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Renvoyez-moi à Cuba ! » : le cri d’un « dissident » cubain mis à la rue par la police de son pays d’accueil, l’Espagne

Je reprends cette nouvelle qui parmi tant d’autres sur une situation qui ne cesse de se dégrader en Espagne témoigne du rêve capitaliste… Voici déjà quelques années quand les "dissidents cubains" sont arrivés en Espagne j’écrivais un article sur les illusions que l’on avait entretenues chez ces gens… Dès leur arrivée ils avaient espéré une situation comparable à celle que leur assurait à Cuba l’argent qui était déversé sur ceux qui se déclaraient opposés au gouvernement par le biais de fondations alimentées très officiellement (inscrites au budget) par les Etats-Unis. Alors même que depuis 1959, Cuba subit de la part des Etats-Unis, une véritable guerre avec blocus et terrorisme, ce qui revient quand on accepte de l’argent dans n’importe quel pays à une trahison.  Dès leur arrivée, ils ont témoigné de leurs illusions et de leur désenchantement.  En 2O12, Albert Santiago Du Bouchet Hernández s’est suicidé .Voici aujourd’hui une autre aventure, celle de l’un de ces exilés qui subit le sort des Espagnols et a le courage de demander à faire machine arrière, suivi de l’ article que j’écrivais alors sur l’arrivée des dissidents en Espagne dans lequel j’interrogeais la gauche sur son choix de soutenir de telles campagne.

Vivelepcf, 12 mai 2013 (diverses sources dont El Pais)

Gilberto Martinez, sa femme et ses trois enfants de 8, 15 et 22 ans font partie de ces « dissidents » cubains qui ont migré en Espagne en 2011 à la suite d’un accord négocié entre l’église catholique et le gouvernement de La Havane.

Aujourd’hui, Gilberto Martinez crie à la face du monde : « Remmenez-nous à Cuba ! ».

Ses illusions sur le monde capitaliste « libre » sont retombées en 26 mois. Le 7 mai 2013, la police espagnole a procédé sans ménagement à l’expulsion de sa famille du logement qu’elle occupait à Alicante. La mobilisation en aide de militants anti-expulsion a été durement réprimée.

Comme des dizaines de milliers de personnes, ils ont été jetés à la rue par un Etat espagnol, plus soucieux des intérêts des banques et des spéculateurs, que de ceux des habitants, même de ses « réfugiés politiques ».

Au bout d’un an, alors qu’on lui avait promis 5 ans de soutien, le gouvernement espagnol (pourtant passé à droite !) a coupé les vivres à la malheureuse famille exilée. Plus d’électricité, plus d’eau, puis plus de toit : le sort de millions de personnes dans les pays capitalistes n’est même pas imaginable pour la plupart des Cubains.

Gilberto Martinez comprend mieux comment il a été manipulé, là-bas à Cuba comme en Espagne. Saluons son courage de le reconnaître!

Le règne de la propriété privée et de la loi du marché fait expulser des centaines de familles alors que 20.000 logements restent vides à Alicante.

Des camarades cubains rappellent que la toute première mesure du gouvernement révolutionnaire, le 26 janvier 1959, a été l’annulation de toutes les expulsions, suivie par la diminution de 30 à 50% des loyers, puis par l’attribution du titre de propriété de leur logement aux locataires.

Deux conceptions du monde, du droit du logement. L’une à combattre, l’autre à préserver et à consolider.

Gilberto Martinez et sa famille seront sans doute maintenant de ce combat !

Les dissident cubains sont bien décevants par Danielle Bleitrach

Les 7 premiers ex-prisonniers "Dissidents" qui sont arrivés en Espagne y ont fait les déclarations publiques qui ont laissé les Espagnols, comme on dit, "sur le cul" . Ceux-ci  attendaient au moins des mots de reconnaissance au lieu des critiques dont ils ont été l’objet  de la part des nouveaux arrivants.  Cela devrait un peu nous aider à réfléchir sur ces "campagnes"  montées de toutes pièces sous couvert de défense des droits de l’homme, sur leur origine, leur finalité.  Réfléchir également sur la manière dont elles imposent à leurs bénéficiaires "une surenchère" permanente pour continuer à demeurer acteurs dans ce que l’on peut appeler l’industrie de la désinformation avec subsides de la CIA , mobilisation du système de propagande  et donc un auto-entretien de la dite désinformation. Il s’agit d’ un modèle éprouvé qui semble dirigé en priorité vers la gauche même si  les "héros" défendus sont souvent d’extrême-droite… Résultat autant sont bruyantes, simultanées sur plusieurs fronts à la fois, les campagnes  en faveur des "héros du monde libre" autant le silence est fait sur d’autres cas, parmi eux les 5 Cubains ou le Français emprisonné en Israëll Salah hammouri.  Nous sommes devant  de véritables montages, le mensonge érigé comme un des beaux arts autour de cas qui bénéficient de publicité pour être utilisé contre un pays qui a le tort de revendiquer sa souveraineté.  Le produit d’ une "industrie" que l’on pourrait qualifier de "culturelle" tant elle semble obéir à des règles de mise en scène, si la culture n’était pas le cadet des soucis de ceux qui sont impliqués dans la réalisation des scénarios.

Une conférence de presse étonnante

Mais revenons aux "dissidents cubains", les 7 premiers du lot sont arrivés à Madrid où ils ont tenu une conférence de presse. D’abord disons et la photo en témoigne , que l’apparence des ces gens  n’est pas celle de prisonniers amaigris par des conditions de détention terribles mais qu’ils  paraissent au contraire  jouir d’une forme qui fait honneur à l’excellence bien connue du système de santé cubain. Notons qu’on retrouve la même santé resplendissante chez d’autres martyres de la liberté cubains que sont les épouses, les dames en blanc, qui en général font plaisir à voir tant elles sont grasouillettes. Les prisonniers libérés sont rondelets à souhait, fringants et en "descangayados"(1) non faméliques comme la presse les décrivait avant qu’ils ne soient mis en liberté .

Malgré ce bon état visible, les "élargis" ont décrit des prisons cubaines à faire frémir: "Nous avons vécu parmi les rats, les blattes, les scorpions et les excréments", a déclaré Julio Cesar Alvarez, journaliste de radio havanais de 65 ans, qui purgeait, avant sa libération, une peine de 15 ans de prison pour avoir collaboré clandestinement avec des médias américains et avoir diffusé de fausses nouvelles sur l’île soumise à une guerre de fait avec blocus. C’est ce  même Julio César Gálvez, qu’ un journaliste  a interrogé "Comment vous sentez-vous à Madrid?" la réponse espérée était sans doute une larme de reconnaissance sur une joue amaigrie et la voix enrouée  d’émotion balbutiant quelques phrases de reconnaissance pour ses "libérateurs"d’une telle abomination, mais non cet homme en pleine forme mais mal embouché à rétorqué :"ici en Espagne je ne suis pas un homme libre parce que MON avenir ne dépend pas de moi mais des fonctionnaires qui m’imposent leurs  décisions".

Un titre du journal espagnol El Mundo dit aujourd’hui dans sa une : "Les Dissidents cubains dénoncent le fait qu’en Espagne ils ne sont pas libres".

Un autre  "élargi" Normando Hernández  40 ans a renchérit sur les conditions terribles.Il aurait  vu un prisonnier s’immoler par le feu, d’autres se mettre de l’urine dans les yeux, du pétrole sur le corps pour qu’on s’occupe d’eux, qu’on les soigne ou simplement pour qu’on réponde à leurs demandes.Ces conditions, selon lui, entraînent des maladies chroniques chez les détenus, avec des épidémies de tuberculose et de dengue. Cet homme paraissait pourtant dans d’excellentes conditions mais le plus frappant est que  dans la foulée de cette horrible description, il a dénoncé l’hospitalité espagnole  : "Nous sommes dans un hôtel avec d’autres immigrants. Dans cet hôtel nous n’avons pas de bains privés. Dans ce lieu il n’y a pas d’intimité et ils me disent qu’ils vont nous déplacer vers un village proche de Valence pour vivre dans quelques baraquements où j’aurai à cohabiter avec environ 40 personnes". Après il  a lancé une revendication lourde d’ingrats ressentiments : "Je Crois que le Gouvernement de Zapatero s’est engagé à nous accueillir, il aura  aussi nous fournir ce que nous nous méritons comme réfugiés, en ajoutant aussitôt que là où il  voulait vivre était Miami. Omar Saludes, un autre des "libérés" s’en est pris au Ministre des Relations Extérieures de l’Espagne, l’un des maître d’oeuvre de leur délivrance : "Il est inacceptable que le Ministre Moratinos demande que l’Europe lève la" position commune contre  Cuba ", a dit Saludes, provocant et malgracieux. Vous noterez que ces gens en général – c’est une constante- libérés après une active propagande et intervention de la gauche n’ont rien de plus pressé que de soutenir la position de l’extrême-droite. Ce sont des gens de droite, des gens proches des idées qui fleurissent à Miami où un terroriste auteur d’assassinats dans toute l’Amérique latine peut être considéré comme un héros national. Qu’espère exactement la gauche en se lançant dans la promotion de tels héros ?

La passion politique se double le plus souvent d’un intérêt personnel manifeste et les deux sont consubstantiels. Ce qu’il faut bien comprendre c’est que ces gens savent tous qu’un avenir confortable pour eux dépend de la manière dont ils vont vendre leur histoire en continuant à nuire à Cuba, ils sont en quelque sorte condamnés à en rajouter même si la manière dont ils ont remercié les Espagnols ont choqué l’opinion publique, il est clair qu’ils vont tout faire pour obtenir des moyens financiers et une situation confortable qui passe par leur capacité à continuer le combat pour la mafia de Miami, elle-même totalement imbriquée dans la CIA. Mais il faut bien mesurer que l’atmosphère, le microclimat qui se développe autour de cette mafia et de ses stipendiés est totalement irréelle, il se créé un phénomène d’auto-conviction autour des rumeurs les plus folles, ainsi selon eux Fidel castro est soit mort depuis longtemps, soit complètement en état d’incapacité mentale et ses réflexions seraient écrites par quelqu’un d’autres. On hurle de joie à l’annonce de sa mort, le paradoxe étant que ceux qui sont en Europe adoptent la même ligne d’irréalisme et de surenchère. Ainsi Zoe valdes disait lors de la chte de Fidel castro qu’il était mort mais que les Cubains le cachaient. Ce fantasme permanent est consubstantiel aux avantages espérés, c’est une sorte de bulle , comme la mappemonde, avec laquelle on joue  Chaplin dans le "dictateur". Avoir droit à rejoindre le paradis, avoir tous les droits fait partie de cette vision. Miami, une belle voiture, une villa paradisiaque, une bimbo comme fiancée est l’ultime paradis des plus innocents et les photos envoyées aux familles restées au pays sont sur ce modèle. Mais quand "l’information" repose sur cette capacité à fantasmer on s’interroge. On peut dire que 80% des nouvelles qui sont publiés dans notre presse proviennent de sources aussi peu fiables.

Les commentaires des Espagnols devant les propos des "dissidents" ne se sont pas fait attendre. L’un d’eux a écrit une Lettre au journal El Mundo de Madrid en expliquant qu’il parlait au nom des Espagnols indignés par la conduite de ceux qui venaient d’arriver: "Je crois que, les renvoyer dans leur  pays, est le mieux à faire,  là le monsieur avec ses problèmes de bain privé n’aura pas à se plaindre et ils pourront  raconter à leur président tous leurs problèmes et dire leurs plaintes ainsi que toutes leurs idées si merveilleuses de la liberté aux dépens des autres".

Le commentaire fait par le journal en ligne Mompox dont le correspondant a assisté dans la capitale espagnole à la conférence de presse des Dissidents libérés arrivés depuis la havane à Madrid "Si c’est ça l’échantillon, comment sera le paquet ?"

Le mode de fonctionnement des "campagnes" pour la "liberté"

En lisant ces compte-rendus, on ne peut s’empêcher de penser à quelques cas , d’abord à l’éternelle Zoé Valdes qui bien qu’ayant été une enfant chérie du gouvernement de son pays, et étant venu ici en parfait accord avec le gouvernement, ne cesse d’inventer qu’elle a subi une répression, et depuis des années vend aux médias un martyre qu’elle n’a jamais subi. Elle sait sans doute à quel point sa notoriété usurpée sur le plan littéraire et qui relève plus de la littérature de gare que de tout autre chose, a besoin de cette fable de sa dissidence. j’ai déjà noté à quel point elle est dans l’excès, on peut même être assuré que 90% des informations qu’elle donne relèvent de l’affabulation pure et simple, cela ne l’empêche pas d’être invitée sur les plateaux de télévision, d’être considérée comme experte cubanologue, y compris et surtout par la gauche. est-ce que quelqu’un vérifie la crédibilité des sources ? On peut également penser au cas de Valladeres le pseudo poète paralytique qui n’était ni poète, ni paralytique et qui a peine descendu de l’avion a abandonné la chaise roulante et depuis s’est révélé un agent zelé de la CIA. Si Zoe valdes écrit de la littérature de gare, lui n’a  jamais écrit la moindre rime, alors que nous avions eu droit à une campagne extraordinaire sur le poète paralysé, et que Mitterrand lui-même par l’entremise de Regis Debray était intervenu pour le faire libérer. Les Cubains avaient prévenu le président socialiste français "vous avez à faire à un espion de la CIA affabulateur. Ce qu’il faut souligner à travers ce cas, c’est la permanence d’une stratégie, ceux qui sont sollicités en priorité pour prendre la défense de ces pseudos martyrs ce sont des gens de gauche (le maire de Paris est un puits sans fin pour opération de ce type) et si on peut trouver des "repentis" du communisme c’est encore mieux, voir des partis communistes particulièrement décadents comme l’euro-communisme en a produit. Il faut relire ce qu’à l’époque écrivait yves montand en se posant comme "conscience de la gauche":  Yves Montand disait, lors d’une interview : "Castro garde son ami intime [valladarès est devenu même intime] Valladarès en prison depuis plus de 20 ans maintenant. On l’a torturé et on lui a brisé les jambes. Valladarès a écrit un livre admirable, tragique, que j’exhorte les jeunes du Québec à lire. Il s’agit de Prisonnier de Castro. Ce livre a été introduit en France grâce à Monsieur Golendorf, un ami du cinéaste Chris Marker et de moi-même. Monsieur Golendorf a été trois ans [18 mois selon d’autres sources] durant dans les prisons castristes. Ce sont des documents authentiques, écrits de la main du prisonnier Valladarès lui-même.Il nous explique comment on torture, et comment on fait de la dissection sur des êtres humains (sic) à Cuba. Il nous dit où cela a lieu précisément. C’est affolant quand même de lire ça. J’ai eu du mal à l’admettre. " dans Interview de Yves Montand (2).. Non seulement Valladeres était un policier sous Batista mais il avait en 1960 accompli des attentats meurtriers contre la population cubaine, comment la gauche française s’est-elle trouvée embringuée dans la défense de ce "poète paralytique" qui est devenu à sa sortie un fonctionnaire des Etats-Unis ? Mystère, comme il s’avère mystérieux que les meilleurs propagandistes de ce genre de "causes" soient des journaux dits de gauche comme El païs et le Monde.

Ce qu’il y a de commun entre Valladarés et les nouveaux libérés est le fait que la plupart n’étaient pas journalistes, ils avaient simplement été intronisé par reporters sans frontières ou du moins son porte-voix lui-même financé par la CIA, lié étroitement à la mafia de Miami, Robert ménard. Et celui  d’entre eux qui avait un passé de journaliste et les qualités requises était en fait un agent des renseignements cubains qui a établi sur eux le dossier qui a permis de les juger pour accepter de l’argent en temps de guerre de l’ennemi. Il est clair que les pseudo-journalistes  arrivés en Espagne vont devoir gagner leur pitance non par leurs qualités journalistiques mais en pratiquant la surenchère. Ils ont déjà commencé et ont déclaré qu’ils allaient continuer pour e:mpêcher que l’Europe change de "position commune" celle défendue par Aznar.

Le prisonnier glisse au statut d’otage d’une dictature

Le cas Ingrid Betancourt, plus récent avait soulevé les masses. Il ne devrait y avoir rien de commun entre une campagne du type de celle pour la libération d’ingrid bétancourt et celles en faveur des "dissidents cubain", puisque dans ce cas  il s’agissait  d’une otage et pas d’un prisonnier après jugement en fonction de lois.  On ne  peut pas confondre ou on ne devrait pas confondre le cas d’otages ou l’arrestation de gens que l’on maintient en prison sans jugement ce qui est le cas des prisonniers nord-américains à Guantanamo et dans d’autres lieux avec celui de gens ayant été jugés en fonction de lois. Le cas des élargis cubains est celui  d’espions financés par une puissance ennemi et il faut noter que le fond des campagnes de soutien à des "dissidents cubains" est que l’on va dénier ce jugement, en faire des sortes d’otages d’un gouvernement dictatorial, ce qui est totalement invraisemblable mais est destiné à brosser un portrait de l’Etat cubain délinquant et pas un Etat de droit. Alors que l’Etat de droit cubain est en fait victime des Etats-Unis qui lui imposent blocus et terrorisme en violation de toute légalité internationale. C’est pourquoi on peut noter le parallélisme du traitement des pseudo- dissident cubains et des otages à libérer dans les médias.

Ce qui rapproche le cas Ingrid Betancourt de celui des "prionniers" est alors  la manière dont les médias montent une "héroïne" en grand danger, nous font pleurer sur son sort alors que les mêmes médias peuvent n’avoir pas un mot pour dénoncer le sort fait au cinq cubains. Ce déni  peut atteindre des sommets quand lors de la Conférence de presse des septs "dissidents " libérés, Normando Hernández  particulièrement prolixe sur l’atrocité des prisons cubaines s’est plaint du fait que les prisonniers étaient enfermés loin de leurs lieux d’origine, ce qui rendait difficile la visite de leurs proches, ceux qui ont rapporté de tels propos n’ont pas eu un mot non seulement pour les prisonniers de Guantanamo, mais même sur les 5 Cubains et aux visas d’entrée sur le territoire nord-américain qui est refusé à leurs familles. Aller de la havane à Santiago même si l’on prend deux points extrêmes de l’île  est tout de même moins difficile, mais personne n’a songé à rapprocher les cas. Parce que le fond est que tout repose sur la définition a priori de qui est "démocrate" donc légal et qui ne l’est pas. Les etats-Unis , la Colombie sont des démocraties, Cuba  est délinquant a priori.

Un élement important de la dramatisation des "prisonniers cubains" est que bien que relevant d’un système légal où il n’y pas de torture ni mise en danger de la vie, il faut en faire des otages sur lequel on laisse planer l’inconnu de leur traitement… ce qui n’est jamais dit est que le dit prisonnier est soit un simple droit commun comme dans le cas de Zapata, ou quelqu’un qui a accepté de l’argent de la puissance qui organise blocus et terrorisme contre son pays. Nous avons executé mata hari pour moins que ça… Donc le flou angoissant qui plane sur le sort de l’individu fait partie du scénario…

La manipulation ne date pas d’aujourd’hui, on l’a vu pour Valladares, mais en ce qui concerne Ingrid Bétancourt,  on nous l’annonçait à l’article de la mort, des photos la montrant à l’agonie étaient publiées partout, on avait vu sortir une rondelette personne en pleine forme, et il faut également souligner qu’après une telle publicité, l’intéressée paraît condamnée à en rajouter ne serait-ce que pour bénéficier d’avantages financiers. Ainsi récemment à la stupéfaction de tout le monde elle a exigé des dommages intérêts de l’Etat colombien pour ne pas avoir été protégée alors qu’elle était candidate à la présidence et que pour assurer sa publicité elle s’était rendue dans la zone des FARC, ce qui a été vécu avec quelques indignations quand on se souvient du coût financier et surtout humain de sa libération avec en particulier l’assassinat en territoire équatorien de ceux qui avec le commandant Reyes négociaient sa libération.

parce que le problème est non pas seulement de dénoncer le malheureux sort de l’otage (sic pour les élargis cubains) mais à travers son cas brosser l’image d’un Etat voyou méritant sur le fond les traitements les plus iniques qu’on lui réserve. CQFD les véritables criminels sont blanchis et la véritable injustice est acceptée.l l est vrai qu’il est difficile de faire mieux dans le genre avelissant que ce qu’ont réalisé les marines à Abu Grhaib, où rien ne vaut un bon bain de merde pour se régénerer, par quel miracle ceux qui sont capables de ça, ont-ils un quelconque droit à lancer des camapgnes sur les prisons cubaines, pourtant les faits sont là….

Un buen baño de mierda a los prisioneros de Abu Ghraib es lo que utilizan los marines para enseñar democracia en Iraq.

Oui, voilà pourquoi la presse est muette…

Il n’empêche  le prisonnier politique héroïque que fabriquent les médias est souvent bien décevant, et les nouveaux "prisonniers dissidents" cubains, héros de nos médias visiblement font partie de cette tradition des enquiquineurs ingrats si on en croit la presse espagnole.

Danielle Bleitrach

(1) je suis incapable de traduire ce terme

(2)http://agora.qc.ca/reftext.nsf/Documents/Montand

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Publié par le mai 13, 2013 dans Amérique, histoire

 

Manifeste de Dziga Vertov, ciné-oeil (1923)

arton2551[1]

Je suis un œil.

Un œil mécanique.

Moi, c’est-à-dire la machine, je suis la machine qui vous montre le monde comme elle seule peut le voir.

Désormais je serai libéré de l’immobilité humaine. Je suis en perpétuel en mouvement.

Je m’approche des choses, je m’en éloigne. Je me glisse sous elles, j’entre en elles.

Je me déplace vers le mufle du cheval de course.

Je traverse les foules à toute vitesse, je précède les soldats à l’assaut, je décolle avec les aéroplanes, je me renverse sur le dos, je tombe et me relève en même temps que les corps tombent et se relèvent…

Voilà ce que je suis, une machine tournant avec des manœuvres chaotiques, enregistrant les mouvements les uns derrière les autres les assemblant en fatras.

Libérée des frontières du temps et de l’espace, j’organise comme je le souhaite chaque point de l’univers.

Ma voie, est celle d’une nouvelle conception du monde. Je vous fais découvrir le monde que vous ne connaissez pas.

- Le cinéma dramatique est l’opium du peuple.

- A bas les rois et les reines immortels du rideau. Vive l’enregistrement des avants-gardes dans leur vie de tous les jours et dans leur travail !

- A bas les scénarios-histoires de la bourgeoisie.

Vive la vie en elle-même !

- Le cinéma dramatique est une arme meurtrière dans les mains des capitalistes ! Avec la pratique révolutionnaire au quotidien nous reprendrons cette arme des mains de l’ennemi.

- Les drames artistiques contemporains sont les restes de l’ancien monde. C’est une tentative de mettre nos perspectives révolutionnaires à la sauce bourgeoise.

- Fini de mettre en scène notre quotidien, filmez-nous sur le coup comme nous sommes.

- Le scénario est une histoire inventée à notre propos, écrite par un écrivain. Nous poursuivons notre vie sans avoir à la régler au dire d’un bonimenteur.

- Chacun de nous poursuit son travail sans avoir à perturber celui des autres. Le but des Kinoks est de vous filmer sans vous déranger.

- Vive le ciné-oeil de la Révolution !

NOUS

Nous, afin de nous différencier de la meute de cinéastes ramassant pleinement la saleté des poubelles, nous nommons les " Kinoks ".

Il n’y a aucune ressemblance entre le " cinéma réaliste des Kinoks " et le cinéma des petits vendeurs de pacotilles.

Pour nous, le cinéma dramatique psychologique Russe-Allemand lourd de souvenir infantile ne représente rien d’autre que de la démence. Nous proclamons les films théâtralisés, romanisés à l’ancienne ou autres, ensorcelés.

- Ne les approchez pas ! – N’y touchez pas des yeux ! – Il y a danger de mort ! – Ils sont contagieux !

Nous pensons que l’art du cinéma de demain doit être le reflet du cinéma d’aujourd’hui. Pour que l’art du cinéma survive, la "cinématographie " doit disparaître. Nous voulons accélérer cette fin.

Nous sommes opposés à ceux que beaucoup appèle le cinéma de " synthèse ", mélangeant les différents arts.

Même si les couleurs sont choisies avec soin, le mélange de couleurs affreuses donnera une couleur affreuse, on ne peut obtenir le blanc.

La véritable union des différents arts ne pourra se faire que quand ceux-ci auront atteint leur apogée. Nous nettoyons notre cinéma de tout ce qu’y s ‘y est insinué, littérature et théâtre, nous lui cherchons un rythme propre, un rythme qui n’ait pas été chapardé ailleurs et que nous trouvons dans le mouvement des choses.

Nous exigeons :

A la porte

- Les étreintes exquises des romances – Le poison du roman psychologique – Les griffes du théâtre amoureux – Le plus loin possible de la musique Avec un rythme, une évaluation, une recherche d’outils propres à nous même, gagnons les grandes étendues, gagnons un espace à quatre dimensions (3 + le temps).

L’art du mouvement qu’est le cinéma ne nous empêche en aucun cas de ne pas porter toute notre attention sur l’homme d’aujourd’hui.

Le désordre et le déséquilibre des hommes autant que celui des machines nous font honte. Nous projetons de filmer l’homme incapable de maîtriser les évolutions.

Nous allons passer du lyrisme de la machine à l’homme électrique irrécusable. En dévoilant l’âme de la machine, nous allons faire aimer le lieu de travail de l’ouvrier, le tracteur de l’agriculteur, la locomotive du machiniste… Nous allons rapprocher l’homme et la machine. Nous formerons des hommes nouveaux.

Cet homme nouveau, épuré de ses maladresses et aguerri face aux évolutions profondes et superficielles de la machine, sera le thème principal de nos films.

Il célèbre la bonne marche la machine, il est passionné par la mécanique, il marche droit vers les merveilles des processus chimiques, il écrit des poèmes, des scénarios avec des moyens électriques et incandescents.

Il suit le mouvement des étoiles filantes, des évènements célestes et du travail des projecteurs qui éblouissent nos yeux.

 
 

imposteurs Entretien avec Roland Gori, psychanalyste et auteur de La Fabrique des imposteurs

« L’affichage des patrimoines des politiques risque de participer à notre société du spectacle. » puisque aujourd’hui la grande nouvelle de la société du spectacle est le retour de Cazuhac sur le marché… des impostures….

roland-gori-reduite[1]

Roland Gori est psychanalyste et professeur de psychologie et de psychopathologie cliniques. Il est également l’auteur de La Fabrique des imposteurs (éditions Les liens qui libèrent, 320 pages, 21,50 €).

Décideurs. Jérôme Cahuzac représente-t-il un imposteur, selon l’acception que vous en faîtes dans votre ouvrage ? Est-il d’ailleurs davantage imposteur ou menteur ?   Roland Gori. Jérôme Cahuzac, de son propre aveu, a menti. Il a menti en affirmant au Président de la République, à ses collègues du gouvernement, à l’Assemblée nationale et devant l’opinion publique qu’il n’avait jamais possédé de compte en Suisse. Ce mensonge relève de l’imposture parce qu’il s’agit d’un ministre du Budget chargé de traquer la fraude fiscale et qu’il la pratique lui-même, cherchant à en imposer par de fausses apparences, à abuser de la confiance d’autrui, prenant la posture du ministre irréprochable injustement calomnié. Dans cette situation il a pratiqué la technique du camouflage, opté pour la stratégie du caméléon et choisi la solution de l’imposture pour se tirer d’un piège dans lequel il s’était lui-même placé.

Décideurs. L’éclosion d’un Jérôme Cahuzac est-elle favorisée par ce que vous appelez un « gouvernement par la norme », favorisant l’apparence et la forme au fond ?   R. G. Mon travail analyse la part de l’environnement dans la fabrique des impostures, des mensonges et des fraudes. L’imposture a de tout temps existé. Elle se nourrit des valeurs et des codes en usage dans une société donnée et à une époque donnée. Aujourd’hui l’imposteur ne prend pas les apparences du Tartuffe de Molière et n’usurpe pas un titre de noblesse, mais emprunte les habits de la religion du marché et du spectacle. Chaque société a les imposteurs qu’elle mérite. La nôtre avec ses exigences normatives incite à la mascarade des chiffres, aux trucages formels pour répondre aux contraintes des procédures et des stratégies absurdes qui font prévaloir la forme sur le fond, la quantité sur la qualité et la conformité sur le goût ou la valeur. L’inflation des normes et des procédures conduit aujourd’hui à un conformisme généralisé qui est le frère siamois de l’imposture. Lorsque la marque d’une revue scientifique, où est publiée une recherche, compte plus pour la carrière du chercheur que le contenu et la qualité de ses travaux, lorsque la tarification du soin compte plus que le soin lui-même, lorsque le nombre de spectateurs ou d’auditeurs prévaut sur la qualité d’une émission, lorsque les expertises de l’industrie de santé sont prises dans des conflits d’intérêts, l’imposture est bien au cœur de l’organisation sociale.

Décideurs. Vous déclarez que « le lien avec le mensonge ou la dissimulation n’a jamais été aussi évident, puisque dans une société qui prône comme valeur la transparence, on procède par le camouflage et la dissimulation ». Cela signifie-t-il que le déballage actuel des patrimoines des politiques n’évitera pas les mensonges et dissimulations d’un – autre – Jérôme Cahuzac ?   R. G. L’affichage des patrimoines des politiques risque de participer à notre société du spectacle, à ses effets d’annonce et à son avidité consumériste, si parallèlement ne sont pas menées des réflexions et des actions sur les notions de valeur, de justice et de démocratie. Installer des radars sur les routes de la moralité publique pour lutter contre la délinquance n’est pas en soi inutile. De même, rétablir un enseignement de morale et d’instruction civique dans les établissements scolaires a au moins le mérite d’une prise de conscience des problèmes moraux aujourd’hui du vivre-ensemble. Mais tout dépend de la manière et de l’importance accordée à ce problème vital pour une démocratie. Se contenter d’un traitement du symptôme sans prendre le mal à la racine et prescrire de nouvelles normes de comportement sans se soucier de l’adhésion pleine et entière aux valeurs et aux responsabilités citoyennes conduiraient à poser un plâtre sur une jambe de bois ! Cela n’empêcherait ni l’opportunisme, ni le cynisme, ni l’hypocrisie. Bien au contraire, ce seraient les plus affairistes, les plus entrepreneurs d’opinion et d’apparence qui réussiraient le mieux les tests d’évaluation… Dire ou pratiquer « comme il faut », sans conviction et engagement, l’imposteur y excelle !

Décideurs. Par son imposture, le cas Cahuzac est-il le produit ou la composante de l’avènement d’une politique devenue société de la marchandise et du spectacle, dénoncée par Guy Debord ?   R. G. L’analyse de Guy Debord de « la société du spectacle et de la marchandise » permet de comprendre pourquoi nous en sommes arrivés là. Quand Debord nous dit que dans une société « où le monde réel se change en simples images, les images deviennent des êtres réels », alors « le vrai est un moment du faux ». Je pense que la morale purement utilitaire reste prisonnière des résultats à court terme, des scores et des procédures, et qu’à force d’ignorer la valeur de la parole donnée, du récit collectif et de l’expérience partagée, elle tend à fabriquer un citoyen amnésique captif du spectacle de sondages successifs orphelins d’une histoire collective. Et pourtant… jamais peut être autant qu’aujourd’hui on a assisté à un tel désir de politique, une telle impatience à chercher ces valeurs qui permettront que naisse un nouveau monde et qu’enfin meure l’ancien, celui de la vitesse, du score et du scoop.

 
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Publié par le mai 12, 2013 dans medias, politique

 

Le retour des collabos ?

Céline, Chardonne, Morand, Rebatet: les écrits impubliables de la bande des affreux dorment encore dans les placards. Mais après l’entrée de Drieu la Rochelle dans la Pléiade, la question de leur réédition se pose. Enquête.

Faut-il tout rééditer des collabos ? (Illustration Yan)

Faut-il tout rééditer des collabos ? (Illustration Yan
On lit parfois d’étranges choses dans la Pléiade. «Comptez sur moi pour mettre Juifs, Jésuites, maçons, synarchistes, curés, anglais, protestants, tièdes, mous, antisémites vagues dans le même bateau et sans fond et dans les eaux de Nantes ! Tous ces gens pour moi se raccrochent à cette civilisation pourrie – et doivent disparaître. A nous le Racisme pour quelques siècles au moins !»

Ces lignes datées du 28 février 1942 ne figurent pas dans le volume récemment consacré aux romans de Pierre Drieu la Rochelle, qui se garde bien de contenir ce genre d’horreurs [=> lire l'article de Philippe Sollers sur le sujet]. Elles sont de Céline, on les trouve au milieu de ses «Lettres» parues sur papier bible en 2009.

Le volume, par ailleurs passionnant, ne fit guère scandale. «C’est passé comme une lettre à la poste», s’étonne encore son maître d’oeuvre, le professeur Henri Godard, qui, pour ne rien occulter de ce qu’était Céline, avait tenu à y intégrer «des choses qui font sursauter».

Notre époque serait-elle assez mûre – ou assez pourrie? – pour regarder en face, et sans sursauter, ce que furent capables d’écrire certains auteurs compromis sous l’Occupation? Pas si simple.

Pierre Drieu la Rochelle
Pierre Drieu la Rochelle: Total des ventes: 592.948 exemplaires Meilleure vente: "le Feu follet" et "Adieu à Gonzague": 100.197 ex. Moyenne des ventes annuelles depuis 1998: 4.500 ex. Chiffres Gallimard. (Photo12/Estate Drieu la Rochelle)

Au fil des années, les plus talentueux des «collabos» qui furent inscrits sur la fameuse «Liste noire» du Comité national des Ecrivains ont, certes, retrouvé assez de respectabilité pour figurer au catalogue des meilleures maisons. Si l’oeuvre de Brasillach semble désormais condamnée à l’oubli et aux discours de Jean-Marie Le Pen, les textes littéraires de Céline, Morand et Montherlant ont précédé ceux de Drieu dans la Pléiade. Jouhandeau est en poche, dans «l’Imaginaire». Et Albin Michel, qui fête cette année Pierre Benoit, en réédite trois romans assortis d’une bio où Gérard de Cortanze entend «le sortir enfin du purgatoie » en montrant qu’il fut «injustement jeté en prison» en 1944.

Même Lucien Rebatet, l’antisémite enragé des «Décombres», est en librairie avec ses «Deux Etendards» (republié par Gallimard en 2007), son «Histoire de la musique» (dans «Bouquins», chez Robert Laffont), des «Lettres de prison» et  «les Epis mûrs» (au Dilettante).

«La dissociation entre écrivain et polémiste était apparue lors des procès de l’épuration, résume la sociologue Gisèle Sapiro. Le cloisonnement entre écrits littéraires et politiques a été largement maintenu dans le monde des lettres.» En somme, à condition que cela ne heurte trop violemment ni la loi ni la morale, la distinction entre homme et oeuvre a aidé l’histoire à trier ce qui relève de l’art. Et comme disait Claude Simon, «en art, cela ne veut rien dire, un salaud».

Que faire du reste?

Mais que faire du reste? Car près de soixante-dix ans après la Libération, il reste d’encombrants fantômes dans les placards de la littérature française, qui alimentent toutes sortes de fantasmes, de rumeurs, et de commerces plus ou moins licites.

Le cas le plus connu est celui des pamphlets antisémites de Céline dont la veuve, Lucette Destouches, 100 ans cette année, refuse toute réédition, conformément aux volontés de l’auteur des «Beaux Draps». Un avis partagé par son avocat, maître François Gibault: «Il y aurait là beaucoup d’argent à gagner, et on m’a souvent approché pour que cela se fasse! Mais il y a en France un antisémitisme dormant qui ne demande qu’à se réveiller. Rééditer pour le grand public ces textes de circonstance serait de la pure propagande.»

Céline, en 1950.
Louis-Ferdinand Céline: Total des ventes: 3.869.106 exemplaires Meilleure vente: "Voyage au bout de la nuit", 2.012.281 ex. Moyenne des ventes annuelles depuis 1998: 86.000 ex. Chiffres Gallimard. (Sipa)

En attendant, on raconte bien des choses dans le milieu célinien. Qu’une édition critique de «Bagatelles pour un massacre» attend son heure dans un ordinateur chez Gallimard. Qu’un fada a fait imprimer à 300 exemplaires les trois pamphlets en un volume qu’il refuse de vendre, mais offre autour de lui. Qu’une édition originale de «Bagatelles» en bon état se monnaie pour 250 à 300 euros. Et que de nombreuses versions pirates sont commercialisées, comme celles des très militantes Editions de la Reconquête qui, officiellement domiciliées au Paraguay, proposent sur leur site des tee-shirts affirmant que «Louis-Ferdinand Céline n’était pas plus un salaud que vous et moi».

Mais «les pamphlets de Céline, qui contiennent aussi de très belles pages, sont l’arbre qui cache la forêt !», prévient l’écrivain Emile Brami, libraire spécialisé en livres anciens à qui l’on doit notamment un «Céline à rebours» (Archipoche). Et de citer tous ces titres reniés par leur auteur qui hantent les bacs des bouquinistes.

Ainsi «France la Doulce», roman de 1934, où Paul Morand «met en scène, avec tous les clichés possibles, des cinéastes apatrides allemands qui arnaquent un producteur français». Ou encore «le Péril juif», plaquette parue en 1938 «que Marcel Jouhandeau avait fait retirer de la liste de ses oeuvres et dont on dit qu’il détruisait les exemplaires qu’il trouvait».

Plus rare, on peut encore dénicher pour 1 500 euros le trop germanophile «Ciel de Niefheim», que Jacques Chardonne a fait pilonner en 1943 juste avant sa mise en vente, mais dont il avait adressé quelques épreuves à ses amis.

«Même si ce livre n’a jamais existé, y compris dans sa bibliographie, explique l’avocat Emmanuel Pierrat qui en possède un, on considère qu’il a été publié. Il finira donc comme les autres par tomber dans le domaine public. Pourra-t-il alors être réédité ? La question va bientôt se poser pour Brasillach, mort en 1945. Et tant qu’à publier des textes pareils, autant être le premier !»

Que faire enfin des «Décombres» de Rebatet, qui fut l’un des plus gros best-sellers sous l’Occupation? «Pauvert en a publié une version expurgée dans les années 1970, mais ces "Mémoires d’un fasciste" ne veulent du coup plus rien dire», note encore Pierrat.

C’est sans doute pourquoi l’ayant droit de Rebatet, le romancier Nicolas d’Estienne d’Orves, se déclare prêt à «pousser une réédition critique de ce livre, augmentée de 600 pages restées inédites. II faut tout republier, sinon c’est du révisionnisme. Mais attention, c’est une bombe, donc ça se manipule avec des pincettes!», ajoute-t-il en vous mettant sous le nez une page où l’on peut lire que, «d’une façon ou d’une autre, la juiverie offre l’exemple unique, dans l’histoire de l’humanité, d’une race pour laquelle le châtiment collectif soit le seul juste».

Le cas Morand

Paul Morand
Paul Morand: Total des ventes: 732.865 ex. Meilleure vente: "Fouquet ou le soleil offusqué", 114.553 ex. Moyenne des ventes annuelles depuis 1998: 13.000 ex. Chiffres Gallimard. (Sipa)

C’est toujours la même affaire, au fond. Faut-il tout publier d’un écrivain? Oui, semblaient indiquer les parutions du haineux journal de guerre de Drieu en 1992, puis du souvent consternant «Journal inutile» de Paul Morand en 2001. L’étape suivante, annoncée depuis des années, se fait pourtant attendre. Ce devait être la Correspondance entretenue par Morand et Jacques Chardonne de 1949 à 1968.

«Rien à voir avec des fonds de tiroir, des inédits de deuxième ordre, estimait après consultation François Dufay dans «le Soufre et le Moisi» (Perrin): ces milliers de missives croisées, signées de deux grands épistoliers, sont un monument d’abandon et de style sec, une éblouissante leçon d’écriture à l’usage des générations futures, en même temps qu’un témoignage irremplaçable sur l’âge d’or de la littérature française que fut le XXe siècle.»

Problème, notait le même Dufay: on y trouve beaucoup de vacheries sur des contemporains, comme Brigitte Bardot, mais aussi, principalement sous la plume de Morand, des avis aussi raffinés que celui-ci, daté du 7 mai 1960: «Là où Juifs et P.D. s’installent, c’est un signe certain de décomposition avancée; asticots dans la viande qui pue.» Ce rabat-joie d’Albert Camus n’avait peut-être pas tort de signaler que «le style, comme la popeline, dissimule trop souvent de l’eczéma.»

Chez Gallimard, on promet enfin la sortie d’un premier volume de cette fameuse Correspondance en novembre 2012, et son intégralité, un jour, en version numérique. Mais pas du tout «pour censurer, ou essayer de cacher quelque chose», s’empresse de préciser Bertrand Lacarelle, qui vient de récupérer cet impossible bébé: «J’ai 5 000 pages sur mon bureau, dont 3000 restent à saisir. Il va donc falloir faire des choix, sans forcément se contenter des plus belles lettres.»

Il tient d’ailleurs à minimiser l’importance «de l’homophobie, du racisme et de la diffamation» dans cette somme: «On est très loin du cas des pamphlets de Céline. Bien sûr, ils ne renient rien de leurs engagements de 1940, mais ils ne font pas non plus de compliments à Hitler.»

Il s’agirait d’abord d’une «grande conversation littéraire et géopolitique» où, chacun à sa manière, les deux anciens vichystes racontent leurs voyages (au Portugal pour Morand, en Grèce pour Chardonne), élaborent des stratégies pour entrer à l’Académie, évoquent Chateaubriand, le Journal des Goncourt et les jeunes hussards comme Nimier, Blondin ou Bernard Frank, dont ils se sont rapprochés pour s’assurer une postérité littéraire.

Pourquoi ne pas l’avoir publié plus tôt, alors que le testament de Morand l’autorisait dès 2001? Le travail d’édition commencé par Philippe Delpuech a été interrompu il y a quelques années par sa mort, «et tout doit être relu par nos services juridiques, comme pour n’importe quel livre d’ailleurs.»

Mais voilà qu’on apprend que la publication d’une correspondance Morand-Nimier a par ailleurs été abandonnée. L’universitaire Marc Dambre avait été chargé par Gallimard de son édition critique, et puis plus rien: «Les hommes de loi qui l’ont lue ont jugé que des passages sur certaines personnes pouvaient causer des ennuis. Et l’on m’a dit que, tout bien réfléchi, cela manquait d’intérêt littéraire.»

C’est aussi, à la Table ronde, l’avis d’Alice Déon, à qui Gallimard avait transmis le manuscrit: «Ce n’est pas une patate chaude qu’on se refile, il n’y a là rien d’extraordinairement sulfureux, mais j’y ai surtout lu des blagues autour des bagnoles et de la bouffe, avec des traits d’esprit déjà vus ailleurs.»

Faut-il, surtout, en déduire que les anciens collabos n’ont plus tant la cote, et que Morand serait retourné en quarantain? Pauline Dreyfus, qui vient de lui consacrer un bon roman chez Grasset, «Immortel, enfin», n’est pas loin de le penser: «Beaucoup de gens ont été très échaudés par son «Journal inutile». Mon manuscrit a été refusé par deux éditeurs, dont Gallimard. Et j’observe depuis sa sortie que la presse de gauche en rend compte volontiers, tandis que la presse de droite semble éprouver une gêne, comme si elle traînait toujours le complexe de Vichy.»

Peut-être. Ca n’empêche pas Emile Brami de songer que des tabous sont en train de sauter: «Notre époque ressemble de plus en plus aux années 1930, avec une crise et la montée des extrêmes. Des clients me parlent désormais du «lobby juif». Et «le Péril juif» de Jouhandeau, qui ne valait presque rien il y a quelques années, peut se vendre aujourd’hui 700 euros.»

Grégoire Leménager

Le Nouvel Observateur
 
Un commentaire

Publié par le mai 12, 2013 dans extrême-droite, litterature

 

Quelques réalités sur les conditions de travail en Chine par danielle Bleitrach

Il se dit à peu près tout et n’importe quoi sur les conditions de travail en Chine. Il est évident que si désormais la Chine est en train de dépasser l’Allemagne et de devenir le premier exportateur mondial, cela a été au prix d’un effort dément de la population. Mieux la Chine a franchi des étapes, elle était avant tout l’usine produisant des produits bas de gamme, dépendant à plus de 70 % des technologies étrangères, elle est toujours l’atelier du monde mais  elle est passé de l’électroménager à la maîtrise désormais de technologies qui lui permettent de construire des TGV. De la même manière, ou plutôt contradictoirement la Chine en peu de temps, en gros depuis les réformes de 1978, est passé du plein emploi à la possibilité de chômage, des entreprises garantissant sécurité et protection sociale au marché privé du travail, elle a connu une mobilité énorme, en particulier un exode rural, tempéré comme nous allons le voir par des mesures discriminatoires à l’égard des migrants. C’est assez dire que chaque avancée a été payée de son prix de sueur et de souffrances. Mais surtout cette brève analyse nous confronte à l’énorme hypocrisie occidentale qui ne cesse de dénoncer les conditions de travail en Chine et refuse de voir qui en porte la responsabilité réelle, non seulement historique mais d’une brûlante actualité.

 

1-Migrations et discriminations La population la plus exploitée et soumise aux plus rudes conditions de travail a été celle des migrants ruraux, soit ceux qui émigraient définitivement, soit ceux qui venaient amasser un pécule en ville. Les mobilités interrégionales ou intrarégionales, rurales/urbaines se sont multipliées et la population flottante n’a cessé d’augmenter en se diversifiant en Chine continentale. Avec l’arrivée des migrants dans les villes chinoises, les marchés du travail se sont de plus en plus segmentés et différenciés. Et les migrants, notamment peu qualifiés et surtout les plus jeunes, sont devenus l’objet de domination, d’exploitation et aussi de violence. De plus la suppression de la notion d’emploi à vie a  représenté un moment très dur dans la transition de l’économie planifiée vers l’économie de marché fut-elle socialiste et planifiée. Il s’est formé quelque chose de totalement inconnu jusque là  un marché des emplois, le chômage est apparu comme un phénomène nouveau dans l’histoire de la Chine communiste. Il faudrait pour être plus complet montrer l’imbrication, la superposition des emplois d’Etat et de ceux privés.

La politique de discrimination qui a marqué cette population migrante avait une double fonction, mobiliser une main d’œuvre peu exigeante pour les multinationales et aussi pour la construction. Mais aussi, il s’agissait de freiner cet afflux rural pas toujours désiré. Il est facile de dénoncer les politiques menées, plus difficile est de gérer la situation qui veut que quelques 800 millions de paysans chinois, de manière plus ou moins permanente, tendent à s’employer hors de leur terres? Et malgré tous les obstacles administratifs  (difficultés à obtenir une carte d’identité nécessaire pour se déplacer, perquisitions régulières à Pékin pour chasser les habitants illégaux,…), les paysans affluent là où il peut y avoir du travail. Et ils atterrissent  précisément dans les villes où on construit pour loger une population déjà à l’étroit. Nul doute que la multiplicité des chantiers des jeux olympiques a donné une occasion à cet afflux qu’il faut bien contenir. L’exemple de Shanghai illustre ces politiques. On peut les apprécier  comme particulièrement injustes à l’égard des migrants, mais aussi considérer qu’elles protègent l’emploi des travailleurs des villes, empêchent la pression à la baisse de leurs emplois. Même discriminés les travailleurs venus des campagnes trouvent des revenus supérieurs à ceux qu’ils ont en tant que paysans, l’attrait est là mais la dureté de ces conditions empêche l’afflux incontrôlé. Face à un nombre toujours croissant de migrants, la municipalité de Shanghai a pris des mesures de protection des marchés du travail pour les Shanghaiens en distinguant les emplois réservés à la main-d’œuvre urbaine et l’autre à la main-d’œuvre provinciale En effet en 1995, le Bureau du travail et de protection sociale de Shanghai a publié une liste de secteurs d’activités et d’emplois réservés ou interdits aux migrants : les secteurs de l’industrie lourde, le textile et la construction sont ouverts aux migrants ; les emplois intermédiaires sont d’abord réservés aux citadins mais ouverts aux migrants ; enfin les emplois « visibles » comme chauffeur de taxi, agent de la sécurité et standardiste, etc., sont formellement interdits aux migrants (1) Les migrants assurent leur présence sur des segments de marché du travail disqualifiés comme la manufacture, la confection, le bâtiment, la restauration, le transport de marchandises, etc. ; on peut alors parler de « niches économiques ». En même temps que le secteur traditionnel se réanime a lieu un phénomène de tertiarisation qui s’accompagne d’une précarisation des marchés du travail génératrice d’emplois payés à l’heure ou à la tâche où sont le plus souvent embauchés des provinciaux. L’évolution du marché de travail urbain a reposé  sur des processus discriminatoires de plus en plus marqués à l’égard des populations migrantes faiblement qualifiées mises en concurrence de manière ouverte avec les chômeurs. En 2000, 82,9 % des migrants travaillaient dans les secteurs mal considérés par les Shanghaiens : chantiers navals, textile, bâtiment et services. Comme on le voit, le passage d’une économie planifiée à une économie de marché s’est encore  tout de suite accompagné de processus de segmentation des marchés du travail où cohabitent inégalités, discriminations et évictions des Chinois non désirés. Si l’on ne connaît pas cette situation on ne comprend rien y compris aux événements du Tibet où il y a cet exode vers les villes et cette situation générale de protection du salariat et du travail urbain par rapport à cet afflux. Dés que j’ai lu le récit des événements j’ai pensé qu’il y avait au départ une opération orchestrée débordée par un prolétariat vivant trés mal. Nous sommes ici dans des phénomènes à une échelle inconnue qu’une société qui table avant tout sur sa sortie de sous développement doit maîtriser. Et ceux qui pensent qu’il suffira de rétablir un lama féodal n’offrant rien d’autres à ces populations que le retour à l’achaisme sont soit idiots, soit volontairement décidés à rendre la situation plus compliquée à la Chine.

 

2- Les multinationales, lieu d’exploitation

Un pays qui sort du sous développement par un effort gigantesque et qui se plie au diktat des multinationales, tout en tenant le tigre en laisse, telle est la Chine et elle réussit là un formidable exploit que lui permet sans doute la planification et la propriété collective, disons étatique des principaux secteurs de production et des secteurs financiers.  La Chine pour faire son accumulation primitive exporte à tour de bras et dans le même temps tente un développement endogène, un équipement du territoire et plus récemment une politique environnementale. Et pour revenir à notre objet elle met en place une politique de droit des travailleurs.

Le fait que la Chine soit un pays sous développé se  traduit  au départ^par  un manque de capitaux et de technologie, il faut faire appel aux capitaux et aux technologies étrangères et se soumettre à leurs conditions.

Plus de la moitié des exportations chinoises sont le fait néanmoins d’entreprises étrangères. Donc quand on décrit le bagne du travail en Chine, il faut savoir que ce bagne a été largement créé par des entreprises étrangères .

Une enquête menée par les organisations suisses Pain pour le prochain et Action de Carême met directement en cause les grandes marques d’informatique. Officiellement, comme cela se passe pour toute l’Asie, les grandes marques d’informatique ont mis en place des codes de conduite en matière de responsabilité sociale, les règles sont peu respectées par leurs fournisseurs. Nous avons vu que c’était le cas pour Ikea en inde, c’est donc une pratique commune des multinationales, elles font pression sur leurs fournisseurs pour aboutir partout à des conditions d’exploitation à outrance.

Les deux organisations ont enquêté dans sept usines fournissant les grandes firmes informatique internationales.

Les ouvriers y travaillent de 10 à 12 heures par jour, six et parfois sept jours par semaine. Chaque mois, ils effectuent entre 80 et 200 heures supplémentaires quand la loi en autorise 36.

Les conditions de santé sont mauvaises pour ces travailleurs. La manipulation de produits toxiques se fait souvent sans masques ni gants et les salles de soudage manquent d’aération. Les employés interrogés dans cette enquête ne bénéficient pas d’un contrôle médical au travail.

Des sanctions disciplinaires abusives sont souvent mises en place. Un travailleur d’une des usines visitées explique : "En période de haute production, la cadence augmente et il est difficile de suivre le rythme. Nous faisons plus d’erreurs. Si l’inspecteur le découvre, il nous impose une amende, sous forme d’une déduction d’une demi-journée de salaire. Nous sommes extrêmement tendus".

Dans beaucoup d’usines, les codes de conduite des entreprises étrangères,  clientes de ces usines  – ces engagements de respecter les droits élémentaires des travailleurs – ne sont pas portés à la connaissance des employés.

Malgré tout, quelques améliorations sont intervenues récemment. Le nombre d’entreprises payant leurs employés en dessous du minimum légal a baissé. Mais il en reste encore. Ainsi, l’usine Lite-On Electronics payerait les heures supplémentaires le week-end 150 % du salaire horaire en semaine, quand la loi prévoit 200%.

Les deux organisations constatent que l’engagement des marques face à cette situation est variable. Hewlett-Packard s’est donné des moyens humains et financiers importants pour mettre en oeuvre son code de conduite. Cette firme est par ailleurs la seule à accepter de donner une liste complète de ses fournisseurs et de commenter des cas précis d’usines. Apple fait également des efforts, notamment en multipliant les audits en Chine. Mais elle refuse malgré tout de communiquer dans la transparence sur ses fournisseurs, ses audits et les formations qu’elle met en place.

Enfin, le rapport de Pain pour le prochain et Action de Carême révèle que la firme Fujitsu-Siemens est à la traîne. Au niveau du groupe international et en Chine, elle n’a aucune personne en charge des responsabilités sociales. Elle considère par ailleurs qu’elle n’a pas à former ses fournisseurs à son code de conduite.

Le constat est d’autant plus sévère que selon ces deux organisations, il suffirait d’ajouter un peu plus de 30 euros au prix de chaque ordinateur pour assurer aux ouvriers de l’informatique des conditions de travail dignes.(2)

Une enquête menée par le journal Southern Weekly qui a étudié   126 multinationales durant une année complète. Au banc des accusés : des entreprises appartenant aux 500 plus grosses compagnies et qui ont enregistré des résultats financiers remarquables que ce soit dans le nombre de ventes, le volume des exportations ou les profits bruts. Les résultats sont alarmants ! 58 entreprises (46% de l’ensemble) ont refusé de se conformer à la loi d’établissement des syndicats. Vingt autres ont sérieusement endommagé l’environnement. Et les critiques ne s’arrêtent pas là ! 37 firmes vendaient aux consommateurs chinois des produits ou des services ne répondant pas aux normes de qualité, ce qui a été corroboré par des plaintes répétées pour 19 d’entre elles. D’après le journal Southern Weekly, certaines entreprises étaient mêmes coupables de soudoyer des officiels du gouvernement ainsi que des dirigeants de l’entreprise ou d’autres entreprises ! Southern Weekly assure de la réalité des données. L’hebdomadaire a indiqué que l’étude s’est basée sur des informations publiques fournies par les autorités, les associations de consommateurs, les syndicats et les médias. Il dit avoir vérifié les renseignements auprès des entreprises elles-mêmes. Le même journal a publié une liste noire : les 33 multinationales présentes en Chine qui sont passées outre les lois anti-pollution de l’eau. Quatre d’entre elles font partie des 500 entreprises aux plus gros profits : Nestlé Sources Shanghai Ltd, Pepsico, Panasonic et 3M. Les informations viennent de l’ONG « Institut des affaires publiques et environnementales. » Le directeur, Ma Jun, confiait cependant au Shanghai daily que les multinationales ne sont pas les seules entreprises critiquables : 26 000 compagnies chinoises ont de même rejeté illégalement des déchets dans les cours d’eau chinois et à une échelle plus importante.

Et il est vrai également que les conditions de travail d’une extrême dureté ne se trouvent pas seulement dans les entreprises étrangères, il y a celles de la paysannerie, et il y a même eu de véritables scandales comme les mines de charbon clandestines et les briqueteries, où des adolescents et des hommes parfois enlevés et vendus travaillaient sans salaire. Mais que ces cas aient fait un tel scandale prouve leur caractère exceptionnel, le fait est que les Chinois ne s’habituent pas à l’exploitation.  On constate dans les villes non seulement une amélioration mais de la difficulté à trouver de la main d’œuvre qualifiée, et tout cela aboutit à des augmentations de salaires de l’ordre de + 18% depuis un an (3). Et surtout pour qui connaît les conditions d’esclavages dans certains pays d’Amérique du sud ou même de la domesticité dans les émirats, la découverte et le scandale sont un pas vers autre chose, comme les procès publics et les lourdes peines qui frappent les directeurs d’entreprise de la mine qui par leur imprudence délinquante ont provoqué des nombreuses morts.

3-Une situation en évolution

Les différences avec les ateliers d’assemblage du Tiers-monde comme ceux de la frontière mexicaine, les maquiladoras, tient au fait que l’Etat chinois a réussi à maîtriser le phénomène et en faire un facteur de développement inouï. Le second facteur est  l’intervention de plus en plus fréquente des autorités, à la suite de nombreuses manifestations pour faire respecter les droits et l’existence du syndicat à l’intérieur de l’entreprise.

Il est un fait que ne sont jamais dénoncés par les occidentaux les entreprises étrangères et toujours « le régime », jamais le sous développement et toujours « le socialisme », etc. Alors que même quand ces entreprises étrangères ne pèsent pas directement sur leurs salariés elles le font par le biais d’entreprises sous-traitantes qu’elles mettent en concurrence, ce qui se répercute sur les salaires et les conditions de travail. Et dans les grandes entreprises si les travailleurs logent sur place il peut même arriver que le patron retienne les papiers et si la multinationale a signé « un code de conduite », quand elle envoie inspecter les conditions des salariés ceux-ci ne peuvent pas se plaindre.

Tout cela existe mais tend à évoluer sous une triple influence:

la première est  la protestation massive des travailleurs, les travailleurs chinois ne se laissent pas faire, en 2005 près de 90.000 manifestations impliquant plus de cent personnes ont été recensées.

La seconde est une nouvelle préoccupation des autorités face à cette montée des mécontentements et les tensions sociales y compris face aux cas de corruption des autorités.(4)

Le troisième phénomène est un début de pénurie de main d’œuvre, y compris ce qui est nouveau de main d’œuvre peu qualifiée, notamment dans le province du Guangrong au sud, où se produit près du tiers des exportations chinoises.

Mais on peut également noter que par rapport à l’Inde et d’autres pays asiatiques dont on ne fait pourtant pas état, le travail des enfants n’est pas un fléau. Les enfants sont pratiquement tous scolarisés dans les zones urbaines.

Si les médias occidentales et même la plupart des médias alternatifs sur internet décrivent avec beaucoiup de complaisance les conditions de travail en Chine, en les attribuant au gouvernement chinois. De temps en temps on lit dans la presse des entrefilets de ce type :

Adidas retire progressivement sa production de Chine

Le numéro deux mondial des équipements sportifs, l’allemand Adidas, juge le niveau des salaires en Chine dorénavant trop élevé et va transférer une partie de sa production vers des pays encore plus compétitifs, a déclaré son patron Herbert Hainer. Adidas va transférer sa production en Inde, au Laos, au Cambodge et au Vietnam, mais aussi dans les pays de l’ex-URSS et en Europe de l’Est. » (5)

Les entreprises occidentales ne vont donc pas dans un pays pour l’aider à se développer (ce n’est pas nouveau) mais pour en tirer un max de profit (ça s’appelle diminuer les coûts). On retrouve les mêmes informations dans la presse de Taiwan, les salaires chinois augmentent trop pour continuer à faire de la Chine continentale une zone de sous traitance, mais elle devient un marché intéressant.

L’évolution, en particulier du nouveau code du Travail

Voici les changements intervenus dans le nouveau code du travail par rapport à celui de 1994 – L’employeur doit impérativement conclure un contrat de travail écrit. – - La priorité est donné au contrats à durée indéterminés. C’est théoriquement fini les CDD à répétition. Lorsqu’un employé a dix ans d’ancienneté- s’il en fait la demande- l’employeur est tenu de signer un CDI. L’employeur ne peut aujourd’hui proposer que deux CDD consécutifs. « la sanction de la violation de cette obligation consiste pour l’employeur à verser un double salaire » à compter de la date à laquelle le CDI aurait dû être conclu. – Le licenciement économique est encadré : cela ne peut concerner un ou deux travailleurs, cela doit au minimum concerner 10% du personnel. – Interdiction de pénalités en cas de démission : avant pour démissionner l’employé devait des pénalités c’est supprimé.

Face à ce code du travail entré en application le premier janvier 2008, les chambres de commerce nord-américaine et européennes ont manifesté leur opposition et menacé de délocaliser si le droit du travail devenait trop contraignant. On mesure en sachant cela l’hypocrisie des médias occidentaux  qui ne cessent d’incriminer « le régime », « le socialisme » et jamais leurs propres capitalistes. Ce nouveau code renforce la protection des salariés par rapport à celui de 1994. la plus importante des réformes  est la nécessité dans laquelle se trouve l’entreprise d’établir un contrat de travail écrit.  Selon le mensuel Alternatives économique, Li Hua, avocate au cabinet Gide Loyrette Nouei à Pékin précise « "En 2007, le nombre des contentieux entre les deux parties- employeur-employé, de les rapports sociaux à l’intérieur de l’entreprise se sont détériorées ces dernières années. – le nombre des conflits  a augmenté de 30% à Shanghai et à Pékin, principalement dans les secteurs de l’industrie et de la construction »(..) « On sent (de la part du gouvernement) une vraie volonté de renforcer les droits des salariés » ajoute-t-elle  (6) Tout ce que nous voyons sont les conditions d’accumulation primitive que nous avons réalisé en Europe en envoyant les enfants de 5 ans et moins dans les mines, en faisant travailler dans de terribles conditions et nous continuons dans tout le Tiers Monde quitte à les accuser de faire baisser les prix ou de jouer la vertu devant une Chine communiste exploitant les travailleurs.Cette Chine doit nourrir un milliard trois cent mille êtres humains et pour se faire contrôler l’exode rural, elle doit développer les forces productives et pour cela accepter les étrangers, mais elle doit aussi planifier, maîtriser sa propre croissance pour ne pas se retrouver la proie d’un néo-colonialisme. Elle doit mettre en place des systèmes de prodtection sociale, d’assurance maladie et de retraite, ne commençant là encore par la population citadine mais en l’étendant aux zones rurales.

La Chine a sorti la majorité de sa population de la pauvreté extrême.

« La population chinoise dans son ensemble a très largement bénéficié de ce décollage puisqu’en vingt-cinq ans, le revenu par habitant a été multiplié par cinq ! Il était, d’après la Banque mondiale, de 190 dollars l’an en 1978, il est de 1000 dollars environ en 2004 ; Cela a permis à 400 millions de Chinois de sortir de l’extrême pauvreté-moins d’un dollar par jour. Réservés à l’élite pendant un temps, le réfrigérateur, le vélo et le téléphone sont devenus des biens de consommation courante pour des centaines de millions de personnes. Globalement, les Chinois ont aussi accru, au cours de ce quart de siècle, d’un tiers au moins leur consommation moyenne de calories-ce qui n’est pas sans expliquer l’allongement de leur espérance de vie….

Cela étant, …la Chine reste un pays pauvre, très pauvre même. Près de la moitié de la population vit encore avec moins de deux dollars par jour. Le revenu moyen a augmenté, mais à 1000 dollars par an (à peine 800 euros), il reste à des années-lumière de celui des pays qui ont fait leur révolution industrielle il y a un ou deux siècles-trente fois moins qu’en France, quarante fois moins qu’aux Etats-Unis…Le Chinois trouvera peut-être quelque source de satisfaction en apprenant que son revenu moyen est deux fois supérieur à celui de l’Indien…

Si l’on prend le PIB calculé en volume plutôt qu’en valeur, en pouvoir d’achat plutôt qu’en monnaie courante donc, l’écart de la Chine est moindre : en termes de « parité de pouvoir d’achat », la Banque mondiale estime à 4000 dollars le PIB par habitant, dix fois moins « seulement » que celui des Etats-Unis. » (7)

Que ceux qui veulent juger et donner des conseils le fassent je m’en sens incapable et j’admire ce peuple travailleur qui de surcroit à l’inverse des Occidentaux n’a pas pillé d’autres peuples, porte partout la paix et le développement. L’arrogance occidentale qui ignore ce qu’est le sous développement et qui veut surtout ne jamais se rappeler comment sa propre société a pillé le monde, a été capable d’inscrire dans les jardins chinois des pancartes "interdites aux chiens et aux Chinois", a détruit une des merveilles du monde, le palais d’été, a imposé la guerre de l’opium, forcé une génération à être des morts vivants, les ortures japonaises qui ont effrayé même les nazis, j’en passe et des meilleurs, se permettent alors que leurs propres capitalistes continuent àç sévir, alors qu’eux mêmes bénéficient de produits venus de Chine, cette ,insupportable arrogance se permet encore de critiquer la Chine. Et au lieu d’admirer l’héroïsme du peuple chinois, de contempler éblouï comme cela le mérite ce qu’ils ont donné à voir de leurs efforts dans ces jeux olympiques, manifestent leur insondable mesquinerie. sans même penser à remercier ce peuple qui attendait le coeur battant qu’on le félicitat pour tant de courage, tant d’efforts, tant d’humble vaillance. Oui nous occidentaux nous appartenons bien comme les Etats-Unis à cette "civilisation" que décrit le Cubain José Marti: "Il est d’un coeur mesquin, et rongé par l’envie impuissante, d’aller chercher des poux à la grandeur patente, et de la dénier catégoriquement en invoquant le plus minime des défauts, ou bien de se jucher sur un trepied d’oracle, comme si l’on purgeait le soleil d’une tâche".

Danielle Bleitrach (1) Thèse et mémoire de DIDERON, Sylvie, INSTITUT NATIONAL AGRONOMIQUE PARIS-GRIGNON, 1993/00/00 (Suisse) (2) Le rapport de cette étude peut être téléchargée sur le site de fair-computer (3) Jean françois Huchet, la responsabilité sociale des entreprises étrangères en Chine, Ires-FO, juin 2007 (4) une des formes particulières de la lutte contre la corruption est le contrôle des hauts salaires elle témoigne à sa manière de la pression qui est exercée contre la nouvelle bourgeoisie de la part de la base.  Ainsi le ministre de la Commission pour la supervision des Actifs d’Etat (en anglais : State-owned Assets Supervision and Administration Commission, soit le SASAC), Li Rongrong, selon le Qotidien du peuple du 4 août 2008 a fait état de la controverse de hauts salaires dans des entreprises d’Etat. Il a dit que la croissance des salaires de managers durant la période comprise entre 2004 et 2006 était de moins de 15% — moins important que le profit de 36,7% que leurs entreprises avaient créés. La controverse a été provoqué par des rapports selon lesquels on a découvert l’année dernière que Ma Mingzhe, directeur général de la Compagnie d’assurances de Ping An, la seconde du genre de Chine, avait collecté plus de 45 millions de yuans (6,6 millions de dollars) pour son salaire annuel avant impôt. Ce salaire était 3 200 fois le revenu disponible par habitant des résidents urbains de Chine de l’année dernière.

(5) Le Soir du 29/07/08,  entrefilet en page économique (6) Alternative économiques, « Chine un petit bond en avant » n°271 juillet-août 2008p ;79

(7)  d’Erik Izraelewicz,  « Quand la Chine change le monde », Grasset, 2005

 
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Publié par le mai 11, 2013 dans Asie, société

 

La Chine est-elle asiatique ? par Emilie Frenkiel,

Le contexte international, et le rapprochement économique et diplomatique entre les puissances florissantes d’Asie, semblent conforter la proposition japonaise de créer une communauté asiatique. Mais qu’en pense la Chine ?

par Emilie Frenkiel
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Récemment encore, des émeutes éclataient en Chine contre des entreprises japonaises après la collision d’un chalutier chinois et de deux navettes de garde-côtes japonais, ravivant la querelle entre les deux pays au sujet des îles Diaoyu/Senkaku. Les manifestations nationalistes hostiles au Japon, déclenchées par la parution de manuels d’histoire glorifiant l’Empire pendant la Deuxième Guerre mondiale ou les accrochages en Mer de Chine, ne sont pas rares. Certains militants nationalistes reprochent au gouvernement chinois leur manque de fermeté, notamment vis-à-vis du Japon ou de Taiwan. Depuis sa politique d’ouverture au monde, la diplomatie économique chinoise est un des aspects les moins contestés de la politique du gouvernement chinois. La légitimité du régime étant fortement corrélée à la croissance économique qu’il garantit, la politique chinoise d’ouverture au monde est à l’origine de la réussite des réformes économiques radicales, et constitue en ce sens un ressort essentiel de l’effort de maintien au pouvoir du régime communiste. La réussite économique du pays, source de prospérité pour les plus chanceux, et l’ascension de la Chine au niveau international, suscitent en effet l’adhésion de l’ensemble de la population chinoise, fière d’appartenir à un pays qui, si pauvre il y a trente ans, est parvenu à se hisser en un temps record parmi les plus grandes puissances mondiales. Elle met un terme au sentiment d’humiliation qui a marqué le XXe siècle chinois (baituo guru). À l’heure actuelle, la question n’est pas de remettre en cause cette ouverture au monde mais de réfléchir à ce qui justifierait, pour la Chine, une attention portée tout particulièrement à l’Asie.

L’idée de créer une communauté asiatique a été récemment relancée par le Japon. En 1990 déjà, le premier ministre malaisien Mahathir Mohamad avait proposé de fonder une communauté économique d’Asie orientale afin de limiter l’influence des États-Unis dans la région. Le premier ministre japonais Junichiro Koizumi s’était également prononcé en faveur de la création de cette communauté. Si l’idée d’intégration et de coopération régionale refait surface depuis quelques années, cela s’explique par le besoin grandissant d’échanges commerciaux et de coopération financière entre ces économies régionales florissantes. D’autre part, ce retour vers l’Asie est favorable aux intérêts nippons et c’est la raison la plus souvent invoquée pour expliquer la démarche du Japon en faveur d’un resserrement des liens entre les pays d’Asie orientale. En effet, le Japon, préoccupé par le déclin relatif de son économie et par le vieillissement de sa population, considère la puissance économique croissante de l’Asie comme le moteur potentiel de sa croissance à venir. De plus, en encourageant l’intégration de la Chine dans des arrangements régionaux, Tokyo souhaite limiter l’émergence d’un G2 sino-américain à même de piloter l’économie mondiale, et éviter ainsi de passer au second plan. Mais comment la Chine réagit-elle à ces efforts de développement d’une communauté asiatique ? Quel serait, pour elle, l’intérêt d’une participation à la communauté asiatique ? À quel prix, le cas échéant, pourrait-elle rester en retrait ?

La communauté asiatique : le regard chinois

Le ministre japonais des Affaires Étrangères Katsuya Okada a envisagé en octobre 2009 la possibilité de forger une communauté d’Asie orientale basée sur le Sommet d’Asie Orientale (East Asia Summit). La création, basée sur les rencontres des dirigeants de l’ASEAN [1] + 3 (la Chine, le Japon et la Corée du Sud), remonte à 2005. La participation de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de l’Inde mais aussi de la Russie et des États-Unis, est envisagée mais reste en discussion. Même si la création de cette communauté est appelée par la nouvelle donne internationale (mondialisation des enjeux, affirmation des puissances émergentes dans les enceintes internationales, montée du régionalisme etc.), elle n’a pas encore d’existence institutionnelle stable. De même, lorsqu’on se penche sur l’idée de la création de cette communauté, on est frappé par son caractère indéterminé. En effet, la question de ses membres participants, de ses objectifs et de sa direction est totalement ouverte. Néanmoins, on peut remarquer que les échanges commerciaux entre les États membres du Sommet d’Asie Orientale ont triplé ces dix dernières années et correspondent à 54% de leur commerce. De plus, leurs PIB combinés correspondent à 23% de la production mondiale totale [2]. L’idée d’une telle communauté semble s’imposer tant l’interdépendance économique entre ces pays est grande, d’autant plus que les récentes crises financières, sanitaires et climatiques demandent régulièrement une réponse commune.

Les avantages commerciaux d’une communauté asiatique

Une communauté d’Asie orientale pourrait servir les intérêts de la Chine, dont la montée en puissance fulgurante a d’abord suscité l’inquiétude de ses voisins. Elle est consciente de devoir les rassurer sur ses intentions et mène par conséquent une politique d’ouverture et de séduction. Depuis une dizaine d’années, la politique étrangère chinoise est guidée par le principe du développement pacifique (heping jueqi). Cette politique marque une rupture avec la théorie du monde multipolaire de Jiang Zemin, mais elle est en continuité avec le concept de « taoguang yanghui » (littéralement, dissimuler l’éclat et nourrir l’obscurité) de Deng Xiaoping selon lequel la Chine doit faire profil bas pour être acceptée par la communauté internationale. Il s’agit d’oublier les doctrines idéologiques de la politique étrangère chinoise (la révolution mondiale) et de se consacrer en priorité au développement économique. La Chine se présente ainsi comme une puissance pacifique, coopérative, tolérante, confiante et responsable. Cette politique est défendue par le courant des internationalistes libéraux dont font partie Qin Yaqing, professeur d’études internationales à l’Université Chinoise des Relations Internationales, et Shi Yinhong, professeur de relations internationales à l’Université du Peuple à Pékin. Selon eux, la Chine doit montrer qu’elle veut intégrer, et non renverser l’ordre international actuel. Elle doit s’affirmer et mieux défendre ses intérêts, mais aussi se prêter au jeu du cadre existant [3]. Ces chercheurs décrivent et prônent une montée en puissance de la Chine dans la douceur (ruan jueqi). Selon Qin, la Chine est une puissance de statu quo, dans la mesure où les dirigeants chinois tâchent de convaincre le reste de l’Asie que la robustesse de leur économie, dans le cadre d’un développement pacifique, ne peut que contribuer à la renaissance de l’Asie.

La réussite des négociations d’accession à l’OMC explique en partie la réévaluation par Pékin de l’importance de son rapport à sa périphérie. En effet, avec leur institutionnalisation, l’incertitude des échanges commerciaux sino-américains a pris fin et la diplomatie commerciale chinoise a pu s’ouvrir à d’autres projets. D’abord frileuse à l’égard du multilatéralisme régional, elle s’est lancée dans l’ouverture de voies complémentaires. Le resserrement des liens entre les pays du continent asiatique peut permettre à la Chine de diversifier ses exportations et de réduire sa dépendance envers les marchés européens et américains. Les tableaux ci-dessous montrent l’importance du partenaire commercial américain mais aussi la grande place des échanges avec le Japon et les dragons asiatiques. « Dans un contexte où il s’agit de privilégier le développement économique et la stabilité intérieure, le régionalisme présente le triple avantage de calmer les appréhensions des pays voisins, de créer un environnement régional de prospérité partagée et d’approfondir la coopération » [4]. La nouvelle politique régionale de la Chine correspond ainsi à une diplomatie rassurante de « bon voisinage, voisinage sûr et voisinage prospère » (mulin, anlin, fulin). L’objectif actuel de la Chine est d’apaiser ses voisins et de désamorcer la théorie d’une menace chinoise (zhongguo weixie lun). Et, de fait, leurs craintes face à la montée en puissance de la Chine sont atténuées dans la mesure où les dirigeants chinois affirment clairement leur intention de maintenir un régionalisme ouvert et inclusif dont les grandes puissances ne sont pas exclues.

La participation de la Chine aux discussions et négociations régionales s’est institutionnalisée ces dernières années. Le rôle qu’elle a joué dans le lancement, la construction et l’organisation d’institutions régionales telles que l’Organisation de Coopération de Shanghai et le Sommet de l’Asie Orientale témoigne de l’assouplissement de son discours diplomatique traditionnel basé sur le principe de non-intervention. Certes, ce principe opportun pour une jeune puissance comme la Chine est constamment brandi pour justifier les relations qu’elle développe avec des pays comme le Soudan, la Corée du Nord ou la Birmanie, sans remettre en question la légitimité des dirigeants avec lesquels elle est amenée à traiter. De même, cette doctrine de la non-intervention permet au gouvernement chinois d’ignorer les remontrances de la communauté internationale sur sa politique intérieure. L’intensification des échanges communautaires, la plus grande dépendance des pays asiatiques envers la Chine et l’insistance sur cette politique de non-intervention servent par ailleurs de moyen de pression à la Chine pour contraindre les pays asiatiques à réduire leurs contacts avec Taiwan, le dalaï-lama et les militants du Falungong.

Les partenaires commerciaux principaux de la Chine en 2009 (en milliards de dollars)
Rang Pays Volume
1 États-Unis 298.3
2 Japon 228.9
3 Hong Kong 174.9
4 Corée du Sud 156.2
5 Taiwan 106.2
6 Allemagne 105.7
7 Australie 60.1
8 Malaisie 52.0
9 Singapour 47.9
10 Inde 43.4

Source : Administration des douanes de la RPC, Statistiques des douanes chinoises

Les principales destinations des exportations chinoises en 2009 (en milliards de dollars)
Rang Pays Volume
1 États-Unis 220.8
2 Hong Kong 166.2
3 Japon 97.9
4 Corée du Sud 53.7
5 Allemagne 49.9
6 Pays-Bas 36.7
7 Royaume-Uni 31.3
8 Singapour 30.1
9 Inde 29.7
10 Australie 20.6

Source : Administration des douanes de la RPC, Statistiques des douanes chinoises

Les principaux importateurs vers la Chine en 2009 en milliards de dollars) [5]
Rang Pays Volume
1 Japon 130.9
2 Corée du Sud 102.6
3 Taiwan 85.7
4 États-Unis 77.4
5 Allemagne 55.8
6 Australie 39.4
7 Malaisie 32.3
8 Brésil 28.3
9 Thaïlande 24.9
10 Arabie Saoudite 23.6

Source : Administration des douanes de la RPC, Statistiques des douanes chinoises

Un nouveau positionnement face aux États-Unis

Outre les avantages commerciaux que la création d’une communauté asiatique renforcée ne manquerait pas d’apporter à la Chine, l’entreprise ne peut fonctionner sans un certain degré de solidarité et de soutien mutuel entre les pays membres. Il est donc nécessaire d’apaiser les querelles territoriales (illustrées récemment par les tensions entre le Japon et la Chine autour de l’archipel Diaoyu/ Senkaku, dont nous avons parlé plus haut), les tensions historiques (en partie liées à la non reconnaissance des crimes de guerre commis par les officiers japonais pendant la seconde guerre mondiale), les conflits et suspicions diverses qui persistent entre un certain nombre de pays asiatiques et qui constituent un des obstacles majeurs à l’avènement d’une véritable communauté asiatique. Par ailleurs, l’émergence et le maintien d’une telle communauté impliquent que ces pays entretiennent des objectifs et des principes communs. De meilleures relations avec ses pays voisins ont l’avantage de dissuader ceux-ci de faire pression avec les États-Unis contre la Chine, par peur de perdre ce que leur apporte cette nouvelle relation. Après la violente répression de juin 1989, les pays occidentaux avaient en effet organisé un réseau de sanctions contre la Chine et cette dernière avait été contrainte de reconfigurer sa politique étrangère et de se concentrer sur l’Asie orientale, qui était alors devenue sa base de repli. La Chine a depuis créé une zone tampon contre les pressions éventuelles des États-Unis.

Plus encore, l’idée d’un retour vers l’Asie ne déplait pas à la Chine car elle pourrait ainsi contribuer à bâtir le monde multipolaire dont elle rêve. Une communauté asiatique forte pourrait en effet contrebalancer le poids des États-Unis en Asie et dans le monde. C’est ce qu’on appelle dans la théorie de l’équilibre des pouvoirs le soft-balancing, comme le souligne T. V. Paul :

Le soft balancing correspond à un équilibre tacite recherché en dehors des alliances officielles. Il a lieu lorsque des ententes ou des accords de sécurité limités sont trouvés entre États afin de contrebalancer le pouvoir d’un État potentiellement menaçant ou d’une nouvelle puissance. Le soft balancing se fonde souvent sur une course aux armements restreinte, sur l’organisation d’exercices en coopération, ou sur une collaboration dans le cadre d’institutions régionales ou internationales. Ces politiques peuvent donner lieu à des stratégies ouvertes de hard balancing si la compétition sécuritaire s’intensifie et la puissance en question se montre plus menaçante [6].

La Chine reconnaît et accepte la réalité de la puissance américaine. Celle-ci est contrainte à la modération, notamment en ce qui concerne la question taiwanaise et la politique chinoise d’expansion en Afrique, étant donné sa forte dépendance financière vis-à-vis de la Chine. Cette dernière tâche néanmoins de réduire autant que possible l’usage que les États-Unis font de leur puissance politique, militaire et économique en Asie par des manoeuvres diplomatiques visant à étendre son influence politique et économique dans la région. Le monde n’est déjà plus unipolaire : de nouvelles puissances émergent, des ensembles régionaux se construisent et contestent la puissance américaine. La prise de confiance et l’affirmation croissante de la Chine le confirment. Certains experts chinois commencent à contester le rôle des États-Unis dans les affaires d’Asie orientale. Ainsi, Xiao Huanrong défend l’idée que « la participation des États-Unis [dans l’ordre régional est-asiatique] doit se limiter à celle d’un invité » et que « la Chine devrait s’affirmer et jouer au moins le rôle de coordinateur [7] ». Certains, comme Pang Zhongying, rejettent l’importance actuelle des États-Unis dans le système régional sous prétexte que n’étant pas un pays asiatique, ils n’y ont aucune légitimité. Toutefois, la Chine ne cherche pas officiellement à évincer la puissance américaine pour adopter à son tour un rôle de leader en Asie. Par ailleurs, la raison principale du déclin de l’influence américaine en Asie provient de sa politique actuelle de laisser-faire (benign neglect) et d’engagement sélectif dans la guerre contre le terrorisme, dont la Chine a pu largement profiter sur les plans économique, commercial et culturel.

La perspective mondialiste de la Chine

Concernant la construction de la communauté est-asiatique, il reste à déterminer qui en fera partie (l’Australie, l’Inde, les États-Unis, etc.) et qui en prendra la tête. À l’heure actuelle, le Japon et la Chine ne peuvent pas prendre position sur le sujet, car les tensions entre les deux pays sont encore trop vives et la compétition qui s’ensuivrait serait trop risquée. L’offensive de charme menée par la Chine et sa diplomatie douce interdisent l’expression de velléités de contrôle d’une communauté est-asiatique à venir. La présence de puissances occidentales dans la région asiatique est dans ce contexte bien perçue par les divers acteurs asiatiques. En outre, la Chine est consciente que si elle parvient à rassurer la communauté internationale par le biais de sa diplomatie régionale, elle pose les fondations de sa politique internationale à venir. Elle a tout à gagner à faire bonne figure et à promouvoir une image de grande puissance régionale responsable. Men Honghua, chercheur de l’Institut de Stratégie Internationale de l’École Centrale du Parti, explique ainsi que le régionalisme est une première étape incontournable dans l’accession de la Chine au statut de grande puissance mondiale. Sa participation aux institutions et accords régionaux lui permet d’être moins sur la défensive et de gagner en assurance et en expérience. Car la politique chinoise se caractérise davantage par son mondialisme que par son régionalisme. Les Chinois manifestent en effet une conscience accrue de leurs intérêts mondiaux, notamment sur le plan économique. Les exportations chinoises ont une envergure mondiale, les États-Unis étant de loin leur première destination (voir tableau des exportations ci-dessus). Par ailleurs, les entreprises européennes et américaines sont des investisseurs clés en Chine. La Politique de Réforme et d’Ouverture (gaige kaifang) de la Chine et les zones économiques spéciales destinées à attirer les investissements étrangers ont été conçues dans une perspective mondiale et non régionale. Zheng Yongnian explique dans Globalization and State Transformation [8] que le cadre de référence mondialiste (globalist worldview) permet au régime chinois de renforcer sa légitimité au sens où il permet à l’État de se consolider et d’asseoir sa position dans le monde. Ainsi, même si le régime chinois a revu son rôle de puissance régionale et réévalué ses liens avec l’Asie de l’Est depuis le milieu des années 1990, il a choisi avec opportunisme l’ouverture de canaux complémentaires voire la surenchère (avec le Japon) en termes d’initiatives bilatérales et régionales sans dévier pour autant de sa trajectoire mondiale.

Le modèle chinois peut-il s’étendre au reste de l’Asie ?

Actuellement, l’ascension pacifique de la Chine lui permet d’approcher plus que jamais l’objectif fixé par les réformateurs de la fin de la dynastie Qing – le retour à une Chine prospère et puissante (fuqiang). Cela alimente un type de nationalisme revanchard et un sentiment de dignité retrouvée au sein de la population chinoise. C’est une des raisons pour lesquelles, depuis le lancement de la Politique de Réforme et d’Ouverture de Deng Xiaoping qui a conduit la Chine à accéder l’été dernier au rang de deuxième économie mondiale devant le Japon, et malgré les bouleversements et tensions déclenchés par cette politique économique, le régime chinois parvient à se maintenir. Mais depuis quelques années, celui-ci a conscience que la réussite économique et la participation croissante de la Chine aux discussions internationales ne suffisent pas à le légitimer aux niveaux national et international. La Chine cherche ainsi à cultiver son soft power, concept introduit par Joseph Nye pour décrire le pouvoir d’attraction et de persuasion par opposition au hard power, pouvoir de coercition. Les États-Unis servent de modèle à la Chine dans ce domaine. Ils sont en effet parvenus à imposer leurs valeurs et leur culture dans le monde et à établir un système éducatif, scientifique et technologique unique. Les chercheurs Shi Yinhong (mentionné plus haut) et Chen Zhirui (de l’Institut de Recherches Européennes à l’Académie des Sciences Sociales) appellent ainsi le pays à renforcer son soft power (ruan shili) pour compléter de façon durable son faible hard power [9] et à élaborer son propre modèle de développement. Prenant exemple sur le Goethe Institut allemand, la Chine a ainsi ouvert son premier Institut Confucius en juin 2004. On en dénombre à l’heure actuelle plus de 300 répartis dans une centaine de pays (une quinzaine ont déjà été ouverts en France). La popularité grandissante de certains éléments de la culture chinoise au niveau international semble par ailleurs contrebalancer en partie l’attrait des cultures américaine et japonaise, notamment auprès des jeunes Chinois [10], tout en ayant un impact direct sur les affaires intérieures du pays.

De même, surtout depuis les célébrations organisées pour les trente ans de la Politique de Réforme et d’Ouverture, la Chine avance l’idée qu’un nouveau modèle de développement est né de son expérience. On ne compte plus par exemple les publications sur le modèle chinois (zhongguo moshi). Il faut remarquer que la perception qu’ont les Chinois de leur développement est totalement tournée vers eux-mêmes. Comme Barry Buzan le souligne, leur vision exceptionnaliste est reflétée dans la formule « aux couleurs de la Chine » (zhongguo tese de) sans cesse mobilisée pour décrire le développement, le socialisme, la démocratie etc. À l’opposé des prétentions universalistes du libéralisme américain, la Chine insiste sur sa culture unique et indique que sa contribution à l’ordre mondial se limite à son propre développement pacifique. Le récent débat sur le modèle chinois modifie quelque peu cette approche, puisque certains chercheurs chinois prétendent que le développement chinois est digne d’émulation et peut à son tour servir de référence dans d’autres parties du globe [11]. Or, à l’échelle mondiale, les valeurs occidentales prévalent et la montée en puissance d’un pays non démocratique qui associe nationalisme culturel, social et politique et libéralisme économique inquiète. Certains analystes suggèrent que le régime chinois et ses idées sont plus séduisants à l’échelle régionale. Sans tout à fait reprendre le débat, daté, des valeurs asiatiques, beaucoup s’accordent pour dire que les pays d’Asie orientale partagent certaines valeurs. Ceux-ci porteraient davantage d’attention à la souveraineté et au principe de non-intervention, et seraient plus enclins au fonctionnement hiérarchique et au suivisme (bandwagoning) [12].

La crise actuelle ouvre la voie à des alternatives au consensus de Washington, qu’on peut définir rapidement par la formule : libéralisation, privatisation et dérégulation. Joshua Cooper Ramo décrit ainsi ce qu’il a été le premier à appeler le consensus de Pékin : recherche constante d’innovations [13], rejet de la seule croissance du PIB comme indicateur de progrès (et proposition d’autres marqueurs tels que la durabilité du système économique et la répartition des richesses) et principe d’auto-détermination. Si Arif Dirlik rejette l’idée que le développement chinois puisse véritablement servir de modèle tant ses incohérences et écueils sont nombreux (inégalités, problèmes environnementaux etc.), il reconnaît que :

En RPC, la quête d’autonomie et d’auto-détermination donne une dimension multilatérale aux relations internationales qui contraste vivement avec la direction de plus en plus unilatérale de la politique américaine de ces vingt dernières années. Le consensus de Pékin se distingue notamment par une approche des relations internationales qui recherche, à travers des relations multinationales, un nouvel ordre mondial fondé sur des relations économiques, mais qui reconnaît aussi les différences politiques et culturelles ainsi que les différentes concrètes régionales et nationales au sein d’un cadre mondial commun. [14] (Dirlik, Arif. 2006. “Beijing Consensus : Beijing Gongshi” Globalization and Autonomy Online Compendium, p. 5)

Ces éléments suggèrent qu’en ce qui concerne la Chine, les obstacles à la construction d’une communauté asiatique ne sont pas insurmontables. En effet, même si tout est loin d’être réglé, puisque l’orientation précise d’une telle communauté, la détermination exacte de ses membres et sa direction restent à définir, elle reposerait sur un modèle de relations internationales différent et sur un ordre mondial décentralisé qui se dessinent déjà. Le modèle chinois ne semble pas incompatible avec l’ASEAN way. Celle-ci ne se définit en effet pas par des principes généraux ou des idéaux, mais par une méthode de négociation et de résolution des conflits régissant les relations entre les pays asiatiques. Elle correspond à une recherche de compromis et d’harmonie, à un principe de courtoisie et de rejet du conflit, à une diplomatie élitiste de règlement des tensions dans la discrétion, à une méfiance vis-à-vis du cartésianisme et du légalisme et au principe de non-intervention lié au respect dû à la sacro-sainte souveraineté nationale. Le mode de fonctionnement de la communauté est-asiatique semble pour ainsi dire tout trouvé. Il reste néanmoins au Japon et à la Chine à trouver une stratégie de réconciliation et à faire reposer leur nationalisme sur une nouvelle version moins conflictuelle et moins amère de leur histoire.

La création d’une communauté est-asiatique peut par conséquent servir à bien des égards les intérêts de la Chine. Toutefois, cela ne dispense pas cette puissance émergente de relever plusieurs grands défis incontournables. Parvenir à une vision plus claire de sa propre identité et de son idéal de société est devenu une priorité. Yang Yao attribue la réussite économique et la stabilité politique de la Chine à la neutralité de son gouvernement (disinterested government) – au sens où il joue le rôle détaché d’arbitre des conflits d’intérêts qui opposent différents groupes sociaux et politiques – et à la légitimité qu’il a acquise grâce à l’amélioration constante des conditions de vie de la population chinoise. Il ajoute que l’adoption progressive par la Chine des principes d’économie néo-classique a considérablement renforcé les inégalités. Or, le gouvernement central chinois ne parvient plus à calmer les revendications de sa population par des mesures sociales (réforme des campagnes, réforme du système de santé etc.) dont l’ampleur est notamment limitée par le lobbying des gouvernements locaux et des entreprises privées dont, d’après cet économiste de l’Université de Pékin, seules des procédures démocratiques peuvent freiner l’ardeur. En d’autres termes, si le régime chinois finit par opérer une véritable démocratisation, ce sera en réponse à ses pressions internes, bien plus qu’en réponse aux pressions de la communauté internationale.

par Emilie Frenkiel, le  23 novembre 2010


Dossier(s) : Retour à l’Asie

Aller plus loin

- Guo Sujian (ed.), China’s "Peaceful Rise" in the 21st Century – Domestic and International Conditions, Ashgate, London, 2006.

- Boulanger E., Constantin C. et Deblock C., « Le régionalisme en Asie : un chantier, trois concepts », Monde en développement, 2008.

- Li Mingjiang, « China Debates Soft Power », Chinese Journal of International Politics, Vol. 2, n° 2., 2008, p. 287-308.

- Joshua Cooper Ramo, The Beijing Consensus, The Foreign Policy Centre, 2004.

- Barry Buzan, « China in International Society : Is ‘Peaceful Rise’ Possible ? », The Chinese Journal of International Politics, Vol. 3, 2010, p. 5–36.

- Yao Yang « The End of the Beijing Consensus », Foreign Affairs, 2 février 2010.

Pour citer cet article :

Emilie Frenkiel, « La Chine est-elle asiatique ? », La Vie des idées, 23 novembre 2010. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-Chine-est-elle-asiatique.html

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Notes

[1] Les membres de l’ASEAN sont le Brunei, le Vietnam, la Malaisie, les Philippines, le Cambodge, l’Indonésie, la Thailande, le Laos, la Birmanie et Singapour.

[2] « What is Japan’s East Asia Community Idea ? », The China Post, 24 octobre 2009.

[3] Qin Yaqing, “Wuzhengfu wenhua yu guoji baoli : Daguo de jiangxing jueqi yu heping fazhan” (Non- governmental culture and international violence : Forceful rise of a great power and peaceful development) Zhongguo Shehui Kexue, 2004, n°5 ; Qin Yaqing, Shijie geju yu Zhongguo heping jueqi (International pattern and China’s peaceful rise)

[4] Boulanger E., Constantin C. et Deblock C., « Le régionalisme en Asie : un chantier, trois concepts », Monde en développement, 2008, Vol. 4, n° 144, p. 105.

[5] Ces statistiques proviennent du site du Conseil Commercial sino-américain,http://www.uschina.org/statistics/tradetable.html

[6] « Soft balancing involves tacit balancing short of formal alliances. It occurs when states generally develop ententes or limited security understandings with one another to balance a potentially threatening state or a rising power. Soft balancing is often based on a limited arms build-up, ad hoc cooperative exercises, or collaboration in regional or international institutions ; these policies may be converted to open, hard-balancing strategies if and when security competition becomes intense and the powerful state becomes threatening ». Paul, T.V., « The Enduring Axioms of Balance of Power Theory », in Paul, T.V., Wirtz, J. et Fortmann, M., (ed.). Balance of Power. Theory and Practice in the 21st Century, Stanford, Stanford University Press, 2004.

[7] Xiao, Huanrong, « Zhongguo di daguo zeren yu diqu zhuyi zhanlüe » (China’s Great Power Responsibility and Its Regional Strategies), in Xiao Huanrong (ed.), Heping di dili xue-Zhongguo xuezhe lun dongya diqu zhuyi (Chinese Scholars on East Asian Regionalism), Communications University of China Press, 2005, p. 174-189.

[8] Zheng Yongnian, Globalization and State Tranformation, Cambridge University Press, 2004, p. 39.

[9] La Chine possède la plus grande armée au monde avec 2,3 millions d’hommes. Cependant, même si le budget alloué à l’armée augmente chaque année, d’après le think tank SIPRI, la Chine n’est qu’en cinquième position en termes de dépenses relatives (% du PIB) après la Russie, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France.

[10] Par exemple, les opéras, les tenues, les meubles et l’architecture traditionnels chinois, semblent bénéficier d’un regain de popularité après une période où ils ne plaisaient plus qu’aux étrangers. Zhao Changmao, « Zhongguo Xuyao Ruan Shili », (La Chine a besoin de Soft Power), Liaowang Xinwen Zhoukan (Outlook News), 7 juin 2004.

[11] Dans The Dragon’s Gift, ouvrage recensé dans La vie des idées, Deborah Brautigam indique par exemple que la Chine justifie sa politique en Afrique par le fait qu’elle ne fait que reproduire la méthode grâce à laquelle elle s’est elle-même développée quelques décennies auparavant (notamment en s’appuyant sur l’aide « mêlée à d’autres formes d’engagement économique en provenance de l’Occident et du Japon », p. 13).

[12] Cf. Barry Buzan, « China in International Society : Is ‘Peaceful Rise’ Possible ? », The Chinese Journal of International Politics, Vol. 3, 2010, note 37.

[13] Wang Shaoguang, « Xuexi jizhi yu sheyingnengli : zhongguo nongcun hezuo yiliao tizhi bianqian de qishi » (Mécanisme d’apprentissage et faculté d’adaptation : évolution du système coopératif de soins des campagnes chinoises), Sciences Sociales Chinoises, Juin 2008 ; “Adapting by learning : the evolution of China’s rural health care financing”, Modern China vol. 35 n°4, juillet 2009 (version anglaise) ; Sebastian Heilmann. “From Local Experiments to National Policy : The Origins of China’s Distinctive Policy Process”, The China Journal, No. 59, Jan 2008 : 1-30.

[14] « In the PRC, the search for autonomy and self-determination has taken (…) a multilateralist approach to global relationships which contrasts sharply with the increasingly unilateralist direction US policy has taken over the last two decades. The most important aspect of the Beijing Consensus may be an approach to global relationships that seeks, in multinational relationships, a new global order founded on economic relationships, but which also recognizes political and cultural difference as well as differences in regional and national practices within a common global framework… A century of revolutionary socialist search for autonomy, bolstered by recent economic success, qualifies the PRC eminently to provide leadership in the formation of an alternative global order. »


 
 

Personne n’en parle plus, il y a eu 500 mortes en condition de quasi esclavage

Le Bangladesh a appelé samedi l’Union européenne à ne pas prendre de mesures restrictives contre l’activité textile indispensable à son économie après l’effondrement d’un immeuble abritant des ateliers de confection qui a fait près de 550 tués. Les services de secours continuent à retirer des cadavres des décombres du bâtiment qui s’est effondré le 24 avril à Savar, ville située à une trentaine de kilomètres de Dacca.L’Union européenne a menacé de prendre des mesures restrictives contre les vêtements confectionnés au Bangladesh afin de contraindre les autorités du pays à améliorer les conditions de sécurité dans lesquelles travaillent les ouvriers.Cet accident a mis en lumière les pratiques de certains détaillants occidentaux à l’égard des pays pauvres d’Asie devenus une source d’approvisionnement en produits bon marché.La confection emploie près de quatre millions de personnes au Bangladesh, ce qui en fait le deuxième pays producteur après la Chine dans ce secteur d’activité. Certains ouvriers de ces ateliers perçoivent un salaire de 38 dollars par mois

591328_les-corps-des-victimes-de-l-effondrement-d-un-immeuble-enterrres-le-1er-mai-2013-a-dacca[1]

05 mai 2013Par cerise

Le bilan c’est 500 très jeunes femmes assassinées par leur patron qui tentait de s’enfuir. Voilà le brillant résultat des sous-traitance en chaîne, jusqu’à un coût du travail de 30€ par mois, moins cher qu’en Chine! Nos grandes marques de fringues; c’est là-bas qu’elle font leurs marges sur la vie, la santé de ces femmes. Il faut une catastrophe pour qu’on en parle.Monsieur BAYROU qui trouve le Code du travail français tellement lourd et tellement fastidieux comparé au code du travail suisse pourrait se pencher sur celui du bengladesh encore plus léger et pas trop pénible à déchiffer pour les chefs d’entreprise surbookés.

Il n’y a pas de paragraphe sur la santé et la sécurité au travail, pas une ligne sur les pauses obligatoires, rien sur les accidents du travail.  C’est à ça qu’on mesure ce qu’est la construction patiente d’un Code du travail, un minimum protecteur pour les salariés. C’est ce Code du travail là que le MEDEF veut démolir, avec l’ANI il a franchi une étape. Le Bengladesh voilà un modèle pour un coût du travail compétitif, où le patronat est libéré des rigidités sociales et de toute judiciarisation ! Toutes les marques européennes de textile ont trouvé là un havre de "liberté entreprenariale" et elle ne s’en privent pas.

Espérons que cette catastrophe serve au moins à ce que là-bas un employeur soit contraint à un minimum de normes sociales et qu’on ne livre plus des jeunes filles de 10 ans à la mort pour un salaire de 30€ par mois.

Dans nos médias dénonciatrices des turpitudes on n’a pas cherché à savoir les sommes que Mango, Benneton et les autres faisient sur les vêtements fabriqués par les ouvrières de DACCA. Des étiquettes des marques qui font de la pub ont été retrouvées sur les lieux du crime.

Comment pourrions-nous d’ici transmettre nos condoléances aux familles et notre solidarité avec celles et ceux qui ont survécu?

Si nous ne faisons pas ce minimum là nous sommes indignes de nous réclamer des luttes sociales et d’une quelconque conscience de classe.

 
Un commentaire

Publié par le mai 10, 2013 dans Asie, Economie, femmes, société

 
 
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