor et elles ont conquis des places qu’elles n’avaient pas auparavent.

Maus pour revenir au recrutement des religieux, chargés de dire le droit, d’être les arbitres et d’aider les pauvres, il faut noter que les seules instances de contrôle étaient non seulement les enseignants mais aussi les étudiants et les croyants. Les universités étaient financées par le don que le Coran impose à chaque fidèle (un cinquième de ses revenus) pour les pauvres, les descendants du prophète et les institutions religieuses. Des trésoriers recevaient les dons et chacun d’entre eux en faisait ce qui lui plaisait. Aucun contrôle public ou privé n’était exercé sur les sommes mais chacun voyait bien ce qu’il en était. Il n’existait pas plus de hiérarchie, seul l’assentiment des croyants décidait de l’influence d’un religieux. Il n’y avait aucune centralité, pas de pape,  là encore cela ressemble au judaïsme ou à la psychanalyse. On attendait de surcroît le retour du messie, je veux dire celui du Madhi, l’imam caché  et dans l’espérance de ce moment béni on supportait le pouvoir et de petits groupes se formaient autour de religieux, chacun d’entre eux étant reconnu pertinent dans l’interprétation du Coran poivait recruter, expliquer, juger, etc…

En fait cette situation n’était pas aussi égalitaire qu’il n’y paraît, la concurrence et les rivalités entre mollahs étaient fort âpres surtout quand ils habitaient la même ville et se disputaient public et ressources qui leur permettait d’avoir des étudiants pauvres et nécessiteux, élèves domestiques. Ils attendaient aide, secours et conseils judicieux et pouvaient à chaque moment changer de maître. N’importe qui ayant un peu d’imagination peut aisément entrevoir ce qu’un religieux- demeuré un être humain- éprouve face à la concurrence que d’autres décriront comme une saine émulation à rester proche de la base.

Un autre aspect de ce “basisme” était le caractère contestataire face au pouvoir laïque, celui du chah par exemple. ” le désordre est notre ordre” a dit le fameux érudit seyed Abolhassan esfahani en décrivant ce qui était pour lui la caractéristique essentielle du chiisme. de toute manière quelle que soit l’autorité elle n’était qu’usurpation et devait être renversé lors de la venue de l’Imam caché. Mà encore comment ne pas penser au messianisme judaîque et la manière dont ce dernier a engendre une masse de révolutionnaires. C’est à cause de ces caractéristiques qu’il me semblait qu’un lien devait être établi entre le chiisme et l’implantation communiste. Comme d’ailleurs la manière dont les potentats arabes considèrent avec suspicion les chiites et leur indépendance.

L’Etatisation de la république Islamique

Khomeiny et sa prétention à exercer le pouvoir politique en s’appuyant sur le clergé bouleversa la donne une première fois. Khomeiny était une sorte de stalinien qui voulait réellement s’appuyer sur le peuple, renverser l’ordre capitaliste et lui substituer la justice pour le peuple simplement c’était sur le modèle chiite transformé en étatisme. Il inventa un compromis avec le clergé chiite qu’il attira dans sa vision et tout de suite il eut à coeur de transformer le recrutement des religieux, l’université théologique qu’il plaça sous le seul contrôle d’une assemblée religieuse.  Ainsi il nationalisa la quasi totalité des institutions religieuses et donc il balaya la démocratie populaire en créant une nouvelle unité entre l’Etat et la religion non seulement dans l’idéologie et les institutions. Il y eut des examens et les religieux devinrent des fonctionnaires avec prebendes et faveurs suivant la fidélité au pouvoir.

Si l’on, ajoute à cela un système financier particulièrement opaque  parce qu’il faut encore compter avec “les fondations” qui contrôlent une part importante de l’économie iranienne. Ces fondations reçoivent des dons privés mais aussi des subventions publiques (en particulier à partir du pétrole et de l’import-export)  ont à charge des missions étatiques, des sortes de ministères mais ont le privilège de se livre à un juteux commerce, à des transactions financières sur lesquelles l’Etat ne perçoit aucun impôt.  C’est une sorte de monstruosité capitalo-théocratique  qui domine le pouvoir politique. la plupart des conflits de clans et des antagonismes de personnes comme ceux qui opposent en ce moment le président Ahmadinejad à l’Ayatollah Ali khameneion, le guide suprême se déroulent sur fond de lutte pour le pouvoir politique mais aussi économique et dont le peuple fait les frais, ce qui aggrave encore la rigueur de l’embargo et des sanctions. La répression est trés dure et il y a à la fois des centres concurrentiels qui se paralysent mutuellement et une architecture politique qui unit l’armée, les gardiens de la Révolution, la milice des bassidjii et de nombreuses organisations paramilitaires qui ont éliminé tout autre forme de vie collective.

Une bonne partie des nord-américains table d’ailleurs sur les divisions à l’intérieur de ce système de pouvoir et l’entente avec un clan contre un autre. C’est possible mais ce sur quoi il faut compter est une forme d’unité historico-religieuse qui fonde la nation. Le terme mellat qui est en général traduit par nation signifie aussi communauté religieuse même si un autre grand héros de l’Indépendance iranienne Mossadegh est célèbre pour avoir prononcé un discours sur l’indépendance pétrolière de l’Iran en réclamant un verre d’eau en plein ramadam. le chiisme est à la fois structurant de la conscience nationale mais celle-ci ne se limite pas aux aspects religieux. le paradoxe là encore est que je crois que nul mieux qu’un juif parce que pour une part sa culture appartient au même univers pourrait percevoir cette relation entre peuple, nation et religion par le biais de la famille. Et la relation est encore plus forte si l’on considère le chiisme, cette absence de centralité, ces groupes de base autour d’un sage reconnu… Il serait temps que chacun perçoive ces ressemblances, ces formes possibles de dialogue au lieu de s’enfermer dans de micro-identité narcissiques hostiles…

Une forte conscience nationale

Mais il y a des choses que l’occident un peu trop préoccupé des jeux de sérail a du mal à percevoir: l’iran est une des plus vieilles civilisation du monde, toute pression venue de l’extérieur aura pour effet de renforcer la stabilité intérieure non seulement parce que le pays fera front uni face aux envahisseurs mais parce qu’il n’y a pas d’autre alternative à celle qui pourra se construire à partir de ce qu’est le peuple iranien. En tout temps, la seule chose sur laquelle ce peuple a réussi à concilier des oppositions internes a été le refus de la main mise de l’étranger qu’il s’agisse de l’épisode de Mossadegh ou de la révolution menée par khomeiny. Il existe de fortes traditions démocratiques dans ce monde chiite et ce n’est donc pas en prétendant instaurer de l’extérieur la démocratie que l’on avancera , on risque fort de se heurter à un peuple fondamentalement hostile à toute intervention et en prétendant détruire le pouvoir des mollahs on sera confronté au vide laissé par la répression du système des dits mollahs, donc à une anarchie regressive alors qu’il faut que les peuples trouvent en eux mêmes les formes de démocratie qui leur sont propres… A partir de leurs traditions culturelles mais aussi en faisant face dans la souveraineté aux problèmes de développement auxquels ils sont confrontés.

Un texte fondamental, celui du sermon de khomeyni le 27 octobre 1964 à Qom, lors d’un pélerinage, le religieux alors que les politiciens se taisaient osa dénoncer la loi qui accordait l’immunité diplomatique c’est-à-dire l’extraterritorialité juridique au personnel militaire américain en Iran :

je narrive pas à exprimer l’émotion qui m’étreint. Mon coeur est oppressé (…) Les parlementaires ont approuvé cette loi  avec un total cynisme; le gouvernement a approuvé cette loi honteuse avec un total cynisme, il a rendu la nation (mellat) de l’iran plus vile que des chiens américains! Si quelqu’un écrase un chien américain avec sa vpoiture, il sera arrêté. Même si c’est le chah d’iran qui écrase un chien américain, il sera poursuivi. Mais si un cuisinier américain écrase le chah d’iran, ou l’un de ses plus hauts dirigeants, personne n’a le droit d’intervenir (…) Nous ne reconnaissons pas comme loi ce qu’ils ont voté en lui donnant ce nom: nous ne reconnaissons pas comme parlement ce majles-là. Nous ne reconnaisson pas ce gouvernement, ce sont des traîtres à leur pays.”

Si un peuple s’est soulevé quand un religieux a été capable de prononcer ces mots que croyez-vous qu’il fera en cas d’invasion ?

 
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Publié par le janvier 22, 2012 dans Asie, civilisation, guerre et paix, histoire, société

 

printemps arabes, nouvelle croisade et nouvelle donne pour le Hamas….

printemps arabes, nouvelle croisade et nouvelle donne pour le Hamas….

Légende :  miniature représentant l’exécution de  milliers de musulmans massacrés dans la mosquée Al Aqsa (Jérusalem considéré comme l’emplacement du temple de Salomon avec à sa base le mur des lamentations) par les Croisés. Quand les croisés entrèrent à Jérusalem, ils massacrèrent juifs et musulmans qui jusque là vivaient en paix et l’on dit que leur sang teintait le poitrail des chevaux des croisés.  

23/01/2012. Cet article des Nouvelles d’Orient (Liban) confirme ce que nous n’avons cessé d’envisager: une redistribution des cartes organisée non pas par l’Islam modéré, catégorie politique indéterminée, mais bien par les forces conservatrices prêtes à une alliance avec les Etats-Unis et L’Europe. Qu’il s’agisse de la Tunisie, de l’Egypte, de la libye, partout on assiste à une réorganisation autour de la poursuite d’une politique néo-libérale. Le rôle joué par la Turquie qui va dans le même sens tout en poursuivant son rêve politique de reconstitution de l’Empire Ottoman, celui de la ligue arabe et des Saoudiens, sans parler de l’emir du Qatar et de sa radio, témoigne bien de la même logique: affaiblir non seulement l’Iran, les chiites et leur allié syrien. Au-delà des agitations antisémites à l’aéroport de Tunis, avec les excès démagogiques antisémites propres à la surenchère iranienne, le voyage du Hamas est aussi une rencontre avec un des pions de la Turquie que constitue la nouvelle Tunisie. Si la nouvelle du retrait de Khaled Mechaal traditionnellement allié proche des syriens et des Iraniens se confirmait nous assisterions à une nouvelle donne politique correspondant à un isolement grandissant de l’Iran. Il ne reste plus comme allié à l’Iran que l’Irak, l’Afghanistan ou du moins une partie de ces pays déchirés, la Syrie qui subit non seulement la pression de l’occident et donc de la Ligue arabe mais également celle de la Turquie. Pour la Syrie (comme pour l’Iran), nous avons donc deux faits, d’un côté une répression difficilement niable mais aussi tout aussi évidente une intervention de l’Occident y compris une aide armée et un encerclement destiné à attiser les tensions jusqu’à la guerre civile. La Syrie n’étant pas un but en soi mais un marche-pied vers l’Iran.

Quelques conséquences immédiates et d’autres à plus long terme :  Si la Syrie tombe ce qui paraît vraisemblable, l’Iran sera de plus plus isolée et là deux réactions possibles, le défi type blocage du détroit d’Ormuz ce qui risque de lui faire perdre le soutien de la Chine ou alors ce qui est peut-être déjà en place il y a négociations. Mais l’isolement de l’Iran peut être considéré par les Etats-Unis et l’OTAN comme l’occasion de se débarrasser définitivement d’un pouvoir, scénario bien connu. Et là nous sommes dans un conflit qui peut déboucher en guerre mondiale voir en guerre nucléaire.

C’est dans ce contexte qu’il faut apprécier les sanctions accrues contre l’Iran, l’embargo pétrolier. Personne n’espère comme cela est hypocritement affirmé qu’il s’agit de faire renoncer l’Iran au nucléaire militaire. Non seulement la Chine a déjà affirmé qu’elle n’appliquerait pas l’embargo pétrolier, mais des pays comme l’Italie, l’Espagne et surtout la Grèce dépendent de l’approvisionnement iranien et le choix d’un étranglement supplémentaire du sud de l’Europe témoigne de la soumlssion irresponsable de l’Europe au diktat des Etats-Unis. Les alliés inconditionnels des uSA que sonr la France  et la Grande bretagne montrent jusqu’où ils sont prêt à aller alors même que la crise s’abat sur l’Europe à partir de ces mêmes pays, leur choix est clair à partir d’un large consensus autour de sanctions (présentées comme permettant d’éviter la guerre) en fait leur objectif est le changement de régime.

 Soyons clairs des sanctions, un embargo sur le pétrole iranien qui ne peut que rendre insupportable la situation de l’Espagne, l’Italie et la Grèce, ne sont pas le but, la France et la Grande Bretagne veulent répéter le scénario libyen, le nucléaire iranien n’est qu’un mauvais prétexte pour renverser le régime et  les complices de l’OTAN  n’accepteront aucune négociation avant que le but soit rempli.Ils tablent sur une nouvelle donne, une entente et un pillage des ressources pétrolières favorisé par la souplesse des pays arabes. On doit noter que de s’être donné en occident des alliés néo-nazis et l’extrême-droite est la cerise sur le gâteau de cet isolement iranien qui a visblement tablé sur un anti-impérialisme antisémite lié à la situation des Palestiniens qui a démontré ses limites.

Le message est passé et la plupart des pays arabes ont non seulement abandonné la Syrie mais également l’iran. L’article montre que le hamas est en train d’en faire autant. La visite de Haniyeh, dirigeant du Hamas à Tunis n’était pas isolée, il s’agissait d’une tournée : Turquie, Soudan, Qatar et Bahreïn. L’étape du Bahreïn est peut-être la plus caractéristique de l’évolution du Hamas.  Ce pays ne joue pas un rôle majeur et où, de plus, il écrase son opposition chiite avec l’aide militaire des saoudiens donc ce choix de tournée correspond à un appel aux Saoudiens trés hostiles à son égard et à celui des frères musulmans.   La tournée de Haniyeh signifie que le Hamas revendique l’hégémonie sur la palestine et donc sur la scène régionale en s’appuyant sur les victoires des Frères musulmans (en Tunisie, en Egypte, au Maroc et peut-être en Libye) et cela passe par le renoncement aux alliances iraniennes. Le hamas poursuit ses proclamations et les surenchères “antijuives”, voir négationnistes de l’Iran tout en assouplissant en sous main sa politique pour l’emporter sur le Fatah.  C’est le scénario plus ou moins prévu depuis le début du printemps arabe, le seul qui a paru en capacité de maintenir en place les bourgeoisies arabes et plus généralement celles des pays musulmans.

Nous avons donc théoriquement des conditions de négociation qu’il s’agisse de l’Iran ou d’Israël qui pourraient être optimales mais il y a peu de chance que cela se passe ainsi. Non seulement parce qu’Israêl est dirigé par des extrémistes qui poursuivent le jusqu’auboutisme du Grand israël  mais parce que les révoltes et le mécontentement des peuples n’en est qu’à ses débuts.

Parce que les alliances demeurent à géométrie variable et si la Turquie, les frères musulmans et l’Arabie saoudite, voir les pays du Maghreb peuvent être d’accord temporairement pour abattre l’Iran, la Syrie, le jeu concurrentiel est tel qu’il engendre une instabilité permanente des alliances au grè des intérêts mais aussi des révoltes populaires.

Le vrai problème est que ce qui a soulevé les masses lors de ce printemps arabe demeure et s’aggrave: chomage, montée des prix, corruption et donc humiliation donc cette réponse risque de ne pas en être une et la surenchère autour de la question palestinienne favorisée par la politique israëlienne tiendra lieu d’exutoir. Donc nous sommes devant un processus aux conséquences incalculables qui loin d’obtenir la paix par l’élimination des extrémistes va aboutir à une exaspération des contradictions. (note de Danielle Bleitrach)

Le souffle des révolutions arabes chamboule le Hamas

 Khaled Mechaal, proche de l’axe syro-iranien, ouvre la voie à sa succession à la tête du mouvement islamiste.

Le mouvement islamiste palestinien Hamas traverse une profonde mutation pour s’adapter à son nouvel environnement régional, marquée par une redistribution des cartes entre ses directions en exil et dans la bande de Gaza.
Le Hamas a annoncé samedi que son chef Khaled Mechaal, basé à Damas et ouvertement contesté par des dirigeants du mouvement à Gaza, ne souhaitait pas se représenter, ouvrant ainsi la lutte pour sa succession. « Khaled Mechaal, chef du bureau politique, a fait part au Conseil consultatif du Hamas de son souhait de ne pas être candidat à la direction du mouvement à l’avenir », a indiqué le Hamas dans un communiqué. Le Hamas confirme ainsi des informations qui circulaient ces derniers jours dans la presse sur la volonté de M. Mechaal de ne pas rester à la tête du mouvement. Selon des sources du Hamas, les prochaines élections à la direction du bureau politique devraient se tenir en juillet ou en août. Parmi les possibles candidats à la succession de M. Mechaal figurent son bras droit, Moussa Abou Marzouk, le chef du gouvernement du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, et Mahmoud Zahar, un des plus influents dirigeants du mouvement à Gaza

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« Le Hamas traverse un processus de transformation », souligne l’économiste Omar Chaabane, directeur du groupe de réflexion Palthink à Gaza, qui cite des « facteurs internes et externes ». Certains responsables à Gaza « se demandent pourquoi ils doivent subir le blocus » israélien et regrettent le temps où ils n’étaient pas en charge du territoire palestinien, qu’ils contrôlent depuis juin 2007, affirme-t-il. « À l’extérieur, ils sont entre l’espoir de l’Égypte et la pression de la Syrie », résume M. Chaabane, en référence à la victoire électorale des Frères musulmans égyptiens, maison mère du Hamas, et la répression du régime de Damas, qui accueille la direction en exil du mouvement islamiste palestinien.

« Les atrocités du régime syrien sont commises contre les Frères musulmans syriens. Le Hamas ne peut plus justifier sa présence à Damas », précise Moukhaïmer Abou Saada, professeur de science politique à l’Université al-Azhar de Gaza. L’universitaire constate une inversion des rôles entre Khaled Mechaal, longtemps considéré comme un radical, et des hiérarques du Hamas à Gaza, réputés plus pragmatiques. « Quand Mechaal bénéficiait du soutien total du régime syrien et de l’Iran, il se rattachait à ce camp et ne pouvait pas faire de compromis », explique M. Abou Saada. Mais les révolutions tunisienne et égyptienne influencent le Hamas, dont le chef prône désormais « la résistance populaire pacifique ». « C’est nouveau, bien que cela ne fasse pas consensus au Hamas ». Un leader de Gaza, Mahmoud Zahar, a déclaré que « la résistance armée aussi pouvait être populaire », rappelle-t-il. « Le rapport de forces se modifie de l’extérieur vers l’intérieur », poursuit le politologue. « Le Hamas dispose de revenus intérieurs, il ne dépend plus de l’assistance financière régionale. »
Une inconnue subsiste dans le rapport de forces au sein du Hamas, souligne toutefois Moukhaïmer Abou Saada : le rôle de sa puissante branche armée, qui impose de fait une trêve avec Israël, jusqu’alors considérée comme acquise à Khaled Mechaal. Selon lui, « les Brigades Ezzedine al-Qassam font allégeance à celui qui leur donne de l’argent pour payer leurs armes. Récemment, elles ont montré davantage de loyauté envers la direction du Hamas à Gaza ».
(Source : AFP)

 
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Publié par le janvier 24, 2012 dans Asie, guerre et paix

 

Theo Angeolopoulos, le regard d’Ulysse et l’exil intérieur par danielle Bleitrach

Theo Angeolopoulos, le regard d’Ulysse et l’exil intérieur par danielle Bleitrach

 j’apprends la mort de Theo Angelopoulos, mort d’un accident durant le tournage d’un film. D’un cinéaste, il reste des films et surtout des images… Se succédent alors des titres et l’un d’eux s’impose, le regard d’Ulysse. Angelopoulos est grec, il a vécu toutes les tragédies de ce peuple, l’exil et bien sûr le voyage d’Ulysse, l’Odyssée ce texte fondateur et dès les premières images, la caméra découvre la mer, on songe aux soldats de Xenophon, harassé fuyant l’expédition perse et criant “thalassa, thalassa” comme si leur patrie était la mer.La mer ce n’est pas rien, une terre complètement ciselée par les vagues, par l’échange d’île en île, la rencontre, la parole reine de la Cité. Oui mais voilà un jour les dieux ont été enchaînés, soumis. La mythologie, les paysages où il suffit d’une ruelle écrasée de soleil, une femme vêtue de noir, et le silence de midi pour retrouver Ithaque, sont encore là mais des nappes de brouillard obscurcissent la mer.

 Chez Angelopoulos, la Grèce est toujours en deuil d’avoir été le berceau de la démocratie, du dialogue philosophique, la Grèce épuisée par ses luttes et je revois devant cette mer du regard d’Ulysse,  une autre image, celle de la nuit dans un bus qui traverse Athènes, un militant fatigué, solitaire monte avec un gigantesque drapeau touge qui l’enveloppe comme un linceul. Thalassa, thalassa, la mer dit le premier regard d’Ulysse et la caméra se détourne de l’eau salie pour se lancer dans une autre zone de tempête,une Grèce exsangue, les Balkans et comme pour insister sur la mort de ce berceau de l’espérance, sur un fleuve une barque avance elle charrie une immense statue de Lénine allongée tandis que les gens sur les rives le regardent passer ignorant déjà de qui il s’agit. La Grèce va jusqu’au bout de l’agonie et peut-être ne reste-t-il plus que l’instinct de survie, celui qui pousse zorba le grec a encore danser et chanter dans le désastre…

http://youtu.be/h4g6K-jOPAc

Est-ce que Algelopoulos a lu ces pages de Chateaubriand où il décrit ce qu’est devenu la Grèce sous l’oppression turque, des ruines avec des haillons servant de toît à des famille hagardes, livides, ayant perdu jusqu’au souvenir de l’histoire, probablement mais il lui suffisait de relire l’Odyssée pour retrouver les moments où l’expédition d’Ulysse mange les fleurs de l’oubli au pays des lotophages, devient pourceau ou encore Ulysse se faisant attacher à un mât tandis que ses compagnons les oreilles bouchées rament sans entendre les sirènes, image  de l’art condamné à demeurer attaché tandis que ses compagnons,ses camarades, le peuple n’entend plus rien…

Pourquoi je pense à cette montée dans les Balkans vers l’Albanie… Parce que le film décrit dès la première séquence la mort du cameraman… Et Angelopoulos est mort en filmant. Il a dit son désarroi sur ce que peut dire le cinéma sur l’histoire. Son questionnement rejoint celui de Godard, est-ce que le cinéma survivra à la cécité dont il a témoigné au XXe siècle, en ne filmant pas la Shoah demande Godard. est-ce un hasard si son dernier film (Godard) intitulé “film socialisme” est une odyssée autour de la méditerranée dans le bateau, l’immense ville flottante, qui vient de s’échouer sur les côtes de Toscane.Ce qui hante les cinéastes comme Godard ou Angelopoulos est ce que peut le cinéma, ce qu’est encore la dictature, le nazisme et l’impossibilité du socialisme du XXe siècle à constituer une alternative crédible. Je pense au regard d’Ulysse, à ce périple d’un cinéaste grec en mêlant ses images à celle de “socialisme” de Godard.   Qu’est-ce que peut faire un cinéaste enchaîné à son mat, errant dans le temps et dans l’espace, le cinéma est un regard parmi d’autres, une subjectivité et le cinéaste ne sait pas ce que portait son cinéma, son exil, ses luttes…

L’Europe du nazisme qui commence à Sarajevo avec le prélude de la grande boucherie de 14-18 et celle que l’on crut de l’après nazisme qui mourut aussi à Belgrad et à Sarajevo quand fut scellé le sort de la Yougoslavie avec les bombardements de l’OTAN. Cette Europe là qui aujourd’hui agonise avec le sort réservé aux Grecs, une fois de plus. Le sujet individuel occidental né avec Ulysse selon la dialectique de la raison d’Adorno et Horckeimer. Alors ce n’est pas rien cette idée qui m’obsède et qui veut que Auschwitz commence à Sarajevo. le périple d’Ulysse n’a plus la méditerranée comme origine mais Sarajevo, Belgrad… L’odyssée d’Ulysse le conduit à la recherche d’un film perdu à Belgrad, à Sarajvo; il franchit la frontière albanaise. Le regard d’Ulysse est celui de la caméra qui scrute la brûme , un regard intérieur mais sans complaisance avec gravité et comme un enfant ignorant. On ne peut s’empêcher de pense à cette nouvelle de Kadaré sur les manuscrits perdus d’Eschyle, ces manuscrits égarés du plus mystérieux des tragédiens grecs traitaient de Prométhée, l’éternel révolté, enchaîné par les dieux pour avoir donné le feu à l’humanité. Promethée, celui dont Marx disait qu’il était le seul saint de l’histoire de l’humanité qu’il reconnaissait. L’Albanie, cette frontière franchie pour remonter vers les Balkans, ce ne peut pas être un hasard si Angelopoulos part de là à la recherche de bobines de films perdues comme l’ont été les tragédies d’ Eschyle pour kadaré, et s’il suit une gigantesque statue anéantie… Mais là ce sont des bobines de films qui sont recherchées et la quête se poursuit sous la mitraille, sous les bombes. Celui qui les détient est joué par un héros de Andrei Tartovski, Erland Josephson, alors que la démarche de Angelopoulos est aux antipodes politiques du mystique idéaliste russe. Peut-être est-ce parce que Harvey Keitel, Ulysse, s’abandonne, ne résiste plus, il n’est qu’un corps à la dérive comme la statue de Lénine dans la barque qu’il attend son salut de cet individu, qui peut savoir, Angelopoulos n’est jamais aussi explicite nous nous laissons entraîner par l’errance.

Pourquoi le regard d’Ulysse encore plus que d’autres films parce qu’il est le film dont les images me poursuivent mais aussi parce que son rythme est obsédant, un éternel retour au coeur d’une sensation d’abandon et de perte. Trois heures, avec des plans trés longs, un voyage suivie respectueusement par une caméra qui fait songer à  celle de l’Aventura d’Antonioni. la disparition inexpliquée mais l’incommunicabilité n’est pas le sujet, celui-ci est l’Histoire, son incarnation dans le corps du cinéma, dans un regard nécessairement subjectif…

Angelopoulos ou l’histoire d’une génération, la mienne, et de sa relation a au cinéma, les clés qui ouvraient ses images sont en train de disparaître mais demeure la beauté de l’errance, du voyage, de la quête, Ceux qui ont moins de vingt ans comme on dit en riant ne peuvent pas savoir ce que fut cette quete, cette odyssée, que nous avons cru pouvoir mener collectivement. Angelopoulos a d’abord été pour nous le cinéaste militant celui qui dénonce l’injustice et la dictature, pas seulement celle des Colonels mais l’occupation allemande, la guerre civile, il en a montré les racines de classe, le capital ira toujours jusqu’à la dictature pour préserver son pouvoir et ses privilèges. Le cinéma est militant, il dénonce, c’est le voyage des comédiens parce qu’il est toujours question de la représentation dans la dénonciation. Puis à partir de 1983, le cinéaste retourne son regard sur lui-même, sur ses engagements. Le film qu’il tourne sur Alexandre le Grand ,marque  le moment où l’interrogation sur la dictature se transforme en interrogation sur le socialisme, non pour les comparer mais pour dénoncer la tentation impériale, celle dont fut victime jadis la Grèce des cités.  Il est d’abord critique devant le gouvernement socialiste de papandreou mais aussi en filigrane sur le socialisme réel, le stalinisme. Le Discours politique est toujours là mais comme la statue de Lénine en pièce descendant le fleuve ou le militant seul enveloppé dans son grand drapeau rouge, il est pris dans la brûme. Ulysse, sa subjectivité, son désarroi, l’innocence de son regard et le cinéma à ce prix peut encore et toujours être inscrit dans l’histoire.

Voilà chacun ou plutôt ceux qui suivent ce blog auront compris pour quelle raison je suis hantée par le regard d’Ulysse. L’impossibilité d’appartenir à un autre camp que celui de l’indispensable révolution et dans le même temps le désenchantement devant ce que deviennent mes compagnons. L’oubli qui me désespère et les recompositions dangereuses, ceux qui ne veulent pas changer, la solitude et l’expérience intérieure du temps, de la politique, un certain désarroi et aussi une danse , un verre bu ensemble, le regard d’un enfant qui vous parle du retour de l’espérance. L’éternel retour, le rythme lent, le pas qui hésite et la caméra qui effleure.

Mes déchirements sont comme ceux de Theo Angelopoulos, un pas qui franchit les frontières, mais moi je erre plutôt du côté de la galicie polonaise, celle qui parqua mes ancêtres, leur refusa la citoyenneté et plus tard fut le lieu privilégié de leur extermination. Avez-vous encore besoin du négationnisme de cette histoire là pour vous prendre pour des révolutionnaires, vous faut-il recourir encore et toujours au simulacre du complot du banquier juif pour mieux sauvegarder une classe capitaliste, qu’êtes vous devenus à force de vous identifier à un empire défunt et à ses maîtres?  Communistes j’irai à vos côtés jusqu’au bout, jusqu’à ma mort, que puis-je faire d’autre mais je n’ai plus confiance en vous et je vois passer la barque sur lesquelles sont étendues les héros du réalisme socialiste, ceux qui ont tenu à Stalingrad et je vois venir à moi une autre barque chargée de clowns effrayants qui m’imposent une musique techno. Les maîtres du monde. ma méditerranée, thalassa, thalassa est couverte de la brume de la pollution, des étranges rabbins dansent un pas de mort devant des chars qu’ils bénissent et de l’autre côté il y a les mêmes qui hurlent à l’aéroport de Tunis: “mort aux juifs”. L’amérique latine est devenue le lieu où se rassemblent les négationnistes et les néonazis me condamnant au silence et j’appelle à la paix au profit de qui je méprise parce qu’il faut arrêter la bête immonde. Et il n’y a rien à faire, à dire, sur les rives, un peuple hagard, livide ne sait plus vers qui se tourner, les files de chômeurs s’allongent, les armes s’accumulent dans l’indifférence générale et je suis si faible… Alors il ne reste plus que la politique à pas lent, celle de l’histoire où tout reprend sa place sous le regard neuf de l’enfance.

Theo Angelopoulos est mort d’un accident dans le tournage d’un film, il n’y avait rien d’autre à faire que de témoigner jusqu’au bout en acceptant la solitude et le regard intérieur puisque mes compagnons m’ont abandonnée. L’odyssée…Et les yeux ouverts, tenter de comprendre, de voir malgré la brume… 

Danielle Bleitrach

légende: photo de tournage du regard d’Ulysse d’Angelopoulos

 
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Publié par le janvier 25, 2012 dans cinema

 

Israël, victime de sa sociologie, par Uri Avnery

 
24 janvier 2012
La vision d’Israël en tant que creuset d’une nouvelle identité est morte, écrit Uri Avnery : « Israël est désormais une sorte de fédération de plusieurs grands blocs démographiques et culturels qui dominent notre vie sociale et politique. » Il affirme que le ressentiment qu’entretiennent les derniers arrivants, d’abord Sépharades, puis Russes, contre les Ashkénazes qui forment l’essentiel de l’élite du pays, structure aujourd’hui la vie politique, et bloque les perspectives de paix.

Par Uri Avnery, Gush Shalom, 21 janvier 2012

« Israël n’a pas de politique étrangère, seulement une politique intérieure », a déclaré un jour Henry Kissinger.

Ce fut probablement le cas pour tous les pays depuis l’avènement de la démocratie. Pourtant, en Israël, cela semble encore plus vrai. (Ironiquement, on pourrait presque dire que les Etats-Unis n’a pas de politique étrangère, mais uniquement une politique intérieure israélienne.)

Afin de comprendre notre politique étrangère, nous devons nous regarder dans le miroir. Qui sommes-nous ? A quoi ressemble notre société ?

Dans une histoire humoristique célèbre, bien connue de chaque israélien de longue date, deux Arabes se tiennent sur le rivage, face à la mer, regardant un bateau plein de pionniers juifs russes ramer vers eux. « Que votre maison soit détruite ! » s’exclament-ils.

Ensuite, deux personnages identiques, mais cette fois il s’agit des immigrants juifs russes, se tiennent au même endroit, et lançant des malédictions en russe à un bateau plein d’immigrants yéménites.

Puis, les deux Yéménites maudissent des réfugiés juifs allemands fuyant les nazis. Puis, deux juifs allemands maudissent l’arrivée de Marocains. Quand cette histoire est née, elle s’arrêtait là. Mais on peut désormais y ajouter deux Marocains maudissant les immigrants de la Russie soviétique, puis deux Russes maudissant les derniers arrivants : les juifs éthiopiens.

Cette histoire pourrait s’appliquer à tous les pays d’immigration, des États-Unis à l’Australie. Chaque nouvelle vague d’immigrants est accueillie par le mépris, voire l’hostilité ouverte de ceux qui sont arrivés avant eux. Quand j’étais enfant, au début des années 1930, j’ai souvent entendu des gens crier à mes parents, « Retournez chez Hitler ! »

Pourtant, la conception alors dominante, était celle du « melting pot ». Tous les immigrants seraient mélangés dans le même creuset et, débarrassés de leurs traits « étrangers », en émergeraient formant une nouvelle nation unifiée, sans aucune trace de leur origine.

Ce mythe est mort il y a quelques décennies. Israël est désormais une sorte de fédération de plusieurs grands blocs démographiques et culturels qui dominent notre vie sociale et politique.

Qui sont-ils ? Il y a : 1) les anciens ashkénazes (juifs d’origine européenne), 2) les juifs d’Orient (ou « séfarades »), 3) les religieux (en partie ashkénazes, en partie orientaux), 4) les « Russes », les immigrés de tous les pays de l’ancienne Union soviétique, et 5) les citoyens palestiniens arabes, qui ne viennent de nulle part.

C’est là, bien sûr, une présentation schématique. Aucun bloc n’est complètement homogène. Chacun inclut plusieurs sous-ensembles. Certains blocs se chevauchent – il y a quelques mariages mixtes – mais dans l’ensemble, l’image est précise. Les deux genres ne jouent aucun rôle dans cette division.

La scène politique reflète presque exactement ces divisions. Le parti Travailliste était, à son apogée, le principal instrument de la puissance ashkénaze. Ses restes, avec Kadima et le Meretz, sont encore ashkénazes. Israël Beitenou d’ Avigdor Lieberman se compose principalement de Russes. Il ya trois ou quatre partis religieux. Puis il y a deux partis exclusivement arabe, et le parti Communiste, qui est majoritairement arabe, lui aussi. Le Likoud représente la majeure partie des Orientaux, bien que pratiquement tous ses dirigeants soient ashkénazes.

La relation entre les blocs est souvent tendue. En ce moment même, le pays tout entier est en émoi car à Kiryat Malakhi, une ville du sud dont les habitants sont essentiellement des orientaux, et où les propriétaires de biens immobilier ont signé un engagement à ne pas les céder aux Éthiopiens, tandis que le rabbin de Safed, une ville du nord peuplée de juifs essentiellement orthodoxes, a interdit à ses ouailles de louer des appartements à des Arabes.

Mais en dehors de la rupture entre les Juifs et les Arabes, le problème principal est le ressentiment des Orientaux, des Russes, et des religieux contre ce qu’ils appellent « l’élite ashkénaze. »

Dans la mesure où ce furent les premiers arrivants, bien avant la création de l’État, les Ashkénazes contrôlent la plupart des centres de pouvoir – sociaux, politiques, économiques, culturels, etc. Généralement, ils appartiennent à la partie la plus aisée de la société, tandis que les Orientaux, les orthodoxes, les Russes et les Arabes appartiennent généralement à des couches socio-économiques inférieures.

Les Orientaux entretiennent des rancunes profondes contre les Ashkénazes. Ils croient – non sans raison – qu’ils ont été humiliés et discriminés dès leur premier jour dans le pays, et le sont encore, bien qu’un assez grand nombre d’entre eux aient atteint des positions économiques et politiques élevées. L’autre jour, un directeur de l’un des grands établissements financiers a provoqué un scandale en accusant les « blancs » (c’est à dire, les Ashkénazes) de dominer l’ensemble des banques, des tribunaux et des médias. Il a rapidement été licencié, ce qui a provoqué un autre scandale.

Le Likoud est arrivé au pouvoir en 1977, en détrônant le parti travailliste. Avec de courtes interruptions, il a conservé le pouvoir depuis lors. Pourtant, la plupart des membres du Likoud ont toujours le sentiment que les Ashkénazes gouvernent Israël, les reléguant loin en arrière. Aujourd’hui, 34 ans plus tard, la triste vague de lois anti-démocratique promues par les députés du Likoud est justifiée par le slogan « nous devons commencer à gouverner ! »

Cette scène me fait penser à un chantier entouré d’une clôture en bois. Futé, le promoteur a laissé quelques trous dans la clôture, de sorte que les passants curieux peuvent regarder. Dans notre société, tous les autres blocs se sentent comme des étrangers regardant à travers les trous, emplis d’envie pour « l’élite » des Ashkénazes située à l’intérieur, vivant dans l’aisance. Ils détestent tout ce qu’ils relient à cette « élite » : la Cour suprême, les médias, les organisations de défense des droits de l’homme, et en particulier le camp de la paix. Tous sont qualifiés de « gauchistes », un mot assez curieusement identifié avec « l’élite ».

Comment la « paix » est-elle devenue associée à des ashkénazes dominants et dominateurs ?

C’est l’une des grandes tragédies de notre pays.

Les Juifs ont vécu pendant de nombreux siècles dans le monde musulman. Là, ils n’ont jamais vécu les choses terribles commises en Europe par l’antisémitisme chrétien. L’animosité entre juifs et musulmans a débuté il y a un siècle seulement, avec l’avènement du sionisme, et pour des raisons évidentes.

Lorsque les Juifs des pays musulmans ont commencé à arriver en masse en Israël, ils étaient imprégnés de culture arabe. Mais, ils ont été reçus ici par une société qui tenait tout ce qui était arabe dans un mépris total. Leur culture arabe était jugée « primitive », tandis que la vraie culture était européenne. Plus encore, ils ont été identifiés avec les musulmans meurtriers. En raison de quoi, les immigrés étaient tenus d’abandonner leur culture et leurs traditions, leurs accents, leurs souvenirs, leur musique. Afin de montrer à quel point ils étaient devenus israéliens, ils devaient aussi haïr les Arabes.

C’est bien sûr un phénomène mondialement observé. Dans les pays multinationaux, la classe la plus opprimée de la nation dominante est aussi la plus nationaliste, l’ennemie la plus radicale des minorités. L’appartenance à la nation supérieure est souvent la seule source de fierté qu’il leur reste. Avec, pour résultat fréquent, un racisme et une xénophobie virulentes.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les Orientaux ont été attirés par le Likoud, pour qui le rejet de la paix et la haine des Arabes sont des vertus suprêmes. Aussi, après avoir été dans l’opposition depuis des lustres, le Likoud a été considéré comme le représentant de ceux qui se sentaient « en dehors » pour combattre ceux qui étaient « à l’intérieur. » C’est toujours le cas.

Le cas des « Russes » est différent. Ils ont grandi dans une société qui méprise la démocratie, et admiré des leaders forts. Les Russes « blancs » et les Ukrainiens méprisaient et haïssaient les peuples « sombres » du Sud – Arméniens, Géorgiens, Tatars, Ouzbeks, et autres. (A ce sujet, j’ai inventé une formule : « Bolchevisme moins marxisme égale fascisme »)

Lorsque les Juifs russes sont venus se joindre à nous, ils ont apporté avec eux un nationalisme virulent, un désintérêt total de la démocratie, et une haine automatique des Arabes. Ils ne peuvent absolument pas comprendre pourquoi nous leur avons permis de rester ici. Cette semaine, lorsqu’une « dame » députée originaire de Saint-Pétersbourg, (même si « dame » peut sembler un euphémisme) a renversé un verre d’eau sur la tête d’un député arabe du parti travailliste, personne n’a été très surpris. (Quelqu’un a ironisé : « un bon Arabe est un Arabe mouillé »). Pour les adeptes de Lieberman, « paix » est un mot sale, tout comme « démocratie ».

Pour les religieux de toutes les nuances – des ultra-orthodoxes aux colons religieux nationalistes, cela n’est absolument pas un problème. Depuis l’enfance, ils apprennent que les Juifs sont le peuple élu, que le Tout-Puissant nous a personnellement promis ce pays, que les goyim – y compris les Arabes – sont simplement des êtres humains inférieurs.

On peut dire, à juste titre, que je généralise. Je le fais, uniquement pour simplifier les choses. Il y a en effet beaucoup d’Orientaux, surtout dans la jeune génération, qui sont choqués par l’ultra-nationalisme du Likoud, d’autant plus que le néolibéralisme de Benjamin Netanyahu (que Shimon Pérès avait autrefois appelé « capitalisme dégueulasse ») est en contradiction directe avec les intérêts essentiels de leur communauté. Il y a aussi beaucoup de gens convenables, libéraux, épris de paix, qui sont religieux. (le nom de Yeshayahu Leibovitz vient à l’esprit.) Certains Russes quittent peu à peu leur ghetto auto-imposé. Mais ce sont de petites minorités dans leurs communautés. La majeure partie des trois blocs – Oriental, Russe et Religieux – sont unis dans leur opposition à la paix et, au mieux, indifférents à la démocratie.

Ensemble, ils forment cette coalition de droite, opposée à la paix, qui gouverne Israël aujourd’hui. Le problème n’est pas seulement politique. Il est beaucoup plus profond – et beaucoup plus ardu.

Certaines personnes accusent le mouvement démocratique pour la paix, de ne pas avoir pris conscience de ce problème suffisamment tôt et de ne pas avoir assez fait pour attirer les membres de ces divers blocs vers les idéaux de paix et de démocratie. On nous dit également que nous n’avons pas su montrer que la justice sociale est indissolublement liée à la démocratie et la paix.

Je dois accepter ma part de blâme pour cet échec, même si je dois souligner que j’ai essayé de faire le lien dès le début. J’ai demandé à mes amis de concentrer nos efforts sur la communauté orientale, de leur rappeler les gloires de l’ « âge d’or » judéo-musulman en Espagne, et de l’énorme impact réciproque des scientifiques juifs et musulmans, des poètes et des penseurs religieux à travers les âges.

Il y a quelques jours, j’ai été invité à donner une conférence devant les étudiants de l’Université Ben Gourion de Beersheba. J’ai décrit la situation plus ou moins dans les mêmes termes qu’aujourd’hui. La première question posée par une audience large, qui se composait de Juifs ( Orientaux et Ashkénazes) et Arabes (Bédouins en particulier), fut : « alors, quel espoir y a-t-il ? Face à cette réalité, comment les forces de paix peuvent-elles l’emporter ? »

Je leur ai dit que je place ma confiance en la nouvelle génération. L’énorme mouvement de protestation sociale, qui a éclaté soudainement l’été dernier et rassemblé des centaines de milliers de personnes, a montré que oui, cela peut arriver ici. Ce mouvement a réuni Ashkénazes et Orientaux. Des villes de tentes ont surgi à Tel Aviv et Beer-Sheva, en tous lieux.

Notre première tâche est de briser les barrières entre les blocs, de transformer la réalité, de créer une nouvelle société israélienne. Nous avons besoin de blockbusters, de casseurs de blocs.

Certes, c’est un travail difficile. Mais je crois qu’il peut être accompli.


Publication originale Gush Shalom, traduction Contre Info

 


 

J14 à Tel-Aviv, Des Indignés pas tout à fait comme les autres ? par Sylvaine Bulle

Revue > Essais & débats > J14 à Tel-Aviv

  [24-01-2012]

Les revendications des Indignés sont-elles les mêmes d’un pays à l’autre ou se distinguent-elles par un style propre à chaque mouvement ? Pour Sylvaine Bulle, le mouvement J14 en Israël doit être compris comme une critique de l’état d’exception.

L’irruption de la révolte en Israël marque un tournant dans la politique. Le mouvement J.14 [1], appelé également « mouvement pour la justice sociale » ou encore « mouvement des tentes », fait suite à une longue période d’apathie et de sidération en Israël. Par sa fulgurance et sa rapidité de dissémination, il a surpris la classe politique, du gouvernement à la gauche travailliste au bloc pour la paix. Il a pris de court les institutions militaires et les partis religieux. Il est, parmi les mouvements de révolte mondiale, l’un des plus marquants et des plus actifs.

La crise immobilière et l’augmentation du coût de la vie qui touche toutes les franges de la population sont les motifs initiateurs de la révolte. Un premier campement fut installé en juin dernier, boulevard Rothschild à Tel-Aviv à l’initiative de jeunes riverains, confrontés à la spéculation immobilière [2]. Cette occupation, sur les lieux où David Ben Gurion avait déclaré l’établissement d’un État juif et démocratique, amorça un vaste mouvement d’occupation. En juillet 2011, 90 campements avaient surgi dans le pays, suivis par une vague de manifestations. La plus importante réunit en septembre plus de 500 000 personnes à travers le pays (puis 2,5 millions le 29 octobre) pour protester contre les augmentations de loyers, l’absence de logements, les politiques économiques, les coupes budgétaires et la flexibilité du marché du travail. Surpris par la force du mouvement, le Premier ministre Benyamin Netanyahou proposa une série de mesures préconisées par une commission d’experts présidée par Manuel Trajbenberg [3]. Mais les propositions gouvernementales ne désarmèrent pas le mouvement. Si, à l’automne, les campements de la révolte avaient quasiment disparu [4], l’assemblée populaire, symbole de l’occupation permanente, est désormais le cœur du mouvement.

Protester, occuper, délibérer. De prime abord, J14 évoque les mouvements d’Indignés européens (99%, M15 en Espagne, Occupy London) ou américains (Occupy Wall Street). On y trouve la même critique radicale du libéralisme économique ou de la libéralisation des États. À l’image des révoltes mondiales mais également arabes, J14 expérimente une stylistique émeutière singulière : l’occupation des espaces publics par les campements, la démultiplication de micromouvements par les réseaux sociaux qui confèrent au mouvement sa dimension événementielle et sa force de démultiplication. J14 a des revendications spécifiques qui tiennent au contexte israélien, dans lequel l’État patriotique (l’attachement à la nation israélienne et la souveraineté nationale) occupent une place singulière.

Une révolte sociale sioniste

Comme dans le cas des démocraties contestataires espagnole, américaine, européenne, J14 affirme une critique radicale de l’État, celui-ci étant devenu indissociable de la raison économique néo-libérale [5]. Le collectif établit clairement le lien entre capitalisme et crise des institutions. La souveraineté néolibérale israélienne se traduit par l’alliance ou la soumission du gouvernement Netanyahou aux oligarchies israéliennes, plus respectées par le gouvernement actuel que les « piliers » de l’État comme les autorités militaires. Le collectif dénonce la corruption, la prédation des ressources par les huit « tycoons », les huit familles les plus riches et détenant les principaux actifs du pays (les secteurs du gaz, des médias, de l’immobilier ou de la finance). Contre l’alliance entre l’État et le capitalisme, « le peuple veut un nouvel État d’Israël : celui basé sur la justice sociale » [6].

À l’image des autres mouvements, le collectif rassemble des forces hétérogènes, individuelles s’agrégeant dans une communauté de révolte. Les contestataires viennent de différents horizons : jeunes, étudiants sans passé politique, officiers ou refuznik (officiers refusant de servir dans les Territoires Palestiniens), pères et mères de famille, travailleurs, ou cadres en perte de pouvoir d’achat, juifs européens ou orientaux, laïcs ou ultra orthodoxes. J14 et l’assemblée apparaissent de ce point de vue comme l’envers de « l’empire » [7], si l’on reprend la terminologie de Michael Hardt et Antonio Negri, des oligarchies appelées « tycoons » qui détiennent les plus grandes fortunes d’Israël (finances, presses, services publics) [8]. Ils apparaissent également comme l’envers d’un modèle de cité politique construit à travers les fonctions unificatrices de l’État remplies par l’armée, le sentiment national, la souveraineté politique.

Ici apparaît une première particularité du mouvement J14 : la critique politique porte sur l’exercice de la souveraineté nationale. On sait que la prédominance de la souveraineté extérieure pèse dans les choix nationaux puisqu’une grande partie du budget de l’État Israélien est dédiée à la sécurité et à l’armée, notamment pour les interventions et la surveillance des Territoires Palestiniens, ainsi que la défense des implantations. Plus substantiellement, l’importance accordée à la sécurité nationale dessine l’idée maîtresse d’une communauté humaine unie par son destin, ordonnée autour d’un État protecteur de la patrie face à l’ennemi extérieur. Cette prédominance de la menace accentuée par les récentes guerres (de Gaza et du Liban) et la gestion des Territoires Palestiniens occupe les esprits depuis cinq décennies. Elle s’inscrit dans des lois, des institutions au détriment des fonctions de solidarité intérieure et a contribué à anesthésier le débat politique intérieur autour des questions sociales. Le mouvement dit son refus de voir accaparer la démocratie par la question géopolitique et en particulier par la « situation », terme qui, en Israël, désigne le problème palestinien ou la question israélo-arabe.

« Nous sommes tous des occupés » affirment des slogans de J14, signifiant que la politique israélienne créée des murs : non pas seulement entre Israéliens et Palestiniens, mais entre les Israéliens eux-mêmes. Au fond, pour reprendre les paroles d’un participant, il s’agit de restaurer la sécurité sociale au détriment de la sécurité nationale, de réveiller le peuple et de faire que les préoccupations économiques, ordinaires redeviennent une chose publique. Au sein de ce mouvement, il est donc question de la sortie de l’état d’exception [9], autrement dit d’un État et d’un peuple qui ne soient pas asservis à la souveraineté militaire, tout comme à l’irruption des intérêts religieux [10]. La question palestinienne a du reste été très vite écartée par le mouvement, que ce soit dans les campements ou les assemblées. Cette disjonction cognitive et émotionnelle entre problème palestinien et justice sociale est perçue comme la force du mouvement. D’autant que le « Big quiet  », expression du Premier Ministre Netanyahou pour qualifier la politique actuelle israélienne, c’est-à-dire le « ni guerre, ni paix » obtenu depuis la construction d’une frontière unilatérale avec les Territoires Palestiniens, satisfait une grande partie de l’opinion israélienne.

« Le peuple exige la justice » (Haa’m doresh tzedek hevrati) scandent les acteurs du mouvement. Le succès des manifestations « du peuple » de septembre et d’octobre tient à ce recadrage de la politique que la critique antisioniste ou le bloc pour la paix avaient longtemps voilé. Le collectif occupant reproche au bloc pour la paix et aux organisations non gouvernementales pro-palestiniennes [11] d’avoir occulté les enjeux de justice sociale. D’autant que les partis d’opposition, de la gauche travailliste au bloc pour la paix, ne semblent plus en mesure de s’opposer aux décisions prises au nom de la souveraineté militaire et nationale ; ni de fournir une alternative crédible à la gouvernance néo-libérale de l’État.

On aurait donc tort d’assimiler la révolte israélienne à un mouvement anti-sioniste, pro-palestinien ou même anti-colonial. J14 et son assemblée populaire est un mouvement shabri national, initié par les sabras [12], pour lequel la justice sociale est le cœur du débat. Les acteurs du mouvement cherchent à travailler la société de son intérieur et à rétablir la politique à partir de l’expression de toutes ses parties. Son assemblée donne une place à toutes les formes de subjectivité sans égaliser ou réduire les points de vue.

Une lutte sociale et non culturelle

Comme dans le cas des Indignados espagnols, l’assemblée du peuple est l’organe vivant du mouvement. Elle est une sphère publique alternative et ouverte dans laquelle sont expérimentés d’autres modèles de démocratie basés sur la délibération. Mais une seconde spécificité du mouvement de révolte israélien tient à la dimension culturelle voire religieuse de la question sociale, telle qu’elle s’exprime au sein de l’assemblée. En Israël, les différenciations sociales renvoient à des déterminations ethniques. Les mizharim (Juifs orientaux) souvent moins favorisés économiquement que les azkhenazim (Européens) se considèrent comme discriminés. De même, les Arabes israéliens ne se reconnaissent pas dans la démocratie représentative où les politiques nationales donnent la priorité aux Juifs sur les non-Juifs. Différentes luttes minoritaires ont configuré l’espace militant israélien, dans la période qui a suivi la création de l’État d’Israël. Il s’agit des mouvements féministes juifs ou arabes, ceux qui concernent les Arabes israéliens et, plus récemment, des premiers mouvements d’aide aux minorités migrantes invisibles dans l’espace national (comme le cas des migrants asiatiques). Ces différentes luttes pour la reconnaissance culturelle et ethnique sont l’expression d’une citoyenneté nationale contrastée au sein de l’ethno-démocratie israélienne.

La question culturelle entre en compte dans l’assemblée du peuple de J14. Elle complique la conception de la démocratie directe, mais ne la domine pas. Aussi, de même que l’on aurait tort d’assimiler la révolte israélienne à une révolte anti-sioniste, elle ne peut davantage être assimilée à une lutte subalterniste. J14 apparaît plutôt comme un mouvement de dé-ségrégation sociale et politique qui subsume les différences culturelles. Son assemblée du peuple ne consiste pas à consolider les segments multiculturels de la société, comme l’exigeraient les luttes subalternistes, mais au contraire à briser des frontières profondément installées entre les communautés. La priorité donnée à la question sociale sur la question culturelle renvoie du reste à des composantes anthropologiques et morales israéliennes que l’on peut trouver au fondement du sionisme. Mais les valeurs de la solidarité et du contrat social qui dessinaient l’État-nation initial se sont transformées au profit d’une société multiculturelle basée sur les droits nationaux, certes, mais marquée par le séparatisme social.

À cet égard, il n’est pas anodin que les citoyens périphériques issus des villes les plus pauvres (Ashdod, Afula, Be’er Sheva) aient rejoint le mouvement de révolte, en particulier les citoyens mizharim. Ils sont en effet en attente d’une redéfinition de la justice sociale qui était au fondement de l’État social, et d’une reformulation de la démocratie. La communauté de révolte apparaît à bien des égards pour eux comme le seul cadre démocratique pertinent actuellement. En rejoignant l’assemblée du peuple, ils adressent une critique aux partis populistes de droite détenant le monopole du discours sur la Nation sioniste (parti du Likoud) ou aux partis les représentant (comme Chass). De même, la revendication d’égalité sociale des Arabes israéliens s’exprime plus ou moins visiblement dans le mouvement, bien que les Arabes israéliens soient assez minoritaires dans l’assemblée, alors qu’ils avaient rejoint les campements de Tel-Aviv. Dans tous les cas, si le mouvement permet incontestablement l’expression des différences culturelles et ethniques (dans le cas des Juifs orientaux ou des Arabes), la question ethnique et culturelle se trouve au cœur de questions économiques plus larges relevant de la méta-critique. La ségrégation spatiale et sociale et l’abandon des politiques publiques dans l’habitat, la santé et l’éducation touchent aussi bien les citoyens mizharim ou discriminés en raison de leur origine que la classe moyenne. L’assemblée du peuple consiste donc à reformuler les principes de justice à partir de points de vue différents forgés par des épreuves qui s’expriment dans l’espace intime et proche : en particulier l’absence de logement, mais également l’exclusion, la perte d’emploi.

La résurgence d’un espace civique

À travers l’expression des inégalités culturelles, c’est l’État libéral qui est contesté pour avoir abandonné la sphère civique et les grammaires nationales de la solidarité et pour avoir segmenté les composantes sociales et culturelles. En faisant de l’économie un problème public et de la justice un bien commun, la démocratie contestataire réinvestit un espace civil laissé vacant par le gouvernement et les partis politiques. La question religieuse est à cet égard une composante symbolique qui entre dans l’espace de la contestation et permet d’élargir la critique. Des personnalités religieuses haredim (ultra-orthodoxes) [13] ont pris place dans l’assemblée du peuple, majoritairement laïque. Pour les religieux, l’assemblée constituante de J14 apparaît comme une modalité de refondation de la sphère publique et de la politique. L’engagement des ultra-orthodoxes, tout comme celui de certains breslev (juifs modernistes) sont destinés à reformuler le contrat social et la solidarité qui sont aux sources du sionisme. S’appuyant sur une argumentation éthique, ils dénoncent dans certains cas la participation des religieux aux compagnies financières ou à la libéralisation de l’État. La pluralité culturelle est acceptée au sein du mouvement, y compris par les citoyens arabes. Car le propre du mouvement est de contribuer à démarginaliser les minorités ou les composantes spécifiques de la société israélienne, autrement dit, à retisser les liens dans la communauté nationale tout en rétablissant la priorité du social sur le culturel et le religieux.

Ainsi la révolte israélienne se situe bien au-delà des luttes catégorielles post-coloniales, anti-sionistes ou pacifistes. Elle semble caractériser une nouvelle temporalité de la démocratie qui se découvre dans le retrait du politique et dans un espace démocratique à investir [14]. Elle effectue une refondation de la critique autour de la dénonciation de l’économie politique du pays. Elle érige l’assemblée du peuple comme un parlement des individus émergeant de toute part. Elle fait se rapprocher les parts et les « sans parts » de la société et au sein d’une nouvelle vision du bien commun : non plus l’État-nation, mais la justice nationale. L’expérimentation d’une culture politique nouvelle puise par moments certaines de ces références dans le mouvement de la libre association anarchiste, utopiste, situationniste ou encore au sein des pionniers sionistes. L’aesthesis de la révolte passe également par l’utilisation de visuels, d’objets, d’une sémantique (y compris celle de la Torah), couplée à la critique sociale.

Démocratie réelle, retour des classes ou peuple révolutionnaire ?

Comme dans les cas des autres mouvements mondiaux (99%, Indignados, OWS), il peut être difficile de distinguer entre des grammaires réformistes ou radicales de la contestation. Au cœur de ces mouvements, on trouve le même rejet des formes politiques classiques, c’est-à-dire de la démocratie représentative, la même volonté de restauration du peuple, le même refus des frontières entre militantisme et citoyenneté. J14, en particulier, trace une ligne de démarcation entre démocratie directe et représentative, entre gestion étatique et auto-transformation de la société. En demandant l’abolition des privilèges, la fin de l’économie de la prédation [15], le principe d’égalité des citoyens et le contrôle de l’utilisation des ressources, la révolte introduit une exigence de type révolutionnaire qui n’exclut plus la violence et met à l’épreuve les institutions ou les « tycoons » alliés à l’État. De même, les récits des souffrances individuelles, autrement dit des épreuves existentielles [16], font partie du format de révolte tendu vers l’émancipation politique. Basée sur le dévoilement d’un état du monde que refusent de voir les partis politiques, la critique semble peu propice à la négociation réformiste. Enfin, l’abandon des protestations routinisées, comme les manifestations pro-palestiniennes qui ont occupé l’espace public durant de longues années, atteste de la dimension radicale du mouvement.

Pour toutes ces raisons, la révolte s’apparente à une « méta critique », « en extériorité [17] » de l’ordre social, peu compatible avec la démocratie parlementaire. Mais, dans le même temps, les grammaires plurielles de la contestation ne sont pas exclusivement celles du renversement de l’État par le « peuple » révolutionnaire. Ainsi, le processus démocratique et émancipateur peut apparaître par moments comme étant tourné vers l’organisation d’un espace civique où convergent différentes sphères culturelles. On pourrait encore évoquer l’hypothèse d’une « multitude » d’individus unis par la même ontologie de la précarité au sein de l’Empire mondialisé. Enfin, on pourrait émettre l’hypothèse d’un retour des classes sociales, J14 étant la transposition d’un ordre social réel où des déterminations économiques, sociales, raciales, religieuses se combinent. Le mouvement pourrait alors chercher à infléchir les déterminants de la structuration sociale, à influer sur le retour d’un certain État social, défendant des principes de justice distributive et de solidarité qui sont celles du contrat social.

Révolutionnaire, utopique, multitudinaire, l’expérimentation de cette démocratie pourra-t-elle exister en dehors de l’ordre politico-institutionnel et parvenir à se maintenir comme ontologie d’un monde commun ? Débordant et exubérant dans ses premiers moments, le mouvement israélien semble aujourd’hui mû par le principe de réalisme. Il semble assez puissant pour se protéger du cynisme et des perturbations du champ médiatique, des forces gouvernementales et de l’espace politique existant. Mais il doit parvenir réellement à inventer des institutions critiques ou politiques. Toute la question est donc maintenant de savoir si J14 sera en mesure de s’enraciner et de modifier substantiellement les paramètres de l’environnement : en particulier la justice sociale et la souveraineté de l’État-nation israélien qui « occupe » symboliquement les esprits israéliens et palestiniens [18]. Déjà, des discussions sont en cours entre l’assemblée et les Généraux de l’institution militaire. C’est là que semble résider en partie la promesse d’un espace démocratique.

 

par Sylvaine Bulle [24-01-2012]

 

Aller plus loin

Lire notre dossier sur le mouvement des indignés en Espagne : Gabriel Entin & Jeanne Moisand, « Débats autour du 15M. Républicanisme, démocratie et participation politique », La Vie des idées, 20 septembre 2011.

Pour citer cet article :
Sylvaine Bulle, « J14 à Tel-Aviv . Des Indignés pas tout à fait comme les autres ? », La Vie des idées, 24 janvier 2012. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/J14-a-Tel-Aviv.html

Notes

[1] J14 (July 14) reprend la date du 14 juillet français et affirme une symbolique révolutionnaire. Le mouvement est né le 14 juillet 2011. Voir le site J14 en hébreu (j14.org.il).

[2] Les familles sans toit seraient au nombre de 80 000 selon les estimations de la coordination nationale de l’assemblée de J14 en octobre 2011

[3] Manuel Trajenberg est un économiste israélien sans affiliation politique et respecté par le champ universitaire. À l’issue des travaux demandés par le gouvernement, la commission préconisa la construction accélérée de 2,5 millions de logements et le contrôle des loyers, mais également l’éducation gratuite dès l’âge de 3 ans. La commission recommanda aussi d’augmenter les taxes sur le capital.

[4] À l’exception de quelques campements de mal-logés dans la banlieue de Tel-Aviv. Le campement de Rothschild a été évacué le 14 septembre, malgré l’autorisation de rester sur place donnée aux occupants par le maire de Tel-Aviv.

[5] Voir Pierre Dardot et Christian Laval, La nouvelle raison du monde, Paris, La Découverte, 2009.

[6] Expression présentée en tête du manifeste de J14 (en hébreu).

[7] Michael Hardt et Antonio Negri : Multitude : guerre et démocratie à l’époque de l’Empire, Paris, La Découverte, 2004

[8] Le terme « tycoon » joue de la proximité et de l’ambiguïté avec le terme “Tiqun” (mouvement anarchiste) et l’expression « Tikoun Olam » (fondement social de la spiritualité dans le judaïsme).

[9] On peut rapprocher la politique israélienne de la conception schmittienne de la souveraineté basée sur la décision et non la délibération, la distinction entre ami et ennemi et la fonction délimitative et protectrice du Nomos.

[10] Les groupes de pression religieux ont de plus en plus de pouvoir dans les instances de décision et d’investissement (comme les concessions de service public, les sociétés privées ou mixtes immobilières).

[11] Par exemple Shalom Arshav, Tayyush, B’tselem.

[12] Nom des Israéliens nés en Israël.

[13] On y trouve notamment des personnalités comme Adina Bar Shalom la fille du grand rabin Ovadia Youssef de la communauté sépharade et responsable de Chass (parti pro-gouvernemental ultra-orthodoxe).

[14] Claude Lefort, Essais sur le politique : XIXe et XXe siècles, Paris, Seuil, 1986.

[15] La thèse du complot contre l’État maintes fois déroulée par la presse israélienne au cours de l’été conforte la dimension radicale du mouvement.

[16] Sur le rôle de la critique et les épreuves existentielles, voir Luc Boltanski, De la critique, Paris, Gallimard, 2009.

[17] Voir Luc Boltanski, De la critique.

[18] Il faut noter ici que des mouvements de révolte (May 15) regroupant différents groupuscules activistes ont vu le jour en Palestine (comme Al Herak Al Shababi Mustakel). Ce sont des mouvements nationalistes mais anti-gouvernementaux qui s’inspirent de la révolte égyptienne. Ils demandent l’unification de la Palestine, la fin de la gouvernance internationale sur la Palestine et sont basés sur une critique radicale du nouvel esprit du libéralisme palestinien (autrement dit de la politique libérale du Premier Ministre palestinien Fayyad et des principes de paix économique). Mais il est impossible d’envisager un rapprochement entre les mouvements israéliens et palestiniens

 
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Publié par le janvier 27, 2012 dans actualités, Asie, civilisation, société

 

les statues meurent aussi, un film longtemps censuré Chris Marker et Alain Resnais

les statues meurent aussi, un film longtemps censuré Chris Marker et Alain Resnais
  Alain Resnais est un réalisateur français, également scénariste et monteur, né le 3 juin 1922 à Vannes (Morbihan).
Chris Marker, né Christian Bouche-Villeneuve, le 29 juillet 1921 à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), est un réalisateur et photographe français. Son film le plus connu est sans doute la Jetée mais Marker est l’auteur de nombreux documentaires, qui sont des essais cinématographiques au style très personnel, le Fond de l’air est rouge ou Sans soleil notamment. Chris Marker est aussi écrivain.
Les statues meurent aussi est un documentaire français réalisé par Chris Marker et Alain Resnais sorti en 1953. Il fut commandité par la revue Présence africaine. Un film de légende, interdit pendant dix ans.

De 1952 à 1953, Alain Resnais et Chris Marker tournent un film documentaire sur l’Art nègre dans un contexte où la décolonisation semble inéluctable. Il s’agit d’une commande. Les deux auteurs répondent à la demande du collectif “Présence africaine” patronné par Alioune Diop et animé notamment par des intellectuels comme Aimé Césaire, Price Mars, Léopold Sédar Senghor, Richard Wright ou Jean-Paul Sartre qui veut offrir à la palabre africaine un espace de discussions où se rencontrent les figures les plus marquantes du monde noir de l’après-guerre.

Alain Resnais et Chris Marker partent d’une interrogation : “Pourquoi l’art nègre se trouve t-il au musée de l’Homme alors que l’art grec ou égyptien se trouve au Louvre ?”

Le sujet des “Statues meurent aussi”, c’est la mise à nu des mécanismes d’oppression et d’acculturation, l’impossible dialogue culturel dans le contexte immanent de la colonisation, le développement d’un art de bazar parce que le Blanc est acheteur, l’idée qu’il n’y a pas de rupture entre la civilisation africaine et la civilisation occidentale.

En même temps que l’Art nègre gagne ses titres de gloire, ne devient-il pas une langue morte, questionne Chris Marker ? “On achète son art au Noir et on dégrade son art” poursuit-il.

La commission de contrôle refuse au film son visa du fait notamment du discours anticolonialiste explicitement véhiculé dans le documentaire. Au bout de 10 ans, une copie tronquée du film sort toutefois sur les écrans.

« On nous avait commandé un film sur l’art nègre. Chris Marker et moi sommes partis de cette question : pourquoi l’art nègre se trouve-t-il au Musée de l’Homme, alors que l’art grec ou égyptien est au Louvre ? » explique Alain Resnais.

À l’arrivée, une exploration passionnée de l’art nègre et une dénonciation virulente des méfaits du colonialisme. La question posée reste d’actualité, pour ce qui concerne le Louvre – mais aura contribué à voir naître le musée du Quai Branly.

Le film a fait l’objet d’une interdiction en France durant huit ans :

Chris Marker à propos du film :

« Les statues meurent aussi » …voici un film dont on a beaucoup parlé. Un peu trop, sans doute. Et il est probable que relâché par une censure qui le garde sous clef depuis 10 ans, il décevrait. Le « colonialisme » qu ‘il met en accusation dans sa dernière partie, qui le revendique en ces temps éclairés et décolonisateurs que nous vivons ? En fait, et même à l’époque de sa réalisation, les raisons de ce « Grandeur et décadence de l’art nègre » n’ont jamais été très claires. Elles visaient vraisemblablement plus la forme que le fond et plus précisément une certaine règle du jeu, un certain code non respecté de la « forme ». Ainsi, des fonctionnaires qui apparaissaient au hasard des bandes d’actualités utilisées dans la dernière bobine, et dont le visage était aussi inconnu des auteurs que du public, n’ont jamais pu se défaire de l’idée (étrangement flatteuse) qu’ils étaient pris personnellement à partie. Or il est bien établi que le pamphlet, genre admis et honoré en littérature, ne l’est pas au cinéma, divertissement des masses.

Chris Marker. Extrait de son ouvrage « Commentaires » paru au Seuil en 1961.

Alain Resnais à propos du film

Quant à eux, ils savaient tout ce qui se passait en Afrique et nous étions même très gentils de ne pas avoir évoqué les villages brûlés, les choses comme ça ; ils étaient tout à fait d’accord avec le sens du film, seulement (c’est là où ça devient intéressant), ces choses-là, on pouvait les dire dans une revue ou un quotidien, mais au cinéma, bien que les faits soient exacts, on n’avait pas le droit de le faire. Ils appelaient ça du “viol de foule”. L’interdiction eut des conséquences très graves pour le producteur. Quant à nous – est-ce un hasard ? – ni Chris Marker ni moi ne reçûmes de propositions de travail pendant trois ans.

Alain Resnais, sur son entretien avec deux des représentants de la commission de censure

Il n’a pas paru possible à la commission de suggérer des coupures, tant dans le déroulement des images que dans le commentaire, sous peine d’encouvrir à ses yeux le reproche de se substituer aux auteurs »… C’est en s’abritant derrière ce « refus de se substituer aux auteurs » que la commission a toujours refusé de nous indiquer ce qui la gênait. Mais un jour, deux membres de la commission sont venus me voir pour me déposséder de la réalisation du film ! (…) Ils sont venus me voir dans ma salle de montage. Ils me disaient « Vous avez fait un très beau film mais vous comprenez bien qu’on ne peut pas lui donner le visa ! Il suffirait de l’arranger, il est trop beau pour que vous le laissiez perdre… Ne croyez pas que nous soyions contre le contenu, non, non, au contraire ! Si on vous racontait tout ce qu’on sait sur l’Afrique, tout ce qui s’y passe, les villages brûlés… mais me disaient-ils, vous n’en suggérez pas le quart !… Je leur répondais : « je ne fais pas un film sur le colonialisme, ça pourrait éventuellement m’intéresser d’en faire un mais ce n’est pas le sujet de celui-ci.

Extraits de l’interview d’Alain Resnais réalisée par René Vautier dans les locaux de Slon rue Mouffetard à Paris .

Aller plus loin :

On retrouve sur ce site pour une retranscription d’une émission de France Culture, « La Nouvelle Fabrique de l’histoire » du mardi 18 juillet 2006 consacrée à ce documentaire : http://www.fabriquedesens.net/Les-statues-meurent-aussi

ps:Réalisateurs : Alain Resnais et Chris MarkerTourné en FranceFormat : Noir et BlancDurée : 30 minutes

Scénario : Chris Marker

Compositeur : Guy Bernard

Récitant : Jean Négroni

Prix Jean-Vigo en 1954

 
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Publié par le janvier 27, 2012 dans Afrique, cinema

 

Pourquoi Marine le Pen dansait-elle au bal des néo-nazis à Vienne le jour de célébration de la Shoah ?

Pourquoi Marine le Pen dansait-elle au bal des néo-nazis à Vienne le jour de célébration de la Shoah ?
Récemment l’UNESCO annonçait la suspension de ses subventions aux bals de Vienne qui étaient devenus le lieu de la célébration du néo-nazisme. marine le pen qui joue volontiers à faire amie-amie avec la communauté juive au nom du “danger islamiste” et qui laisse le terrain de l’antisémitisme voir de l’altermondialisme être couvert par les identitaires qu’on a vu récemment à Lyon célébrer le Maréchal Pétain mais aussi “les héros du négationnismes que seraient le président iranien flanqués de Fidel castro et Chavez” (on attend encore les protestations des intéressés ou de leur ambassade), ne pouvait pas rater cette célébration. Elle est allée danser avec les néo-nazis autrichiens pour célébrer le jour de la commémoration de la Shoah. Non on ne peut différer le combat contre l’extrême-droite et que chacun fasse le ménage parce qu’aucune cause ne mérite que l’on fasse le lit du racisme et du fascisme. Danielle Bleitrach
 
Laisserez-vous le drapeau français se mêler aux bannières nazies comme à Montoire ?
 
À l’initiative de Viviane Teitelbaum, députée libérale bruxelloise, le Groupe MR au Parlement bruxellois a demandé et obtenu qu’une minute de silence soit observée, hier vendredi 27 janvier 2012, en mémoire des victimes de l’Holocauste.
Depuis 2005, par un vote de l’Assemblée Générale de l’ONU, le 27 janvier est devenue la « Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste ».
« Je suis émue que mes collègues se soient ainsi inscrits dans cette démarche symbolique d’observer une minute de silence dans l’enceinte du Parlement bruxellois, ce qui permet d’honorer la mémoire des victimes du génocide commis par les nazis » a déclaré, Viviane Teitelbaum.
 
Le même jour, rapporte le site 7sur7 belge, Marine Le Pen dansait la valse, à Vienne, avec la crème européenne des néonazis, des nostalgiques du IIIe Reich, et des négationistes.
La candidate du Front National a répondu à l’invitation du FPÖ, le parti de feu Jorg Haider, et de sa figure de proue, l’antisémite et néonazi Martin Graf, au bal annuel d’Olympia, cette société secrète interdite aux Juifs et aux femmes, et dont les membres sont chargés de véhiculer dans la société des idées néonazies, pangermanistes, antisémites et négationnistes.
Le père de Marine le Pen, qui assistait au bal au bras de Bruno Gollnisch (les journalistes étant interdits pour ne pas qu’ils témoignent des ovations réservées aux négationnistes présents dans la salle, nous ne saurons pas si Jean Marie Le Pen et Gollnisch ont dansé la valse ensemble, en souvenir des débauches sexuelles hitlériennes), le père Le Pen donc, aura montré l’exemple à suivre à la fille Le Pen.
Pourquoi, alors qu’elle tente de dédiaboliser le FN, et de le laver de toute trace d’antisémitisme et d’affection pour le nazisme, pourquoi, en pleine campagne électorale, Marine le Pen a t-elle choisi de célébrer la journée internationale de la Shoah au bras de ceux qui en nient l’existence, et œuvrent pour terminer le travail qu’Hitler n’a pas fini ?
Qu’en pensent les Juifs qui ont décidé de voter pour Marine Le Pen à l’élection Présidentielle 2012 ?
Qu’en pensent les personne saines d’esprit, qui ont décidé de voter pour Marine Le Pen pour faire obstacle aux envahisseurs islamistes et à l’immigration ?
Qu’en pense Maître Collard, qui a accordé une interview à Dreuz.info il y a quinze jours, et qui semble avoir des difficultés à apporter les réponses aux questions que nous lui avons posées ?
 
 
 
 
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Publié par le janvier 29, 2012 dans actualités, Europe, extrême-droite

 

L’Afghanistan par Friedrich Engels ou une vision marxiste antidogmatique…

L’Afghanistan par Friedrich Engels ou une vision marxiste antidogmatique…

Voici un article d’Engels The New American Cyclopaedia, écrit en juillet-aoüt 1857. Engels s’appuie sur un ouvrage de J.W. Kaye : “History of the war in Afghanistan “, volumes I et II, Londres, 1851. L’actualité d’un tel article n’est pas à démontrer, et il intéressant de voir comment  l’Afghanistan est bien ce “cimetière des Empires” ou ce trou noir dans lequel disparaissent les plus puissantes armées…

Quand il y a eu l’expédition en Afghanistan j’avais déjà diffusé cet article d’Engels, ça et une analyse de la situation des femmes afghanes puisque tel était l’un des pretextes à cette folle expédition, assurer l’émancipation des femmes afghanes. J’avais diffusé cet article et je l’avais complété par une étude du rôle joué par le piège afghan sur la fin de l’Union Soviétique. En 1986, j’avais pu me rendre au Tadjikistan et tenté de comprendre un peu la complexité de ce pays par rapport au voisin tadjik. Ces tentatives de mise en garde est-il besoin de le dire n’auront aucun effet, pas plus que celles d’aujourd’hui ou la manière de prévenir sur les dangers d’une expédition en Iran. Ce qui me pousse néanmoins à publier ces analyses est désormais différent. je me sens parfois comme un copiste du Moyen-Age en train de préserver la mémoire en espérant qu’il existera un jour des temps meilleurs où tout cela reprendra signification parce qu’il y aura à nouveau des forces collectives, des masses comme nous disions jadis, aptes à chercher les voies de l’émancipation dans la raison, la connaissance et l’intérêt pour la complexité humaine. A ce moment-là on retrouvera l’importance de l’histoire, celles de penseurs comme Marx et Engels. Et on ^saura retrouver la complexité de l’analyse marxiste et ne pas confondre celle-ci avec le dogmatisme stalinien pliant la réalité à des choix politiques fussent-ils ceux de l’anti-impérialisme. A l’inverse de Lénine qui lui aussi a une vision dialectique, la déformation stalinienne quel que soit l’héroïsme et les conquêtes du peuple soviétique est justement ce dogmatisme, cette manière de vouloir plier la complexité du réel à un simplification qui est celle d’un “conspirateur” (Fidel Catro) et cette vision qui dépasse celle d’un homme mais devient celle du marxisme va probablement pour une part être à l’origine de la crise du communisme dont le principale symptôme est la division sino-soviétique avec par voie de conséquence l’incapacité à se situer dans les mouvements de libération qui secouent la planète et la contre révolution impérialiste, néo-libérale.  Comme Engels dénonçant Durhing, pour une part la manière dont l’extrême-droite peut s’emparer des combats anti-impérialistes et les dévoyer réside dans ce dogmatisme simpliste, dans cette absence de vision dialectique. Faute d’une telle critique émanant des communistes eux-mêmes, la contre-révolution a déferlé sur le monde et continue à produire ses effets en donnant vie à l’extrême-droite et à toutes les fascisations que l’armée rouge croyait avoir vaincu mais dès la guerre froide le capital a mené une offensive qui a démarré à Hiroshima et peut se reproduire.  (note de Danielle Bleotrach


L’Afghanistan, un grand pays d’Asie au nord-ouest de l’Inde. Il s’étend entre le Pakistan et les Indes, et de l’autre côté entre l’Hindu Kush et l’Océan Indien. Le pays incluait jadis les provinces persanes du Khorassan et du Kohistan, ainsi que Herat, le Bélouchistan, le Cachemire, le Sind et une grande partie du Penjab. Dans ses frontières actuelles, il ne comporte sans doute pas plus de 4 000 000 habitants. La géographie de l’Afghanistan est très irrégulière : hauts plateaux, montagnes élevées, vallées profondes et ravins. Comme tous les pays tropicaux et montagneux, on y trouve tous les climats. Dans l’Hindu Kush, la neige recouvre toute l’année les sommets élevés, tandis que dans les vallées, le thermomètre peut atteindre 55 °C. Il fait plus chaud à l’est qu’à l’ouest, mais le climat est dans l’ensemble moins chaud qu’en Inde ; si les variations de température entre l’été et l’hiver, ou le jour et la nuit, sont très importantes, le pays est sain. Les fièvres, les catarrhes et les ophtalmies sont les principales maladies. De temps en temps, la variole fait des ravages. Le sol est d’une fertilité exubérante. Les dattiers prospèrent dans les oasis des déserts de sable, la canne à sucre et le coton dans les vallées chaudes, les fruits et les légumes européens poussent en abondance sur les terrasses des collines jusqu’à 1 800 ou 2 100 mètres d’altitude. Les montagnes sont couvertes de forêts nobles, fréquentées par des ours, des loups et des renards ; on trouve le lion, le léopard et le tigre dans des régions convenant à leur mode de vie. Les animaux utiles à l’homme ne manquent pas. On trouve une belle race de moutons persans à grande queue. Les chevaux sont des pur-sang de bonne taille. Le chameau et l’âne sont utilisés comme bêtes de somme et on trouve beaucoup de chèvres, de chiens et de chats. Outre l’Hindu Kush, qui est une continuation de l’Himalaya, il existe une chaîne montagneuse appelée Sulaiman ; au sud-ouest entre l’Afghanistan et Balkh, se trouve une chaîne, le Paropamisos, mais très peu d’informations la concernant sont parvenues jusqu’en Europe. Les rivières sont peu nombreuses l’Hilmand et la Kaboul sont les plus importantes. Elles prennent leur source dans l’Hindu Kush ; la Kaboul coule vers l’est et se jette dans l’Indus près d’Attock, l’Hilmand coule vers l’ouest, traverse la région du Seistan et se jette dans le lac de Zurrah. L’Hilmand a la particularité d’inonder ses rives tous les ans, comme le Nil, fertilisant ainsi le sol qui, au-delà des limites de l’inondation, est un désert de sable. Les principales villes d’Afghanistan sont Kaboul, la capitale, Ghazni, Peshawar et Kandahar. Kaboul est une belle ville à 34° 10 de latitude nord et 60° 43 de longitude est, sur la rivière du même nom. Les bâtiments, construits en bois, sont propres et spacieux, et la ville, entourée de beaux jardins, est très plaisante. Environnée de villages, elle est située au milieu d’une grande plaine encerclée par des collines peu élevées. Le tombeau de l’empereur Babur en est le principal monument. Peshawar est une grande ville dont la population est estimée à 100 000 habitants. Ghazni, ville autrefois renommée et ancienne capitale du grand sultan Mahmoud, a perdu son rang et est devenue une ville pauvre. Kandahar a été fondée en 1754, sur le site d’une ancienne cité. Elle a été la capitale durant quelques années, mais, en 1774, le siège du gouvernement a été déplacé à Kaboul. On pense qu’elle compte 100 000 habitants. Près de la ville se trouve le tombeau de Shah Ahmed, fondateur de la ville. C’est un asile sacré au point que même le roi ne peut en déloger un criminel qui a trouvé refuge dans ses murs.

Carte de l'Afghanistan - 1838 

La position géographique de l’Afghanistan et le caractère particulier de son peuple confèrent au pays une importance politique qu’il ne faut pas sous-estimer dans les affaires d’Asie centrale. C’est une monarchie, mais l’autorité du roi sur ses sujets fougueux et turbulents est personnelle et très incertaine. Le royaume est divisé en provinces chacune est dirigée par un représentant du souverain qui perçoit les revenus et les remet à la capitale.

Les Afghans sont un peuple courageux, résistant et indépendant. Ils se consacrent essentiellement à l’élevage et à l’agriculture et évitent le commerce qu’ils abandonnent avec mépris aux Hindous et à d’autres habitants des villes. Pour eux, la guerre est exaltante et les soulage de leurs occupations monotones et industrieuses.

Les Afghans sont divisés en clans sur lesquels les chefs exercent une sorte de suprématie féodale. Leur haine indomptable des règles et leur amour de l’indépendance individuelle sont les seuls obstacles à ce que leur pays devienne une nation puissante. Néanmoins, cette absence de règles et ce caractère imprévisible en font des voisins dangereux ; ils risquent de se laisser porter par leurs sautes d’humeur ou d’être excités par des intrigants qui soulèvent astucieusement leurs passions. Les deux principales tribus, les Dooranees et les Ghilgies, se querellent sans cesse.

Le contingent militaire est principalement fourni par les Dooranees le reste de l’armée est recruté dans les autres clans ou parmi des aventuriers qui s’engagent dans l’espoir d’une paie ou d’un butin. Dans les villes, la justice est rendue par des cadis, mais les Afghans ont rarement recours à la loi. Leurs khans ont le droit de châtier ; ils ont même le droit de vie et de mort. La vengeance par le sang est un devoir familial; néanmoins, en dehors de toute provocation, ils sont considérés comme un peuple libéral et généreux. Les devoirs de l’hospitalité sont sacrés au point qu’un ennemi mortel qui mange le pain et le sel, même s’il y parvient par un stratagème, est à l’abri de la vengeance et peut même réclamer la protection de son hôte contre tout autre danger. Ils sont de religion musulmane et appartiennent à la secte sunnite, mais ils ne sont pas sectaires et les alliances entre chiites et sunnites sont courantes.

L’Afghanistan a été successivement soumis à la domination mongole [2] et persane. Avant l’arrivée des Anglais sur les rivages de l’Inde, les invasions étrangères qui ont balayé les plaines de l’Hindoustan provenaient toujours d’Afghanistan. Le sultan Mahmoud le Grand, Gengis Khan, Tamerlan et Nadir Shah ont tous emprunté cette voie. En 1747, après la mort de Nadir, Shah Ahmed, qui avait appris l’art de la guerre sous les ordres de cet aventurier militaire, décida de se débarrasser du joug de la Perse. Sous son règne, l’Afghanistan parvint au sommet de sa grandeur et de sa prospérité pour l’époque moderne. Il appartenait à la famille des Suddosis et sa première décision fut de saisir le butin que son dernier chef avait accumulé en Inde. En 1748, il réussit à expulser le gouverneur mongol de Kaboul et Peshawar, et traversant l’Indus, il envahit vite le Penjab. Son royaume s’étendra de Khorassan à Delhi et il croisera même le fer avec les puissants Mahrattas [3]. Ces grandes entreprises, ne l’ont cependant pas empêché de cultiver certains des arts de paix et il sera reconnu comme poète et historien. Il décéda en 1772 et laissa sa couronne à son fils Timour, qui, cependant, n’était pas à la hauteur pour supporter une aussi lourde charge. Il abandonna la ville de Kandahar, qui avait été fondée par son père et était devenue, en quelques années, une ville riche et très peuplée, et déplaça le siège du gouvernement à Kaboul. Pendant son règne les dissensions internes des tribus, réprimées d’une main ferme par Shah Ahmed, ont réapparues. En 1793 Timour décéda et Siman lui succéda. Ce prince conçut l’idée de consolider la puissance musulmane de l’Inde et ce plan, qui aurait pu sérieusement mettre en danger les conquêtes britanniques, fut jugé si important que Sir John Malcolm fut envoyé à la frontière pour contrôler les Afghans, en cas de mouvement de leur part, et en même temps des négociations furent ouvertes avec la Perse, grâce à l’aide de laquelle les Afghans pourraient être placés entre deux feux. Ces précautions étaient cependant, inutiles ; le Shah Siman était plus que suffisamment occupé par les conspirations et les troubles dans son pays, et ses grands projets furent écrasés dans l’œuf. Le frère du roi, Mahmoud, se lança sur Herat avec le dessein d’ériger une principauté indépendante, mais échouant dans sa tentative, il s’enfuit en Perse. Le Shah Siman avait été aidé dans son accession au trône par la famille Bairukshee, à la tête de laquelle se trouvait le Khan Sheir Afras. La nomination par Siman d’un vizir impopulaire excita la haine de ses vieux partisans, qui organisèrent une conspiration qui fut découverte, et le Sheir Afras fut mis à mort. Mahmoud fut alors rappelé par les conspirateurs, Siman fut fait prisonnier et eut les yeux arrachés. En opposition à Mahmoud, qui était soutenu par les Dooranees, le Shah Soojah fut soutenu par les Ghilgies et conserva le trône pendant quelque temps; mais il fut défait à la fin, principalement par la trahison de ses propres partisans et fut forcé de se réfugier chez les Sikhs [4].

En 1809, Napoléon envoya le général Gardane en Perse, dans l’espoir d’amener le Shah (Fath Ali) à envahir l’Inde et le gouvernement indien envoya un représentant (Mountstuart Elphinstone) à la cour de Shah Soojah pour constituer une opposition à la Perse. A cette époque, le pouvoir et la renommée de Ranjit Singh croissaient. Ce chef sikh, par son génie, réussit à rendre son pays indépendant des Afghans et fonda un royaume au Penjab il gagna le titre de maharajah (grand rajah) et le respect du gouvernement anglo-indien.

Mahmoud, l’usurpateur, ne devait toutefois pas profiter longtemps de son triomphe. Futteh Khan, son vizir, qui avait oscillé entre Mahmoud et Shah Soojah selon ce que lui dictaient son ambition et son intérêt passager, fut capturé par Kamran, le fils du roi ; on lui creva les yeux puis on l’exécuta cruellement.

La puissante famille du vizir assassiné jura de venger sa mort. On replaça la marionnette Shah Soojah sur le devant de la scène et on chassa Mahmoud. Shah Soojah ayant abusé de son pouvoir, il fut bientôt déposé et un autre frère fut couronné à sa place. Mahmoud s’enfuit à Herat, qu’il possédait toujours, et en 1829, à sa mort, son fils Kamran lui succéda au gouvernement de cette région. La famille Bairukshee, parvenue au pouvoir, se partagea le territoire, mais, selon l’usage du pays, elle se disputait sans cesse et ne retrouvait l’union qu’en présence d’un ennemi commun. L’un des frères, Mohamed Khan, tenait la ville de Peshawar pour laquelle il payait tribut à Ranjit Singh ; un autre tenait Ghazni, un troisième Kandahar, tandis que Dost Mohamed, le plus puissant de la famille, régnait sur Kaboul.

En 1835, le capitaine Alexander Burnes fut envoyé comme ambassadeur auprès de ce prince, alors que la Russie et l’Angleterre intriguaient l’une contre l’autre en Perse et en Asie centrale. Il proposa une alliance que le Dost ne fut que trop content d’accepter, mais le gouvernement anglo-indien exigeait tout de lui et n’offrait absolument rien en échange. Pendant ce temps, en 1838, les Persans, avec l’aide et les conseils de la Russie, assiégèrent Herat [5], clé de l’Afghanistan et de l’Inde un Persan et un agent russe arrivèrent à Kaboul et le Dost, par suite du refus continuel de tout véritable engagement de la part des Anglais, fut finalement contraint de recevoir les avances d’autres parties.

Burnes partit, et Lord Auckland, alors gouverneur général des Indes, influencé par son secrétaire W. McNaghten, décida de punir Dost Mohamed pour ce qu’il l’avait lui-même obligé à faire. Il prit la résolution de le détrôner et d’installer à sa place Shah Soojah, devenu protégé du gouvernement indien. Un traité fut conclu avec Shah Soojah et avec les sikhs. Le Shah commença à rassembler une armée, payée et commandée par les Anglais ; une troupe anglo-indienne fut concentrée sur le Sutlej. McNaghten, secondé par Burnes, devait accompagner l’expédition en Afghanistan en qualité d’émissaire. Pendant ce temps, les Persans avaient levé le siège de Herat et la seule raison valable pour une intervention en Afghanistan avait disparu. Pourtant, en décembre 1838, l’armée marcha sur la province de Sind, contrainte à la soumission et au paiement d’une contribution au bénéfice des sikhs et de Shah Soojah [6].

Le 20 février 1839, l’armée britannique franchit l’Indus. Elle était constituée d’environ 12 000 hommes accompagnés de plus de 40 000 civils, sans compter les nouvelles troupes levées par le Shah. Le col de Bolan fut franchi en mars. Le manque de provisions et de fourrage commença à se faire sentir les chameaux tombaient par centaines et une grande partie des bagages fut perdue. Le 7 avril, l’armée arriva au col de Khojak, le franchit sans résistance et, le 25 avril, elle pénétra à Kandahar, que les princes afghans, frères de Dost Mohamed, avaient abandonnée. Après un repos de deux mois, Sir John Keane, le commandant, avança avec le principal corps d’armée vers le nord, laissant une brigade à Kandahar sous les ordres de Nott. Ghazni, la place forte imprenable d’Afghanistan, fut conquise le 22 juillet ; un déserteur avait informé l’armée que la porte de Kaboul était la seule à ne pas avoir été murée. Elle fut donc renversée et la place fut prise d’assaut. Après ce désastre, l’armée rassemblée par Dost Mohamed se dispersa immédiatement et Kaboul ouvrit aussi ses portes le 6 août. Shah Soojah fut installé sur le trône en bonne et due forme, mais la véritable direction du gouvernement resta aux mains de McNaghten, qui payait également toutes les dépenses de Shah Soojah sur le trésor indien.

La conquête de l’Afghanistan semblait accomplie et une part considérable des troupes fut renvoyée. Mais les Afghans n’étaient en rien satisfaits d’être gouvernés par les kafir feringhee (les infidèles européens) et tout au long des années 1840 et 1841, les insurrections se succédèrent dans toutes les régions du pays. Les troupes anglo-indiennes devaient sans arrêt intervenir. McNaghten déclara pourtant que c’était la situation normale de la société afghane et écrivit en Angleterre que tout se passait bien et que l’autorité de Shah Soojah prenait racine. Les avertissements des militaires et des autres agents britanniques restèrent sans effet. Dost Mohamed s’était rendu aux Anglais en octobre 1840 et avait été envoyé en Inde ; toutes les insurrections de l’été 1841 furent réprimées avec succès.

En octobre, McNaghten, nommé gouverneur de Bombay, avait l’intention de partir pour l’Inde avec une autre corps d’armée. Mais la tempête éclata. L’occupation de l’Afghanistan coûtait 1,25 million de livres par an au trésor indien : il fallait payer 16 000 soldats, les anglo-indiens et ceux de Shah Soojah, en Afghanistan 3 000 autres se trouvaient dans le Sind et le col de Bolan. Les fastes royaux de Shah Soojah, les salaires de ses fonctionnaires, et toutes les dépenses de sa cour et de son gouvernement étaient payés par le trésor indien. Enfin, les chefs afghans étaient subventionnés, ou plutôt soudoyés, par la même source, afin de les empêcher de nuire.

McNaghten fut informé de l’impossibilité de continuer à dépenser de l’argent à ce rythme. Il tenta de restreindre les dépenses, mais la seule façon d’y parvenir était de réduire les allocations des chefs. Le jour même où il tenta de le faire, les chefs fomentèrent une conspiration dans le but d’exterminer les Anglais. McNaghten en personne servit à provoquer l’unification des forces insurrectionnelles qui, jusqu’ici, avaient lutté séparément contre les envahisseurs, sans unité ni concertation. Il ne fait pas de doute non plus, que, à ce moment-là, la haine de la domination britannique sur les Afghans avait atteint son apogée.

A Kaboul, les Anglais étaient commandés par le général Elphinstone, un vieil homme goutteux, indécis et complètement désemparé, qui donnait sans arrêt des ordres contradictoires. Les troupes occupaient une sorte de camp fortifié, si étendu que la garnison suffisait à peine à garder les remparts, rendant impossible de détacher des hommes pour agir sur le terrain. Les fortifications étaient si imparfaites qu’on pouvait franchir à cheval le fossé et le parapet. Comme si cela ne suffisait pas, le camp était dominé, presque à portée de mousquet, par les hauteurs voisines ; pour couronner l’absurdité de ces aménagements, toutes les provisions et le matériel médical se trouvaient dans deux forts distincts à quelque distance du camp, dont ils étaient de plus séparés par des jardins entourés de murs et par un autre petit fort que les Anglais n’occupaient pas. La citadelle de Bala Hissar à Kaboul aurait offert des quartiers d’hiver solides et splendides à toute l’armée mais, pour faire plaisir à Shah Soojah, elle n’était pas occupée.

Le 2 novembre 1841, l’insurrection éclata. La maison d’Alexander Burnes, en ville, fut attaquée et il fut assassiné. Le général anglais ne fit rien et l’impunité renforça l’insurrection. Elphinstone, complètement désemparé, à la merci de toute sorte de conseils contradictoires, parvint très vite à la confusion que Napoléon a décrite en trois mots : ordre, contrordre, désordre. Le Bala Hissar n’était toujours pas occupé. Quelques compagnies furent envoyées contre les milliers d’insurgés et furent naturellement battues, ce qui enhardit plus encore les Afghans.

Le 3 novembre, les forts proches du camp furent occupés. Le 9, le fort de l’intendance (défendu par seulement 80 hommes) fut pris par les Afghans, et les Anglais n’eurent plus rien à manger. Le 5, Elphinstone parlait déjà d’acheter le droit de sortir du pays. En fait, au milieu du mois de novembre, son indécision et son incapacité avaient tellement démoralisé les troupes que ni les Européens ni les cipayes [7] n’étaient en état de rencontrer les Afghans sur le champ de bataille. Les négociations débutèrent. Durant celles-ci, McNaghten fut assassiné lors d’une conférence avec les chefs afghans. La neige commença à recouvrir le sol, les provisions se firent rares. Finalement, le 1° janvier, la capitulation fut conclue. Tout l’argent, 190 000 £, devait être remis aux Afghans et des effets signés pour 140 000 £ supplémentaires. Toute l’artillerie et les munitions, à l’exception de six canons de six et trois pièces d’artillerie mobiles, devaient rester sur place. Tout l’Afghanistan devait être évacué. En contrepartie, les chefs promettaient un sauf-conduit, des provisions et des bêtes de somme.

Le 5 janvier, les Anglais quittèrent le pays, 4 500 soldats et 12 000 civils. Une journée de marche suffit à dissiper les derniers vestiges d’ordre et à mélanger les soldats et les civils en une confusion épouvantable rendant toute résistance impossible. Le froid, la neige et le manque de nourriture eurent le même effet que lors de la retraite de Moscou de Napoléon en 1812. Mais à la place des Cosaques se tenant à une distance respectable, les tireurs d’élite afghans furieux, armés de mousquets à longue portée, occupaient toutes les hauteurs et harcelaient les Anglais. Les chefs qui avaient signé la capitulation ne pouvaient ni ne voulaient retenir les tribus des montagnes. Le col de Koord-Kaboul fut le tombeau de presque toute l’armée et les quelques survivants, moins de 200 Européens, tombèrent à l’entrée du col de Jugduluk. Un seul homme, le docteur Brydon, réussit à atteindre Jalalabad et raconta l’histoire. Beaucoup d’officiers avaient cependant été faits prisonniers par les Afghans. Jalalabad était tenue par la brigade de Sale. Sa capitulation fut réclamée, mais il refusa d’évacuer la ville, de même que Nott à Kandahar. Ghazni était tombée plus un seul homme dans la place ne savait se servir de l’artillerie et les cipayes avaient succombé au climat.

Pendant ce temps, près de la frontière, les autorités britanniques, dès qu’elles avaient appris le désastre de Kaboul, avaient concentré à Peshawar les troupes destinées à la relève des régiments d’Afghanistan. Mais les moyens de transport faisaient défaut et un grand nombre de cipayes tombaient malades. En février, le général Pollock prit le commandement et, à la fin de mars 1842, il reçut des renforts. Il força le col de Khyber et avança pour se porter au secours de Sale à Jalalabad. Quelques jours plus tôt, Sale avait complètement vaincu l’armée afghane qui le cernait. Lord Ellenborough, gouverneur général des Indes, ordonna aux troupes de se replier, mais Nott et Pollock trouvèrent une bonne excuse en prétextant le manque de moyens de transport. Finalement, début juillet, l’opinion publique en Inde contraignit Lord Ellenborough à faire quelque chose pour restaurer l’honneur de la nation et le prestige de l’armée britannique. En conséquence, il autorisa l’avance sur Kaboul à partir de Kandahar et de Jalalabad.

Mi-août, Pollock et Nott étaient parvenus à un accord concernant leurs mouvements et, le 20 août, Pollock fit route vers Kaboul, atteignit Gundamuck, battit une troupe afghane le 23, enleva le col de Jugduluk le 8 septembre, vainquit les forces rassemblées de l’ennemi le 13 à Tezeen et dressa le camp le 15 sous les murs de Kaboul. Pendant ce temps, Nott évacua Kandahar le 7 août et marcha avec toutes ses troupes vers Ghazni. Après quelques combats peu importants, il vainquit une grosse armée d’Afghans le 30 août, s’empara de Ghazni, abandonnée par l’ennemi le 6 septembre, détruisit les ouvrages et la ville, battit de nouveau les Afghans dans la place forte d’Alydan et, le 17 septembre, arriva près de Kaboul où Pollock entra immédiatement en communication avec lui. Shah Soojah avait été assassiné longtemps avant par certains chefs et, depuis lors, il n’y avait plus de gouvernement réel en Afghanistan. Futteh Jung, son fils, n’était roi que de nom. Pollock envoya un détachement de cavalerie après les prisonniers de Kaboul, mais ceux-ci avaient réussi à soudoyer leurs gardes et ils l’affrontèrent sur la route.

En représailles, le bazar de Kaboul fut détruit et, à cette occasion, les soldats pillèrent une partie de la ville et massacrèrent un grand nombre d’habitants. Le 12 octobre, les Anglais quittèrent Kaboul et rentrèrent en Inde en passant par Jalalabad et Peshawar. Futteh Jung, désespérant de sa fonction, les suivit. Dost Mohamed, libéré de captivité, reprit son royaume. Ainsi s’acheva la tentative des Anglais pour installer un prince de leur fabrication en Afghanistan.


Notes

[1] Les mongols, peuplade d’origine turque arrivèrent d’Asie Centrale en Inde au début du XVI° siècle. En 1526, l’Empire du Grand Mongol fut fondé dans le nord de l’Inde. On les considérait alors comme les descendants de Genghis Khan – d’où leur nom. Plus tard, le déclin de l’Empire commença en raison des rébellions paysannes, des tendances séparatistes et de la résistance des indhous face à leurs conquérants musulmans. Il cesse virtuellement d’exister au début du XVIII° siècle.

[2] Mahrattas : ethnie du nord ouest du Deccan. Ils se révolteront contre la domination mongole au milieu du XVII° siècle, contribuant ainsi à son déclin. Ils formèrent durant cette guerre leur propre Etat, rapidement engagé dans des guerres de conquêtes. A la fin du XVII° siècle, cet Etat était affaibli par ses conflits internes, mais au début du XVIII° siècle, une puissante confédération Mahratta était formée sous la direction d’un gouverneur suprême, le Peshwa. En 1761, la confédération subira une cruelle défaite dans le conflit qui l’opposait aux afghans pour la domination de l’Inde. Elle entre alors en décadence et passe rapidement sous la férule anglaise, après le conflit de 1803-1805.

[3] Sikhs : secte religieuse qui apparaît au Penjab (Nord-Ouest de l’Inde) au XVI° siècle. Leur croyance en l’égalité devient l’idéologie des paysans et du petit peuple des villes dans leur lutte contre les afghans et le Grand Mongol à la fin du XVII° siècle. Ultérieurement apparaît une aristocratie Sikh qui prend vite la direction des principales principautés. Au début du XIX° siècle, ces principautés s’unissent dans un seul Etat incluant le Penjab et les régions alentour. Les anglais se soumettent les sikhs après le conflit de 1845. Une révolte aura lieu en 1848 mais sera contenue dès 1849.

[4] Le siège d’Herat a lieu de novembre 1837 à août 1838. L’Angleterre exigera la levée du siège et menacera la Perse de guerre si le shah n’obtempérait pas. Celui-ci se soumettra et sera obligé de signer un traité de commerce assurant la pénétration des marchandises britanniques en Perse. Voir l’article de Marx : “ La guerre contre la Perse ”.

[5] Durant la guerre anglo-afghanne, l’East India Company obligera les seigneurs de Sind (une partie de l’actuel Pakistan) à accepter le passage de troupes par cette région. Poussant l’avantage, les britanniques exigeront la soumissiont de ces féodaux en 1843. Enfin ils annexeront la région après la défaite des rebelles baluchi.

[6] Les cipayes étaient des mercenaires au service des britanniques recrutés parmi la population indienne. Mais ces troupes soutiendront les insurgés indiens contre les colons lors de l’insurrection de 1857-1859.

L’AFGHANISTAN, cimetière des empires ?

Article soumis le 24/11/2011 par Guillaume Lasconjarias dans L’Histoire n°370 à la page 26 | Gratuit

L’évacuation est annoncée pour 2014. Depuis 2 000 ans le pays résiste aux envahisseurs.

«Il ne se trouve pas une pierre qui n’ait été teintée de sang. » Le jugement porté par le lieutenant général George Molesworth, un vétéran de la troisième guerre anglo-afghane, au tournant des années 1920, résume à la fois l’histoire d’un pays et une actualité marquée par un cortège de nouvelles souvent pessimistes. Après dix ans d’intervention menée conjointement par les États-Unis opération Enduring Freedom, « Liberté immuable » et l’Otan sous la forme de la Force internationale d’assistance et de sécurité – Fias ou Isaf selon l’acronyme anglais, ce pays, l’un des plus enclavés au monde, demeure instable. Le président Karzai a pourtant proposé 2014 comme date de retrait des forces de la coalition, même si certains s’interrogent sur la capacité des forces de sécurité et des institutions afghanes à prendre à leur compte, d’ici là, la destinée de leur pays.

L’Afghanistan est-il condamné à n’être qu’un pays à la fois déchiré à l’intérieur par le jeu des tensions ethniques et tribales – notamment entre Tadjiks et Pachtounes – et, à l’extérieur, par sa situation géopolitique, prisonnier des appétits de ses voisins ? Dans la profusion d’ouvrages qui lui sont consacrés, le passé n’est souvent convoqué que pour expliquer, convaincre ou nuancer les échecs ou les semi-réussites de l’actuelle coalition. D’Alexandre le Grand à la puissante Armée rouge, les conquérants du passé servent d’argument à la gloire d’un « royaume de l’insolence »1 que personne n’a pu posséder ni contrôler. Cimetière des empires, l’Afghanistan serait donc un trou noir capable, à l’instar de ces phénomènes astrophysiques, d’absorber la substance de ceux qui auraient la folie de s’y aventurer.

Le passage des phalanges d’Alexandre à travers la passe de Khyber pour atteindre l’Indus, en 329 avant notre ère, transforme la Bactriane une partie de l’Afghanistan actuel en enjeu stratégique, entre Orient et Occident2. Alexandre peine à s’imposer face à une population hostile. Il alterne diplomatie et emploi de la violence, en vain : les combats contre les tribus auraient coûté plus cher aux Macédoniens que la conquête de l’Empire perse3 . Après lui, les invasions se succèdent : du IVe siècle avant notre ère à la fin du XVe siècle, Indiens, Perses, Huns, Arabes, Mongols et Moghols tentent de s’imposer dans cet espace, avec plus ou moins de succès.

Ces envahisseurs partagent un point commun : ils ne contrôlent du territoire que l’espace utile, le hokoumat « pays de gouvernement ». Leurs troupes rencontrent en Afghanistan des conditions d’engagement difficiles : des montagnes imposantes la chaîne de l’Hindou Kouch compte plus de 100 sommets à 6 000 mètres et un climat aux hivers glaciaux et aux étés brûlants qui soumet hommes et équipements à rude épreuve. Quant à la population près de 30 millions d’habitants selon les projections de l’Ined, elle reste en grande partie encadrée par les tribus et les clans, enjeu complexe où les Pachtounes – la plus importante des minorités – revendiquent le rôle principal. De fait, la ceinture montagneuse autour de Kaboul et certaines vallées reculées restent aux mains de ces tribus qui maîtrisent le Yaghestan royaume de la rébellion ou de l’insolence qui oblige les autorités installées dans les grands centres urbains à négocier plutôt qu’à subjuguer les tribus.

La naissance d’un royaume afghan indépendant remonte à 1747, sous l’égide d’Ahmad Shah Dorrani. Depuis lors, un jeu de balancier voit les Afghans régulièrement s’unir contre les menaces extérieures, puis se diviser en factions rivales dans des conflits internes. Le phénomène s’accentue dans la deuxième moitié du XIXe siècle, dans la période du « grand jeu » entre Russes et Britanniques, qui cherchent à ancrer le pays dans leur sphère impérialiste, en essayant d’instrumentaliser les acteurs locaux, ou en intervenant directement.

C’est ici que la métaphore du trou noir prend tout son sens, au vu, par exemple, des difficultés rencontrées par l’armée britannique pendant les deux guerres anglo-afghanes 1838-1842 et 1878-1880 : en 1842, la retraite britannique à travers les défilés menant à Peshawar s’achève par un désastre sur 4 500 combattants et 12 000 personnes accompagnant l’armée, seul un témoin parvient à destination. Londres se résout à exercer un contrôle plus ou moins efficace de la politique étrangère afghane et à maintenir une ligne de démarcation avec la zone d’expansion russe, la ligne Durand, qui fait de l’Afghanistan une sorte de no man’s land pendant presque un siècle.

L’invasion soviétique en 1979 sonne comme une répétition de ces errances stratégiques : la puissance s’épuise à contrôler le pays, a fortiori quand les acteurs régionaux – et au premier plan le Pakistan – s’en mêlent. Ces dix ans de guerre sont marqués par la mort de 15 000 soldats soviétiques et plus d’un million d’Afghans – dont 80 % de civils – sans même parler des déplacés4. La plaie ouverte dont souffre l’URSS est dénoncée dès 1986 par Mikhaïl Gorbatchev, qui entame alors un processus de retrait achevé en 1989. Le régime en place continue à bénéficier de l’aide soviétique, jusqu’à la disparition de l’URSS qui laisse l’Afghanistan glisser dans la guerre civile entre seigneurs de la guerre 1992-1996.

C’est le temps du topakiyaan, « l’ère des hommes en armes ». Des factions rivales s’affrontent, se livrant à des combats féroces 25 000 victimes à Kaboul pour le premier semestre 1994. En réponse, dans le sud du pays, éclot le mouvement taliban – nom donné aux élèves des écoles coraniques – qui, sous la direction d’un ancien moudjahi, le mollah Omar, semble capable de résoudre ce conflit civil. Fort d’un projet politique s’appuyant sur les structures traditionnelles de la société afghane, comme sur une application stricte de la charia la loi islamique, les talibans rallient une majorité de la population fatiguée de la guerre. Ils s’emparent de Kaboul en septembre 1996, imposent l’émirat islamique d’Afghanistan, tout en luttant contre les derniers mouvements armés regroupés dans l’Alliance du Nord dirigée par le Tadjik Massoud. Ils accueillent aussi, dès cette période, le mouvement d’Oussama ben Laden.

L’actuelle guerre d’Afghanistan est un drame en trois temps. En réaction aux attentats commis sur le sol américain le 11 septembre 2001 par des membres d’Al-Qaida, les États-Unis désignent les jihadistes soutenus par les talibans comme les coupables. Forts d’une coalition ad hoc appuyée localement sur les combattants de l’Alliance du Nord, leur but est d’abattre le régime taliban et de détruire Al-Qaida avant de passer la main à de nouvelles structures politiques afghanes. En deux mois octobre-novembre d’une campagne militaire fondée sur des frappes aériennes combinées à des infiltrations de forces spéciales appuyant les hommes de l’Alliance du Nord, les talibans se trouvent acculés dans les zones montagneuses de l’Est. Simultanément se déploient les premiers et modestes contingents des forces de l’Otan la Fias, alors limités à la région de Kaboul. Déjà, les efforts de la communauté internationale achoppent sur l’ordre des priorités : pour les Américains, il s’agit d’une campagne antiterroriste où l’on traque les dernières forces rebelles ; au contraire, la Fias met en oeuvre un processus de stabilisation, de nature militaro-policière, en cherchant à rebâtir un État afghan.

Cette dichotomie s’accentue jusqu’à une première rupture, qui intervient au tournant des années 2005-2006. A cette date, les talibans refont surface. Soutenus en secret par le Pakistan, ils lancent des actions de plus en plus audacieuses. Refusant l’engagement frontal, ils déploient une stratégie asymétrique, fondée sur le harcèlement des troupes occidentales. Ils agissent aussi en direction de la population, les exactions des milices des seigneurs de guerre, la corruption du gouvernement afghan et les dommages collatéraux de la coalition offrant à la milice religieuse un réel soutien populaire. 2006 est l’année terrible. Partout, les talibans reprennent l’initiative ; si leurs moyens limités ne leur permettent pas de l’emporter, la dureté des combats, leur répétition et l’explosion des pertes dans les rangs alliés pèsent lourd sur le moral des forces de la coalition. La situation sécuritaire ne cesse de se dégrader. 2009 est ainsi une année meurtrière pour les civils avec 2 412 civils tués dont 67 % attribués aux éléments antigouvernementaux selon la Manua5. Quant aux pertes militaires de la coalition, elles bondissent de 295 en 2008 à 521 en 2009 et 711 en 2010 selon le site Icasualties. On compte parmi eux 75 soldats français à la mi-2011.

Depuis 2009, les États-Unis ont repris la main. Profitant d’un apaisement en Irak, le président Obama lance le surge, un renfort massif de 30 000 soldats sur un effectif initial d’environ 90 000 hommes. Il s’agit autant de convaincre la rue américaine que la guerre peut être gagnée que de trouver de nouvelles méthodes. Obama s’appuie sur les généraux McChrystal puis Petraeus, les chantres de la doctrine de contre-insurrection6. Pour eux, il faut limiter l’impact des opérations militaires, regagner la confiance de la population afghane et réinstaller l’État afghan. De grandes opérations à la résonance médiatique ont lieu, sans réel lendemain.

Comment sortir de cette attraction fatale ? L’évacuation est prévue officiellement pour 2014. Mais aucun consensus sur les scénarios de sortie de crise ne se dessine. L’assassinat en septembre 2011 du président du Haut Comité pour la paix l’ancien président Rabbani symbolise le refus par certains groupes insurgés d’un processus de réintégration et d’une négociation dont ils seraient exclus. Le Pakistan veut peser sur les destinées d’un pays conçu comme profondeur stratégique face à l’Inde. Enfin, les autres acteurs régionaux – Chine, Iran et Russie – jouent une partition qui pour le contrôle du riche sous-sol, qui pour étendre un glacis au-delà de leurs frontières. Peut-être la solution – pessimiste – est-elle dans le conseil que donnait le général britannique Roberts : « Cela ne flatte sans doute pas notre amour-propre, mais je suis certain d’avoir raison quand je dis que moins les Afghans nous voient, moins ils nous détestent. » C’était en 1880.

Par Guillaume Lasconjarias
 
 

« François Duprat, une histoire d’allers-retours entre subversion et contre subversion »

 avril 2011

Vendredi 8 avril à 18 heures, sera mis en ligne sur le site du “Monde.fr“, un webdocumentaire “François Duprat, une histoire de l’extrême droite”. (Il est visible ici).

Produit par Le Monde.fr, l’INA et 1+1 Production, ce documentaire écrit par Joseph Beauregard et Nicolas Lebourg s’attache à expliquer le parcours politique de François Duprat et le rôle essentiel qu’il a joué au sein de l’extrême droite française. C’est surtout le portrait d’une époque. Nous avons interrogé le chercheur Nicolas Lebourg et le réalisateur Joseph Beauregard. Nous avions consacré deux posts (ici et ) aux difficultés rencontrées par les auteurs dans leur enquête.

Comment présenteriez-vous François Duprat ?

Nicolas Lebourg : Né en 1940, assassiné par un attentat à la voiture piégée en 1978, c’est un personnage central de la reconstruction des extrêmes droites européennes après la débâcle des fascismes. Il se reconnaît lui-même comme néofasciste. C’est à la fois un réactionnaire obsédé par l’anticommunisme, et un révolutionnaire qui veut changer le monde.

Il réinvente l’extrême droite à qui il impose des thèmes novateurs alors, comme l’antisionisme, le négationnisme, le rejet de l’immigration sur une base sociale. Cadre fondateur et dirigeant d’Occident , d’Ordre Nouveau , du Front National, entre autres, il a pourtant été exclu de chacun de ces mouvements à un moment de sa trajectoire.

Son trajet personnel ne manque pourtant ni de logique ni de sens quant à ses contemporains, car la duplicité et la dualité que certains pointent chez lui sont aussi les nôtres. En effet, ces allers-retours entre subversion et contre-subversion, sa volonté de balayer l’Etat tout en travaillant volontiers avec l’essentiel de ses secteurs répressifs sont très révélateurs des rapports de la société française à sa démocratie et des jeux de la Guerre froide.

Joseph Beauregard : Cet homme est un jeu de poupées gigognes. C’est un intellectuel néofasciste et un enseignant plutôt de la pédagogie fustigée aujourd’hui comme soixante-huitarde, un commis voyageur des circuits internationaux de l’anticommunisme qui danse bien le rock’n'roll, un numéro deux du Front National qui offre un disque de Maxime Leforestier à sa nièce.

Au travers de ses méandres, Duprat raconte quelque chose de vertigineux sur son époque. Il cherche à capitaliser sur toutes les formes de transgression. Nous avons interrogé plus de 130 témoins : les termes les plus récurrents chez eux, quelle que soit leur empathie pour lui, sont la « fascination » qu’il exerce, et la « perversité » qu’ils ressentent. Ils ne font pourtant pas montre d’un jugement moraliste, car l’homme échappe aux schémas ordinaires.

Qu’est-ce que le parcours de François Duprat révèle de son époque ?

Joseph BeauregardJoseph Beauregard :  Avec François Duprat on comprend la résurrection idéologique et organisationnelle des extrêmes droites. Comment durant les Trente glorieuses, de l’Épuration à l’élection de François Mitterrand, a couvé la résurrection d’une tendance politique qui paraissait avoir été balayée par l’Histoire. Et on voit bien que c’est  une coproduction nationale. Duprat  se faufile partout. Il prône la révolution et est accueilli discrètement à l’Hôtel Matignon. Il dit pis que pendre de la gauche, mais a un pied dans les milieux du financement occulte de la gauche non communiste.

Nicolas Lebourg : Il est quelqu’un de très adapté aux jeux à triple tiroirs avec double fond très typiques de la Guerre froide, mais en même temps c’est un homme qui rêve d’un héroïsme fantasmé à partir de la Seconde guerre mondiale au milieu de cette société des années 1960-1970 toujours plus matérialiste.

Il se revendique d’une idéologie, le fascisme, qui correspond à « l’âge des masses », à l’ère industrielle, et de l’Etat-Nation, alors que lui-même est dans « l’âge des marges », l’internationalisation du politique, les hybridations idéologiques. Il s’engage pour l’Algérie française mais devient très vite un admirateur du régime baassiste syrien et de l’essentiel des nationalismes arabes.

Il montre bien à quel point le réel est structuré par ses contradictions internes. C’est d’ailleurs peut-être l’une des raisons pour lesquelles il agaçait tant de monde : avec lui, il ne reste rien d’une catégorisation simpliste, malgré son discours ultra-radical, totalement clivant, le monde qui se dessine quand on le regarde apparaît en zones de gris.


En quoi ce personnage est-il actuel ?

Nicolas Lebourg : Duprat a été à l’avant-garde de propositions politiques d’une importance Nicolas Lebourgcruciale aujourd’hui. La fusion de l’antisémitisme, de l’antisionisme, du négationnisme et du conspirationnisme est une offre idéologique à l’échelle mondiale désormais. Sa stratégie consistant à faire exploser les droites après leur avoir fait avaliser des thèmes de discrimination nationale, et ainsi relégitimer l’extrême droite, est celle qui a permis le 21 avril 2002 et explique une bonne part de notre actualité politique.

Joseph Beauregard : C’est lui l’inventeur de cette formule si souvent reprise par Jean-Marie Le Pen « l’électeur préfère toujours l’original à la copie ». Moins que théoricien, comme on le présente toujours, il est avant tout un tacticien très conscient que sa première force c’est la faiblesse morale de ses adversaires, leur enfermement dans un temps électoral court alors que les révolutionnaires tablent sur un temps long.


Il s’est passé trente-trois ans depuis l’attentat à la voiture piégé qui le visait. Les conditions de cette mort n’ont pas été éclaircies. Que faut-il en penser ?

Joseph Beauregard : D’emblée, évacuons une rumeur coriace : contrairement à ce qui a souvent été dit, il y a  eu une enquête. La police, le juge d’instruction, ont fait leur devoir. Ils l’ont fait, c’est vrai, sans le soutien des services de renseignement qui auraient pu leur être utiles.

Aujourd’hui, je regrette humblement que Michèle Alliot-Marie, lorsqu’elle était ministre de l’Intérieur, ait apposé son veto à la dérogation que nous avions obtenu d’accès aux archives sur l’assassinat. C’est conforme avec son refus en tant que ministre de la Justice de donner suite à la demande de la fille de Robert Boulin, ministre assassiné à la même période, de faire rouvrir cette autre enquête. Mais je crois que c’est regrettable pour notre démocratie.

Pour notre part, nous avons repris toutes les hypothèses qui avaient été soulevées, publiquement ou non, et les avons étudiées sereinement. L’essentiel d’entre elles sont balayées par la démonstration logique et des aspects factuels.

Nicolas Lebourg : D’abord, malgré tous les fantasmes liés à cet assassinat, totalement hors norme par son mode opératoire dans la vie politique française, nous nous sommes refusés à tout sensationnalisme autour de cela. Pour une raison très simple : l’éthique. La veuve de François Duprat était une militante engagée, sur des idées qui ne sont pas les nôtres, mais elle mérite le respect. Nous ne nous imaginions pas faire montre de légèreté là-dessus, n’en déplaise au voyeurisme de notre époque.

Ensuite, nous ne sommes pas investis d’une charge de police ou de justice, or pour qu’une démocratie fonctionne il faut qu’elle soit structurée… Néanmoins, pour que cette démocratie existe, qu’elle ne soit pas dans une dérive bureaucratique ou qu’elle ne devienne pas le théâtre d’ombres de dominants, il faut exercer une pression sur elle, il faut qu’il y ait une tension permanente.

C’est pourquoi nous poursuivons toujours cette décision du ministre de l’Intérieur devant le tribunal administratif. C’est ce qui explique l’importance de travailler sur la vie et la mort de Duprat. Sans toutefois donc confondre les fonctions d’histoire du temps présent et d’enquête judiciaire.

N’ayant ni les moyens ni la légitimité à refaire cette enquête, il était plus pertinent d’essayer de comprendre ce que cette mort occultée pouvait dire sur notre société et nos institutions. Notre pays  était alors très tolérant avec les manques de tempérance et de transparence. Le manque d’émoi face à l’assassinat de Duprat et à l’échec de l’enquête sur son assassinat témoignent que le goût pour l’arbitraire et l’autoritaire dépasse amplement la zone de l’extrême droite radicale.

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Votre webdocumentaire va être diffusé à parti du 8 avril, en même temps que devait sortir en librairie votre biographie de François Duprat

Joseph Beauregard : Ce « webdoc » n’est pas une adaptation du livre mais plus une histoire de l’extrême droite dont la figure de François Duprat est le fil rouge. Les deux objets sont complémentaires, l’un situant l’homme dans sa profondeur, l’autre correspondant à une critique politique de son action menée. Chaque élément correspond ainsi à sa propre logique et cela évite les « parasitages » entre ces deux démarches. Nous étions particulièrement soucieux de proposer un élément analysant un homme en mouvements dans son temps, sans jugement, et, d’une autre manière, d’assumer notre libre choix de la critique de son action et ses pensées.

Nicolas Lebourg : Au bout de cette longue enquête, le manuscrit et le webdocumentaire ont été validés à la réception par l’éditeur et les producteurs. Cependant le premier mars 2011, l’éditeur nous a fait savoir qu’il réorganisait son planning de parution. L’ouvrage serait renvoyé à janvier 2012. Lemonde.fr n’a pas souhaité surseoir à la diffusion du webdoc et l’a programmé à compter du 8 avril 18 heures.

Photos: A gauche, Joseph Beauregard; à droite, Nicolas Lebourg
 
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Publié par le janvier 30, 2012 dans extrême-droite

 

Casapound : le nouveau fascisme à l’italienne par Myriam Lemétayer

 2 800 adhérents, mais des « dizaines de milliers de sympathisants ». Grâce à une communication efficace, en particulier sur le web, les néofascistes italiens de Casapound sont devenus une référence pour de nombreux mouvements d’extrême droite en Europe.
Le siège de Casapound est situé dans l’Esquilin, un quartier de Rome où vivent de nombreux migrants asiatiques. Au rez-de-chaussée de l’édifice, des boutiques de colifichets made in China. (photo Myriam Lemétayer)

En 2003, des militants d’extrême droite occupent un bâtiment administratif abandonné du centre de Rome. Ils ouvrent un « centre social de droite » sur le modèle des maisons de gauche, qui fleurissent dans la capitale. L’immeuble de six étages deviendra le siège de Casapound Italia (CPI).

L’association, officiellement créée en 2008, est présidée par Gianluca Iannone, leader du groupe de rock identitaire Zetazeroalfa. En quelques années, des militants de groupuscules ou partis d’inspiration fasciste se sont regroupés autour du chanteur, séduits par ses appels au non-conformisme.

« Ils adhèrent à un fascisme dépolitisé, sans idéologie. »

« Fascinés par tout ce qui est en marge de l’univers des bien-pensants, ils adhèrent à un fascisme dépolitisé, sans idéologie », explique le politologue Alessandro Campi.

Dans le hall d’entrée de Casapound, les noms des auteurs qui influencent le mouvement. Un fourre-tout, des pères du fascisme italien à Saint-Éxupéry, de Nietzsche à Ezra Pound. Le poète américain, qui a soutenu l’expérience mussolinienne, a d’ailleurs donné son nom à l’association.

« Casapound reprend le langage et les symboles de la culture d’extrême gauche pour dérouter les gens. »

Casapound revendique son éclectisme, organisant pèle-mêle des conférences sur l’héritage de Che Guevara ou invitant Valerio Morucci, ancien terroriste des Brigades rouges et ennemi juré des fascistes italiens jusque dans les années 1970. « Casapound reprend le langage et les symboles de la culture d’extrême gauche pour dérouter les gens », constate Marco, libraire anarchiste.

Cette récupération ne se fait pas sans heurts. Casapound voulait rendre hommage à l’indépendantiste irlandais Bobby Sands à l’occasion du vingtième anniversaire de sa mort. En réaction, dans un communiqué publié fin décembre, la société chargée de préserver la mémoire de l’activiste a demandé aux néofascistes d’arrêter d’exploiter le combat des « patriotes irlandais ».

En signe de dévouement, des militants (ici, Davide di Stefano, leader du syndicat étudiant) se font tatouer le symbole de Casapound sur le bras. (photo M.L.)

Auto-mythification

Casapound veut fasciner. En 2010, l’avocat de l’organisation, Domenico di Tullio (voir son interview sur le blog d’extrême droite Zentropa), publie « Nessun dolore », un roman sur l’engagement de deux militants au sein de CPI. Avec ce livre, le mouvement alimente son propre mythe et réécrit son histoire.

C’est également l’objectif d’un clip de propagande publié en avril dernier. Au son de l’obsédante musique du film Requiem for a dream, la vidéo montre Casapound sous son jour le plus désirable.

D’abord axée sur les actions emblématiques du mouvement (pendaison de mannequins à Rome pour dénoncer le coût de la vie, aide aux sinistrés du tremblement de terre des Abruzzes…), la vidéo glisse vers des scènes violentes. À la fin du film, des personnes s’affrontent à coups de ceintures. C’est la cinghiamattanza, un « jeu » viril, célébré par une chanson de Zetazeroalfa.

« Des dizaines de milliers de sympathisants. »

Avec cette vidéo, Casapound s’efforce de susciter toujours plus de sympathie chez les jeunes de 14 à 20 ans, le gros des troupes de l’organisation. Aujourd’hui, CPI recense 2 800 adhérents, dont près de 35 % de femmes. « Et des dizaines de milliers de sympathisants », insiste Sébastien, responsable des relations extérieures.

Ambition internationale

La méthode Casapound fait des émules à l’étranger. De plus en plus de mouvements nationalistes se revendiquent des néofascistes italiens, comme le groupuscule français d’extrême droite MAS (Mouvement d’action sociale), ou Opstaan, dans la métropole lilloise. Le leader d’Opstaan, Édouard Maillet (voir son portrait sur TEE), n’hésite d’ailleurs pas à décrire Casapound comme « le cœur de l’altermondialisme de droite, la référence que tout le monde essaie plus ou moins de copier ».

Des dortoirs ont été installés au siège de Casapound pour accueillir les militants nationalistes étrangers. Ils viennent d’Europe, mais aussi de Birmanie ou du Kenya. (photo M.L.)

L’association a des dortoirs pour accueillir des militants étrangers. Au moment de chiffrer les visites, Sébastien reste évasif : « Au moins une centaine. Ils sont de plus en plus nombreux en tout cas. »

Le cadre de Casapound est à la tête de Zentropa, un site de référence dans les milieux nationalistes et fascistes. Sans surprise, les communiqués de CPI – rédigés en italien, anglais et français- sont relayés par Zentropa. En France, ils sont largement repris par Novopress, le site d’informations du Bloc identitaire.

Décidément omniprésent, Sébastien préside aussi l’association Solidarité-Identités, une émanation de Casapound basée à Paris. L’association prétend entre autres défendre la « minorité serbe » du Kosovo, qu’elle dit « réduite à la réclusion dans des enclaves miséreuses et isolées par l’Etat islamo-maffieux albanais »

Sébastien, responsable des relations extérieures de Casapound. (photo M.L.)

« Plus on travaille, moins on correspond aux préjugés que les gens ont de nous. »

Les militants de Casapound se voient comme des avant-gardistes. Et, comme tous les précurseurs, ils seraient incompris, voire persécutés. Surtout par les antifascistes. Que ce soit à Rome ou à Naples, la chronique des violences entre membres de CPI et militants d’extrême gauche s’allonge sans cesse.

Des événements qui sapent la communication du mouvement. Souriante et à l’aise avec la langue de bois, Maria, épouse de Gianluca Iannone, le répète pourtant à l’envi : « Plus on travaille, moins on correspond aux préjugés que les gens ont de nous. »

Mais rien n’y fait, les néofascistes ne parviennent pas à passer pour des révolutionnaires respectables. Les Italiens disent à leur sujet : « On ne parle d’eux que quand il y a des problèmes. » On en parle donc de plus en plus souvent.

Pour en savoir plus :

Sur Casapound : voir le travail impressionnant du photographe Alessandro Cosmelli (publié dans le livre-reportage Oltrenero, d’Alessandro Cosmelli et Marco Mathieu, éditions Contrasto)

 
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Publié par le janvier 31, 2012 dans extrême-droite

 

La stratégie de l’extrême-droite: diviser les droites, en rassembler une partie et se vendre au capital comme la seule force populaire par danielle Bleitrach

La stratégie de  l’extrême-droite: diviser les droites, en rassembler une partie et se vendre au capital comme la seule force populaire par danielle Bleitrach

Voici plusieurs mois que je tente de mesurer ce qu’il en est réellement des liaisons dangereuses entre l’extrême-droite et les communistes, voir l’extrême-gauche, la première conclusion à laquelle j’aboutis est qu’il existe une véritable entreprise de la part de cette extrême-droite pour non seulement infiltrer les communistes et l’extrême-gauche mais encore pour donner des manifestations publiques de cette confusion. A ce titre, je vous renvoie à l’article concernant la parution du livre de Marine Le pen publié dans le blog consacré aux Extrêmes droites.

Quand Marine Le Pen confond son extrême droite et son extrême gauche

C’est un drôle de passage aux pages 84 et 85 du livre de Marine Le Pen, Pour que vive la France (Grancher, 250 pages, 15 euros) qui doit sortir le 31 janvier. La candidate du FN rend un curieux hommage à une certaine “vraie extrême gauche” qu’elle libelle en ces termes : “A cet instant de mon propos, je ne résiste pas au plaisir de vous livrer les analyses et les démonstrations de l’extrême gauche la plus radicale, la vraie, pas celles des bobos de Jean-Luc Mélenchon ou des jeunes bourgeois du NPA (…). Non je parle de ceux qui s’arc-boutent encore dans cette défense intransigeante des intérêts des classes populaires et ne les ont pas abandonnés”.De qui parle-t-on ? Les choses deviennent plus mystérieuses encore lorsque  Mme Le Pen avance que lorsque l’on a “surmonté” les “inévitables hystéries antiaméricaines et antisionistes, voire le traditionnel antisémitisme économique de la gauche et de l’ultra-gauche (sic)”, on trouve dans cette fameuse extrême gauche véritable, “les mêmes fondements d’une opposition sociale à l’immigration”.Marine Le Pen poursuit : “Ces forces politiques-là, même si elles se trompent sur les solutions, partagent avec nous beaucoup d’analyses et auront comme beaucoup d’autres leur place dans ce grand mouvement que j’appelle de tous mes vœux”.

Les auteurs de l’article notent que la seule référence que Marine Le pen cite à l’appui de son propos est l’extrait d’un livre inconnu, Critique de la société de l’indistinction, écrit par un collectif anonyme,  “L’internationale”, et paru aux Editions Révolution sociale dont il a été l’unique ouvrage publié dont un des auteurs est proche  de  Bruno Gollnisch .Donc s’il y a incontestablement des passerelles en particulier dans les sites altermondialistes, l’extrême-droite fait tout pour chercher des “idiots utiles” et pour entretenir la confusion (1). A la limite on peut penser que le groupuscule lyonnais qui mêle dans un même hommage le Maréchal Pétain, Fidel Castro, Hugo Chavez et le dirigeant iranien adopte la même stratégie tout à fait volontaire que celle d’un Soral ou d’un Thierry meyssan et reflète plus cette stratégie qu’une véritable jonction(2).

Pourquoi cette volonté de confusion ?

Il y a une stratégie politique de l’extrême-droite qui est d’autant plus dangereuse que désormais les communistes comme la plupart des partis n’ont plus que des tactiques liées aux campagnes électorales.

Cette stratégie  table sur une recomposition des droites en France et à l’échelle européenne et le Front national face aux dangers d’explosion sociale se vendra comme la seule force politique capable de tenir les forces populaires. Elle utilise les deux caractéristiques actuelles de l’extrême-droite: 1)une nébuleuse de groupuscules relevant d’objectifs les plus divers depuis le gauchisme altermondialiste jusqu’à l’intégrisme catholique. 2) Des partis politiques qui tout en s’affirmant anti-européens constituent un réseau de partis de plus en plus liés à la droite et revendiquant une certaine respectabilité et jouant par rapport à ces partis un rôle d’éclaireur et de repoussoir jusqu’à estomper les différences.

Il faut relire l’article publié ici sur François Duprat qui analyse la manière dont ce dernier à donné une nouvelle perspective à l’extrême-droite. Le fascisme au sortir de la deuxième guerre mondiale est discrédité (le négationnisme est destiné à gommer les aspects les plus intolérables de l’expérience et créer un signe d’égalité avec le communisme). Les luttes coloniales, la guerre froide et le mercenariat se développant dans ce contexte vont fournir  la base d’une première reconstitution. Elle bénéficie de l’appui en sous main de tous les pouvoirs en lutte contre le communisme.

Aujourd’hui, l’opération connaît une nouvelle étape:  profiter de la deshérence des communistes pour mener l’assaut des couches populaires parce qu’il y a là aussi un axe essentiel de la stratégie de Duprat, dépasser l’ancien conservatisme de l’extrême-droite héritée de la tradition monarchiste pour ancrer l’extrême-droite dans la revendication sociale, voir la référence révolutionnaire contre l’Etat et flirtant avec les forces de répression, espionnage, police, etc…. “Duprat a été à l’avant-garde de propositions politiques d’une importance cruciale aujourd’hui. La fusion de l’antisémitisme, de l’antisionisme, du négationnisme et du conspirationnisme est une offre idéologique à l’échelle mondiale désormais.” Et à ce titre, il s’agit d’utiliser une caractéirtique de l’extrême-droite, celle d’être une nébuleuse de groupuscules… y compris de véritables aventuriers tentés par une carrière entre l’indic et le baroudeur comme Duprat lui-même mais aussi Thierry meyssan, Soral, Dieudonné en les envoyant recruter dans les cités populaires en tablant sur l’antisémitisme baptisé antisionisme. Tout en s’appuyant sur d’autres groupuscules ostentiblement racistes. Les unir tous contre le “sionisme” qui attaquerait aussi bien l’islam que la civilisation chrétienne (3). Et bien sûr avec la traditionnelle mise en concurrence du travailleur “autochtone” voir européen avec “l’immigré” islamiste ne partageant ni ”nos” valeurs chrétiennes, ni ”notre laïcité” . Constituer des groupuscules ayant des vocations contradictoires depuis les racistes casseurs d’arabes jusqu’aux altemontialistes antisémites.

Le racisme qu’il s’agisse de la haine et de la peur de l’Islam ou parallèlement de l’antisémitisme baptisé antisionisme demeure encore et toujours la base du fascisme et de sa résurrection à l’échelle européenne avec le fantasme traditionnel qui est celui de papa Le pen du grand “affrontement” entre le christianisme et le judaïsme mondialisé… même si la fille espère prouver le changement en tentant une alliance avec les juifs en tablant sur le colonialisme pied-noir. La confusion n’existe qu’en apparence, elle fait partie du fascisme depuis toujours, il ne s’agit pas d’une poignée de dégénérés mais  la force des fascismes a été l’hétérogénéité de  leurs mouvements, la capacité de recruter les adhésions les plus improbables jusqu’au moment où ils font la preuve qu’ils sont la seule force capable de répondre aux exigences du capital. Et la boucle est bouclée quand tout ce qui apparaît jusqu’alors comme délires risibles et nébuleuses groupusculaires bénéficie du soutien de la wermacht et du capital.

Ce ralliement des couches populaires n’est pas acquis même si Marine Le Pen se présente comme la force qui a le plus de votes ouvriers, ce qui doit être démonté parce qu’il s’agit justement ce qu’elle va vendre au patronat et à la droite classique pour assurer son hégémonie. Elle se présentera comme la seule force capable d’assurer à la droite conservatrice postes et stabilité sociale. Ce ralliement risque fort de se heurter au fait que cette pseudo influence dans les milieux populaires est limitée. La jonction dont le type est le lien avec Soral et Dieudonné ne dépasse pas un extremisme groupusculaire  d’où l’importance d’atteindre les communistes sur des bases plus respectables comme la lutte contre l’OTAN, les soutiens à Cuba et à l’Amérique latine et aux Palestiniens. C’est sur ces points que peut s’opérer la jonction entre des groupuscules sans grande influence et une partie des communistes qui n’a pas digéré l’absence d’un candidat communiste.  Une mouvance qui a mal vécu l’adhésion de fait de Melenchon à l’expédition de Libye et lui reproche ses sympathies européennes. Et là, le lien peut s’opérer avec des couches plus larges, élus et militants de la CGT. Internet et ses sites nauséabonds sont le lieu de toutes les rencontres idéologiques et le négationnisme, l’antisémitisme joue un rôle d’opérateur comme une certaine laïcité anti-islamiste.

Obliger la droite à avaliser la préférence nationale et la faire exploser après l’échec

Duprat représente aussi un autre axe de développement de l’extrême-droite qui permet de faire le lien avec d’autres forces politiques déjà parlementaires en Europe. “Sa stratégie consistant à faire exploser les droites après leur avoir fait avaliser des thèmes de discrimination nationale, et ainsi relégitimer l’extrême droite, est celle qui a permis le 21 avril 2002 et explique une bonne part de notre actualité politique.” dit Nicolas lebourg.

Ce second axe de la stratégie ne cesse d’être énoncé par Le Pen père: il table sur un échec de la droite à la présidentielle qui sera suivie par une débâcle aux législatives. A ce moment-là bien des élus de droite ne supporteront pas la défaite et la perte de leur poste et à ce moment-là l’extrême-droite pourra multiplier ses alliances sur le terrain. Le pen n’a jamais caché non pas sa volonté de ne pas prendre le pouvoir comme le prétendent les analystes mais celle de le prendre sans aucun rassemblement au sommet avec une force politique existante. Il table donc sur un mouvement qui donnerait le pouvoir au seul leader du Front national. C’était déjà le choix d’Hitler, de Mussolini et autres: ne pas partager le pouvoir et tabler sur une dislocation du champ politique. A commencer par la destruction des communistes. En France, aujourd’hui une grande partie de cette dislocation est à l’oeuvre.

Et en Europe récemment sous le pretexte de la dette on a assisté à la création de gouvernements sans aucune relation de près ou de loin avec le suffrage électoral, qu’il s’agisse de la Grèce ou de l’Italie, le scénario a été le même, la colère populaire à laquelle on offre en pature un leader décrié mais tout reste en place et le nouveau dirigeant de gouvernement se présente comme un technocrate “apolitique” qui a le soutien des institutions financières et de l’Europe. On mesure bien à travers ces exemples à quel point une solution de rechange est recherchée qui permettrait de surmonter les clivages politiques traditionnels et sous couvert de sauvetage national recrérait l’union entre le Capital et les couches populaires en dénonçant des politiciens “tous pourris” et incapables.

 Si l’on considère ces deux axes, on voit bien que l’un est soumis à l’autre. l’axe principal est l’explosion des droites et leur recomposition autour du Front national. La crise, l’échec de la droite joue un rôle essentiel mais ce qui est encore plus fondamental est la capacité pour le Front national de se présenter comme la seule force politique apte à assurer la stabilité sociale et le conservatisme. On peut se moquer de la multiplication des candidatures à la présidentielle, y voir la réalité de ce que produit cette  Constitution anti-démocratique (toute force politique doit vendre son existence par une telle candidature pour négocier les postes à tous les échelons et une participation gouvernementale). Tout cela est exact mais ces jeux de pouvoir autour d’une consitution monarchique alors même qu’est tenté uune recomposition politique à l’échelle européenne, que les périls bellicistes se multiplient, peut faire de l’extrême-droite le recours ultime.

C’est pourquoi il est urgent de marquer la différence entre l’extrême-droite et les communistes sur tous les terrains. Le plus fondamental étant bien sûr celui de la solidarité et de la défense des couches populaires sans négliger le fait que la jeunesse est en première ligne des ajustements à la crise que prétend imposer le capital. Il n’y a aucune fatalité à la réussite d’une telle stratégie qui demeure encore embryonnaire mais il faut en avoir conscience pour construire les résistances: offrir des perspectives, recréer des réseaux de solidarité et de luttes, dénoncer les confusions et refuser la politique du pire.

Danielle Bleitrach

(1) quitte comme on le voit dans l’article que nous reproduisons ici sur Casapound en italie à s’attirer la colère des Irlandais quand ils prétendent s’approprier Bobby Sand. On aimerait la même vigilance de la part des Cubains et des Vénézuéliens.

(2) A ce titre l’utilisation des révolutionnaires d’Amérique latine est patente et par exemple on peut voir la fortune du texte de Fidel Castro repris dans Egalité et réconciliation et tous les fachos altermondialistes faisant l’apologie de Chavez. ce qui intéresse les fachos est l’apologie d’une figure qui serait comme celle de Peron celle du Caudillo, de Bolivar et du militarisme celle dite du despote populiste. Il peut aisément en Europe donner lieu à d’autres interprétations culturelles. sans parler bien sûr de l’enthousiasme pour le président iranien. Le caractère polymorphe du fascisme qui lui a permis historiquement de larges rassemblement hétérogènes a néanmoins le plus souvent des bases nationales voir d’aires de civilisation. Il donne lieu de ce fait à de multiples appropriations qui dans le temps de la mondialisation impérialiste peuvent  utilise la fusion de l’antisémitisme, de l’antisionisme, du négationnisme et du conspirationnisme pour mieux diviser les luttes en faveur de la paix et anti-impérialiste. Là aussi la vigilance est de mise.

(3) la video où Dieudonné à la télévision iranienne (publié sur ce blog) paraît la proie d’un délire antisémite quand il accuse le sionisme d’avoir assassiné le Christ n’est pas si folle que ça, elle renvoie à des alliances possibles dont le seul ennemi deviendrait le judaïsme considéré comme ennemi de tous les spiritualismes par son matérialisme, ce qui était la base idéologique du nazisme. Les peuples germaniques se caractérisant par un idéal spirituel élevé, une communion avec la nature, des archétypes éternels par rapport au rationalisme matérialiste juif (argent et sexualité). Et c’est par ce biais là que le lien s’opère avec des extravagances comme la dénonciation des illuminati ou autres grands complots où l’on recycle le Protocole des Sages de Sion.

 
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Publié par le janvier 31, 2012 dans extrême-droite

 

Le temps n’attend pas par Jacques Sapir

 

Jacques Sapir

Jacques Sapir

09:20 31/01/2012
 
“Promenades d’un économiste solitaire” par Jacques Sapir*
 

La Chancelière allemande, Madame Merkel, lors de son allocution au Forum de Davos, a demandé du temps pour trouver une solution à la crise de l’Euro. Elle a eu raison et tort à la fois.

Le temps, il en faut, et tout le monde le comprend, pour aboutir à un accord politique de fond.

Néanmoins, est-il raisonnable de demander encore du temps alors que nous savions, depuis l’automne 2009 que la situation était critique en Grèce et que, derrière, se profilait la crise de l’Euro ? Qu’ont donc fait les gouvernements depuis lors ? Ils ont tous cherché à gagner du temps non pas pour trouver une solution à la crise, mais au contraire pour éviter d’avoir à prendre une décision.  L’Allemagne, qui est la grande bénéficiaire de la zone Euro car elle réalise plus de 60% de ses excédents commerciaux au sein de la zone, a voulu maintenir celle-ci sans en payer le prix. Or, c’est parfaitement impossible. On ne peut gagner sur tous les tableaux où, comme diraient des économistes libéraux, il n’y a pas de déjeuner gratuit (there is no free lunch).

L’Allemagne devra donc payer, et ce jusqu’en 2018 au moins, entre 4% et 6% de son PIB. Elle peut, aussi, se résoudre à l’éclatement de la zone Euro. Le prix économique en serait moindre, environ 2,5% de son PIB seulement, si l’on en croit les calculs réalisés par Patrick Artus pour le compte de la banque française NATIXIS. Cependant, le prix politique que l’Allemagne aurait alors à supporter serait exorbitant.

On comprend donc que Madame la Chancelière demande du temps. Mais le temps, et Madame Merkel risque de s’en apercevoir très vite, est un bien rare pour les politiciens  lorsqu’ils sont rattrapés par leurs erreurs.

En effet, alors que l’on se congratule à Davos, la crise, elle, continue en dépit de l’euphorie passagère qu’a provoquée l’injection massive de liquidités au profit des banques commerciales par la Banque Centrale Européenne.

Elle continue tout d’abord en Grèce, où les négociations sur l’annulation d’une partie de la dette ont atteint leur point critique. On en connaît l’objet : il s’agit de ramener une dette de près de 160% du PIB à environ 120% par des annulations « volontaires » de créances consenties par les investisseurs privés. Les discussions désormais se cristallisent sur la Banque Centrale Européenne, sommée par les banques privées de s’associer à leurs propres pertes. Il est vrai que l’on comprendrait mal que ce qui s’applique aux banques ne puisse s’appliquer à la Banque Centrale. Mais d’autres problèmes sont aussi en jeu. Tout d’abord, l’importance des taux d’intérêts sur la dette résiduelle : les banques ne veulent pas descendre en dessous de 4,5% alors qu’un taux de 3,5% est le maximum que puisse tolérer l’économie grecque. Ensuite, il faut tenir compte du fait que les fonds spéculatifs ou hedge funds refusent d’être traités comme les banques.

Le gouvernement d’Athènes peut alors être tenté d’imposer à certains investisseurs une restructuration, la clause dite d’action collective, qui lui permettrait de rendre effectif un accord signé avec une majorité de banques. Mais, ceci constituerait clairement un « événement de crédit » (autrement dit une forme de défaut) qui déclencherait les « assurances de crédits » soit les Credit Default Swaps ou CDS. Et de cela, les autorités européennes et la BCE ne veulent sous aucun prétexte car c’est ouvrir la boîte de Pandore. Non seulement nul ne sait comment ces CDS sont répartis, mais leur activation dans le cas de la Grèce risque d’être une incitation forte aux opérateurs pour spéculer contre d’autres pays. D’ores et déjà la question du Portugal se pose, et les taux sur les obligations portugaises à dix ans ont dépassé les 14,8%.

Nous en sommes là, en ce week-end de fin janvier qui s’annonce décisif. Des rumeurs circulent, notamment celle d’un projet allemand de contrôler directement le budget Grec. C’est peut dire qu’une telle « solution » est inacceptable pour Athènes. Quand bien même on forcerait une telle décision dans la gorge des malheureux dirigeants grecs, on créerait un bien dangereux précédent. Une tutelle de cette sorte, sur un pays démocratique, est sans exemple dans l’histoire.

Mais, même si une solution acceptable et préservant les chances de l’économie Grecque de rebondir est trouvée, la zone Euro ne sera pas sortie d’affaire.

On apprenait jeudi 26 janvier que l’Espagne comptait désormais plus de 5 millions de chômeurs, soit près de 24% de sa population active. Le pays sombre dans la crise, et le nombre de chômeurs y augmente de 100 000 tous les mois. La Banque Centrale d’Espagne prévoit une contraction du PIB de -1,5% pour 2012, et en réalité celle-ci pourrait atteindre les -3%. Prise dans la spirale déflationniste, ce pays s’enfonce de plus en plus et entraîne avec lui le Portugal où l’on annonce une récession de -3,2% mais qui devrait être en réalité bien plus forte du fait de la crise espagnole.

Dans ces conditions, on comprend que la détente des taux d’intérêts, induite par l’injection de 489 milliards de liquidités par la BCE, ne durera pas. Il sera bientôt évident que le déficit budgétaire réel de l’Espagne pour 2011 a atteint plus de 16% du PIB, 8 % avoués et environ 8% dissimulés sous la forme d’arriérés de paiement de la puissance publique. Calculée en pourcentage du PIB, la dette explose et a atteint 90% en réalité à la fin de 2011. Elle devrait franchir le cap symbolique des 100% d’ici à la fin de 2012.

Dans ces conditions, les appels de Madame Merkel pour disposer d’un peu plus de temps sont à la fois pathétiques et risibles.

Ils sont pathétiques car ils montrent que la dirigeante du pays le plus riche et le plus puissant de la zone Euro est à court d’idées et d’argent. L’accord intergouvernemental qu’elle a négocié avec le Président Français Nicolas Sarkozy prend eau de toute part. Il aurait dû être entériné dans un sommet européen ce lundi 30 janvier, mais de fait les négociations piétinent du fait de l’opposition de nombreux pays. Si le couple franco-allemand, encore que couple est un bien grand mot quand on sait qui porte la culotte, veut absolument faire entériner cet accord, il devra accepter un grand nombre d’exceptions et d’exemptions, qui le videront de son sens.

Ils sont risibles car ils montrent que Madame Merkel vit dans un monde toujours plus éloigné de la réalité. La logique de la crise économique et financière se fait dans une temporalité toute autre que celle des hommes et des femmes politiques. Au lieu d’affronter la crise, elle préfère une fuite en avant qui viole les principes politiques sur lesquels étaient fondées et l’Union Européenne et la zone Euro, comme l’égalité de traitement entre pays membres. Mais, cette fuite en avant viole aussi les principes de base de l’économie. Toute contraction de l’activité économique a des conséquences sur les recettes fiscales.

La politique de l’Allemagne et de sa Chancelière nous précipite désormais dans une double crise européenne, économique et politique, et le temps, là, n’y est pour rien.

L’opinion de l’auteur ne coïncide pas forcément avec la position de la rédaction. Ria novosti

*Jacques Sapir est un économiste français,  il enseigne à l’EHESS-Paris et à l’École d’économie de Moscou (MSE-MGU). Spécialiste des problèmes de la transition en Russie, il est aussi un expert reconnu des problèmes financiers et commerciaux internationaux.

 
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Publié par le janvier 31, 2012 dans Economie, Europe

 

Feiglin, Hitler et Netanyahou : compétition au Likoud par Alain Gresh

Cet excellent article paru sur le blog d’Alain Gresh dépeint une des extrêmes doite les pires qui soit… Il y a en Israël des dangers publics, si je ne sais à qui décerner la palme du fanatisme imbécile et raciste entre eux et le président de l’Iran,  mais je sais qui est le plus dangereux et qui menace réellement la paix et ce n’est pas l’Iranien. Même s’il s’équipe au plan nucléaire. La situation est telle que l’extrême-droite israélienne a déclenché les hostilités depuis pas mal de temps en attaquant directement les centrales et en assassinant des physiciens. Si dans de telles conditions il y avait la moindre attaque contre l’Iran, l’ensemble de la population iranienne, opposition comprise se rassemblerait derrière ses dirigeants face à l’injustice manifeste, à la remise en cause de la souveraineté. parce que l’Iran est le pays le plus nationaliste qui soit, une des plus anciennes civilisations qui n’admet pas d’être humiliée. Puisque je fais un état des lieux de l’extrême-droite, il ne faut pas oublier une des plus dangereuses qui soit c’est-à-dire celle que décrit Alain Gresh ici et qui risque de nous mener à la catastrophe pour toute l’humanité. Là aussi nous avons un “illuminé” mais qui à la fois fait avancer la droite au pouvoir vers le fascisme et la fait passer pour “fréquentable” Le tout dans une alliance avec les Républicains… (note de Danielle Bleitrach)

Feglin, Hitler et Netanyahou: compétition au Likoud par Alain Gresh

“ Faisons du Pays des Juifs un Pays Juif. » Cette fière devise surplombe le site Manhigut Yehudit (« Leadership juif »), dont le fondateur est Moshe Feiglin, un député du Likoud. Le 31 janvier, il affronte Benyamin Netanyahou pour le leadership du parti. Que cet homme qui vit dans une colonie de Cisjordanie, condamné à six mois de prison (commués en travaux d’intérêt général) pour sa campagne de désobéissance civile contre les accords d’Oslo de 1993, puisse briguer la direction du principal parti d’Israël en dit long sur la dérive fascisante de ce pays. On connaissait déjà Avigdor Lieberman, le ministre des affaires étrangères, que ses thèses racistes auraient rendu persona non grata dans n’importe quelle démocratie qui se respecte. On a maintenant Feiglin, qui n’a pas hésité à faire l’éloge d’Adolf Hitler.

On ne peut en tout cas pas lui reprocher de cacher ses opinions. Il a salué « l’acte de résistance » que représente, selon lui, le meurtre par l’extrémiste juif Baruch Goldstein, en févier 1994, de vingt-trois fidèles musulmans qui priaient dans la mosquée de Hébron. Bien évidemment, il est favorable à l’annexion de tous les territoires palestiniens et prône le transfert des Palestiniens, comme l’indique la devise de son site prônant de transformer la terre en « pays juif ».

La solution est d’autant plus facile que, pour lui, comme d’ailleurs pour les candidats républicains à la primaire aux Etats-Unis (Newt Gingrich et Mitt Romney), les Palestiniens n’existent pas : il n’y a que des gens parlant arabe qu’il faut encourager à aller s’installer dans un pays arabe. Pour cela, rien de plus facile : couper l’eau et l’électricité aux habitants non juifs de la Cisjordanie.

Dans un entretien au quotidien Haaretz, en 1995, il disait : « Hitler était un génie militaire inégalé. Le nazisme a fait passer l’Allemagne d’un bas niveau à un niveau physique et idéologique fantastique. Les jeunes loqueteux ont été transformés en une catégorie propre et ordonnée de la société et l’Allemagne a disposé d’un régime exemplaire, d’un système de justice adéquat et de l’ordre public. Hitler aimait la bonne musique. Il pouvait peindre. Les nazis n’étaient pas une bande de voyous. » (lire Khalid Amayreh, « Likud Leader, Moshe Feiglin, Israel’s Emerging Hitler, to Join Parliament », Al-Jazeera, décembre 2008.)

Pour les Français de l’étranger qui voteront aux élections législatives dans une dizaine de circonscriptions, le site de Feiglin appelle les Israéliens disposant d’un passeport français à voter pour Philippe Karsenty, un illuminé qui se bat depuis des années pour essayer de montrer que le journaliste de France 2 Charles Enderlin est un imposteur et que l’affaire de l’enfant palestinien tué aux premiers jours de la seconde Intifada, Mohammed Al-Doura, est une mise en scène. Selon ce site, ce « combattant de la vérité » est un « véritable ami d’Israël ». De l’Israël que représente Feiglin, cela ne fait aucun doute…

En 2008, le gouvernement britannique a décidé de l’interdire d’entrée sur le territoire. Mais Feiglin est-il un marginal ? on peut en douter. Lors des primaires d’août 2007 du Likoud, il obtenait 24% des voix et, en décembre 2008, il arrivait à la vingtième place sur 140 candidats pour la liste des députés (il sera rétrogradé par Netanyahou). On le crédite de 25 à 30% des suffrages dans la compétition du 31 janvier au sein du Likoud.

Comme le fait remarquer Akiva Eldar dans Haaretz du 30 janvier (« Netanyahu or Feiglin, Israel’s future still looks dark »), Feiglin sert aussi à faire apparaître Netanyahou comme un « modéré », alors même que le premier ministre israélien applique à la lettre la politique voulue par ces extrémistes, refuse toute véritable négociation et étend la colonisation. Eldar conclut ironiquement en appelant à voter pour Feiglin-yahou !

 
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Publié par le janvier 31, 2012 dans Asie, extrême-droite, guerre et paix

 

Iran : l’hypothèse hojjatiyé par Christian Bromberger et Jean Pierre Digard

Iran : l’hypothèse hojjatiyé par Christian Bromberger et Jean Pierre Digard

foulard ou pas, on ne peut qu’être convaincu que la société iranienne y compris ceux qui ne peuvent plus supporter le pouvoir bigot et fascisant de ses dirigeants fera bloc en cas d’agression, en étant bien entendu que l’agression a déjà commencé et qu’elle est donc la meilleure chance de maintien en place du régime avec ses tortures, ses fanatismes et son partage par fondations interposées des ressources du pays.

Voici un texte qui m’a été transmis par un de mes collègues et amis Christian BROMBERGER, professeur d’ethnologie à l’Université de Provence, ancien directeur de l’Institut Français de recherche en Iran (2006-2008) Cet article a été écrit par lui etJean-Pierre DIGARD, ethnologue, directeur de recherche émérite au CNRS au moment de la vague de contestation qui déferlait sur l’Iran et dont on a dit qu’elle préfigurait les printemps arabes. Christian Bromberger   parle parfaitement le persan et travaille depuis de nombreuses années sur ce terrain.  Le fond de son analyse est que le gouvernement du président iranien est une tyrannie islamiste la plus fanatique et obscurantiste qui soit. pourtant il est également convaincu qu’une intervention étrangère et même des sanctions sont totalement inappropriées. Ce qui se passe en Afghanistan et en irak voisin, et en Libye désormais attentats illustrent les résultats de ces interventions: attentats quotidiens, en irak, la grande pauvreté sans laquelle vit un quart de la population malgré la rente pétrolière et la répression sanglante du mouvement de protestation inspiré par le printemps arabe le montrent : l’occupation américaine n’a ni réussi à rendre la vie meilleure aux Irakiens ni contribué à démocratiser le pays. Nous y reviendrons dans un prochain article. Mais ce qui risque d’arriver en Iran aura des conséquences encore plus dramatiques. Christian Bromberger est convaincu que l’Iran est une des plus vieilles civilisations du monde et que les Iraniens ont un sentiment national si développé que toute agression contre leur pays ne peut que provoquer l’unité derrière un pouvoir si décrié soit-il. De fait l’agression de l’Iran est déjà commencée et de fait accorde un répit à ce pouvoir: il y a non seulement les sanctions européennes, l’attaque contre l’allié syrien mais également le sabotage et assassinat de physiciens par Israël.  Toutes ces raisons sont suffisantes pour que nous refusions une nouvelle aventure guerrière sans qu’il soit besoin d’inventer que Le président Mahmoud Ahmadinejad est autre chose qu’un fanatique fasciste et prétendre en faire un héros de l’anti-impérialisme. (note de Danielle Bleitrach)

Iran : l’hypothèse hojjatiyé par Christian Bromberger et Jean Pierre Digard

L’acharnement du gouvernement iranien à refuser les ouvertures diplomatiques qui lui sont faites dans le domaine nucléaire laisse songeur : habileté des dirigeants habitués à souffler le chaud et le froid pour gagner du temps, sans doute ; conviction de leur part que les Occidentaux ne prendront pas le risque d’une action militaire qui embraserait la région et ressouderait la nation iranienne, sans doute encore ; conviction également que l’Iran a tout autant le droit au nucléaire militaire qu’Israël et le Pakistan, sans doute enfin. Mais il y a vraisemblablement plus dans cet acharnement et dans cette arrogance, et cet aspect paraît curieusement méconnu ou sous-estimé.

Le président Mahmoud Ahmadinejad, et son mentor, l’ayatollah Mesbah Yazdi, appartiennent à l’Anjoman-é Hojjatiyé (de hojjat, « preuve »), mouvement islamiste extrémiste créé en 1953 à Machhad par le clerc Mahmoud Hallabi pour lutter contre les Bahaï, adeptes de la dernière religion révélée, née en Iran à la fin du XIXe siècle. Le bahaïsme est d’autant plus honni par les clercs musulmans qu’il enlèverait à l’islam son aura de dernière en date et de plus accomplie des religions du Livre. Le mouvement hojjatiyé a ensuite gagné Téhéran, où il s’est structuré et d’où il a essaimé jusqu’au Pakistan et en Inde. Durant la révolution de 1978-79 et sous la République islamique à ses débuts, les Hojjatiyé ont entretenu des rapports souvent conflictuels tant avec les khomeynistes qu’avec les forces de gauche (parti communiste Tudeh), les uns et les autres accusant la « mafia hojjatiyé » d’actions en sous-main.

Khomeynistes et Hojjatiyyé sont en réalité séparés par des divergences bien plus fondamentales. En effet, les Hojjatiyé  ne reconnaissent pas le vélâyat-e faqih (la souveraineté du guide) qui constitue l’un des principes fondamentaux de la République islamique. Pour eux, cette souveraineté légitime ne peut appartenir qu’au Douzième Imam (l’Imam caché ou Mahdi) qui doit revenir à la fin des temps pour instaurer la justice. Cette croyance en l’Imam caché est très largement partagée dans l’islam chiite iranien et les fidèles communiquent leurs vœux au Mahdi en les jetant dans des puits dans le sanctuaire de Jamkaran près de Qom. Selon les versions les plus œcuméniques, l’Imam caché reviendra sur terre le jour de l’Apocalypse, main dans la main avec le Christ (dans d’autres versions, il le précédera).

Les Hojjatiyé souhaitent l’avènement le plus rapide possible de l’Apocalypse et sont prêts à le précipiter. Du moins, cette perspective apocalyptique ne les rebute pas. Les décisions politiques qu’ils prennent ne peuvent sans doute pas être rapportées à ces seules convictions religieuses. Les vues du Guide lui-même, l’ayatollah Ali Khameneï, semblent du reste bien éloignées de ces conceptions.  Mais la foi du président, de ses mentors et de ses affidés, leur certitude d’avoir raison sont indéracinables. Le pragmatisme et le doute qui habitent la pensée diplomatique internationale, en particulier dans les négociations actuelles sur le nucléaire iranien, ont peut-être du mal à prendre la mesure de ces convictions.

Mais il y a plus, ou autre chose. Le fait que les Hojjatiyé aient souvent été, dans le passé, combattus par les khomeynistes, et qu’ils aient aujourd’hui réussi à étendre leur influence sur presque tous les organes du pouvoir islamique, y compris sur les forces armées, pasdar (Gardiens de la Révolution) et bassiji (miliciens), montre, sans doute possible, qu’un changement est en train de s’opérer dans la nature même du régime politique iranien, dans le sens : moins de république, et davantage d’islam – plus exactement : d’un certain islam, obscurantiste et tyrannique. Et c’est justement parce qu’ils ne veulent surtout pas de cet islam-là et qu’ils aspirent au contraire au progrès et à la démocratie que, depuis juin 2009, date de la réélection contestée du président Ahmadinejad, des millions d’Iraniens descendent régulièrement dans la rue pour manifester, malgré la violence de la répression.

Paru dans Le Monde, édition digitale et dans Le Figaro, le 28-12-2009 sous le mauvais titre « Une autre lecture de l’Iran »

 

Marine Le Pen donne sa vision « alternationaliste » du monde dans un livre à paraître

Couverture du livre de Marine Le Pen, Pour que vive la France, (Ed.Grancher)
 
Ce que je vous disais dans l’article sur la stratégie de l’extrême-droite, Marine Le pen malgré ses bals viennois s’obstine à brouiller les cartes et recruter large y compris dans ses références… voir article de ce blog sur la stratégie de l’extrême-droite. En attendant voici le compte rendu de ce livre dans l’excellent blog sur Droites.extremes.blog.leMonde
 
Marine Le Pen donne sa vision « alternationaliste » du monde dans un livre à paraître

Il est présenté comme “un livre boussole”. Un livre que “Marine Le Pen mûrit depuis longtemps”, “au moins depuis 2009″, selon Bruno Bilde, le chef de cabinet de la candidate FN à la présidentielle. Pour que vive la France (Grancher), qui doit sortir le 31 janvier, se veut donc un livre programme qui fait la synthèse de la pensée mariniste. Les éditions Grancher avaient déjà publié le premier livre, plus personnel, de Marine Le Pen en 2006Le texte de Marine Le Pen est en tout cas dense – 250 pages –, pas forcément facile à aborder, tant il multiplie les pages arides où se succèdent des données économiques. Il rentre ainsi totalement dans la stratégie de crédibilisation de Marine Le Pen, notamment sur les questions économiques et sociales. Un travail, en tout cas, que n’avait pas fait son père à l’époque où il dirigeait le Front national. Cet ouvrage est donc un moment important pour Marine Le Pen. Un livre, aussi, qui tend à brouiller les pistes en empruntant à la gauche de nombreuses références et en évitant soigneusement toute référence explicite à un quelconque auteur de sa famille politique.

L’ouvrage se divise en deux parties. Une longue partie de constats, notamment économiques,  et une autre – un peu plus courte – des grandes lignes du projet présidentiel de Marine Le Pen. Cette seconde partie ne contient rien d’inédit, même s’il faut noter que la candidate du FN a réservé une place à part aux questions d’éducation, auxquelles elle consacre un chapitre.

Emprunts à gauche et brouillage des pistes

Tout l’intérêt de l’ouvrage réside donc dans la lecture du monde que fait Marine Le Pen. Se croisent alors plusieurs sources d’inspiration, plusieurs écoles de pensées dans lesquelles Mme Le Pen semble avoir pioché. Le tout forme un ensemble plutôt hétéroclite. L’apport chevènementiste est notamment décelable dans la critique de la construction européenne ou de la mondialisation. Mais il y a aussi des traces de la Nouvelle Droite, notamment dans la description d’un “homo mondialisus”, un “homme vidé de toute croyance, de toute solidarité, de toute identité nationale, de toute référence historique”.

Pour appuyer son raisonnement, elle n’hésite pas à citer des personnages appartenant à la gauche, que son mouvement a toujours récusé. Karl Marx est ainsi cité, tout comme Bertolt Brecht, Victor Schoelcher, George Orwell, le journaliste Serge Halimi, ou des ouvrages comme le Manifeste des économistes atterrés (Les Liens qui libèrent, 2010). Même dans les têtes de chapitre, les références sont claires : “Le sarkozysme, stade suprême du mondialisme”, ne rappelle-t-il pas l’ouvrage de Lénine : L’impérialisme, stade suprême du capitalisme ?
Tout ce champ lexical emprunté à la gauche fait en tout cas penser à cette phrase attribuée à Guy Mollet au congrès d’Epinay en 1971, à propos de François Mitterrand : “Mitterrand n’est pas socialiste, il a appris à le parler”.

Pierre Mendès France est aussi appelé à la rescousse par deux fois. Il faut se souvenir que Jean-Marie Le Pen avait déclaré à l’Assemblée nationale, le 11 février 1958, en s’adressant à Mendès-France : “Vous savez bien, monsieur Mendès France, quel est votre réel pouvoir sur le pays. Vous n’ignorez pas que vous cristallisez sur votre personnage un certain nombre de répulsions patriotiques et presque physiques.”

L’”alternationale” sera le genre humain

Mais Mme Le Pen le répète assez souvent : pour elle, le clivage droite-gauche est dépassé. Donc elle puise son inspiration aussi à droite, chez des auteurs comme Georges Bernanos ou Paul Valéry, ou des personnalités politiques, comme Marie-France Garaud.  Et elle met en regard des citations de Pascal Lamy – socialiste, directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) –, Valéry Giscard d’Estaing ou Nicolas Sarkozy pour mieux les dénoncer.

Mais Marine Le Pen emprunte aussi dans sa famille politique. Comme chez le polémiste Alain Soral, où elle pioche la notion “d’Empire du bien” , ou quand elle appelle de ses vœux un “alternationalisme“. Au passage, elle égratigne les Identitaires qui, en n’étant pas nationalistes, participeraient “à la destruction de la Nation française”  et feraient “le jeu de l’organisation de Bruxelles”, comprendre l’Union européenne.

Une des références de Mme Le Pen est le philosophe antilibéral Jean-Claude Michéa. Intellectuel inclassable, il est l’une des références de la Nouvelle Droite pour sa critique du système médiatique.
Tout au long de l’ouvrage, Mme Le Pen s’érige aussi en héritière du gaullisme, alors que sa famille politique s’est notamment construite sur le rejet du général de Gaulle. Tout comme elle se réclame du programme du Conseil national de la Résistance.
D’ailleurs, comme souvent à l’extrême droite, la thématique de la Résistance est omniprésente. Dans un retournement de notions, Marine Le Pen se fait le héraut de cette “Nouvelle Résistance” au “mondialisme“.

La vision complotiste du “Léviathan mondialiste”

Un mondialisme – terme qui, en soi, est un marqueur politique à l’extrême droite –  présenté comme un “Léviathan”, une sorte de conglomérat, de gouvernement global hors sol,  qui dirigerait le monde, l’Union européenne et la France. Avec – même si elle s’en défend – une grille de lecture complotiste, qui décrit “une guerre des élites contre le peuple”.

Pour Marine Le Pen “l’élite” est “aussi bien politique que médiatique et financière”. Elle ajoute : “Après deux décennies de bourrage de crâne ultralibéral et mondialiste, son homogénéité idéologique est solide”. Le mondialisme devient dès lors une sorte de monde parallèle et omniscient avec même… sa propre religion, à savoir le libre-échange, et son “veau d’or, l’euro”.

Faisant la différence avec la mondialisation, Marine Le Pen avance une définition du mondialisme qui rappelle la vision de la Nouvelle Droite. “Le mondialisme est en effet une idéologie qui a pour trait principal de nier l’utilité des nations, leur adaptation au monde ‘postmoderne’ et qui vise à façonner un nouvel homme, (…) vivant hors sol, sans identité autre que celle du consommateur global, rebaptisé ‘citoyen du monde’ pour masquer le caractère profondément mercantile de cet objectif.”

 
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Publié par le janvier 31, 2012 dans extrême-droite

 

Des chercheurs chinois réclament des réformes dans leur pays

 

Dans le cadre du réchauffement des relations sino-japonaises, l’oeuvre du célèbre calligraphe chinois Zhang Ke a été reprise sur le timbre de l’Année du Dragon.

Cette pétition des chercheurs chinois si elle est critique est aussi constructive et elle doit être replacée dans son contexte . l’année prochaine, l’équipe au pouvoir cède la place à une nouvelle. Une autre génération. Confrontée à une crise mondiale dont les répercussions sont déjà sensible sur l’emploi dans les zones les plus liées à l’exportation. Si l’on connaît sauf surprise le nom du futur président, on avance comme premier ministre l’hypothèse de l’homme qui a mené à Chongqing (l’agglomération la plus peuplée du monde) une vigoureuse lutte anti-corruption et une politique de réformes de gauche. De surcroît se multiplient les enquêtes et interventions du pouvoir central pour mieux connaître les situations locales dans lesquelles il y a de plus en plus de conflits liés aux conditions de travail mais aussi aux expropriations. Donc cette pétition est la manifestation non des “dissidents” tels que nous les connaissons en Occident mais de la force d’un courant de gauche, plus nationaliste et plus sceptique sur les solutions néo-libérales et le tout marché qui entend peser sur les transformations qu’exigent à la fois la crise mondiale et les limites d’un mode de développement. (note de Danielle Bleitrach)

FAIRE DU SOCIAL LE FONDEMENT D’UN CHANGEMENT POLIUIQUE

Ce texte présente une critique argumentée de la façon dont les autorités traitent les mouvements sociaux. Une version plus longue a été publiée dans des revues chinoises et très largement diffusée sur Internet — donc avec le soutien de certains cercles dirigeants. Une telle démarche révèle l’existence, en dehors de dissidents ou de néolibéraux, d’un fort courant critique qui regroupe des intellectuels, des chercheurs et des responsables politiques s’accordant sur la nécessité de développer un espace légal de contestation. Il ne s’agit pas pour eux de remettre en cause le régime, mais de trouver une voie conciliant protestation sociale et stabilité politique : faire du social le fondement d’une réforme politique. Leurs propositions peuvent sembler bien allusives. Mais en Chine les tensions sont extrêmement vives, et toute expression publique impose une certaine prudence…

par Jing Jun, Sun Liping, Shen Yuan et Guo Yuhua, juillet 2011

Après trente ans de développement économique, grâce à la politique de réforme et d’ouverture, la Chine est arrivée à un moment crucial de sa transformation sociale. La situation peut se résumer en trois constats : le développement de l’économie est rapide ; la « stabilité politique (1) », assurée ; de vives contradictions sociales ont surgi, mais la possibilité qu’elles débouchent sur des troubles sociaux de grande envergure reste faible.

En conséquence, il nous semble que le moment est favorable à une modification des méthodes utilisées pour asseoir la stabilité du pays. Le temps est venu de s’engager dans un processus de « gouvernance institutionnelle » plus efficace et moins onéreux, fondé sur la prise en compte des intérêts sociaux divergents. Attendre encore, hésiter, temporiser pourrait se révéler une erreur historique.

En effet, nous sommes entrés dans un cercle vicieux : à tous les échelons, les gouvernants consacrent toujours plus de ressources humaines, matérielles et financières à préserver la stabilité ; pourtant, les antagonismes et les conflits sociaux, loin de diminuer, augmentent sensiblement. Plus on cherche à maintenir la stabilité et moins celle-ci est garantie. Certes, des causes objectives liées au système d’économie de marché existent (2). Mais la montée de la contestation tient aussi à l’absence de réflexion sur la nécessité d’un nouveau modèle.

Selon les statistiques officielles, le budget de la sécurité intérieure s’élève à 514 milliards de yuans (54,2 milliards d’euros) pour 2010, soit une hausse de 16 % par rapport à l’année précédente, qui avait elle-même enregistré une augmentation de 8,9 % par rapport à 2008. Il atteint désormais le niveau du budget de la défense nationale. Ainsi, le coût du maintien de la stabilité est de plus en plus élevé et le personnel qui en est chargé de plus en plus nombreux. C’est devenu la tâche prioritaire des gouvernements locaux. D’autant que les deux critères de sécurité publique — la « tolérance zéro » et le « droit de veto » — servent à évaluer la carrière des cadres : un mauvais résultat dans ce dernier domaine annule même tous les autres. Dès que l’on entre dans une période de l’année jugée sensible (3) ou qu’arrive un événement particulier, chaque administration ou chaque entreprise doit déployer toutes ses capacités de maintien de l’ordre. Dans certains endroits, cela perturbe le travail quotidien, toutes les autres activités de l’administration devant s’effacer au profit de cette « priorité absolue ». Si ce mode de fonctionnement perdure, son coût représentera un fardeau insupportable.

Plus grave : alors qu’il conviendrait de mener à bien d’importants changements pour améliorer l’économie de marché et établir une société harmonieuse, ces tentatives sont étouffées par la crainte constante de l’instabilité. La réforme du système politique n’est pas engagée, la liberté d’expression est restreinte, la lutte contre la corruption n’aboutit pas, les groupes d’intérêts qui naissent ne sont pas pris en compte, et toute la société se retrouve dans un état d’anomie croissant.

Statistiques impressionnantes
et trompeuses

Certains groupes sociaux ou individus se sont vu empêchés d’exprimer leurs revendications légitimes de façon directe ; ils n’ont eu d’autre choix que de recourir à des moyens non institutionnels, parfois même à des méthodes violentes, pour faire valoir leurs exigences et manifester leur mécontentement — ce qui a pour effet d’aiguiser la contestation. Du coup, l’idée grandit selon laquelle « des troubles importants permettent de résoudre un problème important, des troubles mineurs un problème mineur, tandis que sans troubles rien ne se règle ». Paradoxalement, la répression conduit chacun à susciter du désordre pour faire valoir ses intérêts. Et, peu à peu, certains en viennent à radicaliser leurs actions, devenant des « générateurs professionnels d’instabilité », selon l’accusation officielle.

Dans la société chinoise actuelle, il existe des différences marquées entre les « groupes d’intérêts », c’est-à-dire entre les couches sociales. Or ces inégalités ne sont pas accompagnées d’un mécanisme de régulation ou d’équilibre apte à concilier ces écarts.

D’un côté, on trouve les groupes désavantagés, comme les ouvriers migrants venus des campagnes et les ouvriers ou employés des villes qui ont perdu leur travail : ils ne disposent pas de canaux institutionnels susceptibles de prendre en compte leurs intérêts, n’ont aucun pouvoir de négociation, aucun moyen d’influencer les politiques qui les concernent. Et il leur est très difficile de se défendre dans le cadre de négociations ou de procédures de conciliation. A l’opposé, d’autres groupes sociaux monopolisent d’importantes ressources : ils sont en mesure de se faire entendre et de peser par différentes voies sur l’élaboration de politiques publiques en leur faveur, voire de les décider quasiment eux-mêmes.

Le modèle actuel conduit à considérer comme antagoniques le maintien de la stabilité et l’expression des demandes sociales ; seuls le sacrifice des intérêts des catégories désavantagées et la répression seraient de nature à éviter les troubles. La recherche de la paix sociale à court terme est devenue un objectif généralisé. Non seulement la solution apparaît temporaire et superficielle, mais, en participant au maintien des intérêts acquis, elle attente gravement à la justice sociale.

De plus, certains gouvernements locaux en viennent à exagérer la gravité des conflits et à s’inquiéter au moindre remous. Bien sûr, à court terme, certaines protestations peuvent déboucher sur des conflits entre intérêts divergents et entraîner quelques troubles ; mais, à plus long terme, leur prise en compte pourrait faciliter l’élaboration de politiques et de mesures aptes à équilibrer les intérêts sociaux. Au lieu de cela, les mesures et les réformes indispensables ne sont pas menées à bien, ou même pas entamées. Les inégalités ne se réduisent pas, les intérêts acquis sont toujours protégés ou renforcés. L’ensemble de la société perd ainsi l’occasion d’effectuer le rééquilibrage qui s’impose.

On voit réapparaître la pratique des « campagnes » (yundong) qui, comme dans les années 1960 ou 1970, mobilisent toute l’administration contre un problème ou un ennemi désigné. Cette façon de faire déconsidère, déforme ou même ignore complètement la loi. Les autorités locales privilégient toujours le pouvoir ou la force par rapport au droit ; parfois, elles font appel de façon inconsidérée à la police pour l’envoyer en première ligne, ce qui aboutit à une criminalisation et à une idéologisation des situations et des comportements. Loin de contribuer à réduire les antagonismes, cette méthode revient à jeter de l’huile sur le feu, à opposer la police à la population, les fonctionnaires aux masses populaires, et donc à placer le gouvernement dans une position de faiblesse et de vulnérabilité.

Enfin, les gouvernements et les administrations créent des « fonds pour le maintien de la stabilité » et recourent à des expédients pour tenter d’acheter la paix sociale avec de l’argent. Selon l’expression populaire, cela revient à « résoudre les contradictions du peuple » en utilisant la « monnaie du peuple » [traduction littérale de renminbi, nom officiel de la monnaie chinoise]. Dans la pratique, les fonctionnaires décident de l’affectation des sommes et des fonds, sans respecter des critères clairs ni se référer à un protocole régulé. En fait, ce mode d’action tend à conforter le comportement de ceux qui considèrent qu’aucun problème n’est résolu si l’on ne crée pas de troubles. Il pousse même certains à avancer des exigences illégitimes ou déraisonnables pour obliger l’administration à céder sous la pression. Tout cela contribue à la confusion, altère l’appréciation des situations et renverse les repères de toute la société sur le vrai et le faux, le juste et l’injuste. Le statut de garant moral et de porteur de justice que doit incarner le gouvernement en sort ébranlé. Il est temps de se débarrasser de cette conception trop rigide de la stabilité et d’explorer une nouvelle voie pour assurer le maintien de la paix sociale.

Encore faut-il commencer par comprendre les contradictions sociales. Les conflits apparus ces dernières années trouvent leurs racines, pour l’essentiel, dans les expropriations de terres, les démolitions de maisons, le non-paiement des salaires dus aux travailleurs migrants et différents litiges du travail. Tous sont donc fondés sur des divergences d’intérêts. Or, depuis longtemps, les divers responsables ont eu tendance à leur donner une dimension idéologique, pour les transformer de façon excessive en problèmes politiques qui menaceraient les fondements mêmes du système. Il est très important de faire reconnaître qu’ils ont au contraire une base rationnelle. Si les oppositions d’ordre politique, religieux ou idéologique sont souvent difficiles voire impossibles à résoudre, les affrontements liés aux divergences d’intérêts entre les couches sociales peuvent être négociés et trouver une issue sur la base de compromis ou d’arrangements. Rares sont ceux qui risquent de déboucher sur des troubles sociaux de grande envergure.

On ne pourra jamais éliminer complètement ce type de conflits. Il convient donc d’établir des règles, d’élaborer des méthodes et de créer des canaux institutionnels pour trouver des solutions. C’est pourquoi il est très important d’éviter de se méprendre sur la nature de ces oppositions, en les assimilant à des crises politiques qui menaceraient la stabilité sociale.

Notre pays est confronté à de nombreuses difficultés, dont certaines très sérieuses : la corruption, les écarts entre riches et pauvres, l’existence de couches défavorisées. Si elles sont mal résolues, elles peuvent déboucher sur une grave crise politique. Même si le défi à relever est important, les protestations ne sont pas telles qu’elles pourraient menacer la société. Pas plus qu’elles n’affectent la tendance générale qui veut que la population aspire à une bonne gouvernance et à la stabilité.

Dans le même temps, il faut nous débarrasser de l’illusion de l’instabilité. Cette idée, fort répandue, s’appuie sur les chiffres officiels et les études menées au niveau national, qui montrent une augmentation spectaculaire des troubles ; or, en réalité, ces statistiques mêlent le vrai et le faux. De nombreux départements et organismes fondent leurs calculs sur des enquêtes intégrant des faits de la vie quotidienne ou des conflits mineurs. Il est ainsi arrivé que des bisbilles entre collégiens ou des protestations d’élèves sur la nourriture au sein d’une école secondaire soient recensées comme « facteurs d’instabilité ». Quand tous ces phénomènes sont mis bout à bout et additionnés, on arrive en effet à des chiffres impressionnants.

Mais les « incidents de masse » mêlent des faits de natures très différentes, souvent sans aucun lien direct avec la question de la stabilité. Par ailleurs, l’absence de mesures et de règlements efficaces pour gérer les conflits crée une sensibilité exacerbée, au point que parfois une simple discussion devient impossible. Le mode de pensée sclérosé et les méthodes périmées encore utilisées ne font qu’empoisonner l’atmosphère et entraînent un effet de peur généralisé. Si nous pouvions nous débarrasser de tous ces faux « facteurs d’instabilité », la situation en sortirait clarifiée ; d’autant que beaucoup d’enquêtes indiquent que l’absence d’un mécanisme de prise en compte des intérêts de la population est à l’origine de nombre de conflits violents.

Dans son rapport présenté devant l’Assemblée nationale populaire en 2010, le premier ministre Wen Jiabao déclarait : « Tout ce que nous avons fait l’a été pour permettre à la population de connaître une vie plus heureuse, plus digne, et pour aboutir à une société plus juste, plus harmonieuse (4). » Une nouvelle logique devrait être d’appliquer la Constitution, qui accorde de nombreux droits aux citoyens. C’est seulement en garantissant ces droits qu’on pourra parvenir à un équilibre entre des intérêts opposés ; c’est seulement par cet équilibre qu’on pourra assurer la paix sociale. Telle est la voie à suivre. En d’autres termes, défendre les droits revient à défendre la stabilité.

Pour mener à bien cette tâche, il faudrait, en premier lieu, transformer et réduire les fonctions d’intervention directe du gouvernement local — donc éviter que celui-ci ne s’expose au premier rang quand éclatent des conflits sociaux — tout en renforçant son rôle de négociateur et d’arbitre de ces conflits.

Il conviendrait, en second lieu, de consolider et améliorer les mécanismes de gouvernance de telle façon que le recours à la loi et au droit soit la méthode normale et efficace pour résoudre les désaccords ; mettre en place des canaux institutionnels qui permettent l’expression des mécontentements au sein de la société ; enfin, favoriser l’émergence d’associations de citoyens, et créer des mécanismes ou des structures qui aient pour but de travailler à la résolution des conflits sociaux.

De façon plus pratique, cela nécessiterait d’élaborer six dispositifs institutionnels (lire « Six propositions ») pour :

— garantir le droit à une information transparente et complète sur les revendications, les demandes sociales et les enjeux que leur résolution implique ;

— inventer des mécanismes qui permettent aux différentes couches sociales de s’exprimer et de mettre en cohérence leurs revendications ;

— créer un système adéquat pour que les citoyens puissent s’exprimer et participer aux décisions ;

— organiser des moyens de pression, notamment pour les plus défavorisés qui n’ont pas le « capital social » permettant d’influer sur les décisions ;

— mettre en place des lieux de concertation et de négociation en dehors des gouvernements locaux, laissant la société faire ses premiers pas vers une autogestion et une autorégulation ;

— créer une instance de conciliation et d’arbitrage sous l’égide du gouvernement et de la justice.

Ces six mécanismes sont complémentaires et indispensables, comme les étages d’un même édifice. De plus, l’existence d’organisations sociales efficaces doit être en mesure de réduire l’apparition des antagonismes et d’aider à les résoudre.

La différence entre une bonne et une mauvaise gestion sociale ne réside pas dans l’existence ou l’absence de conflits, mais dans la capacité à les tolérer et à les résoudre. En réalité, un bon système n’est pas celui qui élimine les contradictions mais celui qui manifeste sa capacité à supporter les désaccords et à leur trouver une solution dans un cadre institutionnel.

Nous avons bien conscience que, lorsque toutes les couches de la société commenceront à pouvoir exprimer par des voies légales leurs revendications légitimes, et surtout lorsque les intérêts collectifs auront eux aussi trouvé leur cadre normal d’expression, notre société risquera de faire face à une période d’éruption (jingpen qi) des conflits sociaux. Tout le monde voudra s’exprimer, et il faudra faire face à cette situation inédite. La question, délicate, est à étudier de près lors de la mise en place du nouveau système — sans la prendre à la légère, mais sans s’affoler non plus.

Tout d’abord, ce phénomène d’éruption ne serait pas dû au mécanisme de transition : les nouveaux canaux d’expression permettraient de faire apparaître des conflits sociaux auparavant cachés et fourniraient l’occasion de les résoudre efficacement. Afin de passer cette étape de la façon la plus paisible possible, il faut prévoir des mesures de transition raisonnables et réalistes. On pourrait envisager des arrangements de différentes natures, selon un principe simple : pour régler les anciens problèmes, nous aurons recours à des modes de solution centralisés, selon les pratiques anciennes ; pour régler les problèmes nouveaux, nous utiliserons les nouveaux mécanismes institutionnels de règlement des conflits.

Ensuite, pour éviter des chocs trop violents, il est possible d’envisager une approche progressive, allant du haut vers le bas, en particulier pour la création des mécanismes d’expression et de pression. Il faudrait veiller à former les gouvernants comme les gouvernés, pour qu’ils prennent conscience de l’importance des nouveaux mécanismes et maîtrisent les voies légales de résolution des conflits sociaux. On pourrait, le cas échéant, tenter des expériences pilotes en choisissant des conflits qui ont un grand écho sans être trop dangereux pour la société, et qui se déroulent dans des endroits où les conditions sont relativement mûres. Cela permettrait de sensibiliser les fonctionnaires de tous grades, ainsi que le pays dans son ensemble. Le rapide développement de l’économie nationale fournit les ressources financières pour résoudre par des voies institutionnelles les antagonismes sociaux. La stabilité fondamentale du cadre politique, de son côté, permet d’avancer dans la résolution de ces problèmes.

Plus important encore, bien que la structure de la société chinoise soit marquée par des écarts de condition de plus en plus forts entre les couches sociales, que les différences s’accentuent et que les contradictions se complexifient, la grande majorité de la population ne souhaite pas que la solution de ces problèmes passe par une explosion de violence ni par des troubles.

En prenant le droit comme fondement et dans les conditions de l’économie de marché, il nous faudra avancer dans l’établissement d’un système qui prenne en compte l’expression et l’harmonisation des intérêts, et jeter les bases sur lesquelles pourra s’instaurer une paix sociale durable.

Jing Jun, Sun Liping, Shen Yuan et Guo Yuhua

Chercheurs du département de sociologie de l’université Qinhua, Pékin. Ce texte s’appuie sur les travaux d’un groupe plus large de sociologues appartenant à ce département.

(1) NDLR : la «  stabilité  » est le mot d’ordre du pouvoir, qui revient souvent dans les discours.

(2) NDLR : par exemple, les luttes des ouvriers-paysans (mingong) contre l’exploitation patronale.

(3) NDLR : cela peut être juin et la commémoration des événements de la place Tiananmen en 1989, ou l’anniversaire de la fondation de la République le 1er octobre 1949.

(4) Discours devant l’Assemblée nationale populaire, 5 mars 2010.

 
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Publié par le février 1, 2012 dans Asie, société, textes importants

 

La transition irakienne a-t-elle eu lieu ?par Myriam Benraad

La transition irakienne a-t-elle eu lieu ?par Myriam Benraad

Les attentats quotidiens, la grande pauvreté où vit le quart de la population malgré la rente pétrolière et la répression sanglante du mouvement de protestation inspiré par le printemps arabe le montrent : l’occupation américaine n’a ni réussi à rendre la vie meilleure aux Irakiens ni contribué à démocratiser le pays. 

Les dernières troupes américaines ont achevé de quitter l’Irak le 18 décembre 2011, au terme de près de neuf ans d’une occupation qui avait débuté en mars 2003 et vu la chute, en seulement quelques semaines, du régime de Saddam Hussein. À ce titre, l’« Opération Liberté de l’Irak » (Operation Iraqi Freedom), qui aura coûté au total environ 1 000 milliards de dollars aux États-Unis, restera sans nul doute dans les annales de l’histoire comme l’une des guerres les plus controversées de l’ère contemporaine, avec celle du Vietnam. Peu avant le départ final de ses troupes, le président américain Barack Obama n’en déclarait pas moins que l’intervention américaine avait été une « réussite spectaculaire » ayant permis à l’Irak de s’affranchir de la dictature baasiste et de se doter d’un « État souverain, stable, autosuffisant, avec un gouvernement représentatif élu par son peuple » [1].

Or, si le retrait des Américains s’est déroulé dans un calme apparent, accueilli avec soulagement et joie par une grande partie de la population irakienne, mais aussi avec crainte par la nouvelle classe politique, les États-Unis ne laissent certainement pas derrière eux une démocratie. L’Irak se trouve en effet dans un état de profonde division et de crise devenue structurelle au fil des mois, triplement politique, sociale et économique, et qui semble reporter sine die l’horizon de la stabilisation et de la réconciliation dans le pays. Aussi est-on en droit de s’interroger sur le legs véritable de l’occupation en ce début d’année 2012. De fait, la « transition » irakienne autour de laquelle tant d’encre a coulé ces dernières années a-t-elle véritablement eu lieu, ou ne se réduit-elle, en définitive, qu’à une coquille vide, une peau de chagrin [2] ?

Alors que le renversement du parti Baas avait donné l’espoir à de nombreux Irakiens d’un réel changement, d’un affranchissement définitif du joug de la tyrannie, la « libération » promise a rapidement pris les traits d’un nouvel asservissement, mais sous d’autres formes. Beaucoup considèrent ainsi qu’au diktat de l’ancien raïs irakien ne s’est finalement substituée qu’une nouvelle tyrannie, celle de la violence, quotidienne et multiforme, et celle pratiquée par une élite politique corrompue, centrée sur ses seuls intérêts. Outre des vagues régulières d’attentats, l’Irak est en effet aujourd’hui le troisième pays le plus corrompu au monde selon l’organisation non-gouvernementale Transparency International, tandis que le pouvoir central tend à prendre un visage de plus en plus autoritaire qui reproduit certaines dérives du passé et fait peser de nombreuses incertitudes sur l’évolution du pays à court et plus long terme.

Près d’une décennie d’occupation désastreuse

L’échec de l’aventure américaine en Irak a de nombreuses raisons, et démontre avant tout que la démocratie ne peut être ni un produit importé, ni le fruit d’une occupation aux motifs profondément idéologiques, improvisée et plus encore meurtrière. Un bref rappel des erreurs fondatrices commises par la coalition dès son installation à Bagdad permet, à ce titre, de mieux comprendre pourquoi et comment la situation a très vite dérapé sur le terrain, et dans quelle mesure les États-Unis ont, en quelque sorte, créé les conditions de leur propre embourbement. En confondant la mise à bas du régime de Saddam Hussein avec celle, beaucoup plus grave et devenue irréversible, de l’État irakien et de ses institutions, les forces étrangères ont, en effet, d’emblée posé les jalons d’un chaos durable. La « débaasification [3] », qui visait initialement à débarrasser l’Irak des organes et des acteurs de l’ancien régime, s’est ainsi traduite par une purge aveugle de toutes les administrations et de tous les personnels civils, encore aggravée par le démantèlement brutal de l’armée et de l’appareil sécuritaire, dont beaucoup des membres ont ensuite rejoint les rangs du soulèvement armé. Une autre erreur ayant elle aussi lourdement pesé sur tout le cours de la transition irakienne a été la volonté dogmatique des États-Unis de structurer le nouvel ordre politique non pas autour d’un projet authentiquement national et représentatif du peuple dans son ensemble mais, au contraire, d’un système de quotas ethniques et confessionnels qui n’a cessé d’aviver le communautarisme et d’enrayer la dynamique politique.

In fine, c’est une transition grossière et plus encore déconnectée des réalités sociales et historiques du pays qui a pris place en Irak ces dernières années et qui, telle qu’elle avait été conçue en amont de l’intervention américaine, avait peu de chances d’accoucher d’une véritable démocratie. N’oublions pas non plus qu’en 2003, l’Irak sortait de plusieurs décennies de conflits violents, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières, qui avaient laissé sa population exsangue et meurtrie. L’histoire du pays, pétrie de traumas, ne le plaçait pas dans les meilleures dispositions pour entamer une transition, encore moins au prix d’une nouvelle conflagration militaire. De plus, et bien qu’une majorité d’Irakiens aspirait à se débarrasser du tyran de Bagdad, les dirigeants promus au pouvoir en 2003 par Washington étaient pour la plupart d’anciens exilés coupés du pays parfois depuis plusieurs décennies. Réfugiés dans la zone verte avec les officiels américains, ils faisaient figure d’« opposition de grands hôtels » aux yeux d’un grand nombre, et ont, de fait, été souvent plus disposés à régler leurs comptes avec les adversaires du passé qu’à offrir au peuple une vision d’avenir.

La fin du régime baasiste ne s’est pas donc traduite par une quelconque amélioration de la situation en Irak, mais au contraire par une dégradation continue. Tout ce qui a suivi la chute de Bagdad ne ressemble, en effet, qu’à une succession de petits arrangements qui n’ont, il faut le reconnaître, à aucun moment permis de remédier à ces mesures désastreuses. Sur un plan sécuritaire, les États-Unis ont échoué à apporter la stabilité et le bien-être initialement promis à la population. Ainsi, la résistance irakienne et les combattants étrangers venus des pays voisins sont restés très actifs pendant toute l’occupation, signant des opérations armées et attentats réguliers. Les tensions religieuses menacent également de connaître un nouveau regain. Pour cause, la composante sunnite irakienne, mise en marge des instances politiques depuis 2003, rejette de plus en plus violemment le monopole des chiites et des Kurdes sur les affaires du pays, ainsi que les ingérences de l’Iran. Beaucoup d’autres Irakiens, les chrétiens en particulier, partagent eux aussi ce sentiment d’une transition confisquée.

Une impasse politique devenue structurelle

Courant 2010, c’est la coalition « Iraqiyya » de l’ancien Premier ministre et opposant à Saddam Hussein Iyad Allawi, un chiite laïc, qui avait remporté le scrutin législatif du 7 mars, le dernier tenu sous l’occupation. Mais Nouri al-Maliki, actuel chef de l’exécutif et membre du parti chiite religieux Daawa, avait alors refusé d’entériner les résultats donnant la victoire à son grand rival. S’est alors ouverte une phase d’impasse politique de neuf mois, au terme de laquelle Al-Maliki est finalement parvenu à se maintenir au pouvoir en formant une majorité au Parlement après maintes tractations et de nombreuses tentatives d’intimidation. Pourtant, le gouvernement d’« entente nationale » constitué en novembre n’a jamais été reconnu par une majorité d’Irakiens, y compris au sein de l’alliance chiite. Depuis l’investiture de Nouri al-Maliki comme Premier ministre en 2006, la mouvance sadriste, conduite par le jeune imam Moqtada al-Sadr, a ainsi toujours entretenu des relations particulièrement complexes avec Bagdad, s’opposant et s’alliant tour à tour aux autorités centrales. Dans l’ensemble, il n’est donc pas si surprenant de voir la crise de 2010 ressurgir aujourd’hui au cœur de l’actualité.

Dès le départ des dernières troupes américaines, le conflit opposant Al-Maliki à ses adversaires a en effet repris de plus belle, les députés d’Iraqiyya annonçant la suspension de leurs travaux au Parlement et s’en prenant publiquement à la politique du Premier ministre et aux modalités de gestion de l’État (clientélisme, corruption). Plusieurs députés mettaient en lumière l’absence de consultation de ses partenaires par le gouvernement, sur certains dossiers cruciaux tels que la politique sécuritaire, actuellement aux seules mains d’Al-Maliki après que les portefeuilles ministériels de la Défense et de l’Intérieur sont demeurés vacants en 2010 du fait de graves désaccords. Au lieu d’essayer de calmer la tempête et d’entamer un dialogue avec toutes les forces politiques du pays, Al-Maliki a préféré répondre à ces critiques par l’annonce d’un mandat d’arrêt officiel contre le vice-président Tarek al-Hachimi, militant de la branche irakienne des Frères musulmans puis secrétaire général du Parti islamique irakien, et une demande de limogeage de l’actuel vice-premier ministre Saleh al-Moutlak, pour sa part un ancien Baasiste qui s’est fait connaître après 2003 par ses appels réitérés à une refondation nationale de l’Irak.

Au delà de l’appartenance des deux hommes au bloc parlementaire Iraqiyya, et de leur longue réputation d’hostilité au Premier ministre, il s’avère que tous deux sont aussi sunnites de confession. Les menaces proférées par le gouvernement s’entourent par conséquent d’une dimension religieuse indiscutable, Al-Maliki ayant de surcroît régulièrement été pointé du doigt pour avoir maintenu les sunnites en dehors de l’arène politique à travers des accusations de liens avec l’ancien parti Baas ainsi qu’avec la mouvance terroriste d’Al-Qaïda. À tel point qu’au mois de juin 2011, le porte-parole sunnite du Parlement irakien, Oussama al-Noujaïfi, déclarait que si rien ne changeait à la situation de ses coreligionnaires, ces derniers finiraient par proclamer une séparation territoriale de fait. Récemment, plusieurs provinces du pays à majorité démographique sunnite (Salahaddin, Al-Anbar, Diyala) se disaient à leur tour en faveur d’une plus grande autonomie [4].

Dérives du pouvoir : un nouvel autoritarisme ?

Ces déchirements éclairent l’existence d’un problème beaucoup plus structurel et très inquiétant pour l’avenir du pays, celui d’une pratique du pouvoir encore largement inchangée. Il semblerait, en effet, que l’occupation n’ait pas contribué à « démocratiser » l’Irak, mais plutôt abouti à une perpétuation de l’autoritarisme passé. Il s’agit du reste de la principale accusation aujourd’hui portée contre Al-Maliki et ses alliés politiques, qui auraient concentré l’exécutif au détriment des autres forces politiques et fait entrave au multipartisme et au bon fonctionnement de la justice pour se couvrir face aux méfaits qui leur sont reprochés (affaires de corruption, clientélisme et népotisme). En décembre 2011, Saleh al-Moutlak allait jusqu’à dépeindre l’actuel Premier ministre comme un « dictateur pire que Saddam Hussein », usant des mêmes instruments de musèlement politique et de verrouillage social que l’ancien président. Plus symptomatiquement, la répression féroce des manifestations populaires de 2011, nées de la vague de révoltes ayant parcouru le monde arabe, fournit une illustration édifiante de cette dérive autoritaire du pouvoir. De fait, au lieu de privilégier le dialogue et la négociation avec la rue irakienne, le gouvernement n’a pas hésité à réprimer la contestation dans le sang, déployant partout un important dispositif de sécurité et bloquant tous les accès routiers. Cette violente campagne n’est pas sans avoir rappelé à beaucoup d’Irakiens les pires heures de la dictature baasiste [5]. Elle témoigne sans conteste d’une permanence encore bien réelle de l’autoritarisme en Irak, sous couvert d’avancement démocratique.

Cette configuration soulève, enfin, une interrogation plus fondamentale : la transition irakienne a-t-elle eu lieu ? Autrement dit, peut-on considérer que le pays est véritablement sorti de la tyrannie pour passer à un ordre démocratique ? Force est de constater que la greffe politique de ces dernières années s’est souvent davantage apparentée à un calendrier formel, conduit sous pression étrangère, qu’à un ancrage de la démocratie dans les actes et les esprits.

Continuités historiques : d’une violence à l’autre

En considérant de plus près le temps long de l’histoire irakienne, au fond le pays ne semble être passé que d’un état de violence – pour ne pas dire de « barbarie » [6] – à l’autre. Et celui-ci risque de se poursuivre, compte tenu de l’héritage qui est celui de l’Irak en cette fin d’occupation. Par ailleurs, on a toujours trop tendance à oublier dans quelle situation précaire se trouvait déjà le pays au moment de l’invasion militaire américaine de 2003, après plusieurs guerres successives et un long coma social cristallisé par l’embargo [7].

La violence n’a cessé de marquer le conflit irakien dans son ensemble, à des degrés parfois extrêmes. Elle a surtout été un obstacle clé à la réconciliation et à la reconstruction. Ainsi, à une vision qui voudrait que l’Irak soit aujourd’hui stabilisé répondent des attentats encore quotidiens, qui visent à la fois la population civile et le gouvernement, perçu par les insurgés comme le nouvel ennemi. L’année 2011 a été l’une des plus meurtrières avec une recrudescence du nombre de victimes irakiennes et des pertes conséquentes dans les rangs de l’armée américaine. Al-Qaïda demeure, à ce titre, la menace la plus sérieuse pour l’Irak, une menace à laquelle les nouvelles forces armées ne parviennent pas à répondre. Et pour cause : celles-ci sont elles-mêmes prisonnières des logiques partisanes ambiantes, et ne bénéficient plus ni d’aucun entraînement, ni d’aucun soutien étrangers maintenant que l’armée américaine et l’Otan ont renoncé à maintenir un contingent de forces en Irak suite au refus de Bagdad de leur accorder une immunité.

L’introuvable réconciliation nationale

La relance du processus de réconciliation nationale, à laquelle continuent d’appeler de nombreuses forces politiques et citoyennes, paraît pour l’heure encore très compromise. Jusqu’ici, toutes les tentatives pour amorcer cette réconciliation et permettre aux différentes parties de surmonter leurs divergences se sont soldées par une série d’échecs. Le premier plan de réconciliation nationale officiel remonte au printemps 2006, et ne procédait pas à l’époque d’une quelconque volonté irakienne, mais des pressions alors exercées par les États-Unis pour mettre fin aux violences confessionnelles qui sévissaient dans le pays.

Peu à peu vidé de son sens, le thème de la réconciliation s’est transformé en simple discours de façade, voire en instrument politique cynique. Ainsi en 2010, afin d’empêcher ses rivaux de remporter les élections, Al-Maliki n’a pas hésité à récuser le projet de réconciliation qu’il avait lui-même lancé en gelant les travaux du Ministère pour le dialogue national et en relançant le programme de débaasification pour disqualifier plusieurs centaines de candidats. La « justice transitionnelle » qui devait appuyer le processus de réconciliation s’est ainsi vue détournée et subvertie au profit de purs calculs politiciens.En fin de compte, il semble irréaliste d’espérer une stabilisation rapide du pays tant les maux de l’occupation et de l’histoire restent grands, et empêchent encore une majorité d’Irakiens d’entrevoir l’avenir. La réussite d’une réconciliation supposerait que celle-ci s’incarne dans un gouvernement national, tourné vers l’intérêt de tous et chacun, et non plus d’un groupe restreint. Une réconciliation supposerait aussi de réunir tous les acteurs irakiens à la table des négociations, y compris les insurgés qui, tant qu’ils ne seront pas ramenés à une vie civile, ne déposeront pas les armes. Il en va de même pour les tribus sunnites anciennement alliées à Washington contre Al-Qaïda, et aujourd’hui largement laissées pour compte [8].

Après l’occupation : entre incertitudes et défis

Une page historique s’est indiscutablement tournée en Irak, celle d’une occupation ayant duré près d’une décennie. Mais le pays reste miné par les tensions entre communautés et par des violences que l’État ne parvient pas à endiguer. Les défis sont donc nombreux pour les semaines et les mois à venir, au premier rang desquels la nécessité de trouver une issue à l’interminable crise qui ronge la vie politique irakienne depuis des années.

D’un point de vue géopolitique, l’évolution intérieure de l’Irak aura aussi de sérieuses répercussions sur les équilibres de la région dans son ensemble. En effet, à l’heure où le pays semble progressivement s’affranchir de son tuteur américain pour réaffirmer sa souveraineté, l’inquiétude est palpable quant à l’issue de la crise syrienne, mais aussi des affrontements qui opposent Bagdad aux séparatistes kurdes dans les provinces du Nord. Enfin, l’émergence de pouvoirs islamistes sunnites en Tunisie, en Égypte, ou encore en Libye, semble pousser la coalition chiite au pouvoir vers une alliance renforcée avec Téhéran, et il s’agit là sans doute de la plus grande inquiétude nourrie par les monarchies du Golfe et par l’Arabie Saoudite en particulier.

Si l’Irak a constitué un « contre-modèle » évident pour les révolutionnaires arabes en démontrant, a posteriori, qu’un élan démocratique pouvait surgir autrement que par le biais d’une ingérence militaire extérieure, le pays reste le premier du Moyen-Orient à être sorti de l’autoritarisme et à avoir fait l’expérience d’une transition. À ce titre, son expérience récente pourrait se révéler riche en enseignements pour ses voisins. En effet, la trajectoire irakienne de ces dernières années, à la fois complexe et violente, rappelle combien la démocratie est un idéal difficile à atteindre et qui ne se matérialise pas du jour au lendemain. En retour, les révolutions arabes pourraient elles aussi avoir eu un impact positif sur l’Irak, faisant prendre conscience à ses citoyens qu’ils ne sont pas condamnés au désespoir mais également capables de demander des comptes à leurs gouvernants [9].

 

par Myriam Benraad [16-01-2012]

Pour citer cet article :
Myriam Benraad, « La transition irakienne a-t-elle eu lieu ? », La Vie des idées, 16 janvier 2012. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-transition-irakienne-a-t-elle.html

Notes

[1] Discours de Fort Bragg, Caroline du Nord, 14 décembre 2011.

[2] Myriam Benraad, « Incertitudes et complexité de la transition : retour sur le cas irakien », Mondes, les cahiers du Quai d’Orsay, n° 9, hiver 2012.

[3] Hazem Saghieh, « The Life and Death of De-Baathification », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, n° 117-118, 2007, p. 203-223.

[4] Salah Nasrawi, « Fears of a Sunni opt-out », Al-Ahram Weekly, 7-13 juillet 2011.

[5] Myriam Benraad, « L’Irak au miroir du Printemps arabe », Le monde arabe en mouvement (dossier thématique), Questions internationales, n ° 53, janvier-février 2012.

[6] Michel Seurat, L’État de barbarie, Paris, Le Seuil, 1989.

[7] Sarah Graham-Brown, Sanctionning Saddam. The Politics of Intervention in Iraq, Londres ; New York, I.B. Tauris, 1999.

[8] Myriam Benraad, « Iraq’s Tribal “Sahwa” : Its Rise and Fall », Middle East Policy, vol. 18, n° 1, 2011, p. 121-131.

[9] « En Irak, les manifestants réclament, sans grand espoir, une meilleure vie », AFP, 22 février 2011.

Si vous souhaitez critiquer ou développer cet article, vous êtes invité à proposer un texte au comité de rédaction. Nous vous répondrons dans les meilleurs délais : redaction@laviedesidees.fr.

 
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Publié par le février 1, 2012 dans Amérique, Asie, guerre et paix, histoire

 

Chez Kusturica, au coeur des montagnes de Serbie

Autour d'une statue représentant Johnny Depp, à Mokra Gora, l'acteur lui-même (à gauche) et le réalisateur Emir Kusturica (à droite).

Autour d’une statue représentant Johnny Depp, à Mokra Gora, l’acteur lui-même (à gauche) et le réalisateur Emir Kusturica (à droite).AFP/MILOS CVETKOVIC

En voilà un autre qui dans le genre est pas mal non plus :enfin il y a au moins deux ou trois bonnes choses dans cette histoire: 1) il est anticapitaliste, encore que je me méfie désormais  quand je vois des photos de Fidel Castro, celle de  Maradonna et quelques calices, crucifix,  chapelets et objets du culte orthodoxe en fond… 2) Mais sur le plan cinématographique ce goût du montages et des objets hétéroclites peut donner d’excellents résultats, le tout est qu’il limite ses interventions politiques à son art et à son utopie de la cité idéale yougoslave, Viva Tito. Et puis on peut dire ce qu’on veut sur la rudesse serbe en tout cas c’est pas des racistes et bientôt il n’y aura plus que chez eux que les roms vivront en paix…  3) Mokra Gora est couvert de champs de framboises… Bref j’ai décidé d’aller y faire un tour pour le prochain festival… avec ma copine Serbe Savizsa qui me traduira…(Danielle Bleitrach)..;

 Mokra Gora (Serbie) Envoyé spécial – A Mokra Gora, localité perdue au milieu des montagnes à cinq heures de bus de Belgrade, aux confins de la Bosnie-Herzégovine, le paysage présente son lot de pentes abruptes, de forêts sombres et de routes tortueuses. L’été, il fait chaud, et l’hiver y est glacial. L’endroit n’est pas considéré par l’office serbe de tourisme comme une étape indispensable. Et, pourtant, la majorité des Serbes connaissent, ne serait-ce que de nom, la petite cité idéale que le réalisateur Emir Kusturica a reconstituée, à proximité du lieu où fut tourné son film La vie est un miracle, diffusé en 2004.

Le cinéaste a baptisé sa création Küstendorf , en associant une partie de son patronyme avec “Dorf”, le mot allemand pour village. Les Serbes préfèrent dire “Drvengrad”, littéralement “la ville en bois”. De fait, à Küstendorf, le bois est partout, des murs soutenant les petites maisons aux tuiles qui recouvrent les toits en passant par les volets peints. Même le revêtement des places, ruelles et escaliers de ce village entièrement piétonnier provient de traverses de chemin de fer de récupération.

Le domaine, acquis par Emir Kusturica au début des années 2000 et dûment clôturé, constitue à la fois la résidence principale du réalisateur, un petit parc d’attractions consacré au cinéma, un lieu de villégiature et un centre de conférence. Chaque année, à la mi-janvier, Küstendorf accueille, sous la neige, un festival international de cinéma et de musique. De temps en temps, les pavés de bois se transforment même en décor mélancolique pour le tournage d’un court-métrage, tel qu’Alice au pays s’émerveille, de la réalisatrice française Marie-Eve Signeyrole, tourné à l’hiver 2009.

Après s’être acquittés du ticket d’entrée, 200 dinars serbes (un peu moins de 2 euros) par adulte et 100 dinars par enfant, les visiteurs se retrouvent face à une chapelle orthodoxe garnie d’icônes et plongent dans l’ambiance d’un village balkanique traditionnel. On respire, les jours de beau temps, la senteur du bois qui chauffe au soleil et, lorsqu’il fait froid, l’odeur des feux de cheminée.

A L’OPPOSÉ DU CAPITALISME

Chacun des quelque trente chalets, dispersés sur une petite colline, a été acheté à un paysan pauvre des environs puis démonté pièce par pièce avant d’être réassemblé. La plupart d’entre eux sont habitables, “confortables”, explique une cliente, et sont loués comme chambres d’hôtel. L’originalité de la réalisation n’a pas échappé au jury de la Fondation Philippe Rotthier pour l’architecture, une institution bruxelloise qui a accordé en 2005 à Emir Kusturica le Prix européen pour la reconstruction d’une ville.

Le réalisateur a voué le lieu à l’univers du cinéma. Dans une salle en sous-sol sont diffusés des films qui ont marqué l’histoire du septième art. Chaque jour est présentée une oeuvre du maître, précédée d’un documentaire sur la protection de la nature en Serbie.

Küstendorf reflète la conception du monde du cinéaste, à l’opposé du capitalisme, qu’il dit honnir, et des institutions européennes et internationales, coupables, selon lui, d’avoir bombardé la Serbie en 1999 lors de la guerre du Kosovo. La toponymie reflète ce double tropisme : politique et cinéma. Les rues ont été baptisées d’après les cinéastes qui l’ont inspiré, Jim Jarmusch, Federico Fellini ou Bruce Lee. Plusieurs personnalités qui partagent une partie des idéaux de Kusturica, telles que le footballeur argentin Diego Maradona, connu pour son antiaméricanisme, ou le champion de tennis serbe Novak Djokovic, qui ne cache pas son nationalisme, sont également honorées.

La bibliothèque, située dans le salon de l’Hôtel Dolce Vita, participe à ce melting-pot idéologique. Dans un joyeux mélange de religiosité et d’adoration gauchiste, on trouve un ensemble de calices, de crucifix et d’images pieuses, des photographies en noir et blanc représentant Fidel Castro ou Che Guevara et un livre de cuisine en italien signé par Gérard Depardieu.

Emir Kusturica, né dans une famille musulmane à Sarajevo et converti au christianisme orthodoxe en 2005, n’est pas à une contradiction près. L’univers de Küstendorf, qui se présente comme un îlot de résistance à la mondialisation libérale, ne dédaigne pas l’économie de marché.

“YOUGOSLAVIE IDÉALE”

C’est même une affaire qui marche. L’été, le lieu accueille une centaine de visiteurs par jour. Igor Latinovic et Marie Tauzia, rencontrés à l’heure du café, travaillent tous deux dans le cinéma à Paris. “Nous découvrons l’imaginaire de Kusturica, la petite Yougoslavie idéale qu’il a recréée”, expliquent les touristes.

L’hiver, Küstendorf se transforme en station de ski. A quelques encablures au-dessus du village ont été tracées deux pistes agrémentées de remontées mécaniques. Et, le reste de l’année, “nous hébergeons des séminaires professionnels, organisés par l’ordre des médecins ou des entreprises telles que Fujitsu, Siemens ou Lenovo”, raconte Vladimir Stanisic, responsable de la gestion du domaine.

Là encore, les responsables ne craignent pas les paradoxes. Le Coca-Cola est banni des restaurants du village au profit du jus de mûre, de myrtille ou de framboise provenant des montagnes environnantes. Pour autant, Emir Kusturica n’hésite pas à vendre son lieu aux cadres de la firme américaine, contraints, le temps d’une conférence, de se passer de leur soda à bulles.

Olivier Razemon

 
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Publié par le février 1, 2012 dans cinema, Europe, humour

 

Bas les pattes sur l’Iran et la Syrie ! des bases politiques sur lesquelles se rassembler

Mercredi 1 février 2012 3 01 /02 /Fév /2012 16:10
Arrêtons la guerre avant qu’elle ne commence

10 raisons pour protester contre les sanctions et la guerre

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> Après l’intervention en Libye, les dangers de nouvelles attaques occidentales dans la région sont très réelles. Voici 10 raisons pour lesquelles une guerre contre l’Iran n’est pas justifiée et aurait des conséquences catastrophiques.
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> 1) Pas de menace: l’Iran n’a pas attaqué de pays depuis plus de 200 ans. Ses dépenses militaires par habitant sont les plus faibles de la région. Le régime a permis des inspections et a été d’accord pour négocier avec l’occident sur toutes les questions. Le discours occidental actuel fait penser à la guerre en Irak quand une menace fut fabriquée pour justifier une intervention
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> 2) deux poids-deux mesures: beaucoup des alliés occidentaux, y compris Israel, possèdent l’arme nucléaire. Il n’y a aucune preuve que l’Iran est en train de les développer, comme l’a montré le rapport de l’AEIA de l’an dernier. L’Iran, contrairement à Israel etau Pakistan, est signataire du traité de non prolifération nucléaire, selon lequel il a le droit de développer une puissance nucléaire civile.
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3) les sanctions mènent à la guerre. Comme l’a montré l’impasse militaire récente, les sanctions augmentent la tension et la méfiance. Elles renforceront les faucons en Iran. En Irak, les sanctions ont eu pour résultat un niveau génocidaires de victimes civiles et n’ont amené que la guerre et la souffrance du peuple irakien. Les sanctions n’ont pas été un pas vers la paix mais vers la guerre.
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> 4) conséquences catastrophiques. Toute attaque contre l’Iran amènera des milliers de morts et provoquera des représailles avec des effets dévastateurs pour toute la région. Les sanctions et la guerre feront augmenter le prix du pétrole, créant encore plus de dégâts dans une économie mondiale déjà en crise.
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> 5) leçons du passé: si les attaques contre l’Afghanistan, l’Irak et la Libye nous ont enseigné quelque chose, c’est qu’une intervention militaire n’amène que la mort, la division et la misère. 30 000 personnes sont mortes en Libye, des dizaines de milliers en Afghanistan, et un million en Irak. La violence continue dans ces 3 pays.
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> 6) la guerre=moins de services sociaux.  Barack Obama s’est récemment engagé à dépensé plus d’argent pour le militaire que ne l’avait fait le gouvernement de George W. Bush. La Grande Bretagne a dépensé des centaines de millions pour bombarder la Libye et dépense 6 milliards par an pour la guerre en Afghanistan. Une attaque sur l’Iran pourrait avoir un coût financier bien plus important, poussant le gouvernement à imposer encore plus de coupures de crédit sur nos services publics.
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> 7) La démocratie.
Les guerres récentes ont été profondément impopulaires chez nous et ont créé un “déficit démocratique”. Des plans pour une attaque en Iran ont été élaborés à Washington et à Whitehall sans consultation  des élus du parlement ni de l’électorat.
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> 8) Sécurité: la guerre contre le terrorisme a rendu notre monde plus fragile et plus dangereux. Une attaque contre l’Iran ne peut qu’augmenter l’amertume contre les puissances occidentales.
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> 9) droits et libertés.
  La campagne contre l’Iran mènera à plus de diabolisation de la communauté musulmane en Grande Bretagne et à de nouvelles atteintes aux libertés, déguisées sous l’appellation “mesures anti-terroristes”.
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> 10) Nous pouvons changer les choses.
Le principal facteur pour retenir les faiseurs de guerre est l’opinion publiques mobilisée.Même George W. Bush s’est opposé à ce qu’Israel attaque l’Iran quand il était au pouvoir, parce qu’il sentait que les américains étaient contre. Les voix de la majorité anti-guerre en Grande Bretagne doivent se transformer en un mouvement de masse qui force nos dirigeants politiques à mettre fin leur politique de guerre sans fin.

Origine :

Iran: 10 reasons to protest against sanctions and war on 28 January

11 January 2012
Iran
Following the intervention in Libya, the dangers of further western attacks in the region are very real. Here are ten reasons why a war against Iran cannot be justified and would have catastrophic consequences.


> By Chris Nineham
> Stop the War Coalition
> 11 January 2012

 
 
 
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Publié par le février 1, 2012 dans Asie, guerre et paix

 

Le judaïsme à la dérive par YESHAYA DALSACE

Le judaïsme à la dérive par  YESHAYA DALSACE

ce qu’il faut mesurer c’est que ce qui se passe en israël se passe également partout et en particulier en France avec l’arrivée des rapatriés et le judaisme est en train d’éclater dans des observances et un ritualisme débile, le tout autour d’une confusion avec israël complètement parano…  Bref comme je tentais de l’expliquer dans un texte célèbre dans lequel j’explosais sur les dérives du monothéisme et de tout autre forme de fondamentalisme fasciste associé, je me demande si un peuple qui a survécu 2000 ans dans les pires situation survivra au sionisme,  à une armée, des frontières associé à un fantasme de purification ethnique et de haine de l’autre, justifié par des croyances extravagantes, bref les conditions qui ont fait que l’humanité s’étripe depuis des millénaires…

légende non seulement ils ne font plus rire mais ils le prendraient très mal…
Par YESHAYA DALSACE Rabbin à Paris, rédacteur du site
 juif moderne massorti.com
Les récents heurts avec les ultraorthodoxes en Israël sont à comprendre dans une perspective plus large de radicalisation, révélatrice d’une véritable cassure juive interne qui pourrait bien un jour faire basculer toute la société israélienne. Ces tensions font ressortir deux problèmes majeurs pour le judaïsme contemporain : le rapport entre la loi juive et l’Etat d’une part, et la question de la place de la femme dans la tradition juive d’autre part.

La religion et l’Etat. Le phénomène est complexe, il existe au sein du monde orthodoxe des quantités de nuances pas toujours faciles à comprendre de l’extérieur. L’Etat d’Israël est officiellement laïc mais concède des prérogatives à la religion qui minent le caractère démocratique de l’Etat. Il existe de fortes inégalités de traitement dès lors qu’on touche aux affaires religieuses au gré des coalitions et du poids politique d’un groupe ou d’un autre. La loi de l’Etat a fait du rabbinat orthodoxe le référent obligatoire pour tout ce qui touche au cycle de la vie. Le résultat est une série de situations absurdes, notamment en matière de divorce. Ce rabbinat est aujourd’hui inféodé aux fondamentalistes qui ne cessent de monter en puissance. Les groupes fondamentalistes sont paradoxalement financés par l’Etat, que ce soit directement par des subventions ou indirectement par divers avantages et exemptions.

Le point le plus dangereux touche à l’éducation des enfants ultraorthodoxes, enfermés dans un système sectaire, indépendant des autres écoles, dans lequel les matières générales (mathématiques, langues, histoire…) ne sont pas ou très peu enseignées. Les études n’aboutissant pas au bac, les élèves sont privés de la possibilité de mener des études supérieures, d’acquérir une culture générale et de développer le moindre esprit critique. Le financement public d’un système éducatif aussi rétrograde est non seulement catastrophique pour l’avenir économique du pays, mais il prépare la mort lente de la démocratie israélienne.

Aucun autre pays occidental ne tolère un pareil réseau scolaire. Le récent prix Nobel israélien de chimie Dan Shechtman y a fait allusion en affirmant que tout parent qui prive son enfant de la possibilité d’étudier est un criminel qui devrait être puni pour cela.

Le peuple juif et l’Histoire ont pris le judaïsme de court, le sionisme et la création d’un Etat moderne n’étaient pas prévus. Jusqu’ici, les rabbins ont été incapables de proposer un modèle de judaïsme compatible avec un Etat démocratique. Un tel projet ne peut passer que par une «réforme» du judaïsme que les orthodoxes ne sauraient accepter. La solution pour le moment est celle d’un équilibre fragile entre des forces antagonistes, la religion et la démocratie.

Le mouvement massorti israélien (l’un des trois grands courants du judaïsme, qui se situe entre les libéraux et les orthodoxes) appelle depuis longtemps à la séparation de la religion et de l’Etat ; c’était aussi la position du philosophe Yeshayahou Leibowitz et de quelques autres intellectuels orthodoxes. Mais c’est un point de vue minoritaire dans les rangs religieux. La plupart des rabbins n’ont pas le courage intellectuel de reconnaître que la loi juive a échoué à penser l’Etat moderne.

Les femmes et l’orthodoxie. Dans le judaïsme orthodoxe, les femmes subissent la ségrégation presque naturellement : dans les synagogues, dans les cercles d’étude juive, dans quasiment toutes les formes de vie sociale, y compris les postes politiques. Rien d’étonnant dès lors à ce que l’on étende cette ségrégation aux bus et autres lieux de «promiscuité».

Le fait que chaque juif orthodoxe commence sa journée en prononçant la bénédiction «béni sois-Tu qui ne m’a pas fait femme» n’est pas chose innocente. Il faut se rappeler que le droit de vote des femmes fut imposé par la composante laïque du mouvement sioniste et que les partis orthodoxes n’ont toujours pas d’élus femmes.

Les courants modernistes du judaïsme, après un long travail d’exégèse, proposent un autre modèle, mais sont régulièrement traînés dans la boue. En Israël, ils sont réduits au silence institutionnel.

En France, même si c’est plus discret, le judaïsme institutionnel est confronté à la même montée des extrêmes et à un communautarisme galopant. Le judaïsme français a depuis des années changé de visage. Il ne suffit pas de blâmer les «fous de Dieu» de là-bas, il faut balayer devant sa porte et dénoncer le sexisme, l’obscurantisme et la bigoterie partout où ils se trouvent.

Certes, la racine du problème se trouve dans certaines sources juives, mais le Talmud étant truffé d’autocritique et de débats contradictoires, le danger provient avant tout d’une lecture radicale de ces sources, sans réinterprétation. Si l’on veut produire de l’exégèse permettant l’amélioration de la condition féminine, c’est possible dès lors que l’exégète en a la volonté, y compris dans les rangs orthodoxes.

Des milliers de pages ont déjà été écrites sur tous ces sujets, montrant que le judaïsme n’a pas forcément un visage obscurantiste et n’est pas condamné au triste spectacle qu’il offre actuellement.

 

Michel Onfray et la loi pour interdire la psychanalyse dans l’autisme ou l’intellectuel domestiqué…

Michel Onfray et la loi pour interdire la psychanalyse dans l’autisme ou l’intellectuel domestiqué…

Monsieur Onfray peut  passer pour un homme de gauche, en prétendant voter de ce côté là, en jouant les inspirateurs de l’ineffable Montebourg, le doute nous vient et puis une certitude sur le positionnement : comment occuper le terrain de la provocation et de l’indépendance critique à partir non de l’intérêt pour ceux qui souffrent mais de son nombril, le contraire de la gauche revendiquée. De même il se prétend un intellectuel de haut niveau, c’est un médiacrate à la Bernard Henri Levy, le nouvel académisme et la scholastique qui tuent la pensée critique.  Il a ceci de commun avec BHL qu’outre leur tropisme médiatique et leur carnet mondain, ils n’ont jamais produit un concept, ce qui est tout de même le travail du philosophe. Ce travail devrait nous aider à résister à la servitude dans des temps où cette attitude est de plus en plus difficile à assumer et où la peur règne, peur de perdre son emploi, peur de ne pas être admis, peur des autres. Ce temps est celui de la  peur, celle  du délinquant et du malade, de l’étranger, du pauvre, du jeune et du vieux… Se jeter dans le camp de l’autorité, tout accepter pour ne pas être jeté parce qu’on est pauvre, au chômage, censuré, jeune ou vieux et au bout celui qui dévie sous une forme quelconque. L’intellectuel, le vrai,  donne les mots pour trouver la force de résister, nous faire partager la ”honte d’être un homme” comme le dit primo levi en interdisant de confondre les victimes et les bourreaux. le temps est à tout les négationnismes pour mieux apprendre à se taire..

Ni de gauche, ni intellectuel mais une marionette qui entretient la confusion entre une attitude morale et une morale de l’attitude, dans l’air du temps.

Monsieur Onfray s’est contenté de piller l’histoire de la philosophie à partir de son nombril jouisseur et se croît un hédoniste libéré et libérateur. Mais passons, la France en est à se réjouir d’un tel histrion et à accorder quelques attentions à des best-sellers d’une saison  Monsieur Onfray n’en est pas la cause, il n’en est que le symptôme. Que monsieur Onfray écrive un livre sur Camus pour assassiner l’engagement de Sartre et qu’il en soit rétribué par la couverture dans un magazine, qu’il crache une infamie sur Guy Mocquet, est dans l’ordre des choses… Comme les nouveaux philosophes, il prend la pose  et comme par hasard,  retombe toujours du même côté, celui  où l’on dénonce ceux qui se sont engagés dans le cas de Mocquet contre le nazisme, le colonialisme pour Sartre, en tentant de déshonorer leurs combats, en confondant “stalinisme” et “nazisme”, Jouer les preux chevaliers solitaires de la vérité alors qu’on est aussi entouré de caméras complices qu’un ”dissident” du socialisme. C’est dans l’air du temps et monsieur Onfray adore se vautrer dans le conformisme en feignant une rébellion qui ne gène personne. Le “collabo” n’est pas celui qu’il feint de dénoncer parce que le succès qui lui est fait sur les plateaux de télévision, dans les revues, le transforme en iconoclaste et en vertueux à bon compte.

Monsieur Onfray voudrait-il nous dire comme BHL que le crime ne paye pas, certes mais quand les gangsters sont au pouvoir il faudra bien un jour dire à qui il rapporte.

Voilà des propos bien rudes, mais l’homme les mérite non seulement à cause de Sartre et Guy Mocquet, là la sanction est déjà dans la bassesse de l’attaque, mais ce qui provoque ma colère est son torchon sur Freud dans le contexte d’un assaut du pouvoir contre la psychiatrie. L’opération est toujours la même, comme BHL s’attaquer à un grand intellectuel qui le dépasse de cent coudées . Avec un nombre réduit de références, pas le temps, l’impatience d’être imprimé a des exigences on pond un pavé. Alors pas de concepts mais des anecdotes sur la vie romancée et avec ça prétendre porter l’estocade et donc se hisser à la hauteur de son adversaire ou plutôt sur son cadavre. Quelque chose entre “j’irais cracher sur vos tombes” et l’idée que “nous ne sommes que des nains sur l’épaule de géants”. Voilà le nain se hisse, escalade sous les applaudissements des cuistres pour vendre le best seller d’une saisons et sa minable recension de l’histoire de la philosophie, un livre un jour par copié-collé et le bruit du tiroir caisse qui apaise bien des consciences. Oui tout cela serait risible s’il ne s’agissait pas à travers Freud de servir l’inhumanité à l’égard du malade  et de revenir en fait sur  découverte de freud, développée par Lacan, la dignité du malade, son écoute, la prise en considération de sa parole. Que l’on ne se fasse pas d’illusion, l’influence de monsieur Onfray n’est pas telle qu’on puisse lui attribuer l’origine  de l’attaque contre une psychiatrie humaine, il est tout au plus la vaseline qui aide le viol.

Voilà ce qui explique la publicité accordée à monsieur Onfray sur Freud, le succès accordé à ces publications… Après avoir dit ce que je pensais de ces “intellectuels” dit de gauche de surcroôt qui vont toujours dans le sens voulu  par le pouvoir et ses “chiens de garde”… Je laisse la parole à un commentaire sur la loi visant à interdire la psychanalyse dans l’autisme qui me paraît poser le problème non à partir des âneries de monsieur Onfray mais bien de l’intérêt du malade.

danielle Bleitrach

Une loi pour interdire la psychanalyse dans l’autisme ?

par Jacques HOCHMANN, professeur émérite des universités

 
 Daniel Fasquelle député UMP a déposé un projet de loi visant à interdire l’usage de la psychanalyse dans l’autisme. Que veut-on interdire ?

Une méthode de traitement ? On entend habituellement par psychanalyse de l’autisme, des formes de psychothérapies individuelles ou groupales visant à aider l’enfant à exprimer ses émotions, et à établir un sentiment de continuité entre les événements qui l’affectent. Elles exigent des thérapeutes formés capables de gérer les sentiments parfois déroutants que suscite l’enfant autiste. Elles ne peuvent évidemment s’engager qu’avec l’accord des parents, souvent à leur demande et dans un esprit de collaboration avec eux. Elles ne concernent, pour des raisons pratiques, économiques et d’indications qu’un petit nombre d’enfants.

 
 Le projet a-t-il pour objet d’interdire une méthode d’investigation ? Depuis l’individualisation de l’autisme infantile en 1943, de très nombreux psychanalystes ont étudié la manière dont l’enfant autiste voit le monde, dont il prend conscience de son corps et du corps de l’autre. Ils ont décrit les angoisses que ces enfants expriment verbalement ou non verbalement. Ils ont montré les moyens utilisés par l’enfant pour se protéger contre ces angoisses. Ils ont pu ainsi donner du sens à des comportements insolites. Ils ont également permis de distinguer dans ce qu’on appelle “les troubles du spectre autistique” des positions différentes dans la vie intérieure des enfants.

L’école française a ainsi différencié la position autistique proprement dite, marquée par les troubles de la communication et des conduites répétitives, des “dysharmonies psychotiques”, où dominent les angoisses de séparation et l’invasion de la pensée par des images persécutrices. Ces deux positions n’ont pas le même destin (comme l’ont montré des études longitudinales). Elles ne relèvent probablement pas des mêmes modalités de prise en charge. Dans un but de simplification économique, ces distinctions ont disparu des nomenclatures internationales auxquelles les pédopsychiatres français se sont ralliés en établissant un système d’équivalence avec leur propre classification, afin de rendre compatibles les études épidémiologiques.

Mais l’épidémiologie est une chose, la psychopathologie une autre. La loi doit-elle enjoindre de renoncer à comprendre la psychologie de l’autiste, en se limitant à repérer les critères diagnostiques ? Aujourd’hui, les neurosciences sociales confirment certaines des intuitions cliniques des psychanalystes. Pour progresser dans cette compréhension, des débats sont nécessaires entre cliniciens et chercheurs. Est-ce cette démarche de connaissance qu’on veut mettre hors la loi ?

En fait, la psychanalyse dans le domaine de l’autisme a surtout apporté une certaine forme d’écoute, appuyée sur des théories. Certaines dérives ont été détestables, notamment celle, combattue par de nombreux psychanalystes, qui attribuait la pathologie de l’enfant à un dysfonctionnement inconscient de la mère. Mais cette dérive, déjà condamnée par le Comité national d’éthique et qu’il suffit de corriger par une recommandation de la Haute Autorité de santé, justifie-t-elle une loi ?

Dans la majorité des institutions sanitaires et médico-sociales qui accueillent en France les autistes, l’approche qui prévaut est une approche multidimensionnelle. Elle associe le soin (c’est-à-dire le souci d’aider l’enfant à surmonter ses angoisses et à développer une aptitude à se socialiser et à communiquer de manière autonome), l’éducation (c’est-à-dire le développement des instruments au service de cette aptitude), la pédagogie (c’est-à-dire les acquisitions scolaires et culturelles).

La psychanalyse, avec les sciences de l’éducation, la psychologie sociale, la phénoménologie et, aujourd’hui, les sciences cognitives, forme un ensemble théorique qui aide les professionnels à s’orienter dans leur travail et à se protéger de la routine. En entretenant une activité de pensée, elles contribuent à maintenir créativité et disponibilité. Est-ce cette pensée qu’on veut interdire au profit de méthodes éducatives qui ont leur place dans un programme individualisé, mais qui ne peut représenter l’unique réponse à un phénomène divers dans ses expressions ?

 

Découvrez l’Iran des luttes et de la poèsie : Châmlou, enfant du siècle par Azita Hempartian*

Découvrez l’Iran des luttes et de la poèsie : Châmlou, enfant du siècle par Azita Hempartian*
L’iran ce n’est pas seulement la dictature obscurantiste des mollahs c’est une grande civilisation, des luttes, parmi lesquelles celles de poètes, de communistes engagés à la fois contre le Shah et pour la modernité.

Ahmad Châmlou est l’un des grands poètes iraniens du XXe siècle, qui a bouleversé les règles de l’art poétique et dont l’œuvre engagée trace les évolutions sociales de l’Iran, depuis ses premiers poèmes jusqu’à sa mort…

 

La poésie est le genre littéraire majeur en Iran. Toucher à cet héritage du passé, aux règles traditionnelles de la composition poétique, a longtemps paru inimaginable, voire sacrilège.

 Ce n’est qu’au début du XXe siècle que de jeunes poètes tentent d’autres formes de versification, qui, naturellement font lever les bras au ciel.

 C’est la Révolution constitutionnelle commencée en 1905 qui apporte ce premier courant de modernité dans la poésie persane. Cette révolution, contemporaine de la révolution russe, représente la première tentative pour introduire le peuple sur la scène politique et ouvre de nouveaux horizons aux Iraniens, qui s’interrogent sur le rôle et l’opinion du peuple, et découvrent le concept de démocratie. Concept qui modifie rapidement celui de littérature. La prose devient un genre significatif, et de nouvelles œuvres foisonnent. Quant à la poésie, genre intouchable, ses formes anciennes n’apparaissent plus à même de contenir les idées neuves.

 Avec la Première Guerre mondiale, la situation intérieure du pays est de plus en plus perturbée, et des mouvements sociaux de diverses tendances se manifestent aux quatre coins du pays. L’un des plus notoires est le Mouvement constitutionnaliste Jangali (“forestier”), dirigé par Mirzâ Kuchek Khân, dans le nord du pays, qui attire le poète Nimâ Yushij.

 Deux décennies de troubles et de bouleversements sociaux, à l’aube du XXe siècle, font naître de nouvelles idées, au sein desquelles voit le jour la poésie de Nimâ, ancien élève de l’école Saint-Louis de Téhéran, où il avait appris le français et découvert la littérature française. Son deuxième recueil Nimâ, Afsâne , publié en 1921, marque un tournant dans l’histoire de la poésie persane : non seulement la forme est entièrement neuve et originale, mais la métrique aussi est nouvelle.

 En 1925, un an après la publication du Premier Manifeste du surréalisme, Ahmad Châmlou naît à Téhéran. Nimâ continue ses expériences poétiques et s’occupe de l’enrichissement de l’esthétique interne de la poésie, sans toutefois accéder encore à son style propre. Les poètes contemporains de Nimâ composent des vers dans les formes anciennes, sur des thèmes désuets ou quelquefois sur des sujets d’actualité sans grande portée, comme l’invention de l’avion ou du char d’assaut. Nimâ, aussi bien dans les milieux littéraires que dans ses écrits, les tourne en dérision.

 Dans les années 1930, la société iranienne s’évertue à s’adapter aux aspects modernes de la nouvelle civilisation et essaie de rattraper plusieurs siècles de retard. L’Université est fondée, et les réseaux de transport sont développés et modernisés. La mode vestimentaire est uniformisée, et il est interdit aux femmes de porter le hijab traditionnel ; par contre, elles acquièrent le droit aux études et au travail. Cette époque coïncide également avec la montée de la répression et de la dictature de Rezâ Pahlavi, empereur d’Iran. Vers le milieu de cette période, les membres du premier groupe communiste d’Iran, le parti Toude, sont arrêtés et incarcérés. Le gouvernement de Rezâ Pahlavi a décidé de collaborer avec le IIIe Reich, et nombre de conseillers allemands travaillent en Iran.

 Dans ces années, Châmlou, lycéen, vit avec son père, militaire, et sa famille dans les régions de l’est de l’Iran. Sa vie ressemble à une odyssée, à une sorte de voyage à travers des univers infernaux. En épigraphe à son œuvre complète, il écrit : “Mes œuvres sont une biographie complète. Je crois en cette vérité que la poésie n’est pas des conceptions de la vie, mais la vie elle-même[1] , Et à juste titre on peut détecter la trace des évolutions sociales de l’Iran dans la poésie de Châmlou, depuis ses premiers poèmes jusqu’à sa mort. Adolescent, il s’intéresse à l’Allemagne fasciste et partage la haine chronique des Iraniens envers la Grande-Bretagne et ses ingérences. Le jeune Châmlou ayant adopté la devise “l’ennemi de mon ennemi est mon ami”, il opte pour les idéaux nazis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Alliés, notamment les forces américaines, russes et britanniques, envahissent l’Iran, et Rezâ Shâh est détrôné et exilé. Châmlou, âgé alors de seize ans, participe avec passion aux activités sociales et politiques, et défend ses convictions fascistes jusqu’à ce que les Alliés l’arrêtent et le jettent en prison, où il reste quelques mois. Après sa libération, il s’adonne sérieusement à la poésie, activité qui ne le lâchera plus jusqu’à la fin de ses jours.

 Avec la fin de la Seconde Guerre mondiale, ses convictions subissent un rude coup, et il s’éloigne rapidement de ses convictions d’antan. Ce n’est ni par crainte, ni pour se ranger aux opinions les plus répandues, mais parce qu’il réalise alors la fausseté de ses certitudes d’adolescent. Par la suite, il reniera plusieurs fois ces idées et immolera le jeune Châmlou dans ses poèmes pour faire naître un nouvel homme. Son premier recueil, Les Mélodies oubliées  Âhang-hâ-ye farâmush shode), paraît après la guerre. Ce sont des poèmes marqués d’un lyrisme romantique et qui reflètent ses tendances politiques de jeunesse. Le poète, qui, peu après la publication de ce recueil, avait tué en lui l’homme des Mélodies oubliées, ne consentira jamais par la suite à la réimpression de ce recueil et en parlera toujours comme d’un mort renié et rejeté ; il refusera de le reprendre dans ses œuvres complètes.

Les changements survenus dans ses idées poussent rapidement Châmlou vers les idées de gauche et vers la poésie de Nimâ. Il adhère au parti Toude, principal formation de gauche d’Iran. Il reprend l’étude du français, qu’il avait commencée au lycée. Plus tard, par le biais de cette langue, il découvre les chefs-d’œuvre de la littérature mondiale et en traduit même quelques-uns en persan. Le poète noir américain Langston Hughes, les Grecs Yannis Ritsos et Iakovos Kampanellis, le Hongrois Zoltan Zelek, les Français Alain Lance, Jacques Prévert, Paul Eluard, Jean Cocteau, Pierre Reverdy et Paul Fort, l’Allemand Bertolt Brecht, l’Espagnol Federico García Lorca et bien d’autres poètes.

 La tendance sociale de Châmlou donne rapidement une autre couleur à sa poésie, et les poèmes réunis dans Déclaration ( , Qat’nâme) (1950-1951) en portent la marque. Dans ce recueil, Châmlou se révèle comme le poète de la rue et de l’usine. Il compose pour le peuple qui souffre, mais qui lutte contre la dictature et pour s’affranchir de son joug.

 Vers la fin des années 1940, Châmlou se rapproche considérablement de Nimâ, au point qu’il rédige une préface à la nouvelle édition d’Afsâne. Ses poèmes voisinent d’une façon étonnante avec l’idéal poétique de Nimâ. Et bien que Châmlou soit toujours affilié au parti Toude, des changements se font sentir.

 Il découvre les œuvres des poètes modernes français, comme Aragon, Eluard et Prévert. Les œuvres de ces poètes dont la plupart avaient adhéré comme Châmlou au Parti communiste témoignent de la naissance d’une poésie sociale et avant-gardiste. Les poèmes que compose désormais Châmlou sont réunis dans un recueil intitulé L’Air frais ( , Havâ-ye tâze) (1947-1956). Après le coup d’Etat de l’armée iranienne fomenté par l’Amérique en 1953, tous les membres et sympathisants des organisations de gauche et nationalistes sont traqués ou incarcérés. Parmi eux se trouvent Nimâ et Châmlou. Certains poèmes de L’Air frais, sont écrits dans la prison Qasr, à Téhéran.

 Les poèmes de ce recueil peuvent être répartis en deux groupes. Premièrement les œuvres composées suivant les formes nimâyennes, dont certaines sont des plus réussies comme L’Oiseau de pluie ( , Morq-e bârân), Les Nocturnes ( Shabânehâ), De la blessure du cœur d’Abaï , Az zakhm-e qalb-e Âbâï). En second lieu, des poèmes qui s’éloignent rapidement de la forme nimâyenne pour se rapprocher de plus en plus du vers blanc. Dans une lettre à Châmlou, Nimâ ne cache pas son aversion quant à la publication de ce genre de poèmes. Dans ce recueil, Châmlou exprime sa grande colère vis-à-vis du climat traditionnel qui prévaut dans la poésie contemporaine et attaque violemment les partisans de la tradition, qu’il décrit comme de pauvres pitres. Dans le poème intitulé Le Dernier Mot ( , Harf-e âkhar), il se compare à Vladimir Maïakovski, tout en soulignant cependant qu’il ne se suicidera pas comme lui, mais abattra en revanche l’as de la poésie sur le tapis vert et que son apparition signifie la mort des traditionalistes.

Moi je ne suis ni Fereydun,
Ni Vladimir qui
Mit une balle, comme point final
A la phrase qui était sa tranche d’histoire
Moi je ne me rétracte
Ni ne meurs.
Car moi qui suis A. Aube[…]
Au milieu de votre table de jeu, de vous, maquereaux de magazines des vers somptueux
J’abattrai l’as du cœur de ma poésie, moi[ [2]

 En rupture perpétuelle, Châmlou croit à la révolution permanente, et toute tribune est bonne pour exprimer cette rupture. Il n’est donc pas surprenant qu’il utilise, comme beaucoup de poètes et d’écrivains, l’outil que représente la presse. Dehxodâ[3, Bahâr[4], Nimâ[5], Hedâyat[6] et bien d’autres avaient trouvé dans la presse un moyen apte à répercuter leurs pensées. Très rapidement, Châmlou accède à son style journalistique propre, de sorte qu’aujourd’hui on peut parler du “journalisme à la Châmlou”.

    Aussi rapidement, il se rend compte du vide de la vie culturelle de la société iranienne. Il constate que Nimâ n’arrive même pas à se faire publier dans les magazines littéraires, que les idées neuves de Hedâyat sont toujours méconnues, que la critique littéraire est inexistante, que les salles de théâtre et de concerts restent tristement désertes, que le dialogue intellectuel, intelligent et sain autour de la pensée nouvelle, moderne, si l’on ose dire, demeure impossible.

 L’ignorance, l’indigence, la vieillesse et la suprématie de la culture orale sont des obstacles tenaces face à la culture écrite.

      Châmlou commence son travail de journaliste en écrivant dans la presse du parti Toude ou bien dans des revues indépendantes. Rédacteur en chef ou simple collaborateur, il s’avance pas à pas pour établir des contacts avec ses lecteurs. Il engage ces rapports d’abord avec l’intelligentsia puis avec le grand public, lecteur des journaux à grand tirage. Faisant fi des idées générales, Châmlou n’hésite pas à écrire pour exprimer courageusement ses idées dans les journaux du soir, à la solde du régime et de ses agents de censure et bien sûr mis à l’index par les “intellectuels”. Cinéma, radio, tribune des salles de conférences, peu importe le moyen tant qu’il sert à diffuser la culture auprès du peuple et du commun des gens. Alors que les intellectuels boudent ce genre de médias, Châmlou les utilise. Il explique ainsi les raisons qui l’ont motivé à faire du journalisme :

[…] J’ai sorti plusieurs revues, journaux et magazines, certains n’ont vécu que le temps d’un numéro, d’autres sont allés jusqu’à sept, dix et même trente numéros. Ils arrêtaient de paraître soit parce que la censure s’y opposait, soit parce qu’on manquait d’argent. […] La raison principale qui m’a poussé à faire du journalisme était toute simple : publier Nimâ. Un de ces magazines, Râd, était chapeauté par un des grands quotidiens. Il nous avait accordé le droit de sortir notre magazine sans frais, mais nous devions publier un message publicitaire pour lui. Nous ignorions tout sur le contenu, et naturellement nous ne touchions pas un rond pour la publicité. Et devinez le contenu ? Un communiqué de la part de la corporation des bouchers ! Figurez-vous : un magazine comprenant un poème de Nimâ, la traduction du Corbeau d’Edgar Alan Poe, une ode de Shahryâr et sur la dernière page, un communiqué de la corporation des bouchers ou des tripiers ! On avait ces problèmes, mais bon il y avait la jeunesse et l’enthousiasme […][7]

Beaucoup plus tard, après avoir dirigé plusieurs revues et passé un peu plus d’un an en prison pour avoir été rédacteur en chef d’Âtashbâr , revue antimonarchique, Châmlou publie une petite revue, Âshenâ, qui doit préparer le terrain pour la parution d’un trimestriel littéraire destiné à l’élite intellectuelle. Dans l’éditorial du premier numéro, il fait part de son but :

[…] Avec mes vingt années d’expérience dans le métier, je lance un hebdomadaire littéraire digne de ce nom[8] .

 Dans les années 1950 et 1960, l’art nouveau n’est pas encore solidement ancré. Deux courants antagonistes, tradition et modernité, s’affrontent, et chacun veut établir sa légitimité.

 Pour les cercles littéraires, partisans de la vieille tradition littéraire, la nouvelle poésie et tout ce qui est nouveau en général est dénoncé avec beaucoup d’hostilité comme profane, et leurs revues débordent de pamphlets et d’insultes contre la poésie, la peinture, la musique et le théâtre modernes.

 Par ailleurs, le renouveau culturel, on l’a vu, va de pair avec les activités politiques des organisations opposées au despotisme et à l’intégrisme réactionnaire, et à la longue les hommes de plume sont pris dans l’engrenage politique.

 Très tôt, Châmlou se rend compte de cet état de choses, se tient à l’écart des jeux politiques des groupes et des partis et, se concentrant sur les démarches individuelles, il essaie de distinguer la culture de son peuple du tapage et des activités stériles des groupes politiques. Il choisit donc la voie de Nimâ et de Hedâyat, fait sienne leur modernité culturelle dans leur lutte contre le despotisme intellectuel, l’arriération sociale et l’ignorance. Suivant Hedâyat[9], il s’intéresse à la culture traditionnelle de l’Iran et ébauche une encyclopédie de la culture populaire, Ketâb-e kuche ( , Le Livre de la rue). Cet ouvrage a une histoire mouvementée. Laissons la parole à Châmlou. Dans la préface de Ketâb-e kuche, il écrit :

J’avais douze ans quand mon grand-père maternel m’apprit l’usage du dictionnaire. Dès les premiers jours, il m’expliqua que tous les mots ne figurent pas dans les dictionnaires et les mots “à usage du commun des mortels”, pour reprendre ses termes, ne figurent pas dans les dictionnaires… Je ne sais pas exactement la raison, mais sans aucune méthodologie, je pris l’habitude de prendre des notes et je me livrais à cette pratique pendant plus de vingt ans, jusqu’à ce que toutes mes fiches fussent confisquées avec le reste de mes livres et manuscrits, lorsqu’on vint m’arrêter en 1953. Une deuxième fois, je dus tout laisser pour m’exiler et ainsi tous ces efforts partirent en fumée[10] 29 Tout en publiant en feuilleton son dictionnaire populaire dans les revues qu’il dirigeait, Châmlou a utilisé ces termes et expressions dans ses écrits. Et beaucoup de ses poèmes célèbres doivent leur popularité à des mots que le poète a su exploiter savamment. Des œuvres comme Pariâ ) ou Les Filles de Mère Mer ( , Dokhtarân-e Nane Daryâ) sont des exemples de l’expression des idées sociales dans un langage poétique.

 Le poète utilise également ce langage dans ses traductions de Jacques Prévert ou de l’Américain Langston Hughes, chanteur compositeur noir qui dénonce la discrimination raciale.

 Il ne faut pas croire cependant qu’Ahmad Châmlou considérait les traditions et les us et coutumes comme sacro-saints ; il croyait qu’il faut les conserver pour la mémoire collective, mais qu’avec l’évolution de la société et des relations sociales, ces coutumes aussi évolueraient.

 Il est surprenant et révélateur en même temps de savoir que ce même passionné du patrimoine populaire et artistique s’acharne sur un des plus grands poètes persans, Firdowsi, auteur du Shâhnâme (Le Livre des rois). Dans une conférence, intitulée “Le processus de l’intellectualisme en Iran du XXe siècle”, prononcée en mars 1990 dans le huitième colloque annuel consacré à la recherche et à l’analyse de l’histoire de l’Iran, à l’université de Berkeley, il remet en question le mythe de Kaveh, le forgeron qui a libéré l’Iran de Zahâk, roi d’origine arabe qui avait usurpé le trône et nourrissait de cervelles de jeunes Iraniens les vipères qui avaient poussé sur ses épaules sous l’effet des baisers de Satan.

 Comment un poète qui prend dans ses poèmes Kaveh et son fameux étendard comme symboles de résistance des démunis et des pauvres – et recourt donc au mythe du Shâhnâme –,

Ils s’épanouissent dans la forêt sans printempsIls donnent des fruits sur des arbres sans racinesLes enfants du bas-fondLes enfants du bas-fondLe gosier ensanglanté, ils chantent, ils agonisentIls portent un grand étendardLes Kaveh du bas-fondLes Kaveh du bas-fond[11].

 comment lui qui a choisi les prénoms de ses fils dans le Shâhnâme et qui n’aime pas “son petit nom arabe” sauf quand il est prononcé par la bouche de sa bien-aimée, comment s’en prend-il à ce mythe et présente-t-il Kaveh comme un voyou de quartier qui lèche volontiers les bottes des rois ? Il le compare d’ailleurs dans son discours à Sha’bân bimokh, gros bras et voyou, qui a commis des atrocités au moment du coup d’Etat américain contre Mosadeq dans les années 1950. Dans une longue partie de son discours, Châmlou dénonce le despotisme, la monarchie et les injustices sociales. Mais avait-il vraiment besoin de s’en prendre au père de la langue persane et à son livre presque sacré pour exprimer ses idées ? D’ailleurs nombreux sont les Iraniens qui, tout en reconnaissant son génie, ne lui ont jamais pardonné cette bavure. La réponse est claire quand on sait que Châmlou est un poète moderne toujours en quête de rupture, qui a fâché son maître, le grand Nimâ, lorsqu’il l’a dépassé en supprimant la métrique nimâyenne et en créant le vers blanc[12]

En mettant le doigt sur cette certitude et cette fierté nationale, il soulève une question importante : la certitude est dangereuse et la vérité, très vulnérable.

 Vous n’avez pas le droit de peu savoir, vous n’avez pas le droit de déraper, vous n’avez pas le droit de vous tromper, car seuls les fous peuvent prendre leurs illusions pour pure vérité et se moquer entièrement des erreurs probables[13] .

Pendant toute sa vie (1925-2000), Ahmad Châmlou a mené une lutte inlassable contre tout ce qui est vieux, vulgaire, contraignant et inhumain. Peut-être Rimbaud s’est-il adressé à lui en lui disant qu’il fallait être absolument moderne et l’a-t-il ainsi engagé à suivre cette voie ? Châmlou n’a jamais hésité à affronter les tabous : le tabou de la mort, le tabou du parti nouveau[14] le tabou de la forme poétique archaïque et millénaire, le tabou du pouvoir hégémonique et absolu. Il a lutté toute sa vie contre tout ce qui voulait lui imposer une domination injuste et n’a baissé le front que devant l’amour, l’amour individuel et public.

Ni juste ni beau n’était…
Ni juste ni beau n’était
Le monde
Avant que nous n’entrions en scène
.Nous avons pensé à l’inaccessible justice
Et la beauté
Fut[15] 

Notes

[ *] Titulaire d’un DEA de littérature française, membre du corps académique iranien, elle est interprète et traductrice. Elle a traduit de nombreux textes d’archéologie, mais aussi des romans français en persan (ceux de Romain Gary et de Jean-Marie Gustave Le Clézio en particulier) et une œuvre d’Italo Calvino. Elle a été l’interprète de plusieurs conférences internationales (notamment de celles organisées par l’Institut français de recherche en Iran).Retour

[ 1] Ahmad Chamlou, O.C, épigraphe, sans page, Téhéran, Négâh, 2005. (Toutes les notes sont de l’auteur.)Retour

[ 2] Le Dernier Mot (Harf-e âkhar,  ) in L’Air frais ( , Havâ-ye tâze), œuvres complètes, p. 287.Retour

[ 3] Ali Akbar Dehkhodâ, intellectuel iranien, fin XIXe-début XXe siècle, connu pour sa grande Encyclopédie, mais aussi pour ses écrits dans différents journaux et revues.Retour

[ 4] Malek-o-sho’arâ Bahâr, prince des poètes, grand poète du XXe siècle, militant de la démocratie et de la justice sociale par ses écrits dans la presse de l’époque.Retour

[ 5] Ali Esfandiyâri, alias Nimâ Yushij, père de la nouvelle poésie persane, proche collaborateur de la presse littéraire et engagée.Retour

[ 6] Sâdegh Hedâyat, grand écrivain du XXe siècle, auteur de La Chouette aveugle, l’un des premiers romans surréalistes, collaborateur de la presse écrite pour lutter contre les injustices sociales, mais aussi auteur d’articles littéraires. Il mit fin à ses jours à Paris.Retour

[ 7] Zamâneh , n° 1, spécial Ahmad Châmlou, octobre 1991.Retour

[ 8] Âshenâ, n° 1, 1957.Retour

[ 9] Sadgeh Hedâyat (1903-1951) est l’auteur de Neyrangestân ( , Pays de fourberie), 1933, ouvrage ethnographique où il a réuni certaines croyances et coutumes populaire.Retour

[ 10] Châmlou Ahmad, Ketâb-e Kuche (Le Livre de la rue), tome I, première édition, Nashr-e Mâzyâr, 1978, p. 14.Retour

[ 11]  (Bachehâ-ye ‘A’mâq, Les Enfants du bas-fond), in  (Tarânehâ-ye kuchek-e qorbat, Petites chansons d’exil), œuvres complètes, p. 806.Retour

[ 12] Poème inspiré du point de vue forme de la versification des traductions des poésies occidentales et fondé sur le rythme intérieur sans tenir à la prosodie et à la métrique de la poésie persane.Retour

[ 13] Ahmad Châmlou, “A quel point la vérité est-elle vulnérable”, in Shenâkhtânâme-ye Shâmlou, Ahmad Mojâbi, deuxième édition, Nashr-e Qatre, 1998, p. 516.Retour

[ 14] Le Parti Toude (communiste).Retour

[ 15]  (Na ‘âdelâne na zibâ bud…, Ni juste ni beau n’était…), in  (Dar âstâne, Au seuil), œuvres complètes, p. 983.Retour

POUR CITER CET ARTICLE

Azita Hempartian « Châmlou, enfant du siècle », La pensée de midi 1/2009 (N° 27), p. 144-153.
URL : www.cairn.info/revue-la-pensee-de-midi-2009-1-page-144.htm.

* Titulaire d’un DEA de littérature françaisen membre du corps académique iranien, elle est interprète et taductrice. Elle a traduit de nombreux textes d’archéologie, mais aussi des romans français en persan ( ceux de Romain Gary et de Jean Marc Gustave Le Clezui en particulier) et une oeuvre d’ Italo Calvino. Elle a été l’interprète de plusieurs conférences internationales ( notamment de celles irganisées oar l’Institut français de recherche en Iran. 

 
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Publié par le février 4, 2012 dans Asie, civilisation, litterature

 

Y a-t-il un vote qui ne soit pas inutile ? par Danielle Bleitrach

Y a-t-il un vote qui ne soit pas inutile ? par Danielle Bleitrach

En ce moment, il est un sujet de conversation auquel on ne peut échapper, vous ne l’ignorez pas : “le vote utile”. D’abord sachez, mais je vais m’en expliquer, qu’il  me donne envie de fuir dans une île déserte où je me repasserai en boucle quelques chefs d’oeuvre du film politique, par exemple le cuirassé Potemkine. A la différence près qu’en ce moment je ne peux même plus aimer la marine.

Oui mais je reverrai ces plans en contre plongée qui décrivent l’oppression, comme cette bâche que l’on jette sur les révoltés pour les exécuter et le cri “Frères sur qui allez vous tirer?” et l’écran saturé de marins qui se rejoignent refusent de s’opposer les uns aux autres et se retournent contre les oppresseurs et leurs valets. Un montage superbe, pas un geste inutile, tout fait sens, tous les objets, les regards sont politiques: une Révolution dans l’art et dans la vie… pas de bavardage, des hommes gorgés d’humiliation prennent le pouvoir et dénoncent les symboles de l’oppression, font passer par dessus bord ceux qui se croyaient puissants et avaient sur eux droit de vie et de mort.
Oui une représentation du politique, du peuple dégraissé de tout bavardage… Le contraire de cette question obsédante à laquelle on ne peut échapper: “le vote utile!” Utile à qui et pourquoi? Comment leur dire à tous ce qui m’obsède, ce n’est pas le vote utile c’est que par rapport à la situation dans laquelle nous sommes, cette crise qui a déjà pris les plus faibles dans son tsunami, ces guerres criminelles et stupides, ce chaos de la vague qui noie les être humains dans ses eaux noires chargés de détritus, existe-t-il un vote qui ne soit pas inutile ?

C’est ça mon problème pas le vote utile, trouver une vote qui ne soit pas inutile. Le contexte n’est plus celui du cuirassé Potemkine, il est revenu au temps où le cinéma est un décor, une baraque foraine, tréteaux. Le spectateur juge la prestation de l’acteur, comme dans les premiers films muets, l’assassinat du duc de Guise en costume d’époque, avec postiches et roulements d’yeux, poignards dressés et le puissant duc s’effondre: “il est plus grand mort que vivant” dit l’écriteau.

Mes amis s’inquiètent, nous dinons ensemble au restaurant, l’un d’eux interrompt la dégustation se tourne vers nous et déclare : “Melenchon est excellent, je crains qu’il ne divise les voix de Gauche, il faut voter utile, ne pas se retrouver devant le choix de 2002 et réélire Sarkozy pour éviter Le Pen”… Un grand classique de la démocratie, Nous sommes dans une représentation du politique qui s’est figé autour du mitterrandisme, de ses jeux comme dans Pater, le film d’Alain Cavalier, en moins subtil. le politique est le reflexe conditionné trés scolaire:   type 5e république. On nous rejoue la france et ses riches heures  juste avant que la République  ne soit engloutie dans le fédéralisme européen. On nous rejoue les grandes heures citoyennes de la III e Répiblique, cela fait songer à un de ces tableaux des planches illustrées du petit Larousse de mon enfance, ces vignettes intrigantes: les énervés de jumièges, Pasteur soignant la rage, l’excommunication de Robert le pieux… L’Histoire de france telle que l’a voulue la France jacobine de la III e République du père Lavisse, la france éternelle du baptême de Clovis à Jules ferry en passant par Charlemagne et Jeanne d’Arc. Avec ses dramatisations d’opérette… 2002 et l’élémination du candidat de gauche sont entrés dans l’histoire, l’illustration, la fuite de Jospin, cette sympathique fripouille de Chirac autour duquel nous faisons corps de la nation nous tient désormais lieu de pensée, d’analyse concrète d’une situation concrète.

Elle évite de se poser la question qui me taraude: “Y a-t-il un vote qui ne soit pas inutile”. Je la repousse dès qu’elle me vient à l’esprit et je préfère poursuivre la discussion,  peut-être si j’étais réellement honnête, si j’avais de la considération pour mes amis, peut-être qu’alors  je me léverais et  je prendrais mon manteau en sortant sans dire un mot pour me ballader dans la nuit en tentant de réfléchir au problème. Je le ferais si j’avais quelque pouvoir d’action, si il y avait une seule de mes paroles ou de mes gestes qui puisse changer ce qui est et sera…

Nous sommes dans le divertissement, souvenez-vous de ce que décrit Pascal: cet homme écrasé de douleur par la perte d’un enfant chéri qui voit tourner une toupie et pour quelque seconde en la suivant des yeux oublie tout. Cette futilité est pour lui le fond de l’humanité, la manifestation de son impuissance devant l’immensité de l’univers et sa chétive épopée d’éphémère. Il est des moments où pourtant l’être humain atteint je ne sais quoi… Ce que décrit le cuirassé Potemkine et qui toujours m’arrache des larmes de douleur et de bonheur: “frères on ne tire pas sur un autre marin”.. Quand vous avez frôlé ne serait-ce qu’une fois cet oubli de soi dans les autres, dans l’autre, qu’il s’agisse de l’amour, de l’amitié ou de l’action collective totalement désintéressée vous savez ce qu’est “l’utilité”

Faut-il que je quitte cette tablée chaleureuse parce que je ne peux pas répondre honnêtement à ma propre interrogation: “y a-t-il un vote qui ne soit pas inutile?” L’utilité est ce qui pousserait tout à coup ceux qui m’entourent à vaincre la peur, peur de perdre son emploi, peur du lendemain,peur de la violence, peur de je ne sais quoi… Et à refuser l’humiliation, la division, le mépris, le sauve qui peut.. “Frères sur qui allez vous tirer ?”Est-ce que cette victoire, chasser Sarkozy, refuser la haine de le Pen les aidera à enfin pousser ce cri libérateur ? Ou au contraire ce résultat des urnes poursuivra la lente agonie d’une société devenue un cadavre dont on refuse de voir les vers, et celui que nous auront élu comme le médecin du bord déclarera qu’il n’y a pas la vermine, un aveugle servile derrière les verres de son lorgnon ? Et il nous forcera au moins pour un temps à ingurgiter cette soupe que l’on ne donnerait pas à un chien.. parce qu’il pensera qu’il suffit de ce jeu de tréteau, de ces prestations à la télé avec sondages, pour nous faire tenir tranquille et avaler n’importe quoi.

Comme je n’ai pas de réponse, je continue à rester dans ce restaurant ou à chaque table on discute du “vote utile”… dehors on me dit qu’il y a des SDF malgré le froid.. Mais j’y suis habitué au point que j’ai honte de ce rappel, d’oser parler de cela me donne honte de moi,  je me sens comme une dame patronesse du politique.Décidemment la vieille ne veut pas mourir et la vie en elle est comme les images d’une révolution sans parole ou plutôt sans bavardage…

 
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Publié par le février 3, 2012 dans mon journal

 

Le négationnisme et le souvenir, la civilisation humaine ou le décrochage des fantômes par danielle bleitrach


femme Victime à Ravensbrück

Pourquoi ai-je un jour ressenti cette rupture avec l’engagement d’une vie ? Au point de regarder aujourd’hui avec un ennui incommensurable l’agitation politicienne ? ce fut à cause de certaines réflexions de Fidel Castro, qui pratiqua disons le relativisme négationniste et fit la courte échelle à un escroc conspirationniste d’extrême-droite. Ce n’était rien en regard de ce que continue à représenter ce dernier géant mais cela m’a brisé le coeur.Le coeur, dont on parle comme siège de la compassion et du courage, les qualités que j’espère ne pas avoir perdues mais qui désormais ne se réveillent plus face à la politique. Il ne reste plus que l’Histoire, celle dans laquelle je peux espérer oublier ces mots d’un vieillard pour retrouver le grand utopiste aux ailes de pierre, les rochers d’une ile verte que j’ai tant aimée et dont le souvenir est en moi comme une écharde.

Hier en présentant son livre de mémoire, Fidel Castro a expliqué que notre devoir à tous était de lutter jusqu’à l’ultime minute de notre vie. Il a raison et sa phrase rejoint celle que ne cessait de me répéter mon époux en citant Hugo “Seuls ceux qui luttent vivent”. Mon époux est mort en s’inquiétant et en me demandant si j’avais bien donné sa signature pour les combattant de Soweto. Pourquoi faut-il que l’on m’ait condamnée à racler la terre et la jeter sur les morts dont on a refusé l’ensevelissement ? Pourquoi m’a-t-on désormais rivée à ce geste absurde, est-ce que je l’avais mérité?

Ce jour,  il y eut cette déchirure qui ne cesse de s’approfondir parce que si LUI est capable de ça, imaginez les autres. Je n’ai plus confiance. Cette rupture a peut-être à voir avec mes origines, mais je vous prie de considérer que le mal va bien au-delà, elle est ce qui m’unit à l’humanité, à mes proches, à vous tous jusqu’aux confins de la planète.

Un autre jour, alors que j’étais membre du Comité central, il y avait eu la profanation de Carpentras. j’attendais un reflexe de la part de la direction communiste, l’ordre du jour se déroulait sans que personne ne fasse allusion à cette exhumation du cadavre d’un vieillard juif. Je demandais la parole et je tentais d’expliquer l’importance de ce fait divers. J’avais conscience de prononcer des paroles  oniriques un peu comme en ce moment: mais de quoi elle cause cette folle, alors que l’essentiel c’est la prestation télévisuelle de melenchon ou de Hollande, les points du dernier sondage. Je débutais  par du Leroi-Ghouran le grand paléonthologue et je racontais comment l’art est contemporain, dès l’homme de Néanderthal, de l’outil et de l’ensevelissement des cadavres. L’humanité, la mémoire, la matrice de l’histoire, tout commence avec le souvenir qui est celui des morts, de là part  peut-être la science, l’éthique, la recherche de vérité et de fidélité. Le souvenir est avant tout celui des morts. Toute civilisation organise à sa manière ce qu’on peut appeler le culte des morts. Une mémoire apaisée est celle qui calme la présence des morts autour de nous.

Quelque chose s’est passé qui a rompu la chaîne, peut-être est-ce du à l’urbanisation, pour la première fois aujourd’hui de l’histoire de l’humanité le nombre des gens vivant dans les villes a dépassé le monde rural, celui des villages avec en france sa mairie, son école et son monument au mort. Ce monde urbain est-il “le pire des mondes possibles” avec ses gigantesques conurbations, ses masses de déshérités, immigrés venus à la ville non pour y fournir de la main d’oeuvre industrielle mais pour s’entasser dans de gigantesques bidonvilles, l’humanité inutile, désoeuvrée, celle des laissés pour compte vivant de détritus.L’humanité que l’on jette et qui vit de ce que l’on jette.

 L’inhumanité, l’angoisse qui est la notre a sans doute à voir avec la négation de la mort et nous avançons au milieu des fantômes au point d’être incapables de réclamer la paix alors même que nous avons déjà accumulé le potentiel d’armes suceptible de nous autodétruire. Etre capable par désoeuvrement d’aller sortir un vieillard mort de sa tombe pour jouer avec son cadavre était un acte gratuit de pure méchanceté qui revendiquait l’anéantissement.

Mes camarades ont immédiatement compris ce que je tentais de le dire et il fut décidé de participer à la commémoration nationale de Mitterrand et d’y apporter la force militante que représentait alors le parti. Nous fûmes à l’unisson de ces vagues humaines qui déferlèrent pour dire leur indignation. Il ne s’agissait pas des Juifs, ni même des Français mais de l’humanité, de sa capacité à se souvenir et de sa trace  et de la vie. Personne ne peut avoir en mémoire tous les morts de l’humanité, ils sont à peu près équivalents au nombre de vivants aujourd’hui sur la terre et peut-être ce chiffre signifie-t-il que nous sommes désormais incapables d’accepter les vivants. De tous ces êtres humains qui depuis des millénaires se sont succédés nous sommes les descendants et chaque groupe humain avait l’habitude de pratiquer le culte de son groupe pour nous délivrer tous de leurs fantômes. Ce vieillard inconnu nous ramenait à notre origine depuis les temps préhistoriques.

  Souvenez-vous Antigone  qui préfère être enterrée vive que de refuser à son frère la bénédiction de l’ensevelissment. malgré la loi de Créon, le despote, elle revendique la loi humaine, le respect du mort.

Auschwitz et à sa manière Hiroshima furent des événements extrêmes dans cette longue histoire de l’humanité, celle où l’on refusa massivement à des êtres humains le droit à la viie mais aussi à une sépulture. Le moment de la jonction du nombre d’êtres vivants avec tous les morts qui les avaient précédés et celui du possible anéantissement de l’espèce.

Accepter le négationnisme c’est refuser à ma “race” , en fait le groupe humain parmi d’autres par lequel j’accède à l’humanité, l’ensevelissement et me transformer en Antigone face à Créon.   Je dois enterrer mon frère même s’il y a bien longtemps que je n’appartiens plus à sa famille. je pense à la protestation de Jankelevitch : “le crime d’être juif est un crime inexpiable. Rien ne peut effacer cette malediction: ni le ralliement, ni l’enrichissement, ni la conversion. L’insulte allemande, l’insulte qui piétine, utilise les cheveux de la femme comme une chose minérale, cette insulte infinie est donc purement gratuite; cette insulte n’est pas tant “méprisante” que méchante, car son but est d’avilir et de dégrader pour nihiliser. Un tel acharnement a quelque chose de sacral et de surnaturel, et nous n’insisterons pas davantage, puisque Jules Isaac l’a fait avant nous(1), sur le rôle qu’a pu jouer ici une éducation religieuse immémoriale. si le préjugé du “peuple maudit”, du peuple “déicide” et coupable d’une faute originelle est profondément gravé dans l’inconscient collectif, c’est bien l’Allemand, en fait, qui s’est chargé de l’annihilation des réprouvés. Et ainsi l’extermination des Juifs est le produit de la méchanceté pure et de la méchanceté ontologique, de la méchanceté la plus diabolique et la plus gratuite que l’histoire ait connue“.

Jankelevitch insiste sur le fait que tous les crimes racistes ou de classe ont eu l’exploitation pour but mais là le crime est gratuit et devient la matrice de l’anéantissement de l’humanité par elle-même. J’ai toujours refusé de sacraliser l’extermination des Juifs, j’ai au contraire toujours tenté de les réintégrer dans l’Histoire humaine qui pour moi était celle de la lutte des classe, de l’émancipation. A Auschwitz même si 90 % des suppliciés étaient des juifs, il y avait les Roms, d’autres peuples, des communistes. les Roms c’est important, il y avait enfin une raison à ce que Jankelevitch décrit comme une méchanceté gratuite, ce qui était rejeté était le nomadisme même devenu sédentaire mais alors la solution devenait le choix d’Israê, la fin de la liberté de l’errance, une armée, des frontières, l’enfermement, le refus de l’autre, la purification ethnique, le ghetto !. Je faisais tous les efforts possibles et imaginables pour relier cette extermination à d’autres crimes contre l’humanité, refuser la tribu pour l’universel…

Et puis sous le fallacieux prétexte de la situation en Palestine-Israêl, il y eut la résurgence du négationnisme non pas chez les héritiers des nazis mais à gauche, à l’extrême-gauche et même chez les communistes. Il ne s’agissait même plus de l’assassinat de masse mais du droit à l’ensevelissement, On profanait les cadavres et pas n’importe qui… Cette lèpre s’étendait partout et me transformait en Antigone ensevelie vivante pour avoir défendu les morts pas seulement les miens, mais celle du culte des morts sans laquelle il n’y a pas de civilisation, pas d’espérance. Alors même qu’était dénoncé avec lucidité le danger d’anéantissement il était nié, au minimum par relativisation, ce moment essentiel de la tuerie comme acte gratuit, la méchanceté pure. Il ne s’agissait que de Juifs, ils se plaignent toujours n’est-ce pas ? ils ont mérité leur sort et ils ne sont pas les seuls, il y a les premiers chrétiens et mêmes les croisés et sarkozy renvoyant les roms, aujourd’hui Gaza, qu’est-ce que de plus que cela que l’extermination de la deuxième guerre mondiale ? 

 Comment politiser un acte métaphysique et ce faisant déshonorer les causes qui m’étaient chères en droit international, le droit des palestiniens à avoir un pays, le refus des blocus ? Ces causes là n’étaient plus les miennes, on avait brisé le coeur -courage et compassion- qui me poussait à combattre, quand je le fais désormais c’est  par devoir comme une corvée et peu à peu je sens que cela contamine tous mes choix politique, l’ennui me gagne. Pourtant je brule encore à l’idée de la guerre, de la peur des enfants quand tombent les bombes, je frémis encore à la violence au chaos que provoque “mon armée” française, à l’absurdité criminelle des armes alors que des enfants meurent de faim et que cette crampe, cette avidité s’étend, remonte jusqu’à des contrées où on croyait l’avoir oubliée.

Comprenez bien c’est ce que j’avais déjà dit au Comité central:  l’humanité commence – l’outil, l’art- avec l’ensevelissement des morts, tout ce qui profane le souvenir empêche la civilisation et ouvre la voie à la barbarie de l’anéantissement; voici plusieurs années que je me débats avec cet acte de négationnisme. Je ne sais comment retrouver les mots qui un jour ont convaincu mes camarades que nous n’étions pas devant un fait divers mais je sais que nous n’avons plus de langage commun. Je me dis c’est la faute à la campagne électorale, elle les tire vers le bas. Mais je crois bien qu’il n’en est rien, c’est pour cela que je me suis remise à travailler sur mon livre, sur les ultimes correction qui me sont si pénibles à effectuer, mon livre qui s’intitule “le nazisme n’a jamais été éradiqué”.  je ne sais pas si je vais poursuivre ce blog, probablement mais l’écriture de ce livre m’est désormais plus important parce que j’y trouve une vérité, une fidelité à moi-même que je suis en train de perdre à force d’être hantée par tous ces fantômes dont on profane la tombe.

Danielle Bleitrach

(1)Léon Poliakov, dans l’Histoire de l’antisémitisme, écrivait en 1993 : « En son temps, l’historien français Jules Isaac, dont toute la famille avait été gazée à Auschwitz, mettait l’accent dans ses travaux sur le funeste legs chrétien, et celui-ci a fortement contribué à la spectaculaire révision de l’enseignement, en premier lieu celui de l’Église catholique »[L’enseignement du mépris se concentre effectivement sur les origines chrétiennes de l’antisémitisme : « L’Église, écrit encore Poliakov, comme le montrait à l’époque les travaux de l’historien Jules Isaac (Jésus et Israël, 1948), avait développé depuis des siècles « un enseignement du mépris » qui n’était plus tolérable. » Jules Isaac a beaucoup oeuvré pour développer l’amitié entre juifs et chrétiens comme réponse à l’anéantissement des siens. Quand je vois ressurgir la droite extrême-traditionnaliste et son négationisme je ne me sens pas prête à l’oubli et cela interdit l’apaisment.

 

 

Une erreur stratégique et un espoir, croire que le mondialisation nous donne accès à la compréhension par danielle Bleitrach

Une erreur stratégique et un espoir, croire que le mondialisation nous donne accès à la compréhension par danielle Bleitrach

Sarkozy ne se rend pas compte qu’en ce moment faire faire sa campagne par madame Merkel c’est faire réentendre Dicke Bertha (grosse Bertha) sur Paris?

L’erreur stratégique est d’avoir cru que la mondialisation uniformisait les conditions de la révolution et même de la simple rébellion. Il n’y a pas que l’impérialisme pour prétendre imposer à la planète sa vision de la démocratie pour mieux piller et massacrer, ceux qui prétendent être révolutionnaires et anti-impérialistes agissent de la même manière. Il suffit de voir les discours vertueux contre la Chine qui exploiterait les masses chinoises, en oubliant simplement que les pires exploiteurs du sous développement chinois, auquel nous avons contribué nous la France éternelle, sont les multunationales occidentales et  celle de la démocratie taiwanaise. Et qu’enfin nous consommons allégrement l’exploitation chinoise, indienne et viernamienne, nous les admirateurs de Apple, ou de ce nazi d’IKEA. Il est clair que la manière dont s’opère cette mondialisation - impérialisme économique avec le modèle néolibéral, concurrences monopolistiques engendrant le bellicisme et domination médiatique engendrant l’ignorance et la rumeur – crée les conditions du crétinisme généralisateur comme on parlait du crétinisme parlementaire. Crétinisme généralisateur assorti des micro-identités narcissiques haineuses.  Nous sommes à la fois face à l’unification du processus d’oppression et face à une diversification des terrains de lutte, voir aux hérissements des antagonismes exploités par le capitalisme pour sa survie. Ces derniers temps le moins que l’on puisse dire est que nous avons du mal à penser les résistances sans aucune internationale et sans modèle en refusant pour autant la fascisation.

 Il en est de même pour les luttes planétaires. Récemment, on a voulu faire des printemps arabes le pur résultat des réseaux sociaux en oubliant qu’ils étaient le produit de la colère populaire face à la misère, au chômage et à la dictature corrompue qui interdit aux victimes le droit à protester. De même face aux résultats électoraux nous avons refusé de comprendre que la revendication des élites démocratiques occidentalisées plus proches de notre vision du monde se heurterait à cette soif de sécurité et de protestation à leur manière des masses, enfin dernière erreur par rapport à ce printemps arabe, nous refusons de voir qu’il s’agit d’un processus et que ni nous, ni les masses ne savons où il mène. D’un côté il y a nos armées qui dans l’indifférence générale interviennent en Libye pour bloquer le révoltes populaires et provoquer les guerres civiles et tribales avec le contrôle des ressources pétrolières par l’installation d’autres corrompus. De l’autre il y a notre extrême-gauche qui dénonce les votes pour l’islam ou qui en arrive à soutenir des dictatures sans se préoccuper le moins du monde d’un véritable mouvement de la paix. Trop difficile sans doute à mettre en oeuvre.

Même erreur en ce qui concerne le mouvement des indignés en Espagne ou celui de Wall Street. C’est peu de dire que la greffe ne prend pas, ces pays qui sont à nos portes sont tout aussi méconnus, le fait que l’un reste marqué par le franquisme, par les conditions de l’amnistie et l’autre, les Etats-Unis par des formes de précarité et un véritable refus de la guerre. Nous ne sommes pas plus indignés que nous n’occupons Wall Street, nous sommes en période électorale en train de nous inquieter du “vote utile”.  j’ai émis l’hypothèse que la France était un pays hautement politisé, qui attend tout de l’Etat. Les élections présidentielles proches sont à la fois un exutoir dont on ne peut pas attendre grand chose et en même temps elle exprime la spécificité des réactions françaises. Autre specificité française l’explosion, cette “nation d’émeutier!” disait de nous Marx. Quand nous avons réussi à accumuler tous les bloquages possibles et immaginables (notre Constitution est devenu un chef d’oeuvre dans le genre surtout mise en regard de l’usine à gaz qu’est la construction européenne), c’est l’explosion.

Comme la classe politique est totalement inerte face à la réalité catastrophique de la construction européenne bien sûr le terrain est laissé à la démagogie de l’extrême-droite avec ses têtes de Turc (c’est le cas de le dire) habituelles. Cette extrême-droite est en train de développer  sur ces bases d’un véritable fascisme européen. Donc en fait notre constitution est de plus en plus monarchique et les prétendants vont tous dans le sens d’une intégration anti-démocratique européenne. Personne ne semble voir la manière dont  remontent dans la population non pas tant ce à quoi nous sommes habitués, les racismes ordinaires, antisémitisme, anti-islamisme ou plutôt prolongement des luttes coloniales d’antan mais bien une résurgence de la germanophobie. Pour rester dans l’anecdote qui illustre les réactions françaises, je crois qu’Eva Joly n’a pas mesuré l’effet dévastateur de son accent quand elle a proposé de supprimer le défilé militaire du 14 juillet, je le regrette parce que même si sur le plan politique je n’ai pas grand chose de commun avec elle, j’ai de la sympathie pour sa candeur honnête et pas toujours de l’estime pour ceux qu’hérissent un accent qu’ils croient d’outre Rhin. Deuxième exemple, Sarkozy a-t-il mesuré l’effet de madame Merkel faisant la campagne pour lui ? Dans mon imaginaire et je ne dois pas être la seule, c’est la grosse Bertha expédiant ses projectils ou l’armée teutonne déferlant périodiquement sur le pays…

Trés rapidement peut-être, et je ne cesse de plaider pour cela, il faudrait avoir le courage de penser la mondialisation, la nécessaire référence à l’Universel sur un autre mode que le colonialisme, l’impérialisme de droite et même de gauche mais admettre qu’il y a des civilisation, des cultures, des langues et comme l’on a besoin de traduire avec beaucoup de difficulté parce que chaque idiome désigne une part de la réalité qui ne coïncide pas avec les autres on a besoin de savoir à quelle réalité politique, culturelle, à quel imaginaire se réfèrent les peuples dans leurs luttes et leurs résistances. Nous traduirons immédiatement cela en Nation, nous Français mais il y a des aires de civilisation pour nous comme pour les autres. Ce que nous appellons nation devient en Amérique latine un contexte plus proche de la République marquée par une histoire spécifique dans un contexte linguistique plus vaste.

Au point où j’en suis d’accablement devant le foutoir qu’est en train de devenir la planète avec ses provincialismes imbéciles à la mode d’internet, je me dis qu’il y aurait peut-être une espérance, premièrement accepter cette idée que l’universel est cette tour de Babel avec ses indispensables traductions et avoir le courage de prononcer cette phrase : je ne comprends pas.

Enfin se dire qu’en ce qui concerne notre pays la France qui est en train de devenir un chaudron de sorcières, le plus simple est de considérer qu’il existe une base de laquelle nous pourrions partir,je pense au programme de la Résistance tel qu’il fut actualisé par une certain nombre de résistants dont beaucoup ont aujourd’hui disparu. Certes la plupart furent communistes et tournèrent à la social démocratie mais ils ont au moins le mérite de nous faire souvenir des fondamentaux. Ce qui nous fera éviter non seulement une vision raciale mais également la germanophobie primaire au profit du meilleur de la résistance contre le fascisme.

Alors voilà le texte que je vous propose:

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* APPEL DU CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE
(60e anniversaire du programme, 1944-2004)

A l’heure où certains tentent de récupérer le mouvement des résistants, il est bon de rappeler leur conseils. Voici donc l’Appel du Conseil National de la Résistance du 8 mars 2004, plus que jamais d’actualité !

Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous, vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945), appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l’héritage de la Résistance et ses idéaux toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle. Soixante ans plus tard, le nazisme est vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie fasciste. Mais cette menace n’a pas totalement disparu et notre colère contre l’injustice est toujours intacte.

Nous appelons, en conscience, à célébrer l’actualité de la Résistance, non pas au profit de causes partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations qui nous succèderont d’accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du terme, pour que la flamme de la Résistance ne s’éteigne jamais :

• Nous appelons d’abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l’anniversaire du programme du Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale et retraites généralisées, contrôle des « féodalités économiques », droit à la culture et à l’éducation pour tous, presse délivrée de l’argent et de la corruption, lois sociales ouvrières et agricoles, etc. Comment peut-il manquer aujourd’hui de l’argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales, alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l’Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l’ensemble de la société ne doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l’actuelle dictature internationale des marchés financiers qui menace la paix et la démocratie.

• Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, définir ensemble un nouveau « Programme de Résistance » pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du racisme, de l’intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.

• Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les éducateurs, les autorités publiques à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l’amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous. Nous n’acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur la presse de 1944.

Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection : « Créer, c’est résister. Résister, c’est créer. »

Signataires : Lucie Aubrac, Raymond Aubrac, Henri Bartoli, Daniel Cordier, Philippe Dechartre, Georges Guingouin, Stéphane Hessel, Maurice Kriegel-Valrimont, Lise London, Georges Séguy, Germaine Tillion, Jean-Pierre Vernant, Maurice Voutey.

 
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Publié par le février 5, 2012 dans actualités, civilisation, Europe

 

Gianluca Casseri : « Breivik toscan » ? par davidbisson

 

Par David Bisson

Le 13 décembre dernier, Gianluca Casseri descend de son appartement avec un 357 Magnum à la main pour tirer à vue sur plusieurs marchands ambulants sénégalais des vieux quartiers de Florence. Il tue deux personnes, en blesse grièvement une troisième, avant de se réfugier dans un parking souterrain, et de se donner la mort pour échapper aux forces de police. « Tueur néofasciste », « Meurtrier de Florence », « Breivik toscan » annoncent les titres de la presse italienne ; le crime raciste ne fait effectivement aucun doute, d’autant plus que le coupable entretenait des liens avec plusieurs groupes de la galaxie néofasciste. L’autre piste suivie, qui complèterait d’ailleurs la première, est celle d’un acte isolé perpétué par une personne dérangée. En somme, un fou dont les idées radicales ont finit par rompre une structuration psychologique friable pour ne pas dire malade. C’est aussi l’explication donnée à l’équipée criminelle du norvégien Anders Behring Breivik, lequel vient d’être déclaré psychotique et, donc, pénalement irresponsable de ses actes.

Ces motifs – haine raciste et psychose personnelle – constituent très certainement le ressort du passage à l’acte, mais ne suffisent pas à sonder un bassin idéologique beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. En effet, Casseri – comme Breivik avant lui – a laissé plusieurs écrits qui, s’ils ne permettent pas d’éclairer les raisons exactes de son crime, délimitent très nettement son champ idéologique. Agé de 50 ans, celui qui est décrit comme une personnalité « solitaire et déprimé », sans emploi fixe, s’est forgé un monde imaginaire aux confins de la politique, de l’occulte et de la mythologie. Nous pouvons en retracer le périmètre large à partir d’une présentation des thématiques qui irriguent ces principaux textes1.

Un socle idéologique : Julius Evola

Le premier type d’écrits de Casseri prend la forme de quelques articles mis en ligne sur internet, en particulier sur le site de la CasaPound Italia2. Au lendemain des meurtres, les journaux ont d’ailleurs mis l’accent sur son appartenance à cette association néofasciste dont l’action se situe principalement sur le terrain social et culturel. Or, Casseri, s’il peut être considéré comme un sympathisant des combats menés par la CasaPound, n’appartient pas stricto sensu à une association dont le profil des militants est plutôt jeune, et les positions défendues clairement ancrées dans le nationalisme révolutionnaire.

Les articles de Casseri laissent percer une autre source d’influence, clairement prédominante : celle du penseur Julius Evola3 – référence également bien connue mais non exclusive des « jeunes » de la CasaPound. Ces articles reprennent les deux principales antiennes du doctrinaire italien : au plan métahistorique, l’Europe ne plonge pas ses racines dans la religion chrétienne, mais dans le paganisme antique et, encore au-delà, dans les plus anciens textes de l’hindouisme (les Védas) ; au plan métapolitique, la véritable lutte oppose les tenants de la Tradition aux représentants de la Modernité, les garants de l’Ordre contre les agents de la Subversion. Cette superstructure idéologique, et volontiers ésotérique, fait de Casseri un traditionaliste évolien, c’est-à-dire un traditionaliste païen qui croit dans la vision apocalyptique d’une Europe en proie à l’hérésie chrétienne et à la subversion moderne. En cela, il ne peut pas être comparé à Breivik pour qui la défense de la civilisation chrétienne, notamment face à l’islam, constituait la raison d’être de son « engagement ».

Un essai d’interprétation : Dracula

La deuxième production de Casseri se présente comme un essai relativement long, mis en ligne sur le site évolien Centro Studi La Runa en 2000, qui s’intitule « Dracula, il guerriero di Wotan » (« Dracula, le guerrier de Wotan »)4. Il s’agit d’une étude substantielle – références historiques, appareil de notes, etc. – qui propose une relecture du roman de Bram Stoker. Sous la plume de Casseri, la figure de Dracula se présente comme la résurgence contemporaine des dieux de la mythologie nordique. Dans une argumentation foisonnante ponctuée de références à l’histoire des religions (Eliade, Ginzburg, etc.), l’auteur tient à démontrer la filiation qui existerait entre la symbolique du loup-garou, la figure du berserkir (guerrier-fauve des peuples germains), l’initiation guerrière et le dieu Wotan. Il reprend, à ce titre, certaines études de Dumézil et de Jung qui interprétaient la montée du nazisme, non sans quelque fascination, comme un surgissement de l’imaginaire païen et nordique dans l’inconscient collectif du peuple allemand.

La lecture de ce texte laisse deux impressions. La première, qui est très fréquente dans les milieux évoliens, réside dans la mise en perspective de deux imaginaires antagoniques : d’un côté, l’appel de la nuit, de la forêt, de la magie, de la force, bref, des profondeurs de la psyché païenne et, de l’autre, l’image d’un Dieu étranger venu des plaines désertiques de l’Orient qui demande croyance et soumission. La seconde est également récurrente puisqu’il s’agit de révéler, à travers un texte à prétention scientifique, l’âme souveraine des peuples indo-européens, celle qui sera capable de se soulever brutalement contre l’ordre établi. Là encore, nous pouvons noter que l’imaginaire de Casseri diffère de celui de Breivik qui se voyait comme un « chevalier templier » prêt à défendre les « populations indigènes d’Europe » face au jihad mondial.

Un roman d’anticipation : La clé du chaos

Le troisième écrit de Casseri diffère à nouveau puisqu’il prend la forme d’un roman fantastico-ésotérique. Co-signé avec Enrico Rulli (écrivain et éditeur), La chiave del caos (« La clé du chaos ») a été publié en 2010 dans une petite maison d’édition spécialisée dans le développement personnel. Ce volume de plus de 400 pages – retiré des ventes – n’a pas un sens explicitement politique ; il surfe plutôt du côté de la vague ésotérique et trouverait aisément sa place aux côtés des nombreux ouvrages publiés à la suite du Da vinci code. L’histoire commence à Vienne à la fin de la Seconde Guerre mondiale et plonge ses protagonistes, suite à une séance de nécromancie, dans la ville de Prague au XVIè siècle. On y croise des personnages célèbres, dont l’alchimiste John Dee et le mage Giordano Bruno, qui devront lutter contre le spectre d’une femme afin de modifier le cours de l’histoire. Un des rares comptes rendus de l’ouvrage fait mention de l’écrivain Lovecraft et parlent d’un « roman unique dans son genre » qui parvient à mêler le fantastique et l’ésotérisme, l’aventure et la magie, la philosophie et l’histoire5. Rien de moins.

C’est peut-être le préfacier de l’ouvrage qui donne sinon la clé de la lecture du moins la raison de lire ce livre. Gianfranco de Turris écrit effectivement que l’ouvrage remet en cause les principaux fondements de la société actuelle en prenant appui sur la mentalité des hommes du XVIè siècle, lesquels étaient encore capables de se référer à la philosophia perennis. Or, il se trouve que de Turris est une personnalité non négligeable de la culture de droite italienne : rédacteur en chef du journal radio de la RAI, conseiller d’édition, spécialiste de science fiction, président du prix Tolkien, etc. Il est par ailleurs le secrétaire de la Fondation Julius Evola et supervise, à ce titre, la plupart des rééditions de l’auteur de La crise du monde moderne. On peut, dès lors, s’interroger sur la teneur des relations entre le solitaire Casseri et l’influent de Turris : simple concours de circonstances ? Réelle amitié ? Communion intellectuelle ? Question d’autant plus légitime que Casseri a participé, comme discutant ou comme modérateur, à plusieurs rencontres et/ou conférences organisées par de Turris. Son nom apparaît également dans un ouvrage collectif consacré à l’œuvre de Tolkien, et dirigé par de Turris.

L’intéressé, devant les réactions de plus en plus pressantes de certains journalistes italiens, s’est expliqué lors d’un entretien donné au Secolo d’Italia6, le 21 décembre 2011. Sa réponse s’articule autour de trois points. D’abord, il reconnaît avoir rencontré une dizaine de fois Casseri dans le cadre, principalement, de congrès relatifs à la science fiction. Ce qui n’en fait pas un ami intime même s’il lui témoigne d’une certaine estime intellectuelle. Ensuite, il a effectivement rédigé une préface pour son « très bon roman fantastique-ésotérique » tout en précisant que son co-auteur se situait clairement à la gauche de l’échiquier politique. Enfin, de Turris rappelle que le passage à l’acte de Casseri est tout simplement incompréhensible tout comme la « chasse aux sorcières » dont il fait l’objet est totalement injustifiée. Il termine son entretien en dénonçant le climat d’intolérance que les milieux de la gauche entretiennent, et renvoie finalement à la lecture de ses nombreux articles écrits depuis cinquante ans.

Un pamphlet aux relents antisémites

Pourtant, et cela reste sans doute le plus révélateur, de Turris a également introduit le dernier livre de Casseri intitulé I protocolli del savio di Alessandria (« Les protocoles du sage d’Alexandrie »). Publié en 2011 aux éditions Solfanelli7, cette quatrième production relève cette fois-ci du pamphlet8. Casseri s’attaque à Umberto Eco – présenté comme le « sémiologue d’Alexandrie » – et plus précisément à son dernier ouvrage : Le cimetière de Prague. Il remet en cause la version proposée par Eco quant à l’origine des Protocoles des Sages de Sion, soit la reprise de la thèse historiquement démontrée d’un faux établi par la police secrète russe, et fortement inspiré par le pamphlet de Maurice Joly contre Napoléon III. Ajoutons qu’il s’agit bien dans Le cimetière de Prague d’une version romancée – et donc très libre – de cette thèse ; ce qui a d’ailleurs valu à son auteur de nombreuses critiques. Pour sa part, Casseri ne remet pas directement en cause la fausseté des Protocoles, mais indique plus subtilement qu’il existe encore des zones d’ombre comme ont pu le montrer certains historiens – Cesare de Michelis et Norman Cohn sont opportunément cités à cette fin.

En vérité, la thèse de Casseri – comme celle de Turris9 – n’est pas nouvelle dans la mesure où elle reprend, mot pour mot, la position soutenue par Evola dans son introduction à la seconde édition italienne des Protocoles des Sages de Sion (1938). Ainsi, le doctrinaire italien établit une distinction machiavélique : ce n’est pas parce que les Protocoles sont probablement un faux que leur contenu ne correspond pas à une réalité objective. Autrement dit, une histoire inventée de toutes pièces peut très bien recéler une grande part de vérité ; une vérité d’autant plus inquiétante qu’elle cherche à être cachée. Et Casseri de prolonger cet argumentaire pour faire des Protocoles un véritable « roman d’anticipation » qui, en dehors même de son caractère fictif, traduit la main mise des Juifs sur le monde. Cette reprise du complot judéo-maçonnique, assortie d’un point de vue proche de celui des négationnistes, constitue la dernière strate idéologique de Casseri – strate une nouvelle fois éloignée d’un Breivik qui soutenait Israël dans son combat pour l’Occident.

Casseri, « tueur néofasciste » ?

Cette première analyse de l’univers idéologique de Casseri mériterait bien sûr d’être affiné puisque l’on retrouve son nom – sans même parler des éventuels pseudonymes – sur plusieurs forums et sites de l’extrême droite radicale. De même, il faudrait sans doute insister davantage sur sa passion pour la littérature fantastique et les films de science fiction comme, de façon plus étonnante, sa connaissance de la bande dessinée en général, et de Tintin en particulier. Ces éléments a priori hétéroclites forment tout de même un ensemble cohérent dans lequel le mythe côtoie le fantastique, la politique rencontre l’ésotérique et la fiction se joue de la réalité.

Au final, nous pouvons esquisser deux conclusions. La première est un constat qui nous semble difficilement discutable : Casseri appartient à la mouvance néofasciste, dans sa version évolienne, comme le prouvent ses liens avec certaines personnalités de ce milieu d’une part, et comme le révèle le contenu de ses textes d’autre part. La seconde s’exprime sous la forme d’une interrogation : l’identité idéologique de Casseri n’explique pas, en effet, son passage à l’acte. Ses écrits ne manifestent pas une haine intangible contre l’islam et ne stigmatisent pas une catégorie spécifique de la population. Pourtant, son champ d’action qui relève davantage du combat culturel a bien débouché sur une expédition meurtrière dont les victimes étaient toutes d’origine sénégalaise.

Quant à la comparaison effectuée par plusieurs articles de presse avec le cas Breivik, elle n’est pas d’une très grande pertinence, tant sur le plan des actes que sur celui des motivations. Casseri ne semble pas avoir préparé son crime avec minutie. Le contenu de ses textes, par exemple, ne laisse aucunement envisagé un passage à l’acte. De même, il ne s’identifiait pas à un chevalier templier qui repartait en croisade contre l’envahisseur musulman.

Casseri, Breivik : un imaginaire structurant et apocalyptique

En revanche, il existe plus sûrement un rapport entre les deux hommes pour ce qui concerne la place, fondamentale, de l’imaginaire politique dans leurs constructions mythologiques personnelles. Trois éléments communs entrent ici en ligne de compte. D’abord, la projection dans un passé fortement idéalisé, sinon fantasmé, qui sert de structure fondatrice à l’éclosion d’une idéologie à tonalités réactionnaires. Ainsi, l’horizon d’action se situe moins dans l’avenir que dans le retour à un âge d’or : celui d’une Europe blanche, homogène, chrétienne pour l’un, et païenne pour l’autre. Ensuite, le transfert de cette histoire dans un imaginaire typiquement contemporain qui mêle l’heroïc fantasy, les jeux vidéos, la littérature fantastique et la science fiction. Ainsi, la mythologie nordique revisitée par une imagerie volontiers obscure, et parfois même gore (guerriers sanguinaires, culte de la force brute, retour des dieux vengeurs, etc.), contribue à se défier d’une réalité honnie, et à se réfugier dans un monde parallèle10. Enfin, la plongée dans une atmosphère apocalyptique qui prend les atours d’une guerre des civilisations. Les deux hommes se pensent comme les témoins ultimes d’un monde en voie de disparition et se focalisent sur un ennemi à dimension internationale : le complot judéo-américain pour l’un, et l’invasion islamiste pour l’autre.

Si la part de cet imaginaire reste bien sûr difficile à évaluer dans le passage à l’acte criminel, elle n’en reste pas moins une source encore trop méconnue, et trop peu étudiée, dans les constructions extrémistes contemporaines. En cela, on peut se demander si la métapolitique, initiée dès les années 1950 par Evola, ne continue pas à dérouler ses effets, à savoir l’instrumentalisation de certains segments culturels (héroïc fantasy, histoire des religions, littérature fantastique, etc.) à des fins de justifications politiques. Déjà, à la fin des années 1960, le jeune activiste Giorgio Freda s’était fortement inspiré de Chevaucher le tigre – le dernier essai d’Evola – pour fondre l’esprit traditionnel dans la contre-culture contemporaine, et faire du combat contre la société moderne une œuvre de réalisation à la fois personnelle et terroriste – une sorte de voie héroïque par défaut.

Notes

1 Pour cette étude, nous sommes partis d’un article très éclairant du chercheur Mark Sedgwick que nous avons recoupé avec la lecture des articles de presse, ainsi qu’avec l’analyse de plusieurs textes de Casseri. Cf. Mark Sedgwick, « Gianluca Casseri a Traditionalist, but the explanation lies elsewhere », mis en ligne le 14 décembre 2011 sur son blog : http://traditionalistblog.blogspot.com

2 Cette structure, qui tire son nom du poète américain Ezra Pound, se présente comme une « association » à vocation socio-culturelle et se revendique d’un « fascisme du troisième millénaire ». Depuis la création d’un premier squatt à Rome en 2003, l’association a essaimé dans plusieurs villes d’Italie.

3 Julius Evola (1898-1974) est un penseur atypique du fascisme italien. Il se fonde sur la tradition primordiale – définie par le français René Guénon – pour développer un fascisme ésotérique qui s’articule autour de La révolte contre le monde moderne, titre de son principal ouvrage. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, il devient une référence incontournable des droites radicales européennes.

4 L’article, s’il a été retiré du site, est assez facilement trouvable sur la toile électronique. Le site en question, Centro Studi di la Runa, se présente comme une association culturelle (fondée en 1994) entièrement dédiée à l’œuvre de Julius Evola en particulier, et à la pensée traditionnelle en général. Cf. http://www.centrostudilaruna.it

6 Web journal dont la ligne politique est proche de celle de Turris. Ce dernier y est d’ailleurs présenté comme « un journaliste et intellectuel qu’il est difficile de prendre pour un extrémiste ». Cf. http://www.secoloditalia.it

7 Cette petite maison d’édition dispose d’un catalogue assez hétéroclite qui comprend des essais politiques, des romans fantastiques, des ouvrages historiques et quelques rééditions d’écrivains reconnus (Jack London, Henry James, etc.). Elle se situe plutôt du côté de la droite catholique conservatrice et reste, donc, éloignée de la mouvance néofasciste. Cf. http://www.edizionisolfanelli.it

8 Notons que ce texte d’une trentaine de pages est consultable sur plusieurs sites internet (dont : http://olo-dogma.myblog.it/gianluca-casseri), ce qui manifeste la volonté de le faire circuler au sein, notamment, des milieux négationnistes.

9 Dans l’entretien précité, de Turris justifie l’écriture de cette préface de façon tout à fait claire : il partage entièrement la conception de Casseri sur ce point.

10 Sur ce point, Breivik nourrit également une réelle fascination pour l’héritage païen nordique même s’il lui semble difficile de se regrouper derrière le marteau de Thor pour commencer la reconquista. Aussi écrit-il : « Je crois que le christianisme est essentiel pour des raisons culturelles. Après tout, le christianisme est la seule plateforme culturelle qui peut unir tous les Européens, qui sera nécessaire dans la période à venir durant la troisième expulsion des musulmans » (2083, p. 1362). Cf. Jean-François Mayer, « Terrorisme en Norvège : la religion d’Anders Breivik », mis en ligne le 28 juillet 2011 sur le site : http://religion.info/french/articles/article_540.shtml

 
 

Mort aux Cons, vaste programme… pourquoi ? Les cons c’est toujours utile…

Mort aux Cons, vaste programme…  pourquoi ? Les cons c’est toujours utile…

A propos de Claude Guéant :

 ”Effectivement toutes les civilisations ne se vallent pas. Il y a celles qui font arriver les trains à l’heure à Auschwitz et les autres”

signé les Indigènes de la République.

Mort aux Cons, vaste programme… De Gaulle

Quand un juif est con, on dit : Quel sale juif ! Je revendique pour les juifs, le droit d’être cons.” Pierre Dac

Mais quand un politicien joue au con ce n’est jamais par hasard…

Le ministre de l’Enseignement supérieur tunisien, Moncef Ben Salem, très proche des plus intégristes de son mouvement, Ennahda a sidéré les Tunisiens en affirmant que si Bourguiba avait accordé le statut personnel aux Tunisiennes, c’était parce qu’il était juif et avait agi sur l’ordre du juif Pierre mendès France à la demande des forces sionistes. En pleine crise des universités, il vient de trouver le temps de créer un master en “finance islamique” basé “sur les principes de la charia”.(Nouvel Observateur, du 2 au 8 février 2012)

Alors permettez moi de vous faire souvenir de la déclaration des protagonistes de l’affaire qui avait eu lieu en janvier à l’aéroport de Tunis. Elle ne me paraît pas plus innocente et tout aussi politicienne que la déclaration de Guéant sur les civilisations. Le rapprochement s’impose.

Le chef du gou­ver­nement du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, avait effectué une visite en Tunisie au mois de janvier. Plu­sieurs milliers de Tuni­siens l’avaient acclamé à l’aéroport de Tunis le 7 janvier. Parmi eux, certains ont crié des slogans racistes avec appels au meurtre, sur le thème : « il faut tuer les Juifs, c’est notre devoir » et « virez les Juifs ».
Une association qui par ailleurs a toute ma sympathie s’est pris les pieds dans l’affaire et tout en se félicitant de la reconnaissance de la cause palestinienne que représentait une telle visite ce que je peux partager, elle a paru se contenter des déclarations suivantes:

Ismaïl Haniyeh a tenu à pré­ciser : « nous ne sommes pas contre les Juifs parce qu’ils sont juifs, notre pro­blème est avec ceux qui occupent la terre de Palestine. Les Juifs sont partout dans le monde et le Hamas ne les vise pas ».

 Soit Ismaïl Haniyeh qui se présente comme un délégué officiel en voyage officiel est un irresponsable qui dit n’importe quoi, soit comme un Claude Guéant quelconque et pour des raisons politiciennes de rivalité avec le Fatah, il a calculé son coup avec ses hôtes dans le cadre d’un tournant du Hamas. Les excités salafistes qui crient “Il faut tuer les juifs c’est notre devoir” ne sont pas là par hasard… D’ailleurs Ismaïl Haniyeh explique qu’il en a “seulement” après les juifs en Palestine et qu’il ne va pas pourchasser les juifs dans le monde. Qu’est qu’il compterait exactement faire : envahir Paris, new York ou la Pologne… ? Qu’est-ce que cela veut dire exactement sinon qu’il cautionne le “mort au juifs” … Soyons clairs de tels propos peuvent à la limite s’entendre dans la bouche d’un individu excédé par la politique israélienne, dans la bouche d’un dirigeant cela veut dire que le mort au juif concerne les femmes, les enfants, une population, c’est une base raciale et il ne manque plus que d’ajouter comme Goebbels jadis qu’il est prêt à négocier leur déportation dans d’autres pays, pourquoi un tel discours qui ne peut que servir l’extrême-droite israélienne comme l’ensemble de l’opération, concoctée avec son hôte.  Cela est intolérable et il faut le dire en se prononçant en même temps pour les luttes populaires et pour le droit des peuples que de tels propos ne font qu’affaiblir et dévoyer.

Mais regardons la suite:

Le parti Ennahda, arrivé en tête aux élec­tions du 23 octobre en Tunisie, a publié un com­mu­niqué dénonçant – et c’est positif  dit l’association qui décidemment n’est pas trés regardante– ces slogans anti­sé­mites, « contraires à l’esprit de l’islam » et « considère qu’ils ont été scandés par un courant mar­gi­nalisé qui a voulu faire ombrage aux acti­vités d’Ennahda et brouiller son image ». Mais on ne peut admettre, comme l’a indiqué un membre du bureau politique d’Ennahda, que « pour un évènement pareil, on ne peut pas interdire les gens portant d’autres idées ou idéo­logies d’assister aux côtés de nos mili­tants ».

L’association en question a souligné que le racisme n’était pas une opinion mais un délit et qu’elle allait demeurer vigilante…  Mais la première chose à faire est de resituer les propos, de ce qui peut paraître anecdotique dans leur contexte politique.

Ne rien voir de ce qui se passe en Tunisie où la cause palestinienne est instrumentialisée non seulement pour développer l’antisémitisme mais pour au-delà mettre en cause le droit des femmes tunisiennes, terroriser les enseignants, le tout pour mener une politique socialement réactionnaire et d’alliance de fait avec l’impérialisme, c’est tout simplement poursuivre  dans la lignée de tous les fascismes. Ce fait  reçoit la caution morale d’une association qui par ailleurs mène un combat juste pour le droit des Palestiniens. Il y a un manque de vigilance généralisé sur l’avancée de l’extrême-droite partout comme réponse à la crise.

De même ne voir qu’une simple provocation liée à la campagne des présidentielles dans les propos de Guéant c’est mal mesurer les implications de tels propos. D’abord voir qu’ils sont prononcés devant l’UNI, un syndicat étudiant de droite extrême(1), et que ce déplacement sur le terrain de l’extrême-droite, osons le mot réel, le terrain du fascisme s’opère donc sur un terrain sensible d’activisme. Il s’agit de ”la préférence nationale”, enjeu politique qui s’appuie sur une idéologie: le fascisme en est désormais à masquer son racisme derrière une comparaison entre civilisations. Le tout dans un contexte qui est celui de la crise avec le recours habituel du Capital.

Limiter ce propos à une provocation politicienne électoraliste c’est refuser de comprendre que ce thème politicien vient renforcer celui de la préférence nationale sur lequel la droite honorable s’enfonce à la suite de son extrême et pas seulement en France. C’ est un choix qui nous mène loin, trés loin et qu’on  retrouve partout en Europe, celui de la légitimation de l’extrême-droite sous sa forme parlementaire entourée de jeunes nervis qui chercheront à faire peur y compris aux enseignants progressistes…

Faites attention à l’évolution partout de la jeunesse, le radicalisme, le complotisme dans lesquels on les enferme pour mieux les soumettre à des politiques qui leur sont nuisibles.

Il serait temps de ne plus jouer nulle part les idiots utiles. Mener un combat pour la paix et le respect des droits internationaux partout, refuser les ingérences, oeuvrer pour le respect des souverainetés mais arrêter de nous prendre pour des cons en nous faisant partout cautionner l’extrême-droite.
Danielle Bleitrach

(1) Trés lié à Charles Pasqua et aux réseaux du SAC, mouvement national anti-grève qui est officieusement la courroie de transmission de l’UMP a toujours eu dans ses rangs des militants d’extrême-droite y compris du GUD.

  • Le Cato Institute, think tank américain libéral, a dénoncé le financement de l’UNI via le NED dans les années 1980 dans le cadre du financement d’organisations anti-communistes. Le Cato Institute écrit que l’UNI « était largement vue comme un chaudron de la Droite violente »[. Cette accusation a fait l’objet d’une commission d’enquête du Sénat américain[ dirigée par la sœur du colonel North.Celle-ci a établi que l’UNI avait reçu des fonds au même titre que Solidarność en Pologne, dans le cadre d’un soutien aux organisations anti-communistes démocratiques dans le monde. La décision de financer ces structures avait été prise sous l’impulsion d’Irving Brown, responsable des relations internationales de l’AFL-CIO[.
 
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Publié par le février 5, 2012 dans humour

 

Vote à l’ONU sur la Syrie, la position de la Chine

Vote à l’ONU sur la Syrie, la position de la Chine
La Chine regrette que les changements proposées par la Russie au projet de résolution sur la Syrie soient ignorés
 

La Chine a exprimé samedi ses regrets que les changemens raisonnables proposés par la Russie à un projet de résolution sur la Syrie n’ont pas été pris en compte.

L’ambassadeur chinois à l’ONU, Li Baodong, a tenu ces propos après que la Chine et la Russie aient mis leur veto à un projet de résolution sur la Syrie présenté par des pays européens et arabes soutetant le plan de la Ligue arabe demandant un changement de régime en Syrie.

“Soumettre le texte au vote alors que les paties étaient encore divisées sur cette question n’aide pas à maintenir l’unité et l’autorité du Conseil de sécurité, ni à résoudre la question”, a dit l’ambassadeur chinois.

“La Chine soutient les changements proposés par la Russie et a pris note que le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov se rendra la semaine prochaine en Syrie”, a dit M. Li, affirmant que la demande de certains membres du conseil de poursuivre les consultations est raisonnable.

“Il est regrettable que ces préoccupations raisonnables ne soient pas pris en compte. Soumettre le texte au vote alors que les paties étaient encore divisées sur cette question n’aide pas à maintenir l’unité et l’autorité du Conseil de sécurité, ni à résoudre la question”, a-t-il indiqué.

“C’est ce contexte que la Chine a mis son veto à ce projet de résolution”, a expliqué le diplomate chinois.

“Comme de nombreux membres du conseil, la Chine estime, dans les circonstances actuelles, il faut faire pression sur le gouvernement syrien, ne pas préjuger les résultats du dialogue, ni imposer une solution qui n’aidera pas à résoudre la crise syrienne “, a souligne M. Li.

“La Chine suit de près la situation en Syrie. Nous appelons toutes les parties en Syrie à cesser la violence, à éviter en particulier les pertes de civils, à rétablir l’ordre le plus vite possible, à respecter la demande du peuple syrien pour les réformes. Cela est dans l’intérêt de la Syrie et de son peuple”, a dit encore l’ambassadeur chinois.

“Nous soutenons les efforts de bons offices déployés par la Ligue arabe pour résoudre la crise syrienne en vue de lancer un processus politique inclusif mené par le peuple syrien lui-même et avec la participation de toutes les parties, de résoudre pacifiquement leurs différends par le dialogue et les négociations et de restaurer la stabilité en Syrie”, a indiqué M. Li.

“La communauté internationale devraient fournir une assistance constructive pour aider à atteindre ces objectifs. Dans le même temps, la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie doivent être respectées pleinement”, a-t-il ajouté.

“L’action du Conseil de sécurité sur la question de la Syrie devrait se conforme aux objectifs et principes de la charte de l’ONU, aider à attenuer les tensions, à promouvoir le dialogue politique et à désarmocer les conflits, à aider à maintenir la paix et la stabilité au Moyen-Orient, plutôt que de les compliquer “, a souligné l’ambassadeur chinois.

“Selon ces principes, la Chine a participé de manière active dans les consultations sur le projet de résolution, soutenu les efforts de la Ligue arabe en vue de faciliter une solution pacifique à la question syrienne et de maintenir la stabilité dans la région”, a-t-il rappelé.

“La Syrie est un pays important au Moyen-Orient. La paix et la stabilité en Syrie est dans l’intérêt du peuple syrien et de la communauté internationale. La Chine continuera à traviller avec la la communauté internaionale et à jouer un rôle positif dans la résolution de la question de la Syrie”, a conclu l’ambassadeur chinois.

 
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Publié par le février 6, 2012 dans Asie, guerre et paix

 

Le coût de l’immigration en France

Le coût de l’immigration en France

En 2006, une équipe de chercheurs de l’université de Lille, sous l’autorité du professeur Xavier Chojnicki pris commande d’une étude à réaliser pour le ministère des Affaires sociales. Auparavant, aucun regroupement de des chiffres officiels n’avaient été réalisé, ni aucune étude sur ce point qui semble prendre une ampleur importante dans la politique Française ; les coûts de l’immigration pour l’économie nationale. Il aura fallu trois ans de travail pour que les chercheurs rendent leur copie, et les résultats furent peu commenté. Dommage car si nous pouvons les trouver depuis maintenant plus de deux ans – le rapport fut rendu en 2009 – il n’en demeure pas moins que l’on préfère toujours les discussions de comptoirs sur l’immigration et son coût, plutôt que de se baser sur des chiffres dont la réalité ne peut prêter à confusion.

Nous découvrons donc que Les 47,9 milliards d’euros que coûte l’immigration au budget de l’Etat (2009) sont ventilés comme suit : retraites, 16,3 milliards d’euros ; aides au logement, 2,5 milliards ; RMI, 1,7 milliard ; allocations chômage, 5 milliards ; allocations familiales, 6,7 milliards ; prestations de santé, 11,5 milliards ; éducation, environ 4,2 milliards.

De leur côté, les immigrés reversent au budget de l’Etat, par leur travail, des sommes beaucoup plus importantes : impôt sur le revenu, 3,4 milliards d’euros ; impôt sur le patrimoine, 3,3 milliards ; impôts et taxes à la consommation, 18,4 milliards ; impôts locaux et autres, 2,6 milliards ; contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) et contribution sociale généralisée (CSG), 6,2 milliards ; cotisations sociales, environ 26,4 milliards d’euros.

Ainsi, les immigrés sont une très bonne affaire pour l’économie française : ils reçoivent de l’Etat 47,9 milliards d’euros, mais ils reversent 60,3 milliards. Autant dire un solde positif de 12,4 milliards d’euros pour les finances publiques, qui ne représente pourtant que la part monétaire de transferts bien plus importants. Dans ce pays de 64,7 millions d’habitants, 6,5 millions de Français comptent au moins un immigré dans leur famille. Les chiffres de l’immigration légale sont très fluctuants. En France, on recense environ 5,3 millions de résidents étrangers avec leurs familles.

A ce solde positif de quelque 12,4 milliards d’euros il faut ajouter d’autres revenus pas toujours monétaires, mais d’une grande importance sociale et économique : les immigrés occupent l’immense majorité des emplois dont les Français ne veulent pas, et 90 % des autoroutes ont été et sont construites et entretenues avec de la main-d’œuvre étrangère. Sans immigrés, les prix à la consommation (produits agricoles et autres) seraient bien plus élevés, la main-d’œuvre étrangère étant bien moins payée.

La comptabilité réalisée par les chercheurs de l’université de Lille fait ressortir aussi de profonds changements sociaux. Majoritairement jeunes, les immigrés sont de grands consommateurs : comme nous venons de le voir, ils versent environ 18,4 milliards d’euros à l’Etat sur leurs dépenses personnelles, notamment en TVA. Les immigrés ont modifié en profondeur le sport et les arts populaires français : la grande majorité des footballeurs de haut niveau sont issus de l’immigration, et les artistes d’origine immigrée, noirs et maghrébins, peuplent le Top 50 de la chanson populaire.

Parallèlement, de nombreux métiers, en particulier dans les services, ne fonctionnent en France que grâce à l’immigration. Plus de la moitié des médecins hospitaliers dans les banlieues sont étrangers ou d’origine étrangère. Pas moins de 42 % des travailleurs des entreprises de nettoyage sont des immigrés. Plus de 60 % des ateliers de mécanique automobile de Paris et de la région parisienne appartiennent à des mécaniciens et petits entrepreneurs d’origine étrangère.

Dans un domaine aussi crucial que l’avenir du système des retraites, les immigrés jouent un rôle des plus favorables. Le très officiel Comité d’orientation des retraites est parvenu à cette conclusion : “L’entrée de 50 000 nouveaux immigrés par an permettrait de réduire de 0,5 point de PIB le déficit des retraites.”

Xavier Chojnicki commente ces résultats en ces termes : “Il s’agit d’un processus historique lié à la structure de la population immigrée, majoritairement jeune. Comme ils sont peu qualifiés, les immigrés sont très souvent au chômage. Mais ils dépensent aussi beaucoup et sont très entreprenants. Les pensions que nous versons aux retraités sont plus que compensées par la consommation et les cotisations sociales que paient les plus jeunes, parmi lesquels on trouve des gens très dynamiques.”

 

 
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Publié par le février 6, 2012 dans actualités, société

 
 
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